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sant sans égard pour les temps, les lieux, les circonstances, les usages, le culte, les coutumes, les lois, nous entraînerait à des actions proscrites.
11 ne faut pas confondre la chasteté avec la continence. Tel est chaste qui n'est pas continent; et réciproquement, tel est continent qui n'est pas chaste. La chasteté est de tous les temps, de tous les âges et de tous les états; la continence n'est que du célibat; et il s'en manque beaucoup que le célibat soit un état d'obligation. L'âge rend les vieillards nécessairement continents ; il est rare qu'il les rende chastes.
Voilà tout ce que la philosophie semble nous dicter sur la chasteté. Mais les lois de la religion chrétienne sont beaucoup plus étroites ; un mot, un regard, une parole, un geste, mal intentionnés, flétrissent la chasteté chrétienne; le chrétien n'est parvenu à la vraie chasteté que quand il a su se conserver dans un état de pureté angélique, malgré les suggestions perpétuelles du démon de la chair. Tout ce qui peut favoriser les elForts de cet ennemi de notre innocence passe dans son esprit pour autant d'obstacles à la chasteté; tels que les excès dans le boire et le manger, la fréquentation de personnes déréglées, ou même d'un autre sexe, la vue d'un objet indécent, un discours équivoque, une lecture déshonnête, une pensée libre, etc. Voyez Célibat.
CHAT [Myih.) Cet animal était un dieu très-révéré des Égyptiens : on l'adorait sous sa forme naturelle, ou sous la figure d'un homme à tête de chat. Celui qui tuait un chat^ soit par inadvertance, soit de propos délibéré, était sévèrement puni. S'il en mourait un de sa belle mort, toute la maison se mettait en deuil, on se rasait les sourcils et l'animal était embaumé, enseveli, et porté à Bubaste dans une maison sacrée, où on l'inhumait avec tous les honneurs de la sépulture ou de l'apothéose. Telle était la superstition de ces peuples, qu'il est à présumer qu'un chat en danger eût été mieux secouiu qu'un père où qu'un ami, et que le regret de sa perte n'eût été ni moins réel ni moins grand. Les principes moraux peuvent donc être détruits jusque-là dans le cœur de l'homme; l'homme descend au-dessous du rang des bêtes, quand il met la bête au rang des dieux. Hérodote raconte que quand il arrivait quelque incendie en Egypte, les chats des maisons étaient agités d'un mouvement divin; que les propriétaires oubliaient le danger où
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leurs personnes et leurs Liens étaient exposés, pour considérer ce (jue les cluils faisaient; et que, si malgré le soin qu'ils prenaient dans ces occasions de la conservation de ces animaux, il s'en élançait quelques-uns dans les flammes, ils en menaient un grand deuil.
CIIATIMliM, s. m. Terme qui comprend généralement tous les moyens de sévérité permis aux chefs des petites sociétés, qui n'ont pas le droit de vie et de mort; et employés, soit pour expier les fautes connnises par les membres de ces sociétés, soit pour les ramener à leur devoir et les y contenir. La fin du chtïliincnt est toujours ou l'amendement du châtié, ou la satisfaction de l'offensé. 11 n'en est pas de même de la peine, sa fin n'est pas toujours la réformation du coupable, puisqu'il y a un grand nombre de cas oii l'espérance d'amendement vient à manquer, et où la peine peut être étendue jusqu'au dernier supplice. C'est le souverain qui inllige la peine; c'est un supérieur qui ordonne le châtiment. Les lois du gouvernement ont désigné les peines; les constitutions des sociétés ont marqué les châtiments. Le bien public est le but des unes et des autres. Les peines et les cliâtimcnts sont sujets à pécher par excès ou par défaut. Comme il n'y a aucun rapport entre la douleur du châtiment et de la peine, et la malice de l'action, il est évident que la distribution des peines et des châtiments, relative à l'énormité plus ou moins grande des fautes, a quelque chose d'arbitraire; et que, dans le fond, il est tout aussi incertain si l'on s'acquitte d'un service par une bourse de louis, que si l'on fait expier une insulte par des coups de bâton ou de verges; mais heureusement, que la compensation soit un peu trop forte ou trop faible, c'est une chose assez indifférente, du moins par rapport aux peines en général, et par rapport aux châtiments désignés par les règles des petites sociétés; on a connu ces règles, en se faisant membre de ces sociétés ; on en a même connu les inconvénients, on s'y est soumis librement; il n'est plus question de réclamer contre la rigueur. Il ne peut y avoir d'injustices que dans les cas où l'autorité est au-dessus des lois, soit que l'autorité soit civile, soit qu'elle soit domestique. Les supérieurs doivent alors avoir présente à l'esprit la maxime : summum jus, summa injuria-, peser bien les circonstances de l'action; comparer ces circonstances avec celles XIV. 8
114 CHAVARIGTES.
d'une autre action où la loi a prescrit la peine ou le châtiment, et mettre tout en proportion; se ressouvenir qu'en prononçant contre autrui, on prononce aussi contre soi-même, et que si l'équité est quelquefois sévère, l'humanité est toujours indulgente; voir les hommes plutôt comme faibles que comme, méchants; penser qu'on fait souvent le rôle déjuge et de partie; en un mot, se bien dire à soi-même que la nature n'a rien institué de commun entre les choses dont on prétend compenser les unes par les autres, et qu'à l'exception des cas où la peine du talion peut avoir lieu, dans tous les autres on est presque abandonné au caprice et à l'exemple.
