‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 12 sur 180 · LAT · texte numérisé non relu

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Jit : Si non payatis, brttlabo vestiuin ahbatlain. Les moines ne résistèrent plus. ( Comte de Neuiliy, Souvenus. )

liatiniste.

Ou disait du cardiual Bembo, savant laliiiiste etcicéronien consommé, qu'il ne lisait point la Bible, et ne récitait pns sou bréviaire, de peur de perdre le goût de la belle latinité.

{Hist. del'Ac. desUell.Lttt.)

Un Athénien, qui portaitune poutre sur l'épaule , heurta violemment Diogeiie et se miteusuite à crier : Gare ! Quelques jours après, Diogène ayant rencontré le même homme, lui asséna un grand coup de bâton sur la tète , en lui criant à son tour : « Gare ! gare ! «

( Diogène de Laerle. )

Une femme de Macédoine sollicitant une affaire, et Philippe la lemettant toujours : « Cessez doue d'être roi, lui dit-elle, si vous ne rendez justice à chacun. »

Julien r.\postat , en entrant dans le palais de Constance, commença par en bannir le lu.\e, la mollesse et la fainéantise. Un jour qu'il avait envoyé chercher un barbier, il s'en présenta un superbement vêtu. Le prince le renvoya en lui disant : « Ce n'est pas un sénateur que je demande, mais un barbier. »

Un joui', tandis que Saladiu délii^crait avec ses généraux sur les opérations de la guerre, une femme lui présenta un placet. Saladin lui fit dire d'attendre : « Et pourquoi, s'écria-t-elle, ètes-vous notre roi, si vous ne voulez pas être notre juje? — Elle a raison, » répondit le sultan. Il quitta l'assemblée, s'approcha de celte femme, écouta ses plaintes, et la renvova satisfaite.

(Panckoucke.)

Lorsque Solimau II, le plus grand empereur qii'uient eu les turs, marchait à la ((inquéle de Belgrade, nue feu)me du commun s"«pprociia de lui, et se plaignit

amèrement de ce que, pendant qu'elle dormait, des soldats lui avaient enlevé des bestiaux qui faisaient toute sa richesse : « 11 fallait que vous fussiez ensevelie dans un sommeil bien profond, lui dit en riant le sultan, puisque vous n'avez pas entendu ^euir les voleurs. — Oui, je dormais, seigneur, répondit-elle, mais c'était dans la confiance que Votre Hautesse veillait pour la sûreté publique. » Soliman, assez magnanime pour approuver ce mot, tout hardi qu'il était, répara convenablement un dommage qu'il aurait dû empêcher.

( Blanchard, École des mwurs. )

Louis XI!, lorsqu'il n'était encore que duc d'Orléans, apprit qu'un gentilhomm»de sa maison avait maltraité un paysan M ordonna qu'on ne servit point de' pain a ce gentilhomme, mais seulement de la viande. Ayant su qu'il en murmurait, il le fit appeler, et lui demanda quelle était la nourriture la plus nécessaire. L'officier lui répondit que c'était le pain : «Eh! pourquoi donc, reprit le prince avec sévérité, étes-vous assez peu raisonnable pour maltraiter ceux qui vous le mettent à la main.-* »

Un marchand nommé maître Jean, séduit par la complaisance avec laquelle Louis XI le recevait souvent à sa table, s'avisa de lui demander des lettres de noblesse. Ce prince les lui accorda; mais lorsque ce nouveau noble parut devant lui, il affecta de ne pas le regarder. Maître Jean, surpris de ne point trouver le même accueil, s'en plaignit. « Allez, monsieur le gentilhomme, lui dit le roi, quand je vous faisais manger avec moi, je vous regardais comme le premier de votre condition ; mais aujourd'hui que vous en êtes le dernier, je ferais injure aux autres si je vous honorais de la même faveur. <•

( Duclos, Histoire de Louis XI. )

La première fois que M. le dauphin (fils de Louis XIV) monta achevai, étant sorti du parc de Versailles, il demanda ce (jue c'était que des chaumiuesquise présentaient à ses yeux : on lui répondit que c'étaient des maisons de paysans ; et comme il témoignaitavoirpciueà le croire,

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M. de Montaiisier, son gouverneur, le fit dépendre declie\al, et l'ayant fait entrer dans la première cabane qui se rencontra : » Voyez, dit-il, monseigneur, c'est- sous ce chaume et dans celte misérable retraite que logent le père, la mère et les enfants qui travaillent sans cesse pour payer l'or dont vos palais sont ornés, et qui meurent de faim pour subvenir aux frais de votre table. »

IMdwo-ires-cuiccdot.)

Jacques J"" , roi d'Angleterre , étant un jour à table avec plusieurs seigneurs, parmi lesquels se trouvaient deux évèques, il leur demanda s'il ne pouvait pas prendre l'argent de ses sujets quand il en avait besoin, sans toute cette formalité du parlement. L'un des évèques ne balança pas à répondre qu'il le pouvait puisqu'il était roi. L'autre, interrogé et jiresséde dire son sentiment, répondit : « Je crois en effet que Votre Majesté peut jirendre légitimement l'argent de l'évèipie mon frère, car il l'offre. »

( Blanchard, Ecole des mœurs.)

Helvétins étant à Paris, son carrosse fut arrêté dans une rue par une charrette chargée de bois. Helvétius, impatienté de la mauvaise volonté et de la lenteur du charretier, le traita de coquin. » Vous avez raison , lui dit cet homme : je suis à pied, et vous êtes en carrosse. — Mon ami, lui dit Helvétius, je vous demande pardon ; vous venez de me donner une excellente leçon, ([ue je dois payer. » 11 lui donna six francs, et le fit aider par ses gens à ranger sa charrette.

(Panckoucke. )

Un jour, dans la cour des Tuileries, Napoléon I*"" se mit à apostropher trèsrudement Talleyrand, qui essuya .sans répondre ou sourciller cette furieuse bordée d'invectives. Après quoi, pendant (pie rem|)ercur s'éloignait, mais tandis qu'il était encore à portée de sa voix , le vice grand-électeur se borna à dire de l'air le plus nonchalant à ses voisins : « Vous avez entendu, messieurs! Quel dommage qu'un si grand homme ait été aussi mal élevé! »

{ D'Haussonvillo, l.'Fglisc romaine et /e ijycmicr empire. )

I^ecoiis d'art dramatique.

M. de Voltaire donna au Théâtre Fiançais la tragédie de Maliomet, et le comédien Legiand fut chaigé du rôle d'Omar, Cet acteur, doué de la plus belle voix du monde et du don des larmes, était d'ailleurs sans esjirit et sans intelligence; au moins n'en donnait-il aucun signe.

