LXX^ INTRODUCTION
commettre^ et qu'ils signifient des fautes aussi bien que des erreurs. Ces erreurs diffèrent très-peu, quant à leurs causes, qui sonl l'ignorance, l'inexpérience ou le défaut d'attention, l'étourderie, la légèreté ; et cette grande ressemblance tient à ce que les trois mots commencent par la même particule méy équivalente à mal, laquelle indique une opération mal faite. Pour bévue, peut*ëtre est-ce comme mévue^ qui n'existe pas, ou. bien bé est pour bis, comme dans besace et bésicle, et signifie qu'on voit double, c'est-à-dire mal, qu'on a la berlue. Cependant il s'en faut bien que méprise^ mécompte et bévue aient absolument le même sens.
Méprise est le terme le plus général des trois ; il signifie toute erreur commise par inadvertance et consistant à mal prendre les choses, à les prendre autrement qu'ellesne sont. Ainsi on dit une méprise ou les méprises des sens, pour marquer qu'ils nous donnent de fausses perceptions, faute d'attention et d'examen ; cette dernière idée accessoire est étrangère à erreurs des sens, et illusions des sens fait entendre autre chose, c'est que les sens sont dupes ou nous rendent dupes d'une apparence trompeuse. Mais méprise s'emploie plus ordinairement dans une acception moins étendue pour désigner une erreur, qui consiste à prendre une chose au lieu d'une autre qu'on devait prendre, à prendre martre pour renard, comme dit le proverbe. Ce mot suppose une option ou une alternative dont on se tire mal.
La ii^pme est plaisante, et tu te brouilles bien ; Au lieu de ton portrait tu m'as rendu le mien. Mol.
Vous donnez une main pour l'autre par méprise, Rbgh.
Voltaire cite comme exemple de méprise celle d'un courrier qui se rendit à Augerville au lieu d'aller à Angcrville. Une méprise consiste aussi à mettre sur une lettre l'adresse d'une personne pour laquelle cette lettre n'est point écrite. On connaît la méprise de Mucius Scévola, qui prit un officier de Porsenna pour Porsenna lui-même, et dans YAvare^ de Molière , celle d'Harpagon qui applique à sa chère cassette ce qui est dit de sa fille.
Le mécompte est une méprise ou une erreur commise par inadvertance, mais résultant d'une opération particulière de l'esprit, et sans l'idée de choix, souvent et peut-être toujours propre à méprise. C'est une erreur de compte ou de calcul. On se mécompte en arithmétique (Volt.), on ne s'y méprend pas proprement. On commet des mécomptes en fait d'hydraulique et de forces mouvantes (Yolt.), dans une répartition (Lab.). < Des mécomptes de chronologie ne ruinent pas la vérité d'un fait. » Yolt. < Deux légers mécomptes dans le calcul de Jules César, par rapport au calendrier, augmentèrent dans la suite des siècles. » Yolt. Figurément, mécompte se prend pour un espoir mal calculé, pour une erreur de conjecture. « Ce qui fait le mécompte dans la reconnaissance qu'on attend des grâces que l'on a faites, c'est que l'orgueil de celui qui donne et l'orgueil de celui qui reçoit ne peuvent convenir du prix du bienfait. » Lâeoch.
Là bévue est une méprise grossière. Toute méprise ^ toute erreur dont on se rend coupable est une bévue, quand elle est grossière. C'est la sottise souvent
INTRODCCTIOIf. LXXYII
ridicule d'un homme qui n*y voit goutte. J. L Rousseau donne à ce mot pour sjuonyme balourdise^ et Voltaire remploie comme équivalent à grande méprise, à merise ou à erreur grossière^ à sottise^ à ânerie. « On vous montre dans le Tes* tameiU politique des méprises grossières ; montrez-nous donc quelques preuves convamcantes cjue le cardinal de Richelieu est en effet Fauteur de ces bévues. » YoLT. « L'Académie des inscriptions a mis dans cette inscription que l'on me* sure un are du méridien sous Féquaieur. Est-il possible que toute une académie bsse ane ànerie pareille, et qu'il faille que M. Maffei, im étranger, redresse nos bornes? » u>. Molière se moque des bévues des médecins. Des fautes grossières de dironologie sont des bévues (Roll.)- Un traducteur commet une bévue, quand 3 prend un nom appellatif pour un nom propre, ifSooc, huitième, pour un roi Ogdous(RoLL.}» martialem abbatem^ un abbé guerrier, pour l'abbé Blartial (Ycmlt.). On dit proprement une lourde bévue (Acad., Yolt., Lah.}*
