‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 639 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

se farder n'est pas, je l'avoue, parler contre saj pensée ; c'est chercher à imposer aux yeux , et j vouloir paraître, selon l'extérieur, contre la vérite , c'est une espèce de menterie. » Id. « N'as-tu pas de honte, disait Solon au poëte tragique Thespis , de mentir devant tant de monde ? Il n'y a point de mal , répondit Thespis , car ce n'est que pour rire. Oui , répliqua Solon, mais si on approuve de telles menteries en riant , nous ne tarderons guère à les trouver dans nos actes publics. •» Fén. « La pièce du Menteur ne se soutient que par le comique des menteries de Dorante. » Volt. « Dans Le Trissin, la femme de l'empereur Justinien va le trouver assis sur un gazon ; elle lui fait une menterie avec beaucoup d'agaceries.» Id. a Sancho dit à Don Quichotte : Il vaut mieux que je dise des choses véritables que de dire que j'ai tué des géants, et toutes ces autres menteries que les chevaliers lâchent dans leurs harangues.» Les.

Quiconque aime, aimera,

Et quiconque a joué, toujours joue et jouera.

Certain docteur l'a dit, ce n'est point menterie.

Begn.

L'Académie ne mettait d'abord aucune différence entre mensonge et menterie. Mais , après avoir remarqué, dans l'édition de 1762, que menterie est plus du style familier que mensonge, elle complète la distinction, en 1835, en disant que menterie s'applique à des choses moins °Taves.

& MENTEUR, HÂBLEUR, FANFARON ; — GASCON , CRAQUEUR. Noms donnés à des hommes qui ne sont pas véridiques , qui font croire ce qui n'est pas.

Une seule considération suffit pour faire mettre hors de question gascon et craqueur. Ils n'appartiennent pas au langage ordinaire. Gascon est familier et ne se dit qu'en plaisantant; craqueur est populaire , et par conséquent plus éloigné encore de l'usage général. Il n'est donc besoin de distinction que pour les trois premiers mots , qui conviennent également dans le style de la conversation moyenne.

Menteur vient du latin mentiri, mentir, et signifie qui ment. Hâbleur a été pris de l'espagnol hablar , parler, tiré lui-même du latin fabulari, parler, faire des contes; le hâbleur parle beaucoup , aime à raconter , à amplifier , à broder. Le fanfaron est un sonneur de fanfares, il embouche la trompette comme un vainqueur ou comme pour célébrer ses exploits ; il vante sa valeur.

Le menteur vous trompe à dessein ; le hâbleur, par intempérance de langue et par habitude ; le fanfaron, par amour-propre.

Le menteur est un imposteur ; il fait odieusement des mensonges. Le hâbleur est un babillard qui se laisse aller à débiter des mensonges , qui se plaît à tout augmenter. Le fanfaron est un bravache , un matamore , un vantard , qui veut se faire valoir par des mensonges ou en se donnant des airs d'olibrius.

Le Menteur de Corneille et le Don Juan de Molière font concevoir ce que c'est que le menteur. « La nature humaine est partout orgueilleuse, partout menteuse , et veut toujours en imposer. »

Volt. « 11 est impossible que les enfants deviennent indociles, méchants, menteurs, avides, quand on n'aura pas semé dans leurs cœurs les vices qui Les rendent tels. » J. J.

L'idée du hâbleur est exactement exprimée dans les phrases suivantes de Voltaire : « Ne m'avez-vous pas pris pour un hâbleur qui vous faisait un portrait exagéré de ses fardeaux et tribulations ?» — a II y a dans le cœur humain un sentiment profond qui nous inspire l'aversion d'être trompés. Qu'un voyageur me raconte des choses merveilleuses et intéressantes, il me fait grand plaisir pour un moment; vient-on me faire savoir que tout ce qu'il m'a dit est faux, je suis indigné contre le hâbleur. » — « Flavius Josèphe, ce transfuge juif, ce hâbleur épargné par Vespasien, dit que Salomon composa trois mille volumes de paraboles. ■»

Et quant au fanfaron, il est assez bien dépeint dans les passages qui suivent. « Au temps de Corneille , les fanfaronnades de tous les capitans de comédie étaient portées à un excès de ridicule si outré, que le comte de Gormaz, tout fanfaron qu'il est, paraît modeste en comparaison. » Volt, a Villeroi n'avait porté dans ses liaisons avec le parlement qu'une jactance de fanfaron. » Marm. * Vous ressemblez à ces fanfarons qui ne menacent que les gens qui ne veulent point se battre. » DesT. oc Ce poëLe disait tantôt d'an air fanfaron, dans un café, en parlant d'un homme qui n'y était pas : C'est un faquin à qui je veux donner cent coups de bâton. » Les.

