‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 303 sur 881 · TERMINAISON AELE · texte numérisé non relu

TERMINAISON AELE

Vrai, véritable,

Able, latin abilis , est une terminaison qui correspond exactement à la terminaison if dont elle exprime le contraire. Toutes deux sont à base verbale et signifient une disposition, une aptitude ; mais if désigne la puissance , la faculté de faire, able la possibilité, la capacité d'être fait ou de devenir; et, comme à l'une convient la dénomination de facultative active , l'autre peut s'appeler facultative passive. Il n'est personne qui ne comprenne par comparaison , dans les exemples suivants , la valeur de l'une et de l'autre désinence : pénétratif , pénétrable ; imaginatif , imaginable; justificatif , justifiable; explicatif, explicable ; communicatif , communicable.

VRAI, VÉRITABLE. Qui n'est pas faux, qui est conforme à la vérité.

Ces deux mots ont évidemment le même radical , verus , vrai , d'où veritas , qui a servi à former véritable. Contrairement à l'analogie, véritable est à base nominale , ce qui n'empêche pas sa terminaison de conserver son sens général.

La différence des deux mots se tire de cette double considération , que le premier n'a pas de terminaison significative , le second en ayant une, et que véritable veut dire proprement , non pas vrai , mais qui a de la disposition , de l'aptitude à être vrai. Elle peut s'énoncer sous cette forme générale: vrai est absolu et objectif; véritable. relatif et subjectif; l'un se considère en soi, in ordine ad se , l'autre relativement à nous , in ordine ad nos; l'un regarde la chose en elle-même, dans sa nature , l'autre l'allégation ou l'affirmation et l'effet produit sur nous. Ce qui est vrai est tel qu'on le dit ; ce qui est véritable est dit tel qu'il est et ne trompe point.

Girard, Roubaud et Condillac ont aperçu et signalé de la même manière le caractère spécial de vrai, mais diversement la relativité de véritable. Girard et Roubaud ont vu que véritable se rapporte à la vérité de l'affirmation ou du récit , ce que Girard fait bien comprendre par l'exemple suivant : « Quelques historiens soutiennent qu'il n'est pas vrai qu'il y ait eu une papesse Jeanne , et que l'histoire qu'on en a faite n'est pas véritable.»

Mais , de son côté , Condillac a reconnu que les

\, Amant, dans une acception figurée, ressemble fort à amateur; car tous deux signifient partisan déclaré, et non pas, comme amoureux , homme épris de telle chose. La différence consiste en ce que le sentiment de V amant est toujours calme et modéré, et ne va jamais jusqu'à la passion, jusqu'à l'engouement. « M. de Belloy était un homme de paix, amant de la vertu. » Buf.

choses véritables sont , non-seulement celles qui sont dites, rapportées, alléguées par l'homme, mais encore toutes celles qu'on regarde comme conformes à ce que les hommes en pensent , comme ne les trompant point. Et cette idée plus générale et plus large de la relativité de véritable , il l'a transportée avec raison du sens primitif des deux mots à leur sens dérivé. Voici en propres termes comment il s'en explique :

« Cette histoire n'est pas véritable , c'est un vrai roman. Cet exemple suffirait pour faire sentir que vrai ne se dit que du fond de la chose , et que véritable se dit de la chose considérée sous quelque rapport. Il me paraît même que ces mots conservent toujours cette différence. Par une vraie histoire, un vrai amour, une vraie amitié , on entend seulement que ces choses sont ce qu'elles doivent être : par une véritable histoire , un véritable amour, une véritable amitié, on entend que ces choses ne trompent point. C'est un véritable gentilhomme, c'est un vrai gentilhomme , ne signifient pas absolument la même chose. Le premier se dit de celui qui joint la noblesse des sentiments à la noblesse de la naissance , c'est-à-dire qui réunit en lui tout ce qu'on est en droit d'exiger d'un gentilhomme. Vrai se rapporte à la chose considérée en ellemême et comme ayant tout ce qui est nécessaire à son essence , tout ce qui est nécessaire pour qu'elle soit parfaitement ce qu'elle doit être : vrai Dieu, vrai bien, vrai repos, vrai or, vrai rubis , vrai portrait , etc. En pareil cas , véritable ne serait pas bien. Celui-ci fait envisager la chose sous deux points de vue, c'est-à-dire en ellemême et par rapport à nous. Je dirai qu'un homme est vrai, lorsque je le considère en lui-même sans aucun rapport particulier, et cela signifie qu'il est incapable de déguisement , qu'il aime la vérité pour la vérité ; je dirai qu'il est véritable , lorsque je le considère dans ses propos , dans ses actions , et cela signifie qu'il ne veut pas tromper. Celui qui est vrai est nécessairement toujours véritable; mais rien n'empêche que celui qui n'est pas vrai ne soit quelquefois véritable. »

