COPIEUSEMENT
d'un ou plusieurs maîtres, que les plus éclairés sont souvent embarrassés à distinguer la cojne de l'original, lorsqu'ils n'ont pas un œil extrêmement expérimenté, une grande connaissance de l'art, ou, ce qui supplée l'un et l'autre, le tableau pour les confronter, ce qui doit rendre les amateurs de tableaux trèscirconspects, soit dans leurs jugements, soit dans leurs achats, surtout lorsqu'il s'agit des productions des grands maîtres de l'école d'Italie, parce qu'on en a fait une infinité de copies, parmi lesquelles il s'en trouve plusieurs d'une beauté et d'une hardiesse surprenantes. On dit qu'un élève d'un peintre habile copia si parfaitement un tableau de son maître, que celui-ci s'y trompa. J'ai entendu nier la possibilité du fait par un peintre qui vit aujourd'hui, et qui se fait admirer par la vérité et l'originalité de ses ouvrages. M. Chardin prétendait que, quelle que fût la copie qu'on ferait d'un de ses tableaux, il ne s'y méprendrait jamais, et que cette copie serait ou plus belle (ce qui serait diflicile), ou moins belle que l'original. On lui objecta des autorités; il n'en fut point ébranlé, il opposa la raison et le bon sens aux témoignages et aux faits prétendus, ajoutant qu'il n'y avait point d'absurdités, en quelque genre que ce fût, dans lesquelles on ne fût précipité, lorsqu'on sacrifierait ses lumières à des noms et à des passages. Il faut, disait-il, examiner d'abord la possibilité, et les preuves de fait ensuite.
COPIEUSEMENT, Abondamment, Beaucoup, Bien {Gra?n.), adverbes relatifs à la quantité. Bien, à la quantité du qualificatif ou au degré de la qualité. Il faut être bien vertueux ou bien froid pour résister à une jolie femme. On peut mettre bien de la sagesse dans ses discours, et bien de la folie dans ses actions. Beaucoup, à la quantité ou numérique, ou commensurable, ou considérée comme telle. Beaucoup de gens n aiment point, ne sont point aimés, et se vantent cependant d'avoir beaucoup d'amis. On ne peut avoir beaucoup de prétentions sans rencontrer beaucoup d'obstacles. Abondammcjit, à la quantité des substances destinées aux besoins de la vie. La fourmi ne sème point, et recueille abondamment. Il se joint ici à la quantité de la chose une idée accessoire de l'usage. Copieusement est presque technique, et ne s'emploie que quand il s'agit des fonctions animales. Ce malade a été sauvé par une évacuation de bile très-copieuse. J'ai dit que la quantité à laquelle beau-
COUDKIJKRS. 220
coup avait du rapport ctuil considcrh' comme snsccp/ihlc de mesure; c'est pour(|Uoi l'on dit beaucoup de déeolion: d'où l'on voit encore que beaucoup exclut l'article le, et que bien l'exige; car on dit aussi bien de l'humeur.
COPULE, s. f. {Logiq.) C'est, dans un jugement, le terme ou signe qui marque la comparaison ou liaison que l'esprit fait de l'attribut et du sujet. Quelquefois la copule et l'attribut sont renfermés dans un seul n)ot; mais il n'y a aucune proposition qu'on ne puisse convertir de manière à les séparer. Ainsi, dans Dieu existe, existe contient la copule et l'attribut, qu'on distinguera i-n disant Dieu est existant. C'est sur la copule que tombe toujours la négation ou l'adirmation qui fait la quidité de la proposition ; les autres affirmations ou négations modifient le sujet ou l'attribut, mais ne déterminent point la proposition à être affirmative ou négative. Ce sont les verbes auxiliaires qui servent de copules grammaticales dans les jugements.
COQ. [Myth.) Cet animal est le symbole de la vigilance; c'est pour cette raison qu'on le irouve souvent dans les antiques, entre les attributs de Minerve et de Mercure. On l'immolait aux dieux Lares et à Priape. C'était aussi la victime du sacrifice que l'on faisait à Esculape lorsqu'on guérissait d'une maladie. Et quand Socrate dit en mourant à Criton, son disciple : Criton, immole le coq à Esculape, c'est comme s'il eût dit : Enfin je guéris d'une longue maladie. En effet, un homme si sage et si malheureux, à qui il ne manquait que de croire en J.-C, et qui périssait pour avoir admis l'existence d'un seul Dieu, et conséquemment des peines et des récompenses à venir, devait regarder le dernier instant de sa vie comme le premier de son bonheur.
COQUETTERIE, s. f. {Morale.) C'est dans une femme le dessein de paraître aimable à plusieurs hommes ; l'art de les engager et de leur faire espérer un bonheur qu'elle n'a pas résolu de leur accorder : d'où l'on voit que la vie d'une coquette est un tissu de faussetés, une espèce de profession plus incompatible avec la bonté du caractère et de l'esprit et l'honnêteté véritable que la galanterie; et qu'un homme coquet (car il y en a) a le défaut le plus méprisable qu'on puisse reprocher à une femme.
