‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 101 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nique l'idée d'un fait, à elle inconnu jusque-là. Hais la particule déterminative dé modifie notablement le sens du radical. Au lieu que les choses mêmes peuvent annoncer , les personnes seules dénoncent. Et encore les personnes ne sont dites proprement dénoncer que quand leur action est expresse , rigoureuse , positive , faite d'autorité.

Un journal ou un journaliste annonce la guerre ; un ambassadeur la dénonu. Annoncer la pluie ou le beau temps ; dénoncer l'armistice ou un excommunié. Dans l'antiquité , on a pu croire que les oiseaux annoncent l'avenir (Volt.); sous l'ancienne loi, Dieu faisait dénoncer par des prophètes sa colère ou sa vengeance (Boss. , Fén.). Le curé d'une paroisse annonce , au prône , les places d'église qui sont à louer; un évèque s'armant de toute son autorité dénonce aux pécheurs scandaleux que, s'ils endurcissent leurs cœurs, il procédera contre eux selon toute la rigueur des canons (Boss.).

Le plus souvent , l'action de dénoncer est une déclaration faite , non pas d'autorité , mais à l'autorité , c'est une dénonciation , une accusation , une délation. Alors dé n'est pas seulement déterminatif, précis, rigoureux, mais ablatif et privatif ; car dénoncer signifie dans ce cas quelque chose de défavorable, de fâcheux, de dommageable pour la personne signalée à la justice ou à une autorité quelconque. « Les Athéniens dénoncèrent Anaxagoras devant les magistrats, et l'accusèrent publiquement. Quand on vint lui annoncer que les Athéniens l'avaient condamné & mort, il n'en parut point plus ému. v Fèif.

ASSIGNER, DÉSIGNER. Fixer, marquer; un lieu , par exemple.

Àuigner est attributif : il exprime qu'on applique telle chose à quelqu'un pour sa part. Déti^ gner est déterminatif et fait bien connaître : la chose désignée est démontrée , décrite , d^einte , de façon qu'on ne peut &'y tromper. En Egypte , chaque profession avait son canton qm Im était aseigné (Boss.); David avait désigné le lieu du temple que bâtit Salomon (In.). La place qui vous eaX assignée est vôtre, vous devez l'occuper; il est impossible que vous confondiez avec une autre la place qui vous est désignée. Un officier assigne à une sentinelle le poste qu'il lui affecte , auquel il l'arche , l'adapte ou l'assujettit ; quand on invite à un rendez-vous , il faut avoir soin de désigner le lieu et le temps. -^ En un mot , on assigne en donnant; on désigne en indiquant avec précision.

PREFIXES AD BT El, Àtténtier^ exténuer»

ATTÉNUER, EXTÉNUER. Rendre maigre, diminuer l'embonpoint et les forces.

On emploie dans le même sens en latin attenuare et extenuare, dont le premier, suivant Gardin , dit moins que le second. C'est aussi le sentiment de l'Académie: * Atténuer, affaiblir, diminuer les forces, l'embonpoint; exténuer, causer un grand affaiblissement. » Dans le premier» ad est inchoatif , et signifie commencer à,

se mettre ou se prendre â , porter atteinte ; dans le second , indique qu'on fait sortir le sujet de l'état normal ou qu'on lui soustrait sa substance ou ses forces. Vatténuation n'est donc qu'un commencement à^ exténuation. « Les jeûnes , les veilles , les fatigues atténuent; les débauches et les maladies exténuent. » Acad. Par suite déjeunes austères , les chevaux d'Harpagon , dans V Avare de Molière , sont devanus des idées , ou des fantômes , des façons de chevaux. < Cela me fend le cœiir de les voir ainsi exténués^ » dît maître Jacques. Atténués aurait dit trop peu. Mais atténuer est le mot propre dans la phrase suirante de RoUin : a Cléopâtre fit semblant de mourir d'amour pour Antoine , et atténuait dans cette vue son corps , ne prenant que très-peu de nourriture. 9

Ensuite, atténuer, comme amat^rtr, montre la cause à l'œuvre , attaquant le sujet et le minant peu à peu; au lieu qu'exténuer n'est relatif qu'à l'effet, et s'emploie beaucoup mieux au passé qu'au présent. « Une armée exténuée de lassitude et de faim. » Volt. « On voyait la malheureuse Arachné, dont tous les membres exténués se défiguraient et se changeaient en araignée.» Fss.

