INTRODUCTION. XXXV
du livre même, nous pouvons au moins dès à présent ajouter à ce qui vient d'être dit quelques remarques générales importantes et qui ne demandent pas pour être comprises de longs développements.
Outre l'avantage de rassembler, pour la distinction des deux mots synonymes dans chaque exemple , les lumières que fournit l'examen non-seulement de tous les autres exemples , mais encore de termes étrangers à la classe et affectés delà même modification grammaticale , cette méthode a encore celui de rendre, sinon tout à fait inutiles, au moins peu nécessaires , les citations de passages ayant pour but de constater l'usage par rapport à chaque couple de synonymes. Cet usage, elle le fait connaître à priori et comme d'emblée, en même temps qu'elle l'explique et en rend raison. Soient les deux synonymes défiance et méfiance. En procédant à la manière de Girard, on s'efforcera de découvrir leur différence pa* instinct, par la méditation et à l'aide d'une sagacité plus ou moins pénétrante. C'est ce qu'ont fait les auteurs des deux articles de l'Encyclopédie sur ce sujet On pourrait aussi, comme pour les synonymes à radicaux divers, s'attacher à savoir la décision de l'usage touchant la valeur propre des deux mots, et à cette fin on recueillerait dans les auteurs classiques beaucoup de passages où cette valeur se trouve bien marquée. Mais ce moyen n'est ni le plus court , ni le plus sûr, ni le plus satisfaisant; c'est seulement un moyen surérogatoire qu'on emploiera quelquefois par surcroît de précaution. Après que le sens précis de chacune des deux préfixes dé et mé aura été séparément déterminé par l'examen et la comparaison d'un grand nombre de termes français ou étrangers qu'elle commence, on rapprochera deux par deux les mots peu ou point synonymes qui ont même radical et pour préfixe, l'un dé, l'autre mé , et par exemple, dépriser et mépriser, décompte et mécompte, dédire et médire. On arrivera ainsi par analogie à connaître non-seulement ce que l'usage pense ou plutôt doit penser sur la différence des deux mots, mais encore pourquoi il le pense ou doit le penser. Sans doute les esprits méticuleusenfent positifs et empiriques jugeront qu'il vaudrait mieux constater l'usage que de décider au nom de la science ce qu'il doit être. Mais , outre que les citations ne le révèlent pas infailliblement , il est bien permis à la science de le guider, de le contrôler même quelquefois dans les cas particuliers, d'après des données fournies par l'usage lui-même. Nous avons donc dû citer plus rarement dans la première partie. Toutefois nous ne nous en sommes abstenu que quand la différence obtenue scientifiquement était si évidemment confirmée par l'usage, que toute démonstration au moyen des faits devenait superflue.
En second lieu, il ne suffit pas de ranger en classes les synonymes grammaticaux, il faut savoir aussi distribuer les classes entre elles. Le sujet entier se divise, à notre avis, en trois parties principales sous les titres suivants : 1° Synonymes dont les différences dépendent de certaines circonstances grammaticales ; u2° Synonymes dont les différences dépendent de la valeur des préfixes ; 3° Synonymes dont les différences dépendent de la valeur des terminaisons1. Dans la
ï. Pour différencier les mots synonymes à radical commun, la langue grecque a plusieurs moyens