‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 177 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

brigand. Eicroe sert à fonaer le verbe escroqmr , loin de lui devoir son origine , comme escroqueur, et ce dernier rappelle si bien Faction de son verbe radical , qu'il est tout relatif et ne s'emploie guère qu'avec un complément : escroqueur de livres.

ÈHULB, ÉMULATEUR. Ces deux mots cortespondent parfaitement aux mots latins , êgmuîus et ssmuUâor, d'où ' ils sont tirés. Ils qualifient une personne par rapport à nne autre , dont le mérite , le rang ou la gloire sont pour la première un objet d'envie et excitent son activité et ses efforts.

Hais , comme le pqielm et Vestroe ont positivement, absolument, sans restriction, la qualité exprimée par leur radical , au lieu que le patelinewr et Veseroquewr ne l'ont que relativement, c'est-à-dire en raison d'actions plus ou moins nombreuses, et plus ou moins marquées du caractère du pateUnage et de l'escroquerie, de méuM Vémuie est absolument ce que Vémuktteur est relativement, ou plutôt, Tun est ce que l'autre cherche à être ou est en train de devenir. En elnployant le mot d'émulé , vous qualifiez quelqu'un par rapport à ce qu'il est; en employant celui d'émulateur, vous le qualifiez par rapport à ce qu'il fait , et ce qu'il fait le montre bien en arrière de Vémuie dans la voie suivie par tous les deux. L'émule est un concurrent; Vémulateur, un imitateur. L'un a des émulet, l'autre des modèles.

c On est émule de ses pairs , dit Roubaud ; on est émulateur de quelque personnage distingué. Votre émule marche en concurrence avec vous ; votre émulateur marche sur vos traces. Votre émulateur voudrait acquérir un mérite égal , ou même supérieur au vôtre ; votre émule a un mérite pareil au vôtre , et tâche d'acquérir un mé- .rite supérieur. » Colbert était Vémuie ie Louvois (S. S.); Euripide était celui de Sophocle (Bartb.). «Dans son Tétémaque^ Fénelon, heureux émulaitewr des anciens, s'est rapproché en même temps de la richesse d'Homère et de la sagesse de Virgile.» Lah. « Jacques II d'Angleterre a été un prince catholique et dévot , le plus édifiant ému-' UUeur des héros monastiques. »D* Al.

Une autre différence , particulière à ces deux mots, consiste en ce qu'émule se dit dans tout genre de travail et de concurrence , tandis qu'i^mulateur ne se dit que dans le grand ou dans un ordre de choses distingué; soit qu'en latin la terminaison ftor fût plus noble que la terminaison us , soit parce qu'en français émulateur ressemble plus au latin xmulator , qu Vmule au latin amulus , dont il ne reproduit en aucune sorte la désinence. Des écoliers , des ouvriers , des hommes de. lettres, ont des émules : « Si j'étais maitre à danser , je ferais de mon élève Vémuie d'un chevreuil. » J[. J. Thésée fut Vémulateur d'Hercule, Lycurgue celui de Minos; Charles XII l'a été d'Alexandre. — De même en latin , suivant Gardin Dumesnil, administer signifie un serviteur subalterne , et administratof un serviteur d'un rang élevé.

CHANTRE, Chanteur, ils qualifient celui qui chante.

Mais le chanfre se considère eomme ayant tsDe qualité , comme occupant telle place ; le chonlnr, comme faisant telle action, comme exerçant tel &étitr.

On ne dit dutUre que pour le chant d'église, parce que ceux qui chantent dans l'église soot chargés par état de le fiiire. « Les cloches réreillent les chantres et les enfants de chœur. »Lau. « Celui qui vous rendra cette lettre est le ciumirt de mon église. » Boss. c Sous Néhémias , les eha^ très sacrés, et tous les autres ministres, qui avaient été contraints d'abandonner le serrioe, faute d'avoir reçu leur juste salaire , furent rappelés. 9 lo. « Les anges rebelles avaient été des chantres divins^ qui par une mélodie étenelle devaient célébrer les louanges de Dieu. » Vou.