MÉPRISE , QUIPROQUO. Erreur qu'on commet par inadvertance , et qui consiste à mal prendre .es choses, à les prendre autrement qu'elles ne ..ont, ou bien, dans un sens plus étroit, à prendre une chose au lieu d'une autre qu'on devait prendre, à se mal tirer intellectuellement d'une option ou d'une alternative.

Quiproquo , emprunté du latin qui pro quo , un tel pour un tel, ou telle chose pour telle autre , a exactement la même signification que méprise. IL s'est dit d'abord, à l'époque où les médecins parlaient encore latin, de la méprise d'un apothicaire qui donne un médicament en place d'un autre. Outre cette acception qu'il a encore aujourd'hui, quiproquo s'emploie dans le langage familier pour désigner une méprise comique. Ce mot se trouve plusieurs fois dans le Distrait et .ians les Ménechmes de Regnard. Laharpe dit au sujet d'une méprise qu'il critique dans un opéra : « Ces sortes de quiproquo sont trop près de la comédie , et plus faits pour exciter le rire que la terreur et la pitié. * A en croire Lesage , les hôteliers en Espagne se rendent souvent coupables du quiproquo qui consiste à servir aux voyageurs du chat pour du lapin. Garo prétend qu'on aurait dû attacher la citrouille au chêne et le gland à la tige de la citrouille :

Dieu s'est mépris (dit-il) : plus je contemple

Ces fruits ainsi placés , plus il semble à Garo Que l'on a fait un quiproquo. Laf.

MÉRITER , ÊTRE DIGNE. Avoir droit à quelque chose.

Mériter est un verbe : on mérite par ses ac-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

tions, par sa conduite. « Que puis-je faire pour mériter tant de bontés ? » Fén. Être digne est une locution adjective : on est digne par ses qualités, par sa nature, a Tout le peuple s'écria : Aristodème est tel que vous le dites -, c'est lui qui est digne de régner. » Fén. Un signalé fripon mérite un châtiment ; un insigne fripon est digne de châtiment. On mérite une place par ses services ou par la manière dont on s'est montré dans un concours; on est digne d'une place par sa naissance . par sa capacité , par des dispositions supérieures. Un homme de mérite a fait ses preuves ; un digne homme est un modèle. Un orateur mérite des éloges pour la manière dont il a parlé, pour avoir pris la défense d'un innocent; mais son discours , ou en général un ouvrage , c'est-à-dire un objet, et non pas un agent, est digne d'éloges à cause de ce qui s'y trouve de bon. « Quels exemples, et que le barreau se rend respectable ! M. de Crosne et M. de Baquencourt ont mérité les éloges et les remerdments de la France dans le rapport qu'ils ont fait du procès des Calas.... Je viens de lire le Mémoire de M. Cassen, avocat au conseil; cet ouvrage est digne de paraître même après le vôtre. » Volt. Mériter s'emploiera plutôt au passé et être digne au présent , puisque le premier se rapporte à une action faite , à une conduite tenue , et le second à ce qu'on est : vous ne l'avez pas mérité; vous n'en êtes pas^di'yne.

LE COMTE

Ce que je méritais vous l'avez emporté.

DON DIÈGUE

Qui l'a gagné sur vous l'avait mieux mérité.

LE COMTE

Qui peut mieux l'exercer en est bien le plus digne. (Le Cid). Corn.