C'est parce qu'il marque une action douce et modérée , qui diminue au lieu de retirer les forces , qu'atténuer se dit en parlant des crimes , des fautes , du mal , dans le sens de , les rendre moins graves. Des auteurs , tels que Bossuet , Fénelon et J. J. Rousseau se sont improprement servis d'exténuer pour exprimer cette idée. Aujourd'hui l'usage , comme le remarque avec raison l'Académie , est définitivement pour atténuer. Le sentiment seul de la valeur propre aux deux préfixes aurait dû toujours prévenir toute méprise sur ce sujet.

PREFIXE DIS.

Simuler, dissimuler. Position , âi^osition.

Di ou dis , particule latine qui se place toujours au conunencement de certains mots composés , correspond , pour la forme et le sens , au grec 8ia i {discemo , Siaxpivtt»), et quelquefois à 50c . avec peine , difficilement. Du reste , di et dis viennent certainement de duo , deux , tout comme en grec 5ià et Sûç de 8vo, racine identiquement la même.

D''après son origine, la prépositive dont il s'agit ici doit donc marquer dualité et non unité. Ainsi, dilemme, grec fiîX>)(i{ta (ot;, deux fois; Xa|i6àveiv , prendre) , argument par lequel on offre à un adversaire le choix entre deux propositions , représente sa valeur primitive. Il en est de même de diphthongue , syllabe qu'on prononce en faisant entendre le son de deux voyelles.

A l'opposition de la dualité et de l'unité se rattache sans peine celle de la séparation et de l'union , de la diversité et de l'identité. C'est effectivement la modification que dis a coutume d^imprimer à la signification de beaucoup de mots dont il fait partie ; seulement , l'idée de dualité se trouve quelquefois avoir perdu de sa précision , et la particule peut se traduire par, d^iei et de là, de côté et d'autre , en toiu sens. Disséminer , dissiper, c'est répandre çà et là, de tous les côtés;

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

AEDvrtr, courir çà et là en parlant, parler de cèAses et d'autres ; digérer , porter la nourriture ans tous les mrâbres ; discerner , Toir séparésent de toute autre chose.

De pins, entre l'idée de séparation et celle d'à-

bhticn, de négation , existe une certaine affinité ,

eiVesprh passe volontiers de Tune à l'autre. Dis

derra donc aussi &ire signifier à certains mots

composés ce point de Tue de l'esprit. C'est ce qui

arrÎTe, pu exemple , pour difficile , disparaitre ,

éiaoaKtmner , disconvenir , dissuader , dissembla--

hU,iisgrâcê, difforme.

SIFLER, BISSIMULER. Faire par les appanooes que les autres se trompent sur nos pensées , Bos sntiments , nos intentions , ou en général sur h réalité.

Siamkr , c'est faire en sorte qu'une chose parusse, quoiqu'elle ne soit pas , faire un acte qui rmemifie ( similis y semblable) à un acte réel, BUS qui ne l'est pas. Au contraire , dissimuler , c'est fiire un semblant qui diffère de ce qui est , iidatre i croire qu'il n'existe pas. La différence est capitale : on simule ce qui n'est pas, on dûtmMk ce qui est. On simule une attaque en cherchiat i paraître attaquer, tandis qu'au fond il n'cQ est rien; on dissimule sa haine en cherchant à ne point paraître haïr , tandis qu'au fond on hait efledivement. Là, on se sert de l'apparence pour taire croire ce qui n'est pas; ici, on s'en sert pour déguiser, pour empêcher de paraître ce qui est , os pour Caire croire le contraire de ce qui est. En «n mot , simuler est affirmatif de ce qui n'est pas , et dûstsuUer , négatif de ce qui est. En latin , le même rapport existe entre simulare et dissimu- Ion: simulamius quse non sunt; dissimulamus fmr sunt; et, en allemand, entre sich stellen et iicà veriteUen.

POSITION , DISPOSITION. Ils expriment une maaière particulière d'être dans un sens , ou dans Bne certaine posture et dans un certain rapport aTee un but. Par la position d'un honmie , d'une année , d'une maison , comme par leur disposition , TOUS désignez comment ils se trouvent eu égard i leur destination ou à un but.