CHAVARIGTES, s. m. pi. [Hist. mod.) Hérétiques mahométans opposés aux Schystes. Ils nient l'infaillibilité de la prophétie de Mahomet, soit en elle-même, soit relativement à eux; parce qu'ils ne savent, disent-ils, si cet homme était inspiré, ou s'il le contrefaisait; que, quand ils seraient mieux instruits, le don de prophétie n'ôtant point la liberté, leur prophète est resté maître, pendant l'inspiration, de l'altérer et de substituer la voix du mensonge à celle de la vérité; qu'il y a des faits dans l'Alcoran qu'il était possible de prévoir; qu'il y en a d'autres que le temps a dû amener nécessairement; qu'ils ne peuvent démêler, dans un ouvrage aussi mêlé de bonnes et de mauvaises choses, ce qui est de Mahomet et ce qui est de Dieu; et qu'il est absurde de supposer que tout appartienne à Dieu, ce que les chavarigtes n'ont pas de peine à démontrer par une infinité de passages de l'Alcoran qui ne peuvent être que d'un fourbe et d'un ignorant. Ils ajoutent que la prophétie de Mahomet leur était superflue, parce que l'inspection de l'univers leur annonçait mieux que tout son enthousiasme l'existence et la toute-puissance de Dieu ; que quant à la loi établie avant lui, le don de prophétie n'ayant nulle liaison avec elle, elle n'a pu lui accorder le droit de lui en substituer une autre; que ce que leur prophète a révélé de l'avenir a pu être de Dieu; mais que ce qu'il a dit contre la loi antérieure à la sienne était certainement de l'homme; et que les prophètes qui l'ont précédé l'ont décrié, comme il a décrié ceux qui viendraient après lui, comme ceux-ci décrieront ceux qui les suivront; enfin ils prétendent que si la fonction de prophète devient un jour nécessaire, ce ne sera point le privilège de quelques-uns d'entre eux ;
mais qiio tout liommo jtislo pourra ôlrc élevé à cette diviMilô. Voilà les conlestations qui (hVhirent et qui déchireront les lionimes qui auront eu le malheur d'avoir un méchant pour législateur, que Dieu abandonnera k leurs dérèglements, qu'il n'éclairera point de la lumière de son saint Évangile, et dont la loi sera contenue dans un livre absurde, obscur et menteur.
CIIAIIDKROÎS'S m. Dooom;. (/lAy/Zi.) Los cliaudcrom résonnants de Dodono ont été très-fameux dans l'antiquité. Voici la description qu'on en trouve dans ihienne de Byzance : « Il y avait à Dodone deux colonnes parallèles et proches l'une de l'autre. Sur l'une de ces colonnes était un vase de bronze de la grandeur ordinaire des vhauderons de ce temps; et sur l'autre colonne, une statue d'enfant. Cette statue tenait un fouet d'airain, mobile et à plusieurs cordes. Lorsqu'un certain vent venait à souiller, il poussait ce fouet contre le ehauderon, qui résonnait tant que le vent durait; et comme ce vent régnait ordinairement à Dodone, le diauderon résonnait presqne toujours; c'est de là qu'on fit le proverbe : airain de Dodone^ qu'on appliquait à quelqu'un qui parlait trop, ou à un bruit qui durait trop longtemps. » Il me semble que les auteurs et les critiques seraient très-bien représentés, les uns par les chauderons d'airain de Dodone, les autres par la petite figure armée d'un fouet, que le vent poussait contre les chauderons. La fonction de nos gens de lettres est de résonner sans cesse; celle de nos critiques, de perpétuer le bruit; et la folie des uns et des autres, de se prendre pour des oracles.
CHEMIN, Route, Voie. [Gram. Synon.) termes relatifs à l'action de voyager. Voie se dit de la manière dont on voyage : aller par la voie d'eau ou par la voie de terre. Route, de tous les lieux par lesquels il faut passer pour arriver d'un endroit dans un autre dont on est fort éloigné. On va de Paris à Lyon, ou par la route de Bourgogne, ou par la route de Nivernais. Chemin, de l'espace même de terre sur lequel on marche pour faire sa route : les chemins sont gâtés par les pluies. Si vous allez en Champagne par la voie de terre, votre route ne sera pas longue, et vous aurez un beau chemin. Chemin et voie s'emploient encore au figuré : on dit faire son chemin dans le monde, et suivre des voies obliques, et verser sur la route : on dit le chemin et la voie du ciel, et non la route; peut-être parce
que l'idée de hallu et de fréquenté sont du nombre de celles que route offre à l'esprit. Route et chemin se prennent encore d'une manière abstraite, et sans aucun rapport qu'à l'idée de voyage : Il est en route, il est en chemin; deux façons de parler qui désignent la même action, rapportée dans l'une à la distance des lieux par lesquels il faut passer, et dans l'autre, au terrain même sur lequel il faut marcher.
