DEUXIÈME PARTIE
Il était si hargneux , si brutal , si jaloux !
Le marquis.
De son côté, souvent il se plaignait de vous. "Vous aviez, disait-il, l'humeur acariâtre , Il vous trouvait toujours rétive, opiniâtre , Brusque, contrariante, et mutine surtout. Dest. « La première qualité d'une femme est la douceur.... L'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font jamais qu'augmenter leurs maux ou les mauvais procédés des maris.... Le ciel ne les fit pas insinuantes et persuasives pour devenir acariâtres. » J . J. « Ne vous souciez pas d'une femme acariâtre, des caillettes et des âmes basses. » Montesq. « Scarron a fait de Junon une commère acariâtre, » Marm. « Un Allemand ayant eu une petite difficulté à Blois avec son hôtesse , laquelle avait les cheveux un peu trop blonds, mit sur son album : Nota bene , toutes les dames de Blois sont rousses et acariâtres. » Volt. « Peindre Xantippe, femme de Socrate, telle qu'elle était en effet, une bourgeoise acariâtre, grondant son mari, et l'aimant. » Id.
Votre baronne est une acariâtre, Impertinente, altière, opiniâtre, etc. Id.
Hargneux et querelleur, de leur côté , diffèrent entre eux ainsi qu'il suit.
Le hargneux est un grognon. Dans le Distrait de Regnard, le Chevalier dit en parlant de Mme Grognac :
Cette maman encor fait-elle la hargneuse? C'est un vrai porc-épic. Elle est toujours grondeuse. « Si j'étais plus hargneux que je ne suis , j'aurais de quoi gronder à bon escient. » Malh. — Le querelleur est un batailleur. « Quand je suis entre deux vins , je suis diablement querelleur. J'ai le vin bas breton. » Les.
On n'osa trop approfondir
Du tigre ni de l'ours, ni des autres puissances, Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints. Laf.
Il y a dans le hargneux comme une plénitude de mécontentement qui se répand sur ce qui l'entoure ; le querelleur n'est pas triste , mais il a la manie du bruit , des provocations , des disputes.
La vieillesse chagrine et la sombre jalousie sont hargneuses. Dans les Folies amoureuses , Regnard dit d'Albert, tuteur d'Agathe et son amant jaloux ,
Il n'a ri de sa vie : il est jaloux, fâcheux,
Brutal à toute outrance, avare, dur, hargneux.
Le Dieu des morts fut son barbare époux :
Il était louche, avare, hargneux, jaloux. Volt. a La dame se met à plaisanter sur cette ordonnance. Le médecin, animal hargneux, ne s'est nullement prêté à ses plaisanteries , et lui a dit avec la gravité doctorale.... » Les. — Mais la jeunesse fière, hardie, contentieuse , est querelleuse. a Timides et modestes devant les gens âgés, les enfants étaient hardis , fiers , querelleurs entre eux.» J. J. a Ce qui est à remarquer dans les Alexandrins , G'est leur esprit contentieux et querelleur avec peu de courage. » Volt. <* Un jeune homme assez libertin, joueur, prodigue et querelleur. » Beaum.
On est hargneux par mauvaise humeur ou mo-
rosité , et ce défaut se considère surtout dans la personne qui en est possédée, elle n'est point gaie. On est querelleur par amour-propre , parce qu'on veut toujours triompher, et le mot se rapporte surtout aux effets de ce défaut à l'égard des autres : le querelleur n'est rien moins que pacifique.
On n'aime pas à avoir affaire à une personne hargneuse, ce Dona Manuela, douairière surannée, hargneuse et bizarre, n'a d'ordinaire qu'un laquais , encore ne le peut-elle garder un jour entier. » Les. On craint le querelleur. « Toute l'armée craignait Hippias; car il était encore plus querelleur et plus brutal qu'il n'était fort et vaillant. » Fén.
ACCABLER, OPPRIMER, OPPRESSER. Ces mots se rencontrent dans une idée commune, celle d'une charge trop forte imposée à quelqu'un: une personne accablée , opprime'e ou oppressée succombe sous le poids.
Accabler est le terme le plus général. Il se dit au physique comme au figuré. « Si la tête était plus grosse, sa pesanteur accablerait le cou.» Fén. Au figuré, il a aussi la signification la plus étendue. Il s'emploie d'abord avec un nom de personne pour sujet, auquel cas il est synonyme d'opprimer : le fort accable le faible, un parti en accable un autre , un conquérant accable les peuples vaincus.
