TERMINAISON AN
Perse , persan.
Les mots latins terminés en anus , o , um , font en français ien : trojanus , troïen; prœtorianus , prétorien;— ou bien ain : africanus , africain; publicanus , publicain; — ou bien encore an (italien ano) : romanus , romain ou roman (italien romand). !*& désinence française an , doit donc avoir, quant au fond , le même sens que nos terminaisons ain et ien , c'est-à-dire qu'elle doit être indicative du lieu ou du pays auquel on appartient par son origine , ou de la profession qu'on exerce.
PERSE, PERSAN. Originaire de la Perse et qui y demeure.
Le premier nom s'applique exclusivement aux anciens peuples de la Perse. Il n'a pas de terminaison significative, non plus que le mot latin d'où il est tiré , Persa, a?, non plus que Scytha , as , Medus , i , qui nous ont donné Scythe et Mède.
Persan ne se dit que des modernes habitants du même pays, et la raison de cette nouvelle forme du mot . quand on l'applique aux Perses de nos jours , tient sans doute à l'habitude où nous sommes de terminer de cette façon les noms des peuples orientaux , surtout de ceux qui sont soumis à la loi de Mahomet: mahométan, musulman, ottoman, banian; et de même pour les noms d'hommes , de pays et de dignités : Soliman , Tamerlan, Gengis-kan, Artaban, Aman; soudan, sultan , osman , iman, capitan , divan; Tndosîan , Aracan, Ispahan, Téhéran, Érivan, Liban; auxquels on peut ajouter : turban , alcoran , talisman , toman , ramadan , maïdan , be%estan , forban , doliman.
Quoi qu'il en soit , l'usage exige qu'on observe cette différence à la rigueur, sous peine de n'être point entendu quand on parle de la population ou d'un individu de Perse. Dans les Lettres persanes et dans l'Esprit des lois , Montesquieu n'y manque jamais: là, il dépeint les mœurs persanes ou les mœurs des Persans et des Persanes au xvme siècle-, ici, il rappelle, comme dans la Grandeur et décadence des Romains , l'histoire , les institutions , les coutumes des Perses , à l'époque d'Alexandre et des conquêtes de Rome.
TERMINAISONS AN, IEN et IQUE.
Persan, persien, persique.
PERSAN, PERSIEN, PERSIQUE. Ils se disent
tous trois des choses de la Perse.
Mais persan désigne proprement ce qui convient aux habitants actuels de la Perse : langue , modes, jalousie, persanes; contes persans; ouvrage écrit en persan; au lieu que persien et persique sont réservés pour les choses de l'ancienne Perse.
Dans ce dernier sens, persien, qui vient du pays de la Perse , qui en est ou y a rapport , est le mot le plus commun. «Léonidas arrêta l'armée persienne aux Thermopyles. » Boss. « Alexandre subjugua toutes les terres de la domination persienne. » Id. Clitus avait dit d'Alexandre : « Il fera bien de passer sa vie avec des Bactriens et des esclaves , qui adoreront volontiers sa ceinture persienne et sa robe blanche. » Roll. «Les gens de pied lacédémoniens , en la journée de Platée , ne purent ouvrir la phalange persienne. » Montaign. « Il y a beaucoup de noms persiens, qui gardent Y s à la fin , comme Agaces et Menés. » Vaug.
Quant à persique , il sert comme dorique et ionique, à exprimer un certain ordre d'architecture, un type , un idéal , ayant tels caractères distinctifs. Que si, sans cette idée accessoire, on dit le golfe persique , c'est par une exception facile à expliquer. Les Romains avaient appelé persicus sinus le golfe de Perse; par fidélité géographique , le français a dû lui conserver cette qualification littéralement ; Montesquieu pousse même l'exactitude jusqu'à le nommer le sein persique.
TERMINAISONS AN et ISTE.
Artisan , artiste.
ARTISAN , ARTISTE. Ils désignent tous deux un homme comme exerçant un art.
An, italien, ano, latin, anus, a, um, répond au français ain , qui équivaut à ien. Entre artisan et artiste la différence semblerait devoir être la même qu'entre mécanicien et machiniste. C'est cependant tout le contraire qui a lieu : artisan est une qualification moins noble qu'artiste. Cela s'explique aisément.
Artisan et artiste ayant absolument même radical , doivent différer comme leurs terminaisons, et c'est un fait que la terminaison iste l'emporte en noblesse sur les désinences ain, an, ou ieny . Que si cette règle ne s'applique pas à mécanicien et à machiniste , c'est que leur radical, bien qu'au fond le même, dérive immédiatement, pour le premier du latin , et pour le second du français. Artisan se dit en fait d'arts mécaniques,' et artiste en fait d'arts libéraux, c'est-à-dire d'arts qui demandent l'exercice du génie en
\u A ces dernières désinences on peut ajouter leur équivalent ira, qui le cède aussi à iste en noblesse. « Ces hommes sont ivès-turgotins (partisans du ministre Turgot), c'est ainsi qu'on les appelle, car turgotistes les rendrait trop fameux , cela leur donnerait l'air d'une secte; à eux n'appartient pas tant d'honneur. » Dudeff.