‹ Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, publie sous la direction de MM. les docteurs RaigeDelorme et A. Dechambre (volume 2)Chapitre 71 sur 75 · L. tii · texte numérisé non relu

L. tii

1. A la suite de son dernier cours fait à Straslwm-g, en 1858, ses auditeurs, pour lui témoigner leur reconnaissance, firent frapper une médaille d'or. Sa bienveillance et son dévoncmeoi pour ses élèves étaient inaltérables ; au nombre de ces derniers se trouTaicnt Lcrcboollet pèr*" et de Quatrefagcs.

DYLIUS. 735

DUVET. Petites plumes Gnes et molles qu'on recueille chez certains oiseaux, particulièrement chez les palmipèdes, et dont on fait notamment des oreillers et des édredons. Le duvet de cygne est très-estimé {voy. Tégumentairb (Appareil).

D€¥I¥1EB (Philippb-H.-N.). Médecin distingué, né h Beauvais en 1773, fut reçu docteur à Paris en 1802, et nommé chirurgien de première classe en 1803, plus tard, professeur d*anatoniie, de physiologie et de chirurgie à rÉcole de perfeclionnement du Yal-de-Grâce et, après la Restauration, chirurgien en chef de la maison civile et militaire du roi.

Du vivier vivait encore à Paris en 1845. 11 était officier de la Légion d*honneur et chevalier de Tordre du Mérite civil de Prusse. « Les postes importants qu'il a longtemps occupés, dit Lachaise, tant dans le service actif des armées que dans les hôpitaux militaires, et sm'tout le zèle qu*il a déployé, pendant douze années consécutives, pour l'instruction des élèves de l'hôpital de perfectionnement du Yal-de-Grâce, ont rendu son nom un des plus connus de ceux dont s'honore la médecine militaire ». On a de lui :

I. Traité de la gyphilis. Dist. inaug. Paris, 1802, in-4*. — II. De la médecine comidérée comme science et comme art; suivi d'une dissertation médico-pratique sur le$ exanthèmes en général et sur texanthhne miliaire en particulier. Paris et Montpellier, 18^6, in-8*. Kouv. édit., ibid., 1829, in-8*. — III. Traité philosophique des maladies épidémiqueê considérées sous le rapport des phénomènes morbides produits par le seigle ergoté, les blés charbonnéSf niellés, infestés par les charançons, etc. Paiis, 183Ô, in-8*. — IV. Éléments de médecine pratique. Paris, 1'* livraison, 1842. — Y. Statistique du Yal-de-Gràce de 1800 à 1825. — YI. Recueil d^ observations physiologico-pathologiques, prises tant dans les antbulances que dans les hôpitaux militaires du Val-de-Gràce, etc. Paris. L. Hx

DUYSiniC} (Justos-Gbrhàrd). Médecin allemand, d'une famille néerlandaise, né à Berlebourg, le 4 mai 1705, mort à Blarbourg, le 13 février 1761. Il fit ses humanités dans sa ville natale, commença en 1823 ses éludes médicales à Cassel, les continua en 1724 à léna, oîi il eut pour maitie Wedel, et y obtint le grade de docteur en 1728. Après avoir exercé la médecine pendant quelque temps à Hirschfeld, il se rendit à Strasbourg pour se perfectionner dans l'atanomie et la chirurgie. Peu après son retour, en 1730, il devint professeur extraordinaire de médecine à Marbourg, professeur ordinaire en 1732, et y joignit la chaire de physique en 1748. Nous citerons de lui :

I. Diss. de morbis intempérie. lenae, 1728, in-4". — H. Diss. de catarrho suffocativo. Marburgi, 1734, in-4*. — III. Diss. de apoplexia. Harburgi, 1748, in-4*. — lY. Diss. de methodo medendi febres intermittentes tertianas. Marburgi, 1753, in-8*. — Y. Commetttatio physica de salubritate aeris Marburgensis, variis observationibus, etc. Hai^burgi, 1753, in-4*. — Yl. Diss. de hcemoplysi. Harburgi, 1754, in-4*. L. Hn.

D¥CTIOK. Voy, Araignées.

DYLIUS (Daniel). Chirurgien hollandais, né à Amsterdam vers 1773, fut reçu docteur à Leydeen 1798. Il paraît avoir exercé la chirurgie avec succès à Utrecht et à Amsterdam. On a de lui :

I. Specim. med. tnaug. de claudicatione. Lugduni Batav., 1798, gr. in-4*. — II. Oratio de raro medicorum principum proventu, ad ampliflcandam tamen medicinam sufficiente. Trajecti ad Rhenum, 1817. — III. Verzameling van waameemingen over de borstwounden. In Verhandel. van het Genootsch. 1er bevord. der heelh, te Amsterdam^ Deel. 6, Bl. 1. Mémoire couronné par la Société batave pour l'avancement de la chirurgie. L. Hir.