Lorsqu'à la répétition généiale de celte superbe tragédie il avait à peindre, au second acte , l'effet terrible que la présence de Maliomet avait imprimé au sénat de la Mecque et au reste du peuple, et qu'il terminait cette harangue en disant ces beaux vers :

Maliomet marche en maître, et l'olive à la main. La Irève est publiée, et le voici lui-même.

le ton pusillanime et plat avec lequel Lcgrand proférait ces deux vers lui valut cette apostrophe de M. de Voltaire : <i Oui , oui , Mahomet arrive ; c'est comme si l'on disait : Rai/ gcz- tous, voilà ta vacite. » Si le pauvre Legrand avait pu être corrigé , il l'aurait été par l'ignobilité de cette comparaison; mais son peu de génie , sa balourdise et sa profonde ignoiance ne le lui peinieltaient pas.

— L'on connaît la célébrité que mademoiselle Dumesnil s'était acquise dans le rôle de Mérope, et qu'elle a constamment soutenue pendant vingt ans ; cette même céléljrité ne put cependant la mettre à l'abri du sarcasme de M. de Voltaire. Lorsqu'il fit répéter IHérope pour la premère fois, il trouvait que cette fameuse actrice ne mettait ni assez de foice ni assez de chaleur dans le quatrième acte , quand elle invective Poliphoiite: « Il faudrait, lui dit mademoiselle Dumesnil , avoir le diable au corps pour arriver au ton que vous voulez me faire prendre. — Eh ! vraiment oui , mademoiselle, lui répondit [.M. de Voltaire, c'est le diable au corps qu'il faut avoir pour exceller dans tous les arts. »

— Une tres-jeune et jolie demoiselle , fille d'un procureur au parlement, jouait avec moi le rôle de Palmire dans 3Ja/iomi't, sur le théâtre deM. de Voltaire. Cette aimable enfant, qui n'avait que quinze ans, était fort éloignée de pouvoir débiter avec force et énergie les imprécations qu'elle vomit contre son tyran. Elle n'était ((lie jeune, jolie et intéressante : aussi M. de Voltaire s'y prit-il à son

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égard avec plus de douceur ; et , pour lui remontrer combieu elle était éloignée de la situation de son rôle, il lui dit : « Mademoiselle , figurez-vous que Mahomet est un imposteur, un fourbe, un scélérat, qui a fait poignarder votre frère , qui vient d'empoisonner votre père , et qui , pour couronner ses bonnes œuvres, veut absolument coucher avec vous.

Si tout ce petit manège vous fait un certain plaisir, ah ! vous avez raison de le ménager comme vous faites; mais\ pour le peu que cela vous répugne, voilà comme il faut vous y prendre... »

Alors M. de Voltaire, en répétant luimême cette imprécation , donna à cette pauvre innocente, rouge de honte et tremblante de peur, une leçon d'autant plus )irécieuse qu'en joignant le précepte à l'exemple il eu put faire par la suite une actrice fort agréable.

— Après mon départ de Ferney , au mois d'avril 1752, M. de Voltaire eut la fantaisie de jouer sur son petit tiiéàtre la tragédie de l'Orplielin de la Chine. Le libraire Cramer s'était exercé avec M. le duc de Villars sur le rôle de Gengis-Kan. Il n'y a personne qui ne soit instruit de la prétention de ce grand seigneur pour bien enseigner la comédie ; aussi fit-il de son élève Cramer un froid et plat déclamateur, et c'est ce dont M. de Voltaire ne larda pas à s'apercevoir.

En conséquence , il se mit à persiQer sou Cramer, et promit de le tourmenter jusqu'à ce qu'il eût changé sa diction. Le fidèle Genevois fit des études incroyables pour oublier tout ce que son maître lui avait appris , et revint au bout de quinze jours à Ferney |)our répéter de nouveau son rôle avec M. de Voltaire , qui, s'apercevant d'un frès-grand changement , s'écria à madame Denis ; « Ma nièce, Dieu soit loué ! Cramer a dégorgé son duc. »

( Lekain , Mémoires.)

« Quaiid on monta à la Gaîté le .Massacre des Innocents, me racontait l'acteur Colbrun les dispositions que j'avais montrées, lors de mes débuts , firent que l'on me distribua l'Enfant intelligenl. — Qu'est-ce que l'Enfant intelligent? — ■ C'est un des personnages de la pièce. — Parle-t-il.' — Non, il agit. — De quelle façon.' — Voici : Au iiioiuent où le «u^r-

UICT. DA.NECnOTKS. — T. M.

rier lève sou glaive sur lui, la mère de l'Enfant intelligent mord le guerrier au bras; alors le guerrierlàche son glaive, l'Enfant intelligent le ramasse et le lui plonge dans le cœur. — Très-bien ! — Ce fut dans cette pièce-là que M. Montigny m'apprit à faire ce qu'on appelle une entrée. — Il donne de bons conseils, Montigny. — Excellents, vous allez voir. J'entrais poursuivi par les assassins. Vous comprenez : je devais entrer effaré comme un moutard qui se sauve des sergents de ville ; pas du tout, je faisais une entrée lymphathique, les mains dans mes poches. M. Meyer m'invita deux ou trois fois à corriger cette entrée-là; puis, comme ça ne me faisait pas marcher plus vite : « Attends, lui dit M. Montigny, je vais lui montrer comme on fait une entrée. Viens ici, petit. '> J'étais comme Joseph, plein d'innocence; j'y allai. Il me prit par les épaules, me plaça derrière le troisième portant, et se mit à cinquante centimètres de moi. Puis, lorsepie ma réplique fut arrivée, il m'allongea un effroyable coup de botte au derrière ; je poussai un hurlement, et j'entrai en scène en courant et en regardant tout effaré derrière moi. « Très-bien ! » dit M. Meyer. « Tu vois, me dit M. Montigny, ce n'est pas plus difficile que cela. » Jelui ôtai ma casquette, et le remerciai. Je venais de recueillir mes premiers applaudissements. »

( A. Dumas, Le Mousquetaire. )

lieçon de catéchisme.

Interrogeant un jour les |)etits enfants sur le catéchisme, suivant l'usage des grandes dames, même les moins catéchumènes de son temps , la duchesse de Berry, fille du Régent, demandait à l'un d'eux combien il y avait de péchés capitaux. Le pauvre petit diable ne savait que répondre. Il n'était pas aussi ferré que la duchesse sur ce chapitre.

<( Madame... il y en a... quatre, se détermina-t-il à balbutier enfin. — Il n'y en a pas assez de sept, entends-tu, petit imbécile, lui cria l'altière et débordée duchesse. Voyons, nomme-les ! »

Le pauvre petit en retrouva bien jusqu'à six, mais quant an septième, il lui fut im|)ossible de le jamais découvrir.

