‹ Dictionnaire des termes employés dans la construction (volume 3)Chapitre 217 sur 232 · FOISONNEMENT · texte numérisé non relu

FOISONNEMENT

Flottage, s. m. — Pour conserver les bois cl, principalement les bois durs, il faut hâter leur dessiccation ; un des moyens les plus communément employés est celui qui consiste dans leur immersion, pendant trois ou quatre mois, dans une eau stagnante ou courante. Le transport des bois par les rivières offre donc, outi-e l'économie qui en résulte , Favantage d aider à la prompte dissolution de la sève et, par suite, à la dessiccation du bois, quand plus tard on l'expose à Tair.

Une exposition de quatre semaines, après une immersion de trois mois, permet d'employer les pièces de charpente, sans qu'on puisse redouter les inconvénients que présente la mise en œuvre de bois verts.

Le flottage ou transport par eau des bois de charpente s'effectue ainsi : on les réunit, par des rloUes ou roues placées à leurs extrémités, à des pièces transversales nommées pouliers, pour en former des br elles, dont on met trois ou quatre à la suite les unes des autres, afin de constituer un train. Sur le côté de chaque brelle on place quelques l)elles pièces de bois quon nomme gardes et qui doivent avoir la longueur de la brelle.

Flotté, part, passé. — 1° Bois flotté : bois qui a été soumis à l'immersion dans Teau (voy. Flottage).

2° Traverse flottée : traverse qui passe derrière un panneau de menuiserie et n'est pas apparente en parement.

3° Panneaux flottés : on désigne ainsi deux panneaux posés à plat l'un sur l'autre.

Flotteur, s. m. — Appareil composé d'une masse ou lentille (fig. 1717) pouvant flotter sur l'eau et qui est re- Uée par une tige de métal à la clef du robinet d'alimentation d'un réservoir.

Ce système est disposé de façon que si l'eau descend au-dessous d'un certain niveau, le flotteur se trouve sus-

pendu au robinet qui s'ouvre ; si, au

Fig. 1717.

contraire, l'eau monte , le flotteur plonge, est soulevé et ferme le robinet. Le mouvement du liquide est ainsi réglé automatiquement.

Flûte, s.f. —Entaille en flûte ou en siftlet, c'est-à-dire en biseau (voy. Sifflet).

Foisonnement, s. m. — Terrasse. Augmentation du cube des terres provenant d'un déblai sur le cube réel occupé avant la fouille.

Sous le rapport de l'estimation des ti-avaux de terrasse, le foisonnement a une très grande importance, puisqu'il peut varier entre 5/100 et 7o/T00 pour un mètre cube, selon que la terre est maigre ou légère, ou qu'elle est argileuse, dure et compacte ou d'une nature quelconque, susceptible de se tenir en grosses mottes ou en moellons.

Le foisonnement est, pour les terres rapportées et gravois constituant le sol de Paris, de 1/4; pour les terres végétales (alluvions et sables), de 1/10; pour la terre franche très grasse, de I/o ; pour la terre marneuse et argileuse très compacte et très dure, de 7/10 ; pour la terre marneuse et argileuse moyennement compacte, de 1/2; pour la terre crayeuse, de I/o ; pour le tuf dur ou moyennement dur , de 55/100; pour le roc à la mine, réduit en moellons, de 65/100.

Ma(:o»erie. Augmentation de volume de la chaux passant de l'étal de chaux vive à l'état de chaux en pâte (voy.

Chaux).

FONDATION. - 513

Foliot, s. m. — Pièce de fer ou de cuivre ayant la forme d'une bascule à deux brandies et faisant mouvoir le pêne demi-tour d'une serrure, au moyen de la tige carrée d'un bouton double qui passe au travers (voy. Bec-de-cane, serrure).

Le bouton du lofjiiet (voy. ce mot) porte une bascule à foliot.

Fonçage, s. m. — Yoy. Puits.

Fonce t, s. m. — Pièce de fer formant la couverture d'une serrure.

Le foucet est fixé au palastre par des pattes ou des tenons. Il porte le canon, s'il y a lieu, et est percé pour l'entrée de la clef (voy. Serrure).

Fond, s. m. — 1° En général, partie d'un corps creux la plus éloignée de la surface : le fond d'une cave, d'une fosse, d'un bassin, d'une niche, d'une mangeoire, d'un placard, etc.

2*^ On dit qu'une pierre est creusée à fond de cure lorsque les angles de la cavité ne sont point carrés, mais ari-ondis.

3° Couches de fond : premières couches que donnent les peintres et qu'ils recouvrent des couches de teinte.

4" Ton général d'un papier de tenture sur lequel sont imprimés les ornements d'un dessin (voy. Papier).

o° Fond de parquet : bâtis et panneaux disposés pour recevoir une glace et pouvoir être appliqués dans le cadre.

6° Monter de fond : expression que l'on emploie pour indiquer qu'un ouvrage de construction repose sur les fondations et s'élève jusqu'en liaut de l'édifice. On dit qu'une cloison, un pan de bois, un trumeau, une chaîne montent de fond.

Fondation, s. f. — Maçonnerie cachée dans le sol ou dans l'eau et servant de base à une construction quelconque.

Les anciens ont observé à peu pi-ès

FONDATION

les mêmes règles que les modernes relativement aux fondations des édifices.

Lorsqu'on bâtissait sur le roc, on se contentait d'y creuser à un ou deux pieds de profondeur pour y jeter les fondements. Dans un bon sol, on creusait jusqu'à ce qu'on fût parvenu à des couches argileuses ou à quelque terrain solide.

« Il faut, dit Vitruve, pour établir les fondements, creuser d'abord la tranchée jusque dans le terrain solide, et les bâtir ensuite avec tout le soin possible, en leur donnant une épaisseur proportionnée à l'importance du bâtiment que l'on veut construire. On donnera aux murs des fondements, de chaque côté, à peu près un demi-pied de largeur en plus qu'aux murs qu'on élèvei-a par dessus. Lorsqu'ils seront élevés hors de terre, on construira les murs qui doivent porter les colonnes, en leur donnant un diamètre et demi d'épaisseur, afin que cette partie basse, qui s'appelle stéréobate à cause qu'elle porte le faix, soit plus forte que le haut, et que la saillie des bases n'excède point la largeur de ces murs. Il faudra diminuer, dans la même proportion, l'épaisseur du mur qui s'élèvera au-dessus. Il est nécessaire, pour consolider les petits murs qui supportent les colonnes, de remplir les intervalles par des arcs de voûte, ou, tout au moins, de rendre la terre plus ferme en la battant avec les machines qui servent à enfoncer les pilotis. S'il arrivait que l'on ne pût pas trouver le bon sol, et que le lieu ne fût composé que de terres rapportées ou marécageuses, il faudra, dans ce cas, creuser autant que l'on pourra, tâcher d'épuiser les eaux et ficher des pieux de bois d'aulne, d'olivier ou de chêne un peu brûlés, que l'on enfoncera avec les machines, très près les uns des autres ; ensuite, l'on emplira de charbon les entre-deux des pilotis , et alors on pourra bâtir dans toute la tranchée une maçonnerie très solide. » Ce passage de l'auteur latin donne

FONDATION

FONDATION

lieu à plusieurs remarques : on voit d'abord que les anciens connaissaient l'usage des pilotis et Ton observe ce fait curieux de Tinterposition du charbon entre pilotis; l'emploi de cette dernière matière dans les fondations aurait d'ailleurs, selon Pline, été connu des Grecs. Nous citerons le passage de cet auteur où il parle des fondations du temple d'Éphèse.

(( Ils le firent (le temple) dans un terrain marécageux, de peur quil ne ressentît les tremblements de terre ou n'eût à craindre les crevasses (qu'ils produisent). D'un autre côté, de peur de placer une si grande masse sur un fondement glissant et mobile, ils étendirent dessous des charbons battus, ensuite des toisons de laine. »

■ Le but que s'étaient proposé les constructeurs de cet édifice était donc celuici : 1° choisir le sol marécageux comme étant une sorte de matelas solide, dont l'élasticité devait neutraliser les secousses des tremblements de terre ; 2° éviter le glissement sur la vase du marais, à l'aide de charbons qui, par leur nature aride , devaient détruire l'onctuosité de cette vase ; S'' préserver sans doute, au moyen de toison de laine, le mortier de la fondation (béton ou blocage) de l'action des petites sources que Ton rencontre si fréquemment dans les terrains marécageux.

Cette dernière application est, du moins, une hypothèse présentée par M. Janniard (1) et que l'on ne saurait admettre qu'avec beaucoup de réserve.

Lorsque les fondations devaient être étaljlies dans l'eau même, on entourait remplacement d'une digue et, au moyen de certaines machines, on évacuait l'eau.

Le mode de construction adopté pour les fondations par les Romains de l'empire consistait en blocages composés de débris de pierres, de cailloux, de fi-agments de terre cuite et d'un mortier excellent. Constituant ainsi des masses

(1) César Daly, Revue d'architecture, ISoG.

homogènes qui reposaient sur un sol résistant, ils pouvaient sur ces espèces de rochers factices asseoir les constructions les plus lourdes.

L'art de fonder que possédaient les Romains se perdit après les invasions barbares. Aussi, pendant la période romane, les édifices eurent-ils de mauvaises fondatit)ns, soit que les constructeurs connussent peu la nature des sols, soit que les approvisionnements de matériaux fussent difficiles, ou bien encore que la cuisson et l'emploi de la chaux ne fussent pas alors très bien connus.