Chemins, s. m. pi. 11 est à présumer qu'il y eut des grands chemins aussitôt que les hommes furent rassemblés en assez grand nombre sur la surface de la terre pour se distribuer en diflerentes sociétés séparées par des distances. Il y eut aussi vraisemblablement quelques règles de police sur leur entretien, dès ces premiers temps; mais il ne nous en reste aucun vestige. Cet objet ne commence à nous paraître traité comme étant de quelque conséquence que pendant les beaux jours de la Grèce; le sénat d'Athènes y veillait ; Lacédémone, ïhèbes et d'autres États en avaient confié le soin aux hommes les plus importants; ils étaient aidés dans cette inspection par des officiers subalternes. Il ne paraît cependant pas que cette ostentation de police eût produit de grands effets en Grèce. S'il est vrai que les routes ne fussent pas même alors pavées, de bonnes pierres bien dures et bien assises auraient mieux valu que tous les dieux tutélaires qu'on y plaçait; ou plutôt ce sont là vraiment les dieux tutélaires des grands che^nins. Il était réservé à un peuple commerçant de sentir l'avantage de la facilité des voyages et des transports : aussi attribue-t-on le paver des premières voies aux Carthaginois. Les Romains ne négligèrent pas cet exemple; et cette partie de leurs travaux n'est pas une des moins glorieuses pour ce peuple, et ne sera pas une des moins durables. Le premier cliemin qu'ils aient construit passe pour le plus beau qu'ils aient eu. C'est la voie Appienne, ainsi appelée d'Appius Claudius. Deux chariots pouvaient aisément y passer de front; la pierre, apportée de carrières fort éloignées, fut débitée en pavés de trois, quatre et cinq pieds de surface. Ces pavés furent assemblés aussi exactement que les pierres qui forment les murs de nos maisons ; le chemin allait de Rome à Capoue; le pays au delà n'appartenait pas encore aux Romains. La voie Aurélienne est la plus ancienne après celle d'Appius; Caius Aurelius Cotta la fit construire l'an 512 de
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Rome; elle commençait ;ï I;i porto Aiin'licnne, et s'étendait le long (le la mer Tyrrhène jusfin'au forum Aurclii. La voie Flaminicnne est la troisième dont il soit fait mention; on croit qu'elle fut commencée par G. Flaminius, tué dans la seconde guerre Punique, et continuée par son fils; elle conduisait jusqti'à Rimini. Le peuple et le sénat prirent tant de goût pour ces travaux, que sous Jules César les principales villes de l'Italie communiquaient toutes avec la capitale par des chemins pavés. Ces routes commencèrent même dès lors à s'étendre dans les provinces conquises. Pendant la dernière guerre d'Afrique, on construisit un chemin, de cailloux taillés en carré, de l'Espagne dans la Gaule, jusqu'aux Alpes. Bomitius OEnobarbus pava la voie Domitia qui conduisait dans la Savoie, le Dauphiné et la Provence. Les Romains firent en Allemagne une autre voie Domitienne, moins ancienne que la précédente. Auguste, maître de l'Empire, regarda les ouvrages des grands chemins d'un œil plus attentif qu'il ne l'avait fdt pendant son consulat. 11 fit percer des grands chemins dans les Alpes; son dessein était de les continuer jusqu'aux extrémités orientales et occidentales de l'Europe. 11 en ordonna une infinité d'autres dans l'Espagne; il fit élargir et continuer celui de Médina jusqu'à Gades. Dans le même temps et par les mêmes montagnes, on ouvrit deux chemins vers Lyon ; l'un traversa la Tarentaise, et l'autre fut pratiqué dans V Apennin. Agrippa seconda bien Auguste dans cette partie de l'administration. Ce fut à Lyon qu'il commença la distribution des grands chemins dans toute la Gaule. 11 y en eut quatre particulièrement remarquables par leur longueur et la difficulté des lieux ; l'un traversait les montagnes de V Auvergne et pénétrait jusqu'au fond de Y Aquitaine; un autre fut poussé jusqu'au Rhin et à l'embouchure de la Meuse, suivit pour ainsi dire le fleuve, et finit à la mer d'Allemagne; un troisième conduisait à travers la Bourgogne, la Champagne et la Picardie, s'arrêtait à Boulogne-sur-Mer; un quatrième s'étendait le long du Rhône, entrait dans le bas Languedoc, et finissait à Marseille sur la Méditerranée. De ces chemins principaux, il en partait une infinité d'autres qui se rendaient aux différentes villes dispersées sur leur voisinage; et de ces villes à d'autres villes, entre lesquelles on distingue Trêves, d'où les chemins se distribuèrent fort au loin dans plusieurs provinces. L'un de ces che-
mins, entre autres, allait à Strasbourg, et de Strasbourg à Belgrade ; un second conduisait par la Bavière jusqu'à Sirmisch, distance de quatre cent vingt-cinq de nos lieues.
11 y avait aussi des cJiemins de communication de l'Italie aux provinces orientales de l'Europe par les Alpes et la mer de Venise. Aquilée était la dernière ville de ce côté; c'était le centre de plusieurs grands chemins, dont le principal conduisait à Gonstantinople; d'autres moins importants se répandaient en Dalmatie, dans la Croatie, la Hongrie, la Macédoine, les Mésies. L'un de ces chemins s'étendait jusqu'aux bouches du Danube, arrivait à Tomes, et ne finissait qu'où la terre ne paraissait plus habitable.
Les mers ont pu couper les chemins entrepris par les Romains, mais non les arrêter; témoin la Sicile, la Sardaigne, l'île de Corse, l'Angleterre, l'Asie, l'Afrique, dont les chemins communiquaient, pour ainsi dire, avec ceux de l'Europe par les ports les plus commodes. De l'un et de l'autre côté d'une mer, toutes les terres étaient percées de grandes vaies militaiies. On comptait plus de six cents de nos lieues de chemins pavés par les Romains dans la Sicile; près de cent lieues dans la Sardaigne ; environ soixante-treize lieues dans la Corse; onze cents lieues dans les îles Britanniques ; quatre mille deux cent cinquante lieues en Asie ; quatre mille six cent soixante-quatorze lieues en Afrique. La grande communication de l'Italie avec cette partie du monde était du port d'Ostie à Carthage : aussi les chemins étaient-ils plus fréquents aux environs de ce dernier endroit que dans aucun autre. Telle était la correspondance des routes en deçà et en delà du détroit de Constantinople, qu'on pouvait aller de Rome à Milan , à Aquilée, sortir de l'Italie, arriver à Sirmisch en Esclavonie, à Constantinople; traverser la Nalolie, la Galatie, la Sourie; passer à Antioche, dans la Phénicie, la Palestine, l'Egypte, à Alexandrie; aller chercher Carthage, s'avancer jusqu'aux confins de l'Ethiopie, à Glysmos ; s'arrêter à la mer Rouge, après avoir fait deux mille trois cent quatre-vingts de nos lieues de France.