« La gour-man-di-se ! lui souffla impétueusement M'"e de Berry. Retiens bien ce péché, et sers-t'en sd tu peux. Ticiis,

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^oilà un écii de vingt livres pour l'acliofer des tartines. »

(Fie paris'u-nnc.)

licçon de clémence.

Auguste, assis sur son tribunal, et n'écoulaut que son ressentiment, était près de condamner à la mort plusieurs accusés. Mécène, ne pouvant aborder à cause de la foide, lui fait passer ses tablettes, où étaient écrits ces mots : « Lève-toi, bourreau! » Auguste se leva aussitôt et sortit , sans condamner personne.

lieçon de convenance.

A la suite d'un entretien très-animé avec Napoléon, mademoiselle G. W..., célèbre actrice, demanda au conquérant son portrait : » Le voici ! » répondit l'empereur en tirant un écu de cent sous de sa pocbe.

[Encyclopediana. )

lieçon fie critique.

Le cardinal de Retz disait un jour à Ménage:» Apprenez-moi donc à méconnaître un peu en vers, aiin que je puisse du moins juger de ceux qu'on m'apporte. ^ Monseigneur, lui dit Ménage, vous n'avez guère le temps d'apprendie cela 3Iais chaque fois qu'on vous lira des vers, dites rju'ils ne valent rien , et vous en jugerez bien pour l'ordinaire. «

( Menagiana. )

liCçon d'égjalité.

Un écolier se prend de querelle au collège avec le jeune la Tiémouille; ils se baltent. Celui-ci dit à l'autre : » Sais-tu l)ien queje suis le fils d'un duc' — Tiens! reprend l'autre en lui donnant un grand coup de pied dans le derrière, quand tu serais prince, je ne pourrais te le donner meilleur. »

( Encyclopediana.)

lieçon de g^ramniaire.

Fontenellese trouvant à table avec deux jeunesavantageux,il fut beaucoup question au dessert des différentes manières d'exprimer la même cliose en français. Ces deux étourdis lui deraundèrent s'il était mieux de dire : Donnez-nous à boire que Appoi-'

liz-notts à hoire. Fontenelle leur répondit en souriant : « II faut dire, Meneznous boire. »

( Galerie de l'ancienne cour.)

Henri IV ayant dit un cuiller d'argent, tous ses courtisans se regardèrent. 11 consulta Malherbe, qui se trouvait là, et lui demanda si cuiller était masculin : « Ce mot, répondit Malherbe, sera toujours féminin, jusqu'à ce que Votre Majesté aitfait un édit qui ordonne sous peine de la \ie qu'il devienne masculin (1). »

( École des mœurs, )

Un jour Charles Kodiei-, lisant à l'Académie ses remarques sur la langue française, parlait de la règle qui veut que le ( entre deux/ ait d'ordinaire, et sauf quelques exceptions, le son del'i.

« Vous vous trompez, Nodier, cria Emmanuel Dupaty : la règle est sans exception. — Mon cher confrère, répliqua aussitôt No lier, prenez pi-c-ié de mon ignorance, et faites-moi l'ami-c-ié de me répéter seulement la moi-c-ié de ce que vous venez de dire. i>

L'Académie rit, et Dupaty fut convaincu qu'il y avait des exceptions.

Sous la restauration, un député monta unjour à la tribune, et prenant directement à partie M. de Villele , qui était , comme ou sait, défiguré par la petite vérole : « Monsieur le ministre, dit-il, je vous observerai i^ue... Monsieur le ministre, je vous observerai (\\\ç..,. etc. Le ministre, à la fin, impatienté, se lève, et, du ton le plus froid : » Et moi, monsieur le député, je vous ferai observer qu'en xa observant \ous n'observez pas un Adonis. » Et toute la chambre de rire, et le malheureux orateur de descendre de la tribune pour n'y jamais remonter de sa vie.

( P. Larousse, Grand Dictionnaire du 19" siècle. )

lieeuns) d'humilité.

Annibal Carrache vivait en vrai phlloso-

(i) « L'empereur pcul donner le droit de cité aux liommes , mais non pas aux mois », disait Til)i>re en pareille circoiislauce.

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i phe, dédaigiiail le luxe elles trop grandes : sociétés, toujours nuisiiiles aux artistes, ! puisqu'elles leur font perdre un temps 1 précieux. Aussi i)lâmait-il avec raison la i conduite d'Augustin, sou frère, qui paS' . sait une grande partie de sa vie dans les ( antichambres et dans la compagnie des princes et des cardinaux, et qui s'habillait avec tant de magnificence, qu'il avait plutôt l'air d'un riche gentilhomme que d'un peintre. Annibal, l'ayant un jour aperçu à la promenade , marchant fièrement avec des personnes de la première qualité, feignit d'avoir à lui faire part de quelque chose d'important; et le tirant à l'écart, il lui dit à l'oreille: << Augustin, souviens-toi que tu es fils d'un tailleur. »

Afin de lui rappeler son origine d'une manière plus sensible, dèsqu'Annibalfut de retour, il prit un papier, dessina son père avec des lunettes sur le nez , qui enfilait une aigiiille ; et il mit au bas le nom d'Antoine, qui était celui du bonhomme.

Il représenta encore sa mère, dans lemème dessin, qui tenait une paire de ciseaux. Cette peinture expressi\e ne fut pas plutôt achevée, qu'il se hâta de l'envoyer à son frère, qui était pour lors dans le palais d'un prince.

{Anecdotes des beaux-arts.)

Le duc de Gesvres fit , cette même année (1699), un tour au maréchal de Villeroy à le tuer. Tous deux étaient venus de seèréîaires d'État, et tous deux avaient eu des pères qui avaient fait une grande et extraordinaire fortune. Un jour que le petit couvert était servi, et que le roi était encore chez M'""" de Maintenon , les courtisans étaient autour de la table du roi, à l'attendre, et M. de Gesvres, pour le servir. Le maréchal de Villeroy arriva avec ce bruit et ces airs qu'il avait pris de tout temps, et que sa faveur et ses emplois rendaient plus superbes; je ne sais si cela impatienta ce vieux Gesvres plus qu'à l'ordinaire, mais des qu'il le vit arriver, derrière un coin du fauteuil du roi, où il se mettait toujours : ■< Monsieur le maréchal, se prit-il à lui dire tout d'un coup, la table et le fauteuil entre-deux, il faut avouer que vous et moi sommes bien heureux. » Le maréchal, étonné d'un pioposque rien n'amenait, en convint avec un air modeste, it, secouant sa tète et sa perruque, voulut le rompre en parlant à quelqu'un;