DYNAMIQUE. 1 • La dynamique est la partie de la mécanique dans laquelle on étudie les relations qui existent entre les mouvements des points matériels ou des corps et les forces. Les questions qui s'y rattachent se présentent naturellement, d*une manière générale, sous deux formes distinctes : i" connaissant les forces, déterminer la nature du mouvement produit; ou bien 2<» connaissant la nature du mouvement d*un corps, déterminer les forces qui ont pu lui donner naissance.

11 importe de remarquer que K^ forces sont des données abstraites qui nont pas nécessairement d*existenoe réelle et que l'on introduit en mécanique pour représenter d'une manière uniforme les causes réelles de mouvement qui peuvent être très-diverses.

2. Si l'on considère un corps isolé dans l'espace et en repos, on admet, par li généralisation de faits expérimentaux sur lesquels il est inutile d'insister, qu'il ne peut se mettre en mouvement de lui-même et que le mouvement, s'il se produit, aura toujours une came extérieure. De même aussi la généralisation des faits observés conduit à ailmettre que, si un corps est en mouvement, il ne peut, de lui-même, changer ni le sens, ni la direction, ni la grandeur de la vitesse dont il est animé; si un changement quelconque de l'un de ces éléments se manifeste, il faut alors qu'il ait une cause extérieure.

Cette idée qu'un corps ne peut de lui-même changer son état de repos ou de mouvement constitue ce que l'on appelle le principe de rinertie (il importe de ne pas confondre V inertie et V inactivité; un corps est inerte parce qu*il ne peut modifier son état de repos ou de mouvement ; mais en même temps il peut être actifs c'est-à-dire déterminer dans un autre corps des variations diverses de l'état de repos ou de mouvement).

5. La cause réelle qui produit le mouvement peut être très-variée dans sa nature, et c'est un des progrès de la physique contemporaine d'avoir mis en évidence ce fait incontestable, que des causes très-différentes par leur nature peuvent donner naissance à des effets identiques, et d'avoir établi, pour presque tous les cas, V équivalence de ces causes.

Mais cette diversité de cause aurait été une gêne dans les questions de mécanique : on a donc imaginé un intermédiaire, dont la nature fût invariable, entre ces causes variées et l'effet constant, le mouvement; cet intermédiaire, c'est la force, Xu lieu d'admettre que la cause réelle produit directement le mouvement, on imagine que cette cause donne naissance à une force et que la force produit à son tour le mouvement.

Entre deux phépomènes dont l'un est la cause et l'autre l'effet, se manifestant par une variation dans l'état de repos ou de mouvement, et que l'on peut considérer directement comme la transformation l'un de l'autre, on interpose un agent spécial dont rien ne démontre l'existence réelle et qui ne s'explique que par les facilités qu'il a apportées dans Tétude des questions mécaniquc^s; nous pensons d'ailleurs que, plus tard cette notion de force perdra Timportance exagérée qu'on lui a donnée et qui résulte de ce que l'on a étudié les phénomènes mécaniques en les séparant complètement des phénomènes physiques et chimiques; nous croyons que cela est aussi arbitraire que si l'on voulait étudier les phénomènes calorifiques, par exemple, sans les rattacher en rien aux phénomènes chimiques ou aux phénomènes électriques. Les phénomènes qui correspondent à des manifestations de l'énergie ne sauraient, sans inconvénient, être isolés, quelle que soit la nature de ces manifestations.

Sous ces réserves que ce n*est pas ici le lieu de développer complëtement S nous considérerons donc les mouvements des corps comme dus à Taclion de forces ayant leur origine immédiate en dehors de ces corps.

4. Nous ne pouvons arriver à mesurer directement les forces, quoique ce soient des grandeurs, puisque nous ne pouvons les observer en elles-mêmes, et Ton se trouve ainsi i*éduit à effectuer cette mesure par la considération des eflets produits, c*estrà-dire à l'aide des éléments mêmes du mouvement et grâce à une hypothèse qui n*est que la généralisation de faits observés et qui constitue le 2^ principe général ou principe de V indépendance des effets des forces.