Quels travaux, à ne les considérer que par leur étendue ! mais que ne deviennent-ils pas quand on embrasse sous un seul point de vue, et cette étendue, et les difficultés qu'ils ont présentées, les forêts ouvertes, les montagnes coupées, les collines
aplanies, les vallons coinhU's, les marais desséchés, les pouls élevés, etc.
Les grands cJtcminf; étaient construits selon la diversité des lieux : ici, ils s'avançaient de niveau avec les terres; là, ils s'enfonçaient dans les vallons; ailleurs, ils s'élevaient à une grande hauteur, partout on les connnençait par deux sillons tracés au cordeau; ces parallèles fixaient la largeur du chemin; on creusait l'intervalle de ces parallèles; c'était dans cette profondeur qu'on étendait les couches des matériaux du chemin. C'était d'abord un ciment de chaux et de sable de l'épaisseur d'un pouce ; sur ce ciment, pour première couche, des pierres larges et plates de dix pouces de hauteur, assises les unes sur les autres, et liées par un mortier des plus durs : pour seconde couche, une épaisseur de huit pouces de petites pierres rondes plus tendres que le caillou, avec des tuiles, des moellons, des plâtras et autres décombres d'édifices, le tout battu dans un ciment d'alliage ; pour la troisième couche, un pied d'épaisseur d'un ciment fait d'une terre grasse mêlée avec de la chaux. Ces matières intérieures formaient depuis trois pieds jusqu'à trois pieds et demi d'épaisseur. La surface était de gravois liés par un ciment mêlé de chaux; et cette croûte a pu résister jusqu'à présent en plusieurs endroits de l'Europe. Cette façon de paver avec le gravois était si solide, qu'on l'avait pratiquée partout, excepté à quelques grandes voies où l'on avait employé de grandes pierres, mais seulement jusqu'à cinquante lieues de distance des portes de Rome. On employait les troupes de l'Etat à ces ouvrages qui endurcissaient ainsi à la fatigue les peuples conquis, dont ces occupations prévenaient les révoltes; on y employait aussi les malfaiteurs que la dureté de ces ouvrages effrayait plus que la mort, et à qui on faisait expier utilement leurs crimes.
Les fonds pour la perfection des chemins étaient si assurés et si considérables, qu'on ne se contentait pas de les rendre commodes et durables, on les embellissait encore. Il y avait des colonnes d'un mille à un autre qui marquaient la distance des lieux; des pierres pour asseoir les gens de pied et aider les cavaliers à monter sur leurs chevaux; des ponts, des temples, des arcs de triomphe, des mausolées, les sépulcres des nobles, les jardins des grands, surtout dans le voisinage de Rome; au
loin, des hermès qui indiquaient les routes; des stations, etc.
Telle est l'idée qu'on peut prendre en général de ce que les Romains ont fait peut-être de plus surprenant. Les siècles suivants et les autres peuples de l'univers offrent à peine quelque chose qu'on puisse opposer à ces travaux, si l'on en excepte le chemin commencé à Cusco, capitale du Pérou, et conduit par une distance de cinq cents lieues, sur une largeur de vingt-cinq à quarante pieds, jusqu'à Quito. Les pierres les plus petites dont il était pavé avaient dix pieds en carré ; il était soutenu à droite et à gauche par des murs élevés au-dessus du chemin à hauteur d'appui; deux ruisseaux coulaient au pied de ces murs; et des arbres plantés sur leurs bords formaient une avenue immense.
La police des grands chemins subsista chez les Romains avec plus ou moins de vigueur, selon que l'Etat fut plus ou moins florissant. Elle suivit toutes les révolutions du gouvernement et de l'empire, et s'éteignit avec celui-ci. Des peuples ennemis les uns des autres, indisciplinés , mal affermis dans leurs conquêtes, ne songèrent guère aux routes publiques, et l'indifférence sur cet objet dura en France jusqu'au règne de Charlemagne. Cette commodité était trop essentielle à la conservation des conquêtes, pour que ce monarque ne s'en aperçût pas ; aussi est-il le premier de nos rois qui ait fait travailler aux chemins publics. II releva d'abord les voies militaires des Romains ; il employa à ce travail et ses troupes et ses sujets. Mais l'esprit qui animait Charlemagne s'affaiblit beaucoup dans ses successeurs : les villes restèrent dépavées ; les ponts et les grands chemins furent abandonnés, jusque sous Philippe-Auguste, qui fit paver la capitale pour la première fois en 1184, et qui nomma des officiers à l'inspection des ponts et chaussées. Ces officiers, à charge au public, disparurent peu à peu, et leurs fonctions passèrent aux juges particuliers des lieux, qui les conservèrent jusqu'en 1508. Ce fut alors que les tribunaux relatifs aux grands chemins, et même à la voirie en général, se multiplièrent. Il y en avait quatre différents, lorsque Henri le Grand créa l'office de grandvoyer ou d'inspecteur des routes du royaume. M. de Sully en fut revêtu; mais cette partie ne se ressentit pas comme les autres des vues supérieures de ce grand homme. Depuis ce temps, le gouvernement s'est réservé la direction immédiate
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de cet ol)jef important; et les choses sont niainten.ant sur un pied à rendre les routes du royaume les plus commodes et les plus belles qu'il y ait en Europe, par les moyens les plus sûrs et les plus simples. Cet ouvrage étonnant est déjà même fort avancé. Quel que soit le côté par où l'on sorte de la capitale, on se trouve sur les chaussées les plus larges et les plus solides; elles se distribuent dans les provinces du royaume les plus éloignées, et il en part de chacune des collatérales qui établissent entre les villes, même les moins considérables, la communication la plus avantageuse pour le commerce.
