‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 65 sur 156 · DEB · texte numérisé non relu

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premier. » C'est une femme extrêmement résolue et courageuse. Le prince, qui n'était pas fort brave, comme il l'a montré dans la dernière campagne, eut peur et se retira.

(Madame, duchesse d'Orléans, Correspondance , ni9.)

Débiteurs.

Un homme accablé de dettes étant venu à mouiir déjà vieux : « Qu'on m'aclicle son matelas, dit l'empereur Auguste , car il faut qu'il soit bon, pour qu'il ait pu y dormirsi longtemps dausl'état où il était. " ( Nouveau recueil de bons mots. )

Un homme qui devait grande quantité d'argent, fut interrogé d'un de ses amis comment il pouvait dormir sur son lit, vu qu'il ilevait tant? « Vous en étonnez-vous, répondit-il, celui qui me l'a donné à crédit dort bien à son aise , sachant qu'il n'en sera jamais pavé ; et vous trouvez étrange que j'y dorme! »

( Facétieux réveille-matin. )

Un Florentin avait besoin d'un cheval.

11 en trouva un qu'on lui voulut vendre vingt-cinq ducats. « Je vous en donnerai quinzeconiptant, dit-il au maquignon, et je serai votre débiteur du reste. •>< Le maquignon y consentit. Quelques jours après, il alla demander ses dix ducats. « Il faut, dit l'acheteur, vous en tenir à nos conventions. Je vous ai dit que je vous devrais le reste, et je ne vous devrais plus, si je vous le payais.» (Pogge.)

Un homme de Pérouse, fort obéré, s'en allait dans la rue tout mélancolique. Quelque passant lui demanda quel était le sujet de sa tristesse. « Je dois, dit-il, et je ne saurais payer. — Bon ! lui repartit l'autre, laissez cette inquiétude à votre créancier. » (Id.)

Ruqueville, gentilhomme de M. de Longuevillc, étant à l'extrémité, son tailleiu-, à qui il devait beaucoup, le pria de lui donner une reconnaissance. « Bon , mon ami , lui dit-il , écrivez , je la signerai. » Il lui dicta : » Je soussigné, etc.,

« promets à maître, etc., maître tailleur « d'habits à Paris, demeurant rue Saiut- « Honoré, paroisse Saiut-Eustache , etc.» Il lui en fait mettre tout le plus long qu'il peut, et, après l'avoir bien fait écrire, il ajoute cent coups de bâton, au lieu de la somme. Le tailleur le donne an diable, et s'en va. Je ne sais si le diable prit Ruqueville , mais il trépassa peu de temps après, (Tallemanl des Beaux.)

J'ai connu un Gascon , nommé le chevalier de Vigourousse, capitaine de cavalerie, dont on racontait de très-plaisants V contes. — Un jour, étant à Turin , fort malade, son hôtesse, qui crut qu'il n'jn reviendrait pas, lui apporta ses parties, pour les attester. Lui, sans les examiner, écrivit aussitôt au bas :

» Si je meurs, passe. Si je vis, à revoir. « Signé : Le chevalier de Vi-

GOURODSSE. »

(Bouhier, Souvenirs.)

Unjour que Ménage était chez Nanteuil, ^ le graveur, avec Lionne, qui se faisait / faire sa taille-douce , il parlait sans cesse, et disait qu'il avait sept cents pistoles qui ne devaient rien à personne; qu'il avait envie de les employer à un voyage de Rome : « Vous ferez bien mieux, lui dit Nanteuil, de m'en envoyer dix que voiis me devez de reste de votre portrait. » ( Tallemant des Beaux. )

Louis XVI , ami de l'ordre et effrayé du triste exemple que venait de donner le prince de Guéméiiée, prêchait du matin au soir l'économie et le payement des dettes. Il dit un jour à M. de Dillon , archevêque de Narbonne, connu par sa somptuosité : « Monsieur l'archevêque, on prétend que vous avez des dettes et même beaucoup. — Sire , répond, le prélat, je m'en informerai à mon intendant, et j'aurai l'Iioiuieur d'en rendre compte à votre majesté. »

(Beugnot, Mémoires.)

