‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 241 sur 881 · TERMINAISON ADE · texte numérisé non relu

TERMINAISON ADE

Galop, galopade. Rebut, rebuffade. Embûche, embuscade. Face , façade. Balustre , balustrade. Taille , taillade. Bourg , bourgade. Etc.

Quoique l'origine en soit controversée , la terminaison ade est incontestablement active. C'est pourquoi la plupart des noms qu'elle sert à former ont une base verbale et ne trouvent de synonymes à radicaux communs que parmi les substantifs en ment. Mais ce n'est pas déterminer assez précisément le sens qu'elle imprime aux mots à la fin desquels elle se place. Les noms à terminaisons insignifiantes, qui sont ou semblent des radicaux nus , présentent simplement l'idée commune et la caractérisent d'une manière absolue , intrinsèquement, en elle-même; les noms en ade y ajoutent des circonstances qui résultent d'une action et qui modifient l'idée commune d'une

certaine manière. Les uns tiennent plus de l'adjectif e^ expriment l'objet tel qu'il est, sa nature, les autres tiennent plus du verbe et représentent l'objet tel qu'il a été fait , tel qu'il paraît , l'effet qu'il produit; ils sont plus concrets, ils font plus image. Caractère commun à tous les noms ayant une terminaison active par rapport aux noms à terminaisons insignifiantes.

Maintenant, la modification particulière, imprimée au radical par la terminaison active ade , consiste dans une sorte d'étendue ou de compréhension ; elle marque une action répétée , ou accompagnée de circonstances particulières , ou bien, s'il s'agit d'un objet, quelque chose qui se distingue par sa grandeur , par sa complication , par les ornements qui le décorent. Ce caractère est celui-là même que donne aux substantifs le genre féminin; et tous les noms français en ade, au nombre de près de deux cents , sont effectivement de ce genre.

GALOP, GALOPADE. Une des allures du cheval, qui est proprement une suite de sauts en avant.

Le galop est une chose qu'on qualifie comme toutes les autres; c'est l'espèce de mouvement, le mode de courir , distinct de tout autre , le trot , le pas ordinaire , etc. , indépendamment de toutes circonstances de temps et d'espace parcouru. La galopade est un fait , l'exécution itérative du galop; ce mot est concret, et il marque, avec la réalisation du galop , la continuité , la durée et l'espace parcouru. On dira : tel cheval a le galop fatigant; et, cette galopade m'a fatigué; or, la fatigue résulte , dans le premier cas , de la manière de sauter du cheval, et, dans le second, j elle aura résulté de la durée des galops et de l'espace parcouru. Le galop est le pas du cheval; la galopade est la course qu'il a faite en galopant. REBUT , REBUFFADE. Action de rebuter quelqu'un. On essuie des rebuts ou des rebuffades, quand on est mal accueilli ou rejeté avec dureté, avec rudesse.

Mais rebuffade est un mot concret , qui présente le fait , non pas simplement , comme rebut , mais accompagné de circonstances aggravantes , de gestes, de reproches violents, de paroles injurieuses, de manières dédaigneuses, même de mauvais traitements. En un mot, le rebut est le mauvais accueil ou le refus d'accueillir; rebuffade modifie cette idée en y ajoutant des circonstances qui retendent et la rendent plus forte. C'est dans ce sens à peu près que Condillac a dit: a Les rebuts sont des obstacles qu'on nous op- I pose , parce qu'on ne fait pas de cas de nous ; ils | nous mortifient. Les rebuffades sont des refus | qu'on nous fait avec mépris ; elles nous humilient. | Un vrai courtisan ne craint pas les rebuts , et affronte les rebuffades. »

Au reste , rebut étant un terme abstrait , qui | énonce la chose sans la dépeindre , convient au j style noble; au lieu que rebuffade rappelant les j circonstances réelles du fait, lesquelles n'offrent | rien que de grossier et de bas , appartient au style j familier. Rourdaloue et Massillon parlent des rei buts qu'on a à essuyer de la part des grands ; on ! reçoit des rebuffades d'un valet (Volt. , J. J.). « Ce

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

mendiant ne reçut d'autres fruits de ses lamentations que des rebuffades et des injures.» Les.

EMBÛCHE, EMBUSCADE. Piège qu'on tend pour y faire tomber un ennemi.

Embûche exprime cette idée en elle-même, d'une manière abstraite ; embuscade est un terme concret il ajoute à cette idée des circonstances qui la font voir réalisée et présentent la réunion effective de tout ce dont on se sert, les hommes, les armes , le lieu favorable , pour opérer le stratagème. Des courtisans (Labr.) , des négociateurs (S. S.) se dressent des embûches les uns aux autres ; l'embuscade est Y embûche effectivement et matériellement montée ou arrangée dans un certain lieu, dans un certain «temps et avec certains moyens. Tomber dans des embûches, c'est se laisser surprendre , au figuré ; tomber dans une embuscade, c'est tomber au milieu de gens armés qui ont été placés tout exprès dans un lieu où l'on ne peut se défendre.