Il en résulta qu'un grand nombre de constructions romanes s'écroulèrent, tant à cause des mauvaises fondations que par l'effet de la poussée des voûtes, mal contre - butées. Ces fondations étaient faites de gros blocages jetés pêle-mêle dans un bain de mortier.

A partir du xn^ siècle, les architectes de l'école laïque commencèrent à s'inciuiéler des nombreux accidents ([ui avaient lieu; c'est pourquoi les châteaux, les constructions militaires et civiles de cette époque sont toujours bien fondés, tandis que certaines églises et cathédrales ont des fondations insuffisantes.

Pendant la période gothique, les constructions enfouies sont des massifs en moellons bloqués dans un bon mortier et souvent revêtus de parements de pierres de taille posées en assises régulières et proprement taillées. Parfois, l'architecte n'allait pas chercher le bon sol pour établir la substruction ; il se contentait d'un sol de remblai ancien, bien comprimé et tassé par les eaux ; seulement, en pareil cas, on donnait à la base de la fondation une large assiette et l'on reliait entre eux tous les murs et massifs par une sorte de gril en maçonnerie, afin de rendre toutes les parties solidaires (1).

Pendant les xiv'' et xv° siècles, les

(l) Viollet Le Duc, Dictionnnire rayonné de l'architecture françaine.

FONDATION

— Mo —

FONDATION

fondations étaient toujours établies sur le sol vierge, avec libages sous les points d'appui principaux et les mui's de liaison.

Les modernes ont adopté, pour les fondations à donner aux édifices, des règles qui varient suivant la nature du terrain sur lequel on veut édifier et le poids prévu de la cliarge qu'on doit lui faire supporter. En général, on doit asseoir les fondations dans une fouille poussée assez profondément pour atteindre le bon sol. Si Ton ne peut y parvenir, on a recours à différents procédés qui donnent au terrain la solidité requise .

On classe le sol en plusieurs catégories : 1° les terrains qui l'enferment les roches dures ne pouvant se travailler qu'à la pioche ou à la mine ; 2° les sols graveleux et sablonneux incompressibles, lorsqu'ils sont encaissés ; 3° les terrains mouvants et compressibles, tels que la glaise et la tourbe, les terres rapportées qui ont besoin d'être consolidées, etc.

Quels que soient les terrains et le mode de fondation adopté, on doit satisfaire à deux conditions principales :

l'horizontalité du sol à un même niveau ou à des hauteurs différentes, si la fondation se fait par gradins; l'établissement d'un empâtement pour répartir la charge sur une plus grande surface, l'excès de la saillie de la construction inférieure sur celle qui la surmonte étant de 0°',05 à 0°',10 au moins pour des murs, et de 0"',15 h 0°',20 pour des piliers isolés.

Fondations sur terrains incompressibles. Le roc, le tuf, les bancs de pierre peuvent recevoir immédiatement les fondations à leur surface dressée; mais on exécute ordinairement une fouille de 0'^,25 à 0'°,30 au moins, pour éviter le glissement ou le déchaussement.

Si le sol est inégal, on établit la fondation par gradins. Dans tous les cas, il faut d'abord s'assurer, par des sondages (voy. ce mot), qu'il n'y a pas de

cavités sous le roc ou sous la masse apparente de carrière et que l'épaisseur est assez forte pour soutenir, sans se rompre, le poids des constructions que Ton veut élever au-dessus. Dans le cas de cavités intérieures, on remplit ces espaces vides de maçonnerie, ou l'on descend des puits jusqu'au bon sol.

Ce système de fondation s'applique également aux terrains graveleux ou sablonneux, mais en poussant la fouille à une plus grande profondeur et donnant plus d'empâtement à la construction inférieure. On augmente la résistance de ces sols ou l'on fortifie l'assiette de l'édifice en disposant au fond de la fouille, soit une couche de sable ou de béton de 0'°,25 à 0'",50, soit deux couches. Tune de sable , l'autre de béton.

Si le terrain solide, sur lequel on veut établir la construction, est à une profondeur, au-dessous du niveau du sol, qui exige des déblais considérables, on fonde sur piles ou sur pilotis.

Dans le premier cas, on creuse, de distance en distance, des puits de forme carrée ou rectangulaire que l'on emplit de maçonnerie ou de béton de sable ; on relie ces piles par des voûtes qui doivent supporter la construction.

Dans les fondations sur pilotis (voy. ce mot), on enfonce les pieux, en les disposant en quinconce et les espaçant de 0°^,80 à l^'jSO d'axe en axe. L'enfoncement de ces pilotis se fait par le battage à la sonnette, après quoi on les coupe à une hauteur préalablement fixée et l'on établit dessus un grillage en charpente qui sert de base à la construction (voy. Battage, Recépage, Grillage). Les pieux peuvent être d'abord enfoncés en terre, puis retirés et remplacés par du sable ou du béton de sable, si le terrain traversé est susceptible d'une assez grande résistance.

Lorsque la fondation doit avoir heu au sein des eaux, on emploie plusieurs procédés que nous allons décrire succinctement.

FONDATION

FONDATION

1° Fondations par épuisement. On entoure de bâtardeaux{\oy. ce mot) remplacement sur lequel on veut fonder ; on épuise Tintérieur de Tenceinle au moyen de seaux, de pelles hollandaises, de vis d'Archimède, de norias, de roues à tympans, de pompes de divers systèmes et Ton s'établit, à la manière ordinaire, sur le sol mis à découvert .

2" Fondations sur pilotis et grillage sans épuisement. On enfonce des pieux, comme il a été dit plus haut, et on les coupe à 0'^,40 ou 0™,50 au-dessous du niveau de l'eau. Les intervalles des pilols sont remplis avec des enrochements ou du béton, maintenus latéralement par une enceinte de palplanches.

Le grillage s'étabUt au-dessus.

3° Fondations par caissons. On fait échouer des caissons (voy. ce mot) sur remplacement des fondations, soit en y élevant la maçonnerie qui les fait descendre, à mesure qu elle monte, soit en les remplissant de maléiiaux qu on retire dans le cours même de la construction. Si le terrain qui forme le fond de Veau est incompressible, on se contente de le niveler ; s'il est compressible, on enfonce d'abord des pilots; on remplit leurs intervalles d'enrochements et l'on échoue le caisson sur les têtes de ces pieux.

4° Fondations sur massif de béton. On construit un bâtardeau, on lépuise et Ton drague jusqu'à ce que l'on atteigne un sol suffisamment incompressible ; on rempht l'enceinte de béton jusqu'à la hauteur déterminée pour la premièi'e assise de la maçonnerie. Si le sol sur lequel on fonde est rocheux et non recouvert de terre, on descend une caisse sans fond que Ton emplit de béton comme précédemment (voy. Caisse).

5" Fondations tabulaires. Lorsque le terrain à traverser pour atteindre le sol incompressible est peu résistant, on y fait descendre des puits à base carrée ou circulaire que l'on remplit ensuite de maçonnerie.

Depuis la plus haute anli(]uité, on

emploie, dans les Indes, des puits en briques pour les fondations, lorsque le sol sur lequel on veut construire est de sable ou d'argile. On procède ainsi : on creuse jusqu'à ce que l'on rencontre l'eau, on place une couronne de bois et l'on cnistruit au-dessus un tube en maçonnei'ie de brique que l'on fait descendre par chai'ge de poids et en draguant à l'intérieur. Le diamètre extérieur d'un puits est ordinairement de 2°',30; le diamètre intérieur de l'^/lO. Le dragage se fait avec divers instruments, suivant la profondeur de l'eau. On commence par enlever la terre avec un outil qui ressemble à une houe. Si la profondeur de l'eau est de i'°,2o à l°',oO, on emploie le jham, sorte de drague à manche très court, fixée à l'extrémilé d'une corde qui passe sur une poulie placée au-dessus du puits. Un ouvrier plonge avec cet outil et creuse la terre ; lorsque le jham est chargé, on le hisse par la corde. Ce travail est très pénible, car les puisatiers qui plongent ainsi sont obligés de revenir, à chaque instant, à la surface pour prendre haleine; ils creusent d'abord au centre du puits, ensuite près du mur et quelquefois sous la couronne, de manière à maintenir le mouvement bien vertical ; ils se relayent d'heure en heure, pour que les maçonneries descendent d'une manière continue et qu'elles ne puissent pas adhérer aux terres. Ce procédé de creusement a été utilisé par les Anglais, qui ont remplacé la poulie par un treuil et qui se sont servis du jham jusqu'à des profondeurs de 12 à lo mètres. Cependant, lorsqu'il faut creuser à 6 mètres environ sous l'eau, ils emploient, de piéférence, les machines à draguer. Les puits sont établis ordinairement par files , avec des intervalles de 0'°,30. Quand ils sont parvenus au terrain solide, on les remplit de béton. Dans certains cas, par exemple lorsqu'ils veulent établir un massif de fondation, les Indiens emploient des puits carrés qu'ils appellent kolhis et dont les assises sont

FONDATION

— olT -

FONDATION

géiîéraleiTient formées de pierres plates, reliées entre elles par des queues d'aronde en bois. Dans les localités où le bois est à bas prix, les Indiens emploient des kothis en madriers. Enfin, ils se servent seulement quelquefois de caisses sans fond appelées mnâooks.

