‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 315 sur 444 · BOURO · texte numérisé non relu

BOURO

Veux- lu Qarice encor? — Je la haù^ Je Vabhorre,

Deét.

AtKMOir.

Et ta penneit ce crtme?

Taucu.

n m'a désespéré , 11 m'tccaUc d'efljroi ; je le haU, Je Vahhorre.

Volt.

Que si détester et abhorrer diffèrent l'un et 'autre de hair par le degré, ils diffèrent Tun de 'rutre par fespèce : on déteste par raison; c'est e goût, la nature sensible ou le cœur qui \bhofre.

On déteste ce qu'on ne peut estimer, ce que on condamne , ce qu'on juge très-mauvais , dérstable. « Bien loin de détester les auteurs de es maximes « vous avez de l'estime pour eux. » ^\sc. a Montaigne parle de ses vices pour les aire connaître , et non pour les faire détester : il te prétend pas qu'on l'en doive moins estimer. ^ ^ R. K Ces philosophes pratiquaient ce qu'ils ondamnaient, adoraient ce qu'ils méprisaient, irofessaîent ce qu'ils détestaient. » Bourd.

Oui, j'esiime en Minos le guerrier politique; Vais Je déleste en hii le mattro tyramùque.

Vol». "

Bientôt il (ce roi) fut haï, méprisé, d^lesf^. » *iv. « Je condamne et je déteste tous les sens npies qu'on a voulu donner à cet ouvrage. > In. Cette espérance (d'une récompense éternelle) ne oit-elle pas me faire mépriser, détester le londe 7 » Mass. « Ce prince philosophe détestait i fanatisme de ces prêtres séditieux et méprisait ^rs querelles. » D'Al.

On abhorre ce qu'on ne peut souffrir , ce pour soi on éprouve une grande antipathie, un sentnent de dégoût ou de répugnance insurmonta, e. « Un grand aime le Champagne, abhorre le ie.... » Lana. Mariane dit à Orgon | qui veut 1 iaira épooser Tartufo ;

Sauvez-moi du tounnent d'être à ce que j'a6/iorr«.

Mol.

c Obligez-moi à tout ce que mes sens et mon amour -propre abhorrent le plus. » Bouro. < L'âme chrétienne abhorrait comme un monstre le péché. 9 Id. « Oui, je le soutiens, que je me hais souvent.... Quand je me trouve amolli..., je me trouve presque semblable aux méchants , je me fais mon procès, je m'a&/iorre, je ne puis me supporter. » Timon. F^iN. « Dès que le duc d'Orléans paraissait , il se faisait à l'instant même un vide autour de lui.... Le roi voyait son neveu abhorré comme un parricide. » Maru.

C'est le propre d'un esprit vrai de détester les erreurs, les hérésies, les mensonges, tout ce qui est contraire aux principes, aux règles, à ce qui est légitime. C'est le propre d'une âme bien née d'abhorrer la cruauté, l'ingratitude, la lâcheté, la bassesse , tout ce qui révolte nos sentiments d'humanité ou d'honneur.

HALEINE , SOUFFLE. L'air rejeté par la respiration.

Vhaleine est cet air tel qu'il sort de la bouche naturellement et sans effort ; le souffle est ce même air tel qu'il sort de la bouche , volontairement poussé et modiHé en conséquence. Vha* leine s'échappe en s'exhalant doucement par le jeu spontané des organes ; le souffle est chassé par quelqu'un qui souffle , qui lance son haleine en contractant la bouche de manière à n'y laisser qu'une étroite ouverture. C'est une différence considérable ; car , suivant l'un ou l'autre mode d'émission , l'air sorti des poumons produit des effets tout autres. Votre haleine échauffe, vous refroidissez avec votre souffle; le souffle a perdu» par la pression des lèvres , la chaleur de Vhaleine.

On retient son haleine : c'est quelque chose qui va ou part de soi-même. Mais le souffle est quelque chose qui n'existe que par nous ou dirigé par nous : d un souffle nous renversons un objet (Font.)*, tel souffle, et non telle haleine, est nécessaire pour articuler telle lettre ou tel mot (Mark.).

Tous les vents attentifs retiennent leurs haleines.

Le seul Zépbire est libre,, et d'un soufjle amoureux

Il caresse Vénus , se joue à ses clieveux. Lav.

Vhaleine^ épandue de son propre mouvement, sans aucune participation de la volonté , est nécessairement plus faible et moins sensible que le souffle , qui par la contrainte et l'impulsion acquiert un degré de force remarquable. Quand vous êtes placé devant une bougie , votre haleine la fait vaciller; avec votre souffle vous l'éteignez. On dit Vhaleine du printemps (Buff.), les douces haleines des zéphyrs (J. B. Rouss.); et le souffle impétueux des vents (AcAn.),'un souffle impétueux et violent (Roll.) , le souffle de la colère de Dieu (Marm.).

