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cointe d'assister à l'examen de certaines Chartres, qui devait se faire à Saint-Germain-des-Prés. Il s'en excusa absolument : « Les religieux de Saint-Germain, lui ditil, font faire si bonne chère à leurs convives, et les pressent d'une manière si gracieuse, qu'il est vraiment trop difficile de n'être pas de leur avis, v
{A un. franc. )
Sculpteurs.
M. le marquis de Louvois, surpris j d'apprendre par Puget lui-même qu'il n'était pas content de ce que le roi lui avait donné, lui demanda ce qu'il souhaitait des statues qu'il ferait dans la suite. <i Je demande, dit Puget, que Sa Majesté me les paye selon leur valeur, « Le ministre en parla au roi. « Il faut, répondit-il, que Puget s'explique plus clairement. » M. de Louvois le pressant de lui dire plus précisément ce qu'il souhaitait, Puget, à ce qu'on assure, lui demanda une somme très-considérable.
« Le roi n'en donne pas davantage à ses généraux d'armée, répliqua le ministre.
— J'en conviens, répondit Puget; mais le roi n'ignore pas qu'il peut trouver facilement des généraux d'armée dans ce nombre d'excellents officiers qu'il a dans ses troupes ; mais qu'il n'est pas en France plusieurs Puget (1). m
(Bougerel, Mémoires sur les hommes illustres de Provence.)
Girardon, passant un jour devant la fontaine des Innocents, chef-d'œuvre du fameux Goujon, la voit masquée par des échafauds. Surpris, il s'informe du motif qui les a fait élever. « Monsieur, répond unmarchand auquel il s'était adressé, c'est pour la leblanchir. — La reblanchir! s'écrie le sculpteur ; la reblanchir ! » Animé de l'esprit de son art, il monte à l'échafaud. « Je te défends, dit-il à l'ouvrier, sons peine de punition, de commencer ton maudit ouvrage, que tu n'aies reçu de nouveaux ordres. » A ce ton décidé , le maçon n'osa désobéir. L'oi die fut promptement donné de jeter bas les échafauds.
{Almanach littéraire.)
Il) Voir fanecdotede laGabriclIc, t. i, p. 222.
Arrivé à Paris, avec un de ses chefsd'œuvre (la statue de Mercure), Pigalle, à l'iiivitation de plusieurs artistes habiles, l'exposa dans son atelier à l'examen des amateurs. Un jour qu'un grand nombre de personnes étaient venues pour la voir, un étranger, après l'avoir examinée avec la plus grande attention , s'écria : <i Jamais les anciens n'ont rien fait de plus beau! » Pigalle qui, sans se faire connaître, écoutait les jugements divers qu>^ l'on portait de sou ouvrage, s'approche de l'étranger et lui dit : «■ Monsieur, avez-vous bien étudié les statues des anciens .^ — Eh ! monsieur, lui répond avec vivacité l'étranger, avez-vous, vous-même, bien étudié cette figure-là.' »
[Journal (le Paris, 178G.)
On avait placé dans une des cours de l'Institut, où le vieux Houdon avait son atelier, une Diane qu'il avait faite et dont il était très-Ger.
De temps en temps, on voyait l'artiste sortir de son atelier marchant à petits pas, fort affairé, ayant sous son bras un petit |)lumeau, une brosse, des linges. Il s'approchait de sa Diane, et, se hissant sur une chaise, il commençait son nettoyage. Nettoyage délicat, plein d'égards et de sollicitude, où l'on devinait la main d'un père et d'un amant. Il chantonnait en frôlant de son doigt cette jolie jambe qu'il avait modelée et qu'il connaissait si bien. Parfois il s'arrêtait tout court, envoyait du bout des lèvres un petit baiser joyeux, et reprenait sa brosse. Il la voyait sans doute sourire sous ses caresses, sa chère Diane ; il en était fier, l'ayant pétrie de ses propres mains, et il réchauffait ainsi sa vieillesse en souriant' aux fruits de son passé.
Les promeneurs le trouvaient bien un peu original, ainsi perché sur sa chaise et le plumeau à la main , mais on disait : <c C'est M. Houdon qui dorlote sa fille. » Et on passait en saluant.
(G.Droz, Opinion nationale.)
Second mariage.
