Données pour
Passons à la Plata et à l'Uruguay.
Plata et Uruguay. — Les contrées situées sur les rives de la Plata et de l'Uruguay produisaient jusqu'au milieu du XIX' siècle des laines communes et d'aspect sauvage, mais à partir de 1850 environ on introduisit dans les bergeries de ces pays des mérinos et des métis mérinos de race française qui transformèrent les troupeaux, et après quelques années les laines dites de Buenos-Ayres et de Montevideo prirent, à côté des laines d'Australie, une place importante dans l'industrie européenne.
Voici l'évaluation des quantités de laine produites «t exportées par la Plata et l'Uruguay depuis 1860 : Production de la laine à la Plata et dans l'Uruguay
Production
Années
Kilog.
Années
Kilog.
On n'a pas fait le recensement des troupeaux de la Plata et de l'Uruguay, mais d'après les quantités de laines exportées de Buenos-Ayres et de Montevideo, on peut les évaluer ensemble, en 1898, à 80 millions de moutons environ.
Aux États-Unis et dans les autres pays de l'Amérique du Nord, l'élevage du mouton a pris également un grand développement au cours du XIX= siècle et l'on estime à 37.656.960 têtes le troupeau des États de l'Union. Il est remarquable que le phénomène observé en Europe se produit également en Amérique. A mesure que le territoire américain se peuple et est cultivé davantage, le nombre des moutons tend à diminuer. En 1885, on avait recensé 48.322.331 moutons et agneaux : c'est le chiffre le
plus élevé du siècle. En 12 ans, l'effectif du troupeau de l'Union a diminué de 22%. Cette proportion paraît bien grande, et il ne faut pas oublier qu'il y a des incertitudes dans les statistiques américaines; mais le fait de la diminution des troupeaux est certain.
Nous avons dit que l'élevage des troupeaux es Europe était orienté depuis longtemps déjà vers la production intensive de la viande, et qu'il en étaU résulté partout un abaissement dans la qualité, par-; ticulièrement dans la finesse des laines. Les colO'^ nies anglaises et l'Amérique espagnole n'ont paa échappé à cette influence. Depuis que la population de ces contrées est devenue plus dense, et surtout depuis que l'export. des viandes fraîches par navires frigorifiques a pris une grande extension, un grand nombre de troupeaux, soit à la Plata, soit en Australie, ont été dirigés dans le sens d'une production plus abondante de viande. Afin d'augmenter le poids vif et d'obtenir des animaux d'un développement plus précoce, les éleveurs de la Plata et de r.\ustralie ont croisé leurs brebis avec des béliers d'origine anglaise, et ils ont par là même diminué la production des laines mérinos fines et augmenté celle des laines croisées. Dans quelques pays, ces croisements ont donné des résultats assez satisfaisants, en ce sens que les laines croisées obtenue ont conservé un certain degré de finesse et restent classées dans les belles et bonnes laines à peigne;! mais en beaucoup d'endroits, particulièrement à la] Plata, les croisements, lorsqu'ils n'ont pas été faits] judicieusement, ont beaucoup nui à la laine, les] produits croisés retournant assez vite au typ&i du mouton primitif du pays, dont la laine a l'aspectl
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sauvage et dont la partie ossease trop développée nuit même au rendement en viande. Quoi qu'il en soit, le fait certain et d'importance capitale est que nne grande partie des troupeaux de la République Argentine, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande ont perdu le caractère de la race mérinos métisse du type espagnol et français, et que la production des laines fines mérinos a considérablement diminué dans le monde depuis 4 ans. C'est cette rareté de la laine fine qui explique la bausse à laquelle nous assistons. X la fin de 1899, au moment où nous écrivons ces lignes, le peigné mérinos du type 1 de Buenos-.\yres vaut, au marché à terme de Roubaix, 6fr.7o, alors qu'il valait 3 fr.80 en 1895 et 4fr. aO en 1898.
En dehors des troupeaux existant en Europe, en .\mérique et dans les colonies anglaises, il y a une certaine quantité de moutons dans les régions plus on moins civilisées et connues de r.\frique et de l'Asie. Il est impossible d'en faire l'évaluation, même d'une façon approximative. Si l'on tient compte des quantités de laines exportées de ces pays dans les contrées manufacturières d'Europe et d'Amérique, quantités qui ne dépassent pas 90 millions de kilog., on peut dire que les troupeaux d'Asie et d'Afrique dont la laine sert à l'industrie s'élèvent à environ 35 millions de tètes; mais il est certain qu'il existe dans ces vastes contrées, si mal connues pour la plupart, un nombre bien plus important de moutons, dont la laine est employée sur place pour les consommations locales.