CHy:RGlll^:URS,s. m. pi. [Thcolog.) Hérétiques dont M. Stoup a fait mention dans son traité de la religion des Hollandais. Il dit que les clierclœurs conviennent de la vérité de la religion de Jésus-Christ, mais qu'ils prétendent que cette religion n'est professée dans sa pureté dans aucune église du christianisme; qu'en conséquence ils n'ont pris aucun parti, mais qu'ils lisent sans cesse les Écritures, et prient Dieu de les aider à démêler ce que les hommes ont ajouté ou retranché de sa véritable doctrine. Ces cAfr<:'/<r«r5 mfortunés, selon cette description, seraient précisément dans la religion chrétienne ce que les sceptiques sont en philosophie. L'auteur que nous venons de citer dit que les chercheurs ne sont pas rares en Angleterre, et qu'ils sont communs en Hollande : deux points sur lesquels il est contredit par Moréri, sans aucun fondement, à ce qu'il me semble. L'état des chercheurs est une malédiction de Dieu plus ou moins commune à tous les pays, mais très-fréquente dans ceux où l'incrédulité n'a pas encore fait les derniers progrès; plus l'incrédulité sera grande, plus le nombre des chercheurs sera petit : ainsi il y aura infiniment moins de ces hérétiques en Angleterre qu'en Hollande.
CHERSYDRE. {Hist. nat.) Voici un de ces animaux dont les Anciens qui en ont fait mention nous ont laissé une description si incomplète , qu'il est difficile de savoir sous quel nom il existe aujourd'hui. C'est même une réflexion assez généralement occasionnée par la lecture de leurs ouvrages, qu'ils n'ont point reconnu la nécessité de décrire avec quelque exactitude les objets de la nature qu'ils avaient continuellement sous leurs yeux, soit qu'ils fussent dans l'opinion que leur nation et leur idiome seraient éternels, soit qu'ils n'eussent pas imaginé que
sans une description très-étendue et très-rigoureuse d'un objet, tout ce qu'on en dit d'ailleurs, se trouvant attaché à la signification d'un mot, si cette signification s'obscurcit, le reste se perd en même temps. En effet, à quoi sert ce que Celse, Acétius et les autres racontent du chersydre^ et prescrivent sur sa morsure, si tout ce qu'on sait de cet animal, c'est que c'est un serpent amphibie, semblable à un petit aspic terrestre, à l'exception qu'il a le cou moins gros?
CHIINOIS (Philosophie des) s. m. pi. Ces peuples, qui sont, d'un consentement unanime, supérieurs à toutes les nations de l'Asie, par leur ancienneté, leur esprit, leurs progrès dans les arts, leur sagesse, leur politique, leur goût pour la philosophie, le disputent même dans tous ces points , au jugement de quelques auteurs, aux contrées de l'Europe les plus éclairées.
Si l'on en croit ces auteurs, les Chinois ont eu des sages dès les premiers âges du monde. Ils avaient des cités érudites; des philosophes leur avaient prescrit des plans sublimes de philosophie morale, dans un temps où la terre n'était pas encore bien essuyée des eaux du déluge : témoin Isaac Vossius, Spizelius, et cette multitude innombrable de missionnaires de la compagnie de Jésus, que le désir d'étendre les lumières de notre sainte religion a fait passer dans ces grandes et riches contrées.
Il est vrai que Budée, Thomasius, Gundling, Heumann et d'autres écrivains dont les lumières sont de quelque poids, ne nous peignent pas les Chinois en beau ; que les autres missionnaires ne sont pas d'accord sur la grande sagesse de ces peuples avec les missionnaires de la compagnie de Jésus, et que ces derniers ne les ont pas même regardés tous d'un œil également favorable.
Au milieu de tant de témoignages opposés, il semblerait que le seul moyen qu'on eût de découvrir la vérité, ce serait de juger du mérite des Chinois par celui de leurs productions les plus vantées. Nous en avons plusieurs collections; mais malheureusement on est peu d'accord sur l'authenticité des livres qui composent ces collections : on dispute sur l'exactitude des traductions qu'on en a faites, et l'on ne rencontre que des ténèbres encore fort épaisses, du côté même où l'on était en droit d'attendre quelques traits de lumière.
La collection publiée à Paris en 1687 par les PP. Intorcetta,
Iloiulrick, Ronpjomont ol Coupicl, nous pi-rscnlo d'abord lo tii- Jiio ou le scicnlid vkujiui, ouvrage de Confucius, publié [)ar Ceniçu, uu de ses disciples. Le philosophe Chinois s'y est proposé d'instruire les maîtres de la terre dans l'art de l)ien gouverner, qu'il reufernie dans celui de connaître et d'acquérir les qualités nécessaires à un souverain, de se commander à soimême, de savoir former son conseil et sa cour, et d'élever sa famille.
Le second ouvrage de la collection, intitulé chnmywn, ou de medio sempitcnio ^ ou de mediorrildle in rébus omnibus tuenda, n'a rien de si fort sur cet objet qu'on ne pût aisément renfermer dans quelques maximes de Sénèque.