mais l'autre, qui n'avait pas si bien commencé pour rien, continue l'apostrophe pour se faire écouter, admire la fortune du Villeroy, qui épouse une Créqui , et de son père, qui épouse une Luxembourg, et de là des charges , des gouvernements, des dignités, des biens sans nombre, et les pères de ces gens-là des secrétaires d'État : <( Arrêtons-nous là, monsieur le maréchal, s'écria-t-il, n'allons pas plus loin ; car, qui étaient leurs pères, à ces deux secrétaires d'État .' de petits commis, et commis euxmêmes; et de qui venaient-ils.^ Le vôtre, d'un vendeur de marées aux halles, et le mien, d'un porteballe, et peut-être de pis! Messieurs, s'adressant à la compagnie tout de suite, est-ce que je n'ai pas raison de trouver notre fortune prodigieuse, à M. le maréchal et à moi ? N'est-il pas vrai, donc, monsieur le maréchal , que nous sommes bien heureux .' » Puis à i egarder, à se pavaner et à rire. Le maréchal eût voulu être mort, beaucoup mieux encore l'étrangler; mais que faire à un homme ([ui, pour vous dire une cruauté, s'en d-t à luimême le premier .•• Tout le monde se tut et baissa la vue; il y en eut plus d'un qui ne fut pas fâché de regarder le maréchal du coin de l'œil, et de voir ses grandes manières si plaisamment humiliées.

( Saint-Simon, Mémoires. )

Louis XV, un jour, fatigué des disputrs des parlements avec les ducs et pairs sur les généalogies, et du babil des courtisans contre les nobliaux, les noblaillons, les bourgillons et les bonrgillounes, leur apprit a ne pas rougir d'avouer les petits parents.

Homme de beaucoup d'esprit et d'un esprit quelquefois très-mordant , il avait étudié l'extraction des diverses personnes de la cour, et il se faisait un malin plaisir d'humilier les prétentions de ceux qui portaient le plus loin l'orgueil de leur naissance.

Il rappelait souvent au maréchal de Richelieu que Vignerot, son bisaïeul, était un joueur de (lùte qui avait plu à la nièce du fameux cardinal; aux Villeroy, qu'ils descendaient d'un marchand de poisson sous François P'",etc., etc.

Un soir qu'il avait désolé plusieurs des courtisans par ces petites vérités historiques, il reprit d'une manière assez gaie : « Au demeurant, consolez-vous, messieurs;

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moi qui suis , je pense , un assez bon genlilliomme, j'ai mon grand-père qui était aotaire à Bourges. »

On se récria ; le roi prit une petite note dans un tiroir, et continua ainsi en y portant les yeux :

«'Sous le règne de Louis XI, vers 1470, il y avait à Bourges un honnête notaire qui s'appelait Babou. Ou trouva même quelque part quele père de ce Bal)0u était barbier ; mais cela n'est pas si constant que l'état de notaire exercé par le fils, dont il existe dans les archives du Berry nombre d'actes signés de sa main. Babou fit fortune, et acheta pour son fils, Philibert Babou, une charge de trésorier de France. Philibert devint maître d'hôtel du roi Charles Vlll. 11 fut père de Babou, sieur de la Bourdaisière, maître général de l'arlillpric en 1539. La fille de ce la Bourdaisière fut mère de Gabrielle d'Estrée, Lupielle eut pour fils naturel César de Veudonie, marié en 1609 à l'héritière de Mercœur, et père d'Elisabeth de Vendôme, mariée à Charles-Âmédée de Savoie, duc de Nemours, qui fut tué en duel par le duc de Beaufort, son beau-frère. Charles- Amédée fut père de Marie de Nemours, laquelle fut mariée à Charles-Emmanuel, duc de Savoie, dont elle eut Yictor-Amédée, duc de Savoie, roi de Sardaigne, et père de Marie-Adélaïde de Savoie, mariée à Louis de France, duc de Bourgogne , dont j'ai, moi qui vous parle, l'honneur d'être fils.

» Ainsi vous voyez, messieurs, que mon dixième aïeul était, comme je vous le disais, un très-digne notaire de Bourges, dont le père aurait même été barbier. Je ne le renie point, je n'en ressens aucune honte, et vous invite tous, tant que vous êtes, à n'être pas plus difficiles que moi en arbres généalogiques. «

( Mercure de France au XIX' siècle. )

I^eçoiis de mag'iiiliceuce.

Le maréchal de Bassompierre jouant avec Louis XIII, ce prince laissa tomber quel(|ues pièces d'argent, et, se penchant pour les ramasser, tenait, de peur de surprise, son chapeau sur un monceau de pistolesqui étaient devant lui : ce qu'apercevant Bassompierie, il se mit à jeter à droite et à gauche des pistoles aux valets qui se battaient pour les prendre. La reine, qui était présente, dit : « Sire, vous avez

fait le Bassompierre, et Bassompierre a" fait le roi. »

{Beiiiùcle contre l'ennui.)

Un juif ayant offert à la reine Elisabeth" pour vingt mille livres sterling une perle d'une belle eau et d'une grosseur prodigieuse, cetteprincesse ne voulut point donner une pareille somme pour une chose qui n'était d'aucun usage réel. Sur ce refus, le juif se préparait à repasser la mer, pour chercher d'autres souverains qui lui achetassent son bijou. Sa résolution fut sue de Thomas Gresham, négociant de Londres, qui l'iuvita à dîner, et lui donna de sa perle le prix qui avait été refusé par la reine. 11 se lit ensuite apporter un moi-tier, y broya la perle, et en versa la poudre dans un verre à demi rempli de vin,^ qu'il buta la santé de Sa Majesté : « Vous pouvez publier, dit-il au juif étonné, que la reinr? était en état d'acheter votre perle, pusqn'elle a des sujets qui la peuvent boire à sa sunté. »

( Panckoucke. )

licçou de niaiutien.

Les faiseurs de libelles ont ]>rétenduque c'était Talma qui m'avait appris à jouer le rôle de roi. Quand je fus de retour de l'île d'Elbe, je dis à Talma, un malin qu'il assistait à mon déjeuner, avec plusieurs savants; » Eh bien! Talma, on dit que c'est vous qui m'a\ez appris à me tenir sur mon trône: c'est une preuve que je m'y tiens bien. » (^Mémorial de Sainte-Hélène. )

lieçon de morale.