Un officier joua un tour ingénieux à un Juif qui le tourmentait pour en être payé. Il avait une machine électrique; il

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imagina, voyant arriver de loin son créancier, d'étalilir un conducteur qui aboutissait à la clef, et il se mit à cliaigcr la machine. Le Juif frappe ; on lui crie : » Entrez; » il veut prendre la clef, et reçoit une commotion terrible. Il frappe encore, même réponse , même accident. Après trois ou quatre épreuves, l'Israélite effrayé crut voir le diable à ses trousses; il s'en fut à toutes jambes et ne voulut plus approcher de cette chambre ni de l'officier. Quand celui-ci voulut le payer, il fut obliger d'envoyer l'argent au Juif, qui, pour tout au monde, ne serait pus venu le chercher. ( Omniana. )

Ciiampcenetz avait beaucoup de créanciers, et il leur jouait des tours de page. Les voyant arriver de sa fenêtre , il faisait chauffer la clef de sa porte, de manièie à leur biùler outrageusement la main; il les entendait dégringoler les escaliers, en grommelant et le menaçant des huissiers, ce qui ne l'inquiétait guère (1).

(M""^ Fusil, Souvenirs d'une actrice.)

Dans sa vieillesse, M""^ Montansier, criblée de dettes, ne vivait plus que pour jouer de bons tours à ses créanciers : par exemple elle faisait rougir la clef de sa chambre à l'intention expresse de MM. les luiissieis venus pour instrumenter et trop empressés d'ouvrir la poite. Ou elle donnait l'ordre de faire entrer dans sa cour tous ses fournisseurs , tumultueusement réunis ; puis elle apparaissait à son balcon , couverte d'un pet-en-l'air, un petit pain d'une main , une tasse de café de l'autre, et leur chantait ainsi le grand air de Dido/2 :

Ah! que je fus bien inspirée Quand je vous reçus dans ma cour!

Onpiéteud quellarcl , lefamenx directeur de la porte Saint-Martin, iiarcelé par ses créanciers, qui le rclançaicut jusque sur son théâtre, se dérobait à leurs poursuites an moyeu d'une trappe, qui, lorsqu'il se voyait sur le point d'être surpris,

(i) On conic la même chose de la fnmeiise Mlle Montansier (V. ci-.i|>res ), et l'anecdote |Mécédente parait également une variante de la même histoire.

le faisait tout à coup disparaître dans le troisième dessous.

Déception.

Un président, avec qui j'ai une affaire, m'est venu voir. Ce président avait avec lui un fils de sa femme, qui a vingt ans, et que je trouvai , sans exception, delà plus agréable et de la plus jolie figure ([ne j'aie jamais vue. Je m'avisai de dire que je l'avais vu à cinq ou six ans, et que j'admirais, comme M. de Montbason , (|u'ou piit croîlre en si peu de temps. Sur cela , il sort une voix terrible de ce joli visage, qui nous plante au nez d'ini air ridicule, que mauvaise herhe croit toujours. Voilà qui fut fait , je lui trouvai des cornes ; s'il m'ei'it donné un coup de massue sur la tète , il ne m'ei'it pas plus affligée. (M""" de Sévigné, Lettres.)