Ainsi , en résumé , vrai qualifie les choses en elles-mêmes , d'une manière absolue , et signifie qu'elles sont ce qu'elles doivent être , il regarde le vrai idéal , essentiel; véritable les qualifie relativement à nous , et signifie qu'elles sont dites par nous ou qu'elles sont par rapport à nous comme il faut pour qu'il n'y ait pas mensonge ; il regarde cette vérité morale en quelque sorte qui fait qu'on dit vrai , qu'on ne ment ni ne trompe.

TERMINAISONS ABLE et ANT.

Déshonorable , déshonorant. Convenable , convenant. Effroyable , effrayant.

A la rigueur . il ne saurait y avoir de synonymie entre les adjectifs en able et les adjectifs en ant, car les uns expriment la possibilité d'une qualité dont les autres marquent la réalité : déshonorable , qui est capable de déshonorer , déshonorant , qui déshonore; convenable, qui est de nature à convenir, convenant, qui convient; efroyable , qui est propre à effrayer, effrayant, qui effraye.

Mais , ce qui en fonde la synonymie , c'est que les adjectifs en able se prennent aussi dans le sens de la réalité ; de telle sorte que ce qui est déshonorable , convenable , effroyable, tout comme ce qui est déshonorant, convenant, effrayant, déshonore, convient, effraye.

Cependant leur différence est facile à trouver. Ce qui frappe principalement , sinon uniquement , dans l'adjectif en able , c'est la propriété ; et , dans l'adjectif en ant , c'est l'action , l'effet présent. Le premier , quoiqu'il puisse avoir aussi un verbe pour base, est un pur adjectif, et, à la différence du second , ne participe à aucune des propriétés du verbe. La qualité est présentée par l'un comme inhérente au sujet, comme permanente et durable , et par l'autre comme actuelle , passagère , spéciale , comme se manifestant dans des circonstances déterminées. Une chose déshonorable on convenable déshonore ou convient partout et toujours, essentiellement; une chose déshonorante ou convenante ne déshonore ou ne convient que dans le moment et dans le cas particulier. C'est, d'une part, une qualiié fixe, de droit, qui ne dépend pas de l'application: de l'autre, une qualité de fait. Que d'actions déshonordbles ou convenables ne sont ni déshonorantes ni convenantes dans certaines conditions , grâce à l'opinion , à la mode , aux usages et aux préjugés! Et que d'actions jugées déshonorantes ou convenantes, ne seraient pas trouvées déshonordbles ou convenables , si l'on avait égard à toutes les circonstances où se sont trouvés ceux qui les ont faites l

EFFROYABLE, EFFRAYANT. Qui cause une grande peur. Le radical de ces deux mots est le même, effroi, d'où l'on a formé effroyable et effroyer; ce dernier a été écrit et prononcé à l'italienne , effrayer , et de ce verbe sont sortis effrayant et frayeur.

Effrayant exprime une qualité de fait, effroyable une qualité de droit, ou une qualité de droit et de fait en même temps; en sorte qu'un spectacle effrcy int effraye, et qu'un spectacle effroyable est bien fait pour effrayer , doit effrayer , ou est capable d'effrayer, et effraye.

La chose effraya7ite frappe et produit tout son effet en un seul coup : une figure effrayante frappe de crainte, mais seulement pendant qu'elle agit. « La vue d'un objet effrayant fait de vives et de fortes impressions sur le cœur. » Boss. La chose effroyable a un fond d'effroi, en quelque torte, ce qu'on redoute en elle c'est elle et ses suites, et non son impression du moment; peut-être même n'en produit-elle aucune, ce Tout chemin qui conduit à un précipice est effroyable , fût-il couvert de roses. » Fén. La peur vous saisit à la vue d'un objet effrayant , même quand il ne serait pas à craindre ; un objet effroyable est à craindre , même quand il ne vous fait aucune impression- Ce qui est effrayant ne l'est souvent qu'à raison de notre ignorance et par l'effet instantané qu'il produit : le cri des oiseaux de nuit est effrayant (Boil.). Voltaire dit de Rome :

Ce colosse effrayant , dont le monde est foulé , Eu pressant l'univers , est lui-même ébranlé.

Volt.

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