‹ Dictionnaire des termes employés dans la construction (volume 4)Chapitre 138 sur 349 · INGÉNIEUR · texte numérisé non relu

INGÉNIEUR

du bleu de Prusse, de l'argile et de l'iodure d'amidon.

Lindigo n'est pas employé dans la peinture à l'huile, parce qu'il noircit ou verdit sous l'infiuence des corps gras ; mais il fournit, dans la peinture en détrempe, des tons beaucoup plus beaux que le bleu de Prusse.

On le mélange avec du blanc pour faire du petit gris.

Il est bon de noter que les peintures à l'indigo ne doivent pas être exposées à l'action des rayons solaires.

Infiltration, s. f. — Pénétration des liquides dans les interstices des substances s^olides.

L'eau s'introduit dans les murs par infiltration et les désagrège ; les murs de fondations ou de caves, les murs de bassins, etc., sont particulièrement exposés aux infiltrations; on s'oppose à ce danger au moyen de matériaux de liaison hydraulique, ou d'enduits hydrofuges (voy. Ciment, Enduit, Mortier).

Des infiltrations dans les murs peuvent encore avoir lieu par accidents, tels que fuites de chéneaux, etc.

Infirmerie, s. f. — Local affecté au traitement des malades, dans certains établissements, tels que couvents, séminaires , collèges , prisons , hôpitaux, etc. (voy. ces mots), où sont réunis un grand nombre d'individus.

Ingénieur, s. m. — Mot qui vient d'engineor, engingneur, et qui désignait, au moyen âge, l'homme chargé de la fabrication, du montage et de l'emploi des machines ou engins (1).

Aujourd'hui, on donne spécialement ce nom à celui qui conduit et dirige, à l'aide des sciences appliquées, des travauxd'art, tels que l'érection des ponts, le tracé des voies, la construction des usines, des machines, des navires, des fortifications, etc.

(1) VioUet Le Duc, Dictwîinaire raisonné de l'architecture française.

INSCRIPTION

INSCRIPTION

Injection, s. f. — Voy. Conservation.

Inondation, s. f. — Débordement des eaux d'une rivière, d'un lac ou d'un étang, sur les propriétés avoisinantes.

Si le débordement d'un cours d'eau provient d'un fait imputable au propriétaire, celui-ci est responsable du dommage causé aux propriétés riveraines.

L'article 457 du Code pénal est ainsi conçu : « Seront punis d'une amende qui ne pourra excéder le quart des restitutions et des dommages-intérêts, ni être au-dessous de 50 francs, les propriétaires ou fermiers ou toute autre personne jouissant de moulins, usines ou étangs qui, par l'élévation du déversoir de leurs eaux au-dessus de la hauteur déterminée par l'autorité compétente, auront inondé les chemins ou les propriétés d'autrui. S'il est résulté du fait quelques dégradations, la peine sera, outre l'amende, un emprisonnement de six jours à un mois. »

Si une cave s'emplit d'eau, celui qui la possède est tenu d'aviser au moyen de la vider, faute de quoi les voisins limitrophes pourraient l'y contraindre.

Inoxydable, adj. — On donne ce nom aux métaux qui ne sont pas sujets à l'oxydation, au contact de l'air et de l'humidité. On les emploie pour préserver de la rouille le fer qui est, au contraire, un métal très oxydable. C'est ainsi qu'avec le zinc on fabrique le fer galvanisé, avec l'étain le fer étamé ou fer-blanc (voy. Ëtamage , Galvanisation).

Insalubre, adj. — Voy. Établissements insalubres.

Inscription, 5. f. — Caractères gravés ou peints sur le marbre, la pierre ou les métaux, pour conserver la mémoire d'une personne ou d'un événement ou pour indiquer la destination d'un édifice (voy. Paléographie).

Il ne faut pas confondre le sens de ce mot avec celui du mot épigraphe, qui est synonyme au point de vue grammatical. L'usage a voulu que ce dernier mot s'employât, dans le sens de devises ou légendes, de ces courtes inscriptions qui peuvent être placées accidentellement dans toutes les parties de la décoration des bâtiments, tandis que le mot inscription est réservé à tout ce qu'on écrit sur les monuments, pour en faire connaître Torigine ou la destination, pour rendre visibles et durables certains actes publics, pour perpétuer le souvenir des faits mémorables et des grands événements.

L'épigraphe ne contient ordinairement que quelques mots ingénieux et significatifs ; Yinscription peut comprendre un grand nombre de phrases, formant, quelquefois môme, un discours.

On s'explique facilement pourquoi les inscriptions furent si multipliées sur les monumente anciens , quand on songe que les livres et tous les moyens de faire circuler les idées, les lois, les faits et les renseignements utiles étaient beaucoup plus rares dans l'antiquité que de nos jours. C'est surtout chez les Égyptiens que l'on voit que les édifices publics servent, en quelque sorte , de livres ou de bibliothèques pubhques.

Les monuments furent ainsi couverts, dans toutes leurs superficies, grandes ou petites, de caractères liiéroglyphiques , écriture dont l'intelligence se perdit avec le temps et devint impénétrable jusqu'à la lin du siècle dernier (voy. Hiéroglyphes).

Les Grecs mirent plus de réserve dans l'emploi qu'ils firent des inscriptions ; cependant on en trouve un grand nombre sur les cippes, les colonnes et les murs, sans qu'on puisse y remarquer de régularité observée, soit dans les Ugnes, soit dans les lettres.

