MADAME LA RESSOURCE
Je veux, aux yeux de tous, yous en faire avanie, A toute heure , en tous lieux. Regiï.
L'incartade (action d'entrer en cartes hors de son rang) est, dans le style de la conversation ou de la comédie, une offense ou une injure brusque, faite tout à coup, inattendue, une boutade. Un jour le duc de Villeroi, gouverneur de Louis XV, se rendit chez le cardinal Dubois pour entrer avec lui en commerce plus intime ; mais, au lieu de se répandre en compliments , il se laissa aller à dire au fameux ministre les vérités les plus offensantes et à lui faire les plus sanglants reproches. C'était une incartade (S. S., Marm.).
Mon importun et lui , courant à l'embrassade , Ont surpris les passants de leur brusque incartade.
Mol.
Voire sincérilé, dont vous faites parade , N'est jamais que l'effet d'une brusque incartade.
Dest.
a. Dans le Philosophe marié de Destouches, on voit les incartades et les brusqueries d'un traitant, qui.... y> D'Al. « Dans le Misanthrope , Alceste , avec ses brusqueries et ses incartades , ne laisse pas d'intéresser et de plaire. » J. J. <r On me fit un soir , à table , une incartade dont je me tirai mal, parce que je suis bête, sans aucune présence d'esprit. » Id.
Algarade, espagnol algarada, incursion de gens d'Alger, qui venaient sans sujet infester l'Espagne, est le nom d'une petite offense ou d'une offense plaisante faite hors de propos, d'uDe taquinerie. Dans les conseils de la régence, Saint-Simon se plaisait à tourmenter le duc de Noailles par des chicanes , par mille petites difficultés, il le désolait par ses algarades (S. S.). « M. Dorât m'a galvaudé deux fois , sans que je lui en aie donné le moindre sujet ; s'il me fait une troisième algarade , je lui pardonnerai pour
la troisième fois. » Volt. « Qu'alliez-vous faire dans ces jolis soupers ? me dit d'Alembert. Mais je vous gronde, reprit-il. Pardon; revenez dans trois jours, et oubliez mon algarade. » Marm.
OFFRANDE , OBLATION. L'idée commune à ces deux mots est celle d'offrir, de présenter, afin qu'on agrée.
L'offrande, offerenda (res), est la chose à offrir, et ensuite la chose offerte. L' oblation, latin oblatio, du supin oblatum à'offerre, est l'action d'offrir. Différence qui saute aux yeux et qui semble dispenser de toute comparaison ulté rieure. On voyait dans les cérémonies de Sparte des bandes de filles des premiers citoyens portant des corbeilles, des vases, des offrandes (J. J.) ; dans l'antiquité on rapportait à Dieu la gloire des succès par Yoblation des plus précieuses dépouilles (Roll.). Lorsqu'on sacrifiait à Dieu, Y offrande était la victime, Y ablation l'action d'en faire don ou de l'immoler. Jésus- Christ, dans le sacrifice de la messe, est la divine offrande, dont Yoblation nous rend Dieu plus propice (Boss.). Le jour de la Purification , la sainte Vierge eut honte de la médiocrité de son offrande (deux colombes) , et elle fit oblation de son fils (Mass.).
Mais il arrive que les deux mots prennent la signification l'un de l'autre, qu'offrande veut dire quelquefois action d'offrir, et oblation chose offerte.
Ce qui les distingue alors, c'est qu'offrande rappelant visiblement le verbe français offrir, est plus vulgaire ou moins noble qu'oblation, pris du latin, resté latin et sans rapport évident avec aucun mot de notre langue commune.
En conséquence , non - seulement offrande est du langage ordinaire, tandis que oblalion est plutôt un terme consacré en religion , mais encore offrande s'emploie pour exprimer quelque chose de moins considérable ou d'un moindre prix. Dans la loi, ceux qui ne pouvaient pas offrir le sacrifice d'un agneau , on leur demandait l'offrande de deux colombes (Mass.); les Juifs répandirent le sang du Sauveur, et Dieu père reçut Yoblation de ce sang précieux (Boss.). La sainte Vierge, se présentant au temple le jour de la Purification , eut honte de sa pauvreté et de la médiocrité de son offrande (Mass.); Ptolémée offrit dans le temple de Jérusalem des sacrifices au Dieu d'Israël, et y fit des oblations et des dons considérables (Roll.). « Pourquoi le Seigneur avait-il ordonné que les premiersnés des hommes et des animaux lui fussent offerts , comme pour racheter par cette offrande la vie et la servitude de tous les autres?... C'est parce que Jésus-Christ devait être présenté dans le temple , et par cette oblation sanctifier toute la nature. » Mass. « Les Juifs apportaient à Dieu des offrandes terrestres et corporelles : on chargeait ses autels d'agneaux et de boeufs , d'encens et de parfums. Mais comme nous offrons dans un temple plus excellent , sur un autel plus divin , aussi faisons-nous à Dieu de plus saintes oblations. Nous venons avec des vœux pieux , et des prières respectueuses , et de sincères actions de grâces. » Boss. A la messe , les fidèles font à
Dieu Y offrande de leurs cœurs (Mass.) , et portent au prêtre des offrandes quand ils vont baiser la patène ; mais le prêtre renouvelle Yoblation de la croix (Mass.) , ou fait Yoblation non sanglante du pain et du vin (Boss.) en mémoire de Yoblation volontaire et sanglante de Jésus-Christ sur le Calvaire (Id.).
