FORTIFICATION
Fortification, 5. f. — Art d'élever sur un terrain quelconque des retranchements qui permellent à une troupe armée de se défendre contre un ennemi supérieur en forces.
La forti/tcation est née du besoin (ju'eurent les premiers groupes humains de protéger leurs intérêts distincts. Les obstacles qui furent d"abord opposés aux attaques de voisins belliqueux furent des enceintes en terre ou en pisé ou des fossés secs ou pleins d'eau.
A ces éléments de fortifications, succédèrent les ouvrages en bois construits sur une plus grande hauteur et munis dun chemin de ronde , avec parapet pour mettre les défenseurs à couvert, puis les murailles flanquées de tours, quelquefois de dimensions colossales , comme celles de Ninive et de Babylone.
Bientôt, les villes ne se contentèrent plus d'une seule enceinte; les fossés devinrent larges et profonds ; ceux que les Romains étabUssaient autour de leurs cités ou de leurs retranchements avaient souvent 15 mètres de profondeur sur 6 mètres de largeur et même davantage.
Les Gaulois entremêlaient dans leurs enceintes (voy. ce mot) la terre , les pierres et les poutres.
Au moyen âge, les portes furent défendues avec plus de soin que dans Fantiquité : elles étaient flanquées de tours' et protégées par des ponts-levis, herses, mâchicoulis (voy. ces mots). Les villes possédèrent, outre leurs défenses particulières, un château qui commandait les murailles et qui contenait luimême un donjon (voy. ce mot;.
Jusqu'alors, les fortifications avaient été dominantes ; elles devinrent rasantes, après l'invention de la poudre à canon, qui changea complètement les méthodes d'attaque et de défense des places. Les tours furent remplacées par des bastions, les bretèches par des courtines, les créneaux par des embrasures de pièces.
Le système bastionné, c'est-à-dire à angles saillants et rentrants, prévalut,
à partir du xvi° siècle, et est encore en usage aujourd'hui.
On distingue la fortification passagère ou de campagne, qui consiste dans l'exécution de retranchements pour les camps, les passages de rivières, les postes avancés, etc., et la fortification permanente ou celle que l'on étaljlit pour la défense d'une place.
On considère, dans tout ouvrage militaire, le tracé ou la projection horizontale des lignes qui le dessinent et le relief qui en est la coupe verticale ou le profil indiquant les hauteurs des ditîérentes parties des travaux.
Certains principes président à l'établissement d'une fortification permanente :
1° Une enceinte doit entourer le point que l'on veut défendre ;
2° Cette enceinte dite place est formée de fronts continus, composés euxmêmes de deux demi-bastions unis par une courtine. Le nombre des portes ne doit être que celui qui est nécessaire à l'entrée et à la sortie des troupes ;
3° La place doit être défilée, c'est-àdire que l'intérieur des ouvrages doit être mis à l'abri des feux reclilignes partant des points qui dominent l'enceinte ;
4'' Les entrées de l'enceinte doivent être protégées par des ouvrages détachés, tels que des demi-lunes (voy. ce mot), le tout enveloppé par un chemin couvert ;
5° Les ouvrages doivent avoir commandement les uns sur les autres, c'està-dire que l'ouvrage le plus en arrière est généralement le plus élevé.
La portée actuelle de l'artillerie exige, outre la construction d'une enceinte autour de la ville à défendre, l'établissement de forts détachés qui tiennent l'ennemi à grande dislance pour empêcher le bombardement de la place.
Des règlements administratifs imposent certaines obligations et servitudes aux propriétés voisines des enceintes fortiUées (voy. Places de guerre).
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Fortin, s. m. — 1° Pelil fort détaché ayant une enceinte polygonale qui présente alternativement un angle saillant et un angle rentrant, et qui sert à défendre un point isolé pouvant être attaqué de tous côtés.
2" Petit fort de campagne élevé à la hâte pour couvrir un camp, une position, défendre un passage ou favoriser une retraite.
Forum. — Nom générique donné par les Romains aux places qui servaient, soit de marché, soit de lieu de rendez-vous pour les assemblées publiques ou pour le règlement des affaires judiciaires et commerciales.