1° Accabler, opprimer.
Accabler a plus de rapport à l'effet, et opprimer en a davantage à la cause , à Y oppresseur ; l'un fait songer à l'état de la personne qui souffre l'action , l'autre aux sentiments et à la conduite de celui qui la fait. Vous plaignez celui qui est accablé , vous voudriez le soulager : vous détestez la violence et l'injustice dout Yopprimé est la victime; vous voudriez le défendre. !
Accabler ne fait concevoir autre chose que l'affaiblissement des forces. «Le czar Pierre ne voulait pas achever d'accabler la Suède. » Volt. « Comme la multitude du peuple fait la force du roi , s'il le laisse dissiper et accabler par les hommes violents, il se fait tort à lui-même. » Boss. «Alexandre ne partit qu'après avoir assuré la Macédoine contre les peuples barbares et achevé d'accabler les Grecs ; il ne se servit de cet accablement que pour l'exécution de son entreprise ; il rendit impuissante la jalousie des Lacédémoniens. » Montesq. « Charles-Quint se croyait alors assez puissant pour accabler les luthériens. » Cond. « Sylla faisait la guerre à Mithridate pendant que son parti était accablé en Italie par la faction de Marius. » Roll.
Opprimer emporte les idées morales de vexation, de persécution, d'animosité, d'une part, et, de l'autre, celle d'innocence, ce Le péché veut nous faire régner sur les autres : il nous rend injustes et violents ; il nous fait opprimer les faibles et persécuter les innocents. » Boss. a Un roi est le père du peuple et le défenseur des pauvres opprimés. » Id. ce Dieu viendra pour venger les faibles que le pouvoir joint à la violence aura opprimés.» j Bourd. ce Hérodote exhorta ses compatriotes à ' chasser le tyran qui les opprimait. » Roll. ' « Henri IV assura le repos et la liberté d'une re-
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
tigion longtemps persécutée , afin qu'elle ne fût désormais ni opprimée ni opprimante. » Volt.
Persécutez son père, opprimez son état. Io.
Il se plaît à venger la vertu qu'on opprime. Id.
Et de ceux qu'on opprime il prend en main les droits.
Id.
Pour Sirven opprimé je demande justice. Id.
Rois, si vous m'opprimez, si vos grandeurs dédaignent
Les pleurs de l'innocent, que vous faites couler,
Mon vengeur est au ciel. Id.
On n'accable pas, mais on opprime la vérité (Volt.), comme on la persécute : a Le temps est venu où le bon sens ne doit plus être opprimé par la sottise. » Volt.
Ensuite , quand accabler a pour sujet des noms de choses , il devient synonyme d'oppresser; d'autant plus que celui-ci diffère comme lui à'opprimer (voy. p. 288). Accabler et oppresser se rapportent à l'effet , et non à la cause comme opprimer: ils marquent plutôt un état qu'un genre de conduite. Il y a des maux tant physiques que moraux qui accablent ou oppressent; on est accablé ou oppressé de douleur. Sur ce vers de la Sémiramis de Voltaire ,
Je voudrais.... mais faut-il, dans l'état qui m'opprime?...
Laharpe fait la remarque suivante, « On n'est point opprimé par un état ; on est accablé d'un état et opprimé par le sort. Le mot opprimer ne peut se dire que de ce qui peut être personnifié figurément, comme le pouvoir, l'injustice, etc. Au contraire , oppressé ne se dit que des choses : on est oppressé de douleur , opprimé par ses ennemis. »
2° Accabler, oppresser.
Au physique , le mal qui accable affaiblit tout le corps : c'est , par exemple , l'effet produit par la fièvre ou par une simple fatigue. Le mal qui oppresse forme comme un poids qui ne se fait sentir que sur la poitrine ou l'estomac , qu'il serre ou presse , en même temps qu'il empêche la respiration. « Sur le Calvaire l'amour de Marie pour son fils fait un poids de fer sur sa poitrine qui la serre et l'oppresse si violemment qu'il y étouffe jusqu'aux sanglots. » Boss. « J'éprouve un gonflement d'estomac qui m'oppresse , m'étouffe et me gêne au point de ne pouvoir plus me baisser. » J. J.