Mériter se dit toujours dans l'ordre des faits ; être digne convient mieux dans l'ordre des idées. Tel écrivain excelle ou a excellé dans la peinture des mœurs : il mérite notre admiration. Un écrivain ou Técrivain qui excelle dans la peinture des mœurs est digne d'admiration. En racontant la conduite des personnages dont il écrit la vie , l'historien fera remarquer les actions qui ont mérité et qui méritent la louange ou le blâme , l'amour ou la haine , l'estime ou le mépris des contemporains ou de la postérité. « Athalie fut arrachée de l'enclos du temple et reçut le traitement que ses crimes méritaient. » Boss. « Clovis ne mérita guère ces faveurs (du ciel) en faisant assassiner les princes ses voisins. » Volt. Dans les traités de morale et dans les codes, on détermine les actions qui , par elles-mêmes et sans qu'on considère si jamais on les a réalisées , sont dignes de louange ou de blâme , de récompense ou de punition. « Celui qui appelle son frère d'un terme de mépris est digne d'une punition éternelle. » Mass. « Un homme qui meurt pour sa patrie est digne de nos éloges. » Volt.

Or, comme mériter exprime un fait, et être digne une qualité, le premier annonce dans le sujet une valeur moins essentielle. Celui qui brille la plus dans un concours mérite le mieux la place ou le prix ; mais il se peut qu'au fond il n'en soit pas le plus digne. Tel mérite dans l'armée

d'être élevé aux plus hauts grades , parce que la fortune ou la faveur le met à portée de déployer des talents qui peuvent n'être pas supérieurs ; et tel autre en est digne de toutes manières qui n'y parviendra jamais , faute d'occasion où il puisse les mériter, c'est-à-dire s'en montrer digne. Mériter, c'est se montrer digne, et dans cette manifestation toujours passagère, et nécessairement incomplète, on peut être favorisé de quelque manière.

« Encore que votre âme ne soit pas actuellement séparée de votre corps à l'instant même du péché , néanmoins , à cet instant , elle mérite de l'être : nous devenons mortels ; nous sommes dignes de mort. » Boss. « Il n'y a que le salut qui soit digne de notre estime , et qui mérite absolument nos soins. » Bourd. Être digne, c'est mériter absolument; comme mériter , c'est se montrer digne , c'est-à-dire être digne dans certaines limites et à quelque égard.

Être digne est donc absolu, et mériter relatif. Une chose est digne d'attention de toutes les manières et pour tout le monde ; elle mérite attention sous tel rapport, ou elle mérite votre attention , l'attention des connaisseurs. Tout coupable est digne de châtiment; tel coupable mérite el châtiment.

Enfin , par cela même encore que mériter marque un fait , il comporte mieux qu'are digne les déterminations qui expliquent comment et par fuoi on est arrivé à avoir droit à quelque chose. « Comme enfants d'Adam , nous ne méritons plus de vivre. » Mass. <c On mérite par l'amour de posséder Dieu davantage. » Boss. a Contentons nous de mériter . si nous pouvons , le paradis céleste par la justice, par la tolérance, par la bienfaisance. » Volt.

METTRE, PLACER, POSER. Faire en sorte qu'une chose soit dans un certain lieu , ici ou là.

Mettre, du latin mittere , faire aller, pousser, envoyer, exprime le fait ou l'idée en général, sans aucun accessoire; il a rapport au lieu seul. On met une garnison dans une ville qui en manquait (Montesq.) , des tableaux dans une église où il n'y en avait pas (Roll.). a Les barbares qui inondèrent l'empire romain mirent partout l'ignorance et le mauvais goût. » Fén.

Placer, donner place ou une place, c'est-à-dire un rang , a rapport à un certain arrangement , à un certain ordre. Placer des tableaux dans une église (Volt.), c'est les y mettre avec symétrie, d'une façon bien ordonnée , suivant certaines convenances. Tel fait historique doit être placé à telle époque (Boss., Buff.). L'éléphant et la fourmi, deux espèces placées aux deux extrémités du genre animal (Lah.). Examiner attentivement en quel endroit du discours il faut placer chaque chose pour la rendre plus propre à faire impression (Fén.). — « Je ne sais qui m'a mis au monde... , ni pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre. » Pasc.

Poser, mettre en repos ou au repos, de ponere, établir , a rapport à un état antérieur de mouvement qu'on fait cesser ou à l'état ultérieur qu'on assure, qu'on rend stable. On pose les armes ou l'épée (Acad. , Rac. , J. J.) en les laissant là, en

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