Sans insister, nous indiquerons sommairement comment on arrive à cette notion de mesure.

D*abord, et cette définition s*impose, on dit que deux forces sont égales lorsque, appliquées simultanément dans les mêmes conditions, elles produisent le même etîet.

Ceci posé, considérons deux forces et supposons-les appliquées simultanément dans les mêmes conditions ; d'après le principe indiqué, leurs actions s'ajouteront : bi donc une autre force, seule, produit le même effet, on devra dire que, produisant la même action que ces deux forces, elle est égale à leur somme. On sait que la possibilité d'ajouter deux grandeurs conduit directement à la comparaison de ces grandeurs et, par suite, à leur mesure, lorsqu'on aura fait choix d'une unité. On pourra donc mesurer les forces quand ou aura fait choix d'une unilé de force.

L'expérience, aussi bien que le raisonnement déduit du 2^ principe, permet de reconnaître qu'une force agissant sur un point matériel lui communique un mouvement, dont la nature dépend de la constance ou de la variabilité de la force. Si la force est constante en intensité et en direction, le mouvement est rectiligne et uniformémeut varié, c'est-à-dire que l'accélération correspondante est de grandeur et de direction constantes. Si, au contraire, la force est variable, l'accélération n'est pas constante.

11 est donc naturel de comparer les grandeurs des forces à celles des accélérations, de se servir des dernières pour mesurer les premières.

5. On vérifie par l'expérience et on se rend compte par le raisonnement (mais il ne faut pas s'illusionner, le raisonnement repose sur le second principe, qui n'est que la généralisation des faits observés), que lorsque deux forces agissent successivement sur un même corps, elles lui communiquent des accélérations qui leur sont proportionnelles.

On conclut de là que pour un même point le rapport de la force à l'accélération produite est constant ; que ce rapport, ce quotient est donc spécifique, qu'il caractérise ce point en ce qui concerne les actions mécaniques ; ce rapport constant, c'cdt la masse du corps '.

A la surface de la terre, chaque corps est soumis à Faction d*une force que

* On pourra lire à ce si;get ua ouvrage intéressant de M. Jouffert : Introduction à la théorie de l'énergie.

* Si Ton appelle f et f deux forces agissant sur un point et lui communiquant séparément des accélérations y et/, l'expérience montre que l'on a :

d'où l'on est conduit à :

BiCT. ne. XXX, il

l'on suppose émanée du centre de notre globe : c'est son poids. La masse d'un corps pourra donc être obtenue en divisant son poids par Facoélération ipii se produit dans la chute libre. Or, en un même point du globe, l'accélération étant la même pour tous les corps, on en conclut que les masses des différents corps sont proportionnelles à leurs poids ^

Comme nous Tavons rappelé, l'idée de mesure comporte nécessairement le choix d'une unité; ce choix est arbitraire, conventionnel. On sait que l'unité de force adoptée est le poids du gramme, c'est-à-dire le poids de 1 centimètre cube d'eau distillée au maximum de densité pesé à Paris, dans le vide et au niveaB* de la mer.

A cause de la relation qui unit la force, la masse et l'accélération, Tunité de masse est déterminée : c'est la masse d'un corps qui, soumis à l'unité de forée, prendrait l'unité d'accélération'.

6. Un autre principe général, le troisième, qui n'est également que le résultat de la généralisation des faits observés, consiste dans Végalité de ration et de la réaction. Il consiste en ce que, si Ion considère deux points A et B qui agissent mécaniquement l'un sur l'autre et si, par suite de cette action, A est soumis à une certaine force, B sera soumis à une force égale et contraire. Si, par exemple, on prend deux aimants mis en regard par leurs pôles contraires A et B, le pôleA sera attiré par B avec une certaine force, mais B subira de la part de A une force contraire qui sera attractive et de même intensité.

11 importe de remarquer que, de ce que les forces ont la même valeur, i^ n'en faudrait pas conclure que les mouvements produits sont identiques : on sait en effet que, pour des forces égales, les accélérations sont en raison inverse des niasses.

Bien que ces deux forces, l'action et la réaction, soient égales, de même direction et de sens contraire, on ne doit pas en conclure qu'elles se font équilibre, car, pour que deux forces présentant ces caractères se fassent équilibre, il faut qu'elles soient appliquées en un même point ou que leurs points d'upplica-

c*e8t ce rapport ' (qui est constant pour un même corps, puisqu'il conserve la même valear;

quelle que soit la force) qu'on appelle la maêse du corps; si on la désigne par m, on a dooc d'une manière générale :

■:=m ou f=:mj.