Les places de marchés étaient composées d'an large espace central à découvert où les gens de la campagne venaient étaler leurs produits pour les vendre, et d'une enceinte de bâtiments et de portiques sous lesquels les différents métiers exposaient leurs marchandises. Les petites villes n'avaient qu'un seul forum ; mais , dans les grandes villes, on distinguait différentes sortes de marchés, tels que le forum olitorium ou marché aux légumes; le forum piscurium, ou marché aux poissons de mer, etc.
Les forums les plus importants étaient ceux où siégeaient les tribunaux et où se réunissaient les citoyens pour les affaires publiques, et les négociants pour le commerce. Ces places étaient entourées par les principaux édifices publics, cours de justice, basiliques, temples et par de vastes colonnades, souvent à plusieurs étages, où les marchands, les banquiers, les usuriers tratiquaient. La ligure 1748 représente le plan du forum mis à découvert dans les fouilles d'Herculanum.
Il y avait à Rome dix-sept de ces places, dont quatorze servaient au commerce des denrées et prenaient le nom de fora venalia, les autres recevant celui de fora civilia et judiciaria.
Le plus grand et le plus célèbre forum dans cette ville était le Forum Roma-
num, aujourd'hui le Campo Vaccino. On l'appelait encore fo)um Vêtus ou Lati-
TT
Fig. 1748.
7ium ou simplement Forum. Tarquin l'Ancien fut le premier qui s'occupa de l'orner ; il le fit entourer de portiques. On s'attacha à l'embellir de plus en plus et l'on y construisit différents temples, basiliques et curies. Du temps d'Auguste, le forum romain était une grande place irrégulièro, qui se développait dans deux vallées, celle du Quirinal et du Palatin, dirigée d'Orient en Occident, puis celle du Capitolin et du Palatin, dirigée du nord au midi, ces deux vallées se joignant en retour au pied du mont Capitolin. La première partie, représentée par la ligure 1749, que nous empruntons à une restauration du forum romain, faite par M. Buter t, ancien pensionnaire de Rome, avait la forme d'un trapèze presque régulier , bordé de voies pavées à l'orient, au midi et au nord. De ce dernier côté, il était traversé par la célèbre voie Sacrée. Tout autour s'élevaient des temples, des basiliques et quelques boutiques ; au milieu étaient di'cssées des colonnes statuaires, des autels et sur-
FORUM
oi3 —
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tout des statues. La partie du forum i est d'une beaucoup plus grande étendue comprise entre le Palatin et le Capitolin ' que fautre ; mais elle en était séparée
FiR. 1749.
par plusieurs monuments, entre autres la basilique Jnlia, superbe éditice, mar-
qué J sur le plan et composé de trois rangs concentriques d'arcades portées
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sur cent liuil piliers; ce monument, commencé par César, fut achevé par Auguste. Par Ténumération contenue dans la légende ci-jointe, on peut se faire une idée de la magnilicence du forum romain proprement dit, c'est-à-dire de la partie trapézoïdale, qui est ici figurée.
A, Forum romain.
B, Temple de Janus Bifrons.
C, Temple de Vesta, élevé par Numa.
D, Curie, lieu de réunion du sénat, bâti par Tullus Ilostilius.
E, Prison d'Ancus Marlius, augmentée par Servius TuUius.
F, Temple de Saturne, élevé sous les rois et restauré à l'époque d'Auguste.
G, Temple de Dioscures, voué en 253, dédié eu 276, réédifié en 637, restauré par Auguste.
H, Temple de la Concorde, voué en 388, réédifié en 764 par Tibère.
I, Tabularium, élevé par Catulus eu 674.
J, Basilique de Jules, commencée par Jules César, achevée, puis reconstruite par Auguste.
K, Basilique d'Emile, commencée en 699, dédiée en 720, rebâtie en 740.
L, Forum de César, commencé par Jules César, achevé par Auguste.
M, Arc de Tibère, élevé en 768, dédié en 769.
N, Palais des Césars, augmenté par Caligula.
0, Temple de Vespasicn, construit sous Domitien.
P, Temple d'Antonin et de Faustine, élevé à Faustine, et qui fut consacré aux époux après la mort d'Antonin.