Je ne puis respirer, tant la douleur m'oppresse.
Dest.
Au figuré , l'âme accablée a perdu toute énergie, elle est abattue, découragée, et comme écrasée ou anéantie; l'âme oppressée éprouve une sorte d'anxiété et de détresse qui la gêne beaucoup et comprime un moment son énergie , mais sans l'énerver. On peut être oppressé , mais non pas accablé par l'inquiétude. « Son inquiétude était si vive qu'il en paraissait oppressé. » J. J. —Pour un homme absolument malheureux la vie est un poids qui l'accable (Volt.) ; à la vue ie certaines injustices l'indignation nous oppresse JLah.). w m
t° ACCELERER, PRESSER , HÂTER; — 2° DÉ PÊCHER , EXPÉDIER. Faire en sorte que quelque chose ne tarde pas.
1° Accélérer, presser, hâter.
Accélérer s'applique à une action qu'il suppose
commencée, et signifie ajouter à sa célérité , la faire aller plus vite. On accélère un mouvement ou un travail (Acad.), la ruine de quelqu'un (J. J.), la fusion d'un métal (Buff.). « L'énorme pouvoir des éphores, qui fut sans danger tant que Sparte conserva ses mœurs, en accéléra la corruption commencée. » J. J.
Presser et hâter se disent plutôt d'un projet , de quelque chose qu'il s'agit de mettre en train ; avec cette différence que presser annonce quelque chose de plus près ou de plus pressant , de plus urgent , de plus prochain. « Mon livre (Bélisaire) était enlevé , la première édition en était épuisée : je pressai la seconde, je hâtai la troisième.» Marm. — * Pressez vite le jour de la cérémonie, j'y prends part.» Mol. a Avancez, ô mon Dieu, à leur égard , l'accomplissement de vos promesses : hâtez l'avènement de ces temps heureux. » Mass. — Boileau n'aurait pas pu dire,
Pressez-vous lentement , comme il a dit ,
Hdtez-\oxxs lentement ; c'eût été une contradiction dans les termes.
Mais entre presser et hâter se trouve encore une différence tout autrement considérable. Vous pressez des hommes ou des animaux ; vous hâtez des faits ou des événements. On presse des fermiers pour hâter le payement d'une rente. On dit proprement se presser. Que si on dit aussi se hâter, c'est quand on a égard à l'événement , au but , à la fin. Se presser , c'est s'exciter , se donner une nouvelle ardeur, au lieu de se ralentir ; se hâter, c'est se porter de bonne heure vers la fin, au lieu de rester en arrière. L'homme impétueux se presse; celui qui craint d'être en retard ou prévenu se hâte. Qui se presse trop s'empresse trop , se fatigue ; qui se hâte trop , finit ou arrive trop tôt.
En général , accélérer se rapporte à une action ou à l'action ; presser , à un agent ou à l'agent ; hâter , à un événement ou au temps. On accélère un mouvement ou un travail ; on presse des ouvriers, des bêtes de somme ou de voiture; on hâte le supplice de quelqu'un, le jour, le moment où un fait doit avoir lieu. En accélérant on augmente la vitesse: en pressant , on augmente la promptitude ; en hâtant , on avance l'époque.
2° Dépêcher, expédier.
Dépêcher et expédier , outre qu'ils sont familiers, ajoutent à l'idée commune celle de dégagement ; car ils signifient tous deux , suivant l'étymologie , accélérer , presser ou hâter de manière à tirer les pieds de , à faire qu'une personne ne soit plus en peine , empêchée , inquiète ou impatiente. Seulement dépêcher est relatif au sujet de l'action , et c'est à cause de cela qu'on dit bien se dépêcher; et expédier est relatif à la personne sur qui tombe l'action, aussi ne dit- on point s'expédier.
Si vous dépêchez une besogne , vous vous délivrez de souci ; si vous expédiez une besogne , vous délivrez de souci telle ou telle autre personne. Dépêcher un homme, c'est s'en défaire; expédier un homme , c'est le défaire ou le délivrer de quelque chose de fâcheux qu'on termine dans peu ou aussitôt.
ACCIDENTELLEMENT, FORTUITEMENT. Par
hasard, sans cause.
Accidentellement , c'est-à-dire par accident; Y accident est un fait étrange , qu'on ne peut rapporter à aucune cause physique connue. Fortuitement , fortuito , c'est-à-dire par fortune; la fortune est un principe d'action capricieux et aveugle, opposé à la volonté libre et intelligente.