Dans les fondations par puits, il se présente l'inconvénient que ces puits ne peuvent pas être jointifs. On a imaginé de réunir deux puits sur le même neemchiick , c'est-à-dire sur la plate-forme intérieure en charpente qui, pour les simples tubes, a la forme d'une couronne. Cette méthode a été appelée méthode colcinienne, du nom de son inventeur, le colonel Colvin , ou bien encore méthode des blocs (i).

La descente des maçonneries n'est pas un procédé nouvellement appliqué en Europe : on utilise ce procédé depuis longtemps, en Alsace, pour les puits de village.

Parmi les travaux modernes les plus remarquables exécutés en ce genre, nous citerons celui que Brunel exécuta en Angleterre dans l'année 1825. Afin d'établirà Rotherhile le puits qui donne accès au tunnel sous la Tamise, il descendit en terre une tour de '12°^, 80 de hauteur et de lo'^,24 de diamètre; des boulons serraient la maçonnerie entre deux précintes, l'une supérieure, l'autre inférieure, et au-dessous de cette dernière était fixée une couronne armée d'un tranchant.

Les travaux de Brunel ont amené l'usage des puits en maçonnerie pour diverses constructions; plus tard, on s'est servi de tubes métallii|ues. Le pont de Chepstow a été fondé d'après ce système.

On doit au docteur Potts l'idée d'enfoncer les tubes en y faisant le vide.

L'eau afflue dans le tube, sous l'aspiration produite, y soulève le sable ou la vase, et la pression atmosphérique agissant à la partie supérieure le fait gra-

( 1) Laboulaye, Dict. des arts et manufactures.

duellement descendre. De temps en temps, on enlève la calotte du tube pour draguer les parties soulevées du sol. Il faut avouer que si cette méthode a donné des résultats satisfaisants, le succès n'en a jamais été complet.

L'application de l'air comprimé à la fondation des piles de ponts est due aux résultats avantageux que 31. Triger obtint, en 1841, dans l'application qu'il en fit à l'ouverture d'un puits de mine dans un terrain où pénétraient les eaux de la Loire.

Dix ans plus tard, le procédé Triger fut employé, par MM. Fox et Stenderson, dans les fondations du pont de Rochester. Il s'agissait de couper, pour les enlever, de fortes pièces de bois enfouies sous les vases de la rivière et que l'on supposait être les débris d'un ancien pont. On ne pouvait appliquer la méthode Potts, c'est-à-dire faire le vide; on refoula l'eau des tubes au moyen de l'air comprimé. L'opération eut un plein succès et chac{ue pile fut fondée sur quatorze pieux en fonte de 1™,98 de diamètre.

A la suite des travaux du pont de Rochester, la méthode tubulaire avec pression pneumatique fut définitivement adoptée. On cite, comme la plus belle application de cette méthode, la fondation de la pile centrale du pont de Royal-Albert. M. Brunel y a employé un tube de 10°", 67 de diamètre ; seulement, pour diminuer la sous-pression, qui aurait été considérable, il plaça un deuxième tube dans l'intérieur du premier et ne comprima l'air que dans la jaquette, c'est-à-dire dans l'espace annulaire compris entre les tubes. On construisit de la sorte un puits en maçonnerie, qui alla reposer sur le rocher, à travers un fond de vase de 3°',96 d'épaisseur.

Le système de fondation du pont de Rochester a été appliqué, en France, à divers travaux, tels que le pont de la Mulatière à Lyon, les fondations des piles du viaduc deNogent, sur la ligne do l'Est.

FONDATION

FONDATION

Cette méthode a encore été mise en pratique au pont de Kelil, sur le Rhin, mais modifiée de la manière suivante :

Au lieu de cylindres en fonte, M. Fleur- Saint-Denis, ringénieur dirigeant les travaux, employa d'énormes caissons

Fig. 1718.

rectangulaires en tôle, longs de 7 mètres

et larges de 3", 30, fermés dans le haut et ouverts par le bas, comme les cylindres en fonte. Ce caisson, qui plonge entièrement dans l'eau, est percé, à sa paroi supérieure formant couvercle, de trois trous circulaires : deux trous latéraux de 1 mètre de diamètre et un trou central de 1°',30. Deux tuyaux cylindriques en tôle sont fixés au bord des trous latéraux et s'élèvent au-dessus de l'eau ; ils sont surmontés d'une chambre ou écluse à air. Le trou du milieu est muni d'une cheminée qui descend à travers le caisson jusqu'au fond de la rivière. La figure 1718, empruntée au Dictionnaire des arts et manufactures de M. Laboulaye, montre cette disposition vue en coupe. On refoule l'air comprimé par les tuyaux latéraux et l'eau se retire de ces derniers ainsi que du caisson, mais elle reste dans la cheminée centrale. Le service des ouvriers se fait par les cheminées latérales au moyen des chambres à air. Les déblais sont enlevés à l'aide d'une noria logée dans le tuyau du mi- Ueu. Une caisse en bois à joints calfatés et recouverte d'une enveloppe de tôle s'élève au-dessus de l'eau sur les parois latérales du caisson et sert à contenir l'eau et le sable. On y coule du béton, qui charge la caisse et forme le corps de la pile autour des cheminées. Le caisson, arrivé à la profondeur voulue, est rempli de béton et de maçonnerie. On achève de combler l'espace entre les cheminées et les parois du caisson en bois, et l'on peut même enlever les cheminées en remplissant le vide qu'elles occupent (1).

Enfin, le pont de Bordeaux est un ouvrage qui est, comme le pont du Rhin, l'une des plus belles applications de la méthode de fonder par l'air comprimé ; d'une longueur do 500 mètres, il a été exécuté pour la jonction des réseaux d'Orléans et du Midi. Chaque pile de ce pont est constituée par deux colonnes tabulaires de 3™, 60 de diamètre, com-

(1) Laboulayc, Z)?c^ des arts et manufactures,

FONDATION

FONDATION

posées craiincaux de 1"',05 de hauteur et de 0™,04 d'épaisseur, superposés et boulonnés de Tun à Fautre. La hauteur de ces colonnes, depuis le fond jusqu à 8 mètres au-dessus du niveau des basses eaux, est de 20 mètres au minimum. Ces tubes ont été mis à profondeur par un déblai à sec, opéré à Tintérieur des tubes, au moyen de l'air comprimé refoulant l'eau, suivant le procédé Triger et avec certains perfectionnements d'exécution dont le détail nous entraînerait hors du cadre de cet ouvrage.

Quel que soit le procédé choisi parmi ceux que nous venons d'indiquer pour fonder dans Teau, il faut apporter un grand soin à se garantir des affouillements produits par Faction des eaux lorsqu'elles sont courantes (voy. Affouillements).

Fondations sur terrains compressibles.

Il arrive souvent que le bon sol est à une trop grande profondeur pour qu'on puisse l'atteindre. On distingue alors plusieurs cas :

1° Si le terrain est peu compressible, on établit la construction, soit sur une plate-forme en charpente qui répartit la pression sur une grande surface, soit sur un massif en béton assez épais pour que sa rupture ne soit pas à craindre. Le même système peut être appliqué si l'édifice à construire ne doit pas présenter un poids considérable. Dans le cas contraire, la fondation sur pilotis est préférable.

S"" Si le terrain est très compressible, on remédie à ce défaut de plusieurs manières : en chargeant le sol, au préalable, de pierres qui s'y enfoncent et le rendent plus résistant ; en enfonçant des pilotis par le gros bout, pour empêcher la réaction du sol de les soulever. On établit ensuite, comme précédemment, des plates-formes en charpente ou en béton.

Les terrains argileux détrempés par les eaux cèdent facilement et s'affaissent inégalement s'ils ne sont pas comprimés avec une égale intensité sur toute la surface

que doit occuper la construction; de plus, ils sont susceptibles, par l'effet de leur réaction, de soulever les pieux. On fonde sur ces terrains au moyen de plates-formes étendues, et en ayant soin de ne poser les assises supérieures de la construction qu'après avoir fait supporter aux assises inférieures, pendant un certain temps, un poids au moins égal à celui que doit présenter l'édifice.

Acôté des procédés indiqués ci-dessus, il existe certains principes, que l'on doit observer. Ainsi, l'épaisseur des fondations varie avec la nature de la construction et celle du terrain; elle est en raison directe de la compressibilité du sol et de la charge qu'on lui fait supporter. Dans un sol suffisamment incompressible, la fouille doit être creusée au moins à 1 mètre, pour des murs de bâtiment, et à 0°',60, pour des murs de clôture. Dans les caves, les fondations sont descendues à 0°',50 en contrebas du sol de ces caves.

Dans les fondations en maçonnerie, on commence par poser les plus grosses pierres au fond de la tranchée après avoir atteint et pilonné le bon sol. Les matériaux de liaison doivent être hydrauliques.

Les fondations en béton s'établissent par couches de 0°',30 à 0™,50 que l'on pilonne avec soin.

Législation. Les fondations d'une construction doivent être proportionnées à la nature de cette construction, à l'usage qu'on veut en faire et à la qualité du terrain. Elles doivent, dans tous les cas, être portées sur le bon et solide fond (1).

Pour un mur de clôture, on ne peut exiger plus de 1 mètre de fondation, dans des terrains ordinaires et capables de supporter la charge d'un mur de 3^^,25 ou de 2^^,60 de hauteur, selon les localités.

Le copropriétaire d'un mur peut, s'il

(1) Code Perrin, n» 2126.

FONDOIR.