Q, Tribune d'Aurélicn.
R, Tribune rostrale.
S, Portique des 12 Dieux, élevé à une époque incertaine, restauré en 1120.
T, Arc de Fabien.
U, Arc quadrifrons.
"V, Milliaire d'or.
X, Pile d'Horace.
y. Statue de Sylla.
Z, Statue de Pompée.
Pendant longtemps, le Forum Romanum avait été le seul que possédât la ville. Peu à peu, il devint trop étroit pour la population, qui s'accroissait sensiblement de jour en jour; comme les temples qui l'entouraient et qu'on ne voulait point abattre empêchaient de Fagrandir, Jules César bàlit un nouveau forum, qu'il destina surtout à y faire juger les ditïérends entre les citoyens. Parmi les ouvrages dont il embellil cette place, on cite le temple de Vénus Geni-
trix, devant lequel il fit ériger la statue d'un de ses chevaux, pour lequel il avait une prédilection particuUère. Malgré ce nouveau forum, les habitants de l'immense cité étant encore trop nombreux pour y trouver place, Auguste en ht construire un troisième pour y faire rendre la justice. Il y éleva le temple de Mars bis Ultor et deux portiques dans lesquels on plaçait les statues des hommes de guerre illustres.
Au nombre des empereurs à qui la ville de Rome dut encore de nouveaux fora, on compte Vespasien, Domitien, dont le forum ne fut achevé que par Nerva et que Septime Sévère embellit des statues colossales pédestres et équestres des empereurs et des colonnes de bronze sur lesquelles il lit inscrire leurs belles actions; enhn, Trajan ht construire par l'architecte Apollodore un forum qui fut le plus riche de tous en architecture et en sculpture ; il était entouré de portiques composés de colonnes d'une grande élévation ; le toit était orné de nombreuses statues ; d'un côté du forum, il y avait un temple, de l'autre une basilique, dans laquelle se trouvait la statue équestre, en bronze, de Trajan ; aux quatre entrées du forum s'élevaient des portes en arcs de triomphe ; au milieu de cette place se dressait la colonne Trajane, qui s'est conservée jusqu'à nos jours (voy. Colonne).
Les fouilles que l'on a exécutées à Pompéi ont amené la découverte d'une grande place rectangulaire entourée de monuments et que Ton a supposée, avec raison, être le forum principal de cette ville. Cette place était pavée de larges dalles carrées sur lesquelles on voit encore des bases destinées à supporter des statues. Elle est, comme le montre le plan représenté par la figure IToO, à l'échelle de 0^^,0008, entourée d'un portique d'ordre dorique. Ce plan est expliqué par la légende suivante :
A, Entrée principale.
B, Temple d'ordre corinthien que Ion suppose avoir été consacré à Jupiter.
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C, Carcer ou prison, dans laquelle on a | D, Édifice qui, selon quelques archéologues, trouvé' les ossements de deux hommes avec les : aurait été un grenier public, fers aux pieds. I E, Temple d'ordre corinthien, qui semble
Fig. 17oÛ.
aoir été consacré à Vénus, si l'on s'en rapporte à une inscription trouvée en ce lieu.
F, Basilique.
0, H, I, Édifices qui se ressemblent par le plan et par les dimensions, et qui étaient dé-
corés de colonnes et de statues ; mais les débris qu'on y a trouvés ne suffisent pas pour établir leur destination.
K, Édifice carré dont on ne peut pas non plus fixer l'usage.
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L, Espace de terrain entouré d'un portique et de plusieurs autres constructions dont l'ensemble a reçu de quelques auteurs le nom de Chalcidique, sans qu'on puisse en déterminer nettement la destination.
M, Petit temple construit sur un soubassement élevé, et consacré, suivant certains archéologues, à Mercure, et suivant d'autres, à Quirinus.
N, Édifice pourvu d'une tribune demi-circulaire ou abside que l'on suppose avoir été la salle de réunion pour les Augustales, prêtres dont l'ordre avait été institué par Auguste et qui avaient pour fonction de veiller aux cérémonies religieuses faites en l'honneur des lares compitales, divinités des carrefours, ou une salle d'assemblée pour le sénat de Pompéi.