En négligeant ces quantités inconnues, voici comment on peut évaluer approximativement le nombre des moutons visibles existant dans le monde à la fin du X1X« siècle :
Quantité totale apparente des moulons existant dans
le monde à la fin du XIX' siècle et produit de leur
tonte annuelle.
Têtes Troupeaaxde l'Europe continentale environ 108.642.000 Troupeaux de la Grande Bretagne — 30.567.000
Troupeaux des colonies anglaises — 126.695.000
Troupeaux de la République .\rgen-
tine et de l'Lrnguay — 80.000.000
Troupeaux des États-Unis — 37.657.000
Troupeaux des autres pays (quantités exportées) — 33.000.000
Total apparent, environ 418.361.000 Production en laine brute (suints Kilog.
et lavées) environ 1.030.000.000
Production en laine lavée à fond — 368.000.000
Nous venons d'examiner les faits relatifs à la production de la laine dans le monde, passons à l'examen de ceux qui se rapportent au commerce des laines.
11. Commerce des L.\ines. — Les laines se vendent en suint ou en lacé. La laine en suint est la laine telle qu'elle tombe du mouton, chargée de toutes les impuretés de la bergerie ou du pâturage et du suint proprementdit. C'estensuint que sontvendues aujourd'hui la plus grande partie des laines de toutes provenances ; cependant la laine est encore parfois vendue en lavé, soit par le producteur luimême, qui fait passer son troupeau avant la tonte dans une rivière, afin d'enlever les impuretés les plus grossières: c'est ce qu'on appelle le lacé à dos; soit par des propriétaires de lavoirs, où les toisons sont lavées après la tonte d'une façon plus ou moins complète : c'est le lavé à chaud. Autrefois ces laveurs de laine avaient une assez grande impor-
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tance, soit en Espagne, soit en France; ils étaient devenus de véritables spéculateurs, achetant an moment de la tonte des quantités plus ou moins grandes de suint qu'ils revendaient ensuite en lavé au moment qu'ils jugeaient favorable. Ces intermédiaires jouaient ainsi un rôle parfois important dans le commerce local des laines. Aujourd'hui ils n'exercent plus aucune inOnence et leur nombre diminue de jour en jour. On comprend eu effet qu'il y avait un grand intérêt, alors qne les prix du transport étaient très élevés, à débarrasser la laine d'impuretés dont le poids représente 50 à 55 Vo du poids total; mais l'abaissement des prix du fret et des transports terrestres a rendu l'opération du lavage sur place, qui se faisait d'ailleurs d'une façon toujours insutlisante, beaucoup moins intéressante qu'autrefois. Aussi le commerce des laines tend à se faire de plus en plus en suint on en lavé à dos, dans les pays où les cours d'eau se prêtent à cette préparation sommaire.
Le prix des laines est extrêmement variable, non seulement à cause de la différence des qualités et de la variété si grande des espèces, mais par suite des rendements différents d'un même genre de laine. Prenons des toisons de laine mérinos de valeur absolue à peu près équivalente, de provenance française et de provenance argentine. La toison française sera généralement plus chargée que la toison de Buenos-Ayres. Le mouton français vit pendant une grande partie de l'année dans une bergerie et sur son fumier : sa toison sera donc chargée de crottes et de paille, tandis que le mouton de la Plala, vivant toute l'année dans le pâturage, sera dans nne large mesure exempt de ces impuretés. Nos montons français ramassent, en traversant les routes, au moment de la sécheresse, une quantité plus ou moins considérable de poussière qui alourdit la toison et dont le plus souvent sont à l'abri les montons de l'Argentine. De leur côté les montons de la Plata sont souvent chargés de gratterons, qui enlèvent à leurs toisons de la valeur et du rendement. On voit par ces exemples, que l'on pourrait multiplier à l'infini, combien de causes peuvent influer sur le prix des toisons de même qualité, lorsqu'on les considère à l'état de suint. .Même complication si l'on envisage la valeur intrinsèque de la fibre : selon que la pousse s'est faite normalement ou irrégulièrement, sous l'influence de conditions climatériques favorables ou non, les toisons d'une même bergerie ont une valeur parfois très différente. Anssi doit-on se rendre compte que les prix de la laine en suint n'ont de véritable signification que pour l'acheteur de laine, capable d'apprécier le rendement en lavé à fond. C'est sur ce prix du lavé à fond qne se font en réalité tons les marchés, bien que ce prix n'apparaisse pas dans les transactions ; mais en fait jamais un prix n'est accepté par le vendeur et l'acheteur, sans que chacun d'eux n'ait évalué de son côté ce qu'il croit être la valeur du kilog. de laine lavée à fond. Lors donc que l'on est en présence d'un prix de laine, soit en suint, soit en lavé, il faut savoir quel est le rendement de cette laine en lavé à fond. Lorsque, par exemple, une laine mérinos de France se vend en snint 4 fr.3o le kilog., cela ne nous apprend rien sur sa véritable valeur ; mais si nous savons que son rendement en lavé à fond a été estimé à 38",, nous sommes exactement renseignés, car nous savons que cette laine a été achetée sur la
LAINE
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base de 3 fr. oo en lavé à fond, c'est-à-dire à l'état pur. On comprend que ces calculs ne peuvent être faits que par les hommes du métier ; aussi, lorsqu'on veut être renseigné rapidement sur le mouvement des prix de la laine, le moyen le plus simple et le plus sûr est de prendre la cote du marché à terme de la laine peignée, soit à Roubaix, soit à Anvers, ou les prix d'un type de peigné bien déterminé d'une qualité fixe de laine d'Australie ou de laine croisée. Nous donnons ici les prix du marché à terme de Roubaix pour le peigné de Buenos-Ayres, type 1.