Le Blanc , sécrétait e d'l'"l.'il de la i;iiei re, était fort souvent au Palais-Royal. 11 avait accoutumé sa femme à faire mettre à table la compagnie chez lui sans lui, quand il n'était pas rentré à deux heures, et comme il en était près de trois quand' il arriva ce join-là, il trouva le dîner avancé, et la compagnie en peine de ce ([ui pouvait l'avoir tant retaidé. Le hasard le fit placer à table vis-à-vis Laiignet, évcque de Soissons. Le Blanc (it sis excuses, et dit qu'il ne cacherait point ce ((iii l'avait reteim si tard an Palais-Royal, |)arce qtie la chose allait être publique : chacun dressa les oreilles et demanda d(> quoi il s'agissait. Le Blanc répondit i\\\{'. c'était de la promotion que le pape venait de faire. A ce mot, Languet se met presque en pied et s'écrie, les yeux allumés : ■1 Et qui? et qui ? » Le Blanc nomme les nouveaux carditiaux ; Mailiy fut nommé le second, comme il l'était dans la liste. A ce nom, Languet tombe sur sa chaise, la tête sur son assiette, se la prend à deux mains , et s'écrie tout haut : « Ah ! il m'a pi is mon chapeau ! » Un éclat de rire de la compagnie , mal étouffé et surpris, après quelques moments de silence, réveilla le désintéressé prélat. H demeura déconcerté, laissa raisonner sur la luomotion, balbutia tard, courtement, rarement, tortilla qtiekpu's bouchées lentement et de loin à loin, pour faire (|iiel(pip chose, devint le spectacle de la compagnie, et la

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quitta lorsqu'on fut hors de table, tout le plus tôt qu'il put.

( Saiut-Simon, Mémoires. )

On annonça, dans une maison où soupait madame d'Egmont , un homme (|ui s'appelait Diiguesclin. A ce nom illustre, son imagination s'allume; elle fait mettre cet homme à table à côté d'elle, lui fait mille politesses, et enfin lui offre du plat qu'elle avait devant elle (c'étaient des ti ul'fes ) : « Madame, 'répond le sot , il n'en faut pas à côté de vous. » — A ce ton , dit-elle en contant cette histoire, j'eus grand regret à mes honnêtetés. Je fis comme ce dauphin qui , dans le naufrage d'un vaisseau, crut sauver un homme, et le rejeta à la mer en voyant que c'était un singe. (Chamfort.)

Déclamation théâtrale.

La première fois que je vis M"*" Rau— court, je crus que sa manière de déclamer était une mauvaise plaisanterie , qu'elle avait parié de faire les gestes extraordinaires qui m'étonnaient. En effet , quelle fut ma surprise de la voir, dans la sublime imprécation de Camille contre Rome, en disant ce vers :

Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie,

tendre à sa droite une main, tendre l'autre à sa gauche, et les unir ensemble par un mouvement singulier qui semblait unir l'Orient et l'Occident. A cet autre vers :

Kt (le ses prn|ini$ mains décliirer ses entrailles,

elle portait ses mains sur son ventre et lui imprimait un mouvement d'autant plus désagréable qu'il était alors d'une grosseur un peu démesurée. Je vis M"'' Fleury, dans le beau rôle d'Andromaque, le défigurer par une pantomime de celte espèce. Rien de plus fra])pant que la réponse d'Andromaque à Céphise , quand celle-ci ose lui conseiller d'épouser Pyrrhus. Ne croyez pas que cette actrice adresse cette belle réponse à Céphise : elle s'en garde bien ; c'est au public qu'elle va répondre. Elle regarde les loges, range bien sa longue robe pour qu'elle ne la gène pas, et crie aux habitants des loges :

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Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle Qui l'ut pour tout un peuple une nuit éternelle.

A ces mots :

Ensanglantant l'autel qu'il tenait embrassé ,

elle fit le geste d'embrasser; et, quand elle vint à ce vers :

Et traîné sans honneur autour <Ie nos murailles,

elle appuya longuement sur ce mot traîné, et, reculant d'ini pas , en repoussant sa longue robe, elle fit avec ses bras un geste circulaire pour exprimer autour Je nos murailles. Ce dégoi'itant spectacle mettait les loges dans un enthousiasme impossible à rendre...