M. le marquis de Maugiron , décédé à Valence , à l'âge de quarante et quelques années , était uu homme de qualité du Dauphiné. Après la dernière guerre, il fut compris dans la promotion, et obtint le grade de lieutenant général des armées du roi. C'était, du côté des mœurs , un des hommes les plus décriés qu'il y eut en France. La passion effrénée du plaisir et une faiblesse de caractère incroyable l'avaient jeté dès sa première jeunesse dans des débauches excessives et dans la crajiule la plus complète, dont les suites l'ont conduit au tombeau. A l'âge de vingt ans, il était rongé de goutte et d'autres maux plus déshoiniètcs, et perclus de tous ses

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I membres; il faisait la guerre dans cet [ état, appuyé sur des béquilles; il aimait ' à la passion la vie qu'on mène à l'armée. Je l'y trouvai en 1757 et en 1762 , et ■ comme il se fourrait toujours dans le ! quartier général parmi la jeune noblesse j du royaume , pour l'exciler aux plaisirs t et pour en a\oir sa part, je disais quelquefois à cette jeunesse : « Voyez-le marcher, messieurs , c'est un cours de morale ambulant. »

( Grimm , Correspondance. )

lieçon d'orfhog^raphe.

Sur une affiche de la Comédie française, on avait imprimé Idoménée par un Y. Mademoiselle Clairon se plaignit, de la part de l'auteur, de cette faute d'orthographe. Elle mande l'imprimeur, et le fait venir à la barre de sa cour, à l'assemblée des comédiens. L'imprimeur s'excuse en répondant que c'est le semainier qui lui a dit d'imprimer Ydoménée par un Y :

« Cela est impossible, reprend-elle avec dignité ; il n'y a point de comédien parmi I nous qui ne sache orthographer. — Ce c'est pas assez, madame, répliqua l'imprimeur, il faudrait encore qu'ils sussent ortltograph'ier. [Etrennes de Thalle.)

Ijcçon de peinture.

Voyageant en Suisse, Horace Vernet s'amusait un jour à prendre des croquis sur les bords du lac de Genève. Déjeunes Anglaises dessinaient à quelques pas de l'endroit où il s'était arrêté. L'une d'elles s'approche, regarde ce qu'il fait, et se met, fout en l'encourageant, à lui donner quelques conseils. Le vieil artiste l'écoute le plus gravement du monde, et la remercie avec une parfaite coiutoisie. Le lendemain il s'embarque pour Lausanne, et il retrouve son petit professeur de la veille qui accourt vers lui en lui disant :

« Monsieur, vous qui êtes Français, vous devez connaître Horace Vernet; on prétend qu'il est sur le bateau; soyez lonc assez bon pour me le montrer. — Vous tenez beaucoup à le voir. — Oh ! Dui. — Eh bien! miss, c'est lui qui a Ml l'honneur de recevoir une leçon de lOns hier matin , » répondit-il eu riant.

On devine sans peine la confusion de a pauvre fdie en entendant ces mots.

I ( Amédée Durande, Correspondance et b'iograpliie de Vernet. )

lieçons de politesse.

C'était le matin : le président de Mézières était en redingote , en mauvaise perruque ronde, en bas de laine gris, un mouchoir de soie autour du cou, ce qui n'était pas propre à sauver sa mauvaise mine. H était pour une somme considérable dans un état de créance que le procureur chargé de l'affaire ne se pressait pas d'acquittter. Il entre dans l'étude de cet homme; il s'adresse au pi ocureur honnèlemont , pai'ce que le président de Mézières est l'homme de France le plus doux et le plus honnête: « Monsieur, il y a longtemps que j'attends ; pourriez-vous me dire quand je serai payé? — Je n'en sais rien. « Le président était debout, le procureur assis ; le président chapeau bas , le procureur la tête couverte de son bonnet; le président parlait, le procureur écrivait. « Monsieur, c'est que je suis pressé. — Ce n'est pas ma faute. — Cela se peut. Cependant, voilà mes titres; je les ai apportés, et vous m'obligerez de les regarder. — Je n'ai pas le temps. — Monsieur, de grâce, faites-moi ce plaisir. — Je ne saurais, vousdis-je. — Monsieur... — Vous m'interrompez. Est-ce que vous croyez, mon ami , que je n'ai que votre affaire en tète? Vous serez payé avec les autres.

Allez-vous-en, et ne m'ennuyez pas davantage. — Monsieur, je suis fâché de vous ennuyer, mais vous n'êtes pas le premier! — Tant pis ! Il ne faut ennuyer personne. — Il est vrai; mais il ne faut brusquer personne. — Cela fait le plaisant! — Le plus plaisant des deux, je vous jure, monsieur, que ce n'est pas moi. On me doit, j'ai besoin, je voudrais toucher mon argent. Je ne vous demande que de jeter un coup d'reil sur mes titres. — Voyons donc, voyons ces titres. Si on avait affaire à deux hommes comme vous par jour, il faudrait renoncer au métier. " Le président déploie ses titres, et le procureur lit : « Monsieur le président de Mézières, etc., » Et aussitôt le voilà qui se lève : « Monsieur le président, je vous demande mille pardons... Je n'avais pas l'honneur de vous connaître... Sans cela... 1) Le président le prend par la main, l'éloigné de son fauteuil, s'y place, et lui dit : « Maître un tel, vous êtes un insolent. H ne s'agit pas de moi : je vous pardonne ; mais je viens de voir la ma-

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iiière indigne et cruelle dont vous en usez avec les malheureux qui ont affaire à vous. Prenez garde à ce que vous ferez à l'avenir. S'il me revient jamais une plainte sur votre compte , je vous fais perdre un état que vous remplissez si mal. Adieu. »

(Diderot, Lettre à 31 Foland,\ ' 05.)

Dans sa plus tendre enfance, Louis XV montrait quelque penchant à dire des vérités désagréables à ceux qui l'approchaient. Un jour qu'on lui présentait M. de Coislin, évèque de Metz, dont la ligure était peu revenante , le jeune roi s'écria en sa présence : « Ah! mon Dieu, qu'il est laid! » Le prélat se retourne aussitôt, et ne craint pas de dire, en s'en allant : « Voilà un petit garçon bien mal appris. «

(Memoir.-aneccht. )

Un juif nommé Lami , qui avait été quehpie temps le correspondant de Carlouche , s'étant avisé de dévaliser des bouchers, sur la route de Poissy à Paris, fut arrêté et condamné à la roue. Il vécut encore dix heures uprès avoir reçu les coups , et , n'étant pas accoutumé à de semblables angoisses , il se désespérait en proférant des jurements épouvantables, tant en style Israélite que français. Vers minuit , un officier qui revenait de souper assez copieusement dans une tabagie, passe par la Grève, et entend un homme qui proférait imprécations sur imprécations. Il croit que les propos s'adressent à lui, et prenant de l'humeur : <> Quel est, s'écrie-t-il , le coquin (|ui ose m'iusullei ? — Hélas! monsieur, dit le patient, c'est un malheureux roué qui souffre des tourments inouïs, et qui se soulage. — Ah ! ah! c'est différent, dit froidement l'oflicier; mais apprends que ce n'est pas le tout que d'être roué, il faut encore être poli... Bonsoir. » C'est sans doute de cette aventure qu'est venu le proverbe : « Ce n'est pas tout d'être rompu, faut encore être honnête. »

( Encyclofcdiana.)