0, Monument que l'on a appelé le Panthéon, parce qu'on y voit douze piédestaux placés en cercle autour d'un autel qui est au centre, et que l'on suppose avoir été destinés à supporter les statues des douze principales divinités de l'Olympe.
Les exemples que nous venons de citer suffisent pour donner une idée de ce que devaient être ces places entourées des édifices les plus magnifiquement ornés.
Forure, s. f. — 1° Trou pratiqué au moyen du foret dans une pièce de métal.
2" Trou percé dans la tige d'une clef pour recevoir la broche de la serrure.
On dit qu'une clef est forée à jour, quand la forure la traverse dans toute sa longueur.
Fosse, s. f. — En général, cavité creusée dans le sol pour servir à différents usages dans les constructions :
tels sont les citernes, les cloaques, les bassins d'extinction pour la chaux, etc.
Fosse à chaux : c'est dans des trous pratiqués en terre que l'on éteint et que l'on conserve la chaux ; il est bon de recouvrir de planches le fond et les parois.
On ne peut adosser une fosse à chaux à un mur, quel qu'il soit ; il faut réserver une certaine distance ou construire un contre-mur, de dimensions réglées par l'usage de la localité.
Fosse d'aisances : réceptacle destiné à recevoir les matières fécales.
Les fosses d^ aisances sont fixes ou mobiles, c'est-à-dire construites en maçonnerie à demeure ou susceptibles de déplacement et de transport (voy. Vidange).
On distingue parmi les fosses fixes : les fosses étanches, qui sont imperméables et ne laissent pas échapper les matières, et les fosses à fond perdu, où les liquides ne séjournent pas, mais s'infiltrent dans les terres.
Les fosses mobiles sont ordinairement formées de tonneaux ou de récipients plus ou moins grands, en bois ou en métal que Ton appelle encore boîtes ou tinettes.
On nomme fosses inodores mobiles celles où ces récipients sont cerclés en fer et garnis d'un couvercle hermétique et luté (voy. Tinette).
La fosse mobile peut être à diviseur, c'est-à-dire munie d'un appareil qui opère la séparation des matières solides et des matières liquides (voy. Diviseur).
Dans le cas où les hquides sont dirigés dans l'égout, la fosse est dite filtrante à Végout.
Les conduits qui servent à diriger les matières fécales des latrines dans les fosses sont nommés chausses d'aisances ou tuyaux de descente.
Certains auteurs prétendent, en s'appuyant sur un texte de Columella et sur l'inscription de la table Héraclienne, un des monuments les plus anciens concernant la salubrité chez les Romains, que les maisons de Rome étaient pourvues de fosses d'aisances dont la vidange se faisait à peu près comme de nos jours, et que les matières étaient transportées sur des chariots dans un endroit appelé sterquilinium, situé à quelque distance de la ville. D'autres afiirment qu'il n'existait pas de fosses et que les habitants de chaque maison déposaient tous les matins sur la voie publique le contenu des bassins et des latrines. Ces matières étaient enlevées par des tombereaux et transportées aux dépotoirs publics. Si cette dernièi-e opinion n'est pas la vraie, il n'en est pas mosin
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certain qu'on proccnla ainsi dans les premiers temps de Rome. Il paraît difficile d'admettre que, plus tard, à l'époque où Rome fut devenue la plus belle ville du monde, cet usage ait pu être toléré par l'édilité romaine. On croit plus généralement que l'écoulement des matières fécales s'opérait par l'égout.
En l'absence de documents certains, on ne saurait aujourd'hui résoudre laqueslion, qui reste à l'état de problème.
Au ix" siècle, les monastères étaient pourvus de latrines, et l'on pense qu'ils possédaient des fosses d'aisances ; mais on ne sait rien sur la forme et la construction de ces réceptacles.
En pratiquant des fouilles dans la Cité, à Paris, on a découvert des trous murés, à fond perdu, qui, dès le xi« siècle, devaient être affectés à recevoir les matières fécales. Toutefois, on croit pouvoir affirmer que ces réceptacles étaient établis en dehors de l'habitation (1). Mais, le plus ordinairement, les matières fécales étaient jetées devant la maison sur la voie publique où elles s'accumulaient avec les autres immondices. On juge ce que devait être l'état de salubrité de ces villes du moyen âge, avant que les rues fussent pavées et alors que les pignons des maisons, faisant saillie sur la rue, empêchaient les rayons du soleil d'arriver jusqu'au sol et de pomper l'humidité infecte, qui finissait par engendrer les plus horribles épidémies.