C'est surtout à Rome que l'on trouve des inscriptions disposées avec art. Les unes sont gravées sur des plaques de marbre rapportées ; les autres occu-

INSCRirTION.

INSCRIPTION

pent les frises et les architraves des portiques.

Lorsque Tarchitecte utilise les inscriptions sur les édifices, il a trois points à considérer : la place ou la disposition de ces inscriptions ; la manière de les écrire ; les soins à prendre pour les rendre durables.

Le choix de remplacement sur lequel doivent être gravées les inscriptions n'est pas indifférent ; ainsi, placées sur une frise , elles doivent êlre assez courtes pour ne pas occuper toute la longueur ; sur les bandes d'une architrave, les caractères doivent êlre diminués, et, par suite, deviennent difficiles à lire. C'est le goût de l'architecte qui doit décider de l'emplacement convenable.

La manière d'écrire a une importance particulière dans les inscriptions à plusieurs hgnes, telles que celles qui occupent, par exemple, les attiques des arcs de triomphe, les piédestaux des colonnes monumentales ou des statues, les tables dont on décore un grand nombre d'édifices. Il importe d'y employer des caractères de différentes dimensions, en réservant les plus grands pour les noms propres , pour les mots qui indiquent l'objet des inscriptions. Il faut faire en sorte, aussi, que les lignes soient de longueur différente et présentent des repos au lecteur, des intervalles variés à l'œil.

L'importance que présentent les inscriptions au point de vue de l'histoire des peuples et des monuments fait un devoir à l'architecte de les rendre durables, et d'employer les moyens les plus efficaces pour atteindre ce but. Le procédé le plus simple et le plus usité est de graver les inscriptions en creux et d'enduire ensuite ce creux d'une couleur. Les Anciens y ont presque toujours employé le rouge ou le carmin, et l'expérience a démontré que c'est la couleur qui résiste le mieux aux inffuences atmosphériques.

La figure 2003 représente une inscrip-

tion tracée en creux sur la façade de l'hôtel-Dieu d'Orléans.

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ŒSrmQMDHOSÎlLlSŒV^ll

Fig. 2003.

Un moyen plus dispendieux consiste dans l'emploi des métaux et, en particulier, du bronze. Il y a deux manières de placer sur la pierre les caractères fondus en bronze : on les pose sur le nu même de la pierre au moyen de crampons fondus avec eux et qui entrent dans des trous de scellement pratiqués pour les recevoir. Mais ce procédé est défectueux, en ce sens que les inscriptions scellées de cette façon peuvent être enlevées aisément'. Il vaut mieux incruster les caractères dans la pierre ou le marbre qui doivent les recevoir.

Dans ce cas, l'emploi des crampons et des scellements est une précaution de plus ; mais l'avantage de cette méthode consiste en ce que, les lettres pouvant être enlevées, V inscription n'en reste pas moins lisible.

On divise les inscriptions en plusieurs catégories :

1° Inscriptions religieuses, honneurs rendus aux dieux, aux demi-dieux et aux héros; vœux, dédicaces, cérémonies du culte, fondations, autels, sacrifices, libations, invocations, principes de morale ;

2° Inscriptions historiques, parmi lesquelles on compte les listes de guerriers morts pour la patrie, comme on en voit sur les colonnes commémoratives ; les textes contenant des noms de lieux et autres renseignements géographiques, comme en portent les pierres milliaires, etc.;

3° Inscriptions scientifiques, exprimant quelques principes des sciences, des procédés des arts, portant des noms d'artistes ou d'écrivains, etc.;

4° Inscriptions funéraires, tracées sur des cippes, tables, sarcophages, céno-

INTERSÉCANCE. — 176 —

laphes, et relatives à ce qui concerne les tombeaux et les funérailles. La ligure

2004 représente une inscription gravée sur un tombeau qui est placé clans réglise de Saint-Gilles (Gard) (i).

On donne le nom de caractères cunéiformes (voy. ce mot) ou cludiformes aux inscriptions des monuments de l'Assyrie, de la Babvlonie, de la Perse, de la Susiane, de la Médie, de TArménie, etc., composées de coins, ou de clous, ou de fers de flèche diversement groupés.

Nous devons encore citer les inscriptions indicatives des rues (voy. Plaque).

Insertum {Opus). — Voy. AppareiL

Inspecteur, s. m. — On désigne ainsi, dans une agence de travaux, dirigée par un architecte, celui qui est commis pour veiller à la construction d un édifice, d'un bâtiment quelconque.

Il a pour mission d'inspecter la qualité et la quantité des matériaux, d'en surveiller la mise en œuvre, selon les proportions et les formes déterminées par les plans et par les devis, et de faire en sorte que tout soit exécuté conformément aux projets arrêtés, aux lois des bâtiments et aux règles de l'art.

Intersécance, s. f. — Disposition d'ornements qui, dans un ensemble eurythmi(|ue, présentent des coupures marquant la mesure d'un plan sur un autre (voy. Alternance, Eurythmie).

(1) Monuments historiques.

IONIQUE

La figure 200o (1) offre un exemple (ïalternance et (X intersécance.

imUWJJAlW^AimM

Fig. 200j.

Intrados, 5. m. — Surface intérieure et concave d'un arc ou d'une voûte (voy. Extrados).

Ionique (Ordre). — On désigne ainsi le second des ordres grecs, qui, par ses proportions, par sa décoration et son caractère, tient le milieu entre le dorique et le corinthien, n'ayant ni la force de l'un, ni la richesse de l'autre.