L'offrande peut se faire aux hommes ; Yoblation ne se fait guère qu'à Dieu , et tout au plus à ses ministres.
OMBRAGEUX, MÉFIANT, SOUPÇONNEUX. Enclin à craindre quelque chose de la part des autres hommes.
Ce qui distingue nettement Yombrageux, c'est la susceptibilité , la facilité avec laquelle il s'effraye : tout lui fait peur, jusqu'à son ombre, tant est délicat chez lui l'amour de soi ou l'instinct de conservation. « H était quelquefois ombrageux et facile à offenser. » J. J. a Je ne suis point un dévot ombrageux et facile à scandaliser. » Fén. « Ne vous tenez point offensé d'une raillerie : un amour-propre pointilleux, une vanité ombrageuse rendent insupportable. » Marm. « Nous sommes un peu ombrageuses , ma fille : une poste retardée , une lettre trop courte , tout nous fait peur. » Sév. œ Platon traita des matières qui n'étaient pas sans danger chez un peuple aussi ombrageux que celui d'Athènes sur tout ce qui touchait à la religion. » Lah. « Je n'ai mis tant de redites dans le livre des Maximes que pour lever toute équivoque dans une matière si délicate et où l'on est si ombrageux. » Fén. « Le désir, devenu passion, se transforme en fureur ou en une fantaisie ombrageuse et chagrine appelée jalousie. » J. J. « N'avez-vous point remarqué que les hommes si ombrageux et si prompts à provoquer les autres sont, pour la plupart, de malhonnêtes gens? » Id.
Mais le méfiant et le soupçonneux le sont plutôt par réflexion que par tempérament, et ces mots expriment moins la facilité des impressions que leur profondeur et leur gravité. L'amourpropre est ombrageux (J. J.) , comme il est chatouilleux et irritable ; la tyrannie est méfiante (Cond.) et soupçonneuse (Fén., Boil.), comme elle est soucieuse et sombre. Un cœur sensible est ombrageux relativement à l'objet de son amour (J. J. , Buff. , Marm.); les vieillards sont méfiants et soupçonneux (Marm.).
D'autre part , méfiant annonce une disposition de l'âme, et soupçonneux une disposition de l'esprit. Le méfiant n'est pas confiant, pas liant, pas expansif, mais réservé, retiré, sur ses gardes; le soupçonneux est ingénieux à deviner, à présumer le mal, à faire des suppositions indiscrètes. La méfiance est une sorte de maladie, qui a pour cause un excès de prudence; et le soupçon du soupçonneux est une témérité de conjecture provenant de la licence de l'esprit. Le tourment du méfiant vient de ce qu'il refoule ses sentiments au dedans de lui-même ; celui du soupçonneux, de ce qu'il entrevoit partout des dangers et des pièges. — Ensuite , le méfiant doute des personnes et s'en éloigne , évite tout commerce avec elles ; le soupçonneux n'en doute pas seulement , il croit à un commencement de
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
culpabilité, à des projets, à des efforts pour nuire , à des embûches , et , au lieu de fuir , il poursuit. Le méfiant est à plaindre , c'est un misanthrope, un sauvage : Marmontel déplore la méfiance de J. J. Rousseau, laquelle le rendit insociable et l'empêcha de goûter les douceurs de l'amitié; Louis XIV, persuadé de l'empoisonnement du dauphin, aurait mené la vie la plus douloureuse et la plus méfiante (S. S.). Le soupçonneux est à craindre : c'est un homme qui s'imagine être menacé , et qui veut prévenir le coup de son ennemi, ce Narbal ne souffre-t-il point quelque cruel traitement du soupçonneux et barbare Pygmalion?» Fén. « Séjan jetait dans l'âme de Tibère , naturellement soupçonneux , des haines qui devaient donner bientôt un libre cours à sa cruauté. » Cond. « Un censeur âpre , rigoureux, soupçonneux et implacable. » Fén. « A quoi tient la" fortune des plus fidèles sujets auprès d'un prince soupçonneux et crédule! »
ROLL
ONDES, FLOTS, VAGUES. Eaux de la mer ou des fleuves soulevées et agitées.
Onde est un terme pittoresque qui représente ces eaux par rapport à leur courbure . à la forme arrondie qu'elles prennent en s'élevant et en s'abaissant successivement. Quand Henriette de France, fille de Henri IV, se rendit en Angleterre pour y épouser Charles Ier , « Elle voyait pour ainsi dire les ondes se courber sous elle. r> Bqss.