Le mot magie ne saurait avoir aucun autre sens précis que celui que nous indiquons.

* Si j7 est le poids du corps en un point du globe et g l'accélération en chute libre eo ce point, on a donc :

- = m ou p = mg,

* Dans le système absolu des mesures dont l'emploi en physique tend à se généraliser et qui est adopté complètement pour l'électricité, on n'a pas fait choix directement de l'aniiè de force, mais, au contraire, de l'unité de masse. Le poids d'une masse déterminée a l'inconvénient de varier avec le lieu où l'on opère ; la masse est constante.

Les unités adoptées pour les longueurs étant le centimètre et pour le temps la seconde sidérale, on prend pour unité de masse la masse de 1 centimètre cube d'eau distillée au maximum de densité. Ces trois unités principales définissent le système qui porte le nom de système d'unités centimètre-gramme (masse)-seconde ou simplement système G. G. S.

L'unité de force se trouve alors définie implicitement : c'est la force qui, appliquée i l'unité de masse, lui communique une accélération égale à l'unité, c'est-à-dire une icoèlén' tion de i centimètre par seconde.

On reconnaît aisément que cette unité de force est égale à ^ o||og*

lion soient iiiTariablenient liés Tuii à l'autre. Cette liaison invariable des points d'application de l'action et de la réaction existe quelquefois, mais non toujours.

7. Étant donné un point matériel au repos soumis à une ou plusieurs forces quelconques, on peut déterminer le mouvement qu'il prend en s'appujant sur ce que l'accélération communiquée par la force unique (ou par la résultante du système) a la même direction que la force et qu'il existe, entre cette accélération, la force (ou la résultante) et la masse du corps, la relation que nous avons indiquée plus haut. Il nous sufGt ici d'indiquer la possibilité de résoudre ce problème, et nous ne saurions entrer dans le détail. Nous ferons seulement remarquer que la détermination de l'accélération et la connaissance de deux données du mouvement, par exemple, la position du point pour deux instants déterminés, permettent de préciser absolument toutes les circonstances du mouvement.

Mais, si les indications précédentes sont suffisantes, elles ne sont pas les seules qu'il puisse être utile ou commode de considérer, et nous devons indiquer deux autres éléments qui sont fréquemment employés.

On appelle quantité de mouvement d'un point le produit de la masse par la vitesse dont il est animé. Celte quantité de mouvement est constante, si le mouvement est uniforme; elle varie au contraire, si le mouvement n'est pas uniforme. Il existe une relation simple entre la force et la variation de la quantité de mouvement, relation que nous indiquerons seulement dans le cas le plus simple, celui d'un mouvement rectiligne, la direction de la force étant alors celle môme du mouvement, c'est-à-dire celle de la vitesse.

Si l'on considère un temps pendant lequel la force reste constante (et l'on peut toujours prendre un temps assez petit pour qu'il en soit ainsi), on appelle impulsion de la force le produit de son intensité par le temps considérée Si l'on prend un temps quelconque pendant lequel la force a varié, on appelle impulsion totale la somme des impulsions élémentaires correspondant à des temps très-petits dans lesquels on aurait divisé la durée considérée. Le théorème que nous voulons signaler est le suivant : La variation de la quantité de mouvement dans un temps donné est égale à l'impulsion totale de la force pendant le même temps.

8. D'autres éléments, peut-être plus importants encore, doivent être signalés.

On appelle force vive d'un point le produit de sa masse par le carré de la vitesse dont il est animé. La force vive est constante ou variable, suivant que le mouvement est uniforme ou non.

Lorsque l'on considère une force agissant sur un point, tangentiellement au chemin que celui-ci décrit, et pendant un temps assez court pour que cette force puisse être regardée comme constante, on appelle travail élémentaire de la force le produit de cette force par le chemin parcouru par son point d'application '. On appelle travail total pour un temps quelconque la somme des travaux élémentaires obtenus en divisant le temps en instants assez petits pour que, dans chacun d'eux, la force puisse être regardée comme constante.

Il existe entre ces deux derniers éléments une relation très-importante :

* La déOnitioD générale est la suivante : L'impulsion d'une force est le produit du temps per la projection de la force sur la direction de la vitesse.