L'origine de cet ordre répond-elle à ce que son nom même semblerait indiquer? L'Ionie est-elle la contrée où cet ordre fut primitivement appliqué à la construction des temples? C'est ce qui semblerait résulter d'un récit de Vilruve, dans lequel cet auteur raconte que les colonies ioniennes, parties de la Grèce pour s'établir en Asie-Mineure, fondèrent douze villes et bâtirent en commun le temple de Neptune Pannonien. Ce temple, semblable à ceux de la mèi'e patrie, était d'ordre ionique. Plus tard, voulant élever à Diane d'Éphèse un monument immense, magnilique, national, auquel contribueraient toutes les cités ioniennes, on chercha et l'on créa un ordre nouveau qui reçut le nom d'ordre ionique. A l'appui de cette assertion, on peut citer le passage de Pline ainsi conçu : « C'est dans le temple d'Ephèse que l'on donna aux colonnes des bases et des chapiteaux (avec volutes), et que l'on clioisit pour lai'geur de la colonne la huitième partie de sa hauteur. »

(1) César Daly, Revue d'architecture, 1851.

IONIQUE. - 177

Il paraît certain que l'ordre dorique a dû précéder Tordre ionique et qu'il était primitivement Tordre grec national , unique. Nonobstant, et quelle que soit Tautorité des deux écrivains cités plus haut, il est difficile d'admettre qu'aucun essai n'avait précédé la construction du temple d'Éphèse. Il est évident qu'un ordre, en tant qu'il fait partie d'un système aussi général que celui de l'architecture grecque, ne saurait être l'objet d'une inventionpropre, soit d'un homme, soit même d'une génération. En effet, un certain nombre de documents témoignent en faveur de l'ancienneté de Tordre ionique.

Un bas-relief du palais de Sargon, à Ninive, présente des colonnes qui ressemblent beaucoup à Y ionique par leur base et leurs petites volutes. Plusieurs monuments funéraires, découverts depuis quelques années dans l'Asie Mineure et remontant à une haute antiquité, sont précédés de portiques formés de colonnes ioniques; les cippes funéraires sont habituellement représentés sur les vases grecs par des colonnes ou des stèles à chapiteaux ioniques ; enfin, un grand nombre de sarcophages grecs et romains sont couronnés par un ornement qui offre, comme le chapiteau ionique, des volutes à ses deux extrémités. De ces faits, quelques-uns ont conclu que cette forme avait dû être affectée, à l'origine, à des constructions funéraires. Mais des fouilles récemment exécutées dans Tîle de Chypre ont mis au jour des monuments fort divers, dont plusieurs datent de l'époque où Tile appartenait aux Phéniciens, c'est-à-diî^e au VII'' siècle avant notre ère, et parmi eux Ton a trouvé deux chapiteaux de stèles ou de pilastres qui permettent d'éclaircir ce point resté jusqu'à présent si obscur. En outre, Pausanias nous signale un "■difice ionique construit Tan 648, un siècle avant le temple d'Éphèse ; c'est le trésor que Myron, tyran de Sicyone, fit élever à Olympe dans la 33« olympiade.

IONIQUE

De tout ce qui précède, on peut donc conclure que le temple d'Éphèse n'a été que le produit des efforts des générations précédentes, résumés dans une œuvre que son ordonnance belle et simple et son unité ont rendue le type devant servir de modèle pour l'avenir.

Toute TAsie, selon Pline, contribua à l'édification de ce monument qui, commencé par l'architecte Chersiphron de Gnosse, aidé de son fils Métagène, fut interrompue pendant un laps de temps très long et ne fut achevée qu'après deux cent vingt ans par Démétrius et Paeonius d'Éphèse. On sait qu'à peine consacré, ce magnifique édifice fut incendié par Érostrate. Dinocrate et Thrason furent chargés de le reconstruire. Pline rapporte que le temple avait 425 pieds de long, 220 de large, et que les colonnes avaient 60 pieds de hauteur. La charpente était en bois de cèdre, les portes en bois de cyprès. Cet édifice fut détruit de fond en comble, par les Goths, en 262, sous le règne de Gallien, et, depuis, on n'a pu retrouver aucun vestige qui en puisse révéler l'existence ; les seuls renseignements qu'on possède à l'égard de ce temple proviennent des écrits d'auteurs anciens.

Ainsi donc, à en croire ces récits, TAsie Mineure aurait eu le plus beau monument d'ordre ionique de l'antiquité.

On trouve cependant, parmi les édifices d'Athènes, des temples appartenant à cet ordre et qui sont très remarquables par leur élégance, leurs proportions et la variété de leur ornementation. On peut citer comme types d'ordre ionique les deux temples accolés qui formaient, dans l'acropole d'Athènes, le monument auquel on a donné le nom d'Érechthéion, dont on voit encore les restes assez bien conservés à peu de distance du Parthénon. L'une de ses divisions était consacrée à Minerve Poliade, l'autre à Pandrose. Construits à une époque très ancienne, mais brûlés par Xerxès, ces temples furent rebâtis du temps de Périclès. Les colonnes du porlique de

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Pandrose ont 7 '",64 de hauteur, et elles sont espacées de 3°^, 1-2 d'axe en axe. Le fùl, légèrement galbé, a un diamètre inférieur de 0"',85. Ces colonnes sont ornées de cannelures^ séparées par des filets; Tentablement n'a que les 0,22 environ de la hauteur des colonnes. L'architrave est à trois bandes, la frise est unie, et est exécutée, à l'extérieur, en marbre noir, tout le reste de l'édifice étant en marbre blanc. Les volutes des chapiteaux sont très développées et enrichies d'un grand nombre de spires (voy. Chapiteau).