La femme de Pisisirate était pleine de vertu, et après sa mort, son marine crut pas pouvoir mieux honorer sa mémoire
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qu'en"prenant une'autre femme. Quand il fut sur le point de se remarier, ses enfants lui venant demander s'il le faisait ])our quelipie mécontentement qu'il eût reçu d'eux : « Au contraire, leur répondit-il, je suis si content de vous, que je ne me remarie que pour avoir d'antres enfants qui vous ressemblent. »
(Saint-Evremoniana.)
Secours insuffisant.
Il y avait, dans ce temps-là, à la cour, nn aumônier du roi, l'abbé de Balivière, qui, avec les goûts les plus opposés à son état, tels que la chasse et le jeu, n'en remplissait pas moins exactement les devoirs. 11 passait la plus grande partie de la nuit à jouer, mais il ne se couchait jamais sans dire sou bréviaire. Bon , simple et charitable , ses niaiseries et son ignorance étaient parfois amusantes. Je ne sais comment il se mêlait à toutes ses actions une teinte de ridicule. Un jour, à la chasse du cerf, il rencontra un piqueur qui venait de se casser la jambe : il descendit avec empressement de cheval.
C'était au milieu d'une forêt, par conséquent loin de tout secours. Le blessé poussait des cris affreux. Le bon abbé, ne sachant que lui offrir, lui proposa une prise de tabac.
(M. de Lévis, Soufe/iirs et portraits.) Secret bien ^ardé.
Le prince d'Orange étant en marche pour une expédition secrète, un officier le pria de lui faire part de son dessein : « Èlés-vous capable de bien garder mon secret? lui demanda le prince. — Oui, mon général. — Eh bien, et moi aussi. » {Improvisateur français.)
«■ Si je pensais, disaitlloche, que mon bonnet connût mes plans, je le jetteraisau feu. »
(De Bonnecliose, L. Hoche.)
Secret d'Etat.
La romlessc de Sahran, maîliesse du Régent, ayant \ouIu profiter d'un mo-
ment de débauche pour tirer de Son Altesse ini secret d'État, le duc la prit par la main, la conduisit devant une glace, et lui dit : « Regarde-toi !... et vois .si c'est à nn aussi joli minois qu'on doit pailer d'affaires. »
(De la Place, Pièces intéressantes et peu connues.)
Secret (Un) calant.
Tenez, me dit M"" Mars en me
montrant un magnifique diamant qui étincelait à son doigt, je vais vous raconter l'histoire de cette bague. Oh ! ne vous attrndez point à quelque drame compliqué et terrible. C'est une histoire toute simble et inachevée , une comédie sans dénoûment.
En 18.., je jouai le rôle de mademoiselle de Beauval dans Bruets et Palaprat. En quelques mots, voici l'analyse de la pièce : « Brueis et Palaprat sont dans la situation la plus critique; la comédie du Grondeur, leur seule espérance, vient d'être sifflée. Que devenir.' que faire? Déjà l'huissier, M. Grapin , frappe à la porte, armé de l'arrêt de saisie; il entre, il est entré...
La prison va s'ouvrir. Une femme, un ange souriant , vient à l'aide des deux poètes : c'est mademoiselle de Beauval, la charmante comédienne ; comme eux, elle a des dettes; mais il lui reste un diamani d'un grand prix : « Prenez-le, « dit-elle à Palaprat , qui est resté libre.
Survient le duc de Vendôme, qui arrive au dénoùment comme le Deus ex machina; il apporte la liberté de Brueïs, et ainsi reviennent dans la maison de nos deux poètes la liberté, l'abondance et la joie. Ce que le diamant de mademoiselle de Beauval avait commencé, la générosité de M. le duc de Vendôme l'achève.
Toute celte petite intrigue est fort simple, vous le voyez, ce qui ne l'empêcha pas d'obtenir un véritable succès. Le soir de la représentation de Brueis et Palaprat, le régisseur, comme c'est l'usage, me remit le diamant qui devait sauver les deux amis. C'était un morceau de verre grossièrement taillé, entouré d'un anneau de cuivre. Je le pris sans y faire atiention et le rendis à un garçon de théâtre.
Deux jours après , on donnait encore celte jolie comédie ; ce soir-là , il y avait
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5:il!e ronilile. Sur le point d'ontrcr ru i- scène, à la place de la bague de l'avant- ■' veille, le régisseur m'apporta un élégant écrin en velours bleu clair accompagné d'un billet coquettement cacheté. Un doux parfum s'en exhalait. Je regardai le message et le messager avec étounement.