Le troisième est un recueil de dialogues et d'apophthegmes sur les vices, les vertus, les devoirs et la bonne conduite : il est intitulé lun-yu. On trouvera à la fin de cet article les plus frappants de ces apoplithegmes, sur lesquels on pourra apprécier ce troisième ouvrage de Confucius.
Les savants éditeurs avaient promis les écrits de Mencius, philosophe chinois • et François Noël, missionnaire de la même compagnie, a satisfait en 1711 à cette promesse, en publiant six livres classiques chinois, entre lesquels on trouve quelques morceaux de Mencius. Nous n'entrerons point dans les différentes contestations que cette collection et la précédente ont excitées entre les érudits. Si quelques faits hasardés par les éditeurs de ces collections, et démontrés faux par des savants européens, tels, par exemple, que celui des tables astronomiques, données pour authentiquement chinoises, et convaincues d'une correction faite sur celles de Tycho, sont capables de jeter des soupçons dans les esprits sans partialité; les moins impartiaux ne peuvent non plus se cacher que les adversaires de ces pénibles collections ont mis bien de l'humeur et de la passion dans leur critique.
La chronologie chinoise ne peut être incertaine, sans que la première origine de la philosophie chez les Chinois ne le soit aussi. Fohi est le fondateur de l'empire de la Chine, et passe pour son premier philosophe. 11 régna en l'an 2954 avant la naissance de Jésus-Christ. Le cycle c/^/^f/* commence l'an 2(5li7 avant Jésus-Christ, la huitième année du règne de Hoangti. Hoangti eut pour prédécesseurs Fohi et Xinung. Celui-ci régna
110, celui-là 140; mais en suivant le système du P. Petau, la naissance de Jésiis-Christ tombe l'an du monde 3889, et le déluge l'an du monde 1656; d'où il s'ensuit que Fohi a régné quelques siècles avant le déluge, et qu'il faut ou abandonner la chronologie des livres sacrés, ou celle des Chinois. Je ne crois pas qu'il y ait à choisir, ni pour un chrétien, ni pour un Européen sensé, qui, lisant dans l'histoire de Fohi que sa mère en devint enceinte par l 'arc-en-ciel, et une infinité de contes de cette force, ne peut guère regarder son règne comme une époque certaine, malgré le témoignage unanime d'une nation.
En quelque temps que Fohi ait régné, il paraît avoir fait dans la Chine plutôt le rôle d'un Hermès ou d'un Orphée, que celui d'un grand philosophe ou d'un savant théologien. On raconte de lui qu'il inventa l'alphabet et deux instruments de musique, l'un à vingt-sept cordes, et l'autre à trente-six. On a prétendu que le livre yc-kim, qu'on lui attribue, contenait les secrets les plus profonds, et que les peuples qu'il avait rassemblés et civilisés avaient appris de lui qu'il existait un dieu, et la manière dont il voulait être adoré.
Cet ye-kim est le troisième de Vu-kim ou du recueil des livres les plus anciens de la Chine. C'est un composé de lignes entières et de lignes ponctuées, dont la combinaison donne soixante-quatre figures différentes. Les Chinois ont regardé ces figures comme une histoire emblématique de la nature, des causes de ses phénomènes, des secrets de la divination, et de je ne sais combien d'autres belles connaissances, jusqu'à ce que Leibnitz ait déchiffré l'énigme, et montré à toute cette Chine si pénétrante que les deux lignes de Fohi n'étaient autre chose que les éléments de l'arithmétique binaire. 11 n'en faut pas pour cela mépriser davantage les Chinois', une nation très-éclairée a pu sans succès et sans déshonneur chercher pendant des siècles entiers ce qu'il était réservé à Leibnitz de découvrir.
L'empereur Fohi transmit à ses successeurs sa manière de philosopher. Ils s'attachèrent tous à perfectionner ce qu'il passe pour avoir commencé, la science de civiliser les peuples, d'adoucir leurs mœurs, et de les accoutumer aux chaînes utiles de la société. Xin-num fit un pas de plus. On reçut de lui des préceptes d'agriculture, quelques connaissances des plantes, les premiers essais de la médecine. Il est très-incertain si les Chinois étaient
alors idolâtres, atlu'^os ou déistes. (leux qui prétendent démontrer qu'ils admettaient l'existence d'un Dieu tel que nous l'adorons, par le sacrifice (pie lit Ching-tang dans un temps de famine, n'y regardent pas d'assez près.
La philosophie des souverains de la Chine paraît avoir été longtemps toute politique et morale, à en juger par le recueil des plus belles maximes des rois Vao, Xiim et Yu : ce recueil est intitulé n-kim; il ne contient pas seulement ces maximes; elles ne forment que la matière du premier livre, qui s'appelle XH-kim Le second livre, ou le xy-kim^ est une collection de poèmes et d'odes morales. Le troisième est l'ouvrage linéaire de Fohi, dont nous avons parlé. Le quatrième ou le chiimcieu, ou le printemps et l'automne, est un abrégé historique de la vie de plusieurs princes, où leurs vices ne sont pas déguisés. Le cinquième, ou le li-ki, est une espèce de rituel, où l'on a joint à l'explication de ce qui doit être observé dans les cérémonies profanes et sacrées les devoirs des hommes en tout état, au temps des trois familles impériales Hia, Xam et Cheu. Confucius se vantait d'avoir puisé ce qu'il connaissait de plus sage dans les écrits des anciens rois Yao et Xum.
Vu-kim est à la Chine le monument littéraire le plus saint, le plus sacré, le plus authentique, le plus respecté. Cela ne l'a pas mis à l'abri des commentaires ; les hommes, dans aucun temps, chez aucune nation, n'ont rien laissé d'intact. Le commentaire de Xu-kim a formé la collection su-xu. Le su-xii est très- estimé des Chinois; il contient le scientia magna, le médium sempiternum, les ratiocinandum sermones, et l'ouvrage de Mencius de natura, moribiis, ritibiis et officiis.
