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leurs ennemis : leur haine satisfaite, ils songèrent à contenter leur avarice; ils accusèrent les particuliers les plus riches, dont ils partagèrent la dépouille avec l'homme sanguinaire et cruel qui les employait. Ils consultèrent ensuite les frayeurs incertaines et vagues du tyran; et les têtes malheureuses sur lesquelles ses alarmes s'arrêtèrent un moment furent des têtes proscrites. Lorsque les délateurs eurent dévasté la capitale, exterminé tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens, et satisfait les passions des empereurs et les leurs, ils se vendirent aux passions des autres; et celui qui était embarrassé de la vie d'un homme n'avait qu'à acheter le crédit d'un délateur. On leur avait accordé la huitième et même la quatrième partie des biens de l'accusé; ils en furent appelés quadruplatores. Néron les paya moins, sans doute pour en gager un plus grand nombre. Antonin le Pieux en fit mourir plusieurs; d'autres furent battus de verges, envoyés en exil, ou mis au rang des esclaves : ceux qui échappèrent à ces châtiments, échappèrent rarement à l'infamie. Les bons princes n'ont point eu de délateurs. Voyez Tacite; voyez l'article Calomme.
DÉLICAT, adj. {Gram.). Se dit au simple et au figuré. On dit au simple qu'un ouvrage est délicat, lorsque les parties qui le composent sont déliées, fragiles, et n'ont pu être travaillées qu'avec beaucoup de peine, d'adresse et d'attention de la part de l'ouvrier : en ce sens, rien n'est si délicat que ces petites chaînes qui nous viennent d'Allemagne, rien n'est si délicat que les montres en bague du sieur Jodin. On dit encore au simple, d'un ouvrage, que le travail en est délicat ^ alors le mot délicat ne concerne pas les parties de l'ouvrage qui peuvent être très-solides, mais la main-d'œuvre qui a exécuté sur ces parties des ornements, des formes qui montrent une grande légèreté de dessin, de burin, de lime, et un goût exquis. Au figuré, on dit d'une pensée qu'elle est délicate, lorsque les idées en sont liées entre elles par des rapports peu communs qu'on n'aperçoit pas d'abord, quoiqu'ils ne soient point éloignés; qui causent une surprise agréable; qui réveillent adroitement des idées accessoires et secrètes de vertu, d'honnêteté, de bienveillance, de volupté, de plaisir, et qui insinuent indirectement aux autres la bonne opinion qu'on a ou d'eux ou de soi. On dit d'une expression qu'elle est délicate, lorsqu'elle rend l'idée
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clairement, mais qu'elle (;sl oin|)niiil(''C par iiirtaphorc d'ohjols «'carU's, que nous voyons tout d'un coup rap])n)ch(''S avec plaisir et surprise. On dit ([u'un(; table est dcliralnuml servie, lors(pie les mets en sont recherchés et pour la qualiti- et pour l'assaisonnement. Taire entre les objets des distinctions cUiicatcs, c'est y remarquer des did'érences fines qui échappent, même aux ])ons yeux, et qui ne frappent que les excellents.
DKLICIEUX, adj. [Grum.]. Ce terme est propre à l'organe du goût. Nous disons d'un mets, d'un vin, qu'il est délicieux, lorsque le palais en est flatté le plus agréablement qu'il est possible. Le di'licii'u.v est le plaisir extrême de la sensation du goût. On a généralisé son acception; et l'on a dit d'un séjour qu'il est délicieux, lorsque tous les objets qu'on y rencontre réveillent les idées les plus douces, ou excitent les sensations les plus agréables. Le suave extrême est le délicieux des odeurs. Le repos a aussi son délice; mais qu'est-ce qu'un repos délicieux? Celui-là seul en a connu le charme inexprimable dont les organes étaient sensibles et délicats; qui avait reçu de la nature une âme tendre et un tempérament voluptueux; qui jouissait d'une santé parfaite; qui se trouvait à la fleur de son âge; qui n'avait l'esprit troublé d'aucun nuage, l'âme agitée d'aucune émotion trop vive; qui sortait d'une fatigue douce et légère, et qui éprouvait dans toutes les parties de son corps un plaisir si également répandu, qu'il ne se faisait distinguer dans aucun. Il ne lui restait dans ce moment d'enchantement et de faiblesse, ni mémoire du passé, ni désir de l'avenir, ni inquiétude sur le présent. Le temps avait cessé de couler pour lui, parce qu'il existait tout en lui-même ; le sentiment de son bonheur ne s'afï'aiblissait qu'avec celui de son existence. Il passait par un mouvement imperceptible de la veille au sommeil; mais sur ce passage imperceptible, au milieu de la défaillance de toutes ses facultés, il veillait encore assez, sinon pour penser à quelque chose de distinct, du moins pour sentir toute la douceur de son existence : mais il en jouissait d'une jouissance tout à fait passive, sans y être attaché, sans y réfléchir, sans s'en réjouir, sans s'en féliciter. Si l'on pouvait fixer par la pensée cette situation de pur sentiment, où toutes les facultés du corps et de l'âme sont vivantes sans être agissantes, et attacher à ce quiétisme délicieux l'idée d'immutabi-
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lité, on se formerait la notion du bonheur le plus grand et le plus pur que l'homme puisse imaginer.
