‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 9 sur 881 · INTRODUCTION. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIII

lière condition est autant ridicule que visible. Voulant m' expliquer ce qui distingue ces deux derniers adjectifs, j'ouvre le dictionnaire de l'Académie et j'y lis : ridicule, digne de risée, de moquerie ; visible, digne de moquerie. Définitions absolument équivalentes , ou bien la différence tient au mot visée , qui est dans la première et non dans la seconde. Mais en cherchant la définition de visée, je trouve moquerie. De sorte que , à dire le vrai , on se donne l'air de définir différemment des mots qu'on définit tout à fait de même , et si dans la phrase de Montaigne on substituait les définitions aux définis , on aurait pour résultat : Notre propre et péculière condition est autant digne de moquerie et de moquerie que de moquerie *.

IL Histoire des travaux qui ont eu pour objet la synonymie française.

Ce genre d'étude n'a point commencé dans les temps modernes : l'antiquité l'a cultivé de bonne heure. Le premier qui s'en soit occupé chez les Grecs , à notre connaissance , du moins, est un des maîtres de Socrate, le sophiste Prodicus. Il attachait un grand prix à la science de la propriété des mots ; il donnait même sur ce sujet des leçons qu'il faisait payer cinquante drachmes par tête. Platon, à qui nous devons ces détails, rapporte quelques-unes de ses distinctions dont il se moque à cause de leur subtilité ou peut-être simplement par esprit d'hostilité contre les sophistes en général ; ce qui ne l'a pas empêché d'imiter lui-même ce qu'il condamnait , en fondant sa réfutation de la philosophie ionienne sur une différence , jusque-là inaperçue , entre les deux mots àpj$ et a-roixEïov , c'est-à-dire principe et élément. On voit aussi dans Athénée que Chrysippe avait composé un livre de synonymes. Toutefois , il n'est parvenu jusqu'à nous de traité des synonymes grecs que celui du grammairien Ammonius qui vivait au commencement du second siècle ou vers la fin du quatrième après J.-C. Il a été traduit en français et augmenté d'un grand nombre d'articles tirés de divers autres grammairiens grecs par M. Al. Pillon 2. Les Latins ne nous ont laissé aucun ouvrage semblable. Ce n'est pas que leurs plus célèbres écrivains , grammairiens et rhéteurs aient ignoré la nature de ces mots et dédaigné leur examen : Cicéron, Quintilien, Sénèque, Varron et autres contiennent nombre de passages, la plupart recueillis par Beauzée, dans lesquels les synonymes sont clairement définis , et beaucoup de distinctions synonymiques expressément établies.

Cependant, ce n'est point, on peut le croire, à l'imitation des anciens que les modernes en sont venus à se livrer aux mêmes recherches. En cela les modernes ont suivi l'exemple des Français, et ces derniers n'ont point eu de maîtres. D'abord des philologues , parmi lesquels Vaugelas , Ménage , le P. Bouhours , Labruyère et Andry de Boisregard, avaient sans conséquence indiqué ou même caractérisé certains mots synonymes. Mais, à force d'en voir augmenter le nombre,

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