TERMINAISON TER
Manœuvre , manouvrier. Coudre , coudrier.
Il se peut que cette terminaison tire son origine du latin arius , car les mots saunier , chevrier, farinier , par exemple , correspondent exactement au latin , salinarius , caprarius , fari-
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
narius. Quoi qu'il en soit , ier se trouve souvent à la fin de radicaux totalement étrangers à la langue latine, et, dans tous les cas , il exprime l'idée d'une profession commune , vulgaire , d'un métier. Si bien même que cette désinence se construit avec des noms de fruits pour désigner l'arbre qui fait la fonction ou le métier de les produire ; usage inconnu dans la langue latine où les noms d'arbres ne se terminent point en arius: exemples , cerisier, cerasus; poirier , pirus; prunier, prunus; olivier, oliva. Il y a plus , ier peut atrafei terminer les noms de choses entièrement inanimées , dont la destination est de servir d'instruments ou de moyens , comme balancier , escalier , pilier , chandelier , salière , qui ne dérivent pas non plus de noms latins en arius. Quelquefois les substantifs en ier se prennent au moral comme qualificatifs défavorables, comme signifiant dans les personnes un petit défaut ou quelque chose de déplaisant : tels sont tracassier , tripotier , minaudier. Dans ce dernier , comme dans le premier sens, la désinence ter est fort analogue à la désinence abstraite erie.
MANOEUVRE, MANOUVRIER. Ouvrier qui travaille de ses mains.
Étant dépourvu de terminaison significative, manœuvre exprime cette idée purement et simplement; ier y ajoute pour accessoire que c'est par métier , par état , qu'on se livre à cette sorte d'occupation. Le manœuvre travaille sous un autre ouvrier; il ne fait pas un ouvrage qui lui soit propre et dont la production constitue un métier ; le manouvrier travaille pour ceux qui ordonnent ou entreprennent l'ouvrage, ce qu'il fait n'est rapporté qu'à lui , et tous ceux qui font les mêmes choses que lui exercent la même profession.
Manœuvre est la dénomination propre de certains aides qui servent les maçons et les couvreurs , et qui apprennent Fart plutôt qu'ils ne l'exercent; ce qui fait que pour désigner un mauvais ouvrier , nous disons quelquefois , c'est un manœuvre , comme nous disons, c'est un apprenti , un novice. Manouvrier est une dénomination générale qui s'applique à toutes sortes de gens de journée salariés , et qu'on considère comme une classe occupant tel rang dans la société. Le manœuvre n'a pas de métier ; il prête ou loue son travail à ceux qui en ont un. Le manouvrier a un métier, mais le moins élevé et le plus précaire. Comme le manœuvre n'a point d'existence sociale, ni, pour ainsi dire , de personnalité , il est quelquefois un objet de mépris et s'entend quelquefois adresser la qualification injurieuse de goujat.
COUDRE, COUDRIER. L'arbrisseau qui porte des noisettes et qu'on nomme aussi noisetier.
Le coudre est considéré, abstraction faite de toute fonction végétative, comme une sorte de bois ayant certaines propriétés, et susceptible, étant travaillé , de prendre telles ou telles formes : et bois de coudre, baguette de coudre, cerceaux de coudre. r, Agad. Le mot coudrier, au contraire, est propre à rappeler toutes les qualités de l'arbrisseau comme plante , toutes les particularités de sa croissance et de sa culture : le coudrier vient dans tels endroits , il atteint à telle hauteur, il a des feuilles de telle forme; on l'ente,
on le transplante, etc.; des chatons de coudrier (Buff.); les gelinottes cachent leur nid sous des coudriers (Id.).
Noisetier seul rappelle l'idée du fruit que porte l'arbrisseau en question. Buffon assure que, dans un terrain près de Modène , on trouve , en creusant jusqu'à une certaine profondeur, « des arbres tout entiers , comme des noisetiers avec les noisettes dessus. »
TERMINAISONS 1ER et EUR.
Confiturier, confiseur.
CONFITURIER, CONFISEUR. Celui qui s'occupe par état de choses confites ou de confitures.
Les désinences ier et eur servent en effet toutes deux à qualifier les personnes par rapport à ce qu'elles font habituellement. Mais ier s'emploie quand il s'agit des professions les plus communes, et eur quand il est question des plus relevées , des plus nobles. En conséquence, il n'est besoin d'aucun talent pour être confiturier : il suffit de vendre des confitures. L'état de confiseur demande de l'habileté, même de la science : il consiste nonseulement à vendre, mais encore et surtout à faire des confitures.
La différence est la même entre oiselier et oiseleur.