DËLIË, adj. {Gram.). 11 se dit au simple de tout ce qui a très-peu d'épaisseur relativement à sa longueur, un fil délié, un trait dclié, etc. ; et au figuré, d'un esprit propre aux affaires épineuses, fertile en expédients, insinuant, fin, souple, caché, qualités qui lui sont communes avec l'esprit fourbe et méchant ; cependant on peut être délié sans être méchant ni fourbe. Un discours délié est celui dont on ne démêle pas du premier coup d'oeil l'artifice et la fin. Il ne faut pas confondre le délié avec le délicat. Les gens délicats sont assez souvent déliés-, mais les gens déliés sont rarement délicats. Répandez sur un discours délié la nuance du sentiment et vous le rendrez délicat. Supposez à celui qui tient un discours délicat quelque vue intéressée et secrète, et vous en ferez à l'instant un homme délié. Quoi qu'il en soit de toutes ces distinctions, il serait à souhaiter que quelqu'un à qui la langue fût bien connue, et qui eût beaucoup de finesse dans l'esprit, s'occupât à définir toutes ces sortes d'expressions, et à marquer avec exactitude les nuances imperceptibles qui les distinguent. Tel sait développer toutes les règles de la syntaxe, qui ne ferait pas une ligne de cette grammaire. Outre une grande habitude de penser et d'écrire, elle exige encore de la délicatesse et du goût. On sent à chaque instant des choses pour lesquelles on manque de termes, et l'on est forcé de se jeter dans les exemples.
DÉLIVRER, Affranchir, verb. syn. [Gram.). Au simple, on affranchit un esclave, on délivre un captif : au figuré, on s'affranchit de la tyrannie des grands, on se délivre de l'importunité des sots. Affranchir marque plus d'effort que d'adresse; délivrer marque au contraire plus d'adresse que d'effort : ils ont rapport tous les deux à une action qui nous tire, ou nousmêmes, ou les autres, d'une situation pénible ou de corps ou d'esprit.
DEMOGORGON, s. m. {Myth.), vieillard qui habitait dans les entrailles de la terre, au milieu du chaos et de l'éternité. Sa solitude l'ennuya, et il fit un petit globe sur lequel il s'assit et s'éleva dans l'espace. Il forma le ciel dans un autre moment d'ennui. Il tira de la terre une petite portion de limon enflammé qu'il plaça dans l'espace, et les ténèbres disparurent. La nuit,
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le jour cl le Taitaro naquirent des regards du soleil sur la U'ath. Denwgorgon engendra de lui-même Pan, les trois Parques, la Discorde et l'Krèbe. Toute cette cosmogonie n'est qu'un emblème de la création, sous des images très-générales et très-grandes.
DÉNONCIATEUR, Accusateur, Délateur, s. m. {Gram. Syn.). termes relatifs à une même action faite par différents motifs : celle de révéler à un supérieur une chose dont il doit être offensé, et qu'il doit punir. 1/attachementsévère à la loi semble être le motif du dciwncialeiw^ un sentiment d'honneur, ou un mouvement raisonnable de vengeance, ou de quelque autre passion, celui de Wurusateur; un dévouement bas, mercenaire et servile, ou une méchanceté qui se plaît à faire le mal, sans qu'il en revienne aucun bien, celui du cUiateur. On est porté à croire que le dclateur est un honnne vendu; Vacnisateur, un homme irrité ; le dénonciateur, un homme indigné. Quoique ces trois personnages soient également odieux aux yeux du peuple, il est des occasions où le philosophe ne peut s'empêcher dé louer le dénonciaieur, et d'approuver V accusateur ; le délateur lui parait méprisable dans toutes. Il a fallu que le dénonciateur surmontât le préjugé pour dénoncer; il faudrait que l'accusateur vainquît sa passion et quelquefois le préjugé, pour ne point accuser ; on n'est point délateur tant qu'on a dans l'âme une ombre d'élévation, d'honnêteté, de dignité. Voy. Délateur.
DÉPUTE, Ambassadeur, Envoyé. L'ambassadeur et Venvoyé parlent au nom d'un souverain, dont Y ambassadeur représente la personne, et dont Venvoyé n'explique que les sentiments. Le député n'est que l'interprète et le représentant d'un corps particulier, ou d'une société subalterne. Le titre à' ambassadeur se présente à notre esprit avec l'idée de magnificence; celui (Renvoyé, avec l'idée d'habileté ; et celui de député, avec l'idée d'élection. On dit le député d'un chapitre, Venvoyé à'xmt république, V ambassadeur d'un souverain.
DEXICRÉONTIQUE {MythoL), surnom de Vénus : elle fut ainsi appelée, selon les uns, d'un Dexicréonte, charlatan qui guérit par des enchantements et des sacrifices les femmes de Samos du trop de dévotion qu'elles avaient pour Vénus, et de la fureur avec laquelle elles s'abandonnaient aux actions par