On dit chanteur de tous ceux qui font l'aetioa de chanter, même par habitude ou par métier, mais qui ne peuvent être regardés comme ayant une qualité ou une fonction qui les oblige à cbas* ter : tels sont les chanteurs des rues(AcàDM /./•); tels sont aussi, dans certaines réunions d'amii, ceux d'entre eux qui ont coutiane de chanter. Si on appelle chanteurs , et non pas chantres, ceux qui chantent à l'Opéra, e'ost qu'Us exercent on état temporaire, car ils sont à gages, et qu'on considère en eux plutôt la manière dont ils chantent , que leur qualité , leur état , leur rang. «LnUi a dû proportionner les accents de ses chai^Umt^ de ses chanteuses à leurs récits et à leurs vers.» Boss. c La musique en France demande des seteurs; en Italie il ne ûiut que des chanteurs.* Volt. < Cette hardiesse (dramatique) aurait un grand succès , si on avait à l'Opéra des acteun comme on a des chanteurs. » In.

Les chantres d'une paroisse sont plus ou moins nombreux , reçoivent des appointements plus OQ moins forts , sont en fonction depuis tant d'années ; parmi les chanteurs de l'Opéra on distingue des hautes-contre, des ténors et des basses-taiD«s: on dit même en parlant d'un acteur d'Opéra, c'est un chanteur y c'est-à-dire un acteur qui cbante bien, tant le mot chanteur est relatif à l'action et à la manière de chanter. C'est, au contraire, parce qu'il est dépourvu de cette nuance , que le mot chantre se prend , dans un sens large et vague , pour désigner figurément et poétiquement un poète: le chantre de la Thrace, Orphée:^ chantre d'Ilion , Homère.

En parlant des oiseaux, chantre indique ce qu'ils sont: le coq est le chantre du jour (Volt.); le rossignol le chantre des forêts (Boff.); chanteur exprime ce qu'ils font et la manière dont ils le font : « On donne au chardonneret le second rang parmi les oiseaux chanteurs. » Bufp.

DOCTB, DOCTEUB. Qui a de la science et de l'habileté.

Le docte est savant et habile intrinsèquement, en soi; le docteur fait profession.de science^ d'habileté. Le premier est instruit \ le second est instruit et applique son instruction. DocUHf « dit d'un savant qui , promu dans une foculte au grade le plus élevé, a acquis le droit d'exercer une profession savante ou d'enseigner sa *^**"^' par extension, il signifie un hosnme doctes nw» qui donne, et en Unt qu'il donae des preuves w

SYNONYMES QUI ONT LE MfiXE RADICAL.

asdact <m de son savoir-faire. Ou plutôt, le éûamt n'est pas nécessairement âocte; la profesooo et la lirrée du savoir n*en supposent pas toujours la réalité, comme Tobserve tris-bien Labniyère. c Des médecins qui connaissent la nature, de vrais doctei quoicjue dodewn, » Yqlt. «Si je dis que quelque docteur n'est pas docU , je sépare docfe de quelque docteur. > P. R.

TERMINAISOKS EUR ST ÂITT.

ConeQiÊUwry comeSKanL Séducteur, eédmeant, Cmnkteur^ comoiant. Conlradieteur, contre- Hmnt, Moteur, moueani, Domtnaleur, éominmt. Fabricaieur, fàffricani. Argumewtateur , eir^menttmi. ludàntri , écoutants; epecUUeun^ TtfŒrdamts,

Ko s^ajoutant à un même radical verbal , ces dwineaces font naître deux qualificatifs veiîtauz promue entièrement^ semblables .pour le sens. Té^ sont , conciliateur et conciliant , séducteur et séâmiunt, consolateur et consolant, dans les expressions synonymiques , esprit conciliateur et coRciltoat, discours ou ton séducteur et séduisoiU, Hpoir consolateur et espoir consolant. On peut y joindre cotUradieteur et contredisant , moteur et mouvant f dominat/eur et dominant , fàbrieateur et fabricant , argumentateur et argumentant, et enfin , quoique ces derniers semblent ne pas diflérer seulement par la terminaison , ai«dtteiin et écoutants , spectateurs et regardants.