Le chevalier William-Guœls , goiiver-

une rue de Williamsbouig, vit passer un nègre qui le salua , et à qui il rendit le salut : « Comment , dit le négociant, Votre Excellence s'abaisse jusqu'à saluer un esclave ! — Sans doute, répondit le gouverneur; je serais Lien fâché qu'un esclave se montrât plus honnête que moi. »

(^Bibl'tothcque de société.)

tieur de lu Virginie,

causant un ioui

dans

M. Diipin, toujours indépendant, disait un jour à Louis-Philippe, avec qui il était en discussion : "■ Sire, nous ne serons jamais d'accord sur cette questionlà. » Le roi lui répliqua doucement : « Je le pensais, monsieur Dupin, mais je u'osais pas vous le dire. «

( A. de Poulmartin, Semaines litté4 raires. )

lieçon de politique.

Le désir de m'entourer des lumières qui pouvaient éclairer ma marche dans une carrière si nouvelle ( pour moi la diplomatie ) me conduisit chez un homme d'État dont on vantait les talents et la longue expérience. C'était le fameux comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne en France. Il portait sur sa physionomie, dans son maintien , dans son langage et dans toutes ses manières, une grande empreinte d'originalité. Sa vivacité était grave , sa gravité ironique et presque satirique. Il avait une habitude ou un tic étrange et même un peu ridicule; car, presqu'à chaipie phrase, il ajoutait ces mots : Entendez-vous ? comprenez-vous ?

J'allai le voir; j'invoquai les boutés qu'il m'avait toujours témoignées ; je lui montrai mon inquiétude relativement à la nouvelle carrière où j'entrais, mon vif désir d'y réussir et l'espérance que je concevrais s'il consentait à m'éclairer par ses conseils.

« Ah! me dit-il en souriant, vous êtes effrayé des études qu'exige la diplomatie Entendez-vous P comprenez-vous? Vous croyez devoir longtemps sécher sur des cartes, des diplômes et de vieux livres ? vous voulez que je vous donne des leçons sur la politique.^ Eh bien, j'y consens : nous commencerons quand vous voudrez. Entendez-vous ? comprenez-vous? Tenez , venez chez moi demain à midi, et je vous promets qu'en peu de temps vous saurez

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toute la politique de l'Europe. Entciulezvous ? comprenez-vous P »

Je le remerciai, et le lendemain je fus ponctuel au rendez-vous; je le trouvai assis dans un fauteuil devant un grand bureau, sur lequel était étendue la carte de l'Europe.

« Assejez-vons, me dit-il, et commençons. Le but de la politique est , comme vous le savez, de connaître la force, les moyens, les intérêts, les droits, les craintes et les espérances des différentes puissances, afin de nous mettre en garde contre elles , et de pouvoir à propos les concilier, les désunir, les combattre , ou nous lier avec elles, suivant ce qu'exigent nos propres avantages it notre sûreté. Entendez-vous P comprenez-vous ? — A merveille! répondis-je; mais c'est-là précisément ce qui présente à mes yeux de grandes études à faire et de grandes difficultés à vaincre. — Point du tout , diiil, vous vous trompez, et, en peu de moments, vous allez être au fait de tout : regardez cette carte ; vous y voyez tous les Etats européens, grands ou petits, n'im[)orte, leur étendue, leurs limites.

Examinez bien ; vous verrez qu'aucun de ces pays ne nous présente une enceinte bien régulière, un carré com[)let, un parallélogramme régulier, un cercle parfait. On y remarque toujours quelques saillies, quelques renfoncements, quel(|ues brèches , quelques éciiancrures. Entendezvous P comp reii ez-vous P

Voyez ce colosse de Russie : au midi , la Crimée est une presqu'île qui s'avance dans la mer Noire, et qui appartenait aux Turcs ; la Moldavie et la Valachie sont des saillies , et ont des cotes sur la mer Noire, qui conviendraient assez au cadre moscovite, surtout si, en tirant vers le nord, on y joignait la Pologne : regardez encore vers le nord ; là est la Finlande , hérissée de rochers ; elle appartient à la Suède, et cependant elle est i)ien près de Pétersbourg. f^ous entendez P

« Passons à présent en Suède : voyezvous la Norwége? c'est une large bande tenant naturellement au territoire suédois. Eh bien , elle est dans la dépendance du Danemark. Comprenez-vous?

« Voyageons en Prusse : remarquez comme ce royaume est long, frêle, étroit ; que d'échancrwres il faudrait remplir pour l'élai-gir du côté de la Saxe, de la Silésie,

et puis sur les rives du Rhin ! Entendez vous P Et l'Autriche, qu'en dirons-nous.' Elle possède les Pays-Bas, qui sont pourtant séparés d'elle par l'Allemagne, tandis qu'elle est tout près de la Bavière qui ne lui appartient pas. Entendez-vous ? comprenez-vous P Vous retrouvez cette Autriche au milieu de l'Italie; mais comme c'est loin de son cadre! comme Venise et le Piémont le rempliraient bien !

« Allons , je crois pour une fois en avoir dit assez. Entendez-vous ? comprenez-vous ? Vous sentez bien à présent que toutes ces puissances veulent conserver leurs saillies, remplir leurs écbancrures, et s'arrondir enfin suivant l'occasion. Eh bien , mon cher, une leçon suffit ; car voilà toute la politique: Entendez-vous?

comprenez-vous ? »

(Ségur, Mémoires.)

lieçon de propreté*

Gérard de Nerval , déjeunaut un jour an café X'", aperçoit sur son assielle un cloporte.

« Dorénavant, garçon, s*écrie-t-il, vous me servirez les cloportes à part. »

lieçuns efficaces.

Un homme s'aperçut dès le jour de ses noces qu'il aurait de la peine à dompter le caractère altier de la femme qu'il venait d'épouser. Pour la corriger, il s'y prit de cette manière. Le lendemain de son mai iage il mène l'épousée à la chasse. Un chien perd la trace de la bête. Le nouveau marié , affectant un grand sang-fioid, lui lâche un coup de fusil, dont il le tue. Un autre chien part trop tôt; autant de mort. La femme regarde son mari avec beaucoup de surjjrise. « Mais, monsieur, ces pauvns bêtes qu'ont-elles fait? — Madame, je ne puis souffrir qu'on contredise mes volontés... i> Le chasseur était descendu de cheval, il veut y lemonter. Le cheval se cabre; un coup de pistolet le jette à bas. <( Monsieur, reprend la femme, en tremblant, mais, monsieur... — Madame, encore un coup, vous ne me ferez point changer de manière d'être, et mon premier mouvement sera toujours d'abattre à mes pieds tout ce qui me contredira. >< La femme se tait, et au moyen de quelques leçons de cette nature, répétées de

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lus sou-

temps en temps , elle devint la pi mise des épouses (1).