Dans les châteaux féodaux, les latrines étaient placées en encorbellement, de manière que les déjections tombassent dans le fossé ; toutefois, nous citerons le château de Pierrefonds comme possédant une fosse bien construite que l'on y voit encore aujourd'hui.
Au xiv^ siècle, on constate la présence d'un certain nombre de fosses ; dans quelques-unes, on remarque cette particularité qu'une banquette en pierre,
(1; LigLM', Fusses d'aisances.
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de 0'",80 de hauteur, y était établie, sans doute pour faciliter la vidange. Ces fosses n'existaient, d'ailleurs, que dans les habitations d'une certaine importance, et encore le dallage dont elles étaient pourvues ne les rendait pas imperméables, de sorte que les eaux s'écoulaient dans le sol.
La plupart des habitants continuaient à déposer les matières fécales sur la voie publique. Ce n'est qu'au xvi'' siècle, en io33, qu'un arrêt du Parlement ordonna à tous les propriétaires de la ville de Paris d'établir dans leurs maisons une fosse d'aisances destinée à recevoir toutes les déjections. Cet arrêt, qui fut consacré en 1539 par un édit de François I", n'eut cependant pas un etîet immédiat, tant à cause de la difficulté d'exécuter cette ordonnance dans les maisons déjà construites, que par suite de la négligence qu'on mit à en surveiller l'exécution dans les maisons nouvelles.
Au xvn" siècle, furent édictés certains règlements sur la construction des fosses et particulièrement sur l'installation de tuyaux ou ventouses. D'ailleurs, sans qu'il y eût, à cet égard, de prescriptions adminisiratives, on s'efforçait déjà, à cette époque, de construire les fosses d'aisances le mieux possible : on s'attachait surtout, sinon à les rendre étanches, du moins à prévenir les infiltrations dans les murs. On s'étonnera toutefois que certains châteaux et palais du xvi^ et du xvn° siècle fussent dépourvus de fosses d'aisances.
Malgré les ordonnances, il est notoire que, vers le milieu du xvm" siècle, toutes les maisons de Paris n'avaient pas encore de fosses d'aisances ; ce progrès ne fut réalisé qu'à la fin du siècle.
C'est vers la même époque que l'on commença à se préoccuper de la désinfection des fosses; les savants proposèrent pour cet objet divers agents, tels que la chaux, le feu, le vinaigre, l'acide chlorhydrique; on s'arrêta, en pratique, à rinstallalion pour la vidange des
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fosses, d'un appareil appelé ventilateur; cet appareil présentait un système de soufflets qui forçaient Tair méphitique à sortir de la fosse par un conduit qui, se prolongeant au dehors, atteignait le toit de la maison.
Au commencement du xix° siècle, on trouvait encore des fosses à fond perdu. Jusqu'alors, on n'avait cherché à rendre ces réceptacles imperméahles que pour éviter, entre voisins, les contestations qui seraient résultées des dommages produits par les inOllrations des liquides. Pour la première fois, un décret de 1809 rendit les fosses imperméables obligatoires. Enfin, le 24 septembre 1819, parut l'ordonnance royale qui est encore en vigueur aujourd'hui et que nous reproduisons ici :
« Art. l*'^ A l'avenir, dans aucun des bâtiments publics ou particuliers de notre bonne ville de Paris et de leurs dépendances, on ne pourra employer, pour fosses d'aisances, des puits, puisards, égouts, aqueducs ou carrières abandonnés, sans y faire les constructions prescrites par le présent règlement.
« Art. 2. Lorsque les fosses seront placées sous le sol des caves, ces caves devront avoir une communication immédiate avec Tair extérieur.
« Art. 3. Les caves sous lesquelles seront construites les fosses d'aisances devront être assez spacieuses pour contenir quatre travailleurs et leurs ustensiles, et avoir au moins 2 mètres de hauteur sous voûte.