On peut regarder la durée des règnes des rois philosophes comme le premier âge de la philosophie chinoise. La durée du second âge, où nous allons entrer, commence à Roosi ou Lilao-kium, et finit à la mort de Mencius. La Chine eut plusieurs philosophes particuliers longtemps avant Confucius. On fait surtout mention de Roosi ou Li-lao-kium, ce qui donne assez mauvaise opinion des autres. Roosi, ou Li-lao-kium, ou Laolan, naquit trois cent quarante-six ans après Xekia, ou cinq cent quatre ans avant Jésus-Christ, à Sokoki, dans la province de Soo. Sa mère le porta quatre-vingt-un ans dans son sein ; il passa pour avoir reçu l'âme de Sancti Kasso, un des plus
célèbres disciples de Xekia, et pour être profondément versé dans la connaissance des dieux, des esprits, de l'immortalité des âmes, etc. Jusqu'alors la philosophie avait été morale. "Voici maintenant de la métaphysique, et à sa suite des sectes, des haines et des troubles.
Confucius ne paraît pas avoir cultivé beaucoup cette espèce de philosophie; il faisait trop de cas de celle des premiers souverains de la Chine. 11 naquit quatre cent cinquante-un ans avant Jésus-Christ dans le village de Ceu-ye, au Yo^oMmo, àe Xan-twig . Sa famille était illustre : sa naissance fut miraculeuse, comme on pense bien. On entendit une musique céleste autour de son berceau. Les premiers services qu'on rend aux nouveau-nés, il les reçut de deux dragons. Il avait à six ans la hauteur d'un homme fait, et la gravité d'un vieillard. Il se livra, à quinze ans, à l'étude de la littérature et de la philosophia. Il était marié à vingt ans. Sa sagesse i'éleva aux premières dignités : mais inutile, odieux peut-être, et déplacé dans une cour voluptueuse et débauchée, il la quitta pour aller dans le royaume de Sum instituer une école de philosophie morale. Cette école fut nombreuse; il en sortit une foule d'hommes habiles et d'honnêtes citoyens. Sa philosophie était plus en action qu'en discours. Il fut chéri de ses disciples pendant sa vie; ils le pleurèrent longtemps après sa mort. Sa mémoire et ses écrits sont dans une grande vénération. Les honneurs qu'on lui rend encore aujourd'hui ont excité, entre nos missionnaires, les contestations les plus vives. Ils ont été regardés par les uns comme une idolâtrie incompatible avec l'esprit du christianisme : d'autres n'en ont pas jugé si sévèrement, lis convenaient assez les uns et les autres que si le culte qu'on rend à Confucius était religieux, ce culte ne pouvait être toléré par des chrétiens : mais les missionnaires de la compagnie de Jésus ont toujours prétendu qu'il n'était que civil.
Voici en quoi le culte consistait. C'est la coutume des Chinois de sacrifier aux âmes de leurs parents morts : les philosophes rendent ce devoir particulièrement à Confucius. Il y a, proche de l'école confucienne, un autel consacré à sa mémoire, et sur cet autel l'image du philosophe, avec cette inscription : C'est ici le trône de Vâme de notre très-saint et très-excellent premier maître Confucius. Là s'assemblent les lettrés, tous les
i'(|iilno\es, pour honorer, |)ar une oiïrande .solennelle, le philosophe de la nation. Le principal mandarin du lieu fail la fonction de prôtre ; d'autres lui servent d'acolytes : on choisit le jour du sacrifice avec des cérémonies particulières; on se prépare à ce grand jour par des jeûnes. Le jour venu, on examine l'hostie, on allume des cierges, on se met à genoux, on prie; on a deux coupes, l'une pleine de sang, l'autre de vin; on les répand sur l'image de Conrucius;on hénit les assistants, et chacun se retire.
Il est très-diiïicilc de décider si Gonfucius a été le Socrate ou l'Anaxagoras de la Chine : cette question tient à une connaissance profonde de la langue; mais on doit s'apercevoir, par l'analyse que nous avons faite plus haut de quelques-uns de ses ouvrages, qu'il s'appliqua davantage à l'étude de l'homme et des mœurs, qu'à celle de la nature et de ses causes.
Mencius parut dans le siècle suivant. Nous passons tout de suite à ce philosophe, parce que le Roosi des Japonais est le même que le Li-lao-kiion des Cldnois, dont nous avons parlé plus haut. Mencius a la réputation de l'avoir emporté en subtilité et en éloquence sur Gonfucius, mais de lui avoir beaucoup cédé par l'innocence des mœurs, la droiture du cœur et la modestie des discours. Toute littérature et toute philosophie furent presque étouffées par Xi-hoam-ti, qui régna trois siècles ou environ après celui de Gonfucius. Ge prince, jaloux de ses prédécesseurs, ennemi des savants, oppresseur de ses sujets, fit brûler tous les écrits qu'il put recueillir, à l'exception des livres d'agriculture, de médecine et de magie. Quatre cent soixante savants, qui s'étaient réfugiés dans des montagnes avec ce qu'ils avaient pu emporter de leurs bibliothèques, furent pris, et expirèrent au milieu des flammes. D'autres, à peu près en même nombre, qui craignirent le même sort, aimèrent mieux se précipiter dans les eaux du haut des rochers d'une île où ils s'étaient renfermés. L'étude des lettres fut proscrite sous les peines les plus sévères; ce qui restait de livres fut négligé; et, lorsque les princes de la famille de Uan s'occupèrent du renouvellement de la littérature, à peine puton recouvrer quelques ouvrages de Gonfucius et de Mencius. On tira des crevasses d'un mur un exemplaire de Gonfucius à demi-pourri, et c'est sur cet exemplaire défectueux qu'il paraît qu'on a fait les copies qui l'ont multiplié.