Ces mots doivent être considérés d'abord coBime significatifs de la posture seule, puis oomme indiquant le rapport au but.

^ J* Souâ le premier point de vue, disposition , c'est-à-dire état ou manière d'être de ce qui est posé de côté et d'autre, ajoute au sens du simple l'idée d'un arrangement, d'un ordre de choses; si bien que la disposition marque la position combinée de différentes parties ou de divers objets. On remarque dans un animal sa position totale , on h position de sa tète ou de ses yeux (Buff.); et la dttposilton des parties de son corps (Mol. , CoBfi.). Une couche de grès ou de terre a telle poiiliofi , horizontale , verticale ou inclinée (BoFF.); on décrit la disposition de diverses coucbes de grès ou de terre (Buff.). Un général

d'armé^, qui veut attaquer une ville , doit connaître d'avance la position de la place (Gond.) et

^disposition des lieux (Boss.) ou du pays (Rac). la position d'un* homme , d'une armée , d'une oaJson , c'est simplement leur situation particulière par rapport à un but. Mais la disposition

d'un homme , c'est sa position résultant de l'harmonie ou du désaccord qui règne entre les diverses parties de son organisation , soit physique , soit intellectuelle. La dtipottlion d'une armée, c'est sa position produite par son ordonnance : une armée choisit telle position pour attaquer, et reçoit du général telle disposition. Une maison a tellepoxtlt on, c'est-à-dire se trouve exposée de telle manière; elle a telle disposition , c'est-à dire telle manière d'être en raison de la distribution des parties qui la composent.

2* Sous le second point de vue , la différence est autre et se tire d'une autre circonstance. Dans postfiofi le rapport au but paraît peu marqué , et c'est une détermination passive; dans dùposttion , au contraire , il se montre énergique et sous forme de tendance. Qu'un homme soit en position de faire telle ou telle chose , il ne s'ensuit pas qu'il y soit porté , qu'il y aspire ; mais , être dans la disposition de faire une chose , témoigne dans le sujet une inclination active. Une armée est dans une bonne position pour combattre , c'est-à-dire qu'elle peut avec chance de succès attaquer et se défendre ; mais cette heureuse manière d'être par rapport au but ne tient pas à elle , ne vient pas d'elle : au moment du combat , elle est dans une bonne disposition , c'est-à-dire , pleine d'ardeur et prête à fondre sur l'ennemi.

Si on dit plutôt là difposttton que la position des esprits et des affaires, c'est pour deux rai* sons différentes : d'abord , il s'agit dans cette locution de plusieurs choses , et en l'employant on veut exprimer l'état qui résulte de leurs rapports mutuels ; ensuite , les esprits et les affaires y sont considérés comme ayant une tendance, comme suivant ou voulant prendre un certain train , une certaine tournure.

PRÉFIXES DIS BT RJB.

Dissoudre , résoudre,

DISSOUDRE, RÉSOUDRE. Racine, soloerep délier, faire cesser l'union entre les parties d'un tout. Tel est effectivement le sens commun aux deux mots; mais chacun y ajoute une nuance en raison de sa particule initiale.

Dissoudre , dis soUnere , délier en jetant les parties çà et là , n'a rapport qu'à la destruction de l'union , et c'est pourquoi on ne dit pas dissoudre, conune on dit résoudre, une chose en une autre. Késoudre , rursus soVoere , délier de nouveau ou de manière à réparer , marque un retour, une opération qui rétablit l'état antérieur ou naturel, ou bien simplement qui amène un second état.

En dissoliant , vous supprimez la liaison , la cohésion , rien de plus : l'eau dissout le sucre , l'eau régale, l'or; le roi dissout le parlement dans certains cas; aux yeux de l'Eglise, la mort seule peut dissoudre le mariage. « Les eaux-fortes dtssolvent les métaux.» Dbsc. « L'eau a saisi toutes les matières qu'elle pouvait délayer et dissoudre, » Buff. cUn chêne se dissout et tombe en un tas de cendre après que le feu l'a consumé. » J. J.

Mais en résolvant , vous &ites passer d'un état à un autre simplement , ou à l'état primitif : le feu résout le bois en cendre , en fumée.

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