' Si la force présente une direction quelconque par rapport à la trajectoire, le travail élémentaire est le produit de la projection de la force sur la tangente par le chemin parcounrl

La variation de demi-force vive pendant un certain temps est égale au travail total de la force dans le même temps. Comme on démontre que :

L'impulsion d'une résultante est égale à la somme des impulsions de ses composantes;

Le travail d'une force est égale à la somme des travaux de ses composantes ; on voit comment il conviendrait d'appliquer les théorèmes précédents dans le cas où le point considéré serait soumis à l'action simultanée de plusieurs forces.

9. 11 faut également considérer le cas où le point matériel considéré n'est pas absolument libre dans son mouvement, mais où il est astt*eint à se mouvoir le long d*une ligne déterminée ou sur une surface donnée, comme il arriverait, par exemple, d'une perle enfilée sur un fil rigide qu*elle pourrait parcourir, oo d*un corps qui ne pourrait que glisseï* sur un plan ou sur unesph^.

En général, le point, libre, sous Tin fiueuce des forces auxquelles il est soumis, décrirait une autre trajectoire que celle qu*il est astreint : à suivre il en résulte que la loi du mouvement qu'il prendi*a ne sera pas la même que celle qu'il aurait prise, s'il eût été libre.

D'autre part, à chaque instant^ le mobile^ tendante prendre une autre direction que celle qu'fl suit en réalité, exerce sur le corps qui le guide un effort que Ton démontre être normal au chemin parcouru lorsqu'on ne tient pas compte du frottement. Hais aloi*s, d'après ce que nous avons dit, le point subit de la part de ses appuis une réaction égale et contraire à cet effort. C'est par l'existence de celte réaction que, au point de vue mécanique, se manifeste seulement l'existence de Tappui qui guide le point, si bien que Ton peut, par It pensée, supposer cet appui supprimé, à la condition de supposer que, à cliaque instant, le corps est soumis à une force égale à cette réaction, dont il faudra tenir compte au même titre que Ton tient compte des forces réellement existantes.

Le problème dans ce cas est donc ramené à être tout analogue au cas d'un corps libre; seulement, parmi les forces dont il y aura à tenir compte, il en est une qui n'est pas connue d'avance, car l'aclion du corps sur l'appui et, par suite, la réaction de l'appui sur le corps, dépendent de la loi du mouvement qui e^t précisément une des inconnues de la question. Mais la difficulté est plus apparente que réelle, car on aura une condition nouvelle en exprimant que la force inconnue que l'on a introduite est normale à la ligne ou à la surface que le corps est astreint à parcourir. En un mot, on reconnaît en étudiant le problème complètement que la solution est toujours possible.

10. Lorsqu'on tient un corps à la main, par exemple, et qu'on le déplace sur une trajectoire donnée et suivant une loi donnée, on est obUgé d'exercer sur lui à chaque instant un certain eflbrt; ce ne serait en effet, d'après le principe de l'inertie, que si le mouvement était rectiligne et uniforme, qu'il pourrait se continuer sans que le corps subît l'action d'une force. Hais alors, en vertu du principe de l'égalité entre l'action et la réaction, la main subira de la part du corps une force égale à celle qu'elle lui communique, mais dirigée en sens contraire : cette force appliquée au corps qui détermine le mouvement (et non au corps en mouvement) est ce que l'on appelle la force d'inertie. Et comme le dit très-bien Bour : « Ce terme est heureusement choisi. En effet, la réaction h laquelle nous donnons ce nom est bien la force qu*un corps exerce sur nous en vertu de son inertie, quand nous cherchons à le faire sortir des lois oatuitlks

DYNAMIOUK. • 711

qui régissent la matière, c'est-à-dire quand nous le forçons à suivre une trajectoire courbe, ou bien que nous accélérons ou retardons son mouvement uniforme. Ce sont les réactions de ce genre qui constatent pour nous Tinertie de la matière en mouvement (c'est-à-dire sa tendance au mouvement rectiligne et uniforme), de même que reffort que nous exerçons sur un corps pour Tempôcher de tomber nous donne la notion de la pesanteur de la matière ».