Les oiseaux sont sans voix, les zéphyrs sans haleine. Et les ruisseaux dans leurs cours arrêtés.

Les aquilons fougueux régnent seuls sur la terre....

Du tribm que la mer reçoit de nos fontaines,

Indignés et Jaloaz , leur soujjfle mutiné Tient les fleuves chargés de chaînes ,

Kl soulève contre eux rocéan déchaîné.

(Cantate contre Thiver). J. B. Bouss.

CSG

Vhalcine est constante , habituelle , et elle reçoit des qualifications qui ont le même caractère. Le souffle est quelque chose de particulier ou d'accidentel. On dit en général rjialme, et en particularisant un souffle ou même des souffles : avoir V haleine courte , n'avoir plus qu'un souffle de vie. « Tu dormais sur mes genoux , je respirais ton haleine, et pour n*en pas perdre un souffle , je^'approchais tout doucement. » Mabm. Les hommes ne doivent pas vivre entassés , car Yhaleine de Thomme est mortelle à ses semblables (J. J.) ; de la poitrine d'un pestiféré ou d'un homme atteint de certaines maladies s'exhalent des souffles mortels (Flàcb.).

VhaUine est plutôt subjective , considérée dans le sujet où elle demeure constante et inépuisable; le souffle peut être objectif, c'est quelque chose alors de détaché du sujet et qui prend une existence à part. Notre ftme est un souffle de la divinité (Mass.) , ou , comme dit TÊcriture , un soufflé de la poitrine de Dieu (Boss.).

HARDES , NIPPES. On appelle hardes ou nippes d'une personne les choses qu'elle a et dont elle se sert pour s'habiller.

Harde (allemand herdi , troupeau , bandé) a signifié d*abord dans notre langue une troupe de bétes sauvages , et une hart est un lien de bois pliant avec lequel on lie les fagots , les bourrées. Les hardes de quelqu^un sont donc la collection , la réunion , et , comme on aurait dit autrefois, la hardée de ses effets. C'est son bagage : que chacun trousse ses hardes et bagag« (Nicod.). c Quand un vaisseau se brise , ceux qui se jettent A la nage ne se chargent point de leurs hardes. > Halh. Nippes y qui parait avoir quelque rapport au grec vCtcreiv, laver, exprime seulement dans les hardes ce qui sert à la propreté et à la parure.

Bardes comprend tout, et spécialement les ha. bits , les habits principaux et de première nécessité , les gros vêtements ; au lieu que nippes exclut les habits et ne désigne que le linge , surtout celui qui n'est destiné qu'à l'ajustement, c Dans ce coffre étaient toutes mes hardes , qui consistaient en deux habits assez propres et en quelques nippes, » Les. — On dit bien, mes hardes et mon linge (J. J. ,Lb8.); on ne dirait pas mes hardes et mes habits, ce serait un pléonasme. Au contraire , on dit bien mes nippes et mes habits (Volt.) ; mais non pas mes nippe* et mon linge. On dira tout aussi bien les nt'ppet et les robes d'une femme. « La garde-robe de la reine fut yolée, et toutes ses robes emportéts.... n en est encore demeuré deux avec toutes les nippes et force sachets de poudre. » Malh. — On met les hardes dans la garde-robe, si bien que les hardes de quelqu'un signifie à peu près la même chose que sa garde- robe; les nippes se mettent dans l'armoire.

Les nippes n'étant pas de première nécessité, elles supposent une certaine aisance , une sorte de luxe; ce que ne fait pas entendre le mot de hardes. Un domestique a des hardes : son maître a des nippes, c Le valet de don César se souvint qu'il portait parmi ses hardes un grand flacon d'eau-de-Tie. » Les. c Je lui montrai le coffre où j

mon maître avait déjà serré ses nippei.Bli).- De bonnes nippes , de méchantes kardu. > Voqi en avez tiré d'assez bonnes nippes. > Dkst. « Vous n'imitez pas la sagesse d'Ulysse : vous toilez rentrer dans l'antre du cyclope pour quelques méchantes hardes que vous y avez laissées.!