FONTAINE

en a besoin, et après consentement ou autorisation requise, descendre les fondations de ce mur plus bas qu'elles ne sont déjà; il est alors propriétaire exclusif du nouvel ouvrage, doit l'entretenir à ses frais et répond du préjudice que le voisin pourrait en éprouver.

Toutefois, celui-ci peut acquérir la mitoyenneté de la fondation, comme il acquiert celle du mur ou de l'exhaussement.

Si les fondations d'un mur séparatif ne sont pas sur le bon sol, le voisin qui veut en acquérir la mitoyenneté a le droit de contraindre son copropriétaire à les y porter à frais communs, opération qui se fait par reprise en sousœuvre. De plus, le mur ayant même été construit conjointement par les deux voisins, les fondations peuvent être portées sur le bon et solide fond sur la réquisition de Fun des copropriétaires.

Fond d'enfer {Pierre du). — Calcaire oolilbique, assez dur, blanc, faiblement jaunâtre, à grains fins, que Ton extrait de la carrière du Fond d'enfer, dans la commune de Bulson, arrondissement de Sedan.

Cette pierre, qui porte de 0°',30 à 0°',70 de hauteur d'assise, pèse de 2,300 à 2,360 kilogr. le mètre cube, et résiste à une charge d'écrasement de 290 à 400 kilogr. par centimètre carré.

Fondements, s. m. pi. — Voy.

Fondation.

Fondis, s. m. — Éboulement auquel on donne encore le nom de cloche et qui se produit sous un édifice ou dans une carrière, en formant une vaste cavité.

Lorsqu'un fondis donne un trou par lequel on peut voir le fond de la carrière, on le nomme fondis à jour.

Fondoir, s. m. — Bâtiment qui fait partie d'un abattoir et dans lequel se fait la préparation des suifs.

Les abattoirs de la Villette, à Paris, sont pourvus d'un fondoir bien installé. Ce bcâtiment, isolé des autres, à cause de l'odeur qu'il exhale, renferme des chaudières pour la fonte des suifs. Il se compose d'un corps principal octogonal (fig. 1719) et de quatre ailes P, Q, R, S.

Le rez-de-chaussée, que nous reproduisons ici, est affecté à la triperie. Au centre, se trouve une cheminée en briques C, destinée à enlever la fumée provenant des fourneaux. Toutes les cuves J, K, L, M, servant cVéchaudoirs pour pieds de mouton, de chaudières, de rafraîchissoirs, etc., sont construites en briques et ciment. Les ailes renferment un bureau P, de petits échaudoirs R et un magasin Q pour les huiles, dont la préparation s'effectue dans la cave.

Fontaine, s. f. — Système hydraulique destiné à fournir l'eau nécessaire aux habitants d'une ville, d'une habitation, etc.

De tout temps, les fontaines publiques ont été classées parmi les monuments les plus nécessaires aux besoins des villes. A toutes les époques aussi, elles ont offert à l'art de la décoration un motif des plus séduisants ; c'est pourquoi les chefs-d'œuvre sont très nombreux dans ce genre de monuments.

FONTAINE

FONTAINE

Les ditTérents quartiers des cités grecques étaient embellis de fontaines décorées avec magnificence . pour les mettre en harmonie avec les belles statues et les beaux édifices dont ces villes étaient ornées. Chaque cité avait au moins une fontaine célèbre, consacrée à quelque divinité ou désignée par le nom de son fondateur, par celui de l'endroit où elle était située, ou par un nom rappelant un événement qui y avait eu lieu. Pausanias, qui regarde les fontaines comme un objet essentiel pour une ville, en cite quelques-unes des plus célèbres : la fontaine de Mégare.

établie par Théagènes et très remarquable par sa grandeur et sa magnificence ; la fontaine Pirène, à Corinthe, qui avait une enceinte de marbre blanc et où Ton avait pratiqué difîéi'entes petites grottes, d'où l'eau sortait pour se jeter dans le grand bassin ; la fontaine Lerna, dans la même ville, qui était entourée d'un portique sous lequel on avait pratiqué des sièges pour les personnes qui, dans les grandes chaleurs, y venaient respirer Tair rafraîchi par le voisinage de l'eau ; les fontaines Arsinoé et Clepsidra , à Messène ; la fontaine de Callirhoé construite à Athènes du temps de Pisistrate ; ce dernier ouvrage était magnifique ; Stace rapporte que l'eau, distribuée dans neuf conduits, s'élançait par neuf bouches séparées.

« Il faut, dit Beulé, supposer en avant de ces bassins, dont le nombre était en proportion avec Taffluence des femmes et les besoins d'une ville entière, il faut supposer des sièges, des colonnes, un portique. Je trouve, parmi les peintures des vases antiques, un certain nombre de représentations propres à donner une idée de cette décoration , idée abrégée, simplifiée, parce qu'un monument tout entier ne pouvait être exactement copié sur un vase.

« Au Musée britannique, notamment, il existe une suite remarquable de vases sur lesquels sont représentées déjeunes filles avec des hvdries, cruches élé-

gantes dans lesquelles elles recueillent l'eau que répandent des gueules de lion. Ces gueules de lion sont disposées symétriquement sous un portique d'ordre dorique.

« Au xvn' siècle. Spon et Wheler virent au-dessous de l'angle sud-ouest du péribole du temple de Jupiter, un des conduits de la fontaine où l'eau coulait encore. Depuis, les terrains éboulés ont obstrué les conduits antiques. Aujourd'hui, l'eau se fraye un passage inconnu et elle tombe dans l'Ilissus, au pied d'un rocher qui traverse le lit du ruisseau et forme une petite cascade.

Toutes les constructions de Pisistrate ont disparu ; mais on aperçoit, sur le rocher, des canaux taillés profondément, qui remontent vraisemblablement cà cette époque, et se rattachent au système de décoration de ÏEnneacronnos nom donné à la fontaine de Callirhoé et qui signifie neuf fontaines . Des fouilles seraient nécessaires pour éclaircir ce point de la topographie athénienne. »

Il est avéré que, dans la Rome antique, où l'eau affinait par un si grand nombre d'aqueducs, les fontaines publiques et leur décoration étaient l'objet fréquent des dépenses des édiles et des princes. Agrippa y multiplia ces sortes de monuments. S'il en faut croire les récits de Pline et de Fronlin, on comptait dans cette ville cent six fontaines jaillissantes et trois cent soixante-cinq fontaines à bassins ou abreuvoirs. On a peu de détails sur ce genre d'ouvrages et surla manière dont ils étaient décorés; on sait seulement qu'il faut regarder comme ayant été des fontaines, dans le sens architectural du mot , les petits édifices consacrés aux nymphes et qui avaient reçu le nom de Nymphxum (voy. Nymphée). Toutefois, on possède des restes de l'antiquité qui fournissent quelques renseignements à cet égard.

On voit fréquemment sur les bas-reliefs ou types des médailles des fontaines représentées ou simplement indiquées

FONTAINE

FONTAINE

par des gueules de lion, par des coquilles, par des vases renversés, posés sur des cippes ; ces indices sont contirniés, du reste, par les découvertes que Ton a faites à Pompéi (voy. Carrefour).

On sait que deux fontaines placées à rentrée de VIseum et du Serapemn du Champ de Mars étaient ornées des statues colossales du Nil et du Tibre. Le groupe appelé VEnfant à l'oie était le pi-incipal motif de décoration d'une fontaine ; un tuyau, qui passait dans le corps de Foie, faisait sortir l'eau par le bec de Toiseau.

Les maisons particulières renfermaient elles-mêmes des fontaines qui remplissaient un double but : celui de répandre

Fi g. 1720.

la fraîcheur et de satisfaire aux besoins domestiques. La figure 17^0 représente une fontaine de ce genre, découverte à

Pompéi dans Tatrium d'une maison, dite la maison du grand balcon. L'eau jaillit par la coquille que l'enfant tient à la main et tombe dans la vasque de marbre placée en avant, en répandant dans latmosphère de fines gouttelettes qui y entretiennent la fraîcheur. A Fun des angles du piédestal de la statue, on voit une tète de lion qui laissait échapper un jet d'eau où l'on pouvait remplir les vases ou amphores, suivant les besoins. Le trop-plein de la vasque tombait dans une sorte de large cuvette à rebords peu élevés, et de là s'écoulait par un trou pratiqué à travers l'un de ces rebords dans Vimpliiviwn, bassin placé

immédiatement en dessous (voy . ^fr/?(7w).

Il est probable que les villes de la Gaule , lorsqu'elles passèrent sous la domination romaine, furent, comme la capitale du monde alors connu, dotées de nombreuses fontaines, puisque l'on peut encore voir les restes d'aqueducs destinés à l'alimentation de certaines cités : Nîmes, Lyon, Fréjus, Arles, Autun, Paris recevaient l'eau par des conduits qui allaient la chercher fort loin et à des niveaux supérieurs, pour pouvoir obtenir une distribution facile au moyen de grands réservoirs.

Dans les églises byzantines, on établissait des fontaines destinées aux ablutions. L'église Sainte-Sophie de Constantinople possédait ainsi, aux extrémités du narthex, de nombreuses fontaines de bronze où les chrétiens pouvaient faire les ablutions recommandées avant d'entrer dans le temple.

Les églises monastiques eurent également une fontaine d'ablutions ou cantharus, dans les enceintes qui les précédaient ; plus tard, les bénitiers, qui remplacèrent ces fontaines, furent installés sous le porche ou dans l'intérieur des nefs. Fréquemment, il y avait un simple puits qui, tout en conservant le souvenir du cantharus, fournissait aux besoins du temple une eau puisée dans l'enceinte sacrée du parvis.