A chaque instant, la force d*inertie est égale et contraire à la force qui agit sur le corps pour produire son mouvement; il n'en faut pas conclure cependant qu'il y a équilibre entre ces deux forces; il ne saurait en effet y avoir équilibre entre des forces appliquées à dés corps indépendants comme c'est ici le cas, puisque la force est appliquée au corps en mouvement et la force d'inertie au corps qui provoque le mouvement (nous avons supposé tout à l'heure que le contact existait entre ces deux corps, mais cela n'est pas nécessaire : ainsi, quand un aimant met en mouvement un morceau de fer placé à distance, la force qui produit le mouvement est appliquée au morceau de fer, et la force d'inertie est appliquée à l'aimant). 11 est évident cependant que, au point de vue mathéma' tique, les relations qui existent entre la force et la force d'inertie sont les mêmes que celles qui existent entre des forces en équilibre; mais cela ne fait pas que réquiiibi*e existe réellement, à cause de l'indépendance des points d'application ^

11. La force centrifuge est une force d'inertie, et il est regrettable que dans certains livres de physique on signale à ce sujet des expériences qui sont mal interprétées. Lorsque l'on oblige, d'une façon quelconque, un corps à se mouvoir sur une circonférence, il faut lui appliquer une certaine force dirigée à l'intérieur du cercle; dans le cas où le mouvement est uniforme, cette force est normale : elle est donc alors dirigée vers le centre; pour cette raison, elle a reçu le nom de force centripète. Mais le corps exerce sur les obstacles qui l'obligent à se mouvoir circulairement une réaction, la force d'inertie; cette réaction égale et contraire à la force centripète a été appelée force centrifuge. Si le corps est tenu à la main par l'intermédiaire d'un fil, c'est la main qui est soumise à la force centrifuge, et l'on sent bien en effet qu'il faut exercer un effort. Si le corps est astreint à se mouvoir à l'intérieur d'un cercle matériel, comme une bille qui roule le long des bandes d'un billard circulaire, la force centrifuge est appliquée à chaque instant à la bande au point où elle est en contact avec la bille.

Hais dans aucun cas on ne peut considérer la force centrifuge comme appliquée au corps mobile, et pour certains faits qui se manifestent dans les corps tournants et que l'on attribue à celte force les explications que l'on donne sont absolument erronées.

La confusion qui existe sur ce point a son origine dans une méthode usitée en mécanique pour la solution de certains problèmes relatifs aux mouvements relatifs et dont il est nécessaire de dire quelques mots.

Connaissant les forces qui sont appliquées à un point, on peut déterminer complètement son mouvement, c'est-à-dire déterminer à un instant quelconque sa position par rapport à des points de repère fixes (mouvement absolu). Consi-

* Quand on descend d*une voiture emportée rapidement, dès que les pieds se sont fixés sur le sol immobile, on sent le haut du corps poussé en avant. On dit quelquefois alors qu'on est poussé par la force d'inertie : c'est une erreur, le fait observé est réellement la résultat de linerlie de la matière. Il faut une force pour mettre un corps en mouvement, il n'en est pas besoin pour lui conserver un mouvement acquis.

7iS « DYNAMIQUE.

dërons maintenant un système de repères mobiles éi tek que nous oonnaitsions son mouvement par rapport aux repères fixes {numvement dentraînemenl) : oo demande de déterminer le mouvement du point par rapport à ces repères mobiles {mouvement relatif).

La solution directe est simple et indiquée par la nature même du problème : on détermine le mouvement absolu, ce qui est possible, puisque Ton connaît les {orces appliquées au point; on résout ainsi un problème Ai^ dynamique^ puis par Tapplication de formules de cinématique^ on peut déterminer le mouvement relatif en combinant les données du mouvement d'entraînement avec celles da mouvement absolu.

Hais on peut obtenir une solution immédiate, quoique indirecte, en ramenant la question à un seul problème de dynamique. On démontre, en efiet, que Ton peut trouver la loi du mouvement apparent en le traitant comme un mouvement absolu, à la condition de supposer que le point considéré est soumis, en plus des forces qui lui sont effectivement appliquées, à des forces dont les éléments dépendent du mouvement d'entraînement. Ces forces fictive$ ont pour efliet d'éviter la transformation cinématique; leur emploi peut être utile, il n'est jamais indispensable. Il serait sans intérêt de donner ici la définition de ces forces fictives, il était nécessaire de faire comprendre comment elles s'introduisent dans certaines questions de mécanique.

En particulier, quand le mouvement d*entrainement est un mouvement de rotation autour d'un axe, ces forces fictives se réduisent à une, qui est égale et contraire à la force centripète, c'est-à-dire que, si Ton diercbe à déterminer k mouvement d'un point rapporté à des repères qui tournent d'un mouvement uniforme autour d'un axe, on peut traiter le problème comme si les repères étaient fixes et que le point fût soumis en même temps aux forces qui lui sont directement appliquées et à une force égale et contraire à la force centripète. C'est celte force égale et contraire à la force centripète (comme la force centrifuge) que l'on confond souvent avec la force centrifuge dont elle diffère d'abord en ce que cette dernière n est pas appliquée au point mobile, puis en ce que cette dernière est une force réellement existante, tandis que la force que Ton introduit est une force fictive.