Ici se présente une particularité que l'on ne rencontre pas dans les autres ordres : les contours des volutes forment deux faces du chapiteau ; les deux autres faces, c'est-à-dire les faces latérales, sont formées de ce qu'on appelle le balmtre, dont le gros bout va s'appuyer au revers des circonvolutions de la volute. Il s'ensuit que ce chapiteau a deux faces d'une manière et deux d'une autre ; par conséquent, lorsqu'on emploie l'ordre ionique dans une composition de colonnes, telle, par exemple, que celle d'un péristyle de temple, qui comporte un retour de colonnes, il arrive que le chapiteau d'angle doit présenter la face à volutes en avant et la face à balustre de côté. Si d'autres colonnes entrent dans la ligne du retour, le chapiteau d'angle serait alors à balustre du côté de ce retour, tandis que les colonnes du même côté présenteraient leur face intérieure, c'est-à-dire la face à volute.

Delà une certaine difficulté d'ajustement que l'on a cherché à résoudre de plusieurs manières. A l'Érechtliéion, pour que le chapiteau d'angle offrit deux faces semblables, l'une dans le front de l'édifice, l'autre dans la ligne de retour, l'architecte a imaginé de prolonger, en la courbant dans son plan vertical, la volute angulaire, de façon qu'en retour une volute semblable pût s'y accoupler, et les deux faces se sont trouvées pareilles. Toutefois, ce prolongement et cette courbure offrent, en plan surtout,

une irrégularité peu sensible, il est vrai, dans l'élévation, mais que les architectes modernes ont cherché à éviter. Ils ont tracé toutes les volutes du chapiteau ionique comme celles que nous venons de décrire, et, supprimant ainsi les balustres, ont établi une similitude complète entre les quatre faces. Les anciens ont, d'ailleurs, donné des modèles de cette disposition (voy. Chapiteau).

Le temple de la Victoire Aptère, construit également à Athènes, à l'époque de Périclès, offre aussi un beau spécimen du style ionique.

Si, maintenant, l'on compare dans leurs détails les deux ordres dorique et ionique traités par les Grecs, on voit combien ces détails contribuent à donner à l'ensemble de chacun de ces ordres un caractère tout spécial.

La base de \ ionique, ornée de nombreuses moulures, semble donner à la colonne une assiette élastique , tandis que par l'absence de ce membre, dans le dorique, le fût semble s'enfoncer dans la dalle. L'idée d'élasticité, de mollesse, ressort aussi des cannelures ioniques, profondes, séparées entre elles par des baguettes et arrondies haut et bas ; le renffement du fût vers le milieu ajoute encore à cet effet, qui apparaît surtout dans le chapiteau avec ses volutes : celles-ci, tout à la fois souples et résistantes, semblent, pour nous servir d'une comparaison vulgaire, faire ressort entre la colonne et la masse qu'elle supporte.

L'architrave, simple et unie dans le dorique, est allégée dans l'ordre ionique par trois divisions superposées. Un rang de perles et d'oves, séparant l'architrave de la frise, remplace la bande dorique. La frise, dépourvue de triglyphes, est un bandeau quelquefois décoré de sculptures et de peintures. Le fronton est moins haut, plus fin, sans décoration en ronde bosse.

Le dorique est donc court, puissant, trapu, et V ionique élancé, élégant, délicat. La nudité et l'austérité du premier

à la re-

lOMQUE.

font place, dans le second, cherche de la décoration.

Les Romains n'employèrent l'ordre ionique qu'accidentellement.

Le temple delà Fortune Virile, à Rome, parvenu jusqu'à nous dans un état de conservation assez remarquable, nous offre le type de Tordre ionique romain. Rien que Ton ne soit pas fixé sur l'époque de sa construction, on peut affirmer qu'il est antérieur à l'empire. Cet ordre n'a ni l'élégance, ni la richesse, ni les ornements de Yionique grec. Cependant les proportions convenables de l'ensemble augmentent l'intérêt que ce monument présente déjà au point de vue historique.

Quant à l'ordre ionique moderne, dont on voit des exemples à l'hôtel des Monnaies, et à l'église de Saint-Vincent-de- Paul, à Paris, voici quelles sont les dimensions relatives adoptées généralement pour les divers membres dont cet ordre est composé (fig. 2006) :

La hauteur de la colonne est fixée à 18 modules et l'on divise la hauteur totale en 19 parties dont on donne 3 à l'entablement, 4 au piédestal et le reste à la colonne.

On règle ensuite les hauteurs des diverses parties de l'ordre , conformément aux prescriptions indiquées cidessous.

L'entablement comprend :

La corniche 1 module 3/4.

La frise 1 module 1/2.

L'architrave. ... 1 module 1/4.

La colonne se compose également de trois parties :

Le chapiteau .... 2/3 de module depuis le dessous de l'abaque jusqu'audessous du quart de rond (voy. Chapiteau).

Le fût 16 modules 1/3.

La base 1 module.

Dans le piédestal on distingue :

La corniche 1/2 module.

Le dé 5 modules.

