‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 127 sur 881 · TÂCHER À · texte numérisé non relu

TÂCHER À

« J'ai tâché à faire du bien au monde , il ne m'a fait que du mal. » Fén. Qu'on lui livre Psyché, qu'elle tâche a lui plaire.

Laf.

C'est moi qui dois tâcher A réparer les torts que m'ont fait les ennuis. Laf.

C'est un tyran qu'on aime , Qui par cent lâchetés tâche à se maintenir Au rang où par la force il a su parvenir. Rac Je m'excite contre elle et tâche â la braver (Agrippine). Mais enfin mes efforts ne me servent de rien.

Racine (Néron dans Britannicus).

Elle tâche a couvrir d'un faux zèle de prude Ce que chez elle on voit d'affreuse solitude. Mol. — Tâcher de. « La fée arrêta le coup et tâcha de le consoler.» Fén. «Hippias tâche en vain de se soutenir. » Boss. « II tâcha de chasser de Rome son fils Maxence. » Id. « Tâchez de quitter M. de Buffon. » Volt.

Et sur ses pieds en vain tâchant de se hausser. Boil. C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre. Mol.

OBLIGER , FORCER , CONTRAINDRE À et DE.

A montre dans l'éloignement ce à quoi on oblige, force ou contraint; de le détermine, le distingue , le spécialise , le fait voir présent. De là deux différences.

Avec à on désignera une contrainte , en même temps plus générale et moins stricte. Plus générale , c'est-à-dire qu'on se servira de la préposition à en parlant d'une loi imposée à tout un genre d'actions, et de la préposition de pour marquer une contrainte particulière ou une contrainte exercée dans telle circonstance. «La charité vous oblige à pardonner , lorsque vous serez offensé : vous êtes obligé de pardonner dans le cas précis de l'offense. La circonstance vous oblige de faire ce \ue la règle vous oblige à faire. » Roub. Ensuite à marque moins d'instance et de rigueur, une influence ou sollicitation morale plutôt qu'une contrainte physique et de fait. C'est ce que Marmontel a bien senti : « Obliger à , ditil, n'exprime qu'une simple invitation; obliger de porte contrainte , et c'est pourquoi l'on ne dit point inviter de, engager de.-»

Mais il importe d'appliquer cette double distinction aux trois verbes cités en l'appuyant par des exemples.

OBLIGER À et DE.

« Les rois étaient obligés plus que tous les autres à vivre selon les lois. » Boss. «Un souverain est-il obligé à se soumettre à des étrangers sur l'étendue de sa domination?» Fén. « La vraie religion doit avoir pour marque à.' obliger à aimer Dieu. » Pasc.

Hé ! voulez-vous, madame, empêcher qu'on ne cause? Croiriez-vous obliger tout le monde a se taire? Mol. Le caractère incontestable de généralité qui distingue obliger à dans toutes ces phrases ne convient plus du tout à obliger de dans celles qui suivent. «Je fus. obligé d'aller à Clazomène. » Fén. « Il se pourrait que Mme du Châtelet fût obligée d'aller à Cirey. » Volt.

La soif les obligea Redescendre en un puits. Laf.

Avant que de partir, l'esprit dit à ses hôtes On m'oblige de yous quitter.

(Ordre lui était venu de se rendre ailleurs). Id.

D'autre part , combien le sens d'obliger à ne se montre-t-il pas faible et relâché , en comparaison de celui d'obliger de, dans les passages suivants? « Seigneur, que ferai-je, pour vous obliger à répandre votre esprit sur cette misérable terre?» Pasc. (Prière à Dieu). Et dans un autre endroit : « Mes prières n'ont pas de mérite qui vous oblige de les accorder de nécessité. » « Il demanda avec douceur à l'assassin ce qui l'avait obligé à commettre une action si noire. » Fén. Et suivant le même écrivain : « Pittacus disait que la nécessité était quelque chose de si fort, que les dieux mêmes étaient obligés d'obéir à ses lois. » « Des légions romaines s'obligèrent par serment de mourir ou de vaincre. » Montaign.

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