'< Madame, me dit-il, cet écrin et cette lettre sont pour vous. On me les a remis à l'instant. — Qui donc? — Un domestique en livrée, qui m'a recommandé de remplacer la bague d'avant-hier soir par ci'lle-ci. «
En disant ces mots, il me tendit l'écrin; je l'ouvris : jugez de ma surprise, il renfermait le plus beau brillant qu'on put voir! Un instant je fus éblouie de l'éclat des mille feux qui s'échappaient de sa riche prison de satin et de velours. Puis, jetant les yeux sur la lettre que je tenais sous ma main , j'en rompis précipitamment le cachet, espérant qu'elle me donnerait le mot de cette singulière énigme.
Voici à peu près ce qu'elle contenait :
« La bague que j'ai vue au doigt de mademoiselle de Beauval n'était digne ni d'elle ni de vous. Acceptez celle-ci, madame , sans hésitation pour le présent sans crainte pour l'avenir. Elle ne cache aucune pensée profane, aucun désir coupable. C'est à l'artiste seule que cette bague est offerte. Celui qui la lui envoie restera tonte sa vie le plus inconnu de ses admirateurs ; il en prend ici l'engagement, sur sa parole de l)on et loyal gentilhomme. »
Je cherchai un nom au bas de ce billet ; il n'était pas signé. J'aurais voulu refuser cette bague et ne pas la passer à mon doigt, car le généreux désintéressement de celui qui me l'envoyait m'était suspect, je l'avoue. Mais comment faire ? la toile était levée... le public attendait... La nécessité m'ôta tout scrupule.
J'entrai en scène. Durant la représentation ; mes yeux cherchèrent à deviner l'auteur de la lettre mystérieuse, mais inutilement. Le spectacle fini, je regagnai ma loge, en proie à une rêverie inquiète. La piemière chose que remarqua ma femme de chambre fut ce diamant. Je lui racontai son étrange origine.
» Madame, me dit-elle, cette pierre doit être fausse. — Pourquoi ? lui deniandai-je. — Si elle était vraie, la valeuren serait énorme : elle est fausse, j'en suis sùie. — Tu crois.' Eh bien! tant
mieux ! Los grands s('igucuis (pii font de pareils présents à une femme de théâtre sont pour la plupart des maichands fpii léclament tôt ou tard le montant de leur faclun-, et je n'ai nulle envie d'acquitter celle-ci. »
Tout en parlant de la sorte, je gardai soigneusement, et comme malgré moi, la lettre de mon admirateur inconnu.
Ma loge se remplit bientôt d'un brillant essaim de célébrités. J'interrogeai tous les visages, sans aucun profit pour ma curiosité. L'heure du départ sonna; la foule d'oisifs et de causeurs disparut. Lors(pie je me trouvai seule avec ma femme de chambre :
« Je vais bien étonner madame, me dit-elle gaiement. — Saurais-tu le nom du chevalier vertueux qui a écrit le biUet :' m'écriai-je vivement — Non , réponditelle, mais je sais le prix du diamant, ce qui vaut mieux. »
Je la regardai sévèrement.
« Tenez, madame, excusez-moi, je n'ai pas pu y tenir. Tandis que madame causait dans sa loge, j'ai été le montrer à H"*, le fameux lapidaire du Palais- Royal. Oh! madame, le beau diamant !
M. H'" l'a estimé trente mille francs.
C'est la plus belle eau qn'il ait vue de sa vie, m'a-t-il dit ; et ces gens-là s'y connaissent. »
Je fis un mouvement d'étonnement, et grondai cette fille de la démarche qu'elle avait faite sans mon aveu.
« Dame ! reprit-elle avec un sérieux comi([ue, dans le cas où l'on présenterait demain à madame la facture de cette bague, il faut bien qu'elle en sache le prix. Si l'on n'était point prévenu de ce qu'on doit, on ne serait jamais en mesure de payer ses dettes, »
Les jours, les mois, les années se passèrent sans que j'entendisse parler de mon inconnu, — c'était ainsi queje le nommais. Son diamant restait enseveli dans mon coffre à bijoux. Je n'osais plus m'en parer ; il me semblait que c'était un dépôt qu'on m'avait confié, et que tôt on tard on viendrait réclamer. Cependant, je ne trouvais jamais ce diamant sans une vive émotion. Un jour, je dînais chez un des artistes de la Comédie-Française , lorsqu'un vieil ami de ma mère vint m'annoncer que tous mes diamants avaient été volés. Je courus à mon hôtel — J'y trouvai mes gens consternés et le désordre
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prtoiit. La nouvelle n'était que trop vraie. Grâce" à l'activité de la police et à force d'argent, je découviis l'auteur du vol; il fut arrêté, jugé et condamné aux galères, comme vous le savez. Revenons à mes diamants. La justice me les restitua presque tous , démontés et en fort mauvais état ; mais, hélas ! à mon grand regret, la bague mystérieuse se trouva au nombre des pierres qu'il me fut impossible de retrouver, et la singularité de l'aventure en faisait pour moi une véritable pierre précieuse ; aussi fut-elle la plus regrettée.