12. On considère généralement les corps comme formés par la réunion, la juxtaposition d'un certain nombre de points matériels; mais, en général, ces points ne sont pas complètement indépendants les uns des autres; chacun d'eux subit de la part des autres des forces qui sont des tensions ou des pressions dont la grandeur dépend des distances qui les séparent. D'une manière absolue, ces distances varient dès que le corps, en un ou plusieurs points, subit l'action de forces extérieures; de telle sorte que le mouvement d'un point dépend nonseulement de ces forces et des pressions ou tensions émanées des autres points, mais aussi des variations de ces dernières résultant du mouvement même qui se produit.

Le cas le plus simple que nous pouvons considérer est celui oh le corps est un solide invariable, c'est-à-dire un corps dont les points sont à des distances invariables les uns des autres; les forces intérieures restent alors constantes, ce qui simplifie le problème ; elles n'en doivent pas moins entrer en ligne de compte dans les applications des tliéorèmes de dynamique, de telle sorte que le mouvement d'un solide invariable soumis à des forces est tout autre que celui d'un point matériel qui serait soumis à ces mêmes forces.

13. La masse d*un système de points matériels, la masse d*un corps est la somme des masses des divers points qui composent le système ou le corps. Il en est de même pour ce que Ton appelle la quantité de mouvement du système, la force vive du système, qui sont également les sommes des quantités de mouvement ou des forces vives des divers points.

En considérant un système auquel sont appliquées des forces quelconques et appliquant pour chacun des points les théorèmes relatifs aux quantités de mouvement et à rimpulsion des forces ou aux forces vives, et au travail des forces, et faisant la somme des équations obtenues, on a des relations qui comprennent, d*une part, la quantité de mouvement ou la force vive du système, et, d'autre part, la somme des impulsions ou la somme des travaux. Il est clair que les équations élémentaires écrites pour chaque point doivent comprendre Jes forces intérieures, puisque le mouvement de chaque point dépend de toutes les forces auxquelles il est soumis. Seulement, comme on peut le reconnaître liisément, ces forces intérieures disparaissent lorsqu'on fait la somme des impulsions. Mais il n*en est pas de même pour la somme des travaux des forces, et ce n'est que dans quelques cas très-particuliers que les forces intérieures disparaissent de la somme totale.

14. L'application de ces théorèmes conduit à un grand nombre de résultats importants parmi lesquels nous signalerons seulement les suivants :

Le centre de gravité d'un système matériel se meut comme un point matériel qui aurait pour masse la masse totale du système et auquel seraient transporta toutes les forces extérieures qui sont appliquées aux divers points du système.

Le mouvement du centre de gravité se trouve ainsi indépendant des forces intérieures et des liaisons qu'on peut introduire ou supprimer pendant le mouvement.

Il résulte de là, par exemple, que, lorsqu'une bombe est lancée et décrit une parabole dans l'espace, si elle vient à éclater, chaque fragment prend un mouvement dépendant de sa masse et de la force explosive ; mais ces forces explosives, par rapport au système^ sont des forces intérieures, et dès lors le centre de gravité de l'ensemble de tous ces fragments continue à se mouvoir suivant la même parabole.

Si l'on conçoit qu'un homme se trouve isolé au milieu de l'espace, qu'il ne soit soumis n aucune force extérieure et que son centre de gravité soit immobile, cet être animé ne pourra pas de lui-même mettre son centre de gravité en mouvement, de quelque manière qu'il fasse jouer ses muscles pour déplacer les diverses parties de son corps, parce qu*il ne peut développer ainsi que des forces intérieures qui ne sont pas capables de faire sortir le centre de gravité de son immobilité primitive.

Si cet homme est en mouvement soit en chute libre verticale, soit en mouvement parabolique, le centre de gravité prend le même mouvement que s'il était un point libre, et cela quels que soient également les déplacements des diverses parties des corps, quelles que soient les flexions ou extensions des bras ou des jambes. Il importe, pour ne pas appliquer ce théorème faussement, de remarquer que le centre de gravité du système change de position dans le corps avec les mouvements mêmes des membres et que, par conséquent, les divers points du corps ont un mouvement qui n'est pas le même que s'ils étaient isolés, que le mouvement de chaque point dépend dès lors du mouvement des membres. Le

théorème n*est applicable qu*au centre de gravité du système, point dont la position dans ce corps n'est point fixe.