Je vis aussi Damas, avec ses jambes et ses épaules de Crispin, oser s'appeler Hippolyte ; et, dans la belle déclaration qu'il adresse à la jeune Aricie , où se peint un amour timide qui s'échappe avec peine de son cœur, je l'ai entendu hurler de toute sa force :

Mes seuls gémissements font retentir les liols Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix.

... Larive lui-même, qui souvent était heureux dans sa déclamation , se conformait quelquefois à ce goût de hurlement. Je l'ai vu dire ainsi le fameux : Qu'il mourût .' X]j)iès, avoir entendu ces mots : Que vouliez-vous tjuil fit contre trois? Il fit inie pause, serra les dents, ferma ses poings mis en avant , leva lajambe droite comme s'il voulait donner un coup de pied à son interlocuteur, et de ce même pied frappant la terre avec force, il cria enfin le Qiéil mouréit ! dans un véritable accès de fureur. (De Vaublanc, Mémoires. )

Déclaration «l'amour.

De toutes les déclarations d'amour, une des plus galantes est celle que le duc de Vilia-Mediana fit à la reine Elisabeth, qui lui demanda (pi'il lui montrât le portrait de sa maîtresse. Ce seigneur lui envoya un miroir. ( Bibliotiièque de cuur. )

Un jour, comme M. de Bellegarde demandait h la reine Anne d'Antiiche ce qu'elle ferait à un homme qui lui parlerait d'amour : « Je le tuerais, >> dit-elle. —

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Ah! je suis mort! » s'écria-t-il. Elle ne tia pourtant pas Bouquinquaut (I).

( Tallemant des Réaux. )

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Malgré son embonpoint extrême et sa prodigieuse grosseur, Gibbon était trèsgalant. Pendant le séjour qu'il fit à Lausanne, il devint amoureux de madame de Crouzas. Un jour qu'il se trouvait seul avec elle , il se jeta à genoux en lui déclarant son amour dans les termes les plus passionnés. M"" de Crouzas lui répondit de manière à lui ôter l'envie de recommencer cette jolie scène. Gibbon prit un air consterné, et cependant il restait à genoux , malgré l'invitation réitéi«e de se mettre sur sa chaise; il était immobile et gardait le silence. <c Mais, monsieur, lui dit M""* de Crouzas, relevezvous donc ! — Hélas! madame, reprit le malheureux amant, je ne puis pas! n En effet, la grosseur énorme de sa taille ne lui permettait pas de se relever sans aide. M™* de Crouzas sonna et dit au domestiquequi survint: «Relevez M. Gibbon! » (M'"' de Genlis, Mémoires.)

Décoration.

Lamartine visitait l'atelier du sculpteur Préault , qui lui montrait son Hécube .

« C'est de l'Escliyle en bronze, dit le grand poète; cela vaut une couronne.

— Ça ne me donnera pas même la croix, répondit Préault en souriant.

— Comment, mon cher Préault , il vous est désagréable de ne pas être décoré, comme tant de gens qui ne vous valent pas? Eh bien, allez aux bains froids: vous n'y verrez personne décoré. »

(Petite Bévue.)

Décoration (Motifs à l'appui d'une).

Le cardinal de Richelieu fit avoir le Cordon bleu à M. de Bullion, surintendant des finances, en disant au roi :

« Sire, ce serait une plaisante chose que cette figure avec le cordon. »

(Tallemant des Réaux.)

Un vieux soldat adressa la pétition sui

(i) I.e duc (le Buckingham.

vante pour demander la croix d'honneur .

« Sire, n J'ai contracté sous votre cher oncle deux blessures mortelles qui , depuis trente ans, font l'ornement de ma vie, l'une à la cuisse droite, l'autre à Wagram. Si ces deux anecdotes \ous paiaissent susceptibles de la croix d'iionneur, j'ai bien celui de vous en remercier d'avance.

« Signé : Antoine Bonniot,

c Caporal honoraire à l'ex-jeune garde.

« P. S. M"ie Bonniot sera bien sensible à votre amabilité.