C* Préjugé^ préoccupation et prévention sont trois noms donnés à une même variété de l'erreur, très*importante et qui mérite d'être caractérisée avec soin. On a toujours, et avec raison , comparé les erreurs aux maladies. L'esprit accomplît certaines fonctions qui ont pour fin la connaissance de la vérité , de même que l'organisme remplit les siennes, dont la fin est la santé du corps; et, comme il y a maladie lorsque les fonctions du corps sont dérangées ou empédiées , ainsi il y a erreur lorsque celles de l'esprit se font mal et n'ont point la vérité pour résultat. L'analogie ne s'arrête point là. Toutes les maladies se partagent en deux classes : les unes sont passagères et dépendent ordinairement de causes accidentelles , un coup , une blessure , une chute , un refroidiasemenl; les autres sont permanentes ou périodiques, et leurs causes résident dans la constitution même du sujet : ce sont plutôt des dispositions maladives de tànnUe ou contractées depuis plus ou moins de temps, comme la migraine et la phthisie. La même division s'applique exactement aux erreiurs, si on s'en rapporte aux mots qui en expriment les espèces dans notre langue commune. Les uns, c'est-à-dire tous ceux dont il a déjà été question, égarement ^ sophisme ^ paralogisme , malentendu , illusion , méprise , mécompte et bévue , signifient en «net des erreurs passagères, momentanées, qui dépendent de causes accidenleDes, une surprise ou une inadvertance ; d'autres marquent des erreurs permanentes ou plutôt des dispositions à Terreur , lesquelles dépendent d'habitudes ou d'inclinations intellectuelles vicieuses contractées auparavant : ce sont préfugé^ préaecupaHon et prévention. Ils expriment, non pas, comme les premiers, des actes, des acddenis, des fautes, mais des plis pris ou des états; non pas des erreurs effectives et actuelles seidement , mais des dispositions prochaines à l'erreur, qui sont invétérées et durables.
La syllabe pré^ qui se trouve au commencement des mots préjugé ^ préoceupeÈion et prévention , indique qu'ils désignent des impressions préalables , antérieures à l'examen dés choses dont on juge; et ces anticipations, pour ainsi dire, produisent sur l'esprit le même effet : elles l'obscurcissent , elles ne lui laisfient pas toute sa liberté, eHes l'empêchent d'examiner ou de bien examiner
LxxYiu mnoMGTiim.
et de juger sainemeiit. Ob se trompe toujours quand cm ne oontulte que ses préji$gé8f ses préoempaHons et ses préventions^ Pour atteindre la mérité, la rtâmom doit être exempte ou dégagée de préfisgéSy de préoceupations et de prédênOons. Telle e9t Tidée commune aux trois mots : ^oid leurs dtflérences.
Les préjugéB ont rapport aux croyances , aux opinions. Ils rendent Iraneliant » décisif; il font qu'au lieu de cherchera apprérïer par soi-même ies choses, on s*en tient à ce qu'on iious ena di( dans l'enfonce, dans les écoles, dans notre pays, dans notre feniille. Us ont pour causes , dtine part , un excès de défëreace pour les lumières d'autnii, une soumission aveugle à ce qu'on nous enseigne, et, de l'autre, la âdblesee on la paresse de l'esprit. « L'esprit, dit Bossnet, urne mieux juger que d'exami&er les raôsona, parce que la décision hii platt et que l'examen le travaille. » depuis Descartes surtout, les philosophes ne cessent de faire la guerre aux préjugés; ils veulent qu'on «oumetle taut à l'examen de la raison , et qte rien n'entre dans la créance que ce qui parait évident & chacun. G*est aux préjvçés qu'on a donné le nom assez juste S erreurs de t autorité.
La préoceupàHtm se frit plutM sentir en mertière de sdenoes. Elle rendekclusif; elle fait que l'esprit, plein de certaines idées ^ leur accorde beaucoup trop d'inaportance, et que, s'il consent encore à en admettre de contraires, fl ne loor donne que peu on peint d'attention ou les considère sous un faux point de vue , parce qu'il en juge par celles dont il est possédé. C'est l'entêtement d'un es|M4t étroit, qui, s'étant appliqué à une étude, est bouché pour tout le reste. Bacon revient souvent sur ce défaut Malebranche Ta parfaiiMnent décrit , surtout dans un chapitre de sa Beeherehe de la vérité^ intitalé De la préœcupatitm des eom^ mentateurs. H traduit plusieurs fois ce moC par celui d*entêtenient. « Un homme entêté d'Aristote, dit-il pour citer un exemple, ne peut goûter qu'Aristote : il veut juger de tout par rapport à Aristote-; ce qui est contraire k ce philosophe lui paraît faux. > Les préoccupations peuvent être appelées les erreufs de la science.
