‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 259 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pondant point à des noms latins en i7ium ou en ilia.

SOMME, SOMMEIL. Grand assoupissement, état de quelqu'un qui repose et dort.

Beauzée, Roubaud et Condillac reconnaissent d'une manière plus ou moins explicite et nette que le premier de ces mots est objectif et absolu , le second subjectif et relatif; que l'un représente l'acte, l'autre l'action; que l'un se qualifie en lui-même , et l'autre par rapport à la situation et aux circonstances. C'est en effet la différence qui doit se trouver entre deux mots synonymes , dont l'un est privé et l'autre pourvu d'une désinence significative.

Somme représente l'assoupissement absolument et objectivement , comme un acte de la vie que tous les hommes accomplissent, les uns d'une façon, les autres d'une autre, mais toujours en général: un bon somme, un somme léger, le premier somme; on dit, faire un somme, un petit somme. On ne dit pas, faire un sommeil, parce que lé sommeil n'est pas , comme le somme, un objet, une tâche commune à tous, mais un état passager et tout relatif à celui qui dort. On prend son somme, comme on prend son repas.

Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme.

Laf.

Le somme est une chose. On ne prend pas son sommeil pas plus qu'on ne prend son étude ; on les commence , on les continue , on les achève : le sommeil et l'étude ne sont pas des choses ou des objets qui aient l'être indépendamment du sujet, mais des actions qui n'existent que par le sujet et au moment de l'action du sujet. Le sommeil est tranquille , doux , inquiet , fâcheux , à raison des circonstances extérieures ou intérieures qui sont propres au dormeur. Aussi sommeil a beaucoup plus d'usage et d'étendue que somme.

Somme fait abstraction de toutes les circonstances qui conviennent particulièrement au sujet ; il ne comporte que des qualifications générales et intrinsèques; il montre l'assoupissement comme une chose faite ou à faire , mais non pas pendant qu'elle se fait et se fait de telle ou telle manière. C'est pourquoi on ne peut pas employer avec somme, comme avec sommeil, les verbes troubler , rompre , interrompre , respecter.

On dit également , un long ou profond somme , et un long ou profond sommeil. Mais les deux .adjectifs sont des épithètes de nature dans la première expression, et des épithètes de circonstance dans la seconde. Rien ne repose mieux des fatigues d'un voyage que de dormir d'un long et profond somme; comme j'étais fatigué, j'ai dormi cette nuit d'un long et profond sommeil.

Dans son abstraction , le terme général somme désigne une tâche, un tout indivisible; tandis que sommeil indique un ensemble de plusieurs parties, ce L'action de dormir étant interrompue, dit Roubaud , le somme est achevé , on ne peut faire qu'un nouveau somme; le sommeil inter- . rompu se reprend , vous rentrez par un nouveau somme dans le sommeil; et le sommeil d'une nuit^ est composé de tout le temps que vous avez dormi même à différentes reprises. »

Enfin . somme exprimant la chose comme étant ,

comme un objet, sommeil comme se faisant, comme un événement, l'un touche au passif, l'autre à l'actif, l'un serait plutôt l'effet, l'autre représenterait plutôt la cause, ce Le dormir, suivant Roubaud, est l'effet du sommeil; le somme est le résultat du dormir. Nous invoquons le sommeil, et non le somme: nous invoquons la cause, le dieu bienfaisant qui nous fait dormir; nous n'invoquons pas l'effet , l'acte que nous faisons de dormir. Le sommeil nous fuit, nous presse , nous tourmente , nous tient dans ses bras. j>

Sommeil signifie quelquefois particulièrement quelque chose d'imparfait, un assoupissement qui commence , l'envie de dormir. Rien de plus naturel, vu son caractère de relativité.

TERMINAISONS EIL et AT.

Appareil , apparat.

APPAREIL, APPARAT. Pompe, étalage, qui fait que les personnes ou les choses paraissent , se montrent avec éclat.

Apparat, immédiatement traduit du latin apparatus , ne devrait se dire , à la rigueur , que quand il est question des Latins et de ce qui les concerne. « Trajan se prêta avec trop de complaisance à s'entendre louer dans un discours d'apparat pendant plus de deux heures. » Lah. a Qu'est-ce qu'une oraison funèbre? Un discours à' appareil, une déclamation. » Volt. — Mais ensuite on emploie apparat en parlant des choses qui regardent les savants et les cérémonies de l'Eglise. «Le duc d'Albret, qui était élevé pour l'Église , soutenait ce jour-là une thèse en Sorbonne en grand apparat. » S. S. « Les fiançailles de Melle de Rohan avec Tallard se firent dans le cabinet du roi par l'évêque de Metz avec tout Yapparat possible. » Id. Pour exprimer quelque chose de tout moderne et de tout laïque, nous nous servons d'appareil: «Quel contre-sens de donner un prix public , un prix d'appareil , à la vertu des femmes , à la pudeur ! » Lah.

En général, apparat se prend plutôt en mauvaise part et emporte une idée d'emphase et de pédanterie, qui est étrangère à appareil. « Dans toutes les causes vulgaires Yapparat serait ridicule. »Marm. « La plaidoirie moderne donne rarement lieu à Y appareil de la haute éloquence. » Id.

Enfin , en sa qualité de participe passé , apparat indique l'effet; au lieu qu'appareil se rapporte à l'action et aux moyens déployés pour produire cet effet. Festin d'apparat, est une expression purement caractéristique ou énonciative ; appareil est propre à montrer la chose en train de se faire, a Philippe mettait beaucoup plus de recherche dans les apprêts d'un combat que dans Yappareil d'un festin. » Lah. ce L'excès et apparat, la multitude, diversité, et exquis appareil des viandes est venu à son honneur. » Charr.

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