‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 120 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de les abandonner, » avec eux justifie l'emploi de de après il préfère. Dans cette autre du même auteur: «On préfère d'élever des aigles mâles pour la chasse;» les mots, des aigles mâles pour la chasse , donnent au verbe élever une signification précise qui fait que préférer doit être suivi de de. HÉRITER une chose, HÉRITER d'une chose.

L'obtenir par succession.

Le premier tour est usité quand il s'agit d'une chose peu ou point spécifiée. Il n'a rien hérité; voilà tout ce qu'il a hérité; il a hérité de grands biens ; la vertu est le seul bien qu'il ait hérité de son père. Mais on hérite d'une maison, d'une bibliothèque.

De votre injuste haine il n'a point hérité. Rac. Du reste, la règle souffre ici de nombreuses exceptions , parce que , dans tous les cas où la personne dont on a hérité se trouve indiquée, comme de la précède toujours , l'harmonie exige qu'on ne répète point cette particule devant le nom de la chose.

Vous avez hérité ce nom de vos aïeux. Corn. «Le père de Fléchier avait hérité de ses ancêtres une petite terre qu'il cultivait lui-même. »D'Al, TRAITER, TRAITER DE.

Suivant le grammairien Féraud , on dit indifféremment , traiter une matière , une question , et traiter d'une matière , d'une question ; cependant , quand on spécifie la matière , la question , il faut dire traiter de. ce Dans son ouvrage , il traite des plantes, des métaux, de l'économie. » « Comme j'ai déjà traité de cette matière dans ma ixe satire, il est bon d'y renvoyer mon lecteur.» Boil. « Cette histoire des oiseaux serait trop volumineuse, si j'eusse traité de chaque espèce en particulier. » Buff. Un auteur traite des moyens , et non les moyens d'étudier l'histoire. — Mais on dira d'une façon toute générale : ce Les livres qui traitent si exactement les plus hautes sciences sontils des combinaisons purement fortuites?» Fén.

Le verbe traiter, avec et sans de, s'emploie aussi dans le sens de négocier, de travailler à raccommodement d'une affaire. On dit, traiter une affaire, quand ceux qui travaillent à la régler ont l'habitude de la traiter, quand elle est du nombre de ceUes qu'ils négocient d'ordinaire : Les ambassadeurs traitent la paix et la guerre. On se servira de traiter de , quand il sera question d'une affaire extraordinaire , soit en elle-même , soit seulement pour ceux qui en sont chargés . soit parles circonstances rares qui s'y trouvent réunies , soit par les obstacles qui s'opposent à sa conclusion. On ne dira pas , en parlant d'un notaire occupé d'une simple affaire de sa compétence : c'est lui qui traite de cette affaire ; mais bien : c'est lui qui traite cette affaire.

PARLER AFFAIRES, MUSIQUE, PEINTURE PO- LITIQUE, CHASSE, CHICANE, semblent équivaloir à parler d'affaires , de musique , etc.

Cependant , la phrase sans la préposition sert à marquer l'espèce d'entretien d'une manière générale , l'espèce d'occupation , le mode , la forme indépendamment de la matière ou des sujets sur lesquels porte le discours. Dans certaines réunions on parle toujours musique ou chasse. Avec de , la

même phrase devient précise et déterminative. Tout le monde peut parler musique , mais non pas de musique. D'ailleurs parler de musique a rapport au fond, à ce qu'on dit de la musique. « A entendre les Français parler de musique , on croirait que c'est dans leurs opéras que la musique peint de grands tableaux et dé grandes passions. » J. J. Je ne suis pas géomètre : on parle géométrie dans un groupe, je m'en éloigne. Mais si je suis géomètre et que j'entende parler de géométrie , je m'y intéresse et je m'approche, ce Ces deux princes se mettaient en un coin à parler sciences.-» s. S. ce C'est à Newton à parler de mathématiques. » Volt. Parler chasse, c'est parler en général de choses de chasse , de choses relatives à la chasse. Parler de chasse , c'est parler d'une certaine chasse ou de certaines chasses qui ont eu ou auront lieu. De même , parler affaires n'indique nullement de quelles affaires il peut être question : c'est parler de choses sérieuses: parler d'affaires , c'est parler de certaines affaires , déterminées par la condition, les rapports des interlocuteurs, ce Le dissimulé n'a pour ceux qui lui parlent d'affaires que cette seule réponse : j'y penserai. » Labr. Aussi ne peut-on jamais ajouter de déterminations à parler affaires , comme on en ajoute à parler d'affaires, parler d'affaires importantes politiques , qui demandent des connaissances, etc.

SYNONYMIE DES VERBES ACTIFS DONT LE REGIME EST PRÉCÉDÉ, D'UNE PART, DE LA PRÉPOSITION à, DE L'AUTRE, DE LA PREPOSITION de.

Commencer à et de. Continuer à et de. S'empresser à et de. Essayer, s'efforcer, tâcher à et de. Obliger, forcer, contraindre à et de. Se jouer à quelqu'un, se jouer de quelqu'un. Prier à et de dîner. S'occuper à et de. Manquer à et de. Oublier à et de. Prêt à, prêt de. C'est à vous à, c'est à vous de. Ne servir à rien, né servir de rien. Etc.

Tel est le résultat des deux chapitres précédents. Interposées entre un verbe et son régime, les prépositions à et de produisent un effet directement contraire. L'une en étend et en généralise la signification , l'autre la détermine et la spécifie. Autant l'une est indéfinie, vague et abstraite, autant l'autre est distinctive, précise et délimitative. L'une modifie l'action du verbe qu'elle suit de manière à la montrer comme tendant à un but éloigné , incertain et hors de la portée , et l'autre de manière à la montrer comme atteignant un but présent , prochain et bien marqué. La première fait prendre le verbe antécédent dans un sens large , général , et comme expressif d'une suite indéterminée d'actions, ou d'une action indéfinie ; l'autre le fait prendre dans un sens rigoureux , strict , particulier et comme significatif d'une action unique , bien délimitée , bien circonscrite. Cette valeur relative des deux prépositions n'est-elle pas conforme à leur origine ? Ad signifie vers , le point où l'on va , où l'on tend , où l'on cherche à aller , où l'on ne sait pas si on arrivera ; de , de , hors de , le point précis , certain , fixe du départ. D'ailleurs , qu'on

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

les considère , non plus étymologiquement , mais comme déclinatives . on les concevra nécessairement de la même manière. A nous sert à exprimer le datif des Grecs et des Latins , et de leur génitif. Or, suivant la théorie la plus haute et la plus vraisemblable , les flexions données aux noms par les langues qui ont des cas désignent primitivement, quant à l'espace, des rapports analogues à ceux qui sont marqués par les temps essentiels des verbes quant à la durée. Il n'y a que trois cas principaux, le nominatif, le génitif et le datif, comme il n'y a que trois temps principaux , le présent , le passé et le futur , et ils se correspondent chacun à chacun. Le sorte que le génitif est au datif, et par conséquent de h à comme le passé est au futur , c'est-à-dire comme le certain , le fixe , le déterminé , le précis , à l'incertain , à l'indéfini et au vague.

Page 1