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fit voir trente voiles ;
L'onde s'enfle dessous. Corn.
Ce mot donne l'idée d'un mouvement ordinaire et sans violence. « Les rameurs fendent les ondes paisibles. *> Fén. a La lumière tremblante de la lune répandue sur la face des ondes. » Id. Souvent même le mot ondes s'emploie poétiquement pour signifier les eaux, qu'elles soient ou ne soient pas agitées. « Les ondes jaunes du Tibre se présentèrent à nos yeux. » Volt, a Se baigner dans les ondes d'un fleuve. » Fén. a Neptune tient l'empire des ondes. » In. « Le soleil se couche dans le sein des ondes. » Id. « Je crus que Mentor avait perdu la vie et passé les ondes du Styx. » Id. « Quoique le navire soit au milieu des ondes, l'ancre l'établit sur la terre. » Boss.
Flots, de fluere, couler, d'où vient aussi fleuve, se dit proprement des eaux courantes. « Nous ressemblons tous à des eaux courantes : nos années se poussent successivement comme des flots. » Boss. Mais, ensuite, il signifie plus particulièrement les eaux de la mer fortement émues par les vents et les tempêtes. Les flots sont des ondes irritées qui s'agitent avec violence et courent avec rapidité , avec fureur, a Les flots irrités. » Boss. , Fén. a Les flots de la mer irritée. » Fén. « Le bruit des flots en courroux. » Id. « Battu par les vents et par les flots. » Boss. <c Livré à la violence des flots. » Mass. « Les flots d'une mer agitée par une horrible tempête. » Raynal. Dieu tient en bride, calme, quand il lui plaît, les flots de la mer (Boss.). «Les Tyriens furent les premiers qui domptèrent les flots, s Fén.
| Celui qui met un frein, à la fureur des flots
Sait aussi des méchants arrêter les complots. Rac. Comme on voit que la mer, quand l'orage s'accroît, Vient à se courroucer, le vent souffle et ravage, Les flots contre les flots font un remu-ménage Horrible. Mol.
Les vagues sont proprement les ondes de la mer qui viennent battre les rochers où elles se brisent en s'élevant à une plus ou moins grande hauteur, a Télémaque voyait les vagues qui venaient battre le pied de la tour où il était prisonnier. ■» Fén. « Les cailloux du rivage battus et polis par les vagues de la mer. » Id. a Les côtes de la mer sont battues continuellement des vagues. ■» Buff. « Richelieu fit faire, à la Rochelle, une digue en état de résister aux vents et aux vagues. » Volt. « Lichas fut lancé dans les flots de la mer où il fut changé en un rocher qui est toujours battu par les vagues irritées. y> Fén. « Qu'y a-t-il de plus commun que l'air aux vivants , la Jterre aux morts , la mer à ceux qui sont sur les flots, le rivage à ceux qui sont poussés par les vagues? » Roll. — Quand les vagues sont, comme les flots , produites par les vents et les orages , ce n'est pas , comme eux , par la violence , mais par la masse et l'élévation qu'elles se distinguent. De grandes (Acad.), de grosses vagues (Sév.). a Des vagues hautes comme des montagnes. » Buff. ce La mer élevait ses vagues comme des montagnes. » Fén. «Nous montions sur le dos des vagues enflées. » Id. ■i Ulysse , soulevé par une vague , découvrait la terre assez près de lui. » Id. ce Ce lac paraissait une mer agitée, tant les vagues étaient hautes. » Regn. — Une autre différence entre les flots et les vagues, c'est que les flots agitent en tous sens, ballottent, et finissent par engloutir; on y périt, ou on en échappe : au lieu que les vagues tendent à ébranler et à renverser; on est entraîné par elles ou on y résiste. «Les efforts des vagues.» Fén. ce L'effort de la vague qui avait précipité Ulysse. » Id. « Ils avaient nagé avec effort pour résister aux vagues. » Id. « Neptune soulève une vague pesante , terrible , et la lance de toute sa force contre Ulysse. » Id. ce Ulysse tomba dans la mer et les vagues le poussèrent contre le rivage. » Id. « Ces cavaliers hasardèrent de passer le fleuve à la nage. Leur troupe bien serrée résistait au courant , et rompait les vagues. » Volt.
ON NE SAURAIT, ON NE PEUT. Il n'y a pas moyen de.
On ne saurait nie qu'on ait le savoir , le talent, l'habileté : c'est une expression subjective qui marque proprement l'impuissance où on est. On ne peut nie qu'on ait le pouvoir , et comme le pouvoir dépend en partie du dehors , des facilités ou des obstacles qu'on y rencontre , c'est une expression objective dont l'idée essentielle est celle de l'impossibilité de la chose en elle-même. Vous ne sauriez contester une chose, tant vous en êtes certain , persuadé ; vous ne pouvez contester une chose , tant elle est certaine , évidente. On ne saurait s'empêcher de craindre le péril; on ne peut changer le cours des saisons. Nous ne saurions faire ce que nous tenterions vainement, ce