DEUXIÈME PARTIE
Une «ntreprise imefuée n*a ni rime ni raison, rien ne peut la justifier; une folle entreprise jette dans des dépensée exorbitantes, ou fait faire des démarches très-regrettables. Une joie et une passion insensées ife conviennent pas , sont blâmables; une gaieté folle, une passion folle éclatent d'une manière immodérée.
Déraisonnable et extravagant rappellent les deux verbes déraisonner et extravaguer d'où ib dérivent. C'est de là que se tire leur différence d'avec insensé et fou. Au lieu d*exprimer, comme ceux-ci, des états permanents et absolus, ils désignent des qualités accidentelles, imputées en raison d'actions particulières. Vinsensé et le fou sont en proie à une vériuble maladie mentale; aussi les enferme-t-on et les traite-t-on dans une maison , autrefois appelée hospice des insensés, et que nous nommons aujourd'hui hôpital des fous; il suffit de commettre une certaine faute pour être qualifié de déraisonnable ou d'entravagant. L'homme déraisonnable et Vextravagant se conduisent quelquefois coihme les insensés et les fous,
^ Déraisonnable et extravagant diffèrent aussi l'un de l'aulre. Déraisonniible indique une simple dérogation à la raison, un manquement; ce qui ne présente à l'esprit qu'une idée purement négative. Extravagant, de vagari extra, vaguer, errer ou s'égarer hors de , a bien une autre force : il exprime un écart, et comme un vagabondage. L'homme déraisonnable n'est pas sage , n'est pas juste ; l'homme extravagant est dans le délire : il est singulier, extraordinaire, bizarre, il s'emporte bien loin des règles, il choque les usages reçus et les idées communes.
Absurde, latin absurdus^a, quant à l'énergie, beaucoup de ressemblance avec extravagant : ii signifie quelque chose d'atissi inouï , d'aussi choquant, d'aussi monstrueux en quelque sorte, d'aussi éloigné du sens commun, a il ne s'eukuil pas que mon opinion soit souverainement absurde : on peut se tromper sans tomber dans y extravagance, et toute erreur n'est pas une absurdité, » J. J. Mais extravagant a surtout rapport A la conduite , et absurde à la spéculation. L'extravagant est comme un fou, se comporte en fou; il fait des extravagances, des folies, des excès; il faut réprimer ses saillies. Vabsurde raisonne d'une manière détestable: c'est l'esprit le plus grossièrement faux.
Le sot est ridicule et haïssable par ses prétentions à l'esprit. Vinsensé et le fou sont privis de la faculté qui nous guide dans notre conduite • mais Vinsensé ne voit pas le bien, et le fou ne le fait pas; on considère l'un passivement , quant à son état, c'est un infirme; on considère 1 autre activement, c'est un furieux, uuj emporté. Le déraisonnable et l'extravagant n'écoutent pas h raison, agissent parfois et dans l'occasion en insensés ou en fous; mais Vextravagant dififèredu déraisonnable par son excentricité, pour ainsi dire, par son étrange originalité, par les excès ou il se porte. Absurde a bien aussi ce caractère a extravagant, mais il se dit plutôt reUtivement a la manière de penser, de déduire, de conclure, que par rapport à la manière d'agir.
ni. Niais, nigaud, benêt, badaud, - dodoù, dandin,
À.es mots déjà examinés sont de tous les styles , du style noble comme du style (amiiier. et ils dérivent du latin ou du grec. Ceux-ci soi! plus particulièrement du style de la comédie, ei tous ont une origine vulgaire. Ils expriment toos une sorte de sottise sans préteotions, laque J! prête à rire , mais n'est pas fâcheuse et fatig.&t{ comme la sottise proprement dite. Dans les comédies et les parades , les personnages doct les rôles sont plus spécialement destinés à exciierj rire et la gaieté, les Gilles, les Jocrisses et is Pierrots , font les niais , les nigauds, les Wis. les badauds, les dadais et les dandins. Et ceqa n'est pas moins caractéristique , c'est que ta mots, à la différence de ceux qui préoèdeat,câ! un rapport particulier à l'extérieur de U personne, c'est qu'ils montrent la sottise s'eipnmant par l'air, le rire, les gestes, la mant?. d'être ou de se présenter. « Je ne serais pas surpris que bien des gens crussent tout de boQ qis Danchet était un imbécile, parce qu'il iTaiiii physionomie ntaise. » Lah.
Mais il faut d'abord mettre à part âaâaii i dandin; car^ si tous les mots de cette cbsse te rapportent à l'extérieur en même temps qu'iri> térieur ou à l'esprit, dadais et doJidtn soDtprocipalement et presque uniquemeat relatifs ï l'extérieur, et encore à une partie de rextênejr. à la manière de se tenir. Le dadais et le ied^ sont embarrassés de leur corps, ne savent quVa faire , quelles attitudes lui donner.
Niais a été d'abord ui? terme de (aucoQnerii appliqué aux oiseaux qu'on prenait dans le mi qui n'en étaient pas encore sortis, etquiJsu-t d'expérience, ne se défiaient encore de riei « Les faucons qu'on prend au nid s'appal>:::i! faucons niais, » Buff. L'homme niais esi ità ou novice comme un enfant, simple, facile à diiper . sans malice et sans défense contre des ruses qu'il ne soupçonne point. «Vous êtes-vous (lattis qu'un artifice aussi niais et puéril trompenil quelqu'un ? » Bbauh. c Le naïf qui se dèga^ tombe dans le ntai«.»Riy. «Ces sortes de pléosiS' mes retombent quelquefois dans ce qu'on appeie le style niais. » Volt, c Elle est précieuse et ùçonnière.... Elle affecte toujours un ton lieroix languissant et niais , et fait la moue pour moatre une petite bouche. » Mol.