La base 1/2 module.

La partie supérieure du fût, au-des-

lONIQUE.

sous du filet, la face inférieure de l'ar chitrave et la frise sont au même nu.

iajirjj-

Fig. 2006.

La saillie de la corniche d'entablement comprend 1 module 13 minutes ; la largeur du fût au sommet, 1 module 12 minutes ; le socle de la base et le piédestal ont une longueur égale : 2 modules 16 minutes.

IRRIGATION

IRRIGATION

Le fût de la colonne est simple ou orné de cannelures.

Nous signalerons, en terminant cet article, le système de décoration par refends et par tambours appliqué, en France, aux colonnes ioniques comme aux colonnes doriques. Les colonnes du rez-de-chaussée du château des Tuileries (1), qui peuvent encore se voir aujourd'hui malgré l'incendie du palais en 1870, ont reçu une ornementation de ce genre. Ces colonnes sont du dessin de PhiUbert de l'Orme.

Irisation, s. f. — On sait que le verre qui a séjourné longtemps dans l'eau ou dans la terre humide, ainsi que les vitres exposées aux émanations ammoniacales des écuries, se recouvrent d'une irisation particulière, due à l'altération du verre.

MM. E. Frémy^et Clémandot se sont proposé de reproduire artificiellement ces irisations. Ils y sont parvenus en soumettant le verre, sous l'influence de la chaleur et de la pression, à l'action de Teau, acidulée d'environ quinze pour cent d'acide clilorhydrique. Toutes les espèces de verre ne se prêtent pas à Virisation; on pourra donc juger de la quaUté d'un verre en le soumettant au procédé de MM. Frémy et Clémandot.

Si le verre s'irise, il est facilement altérable. Les bouteilles destinées à contenir du vin ou du vinaigre ne doivent pas être altérables. Virisation est donc une sorte de réactif susceptible de donner des indications utiles sur la résistance du verre aux agents qui peuvent le décomposer.

Irrégulier, adj. — Voy. Appareil.

Irrigation, s. f. — Arrosement des prés, des terres, par des rigoles, des saignées ou des canaux.

Nous avons fait connaître à l'article Drainage les moyens employés pour

(1) P. Gliabat, Fiagme?îts d'architecture.

enlever au sol l'eau surabondante ; nous traiterons ici, d'une manière succincte^ des procédés que l'on appUque pour utiliser Teau en vue de l'amélioration des terres. Ces procédés donnent lieu à divers genres de travaux qui exigent l'intervention du constructeur. Ce sont les puits artésiens, les opérations de drainage, les sources, les pluies, les rivières et les ruisseaux qui fournissent les eaux utilisables pour les irrigations.

Vu l'incertitude qui préside à toute opération de forage, l'établissement de puits artésiens ne peut guère être recommandé que dans les pays chauds, où l'on arrose avec fort peu d'eau. Les eaux de drainage sont très fertilisantes ; mais on n'en dispose pas toujours au moment même où les irrigations sont nécessaires; il convient donc de les recueillir dans des réservoirs pour les utiliser en temps opportun.

Les eaux de sources ou les eaux souterraines cheminant dans un sol plus ou moins perméable et qui repose sur un sol suffisamment imperméable, peuvent se capter par des galeries ou par des barrages souterrains. Sous les torrents desséchés à la surface coule souvent un petit cours d'eau qui ne tarit jamais, même par les plus grandes chaleurs. Les Arabes, pour recueillir cette eau, pratiquent des tranchées dans le lit de gravier du torrent et les remplissent avec des espèces de clayonnages en alfa, séparés par des couches de sable fin. Ces travaux n'ont pas, on le comprend facilement, une sohdité ni une durée suffisantes. Il vaut mieux exécuter le barrage en béton, lorsque le ravin est étroit. Si le barrage souterrain doit avoir une grande étendue, on l'exécute plus économiquement en terre grasse mêlée de gravier et pilonnée avec soin. Dans le cas où le terrain imperméable se trouve à une . grande profondeur; on y parvient à l'aide , de puits que l'on réunit par des galeries | à leur partie inférieure. ]

Les eaux de pluies que Ton veut utili- , ser dans un système perfectionné d'irn-

IRRIGATION

IRRIGATION

ation sont recueillies dans des réseroirs. Ce procédé est surtout recomlandé dans les pays où le climat se prête rétablissement de ces ouvrages, où les lontagnes, avec leurs gorges profondes t leurs défilés étroits, semblent faites our faciliter Texécution des réservoirs t de leurs barrages.

Avant de procéder à cette exécution, n détermine la capacité que doitposséer un réservoir, en calculant le volume 'eau exigé pour l'arrosage des hectares irriguer et en tenant compte de ce que, ans la plus grande partie de la France t dans les circonstances ordinaires, un éservoir fournit annuellement 1,000 à ,:200 mètres cubes par hectare versant, i l'on veut construire un petit réservoir lacé au-dessus du niveau du terrain à •riguer, on creuse simplement le sol à ne certaine profondeur, et avec la terre revenant de ce déblai on forme une igue d'enceinte, que l'on se contente e pilonner, si le sol est imperméable, et ue, dans le cas contraire, on recouvre itérieurement d'un corroi formé de ible gras naturel ou d'un mélange d'arle en bouillie et de sable arrosé d'un lit de chaux. On taille les parois de la )uille et celles de la digue en redans et on pilonne le corroi en question par Duchés successives sur une épaisseur e 0°',08 à 0°^,10. On donne, en général, ces réservoirs une profondeur de 3 à mètres.