Au moyen âge, l'aménagement des

FONTAINE

FONTAINE

eaux fut très négligé dans les villes ; aussi, n'y trouve-t-on que très peu de fontaines. On en trouve quelques-unes qui datent encore de cette époque, construites sur le bord des routes, pour les besoins des voyageurs.

En général, la fontaine du moyen âge est un petit bassin couvert dans lequel on vient puiser leau en descendant quelques marclies, ou une colonne, une pile entourée d'une large cuve et d'un plus ou moins grand nombre de tuyaux qui distribuent l'eau à tous venants.

Les fontaines établies dans les campagnes sont fréquemment couvertes par une arcade et pourvues d'un bassin avançant sur la voie avec des bancs qui permettent de se reposer sur ses bords; une statue de la Vierge ou d'un saint occupe souvent le fond de la niche.

Nous donnons (fig. 1721) une fontaine

Fig. 1721.

d\[e miraculeuse, quiestsituéeauFolcoët et qui répond aux données présentées ci-dessus.

Les fontaines urbaines que la France possédait aux xm* et xiv^ siècles étaient à peu près construites sur ce type : elles présentaient un bassin inférieur, élevé de 0^^,60 à 0^,90 au-dessus du sol, et une

pile centrale recevant de longs tuyaux de distribution qui arrivaient jusque près du bord de ce bassin inférieur et permettaient de remplir les cruches.

Parmi les édifices du moyen âge, on trouve les traces les plus nombreuses de l'aménagement des eaux. On remarquait dans tous les cloîtres, au milieu du préau ou le long d'une des galeries, des vasques de pierre ou de marbre, autour desquelles l'eau était répartie par des conduits.

Quatremère de Quincy établit dans les fontaines modernes , c'est-à-dire dans celles qui ont été exécutées depuis la Renaissance, trois classes distinctes: les fontaines qui sont uniquement composées de sculpture, celles dont l'architecture seule fait les frais et celles à l'exécution desquelles ces deux arts concourent.

Les fontaines uniquement composées de sculpture sont particulièrement nombreuses en Italie. Nous citerons, parmi les plus importantes : sur la grande place de Bologne, celle de Jean de Bologne , dans laquelle est figuré un Neptune en bronze, accompagné de plusieurs autres statues de même métal; celle d'Ammanati, à Florence, sur la place du Grand-Duc, et qui est ainsi composée : au milieu d'un grand bassin figurant la mer , est représenté en bronze un Neptune gigantesque, porté sur un char drainé par quatre chevaux marins, deux de marbre blanc et deux de marbre mélangé ; entre les jambes de Neptune sont trois figures de Tritons, placées, ainsi que le dieu, sur la vaste conque qui sert de char ; toutes les faces et parties diverses du grand bassin octogonal sont remplies par des figures en bronze de divinités marines, de satyres, etc.

Citons encore la fontaine de la place Navone à Rome, dite aussi fontaine de robélisque, et qui fut élevée du temps du pape Innocent X sur les dessins du Bernin. Ce monument, représenté par la figure 1722 empruntée à l'ouvrage de

FONTAINE

FONTAINE

Letaroiiilly, sur les Édifices de Rome, se compose rrnn obélisque posé sur des

rochers, d'où s'échappent les eaux de quatre grands fleuves personnifiés, avec

Fig. 1722.

leurs attributs et tous les symboles qui ! et de Domitien, qu'on y lit, démontrent

les caractérisent; l'obélisque, en granit rouge, provient du cirque de Romulus, fds de Maxence; le style des hiéroglyphes et les noms de Vespasien, de Titus

qu'il fut taillé et gravé sous le dernier de ces empereurs ; une fleur de lis et une colombe portant dans son bec une branche d'olivier sont placées sur la

FONTAINE

FONATINE.

pointe de robélisqiie ; ce sont les armes de la famille Pampliili, à laquelle appartenait le pape Innocent X; le piédestal de l'obélisque est aussi en granit; les statues colossales assises aux quatre angles du rocher qui lui sert de base, sont en marbre blanc et figurent le Gange, le Nil, le Danube et la Plata.

Dans les fontaines uniquement composées d'arcbilecture, il faut mettre en mouvement un volume d'eau un peu considérable, afin de ne pas produire une œuvre froide et monotone.

La fontaine Pauline, à Rome, que représente en plan la figure 1723, appartient à celte catégorie d'édifices, qui doivent moins leur réputation à la masse et au jeu des eaux abondantes dont elles sont pourvues, qu'à l'ordon-

nance architecturale

Fig. 1723.

Cette fontaine monumentale,

Fig 1"

le point le plus élevé et le plus visible de Rome, est la plus gi'ande de la ville. Les eaux sont fournies par l'ancienne aqua Trajana et non Atsietina, comme

il est dit par erreur dans l'inscription (1). Cette fontaine reçut le nom d'eau Pau-

(1) Lctarouilly, Édifices de Rome madenie.

FONTAINE

FONTAINE

Une (lu pape Paul V, qui fit réparer Taqueduc antique par Giovani Fontana, frère de Domenico et y réunit une partie de Teau du lac de Bacciano. On y a introduit, depuis, Teau du lacMarlignano. Les colonnes de granit qui la décorent et les matériaux proviennent du forum de Nerva. On peut reprocher à ces colonnes, élevées sur de maigres piédestaux, de paraître trop grêles pour la hauteur excessive de Tattique. Malgré les défauts de correction et de proportion, ce monument présente néanmoins, dans sa façade, un aspect grandiose, auquel contribue particulièrement le volume d'eau qui se précipite de ses arcades.

On pourrait encore citer comme fontaine d'architecture, à Paris, bien qu'elle soit décorée de quelques figures en ronde-bosse et d'un bas-relief, la fontaine de Médicis , dans le jardin du Luxembourg. Ce monument , dont la figure 1724 représente l'élévation principale, est regardé comme l'œuvre de Jacques Desbrosses, qui construisit le palais et dessina le jardin qui l'entoure. Lors de l'ouverture de la rue de Médicis, cette fontaine fut déplacée et reconstruite à quelques mètres en avant de l'endroit où elle avait été élevée. M. de Gisors, l'architecte qui présida à l'opération, lit placer sur la façade postérieure un bas-relief représentant une Léda, faisant partie autrefois d'une fontaine élevée à l'angle de la rue du Regard et de la rue de Vaugirard. La façade principale était primitivement ornée d'une statue représentant une nymphe debout sur un piédestal dans la grande niche centrale ; cette statue a été remplacée par un groupe sculptural figurant un épisode des amours d'Acis et de Galatée, surpris par le cyclope Polyphème. Une série de vasques formant cascades conduit l'eau qui s'échappe de la fontaine dans un grand bassin rectangulaire bordé de platanes.

Comme ouvrages de ce genre dans lesquels l'architecture et la sculpture se

ti'ouvent véritablement associées, le plus magniiique est, sans contredit, la fontaine de Tréci , à Rome, dont nous avons donné le plan au mot Château d'eau. Cette fontaine est le point d'arrivée dans la ville de l'ancienne aqua Virgo ou eau Vierge, amenée à Rome par Agrippa , gendre d'Auguste. Plusieurs fois réparc depuis cette époque, le monument présentait, en 1663, trois bouches ou trois voies pour l'écoulement des eaux, d'où le nom de Tréri, donné à cette fontaine, selon l'opinion de quelques-uns. D'autres pensent que cette désignation lui vient de ce que les eaux sont divisées en trois embranchements dans le quartier et suivent trois directions différentes. C'est en 1735 que le pape Clément Xll fit commencer par l'architecte Nicolas Salvi, la décoration qui fait aujourd'hui de cette fontaine l'un des plus riches monuments de ce genre. La fontaine de Trévi représente la façade d'un palais, reposant sur un rocher et ornée, au centre, de quati-e colonnes corinthiennes portant des statues, et, sur les côtés, de six pilastres du même ordre. Au miheu, est disposée une grande niche avec voûte hémisphérique supportée par quatre colonnes ioniques. Une statue colossale représente Neptune debout sur un char formé d'une conque, que traînent des chevaux marins dirigés par des Tritons. Des eaux limpides et abondantes jaillissent de trois côtés de rochers habilement disposés sous les pieds du dieu. Les statues de Neptune, des Tritons et des chevaux sont en marbre. Deux autres statues , figurant l'Abondance et la Santé, occupent des niches placées sur les côtés. Deux bas-reliefs sculptés audessus représentent, l'un Agrippa ordonnant la construction de l'aqueduc, l'autre la jeune tille qui, suivant une légende, avait indiijué la source aux soldats.

Parmi les villes modernes, Paris compte un grand nombre de fontaines qui se rattachent à ce dernier genre.

FONTAINE

FONTAINE

Eiilre les principales, nous citerons : la fontaine Ciivier, adossée à l'angle de deux rues: la fontaine Gaillon, adossée comme la précédente, et la fontaine de Grenelle, située dans la rue de ce nom. Ce monument a été construit, en 1730, sur les dessins de Boucliardon.

C'est un hémicycle méplat de 29 mètres de diamètre sur 11'°, 60 d'élévation, y compris un soubassement de 4 mètres, orné de refends. Au centre, un avantcorps, dont nous donnons un croquis (fig. 1725), forme une sorte de piédestal demi-circulaire qui porte trois statues en

Fig. 1723.

marbre : la ville de Paris entre la Seine et la Marne. Derrière le groupe s'élève un portique à colonnes accouplées surmonté d'un fronton triangulaire. Les ailes de l'hémicycle donnent entrée dans des cours d'habitation par deux portes cochères percées dans le soubassement.