Ajoutez que Y embûche est la chose , le piège -, et Y embuscade , l'action de la dresser, « Le héron n'a que Y embuscade pour tout moyen d'industrie.» Buff. « A cette époque on prend beaucoup de canards , soit à la quête du jour ou à Y embuscade du soir.» Id.

FACE, FAÇADE. Côté apparent d'un édifice.

Face n'exprime pas davantage , et il empêche seulement de confondre ce côté avec un autre. Façade ajoute à l'idée commune celle d'ornement, de décoration. La façade est la face qui paraît davantage, qu'ont embellie l'architecture et la sculpture , qui présente des colonnes , des frontons , des portiques , des balustrades ; et c'est pourquoi un édifice n'a ordinairement qu'une façade , quoiqu'il ait plusieurs faces : « Elle considéra quelque temps les diverses faces de l'édifice.» Laf.

La. façade est à la face ce que la botdure est au bord. De plus, façade ne se dit qu'en parlant d'un édifice considérable ; on n'appellera jamais de ce nom la face ou le devant d'une petite maison.

BALUSTRE, BALUSTRADE. Assemblage de petits piliers façonnés pour servir de clôture. On appelle primitivement balustres ces petits piliers eux-mêmes , qui entrent dans la composition de la balustrade. Mais , en prenant la partie pour le tout, on a fait de baluslre le synonyme de balustrade. Toutefois, la différence des deux mots est facile à apercevoir.

Le balustre est plus petit , plus simple , moins compliqué , moins employé à la décoration que la balustrade. On appelle spécialement balustre une petite balustrade qui sert de clôture dans une église ou dans une chambre. «Dans cette église, un balustre de marbre ferme le maître-autel. »Regn. «Le roi le fit entrer dans le balustre de son lit.» S. S. «Nous reposons , tandis que le roi , retiré dans son balustre , veille seul sur nous et sur tout l'État. » Labr. On appelle balustrade un grand balustre servant d'ornement aussi bien que de clôture. «Le roi ne faisait qu'aller et venir le long de la balustrade de l'Orangerie (à Versailles).» S. S. « Je vois d'ici votre belle terrasse, et votre clocher que vous avez paré d'une balustrade qui doit faire un très-bel effet. » Sév. « La plate-forme du palais de

Bélus était entourée d'une balustrade de marbre blanc de cinquante pieds de hauteur qui portait des statues colossales. » Volt.

Le balustre peut être remarquable par la richesse de sa matière : un balustre d'or (Boil.): la balustrade Test par sa grandeur ou par sa forme : une balustrade immense (Volt.), ornée de petits amours très-bien sculptés (Id.).

Même différence entre, palis et palissade. « Palis, clôture de pieux, dit l'Académie (1594); palissade , clôture de gros pieux plantés pour se défendre. » De là vient que palissade se dit surtout en termes de fortification. En outre , palis n'emporte aucune idée d'ornement. « Les cerfs , lorsqu'ils sont poursuivis, franchissent aisément une haie, et même un palis d'une toise de hauteur. » Buff. Mais dans une de ses acceptions le mot palissade signifie quelque chose d'élégant et de pittoresque, un mur de verdure. « Un lieu sauvage paraît hideux et insupportable aux gens du monde : il leur faut des parterres bien dressés , des palissades bien taillées , des allées bien droites. » Nie.

TAILLE, TAILLADE. Ces deux mots, peu synonymes , rappellent l'idée du verbe tailler , et signifient coupure.

Taille indique la manière intrinsèquement bonne ou mauvaise dont certaines choses, les arbres, les pierres précieuses, les habits, les plumes pour écrire, sont coupées ou taillées; de sorte que la taille se considère en elle-même , et non dans son apparence.

Taillade , au contraire , est un terme concret , qui signifie une coupure longue , étendue , apparente , faite dans les chairs , c'est-à-dire une balafre , ou dans les étoffes et les habits , soit que cette coupure les gâte ou leur donne un nouvel ornement : on portait autrefois des pourpoints a taillades. Eschine reproche à Démosthène de s'être fait des taillades à la tête pour intenter à ses ennemis, à ce sujet, des accusations lucratives (Marm.).

BOURG et BOURGADE , PEUPLE et PEUPLADE , semblent contredire la règle ci-dessus proposée. Bourgade et peuplade devraient signifier quelque chose de plus étendu que bourg et peuple , dont ils ne sont pourtant que des diminutifs.

Mais c'est seulement sous le rapport numérique que la bourgade et là peuplade sont plus petites que le bourg et le peuple. Sous le rapport de l'étendue proprement dite , la bourgade est plus grande que le bourg , elle est moins resserrée , elle occupe un plus grand espace , les maisons en sont plus disséminées; et de même la peuplade n'est pas réunie et fixée en un lieu comme le peuple , elle se meut, elle erre sur un plus vaste terrain.

Du reste , une autre différence qu'il ne faut pas oublier, sépare la bourgade du bourg et la peuplade du peuple. La bourgade et la peuplade sont relativement au bourg et au peuple comme la corporation relativement au corps , un commencement , une ébauche , quelque chose qui pourra devenir un bourg et un peuple , une manière de bourg et de peuple. La Suisse n'est encore qu'une grande peuplade , qui s'agite et fait effort pour devenir un peuple (Lamartine).

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