Accidentellement exclut l'idée d'une cause naturelle; fortuitement, celle d'une cause intelligente. Ce qui arrive accidentellement est irrégulier , non conforme aux lois connues , au cours de la nature; ce qui arrive fortuitement ne dérive pas d'un dessein, n'est pas fait avec choix. L'événement accidentel n'est rien moins qu'ordinaire ou constant ; l'événement fortuit n'est rien moins que volontaire, électif, éclairé.
C'est accidentellement que les fleuves débordent, qu'il tombe des pierres du ciel; c'est fortuitement , suivant Épicure , que les choses de ce monde ont été produites et qu'elles continuent à être ou à se passer encore aujourd'hui. A peine peut-on citer quelques exemples de petits morceaux de fonte ou régule de fer trouvés dans le sein de la terre , et formés sans doute accidentellement par le feu des volcans (Buff.); c'est fortuitement qu'on rencontre une personne qu'on ne cherchait pas (J. J.), ou qu'une chose vient tout à coup à l'esprit (Laf.). C'est accidentellement que vous tombez malade , dans la force de l'âge , avec une excellente constitution et au milieu de toutes les circonstances les plus favorables à la santé ; c'est fortuitement que vous vous enrichissez , quand la fortune vous vient en dormant.
ACCOMPAGNER, ESCORTER; — SUIVRE. Aller avec.
Accompagner, de ad, auprès , et de compagnon, se mettre auprès, s'adjoindre à quelqu'un pour compagnon de route , est le mot général : on accompagne pour toutes sortes de motifs , pour honorer une personne , pour jouir de sa société , pour partager son sort, etc. Escorter, italien scortare, dérivé peut-être de cohors , cohorte, troupe, est, par rapport à accompagner , un terme significatif d'une espèce : on escorte , quand on accompagne pour protéger, pour mettre à couvert d'une attaque , d'un coup de main , pour surveiller pendant la marche. Vescorte est un accompagnement militaire. Le cardinal Fleury donna un nombreux accompagnement au duc de Saint-Simon allant en ambassade en Espagne, et, entre autres, une quarantaine d'officiers. Saint- Simon représenta : « qu'on n'avait jamais fait d'accompagnement militaire à aucun ambassadeur, excepté le marquis de Lavardin, parce qu'il allait à Rome soutenir à vive force les franchises que le pape avait supprimées; et que, quant à lui , il allait exercer une ambassade de paix, qui n'avait aucun besoin à! escorte. » S. S. Compagnie peut recevoir une foule d'épithètes; on dit surtout une forte et une bonne escorte. Tout homme accompagne ; des soldats ( Les. , Volt.), des archers (Les.), des gardes (Id.), des satellites (Cou©.), ^es licteurs (Id.) escortent. «J. C. fut conduit au Calvaire, accompagné de deux voleurs, et escorté de soldats, de gardes.
de bourreaux.» Bourd. « A la, journée des Par ricades , le chancelier Séguier put à peine s'enfuir avec sa fille, la duchesse de Sully, qui malgré lui, l'avait voulu accompagner.... Le lieutenant civil vint le prendre dans son carrosse, et le mena au Palais-Royal, escorté de deux compagnies suisses et d'une escouade de gendarmes. » Volt. Lorsque la duchesse du Maine fut arrêtée comme complice de Cellamare , on lui fit l'honneur de lui donner pour Y accompagner jusqu'à Essonne le duc d'Ancenis; mais on y joignit, pour empêcher toute tentative d'évasion ou d'enlèvement, un lieutenant et un exempt des gardes qui devaient Yescorter jusqu'au château de Dijon (Marm.).
Mais , d'une part , accompagner se prend bien aussi dans le sens propre d'escorter. Il en diffère alors en ce qu'il suppose un danger plus éloigné et plus incertain , et marque une habitude plutôt qu'une précaution prise dans un cas particulier. «La coutume de voir les rois accompagnés de gardes, de tambours, d'officiers, et de toutes les choses qui plient la machine vers le respect et la terreur.» Pasc. « Antoine feignit de craindre pour ses jours. Il demanda des gardes , et on lui permit de se faire accompagner par quelques soldats vétérans. » Cond. — D'autre part, escorter n'emporte pas toujours l'idée d'hommes armés, mais seulement celle d'hommes nombreux qui accompagnent en troupe. « J. C entre à Jérusalem au milieu des acclamations et des applaudissements publics, escorté d'une foule de peuple. » Bourd. «La plupart des sophistes erraient de ville en ville , partout escortés d'un grand nombre de disciples qui payaient chèrement leurs leçons. » Barth.