La partie supérieure est ornée de quatre niches contenant les statues des quatre saisons.

Dans la même ville, une fontaine très remarquable, la fontaine des Innocents s'élève au milieu du square des Innocents et a la forme d'un petit temple quadrangulaire, élevé sur un très haut soubassement et percé de quatre arca-

des dont les axes se croisent. Nous insisterons particulièrement sur ce dernier monument, dont l'architecture est d'une rare élégance et qui est décoré de sculptures de la plus grande hnesse.

Cette fontaine, représentée par la ligui-e 1726, fut construite en looO, sur les dessins de Pierre Lescot et sculptée par Jean Goujon. Adossée alors k l'angle des rues Saint-Denis et aux Fers, elle n'avait que trois façades. En 1788, on la transporta, en Taugmentant d'une quatrième façade, au milieu du marché que l'on construisit sur l'emplacement de l'ancien cimetière des Innocents. En 1860, le marché ayant été réuni aux Halles centrales, la fontaine fut encore une fois transportée ta l'endroit où elle est aujourd'hui. Chacune des façades est pourvue d'un fronton triangulaire surmonté d'un atlique et le monument se termine par une coupole hémisphérique.

Les pieds-droits des arcades sont ornés de pilastres composites, cannelés, accouplés. Une naïade en bas-relief occupe les entrecolonnements et sur lattique on voit quatre bas-reliefs dont les sujets sont relatifs aux divinités des fontaines. Au milieu du temple, un gros bouillon d'eau sort d'une vasque posée sur un piédouche : l'eau retombe sur le pavé, remplit l'intérieur et s'échappe en lames par-dessus le seuil de chaque arcade; reçue dans une des demi-cuves étagées au-dessus les unes des autres, elle se précipite enfin dans un bassin circulaire cà fleur du gazon.

D'autres fontaines monumentales assez remarquables se voient encore à Paris : telles sont la fontaine Molière, située rue Richelieu et formant la tête d'un îlot de maisons, et la fontaine Siint- Michel, dont l'ensemble présente une masse de 26 mètres de hauteur sur 15 de largeur, adossée aux maisons ; c'est une ordonnance corinthienne encadrant une niche dans laquelle se trouve la statue colossale de saint Michel, le glaive à la main et terrassant le démon, renversé sur un rocher ; de celui-ci l'eau s'é-

FONTAINE. - o«28 ~

chappe pour tomber en nappe dans une série de vasques étagées. puis dans un

FONTAINE

bassin demi-circulaire presque à lleur du sol.

fiSMâ

Il y a aussi des fontaines qui sont formées de vasques superposées et qui sont ornées de statues. L'une des plus remarquables que possède la ville de Paris est la fontaine Richelieu, élevée au cenlie du square de la place Louvois et que représente la figure 1727. Au milieu d'un vaste bassin octogonal, placé à fleur du gazon, se dresse un pilier de pierre portant une lai'ge vasque (Fou sortent dos jets deau (pii s'échappent de douze mascpies en bas-relief, disposés en manière de frise sur le bord de la vasque. Du fond de celle-ci sortent quatre piédestaux très bas qui supportent quatre statues debout, demi-colossales, représentant la Seine, la Loire, la Garonne et

la Saône. Elles sont adossées aux (piatre faces d'un pilastre qui soutient, un peu au-dessus de leurs têtes, une deuxième vasque semblable à la première, mais beaucoup moins grande et y versant aussi douze fdets d'eau. Enlin. au sommet se voit une grosse hydrie, style Renaissance, dont l'eau s'échappe par quatre mascarons. Sous la première vasque, quatre enfants sont à cheval sur des dauphins qui lancent des jets d'eau paraboli(pies. Cette fontaine fut érigée en 1839 sur les dessins de Visconti ; ses statues et ses vasques sont en fonte de fer.

Outre les fontaines dont le principal elïet se produit par des sujets de

FONTAINE. -

sculpture et d'arcliiteclure, il en est dans lesquelles le jeu et la composition

FONTAINE

seuls des eaux constituent le motif principal et ragrément de leur aspect. Telles

Fig. 1727.

sont toutes celles qui sont formées d'un bassin d'où s'élèvent et jaillissent des eaux retombant quelquefois par plusieurs cbutes de vase en vase et formant des effets 1res agréables. D'ailleurs, la plus grande variété règne dans la composition des fontaines et, comme le dit-

Quatremère de Quincy, les idées nombreuses auxquelles leur situation et leur forme ont donné naissance sont si multipliées qu'aucun autre objet d'art ne réunit autant de dénominations diverses.

Comme fontaines monumentales, nous

FONTAINE

FONTAINE

pourrons encore citer celles qui ont été élevées dans certains monastères au moyen âge et à une époque plus récente et qui servaient de rendez-vous aux fidèles pourlVxercice de leur culte.

Fis. 1728.

Nous donnons (lig. 1728) une vue de la fontaine de Goliennoux (Finistère), qui

disposée pour une cérémonie religieuse.

En efïet, sur l'un des côtés s'élève un autel surmonté d'un édicule avec niche, fronton et pilastres. A droite et à gauche de cet autel sont établis deux sièges pour les officiants et une suite de bancs pour les assistants.

L'usage des fontaines publiques est très répandu dans l'Orient. L'architecture arabe présente de nombreux monuments de ce genre plus ou moins richement décorés. L'un des types fréquemment adoptés est celui que représente en plan et en élévation la figure 1729.

Ce n'est pas seulement sur les places,

Fi g. 1729.

présente autour du bassin une enceinte

Fiç. 1730.

dans les caravanséi'ails, etc., que ces -peuples font arriver l'eau nécessaire à

FONTAINE. — ë

Falimentation des cités; ils disposent encore des fontaines dans les maisons particulières, et jusque dans les pièces des appartements ; telle est la fontaine que nous donnons (fig. 1730) et qui sert à la fois aux usages domestiques et à la décoration de l'iiabitation.

Les fontaines établies aujourd'hui dans les villes admettent une grande variété de formes et d'ornementation ; elles peuvent être simplement adossées contre un mur ou un édifice, présenter l'aspect d'une niche ou, au contraire,

Fig. 1731.

former saillie sur la construction principale : telle est la fontaine que représente la figure 1731 et qui verse l'eau,

l — FONTAINE.

par une gueule de lion, dans une vasque placée en avant.

En France, on place habituellement des fontaines dans les cours des maisons, etc. La figure 1732 représente une

Fig. 1732.

fontaine de ce genre, adossée contre un mur et pouvant servir à la fois de distribution pour l'alimentation des habitants et d'abreuvoir pour les animaux.

La fontaine représentée par la figure 1733, à vasque polygonale, de dimension moindre, est une de celles que l'on établit souvent dans les cours.

Des fontaines servant à désaltérer les passants sont placées sur les voies publiques dans certaines villes ; nous donnons (fig. 1734) un édicule de ce genre : des chaînes fixées à ces fon-

FONTAINE

taines retiennent des gobelets en métal.

532 — FONTAINE

figure 1735 représente une fontaine du xv° siècle, placée sur l'un des carrefours de Yiterbe, en Italie.

Quelquefois, Teau tombe de plusieurs vasques dans le bassin inférieur, ainsi qu'on le voit à Tune des fontaines de la même ville (lig. 1736); on accède à cet édifice par six marches ; des quatre têtes de

Fig. 1734.

Telles sont les fontaines Wallace que Ton a édifiées à Paris.

Nous donnerons ici, pour compléter notre article, les noms que Ton a employés, dans le langage architectural, pour désigner toutes les espèces de fontaines, soit sous le rapport de leur forme, soit sous celui de leur situation.

fontaine à bassin : on nomme ainsi une fontaine qmn^R qii un simple bassin, de forme quelconque et au milieu duquel se trouve un jet d'eau, une statue ou un groupe de figures.

A ce dernier genre appartiennent souvent les fontaines qui occupent le

Fig. 1735.

centre des places ou des carrefours. La

IDDiDDDDIiCI

MH

Fig. i736.

lion qui ornent le fût de la colonne partent des conduits qui amènent Teau à portée de ceux qui veulent en puiser; ces conduits sont supportés par de petits piliers terminés en pyramides ; des statuettes représentant des chats occupaient autrefois la place de ces aiguilles de pierre.

L'eau est amenée dans ces monuments par des tuyaux greffes sur un tube central qui, lui-même, est soudé sur l'une des conduites souterraines qui constituent la canalisation des eaux de la cité.

Fontaine à coupe : c'est une fontaine qui, outre son bassin, a encore une coupe d'une seule pierre ou d'un seul bloc de marbre, portée sur une tige avec un pied, du milieu de laquelle s'élance un jet d'eau qui forme nappe en tombant.

Fontaine couverte : petit édifice bâti en pierre, isolé, de forme carrée, circu-

FONTAINE

FONTAINES

laire ou à pans, adoss('% en renfoncement ou en saillie, qui renferme un réservoir d'où Teau se distribue, par un ou plusieurs robinets dans les places publiques, les rues, les carrefours. On voit à Paris un grand nombre de ces fontaines.

Fontaine découverte : nom que Ton donne à toute fontaine jaillissante avec bassin, coupe et autres ornements tous à découvert.