(Improvisateur français.)

Berryer dans sa jeunesse n'échappait pas à la légèreté de sou âge, et le plaisir, les spectacici, la muse familière de Désaugiers ou de quelque autre faisait un peu tort au Code de procédure. Il était un certain soir au Vaudeville, devant deux liomnies gi tives, âgés, dont le nom ne lui était pns inronnu, et dont il entendait la conversation pendant l'entr'acte ; c'étaient deux avocats vénérés an barreau, et (|iii causaient de l'avenir de leur ordre : « Le barreau s'en va, disaient-ils, il n'y a personne pour nous succéder. Berryer (Berryer père) commence à vieillir, et ce n'est pas son fils qui le remplacera. Le fils ne s'occupe que de vaudevilles et de chansons. » M. Berryer entendit, ne dit mot, quitta aussitôt le spectacle, retourna au Code civil, et à partir de ce jour le tliéàlre et les chansons ne figurèrent plus dans la vie du jeune li'giste que comme une récréation passageie. Un mot dit [lar un homme qui ne savait pas être entendu avait frappé sur ce cœur, et eu avait fait jiillir une étincelle de conscience et de jespect pour le nom paternel. Ce mot prono'icé dans une stalle du Vaudeville donnait à la Fiance son giand orateur.

(Fi. de Champagny, Discours de réception.)

Ijeçon hardie.

Pendant que Latonr peignait M""" de Pompadour, le roi, présent, fit tomber la conversation sur les bâtiments qu'il faisait élever : » Cela est beau , dit Lalour, en feignant de se parler à lui même , mais des vaisseaux vaudraient mieux. »

C'était juste au moment où les Anglais venaient de porter de si rudes coups à notre marine. Le roi rougit 'et se tut (2). (ICli. Bhnc, Histoire des peintres.)

Ijeçons insféiiieuses.

Un pauvre Grec avait coutume de pré-

(i) Ceci rappelle la comédie de Shakespeare • I.n méchante mise à la raison.

(2) Dans une autre circonstance, pareille observation lui valut à lui-même, de la part du ^'oi, une leçou que nous avons rapportée à C/iaciin son métier.

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senter à Auguste, toutes les fois qu'il sortait du palais, une épigramme en son honneur. Il l'avait fait bien souvent, et toujours en vain (sans obtenir la récompense qu'il espérait). Un jour, l'empereur, le voyant venir à lui de nouveau, écrivit rapidement de sa propre main une épigramme grecque, et la lui fit remettre. Celui-ci delà lire aussitôt en la comblant de louanges , en l'admirant de la voix et du geste. Puis, plongeant la main dans sa pauvre bourse, il en tira quelques deniers, qu'il tendit au prince en lui disant : « Sans doute, cela n'est point en rapport avec ta fortune, ô César; si j'avais plus, je te donnerais davantage. » Tous se mirent à rire, et César, ayant compris la leçon, fit compter au poète la somme de cent mille sesterces.

(Macrobe, Saturnales.)

Les comédiens du roi vinrent en corps demander uie giâce à M. de Harlay, L'acteur qui porta la parole lui dit qu'il parlait au nom de sa compagnie.

Le président, voulant lui faire sentir l'impropriété de cette expression, répondit vivement : « Je veux délibérer avec ma troupe, pour savoir si je dois accorder à votre compagnie la grâce qu'elle me demande. »

( 3fcmoircs-nnccdot .)

Devant plusieurs Arlésiens, le maréchal de Villars se vantait à Louis XIV d'avoir facilement appris le provençal : « Beleou, dit une voix. — Que signifie ce mot.' repiit Villars se tournant vers celui qui l'avait prononcé. — Il i\^n\[ic peut-être, monsieur le maréchal. — Beleou, beleou, j'ai bien pu l'oublier; mais je sais tous les autres. — Bessai , reprit notre courtisan arlésien. — Bessaï! que signifie encore celui-ci.' — Il signifie encore peut-être, monsieur le maréchal. » Le roi s'étant mis à rire, le maréchal rit lui-même, comme cela lui arrivait, du reste , quelquefois quand il rencontrait cpielqu'un qui relevait avec esprit cette jactance qu'il portait dans les petites choses comme les grandes.

( Am. Pichot, Jrlc'siennes.)

Un jour un ami de Swift lui envoya.

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un magnifique turl)Ot. Le groom cliargé de la commission s'était déjà maintes fois acquitté de pareils messages sans avoir jamais rien reçu de Swift. Fatigué d'une besogne aussi peu lucrative, il déposa brusquement le poisson sur une table en s'écriant : « Voici un turbot que vous envoie mon maître. — Plait-il.' repartit aussitôt Swift. Est-ce ainsi que tu remplis tes fonctions? Tiens, prends ce siège ; nous allons changer de rôie, et tâche, une autrefois, de mettre à profit ce que je vais l'enseigner. ^> Swift alors s'avance lespectueusement vers le domestique, qui s'était assis dans un large fauteuil, et lui dit, en lui présentant le turbot : ■< Monsieur, je suis chargé par mon maître de vous prier de vouloir bien accepter ce petit cadeau. — Vraiment? reprit effrontément le valet , c'est très-aimable à lui ; et liens, mou brave garçon, voici trois francs pour ta peine. » Swift, un peu interdit par ce trait à son adresse, s'empressa de congédier le groom.

(P. Larousse, Grand Dictionnaire.)

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Swift, étant prêt à monter à cheval , demanda ses bottes; son domestique les lui apporta. «. Pourquoi ne sont-elles jias nettoyées? lui dit le doyen de Saint- Patrice. — C'est que vous allez les salir tout à l'heure dans les chemins , j'ai pensé que ce n'était jias la peine de les décrotter. « Un instant apiès, le domestique ayant demandé à Swift la clef du buffet : <c Pourquoi faire ? lui dit son maître. — Pour déjeuner. — Oh! leprit le docteur, comme vous aurez encore faim dans deux heures d'ici, ce n'est pas la peine de manger à présent. »

( Encyclopêd.)

licçoii nsi'ive.

M"^ Sublet, femme de chambre de la reine Marie Leckziuska, avait pour habitude de se coucher à sept heures et demie du soir. Heureusement (|ue la reine ne faisait jamais de seconde toilette. Nous faisions quehjuefois la partie de plaisir d'aller surprendre M"« Snblet dans son établissement nocturne. C'était certainement bien la plus familière et la plus étrange personne qui ait jamais été chargée d'attacher des pompons sur une lùle couronnée.

