COLOMBINE
a Eh ! madame, c'est vous éterniser que de faire un coup d'État comme celui-là ! » Regn. « Je n'oserais passer sur ces bienséances sans me faire tympaniser par la ville. » Dest. « Il fallait que ma diffamation fût universelle. Il ne suffisait pas de la répandre dans les cercles et parmi la bonne compagnie ; il fallait qu'elle s'étendît parmi tout le peuple et dans les plus bas étages. Mais l'affectation de me tympaniser ainsi à mon insu pouvait scandaliser les simples. » J. J. « Cela ferait un procès; ce procès ferait du bruit.... On n'a déjà que trop tympanisé ma dévotion. » Volt.
La Force (Mlle de) est enfin condamnée.
Sur le fait de son hyménée
On Yient de la tympaniser . Laf.
2° Siffler, berner, bafouer. Maltraiter en paroles une personne , se moquer d'elle , l'immoler à la risée.
Un paon muait : un geai prit son plumage. Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué,
Berné, siffle, moqué, joué. Laf.
Nous sifflons, comme connaisseurs et comme juges, ce qu'on nous présente, ou quand on nous présente quelque chose dans l'espérance d'obtenir notre approbation. C'est ainsi qu'on siffle un acteur, c'est-à-dire un homme qui a la prétention et qui tâche de se faire applaudir. «Dans une compagnie de fleuristes, ayant voulu m'évertuer à mon tour et hasarder de m'extasier à la vue d'une tulipe dont la couleur me parut vive et la forme élégante, je fus moqué, hué, sifflé de tous les savants. » J. J. « M. le cardinal de Bouillon voulait qu'on mît après l'énoncé, des propositions que M. de Cambrai ne les avouait pas ; ce qui fut sifflé par les cardinaux , si on ose employer ce terme.» Boss. a Quelle platitude (de certains éditeurs de Boileau)/ Elle sera sifflée à Paris comme dans les collèges de l'Oratoire. » Lah. a Si vous faites cette proposition , on vous sifflera. » Acad.
Berner et bafouer ont une tout autre force : ce n'est pas seulement désapprouver des idées , des sentiments , des productions qu'on critique, c'est traiter la personne même d'une manière offensante et humiliante , lui faire une avanie , l'insulter. « Je fus arrêté par la frayeur d'être hué , sifflé , berné. » J. J.
Pauvre bête !
Pauvre innocent ! tu ne les voyais pas (ces parasites)
Te chansonner au sortir d'un repas,
Siffler, berner ta bénigne imprudence ! Volt.
Berner marque une action unique, <r Socrate fut condamné à la ciguë , après avoir été berné par Aristophane. » Volt, a J'ai appris que Mme de Richelieu a berné et confondu publiquement un ignorant prédicateur de jésuite, qui s'est avisé de disputer contre elle sur l'attraction et sur le vide. » lD. «Je voudrais bien savoir si, quand on bernerait M. Boursault sur le théâtre , il serait assez heureux pour faire rire le monde.» Mol. « Marin avait dit qu'en le montrant au doigt j'avais insulté la majesté du trône, berné le gouvernement et injurié la magistrature. » Beaum. « Sandis ! dit le Gascon, je crois que vous me
bernez. Un singe jouer aux échecs ! » Les.— Mais bafouer paraît être un fréquentaaf et indiquer une action multiple ou itérative : on est bafoué par tout le monde ou sans cesse. « Depuis la mort du roi, jusqu'à sa dernière chute, Pontchartrain était devenu un simulacre qu'on ne cessait de bafouer. » S. S. « Toute cette théologie d'Épicure fut parmi les anciens si généralement bafouée, que.... » Lah. a C'est à Fréron à medétester, puisque je l'ai rendu ridicule, et que je l'ai fait bafouer de Paris à Vienne. » Volt. «Ne cherchez jamais à employer l'autorité là où il ne s'agit que de raison, ou consentez à être bafoués dans tous les siècles comme les plus impertinents de tous les hommes. » Id. ce Un seul Chinois a voulu contredire Confucius, et il a été universellement bafoué.» Id. a Une religion bafouée dans toute l'Europe. t> Id. ce On a vendu à Paris six mille Àkakia en un jour, et le plus orgueilleux de tous les hommes (Maupertuis) est le plus bafoué. y> Id.