Prix du peigné de Buenos-Ayres, type 1, du marché
à terme de Roubaix-Tourcoing.
(Nota. — Les prix de 1877 à 1888 ont été relevés sur des ventes privées, la cote ofHeielle du marché à terme n'existant que depuis 188'J.) Années Prix aiikilog. I Années Prix aukilog.
Fr. Fr.
Nous croyons utile de donner aussi, d'après le tableau dressé par MM. César Poulain et Charles Marteau, le prix de la laine de Champagne en lavé à fond, depuis 1789 jusqu'à la fin du XIX" siècle. On pourra suivre ainsi le mouvement de dépréciation de nos laines, que nous avons déjà signalé comme ayant exercé une si grande influence sur le développement de notre agriculture et de notre industrie.
Prix de la laine de Champagne, lavée à fond, pendant
le cours du XIX' siècle.
Années
1809(niajiiDUDi)
Prix au kilog.
Fr.
Années
Prix au kilog Fr.
Autrefois, et pendant toute la première moitié du XIX° siècle, la laine se vendait soit chez le pro-
ducteur, soit dans des foires et marchés spéciaux. C'est ainsique d'importantes transactions se faisaient à la foire de Beaucaire, sur le marché d'Arles, dans le midi de la France, à Breslau, à Pesth, à Vienne, à Varsovie, à Karkof, et dans plusieurs villes de la Vieille-Castille, de l'Estramadure et de l'Andalousie. Aujourd'hui les marchés locaux ont perdu de leur importance, et s'ils conservent encore quelque activité, ce n'est plus là que se font les cours de la laine, comme autrefois. Ces cours sont aujourd'hui réglés par les transactions faites, soit directement en Australie, sur les marchés de Melbourne et de Sydney, et à la Plata sur ceux de Buenos-Ayres et de Montevideo, ou aux ventes de Londres, de Liverpool et de Marseille. C'est en ellet sur ces trois marchés que viennent s'entreposer la plus grande quantité des laines étrangères qui ne sont pas vendues sur place : Londres reçoit les laines d'Australie, Liverpool les lainescommunesde toutes provenanceset les mohairs de Turquie, Marseille les laines communes du bassin de la Méditerranée. Enfin, il arrive au Havre une quantité, assez faible d'ailleurs, de laines de la Plata, qui sert surtout à alimenter an marché à terme de ces laines.
Afin de donner une idée de l'importance prise dans l'ensemble du commerce de la laine par le marché de Londres, nous croyons devoir en présenter ici le mouvement général, en y joignant l'indication des quantités de laines de mêmes provenances qui ont échappé à l'action de ce marché. Voir ci-après le tableau, extrait des belles circulaires annuelles de MM. Frédéric Iluth et C'«.
On voit quelle est l'importance du marché de Londres en ce qui concerne les laines d'Australie et du Cap. Sur 1.994.000 balles exportées en 1898 de ces deux contrées, 1.088.000 balles ont passé par les enchères de Londres, c'est o4°/o de la totalité. Mais il faut observer le mouvement très vif qui tend à diminuer l'importance du marché anglais. En 1889, les enchères de Londres avaient vu passer 1.236.000 balles de laines coloniales sur un total de 1.695.000 balles, c'est-à-dire 72 Vo de la production. Ainsi, de 1889 à 1898, les quantités vendues à Londres ont baissé de 1.236.000 balles à 1.088.000 balles, soit un déficit de 148.000 balles, ou 12 Vo, et dans cette même période de 10 années les achats directs en Australie et au Cap ont passé de 459.000 balles à 906.000 balles, soit une augmentation de 447.000 balles ou 97 »/„.
Si l'on considère que la laine de la Plata échappe
Importations de Laines coloniales en Europe et en Amérique, pour la saison, et leur répartition entr l'Angleterre et l'Étranger (le tout par milliers de balles).