Fontaine en arcade : celle dont le bassin et le jet sont à plomb sous une arcade à jour.

Fontaine en buffet : sorte de crédence renfermée dans une balustrade carrée ou circulaire. Plusieurs jets d'eau sortant de différents vases ou de figures d'animaux tombent en s'entrelaçant dans un bassin élevé à hauteur d'appui.

Fontaine en demi-lune : celle dont le plan est un demi-cercle et qui est décorée d'arcades, de niches, etc.; telle est la fontaine Médicinale , près de Rome.

Fontaine en grotte : c'est une fontaine renfermée dans un espace disposé en manière de grotte; telles sont celles du jardin du Belvédère au Vatican et de la villa Borghèse, à Rome.

Fontaine en niche : celle qui est située dans un renfoncement demi-circulaire et qui a un jet formant plusieurs nappes sur plusieurs coupes plus grandes les unes que les autres et dont l'eau retombe dans le bassin ; telles sont celles de la villa Aldobrandine, à Frascati, et celles de Trianon, à Versailles.

Fontaine en pyramide : c'est une fontaine qui est formée de différents bassins ou coupes placés les uns au-dessus des autres, en diminuant. Lorsque l'eau retombe, elle fait des nappes qui, augmentant en étendue, forment la pyramide.

Fontaine en portique : sorte de château ayant l'aspect d'un arc de triomphe à trois ou cinq arcades, comme la fontaine de Termini à Rome, et YAqua Paola, sur le Janicule.

Fontaine en source : celle qui sort avec impétuosité de l'ouverture d'un mur ou d'une pierre sans aucune espèce de décoration.

Fontaine jaillissante : nom que Ton donne à toute fontaine dont l'eau jaillit, s'élève par un ou plusieurs jets et retombe en pluie.

Fontaine rustique : celle qui est décorée de rocailles, glaçons, pétrifications , coquillages , bossages rusti ques, etc.; telle est celle du jardin du Palais du Luxembourg, à Paris.

Fontaine satyrique : espèce de fontaine décorée en grotte rustique, avec des termes, des mascarons, des faunes, des satyres, etc.

Fontaine statuaire : celle qui est décorée d'une ou plusieurs statues, comme celle de Latone dans les jardins de Versailles.

Fontaine adossée : nom que l'on donne à toute fontaine qui est construite le long d'un mur de face ou de terrasse, ou qui est attachée à quelque avantcorps ou arrière-corps.

Fontaine d'encoignure : celle qui est construite en pan coupé, à l'encoignure de deux rues.

Fontaine en renfoncement : on appelle ainsi toule fontaine qui est en arrière de l'alignement des autres constructions d'une rue ; telle est celle de la rue de Grenelle-Saint-Germain, à Paris.

Borne- fontaine (voy. Borne).

Fontainerie, s. f. — Branche de la construction qui comprend l'établissement et l'entretien des fontaines, pompes, robinets et ajustages.

Les ouvriers qui exécutent ces divers genres de travaux sont appelés fontainiers.

Fontaines {Pierre des Trois-). — Calcaire oolithique, compact, dur, blanc, à pâte fine, qui provient des carrières de Saint-Nicolas, commune de Fontaines, arrondissement de Chalon-sur- Saône.

FONTE

FONTE

Cette pierre poi-le de 0",30 à \'^,dO de liauleur d'assise.

Fontanil {Pierre de). — Calcaii'e marneux lin, dur, gris, bleuâtre ou jaunâtre, que l'on extrait des carrières de Fontanil, dans l'arrondissement de Grenoble. Cette pierre porte de 0'",30 à 1 mètre de hauteur d'assise.

Fonte, s. f. — On donne ce nom à un carbure de fer qui est le résultat du traitement des minerais de ce métal par le charbon dans les hauts- fourneaux (voy. ce mot). Le fer, en perdant son oxygène, s'unit à une petite quantité de charbon et donne la fonte, produit plus fusible que le métîil pur.

La fonte se distingue encore du fer forgé en ce qu'elle est moins malléable, plus cassante, ne peut se forger ni à ciiaud ni à froid et ne se soude point. Elle est moins tenace , mais résiste mieux à l'écrasement. En raison de ces qualités, on ne travaille donc pas la fonte au marteau, mais on l'emploie fondue et coulée dans un moule.

Suivant les proportions de carbone qui entrent dans la composition de la fonte, la couleur du produit et les propriétés sont dilïérentes. On distingue ainsi : la fonte blanche et la fonte grise.

La première est celle qui contient le moins de carbone, 2 à 3 pour 100 emiron; elle est dure, cassante et se fige très rapidement, ce qui la rend impropre au moulage. Sa couleur varie du blanc d'argent au gris-clair.

La fonte grise renferme plus de carbone, de 3 à 5 pour 100 ; elle est douce, malléable, et d'un ton qui varie du grisclair au gris noirâtre.

Fondue à l'abri du contact de l'aii-, elle ne s'altère pas si elle est refroidie lentement, mais un refroidissement brusque la transforme en fonte blanche; elle devient dure et cassante ; on lui rend ses propriétés par une nouvelle cuisson. Fondue au contact de Tair, cette fonte ^e convertit en fer. La plupart des fontes

blanches se transforment en fontes grises si on les maintient en fusion à l'abri dn contact de l'air et à une haute température; fondues au contact de l'air, elles se cbangent en acier.

La fonte grise fond à 6" environ du pyi'omètre de Wedgwood.

La fonte blanche est un peu fusible.

Toutes deux se contractent en se solidifiant, suivant M. Dumas, de 1/96. La dilatation linéaire de 0^ à 100" est de 0,0011. La pesanteur spécifique de la fonte grise est de 7,20 environ; celle de la fonte blanche est en mo venue de 7,50.

On appelle encore fonte truitée une fonte intei'médiaire entre les deux précédentes et qui présente, dans sa cassure, des taches grises sur un fond blanc.

La fonte grise ne résiste pas aussi bien que la fonte blanche ; mais elle est plus tenace et moins dure, ce qui permet de la travailler assez facilement, d'y percer des trous, d'y faire des entailles au burin, etc. Mais son prix de revient est plus considérable et l'on peut employer des fontes légèrement carburées pour des pièces qui n'exigent pas un moulage délicat, telles que des dalles pour pavage, etc.

Ce qui doit préoccuper surtout le constructeur, dans l'usage qu'il fait de ce métal, ce sont ses qualités de résistance. La fonte résiste mal à la traction : elle se rompt sous une charge de 16 kilogr. par millimètre carré de section, tandis que le fer ordinaire exige un effort de 35 kilogr. et le fer de très bonne qualité, jusqu'à 60 kilogr. Le véritable rôle de la fonte dans les constructions est donc de travailler à la compression, genre d'effort auquel elle résiste mieux que le fer.

Lorsque, dans un prisme de fonte, le rapport entre la hauteur et la dimension transversale vaiie de 1 à 5, on admet une résistance à l'écrasement allant jusqu'à 100 kilogr. par millimètre carré.

Mais, comme il y a de grandes inéga-

FONTE

FONTE

lités dans les différentes variétés de fonte, on prend un chitîre moins élevé, 7o kilogr., et comme charge de sécurité le i/'lO, soit 7 kilogr. o.

M. Love a donné , pour calculer la résistance de piliers en fonte dont la liauteur varie de 4 à i:20 fois le diamètre, une formule pratique (voy. Colonne, Compression"".

Les usages de la fonte dans les constructions sont très nombreux : on en fait des colonnes pour remplacer les piliers dans les devantures de boutiques, des balcons, des tuyaux de conduite, des grilles, des balustrades, des charpentes de combles, etc.

La fragilité de ce métal et la difficulté qu'il y a cà lui donner des formes assez précises s'opposent cà la réunion des pièces de cette matière au moyen de véritables assemblages. Les ouvrages seuls, tels que panneaux de balcons et de grilles, qui n'ont pas à résister à des efforts énergiques, sont maintenus à l'aide de petits goujons en fer forgé vissés dans l'une et l'autre pièce. Les pièces de fonte des grosses constructions s'assemblent au moyen de boulons.

Nous avons dit que la fonte ne peut jouer le même rôle que le fer dans les constructions, car elle a une grande fragilité et ne supporte que difticilement la percussion du marteau; il est vrai que sa fusibilité lui permet de revêtir toutes les formes, même les plus délicates.

Un fait curieux à noter, c'est la manière dont la fonte se comporte dans l'emploi qu'on en fait comme support de lourdes charges dans les constructions.

Les effets sont différents, suivant la composition intime des fontes et leur structure intérieure. Ainsi, la fonte grise doit sa couleur à la présence du carbone, combiné ou dissous dans la masse de fer; Id. fonte blanche doit la sienne au refroidissement plus ou moins rapide de la matière lorsiju'on la coule.

La fonte très carburée, fabriquée au

coke, résiste, avant de se réduire en poussière et en fragments, à la charge de 100 kilogr. 33 par millimètre carré ; si on la refond, de manière à lui enlever une partie de son carbone, sa résistance s'élève à 118 kilogr. 03, en moyenne. Si Ton blanchit cette fonte, c'est-à-dire si on empêche le carbone de se cristalliser et de se développer, la ténacité augmente encore et la charge d'écrasement devient 150 kilogr. 31. Enfin, si Topération a lieu dans un four à réverbère, où une partie du carbone disparaît dissout, la ténacité peut atteindre à près de 180 kilogr.