3° Honnir , conspuer. Maltraiter en paroles une personne , la flétrir comme odieuse , la signaler à l'aversion des gens de bien.
Conspuer, conspuere , cracher sur, a beaucoup plus d'énergie. « Cet ouvrage a été honni et conspué. » Acad.
Quand on est honni, on est simplement déshonoré, sans gloire, inglorius. Honnir une fille (Regn. , Les.) ou une famille (Laf.), c'est lui ôter l'honneur par un viol. « Je parus dans une loge (à une représentation de Zaïre) , et tout le parterre me battit des mains. Il est doux de n'être pas honni dans son pays. » Volt, ce Je suis comme ces Grecs qui renonçaient à la cour du grand roi , pour venir être honnis par le peuple d'Athènes. » Id. «Il est juste que le Catilina de Crébillon soit honoré, et le mien honni. » Id. ce Les belles-lettres sont un peu honnies , et le théâtre désert. >•> Id. — Mais quand on est conspué, on est repoussé comme quelque chose de détestable, d'horrible, a La bulle Unigenitus , disaient ses partisans . mal accueillie sans doute, et même conspuée à sa naissance, avait fini par être unanimement reçue. » D'Al. ce Ces systèmes absurdes sont conspués avec horreur par le monde entier. » Lah. Connaissez-vous certain rimeur obscur, Sec et guindé, toujours froid, toujours dur, Chassé, battu, détesté pour ses crimes, Honni, berné, conspue pour ses rimes? Volt.
VILLE, CITÉ. Assemblage d'un grand nombre de maisons dans une même enceinte.
La ville se considère sous le point de vue physique, la cité sous le point de vue politique, ce Les maisons font la ville , mais les citoyens font la cité, » J. J. On dit les murailles de la ville (Acad.), détruire une ville (Montesq.), et les lois de la cité (Lah.) , gouverner une cité (Montesq.). Deux hommes de la même ville habitent le même lieu ; deux hommes de la même cité appartiennent au même corps politique , ont la même patrie. On détruit une ville en la rasant; on détruit une cité en abolissant sa constitution, a Quelquefois les Romains abusaient de la subtilité des termes de leur langue : ils détruisirent Carthage , disant qu'ils avaient promis de
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
conserver la cité, et non pas la ville.» Montesq. ce Les féciaux faisaient des imprécations contre eux-mêmes et contre leurctïe, en cas qu'il leur arrivât d'en imposer. Ils répétaient ces protestations et ces serments, lorsqu'ils arrivaient à la porte de la ville. j> Cond.
Cette différence déjà grande peut le devenir davantage. Au lieu d'indiquer la même chose sous deux points de vue différents, ville et cilê peuvent exprimer deux choses différentes, savoir ville une réunion d'habitations, et cité un petit Élat, une république , toute une contrée gouvernée par les mêmes lois, les mêmes coutumes, les mêmes magistrats. Ainsi entendue, la cité comprend quelquefois plusieurs villes t ou bien elle ne comprend que des villages , des provinces où il y a peu de maisons les unes à côté des autres. « C'est toujours un mal d'unir plusieurs villes en une seule cité. » J. J. César dit que toute la cité des Suisses consistait en quatre bourgs ou quatre cantons; il y avait chez les Germains beaucoup de cités et point de villes.
Mais , pour en revenir au cas où les deux mots se touchent de plus près,. c'est-à-dire se réunissent sous l'idée commune énoncée* en commençant, une autre différence provient de ce que cité est la traduction exacte du latin civitas , qui a même signification, et que ville dérive de villa, , qui veut dire autre chose , savoir une maison de campagne. Ville est le mot ordinaire-, cité convient mieux pour une ville antique. « Je quittai cette ville (Séville), et je gagnai la campagne qui conduit à l'ancienne cité de Carmonne. >3 Les. On appelle encore cité la partie la plus ancienne d'une ville , ce à quoi se réduisait autrefois toute la ville et ce qui se nommait civitas.