Le roi Louis XV, qui ne demandait pas mieux que de faire des enfantillages, nous dit un beau soir : « Allons donc contempler M''^^ Sublet. — Vous la trouverez, lui dit la reine, avec un buste de Votre Majesté qu'elle a fait portraire en sucre d'orge. — Voilà qui va le mieux du monde, et nous allons le manger, » répondit-il. La reine me pousse dans cette chambre, et je m'écrie : « Sublet, le roi m'envoie pour vous demander si vous n'avez pas attrappé un coup de soleil en vous déshabillant peur vous coucher? — Quelle heure est-il donc? Est-ce que le roi va rester cette nuit auprès de la reine , « me dit cette bonne fille en se mettant sur son séant avec un sursaut de jubilation. Le roi, qui était lierrière moi, se tenait à moi par la pointe de ma manchette, et je lépondis à 51"<^ Sublet avec assez d'embarras, qu'il était neuf heures sonnées, mais que je n'avais rien à répo^idre au surplus. — Imaginez, repritelle en faisant le signe de la croix, imaginez que le roi n'a pas couché céans dejjuis plus de six semaines. — Mais, Sublet, repris-je , en m'empressant de l'interrompre, qu'est-ce donc que cette petite chapelle sur votre commode? — C'est un portrait du roi, notre maître, avec toutes sortes de petites choses, entre deux flambeaux garnis de leurs bougies, comme vous voyez , couleur de soie et chaperonnées à la sultane en soie parfumée. J'y mettais autrefois des bouquets superbes ; mais, par ma foi, je suis trop eu colère contre lui!.. Je lui avais mis à l'automne passé deux pommes d'api tout à coté de son petit buste, mais je les ai retirées, je les ai fait manger à la petite Marchais, à cause de ce cordon bleu de Marigny «...J'étais sur les épines, ainsi qu'il est aisé de le penser. — « Vous voyez bien cette belle orange , n'est ce pas ? Une orange (pie j'avais prise au grand buffet pour la mettre devant lui? Eh bien, dit-elle encore avec une expression de ressentiment passionné, je finirai par la manger à son nez et à sa barbe! Je te la mangerai, ton orange! » poursuivitelle en apostrophant son roi de sucre d'orge, et en serrant les dents et gesticulant à poings fermés... Elle était si transportée d'exaspération, que je m'attendais à l'entendre nommer certain masque femelle, et que je me retournai précipitamment du coté de Leurs Majestés, qui in'a-

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valent déjà devancée dans la chambre de parade, où je retrouvai la pauvre reine avec les yeux rouges et le cieiir bien oppressé.

Le roi nous parut singulièrement triste, mais sans aucun air d'irritation. — « Je vous demanderai la permission de me retirer dans mon oratoire, attendu que je voudrais communier demain matin, « lui lai dit la reine avec un air de douceur ineffable... Le roi lui baisa la main, qu'il appliqua sur son cœur en la regardant d'un œil attendri; il eut soin d'ajouter qu'il ne manquerait pas de venir le lendemain souper chez elle, et puis il se rendit auprès de M'oe de Pompadour, qui logeait au château depuis trois mois déjà.

{Souvenirs de la marquise de Crérjui. )

lieçon philosophique.

Je donnai un jour à Denys une leçon très-philosophique. Dans un itrans|iorl d'amitié ou de générosité, d'ailleurs un peu échauffé de vin, il me dit que je n'avais qu'à former un souhait, et qu'il jurait de le remplir. Je demandai autant de grains de blé que produirait le nombre de cases de l'échiquier, en doublant toujours, à commencer par un grain pour la première case, deux pour la seconde, quatre pour la troisième, ainsi du reste. Chacun rit de la modicité de la demande, et Denys me l'accorda en ricanant. Quand nous fîmes le calcul, tout le blé de la Sicile et de l'Egypte n'aurait pu me payer.

Une autre fois je lui demandai un talent, dont j'avais besoin. » Ah! ah! ditil avec un ris sardonique, vous m'avez dit tant de fois que le sage ne manquait de rien ! — J'ai dit vrai ; mais donnez toujours, et puis nous discuterons cette affaire. » Lorsque j'eus la somme, je lui dis : « Vous le voyez, le sage ne manque de rien. »

( Foynge d' Anténor.)

E<eçou pour leçon.

Un prédicateur indiscret désigna un jour Louis XIV à Versailles : témérité qui n'est pas permise envers un particulier, encore moins envers un roi. On assure «pie Louis XIV se contenta de lui dire : « Mon père, j'aime bien à prendra ma part d'un sermon , mais je n'aime pas qu'on me la fasse. » Que ce mot ait

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été dit ou non, il peut servir de leçon.

(Voltaire, Siècle de Louis XI v'.)

liectures {Influence des).

Plutarque devint ma lecture favorite.

Le plaisir que je prenais à le relire sans cesse me guérit un peu des romans.

Je me croyais Grec ou Romain; je devenais le personnage dont je lisais la vie : le récit des traits de constance et d'intrépidité qui m'avaient frappé me rendait les yeux étincelants et la voix forte. Un joui- que je racontais à table l'aventure de Scévola, on fut effrayé de me voir avancer et tenir la main sur un réchaud pour repré.senter son action.

( Kousseau, Confessions. )

Eiecture «le Ver-Vert chez les Visitaiidiues.

Gresset était en liaison à Paris avec une femme de beaucoup d'esprit (madame de Dampierre), qui se fit religieuse chez les Visitaudines. Elle persécuta longtemps notre poète pour obtenir une lecture de Ver-Vert. 11 s'en défendit, insistant sur les bienséances de la maison qu'elle habitait. Il cède enfin. On prend jour, on lui promet d'être seule au parloir. Gresset arrive, et commence sa lecture; à un endroit plaisant, on entend un éclat de rire. Le rideau se tire. Le chantre de Ver-Vert aperçoit, avec la plus grande surprise, toutes les religieuses rangées en cercle, la prieure à la tète de la communauté.

( Galerie de l'ancienne cour. )

Liég^ion d'honneur {Création de la.

La première distribution de croix delà Légion d'honneur eut lieu le 14 juillet 180i.

C'était le moment des œillets ronges; des jeunes gens en mirent à leur boutonnière, et reçurent ainsi à distance les honneurs militaires par des factionnaires un peu myopes. Napoléon, instruit des railleries qui en résultaient et du mécontentement des soldats, ordonna au ministre de la police Je piendre à l'égard de ces insolents les mesures les plus sévères. Fouché répondit : «Certainement, ces jeunes gens méritent d'être châtiés; mais je les attends à l'automne qui va arriver. »

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