‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 186 sur 881 · PRÉFIXE DIS · texte numérisé non relu

PRÉFIXE DIS

Simuler y dissimuler. Position , disposition.

Di ou dis , particule latine qui se place toujours au commencement de certains mots composés , correspond , pour la forme et le sens , au grec ôià (discerno , Siaxpivto), et quelquefois à 8uç, avec peine , difficilement. Du reste , di et dis viennent certainement de duo , deux , tout comme en grec ôtà et Suç de ôOo, racine identiquement la même.

D'après son origine , la prépositive dont il s'agit ici doit donc marquer dualité et non unité. Ainsi, dilemme, grec ôîXr,|x{i.a (oî:, deux fois; Xafjigàvetv , prendre) , argument par lequel on offre à un adversaire le choix entre deux propositions , représente sa valeur primitive. Il en est de même de diphthongue , syllabe qu'on prononce en faisant entendre le son de deux voyelles.

A l'opposition de la dualité et de l'unité se rattache sans peine celle de la séparation et de l'union, de la diversité et de l'identité. C'est effectivement la modification que dis a coutume d'imprimer à la signification de beaucoup de mots dont il fait partie ; seulement , l'idée de dualité se trouve quelquefois avoir perdu de sa précision , et la particule peut se traduire par , d'ici et de là, de côté et d'autre, en tous sens. Disséminer , dissiper , c'est répandre çà et là , de tous les côtés ;

discourir , courir çà et là en parlant , parler de choses et d'autres; digérer, porter la nourriture dans tous les membres ; discerner , voir séparément de toute autre chose.

De plus , entre l'idée de séparation et celle d'ablation , de négation , existe une certaine affinité , et l'esprit passe volontiers de l'une à l'autre. Dis devra donc aussi faire signifier à certains mots composés ce point de vue de l'esprit. C'est ce qui arrive , par exemple , pour difficile , disparaître , discontinuer , disconvenir , dissuader , dissemblable , disgrâce , difforme.

SIMULER, DISSIMULER. Faire par les apparences que les autres se trompent sur nos pensées , nos sentiments , nos intentions , ou en général sur la réalité.

Simuler , c'est faire en sorte qu'une chose paraisse , quoiqu'elle ne soit pas , faire un acte qui ressemble (similis, semblable) à un acte réel, mais qui ne l'est pas. Au contraire , dissimuler , c'est faire un semblant qui diffère de ce qui est , induire à croire qu'il n'existe pas. La différence est capitale : on simule ce qui n'est pas , on dissimule ce qui est. On simule une attaque en cherchant à paraître attaquer , tandis qu'au fond il n'en est rien ; on dissimule sa haine en cherchant à ne point paraître haïr , tandis qu'au fond en hait effectivement. Là , on se sert de l'apparence pour faire croire ce qui n'est pas ; ici , on s'en sert pour déguiser , pour empêcher de paraître ce qui est , ou pour faire croire le contraire de ce qui est. En un mot , simuler est affirmatif de ce qui n'est pas , et dissimuler , négatif de ce qui est. En latin , le même rapport existe entre simulare et dissimulare: simulamus quas non sunt; dissimulamus quas sunt ; et , en allemand , entre sich stellen et sich ver stellen.

POSITION , DISPOSITION. Ils expriment une manière particulière d'être dans un sens , ou dans une certaine posture et dans un certain rapport avec un but. Par la, position d'un homme, d'une armée , d'une maison , comme par leur disposition , vous désignez comment ils se trouvent eu égard à leur destination ou à un but.

Ces mots doivent être considérés d'abord comme significatifs de la posture seule, puis comme indiquant le rapport au but.

1° Sous le premier point de vue , disposition , c'est-à-dire état ou manière d'être de ce qui' est posé de côté et d'autre , ajoute au sens du simple l'idée d'un arrangement, d'un ordre de choses ; si bien que la disposition marque la position combinée de différentes parties ou de divers objets. On remarque dans un animal sa position totale , ou la position de sa tête ou de ses yeux (Buff.); et la disposition des parties de son corps (Mol. , Cond.). Une couche de gïès ou de terre a telle position , horizontale , verticale ou inclinée (Buff.); on décrit la disposition de diverses couches de grès ou de terre (Buff.). Un général d'armée , qui veut attaquer une ville , doit connaître d'avance la position de la place (Gond.) et la disposition des lieux (Boss.) ou du pays (Rac). La position d'un homme , d'une armée , d'une maison , c'est simplement leur situation particulière par rapport à un but. Mais la disposition

d'un homme , c'est sa position résultant de l'harmonie ou du désaccord qui règne entre les diverses parties de son organisation, soit physique, soit intellectuelle. La disposition d'une armée, c'est sa position produite par son ordonnance : une armée choisit telle position pour attaquer , et reçoit du général telle disposition. Une maison a telle position, c'est-à-dire se trouve exposée de telle manière; elle a telle disposition , c'est-à dire telle manière d'être en raison de la distribution des parties qui la composent.

2° Sous le second point de vue , la différence est autre et se tire d'une autre circonstance. Dans position le rapport au but paraît peu marqué , et c'est une détermination passive; dans disposition , au contraire , il se montre énergique et sous forme de tendance. Qu'un homme soit en position de faire telle ou telle chose , il ne s'ensuit pas qu'il y soit porté , qu'il y aspire ; mais , être dans la disposition de faire une chose , témoigne dans le sujet une inclination active. Une armée est dans une bonne position pour combattre , c'est-à-dire qu'elle peut avec chance de succès attaquer et se défendre; mais cette heureuse manière d'être par rapport au but ne tient pas à elle , ne vient pas d'elle : au moment du combat , elle est dans une bonne disposition , c'est-à-dire , pleine d'ardeur et prête à fondre sur l'ennemi.

Si on dit plutôt la disposition que la position des esprits et des affaires, c'est pour deux raisons différentes: d'abord, il s'agit dans cette locution de plusieurs choses , et en l'employant on veut exprimer l'état qui résulte de leurs rapports mutuels ; ensuite , les esprits et les affaires y sont considérés comme ayant une tendance , comme suivant ou voulant prendre un certain train , une certaine tournure.

PRÉFIXES DIS et RE.

Dissoudre , résoudre.

DISSOUDRE, RÉSOUDRE. Racine, solvere, délier, faire cesser l'union entre les parties d'un tout. Tel est effectivement le sens commun aux deux mots ; mais chacun y ajoute une nuance en raison de sa particule initiale.

Dissoudre , dis solvere , délier en jetant les parties çà et là , n'a rapport qu'à la destruction de l'union , et c'est pourquoi on ne dit pas dissoudre , comme on dit résoudre , une chose en une autre. Résoudre, rursus solvere, délier de nouveau ou de manière à réparer , marque un retour, une opération qui rétablit l'état antérieur ou naturel, ou bien simplement qui amène un second état.

En dissolvant , vous supprimez la liaison , la cohésion , rien de plus : l'eau dissout le sucre , l'eau régale, l'or; le roi dissout le parlement dans certains cas; aux yeux de l'Église, la mort seule peut dissoudre le mariage. « Les eaux-fortes dissolvent les métaux.» Desc. « L'eau a saisi toutes les matières qu'elle pouvait délayer et dissoudre. » Buff. a Un chêne se dissout et tombe en un tas de cendre après que le feu l'a consumé. » J. J.

Mais en résolvant , vous faites passer d'un état à un autre simplement , ou à l'état primitif : le feu résout le bois en cendre , en fumée.

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