Les grands réservoirs s'établissent ms des vallées ou des phs de terrain ae l'on ferme par un barrage à leur irtie inférieure. Cette digue se fait, suimt les circonstances, en maçonnerie, 1 terre seule ou en terre revêtue de açonnerie sèche ou à mortier.

Les barrages en maçonnerie ne sont ihsés que pour des ouvrages d'une 'ande importance. Leurs fondations, ablies sur un sol parfaitement solide et compressible, sont faites par redans, épaisseur du barrage augmente du ►mmet à la base et son parement extéeur présente un fruit plus ou moins

considérable. Le parement intérieur est en talus droit ou concave ; il peut aussi être disposé par redans. L'épaisseur du barrage est calculée, comme pour les murs de soutènement, en tenant compte de la poussée de l'eau, du poids du mur et de la résistance du terrain. La maçonnerie doit être exécutée avec de très bonne chaux hydraulique, au moins dans une certaine épaisseur du côté de l'eau.

Il y a économie à employer les barrages en terre pour les réservoirs dont la profondeur ne dépasse pas 8 à 9 mètres. On donne ordinairement au talus , du côté de l'eau , 2°',o0 à 3 mètres de base pour 1 mètre à 2 mètres de hauteur. Le couronnement des digues, qui doit être arasé à 0",60 ou 0°',70 au-dessus du niveau de l'eau, reçoit une largeur de l'^joO à 2 mètres, suffisante même avec des terres médiocres.

L'établissement de la fondation exige des précautions minutieuses. Elle est faite par redans successifs ; le fond de la fouille est pioché, pour qu'il y ait une bonne liaison avec les premières couches de terres rapportées, qu'on pilonne et qu'on arrose, au besoin, de lait de chaux. Toutes les autres terres du remblai doivent être bien tassées par le passage des brouettes ; il vaut mieux employer le pilon.

La fondation doit présenter une grande profondeur vers le milieu de la digue. Il est même nécessaire, quand on ne dispose que de terres de médiocre qualité, d'élever, en ce point, un fort corroi en glaise, en sable gras ou en béton maigre. La partie supérieure de la digue est garnie d'enrochements ou de piquets clayonnés, qui la protègent contre les vagues et les mouvements de l'eau. Enfin, les berges du réservoir doivent présenter une forte inclinaison, pour qu'il n'y ait point, à Tépoque des basses eaux, de parties marécageuses.

Les barrages sont pourvus de déver-

IRRIGATION

IRRIGATION

soirs destinés à écouler, en cas de crues accidentelles, les eaux qui pourraient dépasser le niveau de la digue et la dégrader en s'écoulant à la surface. Ces déversoirs, construits en pierre, en briques ou en bois, sont placés à l'extrémité de la digue et font écouler Teau dans un canal de décharge. On leur donne seulement une largeur de quelques mètres dans les réservoirs moyens.

Les prises d'eau s'établissent de différentes manières. Dans les réservoirs de petite dimension, on fait traverser le corps même de la digue par une buse ou canal prismatique en bois, fermée du côté de l'étang par une vanne que l'on manœuvre de la chaussée avec une tige également en bois.

En France, on emploie souvent comme système de prise d'eau, dans un étang, les buses fermées par des bondes (voy.

ce mot); mais ce système convient mieux à la vidange de l'étang qu'aux irrigations, qui nécessitent une manœuvre fréquente et facile à graduer.

La prise d'eau la plus simple pour un réservoir d'irrigation consiste en un tuyau de fonte, traversant la digue, engagé en amont dans une tête en maçonnerie et fermé, à l'aval, par une vanne en métal qui glisse dans des rainures, ou bien, si la pression est considérable, par un robinet - vanne (voy. Robinet) semblable à ceux qui sont employés pour la distribution d'eau dans les villes. Une grille en fer ou en bois, placée en avant de l'aqueduc, dans l'intérieur du réservoir, empêche le poisson de sortir de l'étang et les mauvaises herbes d'obstruer le mécanisme de la vanne. Afin d'amortir les elîets de la vitesse très grande de l'eau à la sortie du réservoir, on la dirige d'abord dans de petits bassins, où son mouvement se ralentit, ou bien on garnit d'enrochements très solides l'entrée du canal de fuite.

Les divers moyens que nous venons de passer en revue et qu'on emploie pour se procurer l'eau nécessaire aux

irrigations ne sont apphqués que si l'eau des rivières et ruisseaux fait défaut.

La dérivation partielle du cours d'eau se fait dans un canal spécial, tantôt par* un simple bras, qui se soude à la rivière ou au ruisseau sans aucun ouvrage particulier, tantôt par un déversoir, par un aqueduc, par des vannes ou autres moyens analogues (voy. Vanne). Nous ferons seulement observer ici que les canaux communiquant librement avec les rivières, étant exposés aux inondations et aux ensablements, ne conviennent que pour de très petites rigoles, que l'on peut fermer avec un simple gazon. Dans tous les cas, et par ticulièrement si les canaux ne sont pas garnis de vannes, on doit disposer, en un point convenable, une enclave en maçonnerie, avec rainures, qui permet de placer des poutrelles destinées à empêcher l'introduction de l'eau en cas de réparations.