A quelques années de là , la baronne de B"' m'invita à un grand bal costumé. Tout ce que Paris renfermait à cette époque de distingué, de spirituel et de célèbre devait s'y trouver réuni. Comment vous retracer ici le tableau de cette fête? Ce fut une nuit d'enchantements. Trois heures du matin sonnaient lorsque je songeai à me retirer. Au moment où je franchissais la porte d'un petit boudoir que le signal du bal avait rendu désert , une main se posa sur mon bras. Je tressaillis et regardai avec une sorte d'épouvante le hardi fantôme, qui s'anéta devant moi.
<i Remettez-vous , ma chère enfant , et n'ouvrez pas ces grands yeux curieux. »
Il n'y avait pas de quoi frémir assurément, car ce hardi fantôme n'était qu'un élégant cavalier. Son masque me dérobait son visage ; mais , en dépit du soin qu'il prenait de se cacher, je vis bientôt, — les femmes ont le coup d'oeil rapide, — que j'avais affaire à une taille svelte et à une main fine et blanche, qui dénonçait un gentilhomme. Celui-ci portait le costume des grands seigneurs de Charles VII : une jietite toque de velours bleu , surmontée d'une agrafe étincelanle de pierreries et fièrement posée sur sa tête, laissait passer les boucles soyeuses de cheveux noirs et abondants. A ses mouvements, empreints de noblesse et de vivacité, je devinai ([ue cet homme devait être jeune encore.
Lui et moi , nous gardâmes quelques instants le silence. J'attendais qu'il parlât.
« Avez-vous oublié la représentation de Dnuïs et Palaprat? me demanda-t-il enfin d'une voix profondément émue. — Non, lui répondis-je étonnée; comment l'auiai-ie oubliée ? — Merci, merci mille
fois, reprit-il en me serrant la maiu avec transport. C'est le souvenir du cœur, celui-là ; je n'avais pas le droit de l'exiger : oh ! c'est le meilleur, il ne s'efface jamais. L'autre a disparu ; l'avez-vous regretté? »
En prononçant cette phrase, il appuya sur le mot l'autre avec un accent qui pénétra jusqu'au fond de mon âme. 11 était impossible de ne point le comprendre.
" Oui, m'écriai-je , entraînée malgré moi ; oui, je l'ai regrettée, non à cause de sa valeur, mais parce qu'il y avait en lui un mystère fait pour occuper et troubler nue imagination de femme et d'artiste.
— Et si vous le retrouviez, en épronveliez-vous quelque joie.? — Une bien grande, je vous le jure. — Surtout, poursuivit-il tristement , s'il vous était rendu avec son auréole romanesque ? — Vous dites vrai, » répondis-je, livrée à une émotion que je ne pouvais cacher.
Mon cœur battait violemment, j'oubliais le lieu où se passait cette scène , ces lumières, ce bruit, cette fête étiuce-
laute Je fus toute au passé, toute au
souvenir, toute à celui que le hasard, après tant d'années écoulées, avait rapproché de moi. Ma main se trouvait dans la sienne ; il la pressa avec une tendresse infinie, ses lèvres s'y posèrent... Je renonce à analyser ce que j'éprouvai alors. Je sentais que j'avais mille questions à lui adresser,., et elles s'ariêtaieut en se glaçant sur mes lèvres Il me regarda
([uelques secondes encore, comme en proie à un combat intérieur, et sans que j'eusse le courage de l'interroger et de le retenir ; puis il sortit brusquement en me jetant ces mots , que je n'oublierai de ma vie :
« Un homme d'honneur doit immoler les désirs les plus impérieux de son cœur à sa parole. Je vous l'ai promis, madame, etcpioi qu'il m'en coûte, je resterai le plus iiicunnu de vos admirateurs. Adieu...
adieu pour toujours. »
Je fus anéantie ; je portai involontairement ma main à mes lèvres et je poussai un cri : j'avais au doigt le diamant de Drueïs et Palaprat. C'était bien lui. A défaut de mes yeux, mon cœur me le faisait reconnaître. Je parcourus les salons de la baronne de B'" sans retrouver cet homme étrange; il avait quitté le bal.
