‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 754 sur 881 · LA BARONNE · texte numérisé non relu

LA BARONNE

« Il se déniaisera dans vos bureaux. » Les.

Nigaud paraît être le même mot que niais. «Le petit cormoran a reçu le surnom de shagg , niais ou nigaud.» Buff. Seulement la terminaison de nigaud étant familière , populaire même , et an nonçant des qualités de campagnards, de personnes de basse condition, c'est à de telles gens qu'on donne surtout cette épithète. Le nigaud est donc un gros niais qui manque d'usage proprement plutôt que d'expérience. « Virgile a fait d'Ënée un dévot larmoyant, un peu timide et un peu niais. » Marm. Dans cet exemple, nigaud ne conviendrait point du tout. C'est le contraire dans les suivants, a 11 m'est venu un épouseur du pays allemand , par .le coche de Berne. C'est un grand nigaud timide , non de cette aimable timidité qui vient de la crainte de déplaire , mais de l'embarras d'un sot qui ne sait que dire.» J. J.

Verrai-je d'un œil sec déchirer par lambeaux Par tant de campagnards , de pieds-plats , de nigauds , Une succession qui...? Regn.

Il joue ; et, qui plus est, il y fait bien son compte; Car il va mettre à sec un franc provincial, Au moins aussi nigaud qu'il me paraît brutal.

Dest.

Dans la fable : le Meunier, son fils et Vâne, le meunier, monté sur sa bête et suivi de son fils à pied, est rencontré par trois filles dont l'une dit : C'est grande honte Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils , Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis, Fait le veau sur son âne. Laf.

o Un génie supérieur, qui se met en condition, ne fait pas son service matériellement comme un nigaud : il entre dans une maison plutôt pour commander que pour servir. » Les. —Ensuite, comme la terminaison aud est quelquefois diminutive , nigaud peut se dire en badinant et sans conséquence entre personnes intimes. Voltaire écrit à un de ses amis les plus familiers : « Vous êtes un grand nigaud , de n'être pas aux Délices ou à Ferney. »

Benêt , autrefois bened , a été formé par abréviation d'un nom propre , Benedictus , d'où vient aussi le nom de Benoît. Sa racine est le latin bene, qui signifie bien. Ls benêt trouve que tout est bien (bene est). Il est si bon qu'il en est bête. Il se prête à tout ce qu'on veut; il se laisse aisément dominer et mener par le nez. Tels sont en particulier ces maris bénins qui poussent la bonté et la facilité jusqu'à la faiblesse, jusqu'à une extrême docilité. Tel est Chrysale dans les Femmes savantes. Henriette, sa fille, le priant de ne pas °se relâcher de la résolution qu'il a

prise d'être homme enfin à la barbe des gens , il lui répond :

Comment! me prenez-vous ici pour un benêt ? L'autre (femme), pour se purger de sa magnificence , Dit quelle gagne au jeu l'argent qu'elle dépense; Et le mari benêt, sans songer à quel jeu , Sur les gains qu'elle fait rend des grâces à Dieu.

Mol.

Et je sus me contraindre à tant de complaisance Que le pauvre benêt (son mari) crut que je l'aimais

fort Et qu'il me confia ses billets. Dest.

Les femmes sont sans frein, et les maris Sont des benêts. Tout va de pis en pis. Volt.

« Nos Lucrèces se jettent avidement sur les viandes, tandis que le benêt., qui devait payer l'écot, s'amuse à contempler sa Luisita; c'est le nom de la beauté dont il était épris. » Les.

Badaud, du mot latin barbare badaldus , ou plutôt de l'italien badare , provençal bada, faire attention, regarder, s'arrêter, perdre son temps, se dit d'un homme qui est toujours à contempler les choses bouche béante , bayant aux corneilles, toujours ébahi, ouvrant de grands yeux, bras pendants, témoignant par toute sa physionomie une admiration grotesque , et poussant de temps en temps les exclamations les plus risibles. « Ce goût si vif (de curiosité) leur a fait donner le nom de bayeurs ou badauds. » Barth. Il y a des badauds partout, principalement dans les grandes villes , et à Paris plus qu'ailleurs , apparemment parce qu'il y a plus de monde à Paris qu'ailleurs, et par conséquent plus de gens inutiles et désœuvrés qui s'attroupent pour voir le premier objet auquel ils ne sont pas accoutumés. Les badauds de Paris (Volt. , Dest.).

Il y croît des badauds (à Paris) autant et plus qu'ailleurs. . Corn.

J. J. Rousseau décrit ainsi ce qu'il' appelle son badaudage : a Non-seulement une parade de foire , une revue , un exercice , une procession m'amuse-, mais la grue, le cabestan, le mouton, le jeu d'une machine quelconque, un bateau qui passe , uh moulin qui tourne , un bouvier qui laboure, des joueurs de boules ou de battoir, la rivière qui court, l'oiseau qui vole, attachent mes regards. Des colifichets en étalage , des bouquins ouverts sur les quais , des images contre les murs, tout cela m'arrête et m'amuse. » « Les rossignols, dit Buffon , sont curieux et même badauds : ils admirent tout et sont dupes de tout. Le chant de leurs camarades , le son des instruments de musique, celui d'une belle voix, tout cela les fait venir. »

Le tout boisé, verni, blanchi, doré, Et des badauds à coup sûr admiré. Volt. Lorsqu'en un bois quelque jeune imprudent Voit une ruche , et, s'approchant , admire L'art étonnant de ce palais de cire , De toutes parts un essaim bourdonnant Sur mon badaud s'en vient fondre avec rage; Un peuple ailé lui couvre le visage. Id.

Ainsi ,- un grand niais ou un grand nigaud est un grand enfant ; il a d'un enfant l'ignorance et l'innocence, malgré son âge; et de là un contraste fort plaisant. Un grand benêt est d'une grande bonhomie, c'est un grand bon enfant,

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