M. Hervé Mangon, dans VEncyclopédie pratique de l'agricultenr (article dont nous extrayons les détails que nous présentons ici), recommande, comme convenant très bien aux petites et moyennes irrigations, une disposition particulière de prise d'eau, appliquée en Algérie et en Espagne, dans les cours d'eau torrentiels, à lit mobile et à très

Fig. 2007.

basses eaux en été. On étabUt sur la rive du torrent une construction dont la

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figure 2007 représente la coupe, à l'échelle de O'",00o pour mètre, et qui est garnie de vannes à ditïérentes hauteurs. Ces vannes se manœuvrent de rintérieur ; la plus voisine de la surface de l'eau du torrent est la seule ouverte, de sorte que les graviers et les pierres qui roulent au fond de l'eau ne s'introduisent pas dans le canal d'arrosage, qui communique par un petit aqueduc voûté, destiné à le protéger contre les crues, avec Tnitérieur de ce petit château d'eau.

L'établissement des prises d'eau pour les très grands canaux d'irrigation nécessite des travaux considérables dont l'exposé n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage et qui varient d'ailleurs avec les circonstances locales. Nous ferons seulement observer, d'une manière générale, que la direction d'un canal, au point où il se raccorde avec le cours d'eau naturel, doit faire avec celui-ci un angle aussi aigu que possible. L'embouchure de ces canaux doit présenter un évasement raccordé par des courbes avec les rives du cours d'eau. Des revêtements en gazon, en clayonnage , en pisé et même en maçonnerie défendent ces raccordements contre les corrosions.

Pour maintenir l'eau d'une rivière audessus de son niveau naturel, à l'effet d'étabhr une prise d'eau, il faut établir des barrages (voy. ce mot) fixes ou mobiles. S'il s'agit d'un très petit cours d'eau, il suffit, pour former un barrage, de quelques pieux, de branchages, de gazon , de pierres et de gravier. Les barrages établis d'une manière plus solide varient beaucoup dans leur construction et leur disposition.

Les barrages à plan incliné du côté d'aval sont préférables aux barrages à paroi verticale, parce que ces derniers sont ordinairement détruits par les affouillemencs qui se produisent k leur pied. On construit très simplement ces ouvrages en remplissant de moellons bruts un coffrage formé de deux files de pieux et palplanches , réunis par des

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moises longitudinales et transversales.

On jette d'autres moellons en amont de la construction et, en aval, on drague le sol sur une certaine étendue ; puis on y enfonce de petits pieux à tête saillante et on remplit les vides avec des moellons qui forment un radier sur lequel l'eau achève de perdre son excès de vitesse.

On construit aussi quelquefois des barrages très économiques, composés de couches alternatives de fascines et de gravier, les rangs de fascines étant fixés entre elles et au sol par de forts piquets.

On donne à ces barrages une pente très douce en aval et l'on maintient le pied par une rangée de pieux suivis d'un enrochement ou d'une série de fascines ou paniers remplis de gravier. Sur les petits cours d'eau, on peut disposer les barrages perpendiculairement au courant; mais sur les rivières importantes, il vaut mieux les établir en ligne brisée ou en arc de cercle, avec la convexité tournée vers l'amont.

Les barrages mobiles les plus simples sont ceux à poutrelles et ceux qui sont composés de quelques vannes, que l'on manœuvre en raison du remous dont on a besoin.

Tels sont les ouvrages nécessaires à la captation des eaux destinées à V irrigation. Pour conduire ces eaux sur les terres qu'il s'agit d'arroser, on établit une canalisation complète , qui comprend : 1° les canaux d'amenée proprement dits, qui sont ceux dont nous venons de parler et qui ont un débit constant sur toute leur étendue; 2° les canaux d'arrosage qui leur font suite; 3° les rigoles, ou canaux secondaires, qui s'embranchent sur les précédents et qui se ramifient dans les champs à irriguer.

Par l'étude du terrain et la connaissance du volume d'eau nécessaire à l'irrigation, on détermine la pente et la section d'un canal ou d'une rigole.

Presque toujours, cette section a la

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forme d'un trapèze, dont les côtés forment les berges, également inclinées à raison de 1 à 2 mètres de base pour 1 mètre de hauteur, suivant que le terrain est compact ou peu résistant. Les talus sont recouverts de gazons semés ou rapportés. Si le terrain est ébouleux, on protège les rives par des clayonnages ou par des fascines, soutenus par des pieux ou par des murs. Si les canaux traversent des terrains très perméables, on a recours, afin de les étancher, à des corrois en terre grasse, pilonnés sur le fond et les bords des canaux.

Il peut arriver que le canal ou la rigole ait à passer au-dessus d'un cours d'eau naturel. Suivant les hauteurs relatives du canal et du cours d'eau, ce passage s'exécute, soit par un aqueduc ou un petit pont, soit par un siphon en maçonnerie ou en fonte et maçonnerie (voy. Siphon). Si le volume d'eau est peu considérable et l'espace à franchir assez

Fig. 2008.

faible, on peut employer les aqueducs à bâches et supports en bois, comme celui que représente la figure 2008 ; ce type est d'un usage très fréquent dans nos campagnes.

Lorsque le terrain que le canal doit traverser a une pente supérieure à celle que Ton veut adopter, on partage la longueur du canal en différents biefs d'une pente convenable, séparés par des chutes formées d'une ou plusieurs vannes, que l'on établit dans un ouvrage en maçonnerie, défendu en aval par un ra-

dier en maçonnerie contre les affouillements.