Le renouvellement des lettres peut servir de date au troisième période de l'ancienne philosophie chinoise.
La secte de Foë se répandit alors dans la Chine, et avec elle l'idolâtrie, l'athéisme, et toutes sortes de superstitions; en sorte qu'il est incertain si l'ignorance dans laquelle la barbarie de Xi-hoam-ti avait plongé ces peuples n'était pas préférable aux fausses doctrines dont ils furent infectés. Voyez à l'article Japonais (Philosophie des), l'histoire de la philosophie de Xekia, de la secte de Roosi, et de l'idolâtrie de Foë. Cette secte fut suivie de celle des Quiétistes, ou Uu-gnei-kiao, nihil agentium. Trois siècles après la naissance de Jésus-Christ, l'empire fut plein d'une espèce d'hommes qui s'imaginèrent être d'autant plus parfaits, c'est-à-dire, selon eux, plus voisins du principe aérien, qu'ils étaient plus oisifs. Ils s'interdisaient, autant qu'il était en eux, l'usage le plus naturel des sens. Ils se rendaient statues pour devenir air : cette dissolution était le terme de leur espérance, et la dernière récompense de leur inertie philosophique. Ces Quiétistes furent négligés pour les Fanchiti^ ces Épicuriens parurent dans le v' siècle. Le vice, la vertu, la providence, l'immortalité, etc., étaient pour ceux-ci des noms vides de sens. Cette philosophie est malheureusement trop commode pour cesser promptement : il est d'autant plus dangereux que tout un peuple soit imbu de ces principes.
On fait commencer la philosophie chinoise du moyen âge aux x^ et xi^ siècles, sous les deux philosophes Cheu-cu et Chim-ci. Ce furent deux polythéistes, selon les uns; deux athées, selon les autres; deux déistes, selon quelques-uns, qui prétendent que ces auteurs, défigurés par les commentateurs, leur ont l'obligation entière de toutes les absurdités qui ont passé sous leurs noms. La secte des lettrés est venue immédiatement après celles de Cheu-cu et de Chim-ci. Elle a divisé l'empire sous le nom de Ju-kiao, avec les sectes Foë-kiao et Ltio-kiao, qui ne sont vraisemblablement que trois combinaisons différentes de superstitions, d'idolâtrie et de polythéisme ou d'athéisme. C'est ce dont on jugera plus sainement par l'exposition de leurs principes que nous allons placer ici. Ces principes, selon les auteurs qui paraissent le mieux instruits, ont été ceux des philosophes du moyen âge, et sont encore
aujourd'hui ceux des lettrés, avec quelques diflerences qu'y aura apparemment introduites le commerce de nos savants.
l'iirNeii'rs dks ruiLosoi'UKS cuinois du moyi^x agi: et i)i:s li;tïKKs UE cLLUF-r.i. — 1 . Le devoir du philosophe est de chercher quel est le premier princi|)e de l'univers : comment les causes générales et particulières en sont émanées; quelles sont les actions de ces causes, quels sont leurs effets; qu'est-ce que l'homme relativement à son corps et à son âme; comment il conçoit, comment il agit; ce que c'est que le vice, ce que c'est que la vertu; en quoi l'habitude en consiste; quelle est la destinée de chaque homme; quels sont les moyens de la connaître : et toute cette doctrine doit être exposée par symboles, énigmes, nombres, figures et hiéroglyphes.
'1. La science est ou antécédente, sien lien hio, et s'occupe de l'être et de la substance du premier principe, du lieu, du mode, de l'opération des causes premières considérées en puissance ; ou elle est subséquente, et elle traite de l'influence des principes immatériels dans les cas particuliers; de l'application des forces actives pour augmenter, diminuer, altérer; des ouvrages; des choses de la vie civile, de l'administration de l'empire, des conjonctures convenables ou non; des temps propres ou non, etc.
Science antécédente. — 1. La puissance qui domine sur les causes générales s'appelle ti-chu-chu-zai-kuin-ivang-huang : ces termes sont l'énumération de ses qualités.
2. Il ne se fait rien de rien. II n'y a donc ni principe ni cause qui ait tiré tout du néant.
3. Tout n'étant pas de toute éternité, il y a donc eu de toute éternité un principe des choses, antérieur aux choses : li est ce principe; li est la raison première et le fondement de la nature.
h. Cette cause est l'Ltre infini, incorruptible, sans commencement ni fin; sans quoi elle ne serait pas cause première et dernière.
5. Cette grande cause universelle n'a ni vie, ni intelligence, ni volonté; elle est pure, tranquille, subtile, tansparente, sans corporéité, sans figure, ne s'atteint que par la pensée comme les choses spirituelles; et, quoiqu'elle ne soit point spirituelle, elle n'a ni les qualités actives, ni les qualités passives des éléments.
6. Li, qu'on peut regarder comme la matière première, a produit l'air à cinq émanations, et cet air est devenu par cinq vicissitudes sensible et palpable.
7. Li, devenu par lui-même un globe infini, s'appelle taihien, perfection souveraine.
8. L'air qu'il a produit a cinq émanations, et rendu palpable par cinq vicissitudes, est incorruptible connue lui ; mais il est plus matériel et plus soumis à la condensation, au mouvement, au repos, à la chaleur et au froid.