Les qualificatif^ en eur n'ont de rapport qu'avec le verbe. Les qualificatifs en ont tirant leur origine du participe présent, ont deux &ces , savoir, outre la face verbale , une face adjective. De là la différence des uns aux autres. Les premiers ne marquent point ^n état, la possession passive d'une capacité ou d'une qualité naturelle , mais la mise en exercice d'une faculté , l'action , et cela dans des circonstances particulières déterminées; les seconds expriment un état habituel, Tme di^>osition durable , la présence constante d'ane capacité ou d'une qualité dans un sujet'.

La désinence eur est une terminaison de subslaslilii , et , ceux-ci , comme on sait , signifient les sujets qui agissent, qui font Vaction, qui jouent on rôle dans des cas d'ordinaire indiqués ; la désinence ant est une véritable terminaison (fadjectils , et les adjectifs désignent les propriétés qui appartiennent , qui sont inhérentes naturellement et toujours aux sujets. Bn effet, contiHateur, séducteur, etc., sont primitivement, et aojourd'hui encore dans la plupart des cas , employés substantivement; conciliant^ sédui- UM , etc. , sont de vrais adjectifs , et , s'il en est quelques-uns de terminés ainsi , qui se prennent sslistanttvement , c'est par exception * : les uns se

t* Cfeéron trouve la même âlfTérence enlre amator et •mmu, qu'entre ebrius et Ariosus, qui signifient , edui-U ivre , et c«lui-ci irrogne.

s. TriomfhtKteur est purement substantif, et triotnf&M purement adjectif : il n'y a entre Tun et l'autre ncapc synonymie, parée qu'ils ne peuveni se prendre ^friimùiateur dans le sens adjecUf, comme eoneilia- j ''^ytèdmeteur, dotmnaieur, ni triom^ant dans le sens ' *^dMtnttr, comme argumtntanij fabricant, écoutant.

disent surtout des personnes ; les autres , presque toujours y se disent seulement des choses.

Entrons dans les détails , et partout nous trouverons , dans les mots terminés en eur un déploiement actuel d'une activité propre au sujet , mais un déploiement passager et dans des circonstances déterminées ; et , au contraire , dans ceux en ant un état constant , une disposition innée , reçue , potentielle plutôt qu'actuelle , ou du moins qui est marquée d'un caractère d'activité plus faible , et sans indication des temps, des lieux où elle se manifeste.

GONCaUTEDR, CONGILUNT.

L'esprit concCiiateur pousse à la conciliation , il y détermine , il prend l'initiative , il fait les démarches , il est acteur , fait effort , se donne du mouvement et se met volontairement à l'œuvre ; l'esprit conciliant est un esprit continuellement disposé à la conciliation , un esprit de tranquillité , de douceur , accommodant , qui écoute volontiers les propositions de paix, naturellement porté à ne point résister aux démarches faites près de lui à Teffet d'amener un accord. En conséquence on dit une éloquence persuasive et conciliatrice (Mahm.), et une humeur douce et eo%\ciliante (In.); nommer des commissaires conciliateurs pour accommoder un différend , et être doué d'un caractère doux et d'un esprit eonctliant (Id.).

Mais, au lieu que, la conciliation une fois opérée, l'esprit n'est plus conct2iateur, à moins de nouvelles querelles à terminer, l'esprit conciliant reste toujours tel. Un esprit fort peu conciliant peut avoir été conciliateur dans une certaine circonstance. D'un autre côté , il se peut qu'un esprit conciliant n'ait jamais été esprit conciliateur, soit faute d'énergie, soit làute d'occasion '.

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