« Art. 4. Les murs, la voûte et le fond des fosses seront entièrement construits en pierres meulières, maçonnées avec du mortier de chaux maigre et de sable de rivière bien lavé.
« Les parois des fosses seront enduites de pareil mortier, lissé à la truelle. On ne pourra donner moins de tiente à trente-cinq cenlimètres d'épaisseur aux voûtes, et moins de quarantecinq h cinquante centimètres aux massifs et aux murs.
« Art. 5. Il est défendu d'établir des compartiments ou divisions dans les fosses, d'y construire des piUers et d'y faire des chaînes ou des arcs en pierres apparentes.
« Art. 6. Le fond des fosses d'aisances sera fait en forme de cuvette concave. Tous les angles intérieurs seront efl'acés par des arrondissements de 25 centimètres de rayon.
« Aj"t. 7. Autant que les localités le permettront, les fosses d'aisances seront construites sur un plan circulaire, elliptique ou rectangulaire. On ne permettra point la construction de fosses à angle rentrant, hors le seul cas où la surface de la fosse serait au moins de 4 mètres carrés de chaque côté de l'angle , et alors il serait pratiqué, de l'un et de l'autre côté, une ouverture d'extraction.
« Art. 8. Les fosses, quelle que soit leur capacité, ne pourront avoir moins de 2 mètres de hauteur sous clef.
« Art. 9. Les fosses seront couvertes par une voûte en plein cintre, ou qui n'en différera que d'un tiers de rayon.
« Art. 10. L'ouverture d'extraction des matières sera placée au milieu de la voûte, autant que les localités le permettront.
« La cheminée de cette ouverture ne devra point excéder l°',oO de hauteur, à moins que les localités n'exigent impérieusement une plus grande hauteur.
« Art. 11. L'ouverture d'extraction, correspondant à une cheminée de 1°',S0 au plus de hauteur, ne pourra avoir moins de 1 mètre en longueur sur 6o centimètres en largeur.
« Lorsque cette ouverture correspondra à une cheminée excédant l°',oO de hauteur, les dimensions ci-dessus spéciflées seront augmentées de manière (jue l'une de ces dimensions soit égale aux deux tiers de la hauteur de la cheminée.
« Art. 12. Il sera placé, en outre, à la voûte, dans la partie la plus éloignée J du tuyau de chute et de l'ouverture ^ d'extraction, si elle n'est pas dans le mi-
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lieu, un tampon mobile, dont le diamètre ne pourra être moindre de 50 cenlimètres. Ce tampon sera en pierre, encastré dans un châssis en pierre, et garni, dans son milieu, d'un anneau en fer.
« Art. 13. Néanmoins ce tampon ne sera pas exigible pour les fosses dont la vidange se fera au niveau du rez-dechaussée, et qui auront, sur ce même sol, des cabinets d'aisances avec trémie ou siège sans bonde, et pour celles qui auront une superficie moindre de 6 mètres dans le fond, et dont l'ouverture d'extraction sera dans le milieu.
« Art. 14. Le tuyau de chute sera toujours dans le milieu.
« Son diamètre intérieur ne pourra avoir moins de 25 centimètres, s'il est en terre cuite, et de 20 centimètres s'il est en fonte.
« Art. 15. Il sera établi, parallèlement au tuyau de chute, un tuyau d'évent, lequel sera conduit jusqu'à la hauteur des souches de cheminées de la maison, ou de celles des maisons contiguës, si elles sont plus élevées.
« Le diamètre de ce tuyau d'évent sera de 25 centimètres au moins; s'il passe cette dimension, il dispensera du tampon mobile.
« Art. 16. L'oritice intérieur des tuyaux de chute et d'évent ne pourra être descendu au-dessous des points les plus élevés de l'intrados de la voûte. »
Une ordonnance de police du 23 octobre de la même année, qui complète cette ordonnance royale, pour ce qui concerne Tautorisalion préalable et les règlements de voirie et de salubrité pubUque , a été remplacée par l'ordonnance suivante du 13 octobre 1850 :
« Art. 1". Aucune fosse d'aisances ne pourra être construite, reconstruite ou réparée, sans déclaration préalable à la préfecture de police.