Aux prises d'eau établies à l'embranchement d'une rigole sur une autre, on pose des vannes en bois, quelquefois même de simples pelles en bois ou en tôle forte, glissant dans des rainures et manœuvrées à l'aide d'une crémaillère ou d'une vis.

Enfin, il est une classe de travaux d'art, toute spéciale aux canaux (ï irrigation et qui a une importance très grande. Ce sont les appareils de partage et de distribution des eaux entre plusieurs domaines ou terrains à irriguer.

Si l'eau est très abondante, il suffit de vannes mises à la disposition des intéressés, dont aucun n'est exposé à manquer d'eau. Si, au contraire, ce liquide est rare, il faut éviter tout gaspillage et assurer à chacun des intéressés un volume constant. On a donc recours à des appareils de distribution connus sous le nom de partiteiirs.

Supposons que l'on ait à partager l'eau d'un canal en deux parties égales ; on régularise le lit de ce canal, sur une certaine longueur; puis on élève au milieu une pile verticale à angle aigu, et de chaque côté de laquelle les deux branches du canal sont disposées d'une manière parfaitement symétrique. Le débit est ainsi partagé en deux volumes égaux que l'on peut diviser euxmêmes en deux parties égales et ainsi de suite.

Lorsqu'on a à distribuer l'eau en plus de deux parties égales ou en parties inégales , on l'amène dans un bassin, pour en rompre la vitesse et on la fait écouler en lame peu épaisse sur des déversoirs dont les largeurs sont proportionnelles aux volumes à débiter.

Quant à l'emploi des eaux d'irrigation sur le terrain, cette question est tout à fait du domaine de l'agriculture; sa solution ne donne pas lieu à des travaux d'art exigeant l'intervention du constructeur.

Législation. Accordée par la loi du

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29 avril 1845 à tout propriétaire qui veut se servir, pour Virrigation de ses propriétés, des eaux naturelles ou artificielles dont il a le droit de disposer, la faculté d'obtenir le passage de ces eaux sur les fonds intermédiaires, à la charge d'une juste et préalable indemnité, n'est pas une expropriation autorisée par cette loi, c'est une simple servitude d'aqueduc.

Le droit de réclamer la servitude de passage des eaux n'appartient qu'au propriétaire et l'obligation de concéder le passage n'existe qu'en faveur de Virrigation.

De plus, cette obligation ne peut être créée que par la décision du juge, qui accorde ou refuse, selon les cas, l'autorisation. Par exemple, il y aurait un cas de refus si les inconvénients du passage pour la propriété qui doit le subir devenaient plus considérables que le bénéfice que la propriété qui sollicite ce passage pourrait en retirer. Enfin, la quantité d'eau à détourner est proportionnée rigoureusement aux besoins d'irrigation du fonds à arroser.

Tous les fonds placés entre la propriété d'où les eaux doivent partir et la propriété à laquelle elles doivent aboutir peuvent être grevés de la servitude de passage des eaux. Le propriétaire d'un canal peut même céder à des tiers non riverains, des prises d'eau pour Virrigation de leurs propriétés, et les concessionnaires de ces prises d'eau peuvent réclamer le passage de ces eaux à travers les fonds intermédiaires pour Virrigation de leurs propriétés non riveraines (1).

L'indemnité doit être proportionnée au dommage réel du fonds traversé par les eaux. Elle doit être préalable, c'està-dire payée avant le commencement des travaux et sans prise de possession provisoire.

Celui auquel le passage est accordé a le droit de passer ou de faire passer sur

(1) Code Perrin, n» 2480.

le terrain occupé par le canal et ses francs bords pour les besoins de la circulation et du curage des eaux. Il peut déposer les curures sur ce terrain.

En vertu de la loi de 1845, les propriétaires des fonds inférieurs sont tenus de recevoir les eaux qui découlent des terrains arrosés, sauf l'indemnité qui peut leur être due. Cette indemnité ne peut être réclamjée par les propriétaires de ces fonds dans le cas où les eaux des fonds supérieurs y découlent naturellement. Les maisons, cours, jardins, parcs et enclos attenant aux habitations, ne sont pas soumis aux servitudes de passage des eaux destinées à Virrigation, et ne sont pas tenus de recevoir celles qui y ont servi. Il faut remarquer ici que le terme attenant ne doit pas être pris dans le sens de dépendant. Une cour, un jardin, un parc, peuvent, en effet, dépendre d'une maison d'habitation, bien qu'ils en soient séparés ou même éloignés. Les voies publiques mêmes sont soumises à la servitude d'aqueduc ; mais, alors, c'est l'administration qui règle les conditions et l'exercice de cette servitude.

Les tribunaux civils sont compétents pour juger des contestations auxquelles peuvent donner lieu la fixation du parcours de la conduite d'eau, de ses dimensions et de sa forme, ainsi que les indemnités et, en général, tous les différends qui peuvent naître à l'occasion de ce droit de passage.

La servitude d'aqueduc s'éteint de la même façon que toutes les servitudes analogues. Elle disparaît si les eaux tarissent, si le canal vient à être abandonné, s'il tombe en désuétude.

La loi du 11 juillet 1847 complète la

loi de

par son article 1", aux

termes duquel tout propriétaire qui veut se servir, pour Virrigation de ses propriétés, des eaux naturelles ou artificielles dont il a le droit de disposer, peut obtenir la faculté d'appuyer sur la propriété du riverain opposé les ouvrages d'art nécessaires à sa prise d'eau.

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