La prévention se rapporte aux jugements à l'égard des personnes. SDe rend passionné et partial ; son effet propre est de (fisposer d'une manière favorable ou défavorable : elle suborne ; die agit sur l'esprit en intéressant le cceur. CTest ce qu'elle a de bien particuHer. On dit lespréoenHan» 4t l'anour ; c les injustes préventions d'une haine aveu^e. > iBosa. « Ceux qui jugent le prochain , dil Bourdaloue, jugent selon les désirs de leur cœur, et non pas selon les lumières de leur esprit; ils jugent fV3t préventionj par aversion , par chagrin, par intérêt » Molière , dans le Misanthrope, a donné des privenHom des amuotB envers l'cdgel aimé une description charmante que tout le monde connaît::
Us comptent les défauts pour des perfections
Bt savent y donner de favorables noms.
I<a plia est au JaBnin en blanehear ^ eompatsblt , «to.
Les préventions sont proprement les erreurs du cceur ^.
1. Deux autres mots, abus et aberratîen^ s'emploient aussi pour exprimer des erreurs. Que slis as flgortat pu oepmdantdnMJalhàûnt cMsssu» exposée » einpoid ta «iis«t.-*-ittiM, peu vsilàs*
mmoDucTioii. lixix
Aimî réftode companiti?» dasr loote gui dans notre kogne signifient des enearsy nous révèle de celles-â les principales espèces , les causes, et partant les remèdes. Si nous les avons définies exactement, comme nous le croyons» nous en avons nécessairement signalé les causes » et., la cause comme, le remède est bien près de Vètra. Quand on a distingué et décrit les maladies, il est diffidle encore de déterminer les remèdes à y appliiitter; oe n*est pas trop, pour y parvenir, des instructions de la physique , de la chimie et de la bolamqae , et d'expériences bien des fois répétées. Hais quand on sait quelles soQt nos erreors , on aperçoit presque toiyours et & l'instant les précautions à prendre poor les prévenir, et les moyens à employer pour les corriger : pour rordinaire , le mal indique à la fois sa cause et son remède. Il est facile de s'en convaincre. Reprenons par ardre nos différentes erreurs : les moyens de les iriler on de les réformer se présenteront d'euxHOièmes^
Herrewr en général, Verrewr comme quelque chose de purement théorique, de parement contraire à la vérité, est combattue par toute la science qui ensagne, pour arriver à la vérité, des règles et des méUiodes, c'est-à-dire par la logîqiie. Pour ne pas tomber dans les égarements ou dans les erreurs de la raîsoii, il fiiut se tenir en gvde contre la perversité morale, contre les passions violentes et toutes les aulves. causes qui peuvent égarer le sens, renverser la raison , la détourner de la droite voie et la mettre en opposition avec les principes généraux, étemels, dn vrai et du bien. La partie de la logiçfue qui traite de l'art de raisonner fournit contre les sophismes et lesparalogismes^ c'est-à-dire contre les erreurs du raisonnement , des prescriptions spéciales. Les malentendus on erreurs du langage dii^arattraient si on se taisait ^ne idée exacte des significations des mots, de manière à pouvoir ne les jamais confondre les uns avec les antres. Les erreurs ebjeetwes^ les Ulus^ans de tout genre, demandent de la part de quiconque vent s'en garantir une sage défiance à l'égard des choses dont l'apparence ou la disposition arlifîcieuse est capable de déceeoir. Les orears sujbfeetiveê ^ c'est-à^-dire les méprises ^ les mécomptes et les bévues , ayant pour cause l'inattention , la légèreté , le défaut d'examen , la précipitation à joger, rignorance , ne veit*on pas aussitôt que par rapport à elles le préservatif
« fos, nedésfgne pas unetcq^tèce, mais on fait uBiqne, une erreur dins le seul cas-qu'i» consi^
tire : e'flit im abus de croire, d'espérer, de prétendre., de présumer telle chose , q,ae telle chose est
«len.
Altégoef l^iposaible aux rois, e^e«t un eXme, Lajt;
Us pourraient 1)ien s'aimer, et }e Tois....
UQJJtSUw
Franc abus. Vol.
«CesTèrités paraissent fiunilières et destinées au simple peuple ; mais c'est un abus; il n'en est pas ^plus sublimes. » Mass. On ne dirait pas d'une manière générale : parmi les erreurs on compte la flta; — Aberration du latin dberratio, ^aberrate,^ s'écarter, était avant le commencement de ee Adt vk terme d'astrcoomie seulement. On s'en sert aujoacdliui, non pas pour masquer noa csrtiiiie espèce d*erreor, mais en parlant d'une grande erreur ou de l'erreur dans le .grandi daa^ oa^kreleré.