‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 393 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

vous efforcez vainement de rompre ; dans le filet ou dans le rets, vous cherchez vainement de tous côtés une issue par où sortir. Un homme tombe dans les lacs d'une femme qui lui inspire de l'attachement, de l'amour; une femme tombe dans les filets d'un lovelace , d'un séducteur, qui l'enveloppe dans des intrigues d'où elle ne peut se tirer. D'inextricables filets (J. J.).

Filet et rets se ressemblent beaucoup. Toutefois , le filet se considère au moment de l'action , quand on le jette; et rets , après l'action, quand l'animal est dedans. Le filet prend, on prend tant de pièces d'un coup de filet, et non d'un coup de rets; le rets arrête , garde. On échappe au filet en fuyant , et au rets en passant à travers. Compère André, c'était un maître sire : Il ne tendait guère en vain sesjilets,- Sage eût été l'oiseau qui de ses rets Se fût sauvé sans laisser quelque plume. Laf.

Embûche a été distingué d'embuscade (p. 195) , et lacs de lacet (p. 219).

APPÉTIT , FAIM. Disposition à manger.

Appétit , latin appelitus , de ad petere , chercher à prendre, s'approcher de, rechercher, désirer, exprime un attrait. Faim, de famés, d'où viennent aussi famélique et famine , marque un besoin. Avec de l'appétit, on mange volontiers, on trouve le manger agréable ; avec de la faim , on est pressé de manger , il faut qu'on mange. «Quand nous serons pressés de la faim, nous mangerons notre morceau de pain avec un appétit qui nous le fera trouver excellent. » Les.

Si l'appétit n'est pas satisfait , on est privé d'un plaisir ; si la faim n'est pas satisfaite , la santé ou le corps est en souffrance. Il est doux de manger quand on a appétit , et nécessaire de manger quand on a faim. La variété des viandes qui viennent l'une après l'autre a pour inconvénient de soutenir l'appétit après que la faim est apaisée , après que le vrai besoin de manger est fini (Fén.). On est bien aise d'avoir appétit , c'est une marque de santé et la condition d'une jouissance; nul ne se soucie d'avoir faim , la faim est toujours douloureuse. On cherche à avoir appétit , on excite , on réveille son appétit , on achèterait de l'appétit, si on pouvait, il y a des appétits artificiels (Fén.); on est tourmenté de la faim, en proie à la faim , on meurt de faim. Les gourmands ont souvent appétit sans avoir faim; on peut, au contraire, avoir faim sans avoir appétit, si on est en présence de mets pour lesquels on éprouve du dégoût : ce Le muletier ne m'eût pas plutôt dit qu'on lui avait fait manger du chat pour du lapin que, malgré la faim qui me dévorait, l'appétit me manqua tout à coup. » Les.

La faim est plus pressante, c'est un appétit dévorant. « 11 fallut me remettre en marche à jeun avec un appétit qui croissait de moment en moment. Vers le midi ma faim devint telle , que je ne pouvais plus avancer, tant j'étais faible. » Les. - Le héron n'étant pas encore à l'heure de son repas, ne voulut prendre ni carpes, ni brochets. L'appétit vint , et l'oiseau dédaigna les tanches et le goujon.

Là. faim le prit ; il fut tout heureux et tout aise De rencontrer un limaçon. Laf.

L'appétit a toute la modération d'un désir , la faim toute la violence d'une passion. « L'appétit, facilite la digestion, parce que ce désir vient dans le temps que tout est prêt dans le corps à la digestion.... Il en est de notre corps dans les passions, par exemple, dans une faim, ou dans une colère violente , comme d'un arc bandé , dont toute la disposition tend à décocher le trait. » Boss. « Partout où nous ressentons ou imaginons le plaisir et la douleur, nous sommes attirés ou rebutés. C'est ce qui nous donne de l'appétit pour une viande agréable , et de la répugnance pour une viande dégoûtante.... Si j'ai faim, je cherche avec passion la nourriture nécessaire. » Id.

Enfin l'appétit choisit et savoure ; la faim n'est pas si délicate, elle prend et avale. L'un tend à flatter la sensualité , l'autre ne va qu'à remplir un vide naturel, pour ainsi dire. « Hermippe mange quand il a faim , et les mets seulement où son appétit le porte. » Laer.

APPLIQUER , APPOSER. Mettre une chose sur une autre.

