INTRODUCTION. XXV
est évident qu'il y a entre les deux mots des deux langues une correspondance parfaite. On ne consultera pas non plus sans fruit le même écrivain relativement aux différences à établir entre assister et être présent, et entre beaucoup d'autres synonymes pour nous jusqu'à présent indistincts.
Voilà donc ce que devint le riche héritage de synonymes transmis par v< xvme siècle au xixe. Au point où en était cette étude , il eût fallu les fondre dans un dictionnaire, tel que l'entendait Beauzée, c'est-à-dire, dans un livre bien ordonné, où ils fussent tous rangés en familles en raison de leur idée générale. On ne le fit pas. On se contenta d'en donner la collection sans utilité pour le public, déguisant sous l'ordre alphabétique le plus complet désordre. Mais l'œuvre d'organisation, qui devait mettre en valeur tous ces travaux partiels et divers, ne pouvait être plus longtemps ajournée. Le besoin en était devenu d'autant plus grand, d'autant plus sensible, que, le nombre des synonymes expliqués augmentant, il se trouvait aussi plus d'articles qui se rencontraient, se contredisaient ou faisaient double emploi. Je n'ai pu manquer d'éprouver ce besoin, moi surtout qui, outre les essais déjà connus et ce qu'y ont ajouté M. Guizot et Laveaux, ai eu à ma disposition les synonymes de Condillac et ceux de Leroy, sans compter les synonymes latins de Dœderlein , les italiens de Romani et les allemands d'Eberhard, dont on peut souvent faire et dont on n'a jamais tenté de faire à notre langue une heureuse application. En conséquence, j'ai pensé que, mettant à profit tout ce qui avait été produit en ce genre, en France principalement , je devais substituer enfin à une compilation informe , composée de pièces de rapport et contenant des articles disparates , contradictoires , dont les auteurs suivent, les uns une pratique , les autres une autre , un livre fait sur un même plan et d'une seule main , lequel se distinguât surtout par l'ordre et par la distribution régulière des mots.
Reprenant la tâche à ce nouveau point de vue , et la considérant d'abord d'une manière générale , j'avais pour premier devoir d'en reconnaître les parties , de me demander si tous les synonymes sont du même genre et peuvent être traités de même.
III. Quelles sont les principales espèces de synonymes, et à combien de sortes de recherches donne lieu par conséquent l'étude do leurs différences?
Les synonymes se divisent en trois classes , eu égard à la nature de leur différence, et à la source d'où elle se tire. Les uns n'ont pas le même radical, et la différence s'obtient par la considération attentive de la signification primitivement inhérente au radical de chacun d'eux. Tels sont : Abattre, renverser, ruiner, détruire; Paresse, indolence, nonchalance, négligence; Appas, attraits, charmes. Les autres ont le même radical, mais différemment modifié parce qu'ils sont soumis à des influences grammaticales différentes ou parce qu'ils n'ont pas le même commencement ou la même terminaison , et l'on arrive à saisir leur différence en déterminant la valeur de ces diverses modifications. Exemples : dé-