ET SES DÉTRACTEURS
Un jour que j'étais dans ma cabane, et que Couveley, dans le petit jardin, faisait au pastel une de ces plages qu'il reproduit souvent si heureusement, Baquet s'approcha de lui, regarda ses dessins quelque temps; Buquet était rouge et avait les yeux ardents. Tout à coup : C'est pas ça, Mouchel, lui dit-il, vous m'avez appelé maladroit hier — il faut dire que maladroit est» au Havre, une des injures les plus graves qui puissent être adressées à un homme,
— voleur, canaille, se supportent, — mais on ne répond pas à « maladroit'; » cela équivaut à un soufflet. Je n'ai rien dit hier, ajouta Buquet,
— à cause de M. Âlphonche, mais, ce matin, j'ma soûlé exprès — et je m'fiche de M. Alphonche jusqu'à demain matin — il peut me chasser, me battre, m'exterminer, ça m'est égal ; c'est pourquoi, Mouchel, mon bm ami, faut s'aligner à quéque chose — à ce qu£ vo«^* voudrez — depuis l'épingle j usqu'au canon —
ou pour mieuK dire, v'ià deux triques, deux
bâtons de longueur que j'ai cachés dans rhfri)e ce matin — l'arme normande, l'arme des braves; *— vous avez de l'éducation, vous devez
savoir tirer le bâton : — c*est donc à la trique qu'on ya s'expliquer; tous avez dit que j'étais un maladroit^ — c'est ce qu'il s'agit de prouver.
Et Buquet mit les deux bâtons en croix, à terre, devant Couveley, et fit la partie du salut des bâtonnistes qui se fait avant de prendre les armes ) mais Couveley restait un peu étonné.
Il faut dire que quoiqu'il ait, en effet, reçu de l'éducation, ses parents ont négligé de lui faire apprendre l'art du bâton. Pour Buquet, il ra<massa une des armes et acheva le salut en faisant tourner et siffler le bâton autour de sa tète, etquiplos est autourdelatéte de Couveley.
Couveley est rageur, il aurait fini par prendre l'autre bâton, et il se serait fait assommer. Je crus devoir alors intervenir; mais, ainsi qu'il l'avait annoncé, Buquet se fichait de moi jusqu'au lendemain matin^ et je ne pus préserver Couveley qu'en prenant moi-même le second bâton et en désarmant Buquet d'un coup heureux et bien exécuté , me félicitant d'avoir reçu de l'éducation, finire mes bons souvenirs de Sainte-Adresse,