« Affranchir la réponse, s'il vous plaît. Ci-joint les pièces amplificatives. »

(^Mosaïijue.)

Décoration étrangère.

Le docteur X... arrive un matin chez le ministre de l'instruction publique , lui annonce que le roi d'Honoluhi vient de le décorer de son ordre du Labaksi-Tapû, et que lui, docteur X.., serait bien aise d'obtenir de la chancellerie l'autorisation de porter immédiatement cette décoration nouvelle.

« Hélas! répondit le ministre de l'instruclion publique d'un ton plein d'amères désillusions, hélas! cher docteur, moi aussi je suis chevalier de première classe du Lahaksl-Tapô, c'est-à-dire du Calumet qui remue. Yous savez que la décoration consiste en un anneau d'or auquel pend un calumet émaillé en rouge; mais ce que vous ne savez sans doute pas, c'est où cette décoration doit réglementairement s'attacher.'

— Non... non... balbutia l'Esculape, visiblement inquiet... Où donc s'altachet-clle, excellence.'

— Au nez, cher docteur, au nez!... »

A ce mot , frappé d'épouvante , le

prince de la Faculté se leva, bégaya deux ou trois syllabes inintelligibles , et s'enfuit comme' s'il eût eu la pesle à ses trousses.

(Nogaret, Patrie.)

Défaut de prononciation.

L'acteur Daiglemont jouait aux anciens Délassements certain mélodiann; palpitant d'intérêt.

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Il y avait un duel. Son adversaire se trouvait posséder, comme lui, le secret d'un coup terrible.

A cette vue, Daiglemont, furieux, devait s'écrier :

Tierce .'... ma botte secrète !

Mais il avait un léger défaut de prononciation, si bien que toute la salle entendit :

Pierre!... mahotte se crh-e .'...

Et Pierre, c'était justement le nom du garçon d'accessoires, lui cria de la coulisse :

" Ça ne fait rien , y en a une autre paire !... »

[Figaro.)

Une jeune personne voulant débuter, fut trouver Potier pour réciter quelques vers, elle commença ainsi :

En vain, vous l'exigez, je ne sais pas z'hair.

Potier lui répondit : « C'est un petit mallicur, ma chère amie , si vous ne savez pas Zaïre, répétez-moi ini autre rôle. » (Potieraria. )

Défense concluante.

Pugnani, célèbre violon à Turin, était maître de chapelle du duc de Savoie.

C'était un liomme de très-grand talent, mais d'un amour-propre lidicule ; sa figure était très-plaisante et surtout remar- (piable par les vastes dimensions de son ïiez, que ses élèves surnommaient l'éteignoir du cierge pascal.

Dans la maison qu'il liabitait, demeurait un jeune peintre auquel Pugnani eu voulait beaucouj) , parce qu'il avait fait plusieurs fois sa caricature. 11 l'avait repré-e ité un jour conduisant son orchestre , et tous ses musiciens étaient abrités sous son vaste nez comme sous un immense parasol. Pour faire enragcice pauvre musicien, notre pi'iutre le peignit une autre fois dans le fond d'un vaste pot de chambre, et pour le faire bien endiabler, il déposa le vase nocturne sur l'escalier. Ce fut le premier objet (jue l'cncontra Pugnani en rentrant chez lui.

Désirant se venger, le musicien manda chez le juge le jeune artiste. Après qu'il eut exposé SCS griefs , le juge demanda à

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l'artiste ce qu'il avait à répondre. Sans se déconcerter, celui-ci tira de sa poche un mouchoir dont le fond représentait la tète du grand Frédéric. Après l'avoir étalé auv yeux du juge, il lui dit : « Monsieur, quand je me permets de me moucher et de cracher sur la face du grand Frédéric, il me semble que je peux bien pisser sur la figure de M. Pugnani. » Le juge rit et renvoya les deux plaignants.

Défi.