Cité se dira aussi plutôt pour une ville puissante, célèbre ou magnifique. «En Italie, quoique tout le monde habite les villes, elles sont entièrement désertes et dépeuplées : il semble qu'elles ne subsistent encore que pour marquer le lieu où étaient ces cités puissantes dont l'histoire a tant parlé. » Montesq. « Jésus tourna ses pas du côté de Jérusalem, cette ville perfide où il devait subir le dernier supplice.... Sitôt qu'il put découvrir cette cité , il se mit à considérer ses hautes et superbes murailles, ses beaux et invincibles remparts, ses édifices si magnifiques , et son temple la merveille du monde. » Boss. Plutarque ne voulut jamais quitter Chéronée , la petite ville de Béotie où il avait pris naissance, pour aller se fixer dans quelqu'une de ces cités célèbres qui étaient un théâtre pour les hommes supérieurs (Lah.).
Une montagne en mal d'enfant Jetait une clameur si haute Que chacun, au bruit accourant, Crut qu'elle accoucherait sans faute D'une cité plus grosse que Paris :
Elle accoucha d'une souris. Laf.
Ces lieux pour nos bergers ont perdu leurs appas,
La ville a tout séduit
Je l'ai vue à la fin, cette grande cité ;
Quel éclat ! mais , hélas ! quelle captivité !
J. B. Rouss.
Enfin , cité s'emploie seul dans le style figuré de l'Écriture , et de préférence en poésie ainsi
que dans le style soutenu. Saint Augustin a décrit la cité et non la ville de Dieu. « Jésus-Christ nous a bâti dans le ciel une cité permanente.» Boss. ce Par la culture les déserts sont devenus des cités habitées par un peuple immense qui , circulant sans cesse, se répand de ces centres jusqu'aux extrémités. 53 Buff.
Mais du discours enfin Fkarmonieuse adresse
Rassembla les humains dans les forêts épars„
Enferma les cités de murs et de remparts. Boil.
VIS-À-VIS, EN FACE, FACE À FACE, À L'OP- POSITE. Locutions prépositives qui marquent le même rapport de position que devant, si ce n'est que devant rappelle et exclut le derrière et en général les autres aspects de la chose.
Vis-à-vis désigne le rapport de deux objets qui sont en vue ou en regard l'un de l'autre, ce Je mettrai dans un recueil en deux colonnes , vis-à-vis l'un de l'autre , mon vrai texte et celui que vous m'imputez. » Fén. En face suppose que l'objet , devant lequel un autre se trouve situé , a une face. « En face du palais est un parterre. » S. S. Etre placé dans un salon en face d'une glace (Laf.). On dit qu'une chose est vis-à-vis, et non pas en 'face, d'un trait ou des rayons du soleil. Un point n'est pas en face d'un autre , il est vis-à-vis , sur la même ligne. Pour enfiler une aiguille, il faut savoir bien placer le fil vis-à-vis du trou de l'aiguille , et non pas en face. Une maison est vis-àvis d'un arbre; un arbre, en face d'une maison. — Vis-à-vis d'une personne , se dit sans qu'on ait égard à la face de cette personne , à la partie antérieure de sa tête où sont ses yeux et sa bouche : être placé, à table ou dans un quadrille, vis-à-vis de quelqu'un. Mais en face signifie précisément dans ou devant la face , sous les yeux : regarder, dire ou soutenir quelque chose en face de quelqu'un, ce Tous deux, en face l'un de l'autre, soutenaient leur assertion avec une égale constance. » Marm.
Face à face , une face étant tournée vers l'autre , ne se dit que des personnes, et il est corrélatif, il indique un rapport mutuel, une correspondance.
Me mettant face a face, il me verra peut-être.
REGIf.
a Je ne tarderai pas de voir face à face Sa Majesté prussienne. » Volt. « Dans le ciel Jésus- Christ se montrera à découvert , face à face. » Boss.
A V opposite ne s'emploie qu'en parlant des choses, et, parmi les choses, de celles qui sont opposées, l'une d'un côté, l'autre de l'autre, a Le soleil qui se retire , qui se couche , est vu par quelques rayons qui restent sur les montagnes à Vopposite. » Boss. ce Charles XII porta quelques régiments sur le bord de la Bérézine, à V opposite de Borislou , comme s'il avait voulu tenter le passage à la vue de l'ennemi. » Volt. La ville de Calais est à Vopposite de celle de Douvres, l'une en France, l'autre en Angleterre, l'une en deçà de la Manche, l'autre au delà.