Quant à suivre, qui a quelque ressemblance avec accompagner, il ne signifie pas, comme celui-ci, marcher auprès ou à eôté, mais après ou derrière. D'où il résulte que mitre , c'est accompagner quelqu'un avec qui on ne traite pas de pair à compagnon , c'est-à-dire un chef ou un maître. Des généraux de Napoléon Yaccompagnèrent dans l'exil : quelques-uns de ses serviteurs l'y suivirent, oc Le roi (Gustave Wasa) fit son entrée, accompagné de tous les sénateurs, et suivi d'un nombre infini de seigneurs , de gentilshommes et d'officiers de guerre habillés magnifiquement. » Vert. «J. C. avait appelé les apôtres pour le suivre et Y accompagner . » Boss. Pour le suivre d'abord ; la familiarité et la camaraderie , si on ose parler ainsi , ne naissent qu'ensuite.
ACCORDER , CONCILIER. Arranger, faire cadrer ou faire aller ensemble des choses qui sont ou semblent opposées.
Accorder , faire qu'il y ait accord , se dit dans l'ordre des idées, et suppose des contrariétés; concilier, opérer une conciliation, se dit dans l'ordre des faits , et suppose des contradictions. « On ne peut accorder l'esprit de l'Évangile avec celui du monde. » J. J. a Ce théologien avait pendant trente années essayé de concilier les Evangiles.» Volt. « Comme on ne peut bien faire Je caractère d'une personne qu'en accordant toutes les contrariétés...; aussi, pour entendre le sens d'un auteur, il faut concilier tous les passages
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
contraires. » Pasc. On accorde ensemble des théologiens; on concilie leurs assertions ou leurs écrits : « Ce théologien avait pendant trente années essayé de concilier les Évangiles , et tâché d'accorder ensemble les Pères. » Volt.
Ce sont les choses considérées essentiellement, les qualités, les sentiments, les vertus, les vérités , les maximes, les lois , les idées , qu'on accorde; ce sont les faks, les choses quant à leur manifestation, les propositions, les textes de lois, les passages des auteurs , les versions , les oracles qu'on concilie. Si , en parlant de ces dernières choses , on dit aussi les accorder , e'est moins proprement et en ayant plus égard au fond et au sens qu'a la forme et à l'expression. Il faut pour être capable de les accorder /avoir beaucoup de justesse dans l'esprit , et , pour savoir les concilier, il faut bien connaître la justesse des mots.
« Cela peut servir à accorder les différents sentiments de ceux qui disent qu'il n'y a rien qu'on connaisse mieux que l'âme, et de ceux qui assurent qu'il n'y a rien qu'ils connaissent moins. » Mal. « D'un côté, je suis libre, et de l'autre je suis dépendant. Examinons ces deux choses pour voir s'il est possible de les accorder. » Fén. «Spinosa admet une substance infinie qui accorde dans son être simple et indivisible les modifications les plus opposées, -o Id. « Ne pouvoir accorder l'esprit de l'Évangile avec celui du monde , ni la foi avec les œuvres. •*> Boss. « Nous avons beau prétendre accorder la loi de Dieu avec les lois du monde, son esprit, ses maximes avec celles du monde. » Bourd. « Impossibilité absolue d'accorder jamais l'esprit de sainteté avec ces sortes d'attaches. » Id. « Une femme ne sait comment accorder son mari et Dieu. » Id. «Je tâche d'accorder l'esprit du siècle et l'esprit de J. C. » Fléch.
« J'aurais cru , dit Solon , que les bonnes lois sont celles qui font qu'on n'est pas réduit à consulter de vains sophistes sur le sens des divers textes ou sur la manière de les concilier. » Fén. « Il est aisé de concilier ces deux propositions. » Boubd. ce Deux oracles opposés, ce semble, qui néanmoins ne- se contredisent point; mais oracles que vous ne concilierez jamais. » Id. ce Saint Ambroise concilia ces deux versions en disant que.... » Id. ce II y a dans la Bible des textes qu'il est difficile de concilier. » Volt, ce Je n'ai jamais bien concilié les louanges données à Constantin avec les crimes dont sa vie a été souillée. » Id.