Mais appliquer est unjnot du langage commun, qui se dit dans une foule de cas : appliquer des couleurs sur une toile (Agad.); un cataplasme, un emplâtre, un soufflet (Id.); le feu à un ulcère (Rac.) ; un remède sur une blessure (Roll.); les échelles aux murailles pour monter à l'assaut (Id.); une pièce à un vieux vêtement (Mass.) ; des reliques sur un possédé (Volt.); une feuille d'argent sur un écu de plomb (Id.); son pied sur une ligne pour la mesurer (d'Al.); des huiles à différentes choses (Boss.) ; un objet sur la langue (Id.) ; un fer chaud sur l'épaule (Agad.) ; sa bouche sur un objet pour le baiser (Id.); etc.

Apposer est un terme de pratique et de chancellerie d'un usage très-borné. Il s'emploie seulement avec sceau , cachet , estampille , formes , scellé et signature , pour signifier mettre à une chose une marque qui la rend authentique ou comme sacrée, a Après un compte superficiellement rendu par Albéroni au roi d'Espagne , l'estampille était apposée sur les expéditions. » S. S. ce Les ministres du roi d'Angleterre avaient apposé vingt-quatre fois leurs signatures et leurs cachets à ce traité. » Id. a La virginité ferme le cœur : elle y appose comme un sceau sacré qui empêche d'en ouvrir l'entrée.» Boss. «Sélictar Ali éleva Jussuf au vizariat; et Jussuf, sa créature, n'eut d'autre emploi que d' apposer les sceaux de l'empire aux volontés du favori.» Volt. «Cette question \de la loi salique) est décidée depuis longtemps-, le sceau de l'antiquité y est apposé.» Id. ce La terre sigillée nous vient des pays orientaux en pastilles empreintes d'un cachet que chaque souverain y fait apposer moyennant un tribut.» Buff. a Monsieur le comte, apposez sur ce brevet le sceau de vos armes. » Beaum. « Le sénat donnait son décret, et le peuple y apposait le sceau par ses suffrages. » Roll.

Il fait, sans en rien dire , un second testament.

11 m'a fallu courir longtemps chez les notaires ,

Pour y faire apposer les formes nécessaires. Volt. « Elisabeth signa l'ordre de mettre Marie à mort , et chargea Davison d'y faire apposer les sceaux. » Cond. «Les différentes mains que nous avons

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

employées (à Y Encyclopédie) ont apposé h chaque article comme le sceau de leur style particulier. » D'Al.

Que si on peut également se servir d'appliquer avec les mots cachet et sceau, c'est quand il ne s'agit pas d'exprimer que cette action imprime à la chose qui la subit une certaine valeur ou une certaine autorité, a Lorsqu'un sceau est appliqué sur de la cire , cette cire , sans rien détacher du sceau qui s'imprime en elle , en tire la ressemblance tout entière. » Boss. « Thrasybule et Tarquin coupant des têtes de pavots, Alexandre appliquant son sceau sur la bouche de son favori , Diogène marchant devant Zenon , ne parlaient-ils pas mieux que s'ils avaient fait de longs discours? 33 J. J.

APPRENDRE, ENSEIGNER . INSTRUIRE , FAIRE SAVOIR , INFORMER. Donner à connaître , ajouter aux connaissances de quelqu'un.

On nous apprend les choses que nous ignorons ; on nous enseigne les choses dont on nous donne des leçons ; on nous instruit des choses que nous devons faire ; on nous fait savoir les faits qu'on nous mande ; on nous informe des faits dont nous avons besoin d'être avertis.

On nous apprend les choses que nous ignorons , des nouvelles, des secrets, des remèdes, ou choses semblables dont nous n'avons point d'idée. Apprendre vient du latin appréhender e , ad prehendere , commencer à prendre; si bien qu'on nous apprend en nous donnant à prendre , à saisir intellectuellement, c'est-à-dire à connaître, pour la première fois. L'action d'apprendre a pour effet d'initier : dans ad prehendere , ad est initiatif ou inchoatif. Nous cessons d'ignorer ce qu'on nous apprend. Par conséquent apprendre est de tous ces verbes le plus général , celui qui contient sous sa forme la plus simple l'idée essentielle à tous, celle d'une augmentation de connaissance ou d'une cessation d'ignorance. ce C'est lui qui m'a appris tout ce que je sais. » Acad. « J'ignorais ce que tu viens de m'apprendre. »Les. Si vous ne le savez pas, je vous l'apprends.