Observons que le poids spécifique du carbone étant 3,oo et celui du fer 7,78, il en résulte que la résistance de la fonte à l'écrasement augmente avec sa densité. Cette résistance varie encore suivant la manière dont on a coulé la fonte liquide, en moule horizontal ou en moule vertical ; une barre coulée horizontalement s'écrase sous la charge de 113 kilogr. M par millimètre carré, tandis que, si elle a été coulée verticalement, elle ne cède que sous un poids de 1^4 kilogr. 10.

Le phénomène d'écrasement de la fonte est très curieux : cette matière ne s'aplatit pas lentement, régulièrement ; elle ne laisse paraître, au contraire, aucune diminution ; puis, tout à coup, elle éclate , en produisant une violente explosion et en se réduisant en petits fragments qui sont projetés au loin.

On a remarqué que \d. fonte, employée dans les constructions à grande portée, telles que les ponts- viaducs, offre des variations de dimensions, dues à la température, plus considérables que celles du fer. Toutefois, ces variations sont assez faibles pour qu'il n'y ait aucun danger à craindre pour la stabilité des ouvrages, lorsque les précautions nécessaires ont été prises. Ainsi, dans les ponts en arcs, lorsque ceux-ci sont solidement encastrés, il ne se produit, pour le sommet de ces arcs, sous l'inffuence des changements de température, que

FONTE

FONTE

le relèvement ou l'abaissemenl moyen de 2 ou 3 millimètres par chaque degré centigrade.

Fonte malléable. Les facilités d'emploi qu'oiïre la fonte au moyen du moulage la font préférer au fer, toutes les fois que l'application est possible. On a dès lors cherché s'il n'y avait pas moyen de rendre la fonte malléable, en la décarburant partiellement.

En 1804, Samuel Lucas, de Sheffield, imagina de brûlerie carbone de là fonte à l'aide d'oxydes métalliques en poudre. L'application de cette idée s'est faite de la manière suivante : les pièces sont moulées et fondues à la manière ordinaire, en employant des fontes le plus souvent blanches, lamelleuses, à propension aciéreuse. On les soumet ensuite à la décarburation ou décémentation de la façon suivante : on place les objets dans des creusets en fonte avec des lits alternés de mine de fer (hématite rouge). On chauffe pendant trois, quatre ou cinq jo-urs, suivant la grosseur des pièces et le degré de malléabilité que l'on veut obtenir. On laisse refroidir et l'on détourne. Les pièces épaisses et celles qui doivent être forcées dans leur axe sont soumises à un second recuit.

L'épaisseur des pièces influe sur le degré de décarburation ; dans celles qui ont plus de 8 à 10 millimètres, on remarque, si l'on en fait la section, une zone extérieure de fer et une zone intérieure de fonte grise très douce. Travaillée à la lime, la fonte malléable prend peu à peu l'apparence du fer ; elle se polit aussi bien que l'acier.

Les expériences faites par M. Tresca, au Conservatoire des arts et métiers, ont démontré que des barres en fonte malléable de faible section peuvent être forgées comme le fer et même cémentées à la manière ordinaire, puis trempées comme l'acier. En rabotant les pièces, on a observé que la conversion de la fonte en fer ne dépasse pas cinq millimètres à partir de la surface ; au-

dessous de cette épaisseur, on retrouve la fonte sans altération sensible dans ses propriétés primitives.

En résumé, la fonte malléable peut remplacer le fer dans un grand nombre de cas ; mais elle ne saurait supporter des chocs un peu notables aussi bien que les fers, même moyens (1). On ne peut obtenir de véritable solidité que pour les pièces minces et légères, telles que les objets de quincaillerie.

Fonte d'or ne ment. ISinùuslvïo des fontes d'ornement est de date assez récente et a fait, en peu de temps, de rapides progrès. On ne saurait comparer, en effet, les ouvrages légers et délicats, tels que grilles et balcons que l'on produit de nos jours, à ces balustrades lourdes et disgracieuses que l'industrie des fontes d'ornement livrait au commerce, il y a moins d'un demi-siècle. Abordant des sujets plus élevés, cette industrie exécute aujourd'hui des statues de toutes sortes, isolées ou groupées, des animaux les plus divers, des roses de formes les plus variées, et des fontaines de toutes dimensions.

Nous insisterons ici sur les difficultés que présente le travail du fondeur, à cause des inégalités de masse que présentent les fontes d'ornement, et, par suite, ta cause des inégalités du retrait. On a donc imaginé, pour obvier à cet inconvénient, d'employer des pièces de rapport. On fond à part les parties qui exigent une masse de métal beaucoup plus considérable que les autres, puis on les rapporte, après coup, à leur place, où on les fixe au moyen de vis ou (le rivets dont les trous ont été réservés à la fonte. Ce procédé, appliqué aux forges et fonderies du 'Val-d'Osne, est d'une exécution très délicate et présente, comme une des plus grandes difficultés, le calcul du retrait des pièces séparées qui doivent se rapprocher et se joindre d'une façon mathématique.

(1) Laboulaye, Dictionnaire des arts et manufactures.

FONTS

Fonts, 5. m. pL — Fonts baptismaux : cuve de pierre, de marbre ou de métal destinée à contenir l'eau dont on se sert pour le baptême.

Depuis Torigine de l'Eglise chrétienne jusque vers la lin du vni^ siècle, le baptême se dDuna par immersion, comme le montrent les piscines ou bassins occupant la partie centrale de petits édifices qui remontent à cette époque et qui étaient consacrés à l'administration de ce sacrement (voy. Baptistère).

Plus tard, on baptisa dans l'intérieur des églises. A cet effet, on plaça des cuves, soit près de la porte de l'édifice, soit dans une chapelle spéciale. Ces cuves étaient de plusieurs sortes : les unes en granit ou en marbre avaient été empruntées aux bains publics de l'antiquité : les autres étaient, comme le montrent les figures ci-après, empruntées à la Revue d'architecture de M. César Daly, formées de tablettes de pierre,

bien jointes, disposées en polygone (fig. 1737; ou en carré ;fig. 1738), et dressées autour d'une aire en béton qui

Fig. 173S.

devient le fond de la cuve. Ces cuves étaient élevées sur une ou deux marc b es et servaient au baptême par immersion ;

— 537 - FONTS

elles pouvaient fréquemment contenir plusieurs personnes à la fois. Les faces étaient souvent décorées d'ornements sculptés.

Plus tard, l'usage s'étant établi de baptiser les enfants peu après leur naissance, il n'y eut plus lieu de donner aux fonts baptismaux d'aussi grandes dimensions; ils se réduisirent alors à de véritables cuves suffisantes pour immerger un nouveau-né. La figure 1739 repré-

Fig. 1739.

sente la cuve baptismale en pierre dure de l'abbaye de Lacelle près BrignoUes (Var) (1). Nous donnons également (fig. 1740) des fonts baptismaux décorés

Fig. 174U.

de sculptures et de têtes humaines qui appartiennent à la même époque et sont placés dans l'église de Neuviller (Alsace).

Un grand nombre de ces cuves étaient en métal et « consistaient, dit Viollet Le Duc, en une large capsule enfermée

(1) Révoil, Architecture romane.

FONTS

FORERIE.

et maintenue dans un cercle ou un châssis porté sur des colonnettes. Cette disposition paraît avoir été suivie souvent, lors même que les fonts étaient taillés dans un bloc de pierre. »

On a conservé des fonts baptismaux du xn® siècle qui ont une forme barlongue, sans doute pour permettre de couclier et d'immerger entièrement l'enfant que l'on baptisait. D'ailleurs, les cuves baptismales du moyen âge varient autant par la forme et la matière que par la décoration qui leur est appliquée.

Pendant la période de transition, le cintre fait place à l'arc aigu, soit dans l'ornementation des faces latérales, soit dans la liaison des piliers ou colonnettes qui supportent la cuve.

Au xni'' et au xiv° siècles, les fonts se distinguent par une ornementation toute spéciale. Ce sont de larges frises de feuillage mêlé à des tètes humaines; des panneaux avec rosaces et trilobés, frontons aigus, etc.

Au xv° siècle, les formes prismatiques les plus variées furent adoptées pour les fonts baptismaux, qui s'élevaient tantôt sur un pilier cylindrique, tantôt sur un support à plusieurs pans. On voit encore de nos jours des fonts baptismaux qui datent du moyen âge et sont fermés par des couvercles mus à l'aide de grues ou de potences en fer.

mmr:

ttEûïCt:

IJ^J^aA J-Oè^^

nant (fig. 1741) la cuve baptismale que Viollet Le Duc a fait exécuter, dans le style du xiv« siècle, pour l'église paroissiale de Saint-Denis (Seine).

Force, s. f. — Force portante : résistance qu'une pièce de bois ou de fer présente à l'écrasement quand on la soumet à un elfort dirigé dans le sens de ses libres ou de sa longueur (voy.

Écrasement).

Force tirante : résistance d'une pièce à la rupture par extension (voy. Traction).

Force transverse : résistance au cisaillement (voy. ce mot).

Jambe de force (voy. Jambe).

Forée, adj. f. — Clef forée : clef dont la tige est creuse pour recevoir la broche.

Forer, v. a. — Percer un objet de bois ou de métal.

Creuser un puits : en faire le forage (voy. Puits).

Forerie, s. f. — Machine à percer

'///////////A Fig. 1741.

Nous terminerons cet article en don-

Fig. 1742.

qui a la forme d'un C et que les serru-

Page 1