Ensuite, l'accord est une correspondance parfaite , une entière harmonie ; la conciliation n'est ou n'opère qu'un accord incomplet , momentané , partiel. Les choses accordées sont d'accord , rendent un même son , pour ainsi dire , vont trèsbien ensemble; les choses conciliées ne se combattent pas , mais elles conservent des diversités ; il n'y a pas entre elles union , mais seulement liaison telle quelle, ou simple rapprochement. ce Ceux qui prétendent concilier ensemble et accorder une vie molle , sensuelle , commode , et le salut. » Bourd. — Accorder des textes , G'est montrer qu'au fond ils ont le même sens ; les concilier , c'est faire voir surtout par l'examen des mots que ces textes ne sont pas contradictoires,
et ne se détruisent pas l'un l'autre, ce Le socinien ne pouvant accorder la liberté de son choix avec la prescience de Dieu, nie cette prescience: le catholique les concilie le mieux qu'il peut et les surmonte par la foi en attendant qu'il y atteigne par l'intelligence. » Boss. — On n'accorde jamais quoiqu'on concilie bien les extrêmes, parce que, si on peut les rapprocher , les faire toucher , il est impossible de les fondre , et de les faire rentrer l'un dans l'autre de manière qu'ils ne fassent qu'un : ce Le sénat approuva tous les actes de César, et, conciliant les extrêmes, il accorda une amnistie aux conjurés. »Montesq. — Des hommes qui s'accordent sont d'accord , ont les mêmes sentiments: c'est là un état, une qualité absolue. Que des hommes se concilient , c'est un acte , une sorte de transaction, et comme un traité de paix qui dissimule les différences, les empêche d'éclater, mais ne les supprime pas. ce Dans les monarchies les juges prennent la manière des arbitres : ils délibèrent ensemble , ils se communiquent leups pensées; ils se concilient; on modifie son avis pour le rendre conforme à celui d'un autre: les avis les moins nombreux sont rappelés aux deux plus grands. » Montesq.
ACCORDER, RÉUNIR, RACCOMMODER, RÉCON- CILIER. Mettre bien ensemble des personnes qui sont en opposition , leur servir de médiateur.
On accorde des personnes qui ne s'entendent point en matière de croyance ou en fait d'intérêt , qui ont des opinions ou des prétentions contraires. ecSi un homme dit que 17 et 3 font 22, je me hâte de lui dire, 17 et 3 ne font que 20.... Le même maître qui parle en moi pour le corriger , parle aussitôt en lui pour lui dire qu'il doit se rendre. Ce ne sont point deux maîtres qui soient convenus de nous accorder. » Fén. ce Cette question (s'il faut dire cueillera ou cueillira) a été agitée en une célèbre compagnie , où les voix ont été partagées. Les uns alléguaient...; ceux de l'opinion contraire soutenaient que.... Sur quoi il en est quelques-uns qui les accordèrent par cette distinction que.... » Vaug. ce II y a ces de*ux écoles lombarde et florentine : tous ces gens-là nous rompent sans' cesse la tête par leurs jalousies. Ils avaient pris pour juges de leurs différends Appelle , Zeuxis et moi (Parrhasius) : nous aurions plus d'affaires que Minos , Eaque et Rhadamante , si nous les voulions accorder. » Fêjnt. « Les Romains se rendirent les arbitres souverains de ceux à qui ils avaient rendu la liberté. Ils envoyaient chez eux des commissaires pour entendre leurs plaintes ; pour examiner les raisons de part et d'autre , et pour terminer leurs querelles. Par rapport aux articles où ils ne pouvaient pas les accorder sur le lieu , ils les invitaient à envoyer à Rome leurs députés. » Roll, Dans la satire contre les femmes , Alcippe ayant dit que dans le cas où sa future épouse se trouverait insociable , il lui rendrait son bien et reprendrait le sien , le poëte lui répond : Des arbitres, dis-tu, pourront nous accorder. Des arbitres ! tu crois l'empêcher de plaider ! Boil.
On réunit des personnes divisées , séparées, ou formant des partis contraires , comme il arrivait souvent à Rome au temps de la République et