On nous enseigne les choses dont on nous donne des leçons. Enseigner exprime l'action d'un maître qui a des écoliers ou des disciples , qui cultive leur esprit et travaille à leur éducation. L'expérience nous apprend beaucoup de choses , que de son côté la foi nous enseigne (Bourd.). Enseigner renferme dans son sens quelque chose de dogmatique , et il se dit de ce qu'on nous fait connaître par principes, de ce qu'on nous expose ou de ce qu'on nous explique en matière de doctrines, de sciences ou d'arts.

On nous instruit des choses que nous devons faire. Instruire, du latin instruere , préparer, pourvoir (de connaissances), est subjectif ou relatif au sujet, et signifie le former, le dresser, lui donner de l'instruction , le rendre instruit , éclairé , en état d'agir. Aussi dit-on proprement instruire quelqu'un; au lieu qu'on ne dit pas apprendre quelqu'un , ni enseigner quelqu'un , ou du moins cette dernière manière de parler, outre qu'elle est rare , a une signification purement théorique. En nous apprenant et en nous ensei-

gnant différentes choses, on nous instruit. Instruire se rapporte surtout au résultat, qui est une certaine disposition ou aptitude à agir procurée au sujet.

On nous apprend ce qui auparavant nous était inconnu ou caché; on nous enseigne des vérités, les arts libéraux, des théories, une langue, la géographie, le dessin,' etc.; on nous instruit de nos devoirs ou de nos intérêts , on nous instruit aux armes et aux affaires. — Du reste , l'action d'instruire peut être faite par les choses , comme celle d'apprendre , et non pas seulement par les personnes,, comme celle d'enseigner. ,

Foire savoir et informer ont un caractère bien distinct : ils veulent dire porter à la connaissance de quelqu'un, lui annoncer un fait, ce qui se passe ou ce qui s'est passé. Ce qu'on nous apprend , ce qu'on nous enseigne et ce dont on nous instruit, tend à régler notre conduite, à nous donner des habitudes , des méthodes , des procédés; aussi dit-on apprendre, enseigner, instruire à faire quelque chose. On ne fait pas savoir et on n'informe pas à faire quelque chose. Faire savoir et informer ne vont qu'à satisfaire la curiosité ; ou du moins , s'ils influent sur l'action , c'est sur une seule action , sur une détermination particulière : quand il m'eut fait savoir tel événement ou qu'il m'en eut informé , je résolus telle chose , je pris tel parti.

Mais faire savoir est plus relatif au moyen employé , c'est transmettre par lettre ou par message; et informer l'est davantage à l'exactitude et à l'importance des renseignements, c'est adresser un rapport fidèle à quelqu'un que la chose intéresse beaucoup. Une personne qui vous quitte pour aller dans un autre pays , vous écrit, aussitôt arrivée , pour vous faire savoir qu'elle a fait un bon voyage; et, de votre côté, vous lui faites savoir de vos nouvelles par une autre personne qui, quelque temps après, se rend au même lieu. « Zenon se trouva un jour dans un festin qu'on faisait aux ambassadeurs de Ptolémée.... Ils lui demandèrent s'il ne voulait rien faire savoir au roi Ptolémée : Dites-lui, répondit-il, qu'il y a ici un homme qui sait se taire. « Fén. Mais on informe un général des mouvements de l'armée ennemie; un agent diplomatique informe son gouvernement de ce qui arrive dans la ville où il réside, « Gaultier vint en France chargé d'un mémoire , par lequel la reine d'Angleterre informait le roi des démarches qu'elle avait faites auprès des états généraux. » Cond.

1° APPROBATION, SUFFRAGE; — 2° CONSEN- TEMENT , PERMISSION , AUTORISATION , AVEU , CONGÉ , AGRÉMENT. Déclaration en faveur de quelqu'un.

Mais approbation et suffrage signifient une déclaration d'estime, qui ne va qu'à témoigner qu'on trouve bon; consentement et les autres expriment une déclaration et un concours de volonté par lesquels on se prête et on prend une sorte de part à une action. C'est, d'un côté, bonne opinion, et, de l'autre, bon vouloir. On est flatté de l'approbation et du suffrage; on est rendu libre d'agir par le consentement , la

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