Durant les guerres civiles, il y avait un seigneur qui faisait sauter du haut de son château en bas ceux qu'il prenait de la faction contraire , s'ils n'avaient moyen de payer leur rançon. Il arriva qu'un soldat déjà connu tomba entre ses - | mains, lequel n'avait aucun moyen de se j racheter. Pourquoi ce seigneur le mène au sommet de la tour, lui disant : « II faut que vous sautiez du haut en bas. » Ce soldat, comme assuré, lui demande :

« Monsieur, faut-il que je saute tout d'un coup? Le seigneur lui répond que oui.

— Tout d'un saut ! répliqua le soldat. Pardieu, mon capitaine , je vous le donne eu trois. » L'assurance du soldat, et la rencontre en tel danger, ploya si bien l'affection de ce tyran qu'il lui sauva la vie(l).

(Guillaume Bouchet, Serée XXF.)

Défiance.

Un jour que N... de C, archevêque de Narbonne, avait beaucoup d'or étalé sur sou bureau, il se trouva obligé de passer dans ini cabinet voisin. L'abbé

de était dans la chambre. « L'abbé,

lui dit le prélat en sortant, je vous recommande de claquer des mains jusqu'à ce que je rentre. »

[Recueil d'Epilli.)

Le président de Clievri disait : « Si un homme me trompe une fois, Dieu le maudisse; s'il me trompe deux, Dieu le mau-

(i) Ce trait est bien connu, et le seigneur Jont parli'G. Boucliet n'est autre que le fameux baron des Adrets. On trouve la même anecdote dans le Faeélieux Reveille-malin, où la réponse est faite à François-Marie d'Urbin par un malfaiteur qui a demandé à échanger la potence contre le saut du haut d'une tour.

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disse et moi aussi ; mais s'il me trompe tiois, Dieu me maudisse tout seul ! »

Défiance de soi-même.

Je vis uue fois à Crémone un soldai espagnol de fort belle façon , qui ne portait point d'épée par la lue. Je lui demandai pourquoi il n'eu portait , et si la justice de la villela lui avait prohibée. 11 me répondit : « Non, monsieur, la justice de cette ville n'a que voir sur moi, parce que je suis un vieux soldat, qui me suis signalé et bien distingué dans nos compagnies; mais je me suis à moimême fait celte loi, parce que je suis si prompt à la main que, pour le moindre vent qui me passe parles oreilles , je me tourne sur-le-champ , je mets la main à l'épée , et le premier qui se rencontre meurt à son malheur, comme cela m'est arrivé quatre ou cinq fois en me promenant par les rues; de sorte que j'ai fait vœu à Dieu de ne plus porter l'épée (pie quand j'irai en campagne, ou quand je monterai la garde. ■»

(Brantôme, Rodomontades etvagnoles .)

Défiance réciproque*

Octave et Antoine ont fait grand bruit dans le monde. Qu'étaient-ils autre chose que des scélérats sans pudeur? Ces deux assassins se méfiaient tellement l'un de l'autre que, dans la conférence qu'ils eurent ensemble dans l'île du Réno, il fut convenu qu'ils se fouilleraient réciproquement, pour se mettre réciproquement à l'abri d'un coup de poignard.

(Voltaire.)

Dég^uût Ae la vie.

Le courage de la plupart de ceux qui ont péri sous la Révolution se composait pour beaucoup du contentement d'arriver au terme de leurs souffrances :

« 11 y a trop longtemps que ces gens-ci m'ennuient , me disait Biron ; ils vont me couper le cou, mais du moins tout sera fini. Il

(Beugnof, Mcmoires.)

Un pauvre marchand de serre-tête , cniuné de ce <pie son tour ne venait

pas, envoya à l'accusateur public une lettre datée de l'an deuxième de la persécution, dans laquelle il vouait à l'exécration le tribunal, demandait un roi et l'ancien régime. Appelé à un inteirogatoire secret, on lui demanda s'il reconnaissait la 'fV'T' ." ^"'' répondit-il, c'est moi qui l'ai écrite, et la preuve c'est qu'en voici la copie, ajouta-t-il, en tirant un papier de sa poche. » Le malheureux fut expédié le lendemain.