ROLL

Une autre différence très-remarquable GODÛte en ce que les ntppM se considèrent par rapporta leur valeur , comme plus ou moins précieuses. comme constituant une plus ou moins gnode richesse mobilière , comme faisant qu'on est pins ou moins bien mpp^. Un emprunteur donne des nippes en gage (Regn.), des trafiquants échaa* gent des nippes (Scakr.); on hérite de certaine nippes (Les., J. J.). < Il lui laissa douze m écus par son testament , outre quantité de Des» blés et de nippes de conséquence. « Laî. <& succession consistait en quelques tiippet et c trois cents pbtoles d'argent comptant. > Lu.

OaUre cet argent-là , mes meubles et mes «pp. J'ai de revenu clair trois cenu bons mille fnna.

Disr.

La seule nuance propre à hardes est celle de former un paquet ou un fardeau qu'on porl;. « Je ne retournai au logis que pour y prendre tout ce que j'avais de nsppef et d'argeot; et dès le même jour je marchai vers Tolède, b bourse assez bien garnie , et le dos chargé d'oc paquet composé de toutes mes hardes. > Les. < J' convins avec le messager de ce que je lai doo nerais pour le port de mes harde*.... Bentircflk, chef des voleurs qui me les enlevèrent, se eoitenta de donner à chacun d'eux trente pisloteet les plus mauvaises nippes, » In.

Enfin , les hardes se prennent plutôt collectif^ ment, en gros; et les nippes dislributiTeŒOt en détail : quelques nippes (Les.), certili» nippes (Dest.). « M. Tuicaret a de mes wppe» actuellement. > Lis.

HARDIESSE, AUDACE, TÉMÉRITÉ, mV»- TERIE. Qualité opposée à la timidité et eu reiti de laquelle on ose, on se porte à agirnulgRff qui semblerait pouvoir ou devoir retenir.

C'est ce que signifie purement et simplement^ mot hardiesse. Audace veut dire une hardimi irès-grande ou extrême; témérité, uneM>«inconsidérée ou aveugle; et effronterie ^ une**dt>»e impudente ou éhontée.

La hardiesse en elle-même n'a rien que di louable. Elle est pour les grandes qualité; d^ l'âme ce qu'est le ressort pour les autres piicfl de la montre, elle les met en mouvement. ^ elle point de courage ni d'assurance; sans eJ< on n'a pas la force d'atUquer, de se produire, « faire prévaloir ses droits ou sa supériorité.

L'oudace est une qualité mauvaise plutôt (^ bonne, surtout dans les relations sociales,® fait de procédés , là où tout ce qui n'est pij iwsure choque; car c'est une hardiesse immodeije Aussi dit-on une audace emportée (Boss) furieuse (AcAn.). Cependant il y a des «lo*"'^ critiques dans lesquelles on ne peut $e «»«^^ qu'en usant d'oudoce, qu'en ramassant tout» ^ forces pour tenter fortune, pourattaqutf»»

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

défendre ayec une vigueur extraordinaire. Noble, généreuse, héroïque audace \AckD.).

La témérité et Veffronterie sont décidément et toujours des défauts, parce qu'elles nous font violer, la première , les lois de la prudence , la seconde^ celles de la bienséance ou de l'honnêteté. Le téméraire agit au hasard (temerè) , sans réflexion, à la légère; il tente l'impossible, il court au-devant du péril sans l'avoir mesuré ou quoiqu'il y ait entre ses moyens et les obstacles une telle disproportion, qu'il ne puisse raisonnablement rien espérer, même de son désespoir. VeffroHté n'a pas de front (pour rougir) , il brave tout ce que respectent les autres hommes; semblable aux cyniques , « à ces gens effrontés qui n'avaient honte de rien, non pas même des choses les plus infâmes ; qui ne connaissaient aucune bienséance , et n'avaient aucun égard pour personne. » Feu.

!• HASARD, FORTUNE, SORT; — 2« DESTIN, DESTINÉE , FATALITÉ ; — 3* ÉTOILE. Causes cachées des événements.

Le hasard, la fortune et le sort agissent d'une manière variable , arbitraire , fantasque , contingente, qui pourrait être autre : on dit les jeux, les coups , les caprices , les bizarreries du hasard, de la fortune et du sort. Au contraire, le destin, la dettinée et la fatalité agissent d'une manière fixe , constante , prédéterminée par des lois supérieures immuables : on dit l'inflexibilité, les lois invariables du étestin ou de la fatalité.

La raison est exclue des événements produits parle hasard, la fortune ou le «arl, ils arrivent fortuitement, à l'aventure, ah hoe ei ah hoc, sans raison , en un mot , et par conséquent ils De sont pas susceptibles d'être prévus.

Or, du katard il n'est point de science :

S'il en était, on aurait tort De l'appeler hasard, ni fortune, ni sort,*

Toutes choses très-inceriaines. Laf.