« Cette déclaration sera faite par le propriétaire ou par l'entrepreneur qu'il aura chargé de l'exécution des ouvrages.
« Dans le cas de construction ou de
reconstruction, la déclaration devra être accompagnée du plan de la fosse à construire ou à reconstruire ou de celui de l'étage supérieur.
(( Art. 2. Seront dispensées de la formalité de la déclaration les reconstructions et réparations que prescriront les architectes de notre administration lors de la visite des fosses à la suite de la vidange.
« Art. 3. L'établissement des appareils de fosses mobiles reste soumis aux formalités et conditions énoncées aux articles 28, 29 et suivants de l'ordonnance sus-visée du 5 juin 1834.
(( Art. 4. Il est défendu de combler des fosses d'aisances ou de les convertir en caves sans en avoir obtenu la permission par le préfet de police.
« Art. 5. Il est interdit aux propriétaires et entrepreneurs d'extraire ou faire extraire par leurs ouvriers ou tous autres les eaux vannes ou matières qui se trouveraient dans les fosses.
« Cette extraction ne pourra être faite que par les entrepreneurs de vidanges.
« Art. 6. Il leur est également interdit de faire couler dans la rue les eaux claires et sans odeur qui reviendraient dans les fosses après la vidange, à moins d'y être spécialement autorisés.
« Art. 7. Tout propriétaire faisant procéder à la réparation ou à la démolition d'une fosse, ou tout entrepreneur chargé des mêmes travaux, sera tenu, tant que dureront la démolition et l'extraction des pierres, d'avoir à l'extérieur de la fosse autant d'ouvriers qu'il en emploiera dans l'intérieur.
« Art. 8. Chaque ouvrier travaillant à la démolition ou à l'extraction des pierres sera ceint d'un bridage dont l'attache sera tenue par un ouvrier placé à l'extérieur.
« Art. 9. Les propriétaires et entrepreneurs sont, aux termes des lois, responsables des effets des contraventions aux quatre articles précédents.
« Art. 10. Toute fosse, avant d'être comblée, sera vidée et curée à fond.
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(( Xvl. 41. Toute fosse deslinée à être conveiiie en cave sera curée avec soin; les joints en seront grattés h vif et les parties en mauvais état répai'ées conformément aux dispositions prescrites par les articles 5, 6, 7, 8.
« Art. 12. Si un ouvrier est frappé d'asphyxie en travaillant dans une fosse, les travaux seront suspendus à Tinstant, et déclaration en sera faite dans le jour, à la préfecture de police.
« Les travaux ne pourront être repris qu'avec les précautions et les mesures indiquées par Fautorité.
« Art. 13. Tous matériaux provenant de la démolition des fosses d'aisances seront immédiatement enlevés.
« Art. 14. Les fosses neuves reconstruites ou réparées ne pourront être mises en service et fermées qu'après qu'un architecte de la préfecture de police en aura fait réception et aura délivré un permis de fermer.
« Art. do. Pour Texécution des dispositions de l'article précédent, il devra être donné avis à la préfecture de police de l'achèvement des travaux , savoir :
pour les fosses neuves, par une déclaration écrite déposée au bureau de la petite voirie, et pour les fosses reconstruites ou l'éparées, d'après les indications des architectes de l'administration, par la remise au même bureau du bulletin laissé par l'architecte qui a prescrit les ti'avaux.
« Art. 16. Tout propriétaire qui aura supprimé une ou plusieurs fosses tVaisances pour établir des appareils quelconques en tenant lieu, et qui, par suite, renoncerait à l'usage desdits appareils, sera tenu de rendre à leur première destination les fosses (ïaisances supprimées ou d'en faire construire de nouvelles.
« Art. 17. Il est enjoint à tous propriétaires, locataires et concierges de faciliter aux préposés de notre administration toute visite ayant pour but de p'assurer de l'étiit des fosses et de leurs dépendances.
« Art. 18. L'ordonnance précitée du 23 octobre 1819 est rapportée.
« Art. 19. Les contraventions seront constatées par des procès-verbaux ou rapports qui nous seront transmis sans délai.