COPiDELIERS, s. m. {Ilist. ecclês.) Religieux de l'ordre
230 CORNARISTES.
de saint François d'Assise, institués vers le commencement du xiii= siècle. Les cordcliers sont habillés d'un gros drap gris ; ils ont un petit capuce ou chaperon, un manteau de la même étoffe, et une ceinture de corde nouée de trois nœuds, d'où leur vient le nom de Cordeliers. Us s'appelaient auparavant pauf^rcs Diincur.s, nom qu'ils changèrent pour celui de frères viineurs-j ce pauvre leur déplut. Ils sont cependant les premiers qui aient renoncé à la propriété de toutes possessions temporelles. Ils peuvent être membres de la Faculté de théologie de Paris. Plusieurs ont été évêques, cardinaux et même papes. Us ont eu de grands hommes en plusieurs genres, à la tête desquels on peut nommer le frère Bacon, célèbre par les persécutions qu'il essuya dans son ordre, et par les découvertes qu'il fit dans un siècle de ténèbres. Quoique cet ordre n'ait pas eu en tout temps un nombre égal de noms illustres, il n'a cessé dans aucun de servir utilement l'Église et la société, et il se distingue singulièrement aujourd'hui par le savoir, les mœurs et la réputation. Voy. Capuchon.
CORNARISTES, s. m. pi. [Ilist. ecclés.) Disciples de Théodore Cornhert, enthousiaste, hérétique et secrétaire des Etats de Hollande. On peut dire de cet homme : factus est sagittarius, et manus ejus contra 07nnes : il semblait que sa crainte fût de n'être pas persécuté. II n'était d'accord avec aucun religionnaire. 11 écrivait et disputait en même temps et contre les catholiques, et contre les luthériens, et contre les calvinistes. 11 prétendait que toutes les communions avaient grand besoin d'une réforme ; mais il ajoutait que sans une mission soutenue par des miracles, personne n'était en droit de s'en mêler, les miracles étant les seules preuves à la portée de tout le monde qu'un homme annonce la vérité. Son avis était donc qu'en attendant l'homme aux miracles, on se réunît tous sous une forme (\' intérim; qu'on lût aux peuples le texte de la parole de Dieu sans commentaire, et que chacun en pensât comme il lui conviendrait. Il croyait qu'on pouvait être bon chrétien sans être membi'e d'aucune Eglise visible ; aussi ne communiquait-il avec personne, ce qui était fort conséquent dans un homme mécontent de tout le monde. 11 se déclara un peu plus ouvertement contre le calvinisme que contre aucune autre façon de penser. La protection du prince d'Orange mettant sa personne à couvert des
COUliKCTlF. 231
violences auxquelles les sectaires qui rcnvirounaicul se sei-aieut jmrti's voluiiliers, ils lunMit ohlij^'i's de s'(;n U.'iiir aux injures; mais en revanche ils lui en diiciil beaucoup, selon l'usaj^e.
(lORRKr/r, adj. [Littnuil.) Ce Leruie désigui; une des qualités du style, i.a correction consiste dans l'observation scrupuleuse des règles de la grammaire. Un écrivain très-correc/ est presque nécessairement IVoid : il me semble du moins qu'il y a un grand nombre d'occasions où l'on n'a de la chaleur qu'aux dépens des règles minutieuses de la syntaxe ; règles qu'il faut bien se garder de mépriser par cette raison; car elles sont ordinairement fondées sur une dialectique très-fine et très-solide; et pour un endroit qui serait gâté par leur observation rigoureuse, et où l'auteur (|ui a du goût sent bien qu'il faut les négliger, il y en a mille où cette observation distingue celui qui sait écrire et penser de celui qui croit le savoir. En un mot, on ne doit passer à un auteur de pécher contre la correction du style que lorsqu'il y a plus cà gagner qu'à perdre. L'exactitude tombe sur les faits et les choses ; la correction sur les mots. Ce qui est écrit exactement dans une langue, rendu lidèlement, est exact dans toutes les langues. Il n'en est pas de même de ce qui est correct-, l'auteur qui a écrit le plus correctement pourrait être très-incorrect traduit mot à mot de sa langue dans une autre. L'exactitude naît de la vérité, qui est une et absolue ; la correction, de règles de convention et variables.
CORRECTIF, s. m. {Gram.) Ce qui réduit un mot à son sens précis, une pensée à son sens vrai, une action à l'équité ou à l'honnêteté, une substance à un effet plus modéré ; d'où l'on voit que tout a son correctif. On ôte de la force aux mots par d'autres qu'on leur associe; et ceux-ci sont ou des prépositions, ou des adverbes, ou des épithètes qui modifient et tempèrent l'acception; on ramène à la vérité scrupuleuse les pensées ou les propositions, le plus souvent en en restreignant l'étendue; on rend une action juste ou décente, par quelque compensation ; on ôte à une substance sa violence , en la mêlant avec une substance d'une nature opposée. Celui donc qui ignore entièrement l'art des correctifs est exposé en une infinité d'occasions de pécher contre la langue, la logique, la morale et la physique.