La liberté n'a aucune part aux événements qui lépendent du destin et de la fatalité : c'est forcément qu'ils naissent et se déroulent les uns à a suite des autres. « Se laisser aller à la destivée. » BooRD. , Mol. « II y en a qui croient une atalité à laquelle rien ne peut se soustraire. »

Les athées pensent que tout dans le monde est

oumis au hasard , à la fortune et au sort, c'esl-

-dire que tout s'y fait sans dessein et sans but :

•» panthéistes pensent que tout dans le monde

st soumis au datin ou à la fatalité, c'est-à-dire

'J« tout, jusqu'à Dieu et à ses actes, y est

streint à la nécessité , que les êtres y obéissent

<les dessein^ et tendent à des buts certains.

^ fortune est aveugle , inconstante ; le destin

it puissant, invincible. « Il n'y a aucun livre de

°s jours où l'on attribue quelque chose au ha-

l''^.- le grand système des matérialistes est la

-^^sité. » Volt. • Anaxagore est le premier qui

^'t pas attribué les événements humains à une

'^^^le fortune ou à une fatale nécessité. »

:* hasard, — fortune, sort.

"^ hasard préside ou est supposé présider à les événements du monde ; la fortune et le

STN. FRAirÇ.

sort ne décident que des événements de la vie, c'est-à-dire de ceux qui sont relatifs au bien et au mal des êtres sensibles. On ne dit point mon hasard, comme oti dit ma fortune ou mon sort a Vous récrierez-vous en voyant ce beau jardin : quel jeu du hasard ! combien de belles choses se sont rencontrées ensemble inopinément? » Labr. « Vous admettez le hasard seul pour la cause première de toutes choses. • In. « Le hasard n'est qu'un nom inventé par l'ignorance , il n'y en a point dans le monde. » Boss. « On accuse à tort les philosophes de penser que l'arrangement de cet univers soit une production du concours fortuit des atomes , un effet du hasard. » Volt. c Le hasard seul a produit presque toutes les in>ventions. • Id. « La combinaison des caractères d'imprimerie nécessaire pour donner l'^n^tde n'est point l'effet du hasard. » J. J. 11 y a du hasard dans la fortune et le sort , qui n'en sont que des applications aux affaires humaines. « Il n'y a rien où le hasard semble dominer davantage que dans le sort. Cependant on en attribuait l'effet à Jupiter, puisqu'on lui adressait des prières pour le faire réussir. » Roll. On dit bien le hasard de la fortune ou du sort. « Je ne mets point à la loterie , j'ai peu d'inclination à donner rien au hasard de la fortune. » Boil.

Fortune et sort diffèrent en ce que la fortune est plutôt l'être fabuleux , à demi mythologique qui détermine, et le sort la détermination même , ce qui échoit à quelqu'un en conséquence, son lot ou son partage. « J'ignore, dans la carrière où je vais m'essayer , à quel sort la fortune m'appelle. » J. J. cr Le sort est comme la décision ou l'oracle de la fortune. » Font. Quoiqu'on dise également ma fortune et mon sort, le sort est cependant plus spécial, plus relatif, plus distri* butif : la fortune est pour tous, et chacun a son sort, c Je m'en pris à la fortune.... Au lieu de céder à mon chagrin , je devais me roidir contre mon mauvais sort. » Lbs. Quelquefois sort, au lieu de signifier la décision de la fortune, est simplement relatif au fait de la consulter {sortiri, tirer au sort). « Elle leur proposa de s'en rapporter au sort; la fortune décida pour Mandricart. » Lbs. — D'un autre côté , fortune se dit plus en grand, et en parlant des biens, des honneurs, des succès eu des revers signalés. « Ces courtisans, perfides adorateurs de la fortune, vous encensent dans la prospérité, et vous accablent dans la disgrâce. » Mol. « Rien ne soumet plus les princes aux revers et aux caprices de la fortune que.tf. » MoNTBSQ. « Les Israélites appelaient la fortune la reine du ciel, la dominatrice de l'univers.... Séduits par un long cours d'heureux succès, les hommes du monde donnent tout à la fortune, et ne connaissent point d'autre divinité.» Boss. « On voit dans l'histoire du monde les faiblesses punies , mais les grands crimes heureux , et l'univers est une vaste scène de brigandage abandonnée à la fortune. » Volt. Mais sort se rapporte à des choses et à des personnes de moindre importance, et il regarde précisément la condition, c Dans la destination du sort de vos fofants , avez-vous eu plus d'égard à leur salut qu'à vos intérêts personnels? • Mass. « Il me dit

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