(Riouffe, Mémoires, édit. Barrière, note.)

Dég'oût du monde.

N*" est dans sa soixante-cinquième année; il dit qu'il ne se soucie plus de la comédie ni des spectacles : ce n'est pas qu'il soit devenu sage ; c'est qu'il est affaibli, et ne peut plus goûtera son âge les plaisirs qu'il prenait étant jeune. 11 y a bien de la différence entre être guéri du monde, et en être dégoûté.

{Carpenteriana.)

Dég^uisement.

Une femme, de celles qui passent leur temps aux dépens de leur honneur, désirait aller en mascarade, et voulait se déguiser en sorte qu'elle ne fût reconnue de personne. Comme elle se consultait avec celui qui devait la mener, qui savait bien ce qu'elle était, il lui dit : '1 Madame, déguisez-vous en femme de bien ; je veux mourir si jamais personne pourra vous reconnaître. »

(D'Ouville, Contes.)

Louis XV' était à tiavalller dans son cabinet ; une sœur grise est venue pour lui parler. On lui dit que cela ne se pouvait pas. Une demi -heu» -^ après, elle revint et annonça qu'elle avait des ciioses de la dernière importance à dire au roi. Le capitaine des gardes la fit entrer. — « Sire, je viens de la part de ma communauté féliciter votre majesté sur l'heiiicux succès de son inoculation, et lui demander sa bienveillance pour notre couvent, qui est dans le plus pressant besoin. » — La sœur grise entra dans beaucoup de détails, auxquels le roi parut s'intéresser; il promit enfin à la bonne sœur (le s'occuper de son ccuvent. Celleci, prenant congé, partit d'un éclat de rire, qui étonna tout le monde, et fit croire

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qu'elle était folle, au iioiut que le roi cria : <i Qu'on l'arrête; mai» qu'on en ait soin ! » Cet ordre fit encore plus rire l'aimable sœur, qui éclata en disant :

« Quoi! personne ne me reconnaît. « C'était la reine qui avait voulu amuser le roi, et s'amuser elle-même.

{Anecdotes secrètes du XVI Ile siècle.)

L'empereur, dans son consulat et même sous l'empire, le jour des fêtes publiques , allait parfois très-tard se mêler dans la foule, voir les illuminations et entendre les propos du peuple. Cela lui est arrivé même avec Marie-Louise. L'un et l'autre ont été bras à bras, le soir, sur les boulevards , et se sont donné le plaisir, moyennant leur petite rétribution , de contempler dans les lanternes magiques, leurs majestés l'empereur et l'impératrice des Français, toute leur cour, etc.

(Mémorial de Sainte-Hélène.)

Oég^iiisement nécessaire.

Le connétable de Montmorency voulut mourir en habit de capucin. Un gentilhomme, nommé Montdragon, lui dit:

<i Ma foi! vous faites finement; car, si vous ne vous déguisez bien , vous n'entrerez jamais en paradis. »

(Tallemant des Réaux.)

Dég^uîsemeiit exagéré.

Le duc d'Orléans, régent, convint un jour, avec le cardinal Dubois, de se rendre ensemble à un bal. <i Pour n'être pas reconnu, tu me traiteras familièrement, » lui dit le prince. Dubois, poussant la familiarité jusqu'à donner des coups de pied dans le derrière de son altesse : «■ Mon ami , dit le légent, tu me déguises trop. »

Dég^iiiseineiit iniilile.

M"' Woftington, sortant de jouer un rôle eu homme, dit, en rentrant au foyer : « En vérité , la moitié du parterre vient de me prendre pour un homme. — A quoi cela sert-il ? » lui répondit une de ses laniaïades, si l'autre moitié du public sait précisément le contraire? »

(Panckoucke.)

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