XL.* DROGON
Ce prélat qui fut aussi pieux que savant , et qui défendit le trône et l'autel avec un égal courage , était fils de Charlemagne ; à la mort de l'Empereur , il fut relégué dans un cloître par son frère Louisle-Débonnaire. A 20 ans, il entra dans les ordres, et monta, en 824, sur le trône épiscopal de Metz, où l'appelèrent les vœux unanimes du peuple et du clergé.
Il prit un soin particulier de son Eglise , l'enrichit d'une foule de libéralités , y mit les lettres en honneur. Angelrôme se fixe à, Metz, et dédie à Drogon son commentaire sur le livre des Rois;
Raban-Maure son traité sur les Chorévêques, Le Chant romain fait dans cette ville de nouveaux progrès : on vient de toutes parts l'y étudier. Drogon consacre plusieurs évêques qui s'étaient formés à son école , et notamment Saint Ausgarius , premier archevêque de Hambourg , qu'il créa métropolitain du Danemarck et de la Suède.
Mais le saint zèle de cet illustre prélat ne le détourne point de ce qu'il doit à son faible et malheureux frère. Seul de toute sa famille , il lui demeure constamment fidèle. Il lui ramène l'impératrice Judith, à qui Pépin son fils, roi d'Aquitaine, avait fait prendre le voile à Poitiers, et il fait prononcer son absolution dans un concile à Aix-la-Chapelle,
Lorsque , dans le Champ-du-Mensonge, entre Bâle et Strasbourg , Louis indignement trahi et trompé par ses fils révoltés , fut abandonné de presque tous les siens, Drogon retint dans son parti quelques seigneurs qui suivirent en Allemagne ce prince détrôné. Dès-lors il ne cessa d'employer tout son crédit pour lui faire recouvrer sa couronne, et il eut le bonheur d'y réussir. Il força l'archevêque de Rheims Abbon , principal auteur de la déposition de Louis , à se rétracter solennellement dans une assemblée générale de la pation à Thionville , où Abbon lui-même est dépouillé de son siège. Louis y est de nouveau proclamé empereur. De-là il se rend à Metz avec toute sa cour, et le dimanche de la sexagésime 885, dans l'église cathédrale, Drogon lit, en présence d'un
peuple nombreux, la rétractation d'Abbon : il salue Louis , Empereur des Français ; sept évêques lui replacent la couronne sur la tête.
Cinq ans après, lorsque Louis était occupé à étouffer une révolte en Acquitaine , Drogon , secondé par Adalbert , comte de Metz, arrête sur le Rhin Louis de Bavière , qui venait encore envahir les Etats de son père. Louis revient en hâte pour punir ce fils rebelle, U tombe malade dans une île du Rhin auprès de. Mayence } il succombe à tant de chagrins , et meurt dans les bras de Drogon qui lui fait pardonner à son coupable fils.
En 844) i' s acquitta heureusement d'une mission très-délicate. Le pape Sergius s'était fait consacrer sans attendre la confirmation de l'Empereur Lothaire. Celui-ci envoie Drogon en Italie pour examiner la conduite du pape , et il fait appuyer sa mission par une armée que commande son fils Louis. Drogon convoque les évêques , préside l'assemblée, fait valider l'élection , et réconcilie Sergius avec l'Empereur* des Français. Le pape reconnaissant, institue Drogon son vicaire général dans les Gaules et dans la Germanie : il ordonne de rendre à l'évêque de Metz la même obéissance qu'au saint Siège.
A son retour de Rome , Drogon préside un conseil dans le village d'Yutz.
Enfin , après avoir siégé près de trente-deux ans, il se noye ;\ la pêche, le 7 novembre 855 , dans l'abbaye de Luxen en Bourgogne.
( 299 ) LXI.C ADVENCE,
Cet évêque dut sans doute sa promotion à l'amitié dont son prédécesseur l'avait honoré. Né à Metz , élevé dans le palffis de Drogon , il vécut à la cour, et s'engagea, trop avant peut-être, dans les affaires politiques..
Il prit grande part aux résolutions du concile tenu à, Metz en 85g, pour réconcilier Louis de Germanie avec Charles- le-Chauve qui portait une affection singulière à Advence. Mais sa conduite fut loin d'être exempte de reproches dans les scandaleux débats que causa le divorce de Lothaire avec ïheudeberge.
Quoique purgée par l'épreuve de l'eau bouillante , la reine est déclarée coupable d'inceste par les intrigues d' Advence dans trois conciles tenus à Aix-la-Chapelle en 860 , 861 et 862. Son mariage est annulé , et Lothaire épouse Valdrade sa concubine.
Condamnée à être enfermée dans un cloître , Teudeberge s'enfuit à Rome 5 le pape Nicolas s'intéresse à ses malheurs. Il casse les décrets des trois conciles, en convoque un à Metz au mois de février 863 ; il y envoie des légats pour le présider. Ces légats se laissent corrompre, le divorce de Lothaire est confirmé (1). Le pape Nicolas demeure inflexible : il refuse de ratifier cet inique juge-
(1) L'un des canons de ce concile ordonne aux Laïcs de restituer à l'Eglise les biens dont ils rayaient de'pouillee. Un certain comte Bévin s'était emparé de presque tous les domaines de l'abbaye d« Gorzc.