" Comment ! lui dis-je après un moment de silence, vous ne revîtes jamais
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votre inconnu? — Jamais, reprit-elle avec tristesse. — Quel dommage qi^e les l)aguesne parlent pas! m'écriai-je. — Folle (pie vous êtes ! y pensez-vous ? mais que deviendrions-nous, bon Dieu, si nos bijoux étaient Indiscrets ? »
(M™* Roger de Beauvoir, Confidences de i>/"« Mars.)
Secret surpris.
Louvois, se promenant ?eul un matin d'assez bonne heure sur la terrasse de l'Orangerie de Versailles, rêvait, et de temps en temps s'arrêtait pour écrire au crayon le résultat de ses idées. Deux jeunes gens de la province s'y promenaient également à quelque distance; ayant reconnu M. de Louvois , ils crurent devoir é\iter sa rencontre et tournèrent d'un autre coté , de manière cependant à ne le point perdre de vue.
Bientôt le ministre , après avoir regardé sa montre, dirigea ses pas vers le chàteaH ; et les deux jeunes gens reprirent le chemin de la terrasse, lis y étaient à peine , qu'ils trouvèrent par terre un papier sur lequel la curiosité leur fit jeter les yeux. Ce papier était peu lisible; ils réussirent pourtint à déchiffrer que c'était un plan de campagne. Leur premier mouvement lut de suivre le ministre, pour lui remettre cet écrit; mais une réQexion les retint : « Si ce chiffon, se dirent-ils, contient le secret de l'État, concernant la campagne prochaine, quel risque ne courons-nous pas en nous livrant à un ministre ombrageux et défiant à qui sa politique ne suggérera pas moins que de s'assurer de nous jusqu'à la fin de cette même campagne ! »
Dans la crainte des recherches qui pourraient être faites, les deux jeunes gens ne trouvèrent rien de mieux à faire que de sortir au plus tôt du parc, et de s'en retourner à Paris. Là, plus tranquilles, après avoir examiné de sang-froid le papier dont il s'agit, le résultat de leur travail fut d'acquérir la certitude que la première opération de la campagne procliaine en Flandres serait le siège de Mons. Tous deux logeaient dans le voisinage du Luxembourg, où s'assemblaient alors tous les matins les nouvellistes de Paris. Les deux amis, que les spéculations, les disputes et les gageures de ces messieurs
avaient quelquefois amusés, ne manquèrent pas de s'y rendre dès le lendemain, <:e se mêler dans la conversation, et de hasarder leurs conjectures sur les projets secrets du cabinet de Versailles : conjectures mal accueillies et tournées même en ridicule par les grosses perruques qui présidaient à ce grave et tranchant tribunal. Sur quoi, feignant d'être piqués au jeu, les deux nouveaux politiques proposèrent de fois à autres quelques gageures de peu d'importance, qu'ils s'attendaient à perdre et qu'ils perdirent en effet, jusqu'au moment où les troupes entrèrent en campagne, qu'ils gagèrent, envers et contre tous, que la ville de Mons serait attaquée ou investie la première ; et l'événement , conforme à l'espérance des deux provinciaux , leur procura le double plaisir de confondre ces importants gobe-mouches, et de passer à leurs dé[)ens quelques mois de plus à Paris.
( Mémoires-anecdotes. )
Secrétaires discrets.
Une princesse s'étant montrée curieuse de savoir de Clément XIV s'il ne craignait rien de l'indiscrétion de ses secrétaires : « Non, madame; j'en ai cependant trois, 1) ce qu'il dit en montrant les trois doigts dont il se servait pour écrire.
{Improvisateur français. )
Séduction {Moyens de).
M™eCornuel voyait M'"^ de Lionne avec de gros diamants aux oreilles (1), et en sa présence même elle dit : « Il me semble que les gros diamants sont du lard dans la souricière. »
(Corbinelli, Lettre à M>ne de Grignan.)
Séjour {Prolongation de).
IW^e d'Angoulême, étant venue en hàle de Tours à Paris, elle y laissa tout son train chez un chanoine, en dessein de retourner aussitôt à Tours. Ceux qu'elle avait amenés avec elle à Paris lui disaient : « Mais, madame, nous ne sommes pas assez pour vous servir; prenez donc
(() M"" (le Lionne était Tibérale pour sçe amants pauvre».
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