« Art. 20. Les commissaires de police, l'architecte-commissaire de la petite voirie, l'inspecteur général de la salubrité et les préposés de la préfecture de police sont chargés de l'exécution de la présente ordonnance. »
Les prescriptions contenues dans ces deux ordonnances ont été étendues par une ordonnance nouvelle du 1^"" décem-
Fij?. IT.M.
bre 1853 à l'établissement de fosses
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— ool —
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cVaisances dans les communes rurales du ressort de la préfecture de police.
Nous donnerons (fig. ITol) le plan et la coupe, à réchelle de O'^.O^ pour mètre, d'une fosse telle quelle doit être établie conformément aux prescriptions existantes. Les dimensions adoptées ici pour le plan sont de 2 mètres sur 2 mètres . Le trou d'extraction est placé sur le milieu de la fosse ; il est bon d'observer, contrairement à l'ordonnance de 1819, qu'il serait mieux placé au ras d'une des parois M).
Il existe aussi des règlements qui concernent la construction des fosses à proximité des murs séparalifs, mitoyens ou non.
En vertu de l'article 674 du Code civil, celui qui fait construire une fosse d'aisances, près d'un mur mitoyen ou non, doit exécuter les ouvrages prescrits par les règlements et usages particuliers.
Or, il est de règle et usage, en toute localité, de ne pas adosser une fosse d'aisances à un mur mitoyen ou non sans établir un contre-mur suffisamment bon et résistant pour empêcber l'infdtralion des matières.
L'épaisseur de ce contre-mur , qui varie selon les lieux, est, à Paris, fixée k 0-.32.
S'il y a une fosse de l'autre côté du mur, la distance entre les deux devra être au moins de 1 mètre. Celte distance est, au minimum, de 1°',30 s'il y a un puits d'un côté et une fosse de l'autre.
Une fosse d'aisances peut appartenir en commun à plusieurs propriétaires.
Dans ce cas, l'un des copropriétaires ne peut y faire un changement, sans le consentement de tous les autres ou sans y être autorisé par la justice. L'entretien, les réparations, la reconstruction sont cala charge de chacun des intéressés.
Fosse à fumier, à purin (voy. Fumier e).
Fosse à visiter ou à piquer le feu(\o\. Visiter).
(1) Liger, Fosses d'aisances.
Fossé, 5. m. — Rigole creusée le long d'un héritage ou d'une grande route, soit pour en marquer la limite, soit pour recevoir les eaux qui en découlent et servir ainsi à l'assèchement.
La forme des fossés bordant les chemins est celle d'un prisme, à base de trapèze ; leur ouverture varie de O'^joO à 1 mètre ; on donne à leur profondeur et à leur fond le tiers de celte ouverture.
Plus une terre est compacte, plus elle est argileuse, mieux on peut compter sur la durée du fossé. En outre, l'inclinaison à 45° paraît devoir être adoptée comme étant la meilleure pour les parois ; avec une inclinaison moindre, les éboulements sont toujours à redouter.
Les dimensions dépendent de la destination du fossé : si c'est un fossé de limite, on ne lui donne guère plus de O^'-ôo en largeur et en profondeur.
On donne le nom de berge k l'élévation qui résulte du jet de la terre, effectuée du côté intérieur du champ, si le fossé ne doit pas être mitoyen et des deux côtés également, en cas de mitoyenneté. Au bord opposé, lorsque le fossé doit être la propriété d'un seul, le marche-pied est une bande de terre de 0™,33, en deçà de laquelle il est seulement permis de creuser le fossé non mitoyen.
Les pluies d'orage, la violence du courant peuvent dégrader les fossés ouverts sur terrain à pente rapide ; on remédie à cet inconvénient en établissant de distance en distance de petits barrages qui diminuent la vitesse des eaux. Ces barrages sont simplement formés de clayonnages enlacés dans des piquets et gazonnés en talus ta l'amont et cà l'aval, afin d'éviter les afi'ouiliements. On multiplie ces barrages en raison de la rapidité de la pente.
Dans le cas où la surface du fond du fossé est trop plane et, par suite, la marche des eaux trop lente, il faut tracer, autant que possible, le fossé en ligne droite, parce que les coudes ont pour effet de ralentir le courant.
FOSSÉ