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ment, et le fait casser la même année par un con^ cile tenu à Rome , et qui assimile celui de Metz au brigandage d'Ephèse. Les archevêques de Trêves et de Cologne qui , dans cette affaire , s'étaient laissé corrompre , sont déposés (i). Advence s'empresse de montrer le plus amer repentir 5 il s'excuse humblement dans plusieurs lettres au pape , sur l'obéissance qu'il devait à son souverain : il abjure son erreur , déteste ses fautes : Charles-le- Chauve intercède pour lui (2)5 enfin Nicolas se laisse fléchir et pardonne (3).
Moins sensible aux censures du saint Siège , Lothaire continue de vivre avec Valdrade. Le pape en témoigne son mécontentement : Advence se justifie auprès de lui dans une longue lettre , où il déclare , avec chagrin , que le roi est sourd à ses remontrances. Valdradre est excommuniée. Le
(1) Voici comme s'exprime ce concile de Home : Synodum çuœ,» • in metensiutn urbe.... indicamus esse cassatam et cum Epliesino latrocinio reputatam.. . adulterisfaventem et prostibulumappellari decernimus.
Le quatrième canon déclare coureuse et pillarde infâme , et frappe de l'excommunication Ingeltrude, femme du comte Bosson, qui avait e'té favorablement traitée dans le même concile de Metz. Histoire des évêques d© Metz, page aija.
(a) Dans sa lettre au pape, le Roi de France dit de Fevêque:
Ipse Adventius nobis fdelis et amicus existiti et cum omni
devotione deposcimus ut nostrd petitione apud auctor'Uatem vtstram se sentiat adjuuarL
(3) Le pape , après lui avoir reproche' , dans une longue lettre , sa faiblesse et ses lâches complaisances pour Lothaire, termine ainsi : Le Dieu tout puissant vous pardonne miséricordieusemeni êout ce que vous ave* commis par fragilité hiwuûne, Hjst» dtt iyéques, page 2fo.
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clergé force en quelque sorte Lothaire à repren* dre la reine Theudeberge : Advence eu informe le pape, et lui assure qu'elle est traitée avec tous les égards dus à son rang et à sa qualité d'épouse. Mais le pape n'est point satisfait de cette réconciliation apparente , et informé que Lothaire continuait d'entretenir un commerce criminel avec Valdrade, il menace Lothaire lui-même des foudres de l'excommunication. Dans ces extrémités 9 Advence craignant de funeste éclats, conseille à Lothaire de. venir se faire absoudre par trois évêques au château de Floranges près de Thionville.
Mais , sur ces entrefaites , Lothaire lève une armée pour soutenir son frère Louis contre les Sarrasins 5 il part pour l'Italie , et meurt, en 869, a Plaisance , absous de ses fautes parle pape Adrien, sur les sollicitations d' Advence.
Charles-le-Chauve , dont Advence était Pami , profite du crédit de l'évêque pour se faire reconnaître roi de Lorraine, à l'exclusion de Louis de Gérmanie son frère , et de l'Empereur Louis son neveu.
Advence entraîne le peuple et le clergé par ses discours. Lui-même, après avoir proclamé, dans une courte harangue, l'unanimité des vœux pour Charles-le-Chauve, il lui place, dans la cathédrale t la couronne sur la tête , en présence d'une foule de seigneurs et des évêques du royaume, le 9 septembre 869.
Advence fit faire de grandes donations à son église , par Charles -le - Chauve, par Lothaire et
par Louis de Germain. Il fçnda la riche abbaye de Neumunster auprès de Tholay.
Il assista à plusieurs conciles en France , fut admis dans les conseils des rois qui lui confièrent des négociations importantes. On remarque qu'il éluda constamment d'aller à Rome , quoiqu'appelé par le pape dont sans doute il craignait le ressentiment.
On a de lui quelques poésies latines : il fit luimême son épitaphe en vers élégiaques , et mourut en 875, dans la dix- huitième année de son pontificat.
LXn.* WALA.
Fils du comte Blidric, il fut élevé dans le chapitre de Metz, et lorsqu'il fut promu à Tépiscopat7 il eut la sage modestie de prier le célèbre Hinckmar , archevêque de Rheims , de l'éclairer de ses conseils. Il fut décoré du pallium , ce qui n'empêcha pas le pape de le réprimander pour avoir voulu forcer un jeune homme d'épouser Walate sa parente , qui s'était déshonorée par ses ga* lanteries.
Mais le courageux prélat racheta cette faute en faisant en quelque sorte une croisade contre les Normands.
En 882 , ces barbares , après avoir saccagé Mastricht , Cologne , Liège , Aix-Ja-Ghapelle et un grand nombre d'autres villes, s'étaient jetés sur Trêves. Il avaient laissé cette ville en flammes , et &e portaient sur Metz. Wala fet Adélard 3 cprnte de
Metz, soulèvent le pays, marchent contre les Normands , les rencontrent entre Sierck et Rémich , le jeudi saint, n avril 882. La bataille est ' sanglante, Wala y périt au premier rang, le casque eu tête , Adélard aussi.
Cependant , malgré la mort des chefs de l'armée, la valeur des Messins impose aux Normands: ils n'osent aller plus loin , et Metz est préservée de leurs fureurs.