15. Étant donné un solide invariable soumis à des forces quelconques, l'application du théorème des forces vives permet de déterminer le mouvement complet du corps. On sait que le centre de gravité se déplace comme si toutes les forces y étaient transportées : ce transport correspond à Tadjonction d*un couple appliqué au corps. Ce couple fait tourner le corps autour du centre de gravité, comme si celui-ci était fixe ; la combinaison de ce mouvement de rotation et du mouvement du centre de gravité détermine le mouvement de totalité du corps.

On ne peut déterminer ainsi que le mouvement élémentaire, c'est-à-dire le déplacement du corps pendant un instant infiniment court; mais, par diverses considérations, on parvient à en déduire et à représenter le mouvement du coq» dans un temps fini.

16. Il est utile de s'occuper des corps qui ne sont pas des solides invariables^ iilautant que, eu réalité, il n'y a pas de solides invariables. Les corps solides, quels qu'ils soient, subissent toujours des déformations sous l'iulluenoe des forces extérieures ; il en résulte des modifications dans les forces intérieures, et par conséquent les mouvements produits ne sont pas les mêmes que si le corps était réellement invariable. L'étude de ces déformations constitue la partie de la mécanique désignée sous le nom de résistance des matériaux; cette partie est spécialement utile dans les questions qui se rattachent à l'art de l'ingénieur; elle est presque sans application dans les sciences biologiques, si ce n'est par l'indication de quelques principes généraux.

En général, les déformations des solides sont assez faibles pour que l'on puisse traiter ceux-ci comme des solides invariables, au moins comme première approximation.

L*étude des mouvements des systèmes articulés présente un intérêt d'autant plus grand en biologie que l'on peut considérer les animaux comme des systèmes articulés, c'est-à-dire comme constitués par des parties solides reliées les unes aux autres, chacune des parties étant ainsi un corps gêné, les liaisons résultant de la nature des articulations. Pour déterminer le mouvement d'un système articulé, il faut déterminer le mouvement de chacune des pièces qui le composent. D'autre part, les forces dont il faut tenir compte et qui se trouvent en relation avec les mouvements sont non-seulement les forces réellement appliquées, mais encore les forces par lesquelles on peut remplacer les liaisons, forces intérieures par rapport au système totale mais extérieures par rapport à chacune des pièces du système, forces dont on ne reconnaît à priori m la grandeur, ni la direction; ces éléments se trouvent liés au mouvement même : aussi le problème prcsente-t-il une grande complexité.

En ce qui concerne le mouvement des êtres vivants, de Thommc, par exemple, il est impossible de prévoirie mouvement d'après les foix:es mises enjeu; on n'est même pas encore renseigné complètement sur le mode d'action mécanique des forces musculaires. C'est évidemment le problème inverse qu*il faut étudier et c'est du mouvement qu'il faut chercher à déduire les forces; mais il faut que le mouvement soit entièrement connu, et l'on ne saurait s'appuyer sur des observations sommaires. Ce ne sera qu'en se basant sur des résultats précis fournis par les procédés rigoureux que Ton possède maintenant (méthode graphique, photographie des objets en mouvement) que l'on pourra arriver à des notions

DYNAMITE (emploi niDicAt). 745

précises sur les conditions du mouvement et que l'on pourra essayer d en déduire les éléments des forces qui interviennent.

17. Les liquides et les gaz sont considérés comme constitués également par des points matériels; mais ces points ne sont pas liés les uns aux autres d*une manière invariable, même approximativement. Aussi bien que Ton puisse appliquer à chacun de ces points les principes et les théorèmes de la dynamique, les résultats, pour une masse finie, sont-ils entièrement différents ! Il y a quelques résultats utiles à connaître dans cet ordre d'idées, ils seront indiqués dans l'article Hn)R0DT5A]iiQCE (voy. aussi Hydrostatique).

L'application des théorèmes de la dynamique permet de résoudre toutes les questions relatives à l'équilibre des corps, toutes les questions de statique : il suffit en effet de chercher les conditions pour lesquelles un point considéré est en repos, a une vitesse nulle ; ce n'est qu'un cas particulier du problème général dans lequel on cherche les conditions pour qu'un point ait une vitesse déterminée. Ordinairement, on traite les questions de statique avant celles de dynamique ; on peut dire, en se plaçant au point de vue rationnel, que c'est une bizarrerie, pour ne pas dire plus. Cette bizarrerie est fâcheuse, parce que les données de la statique sont incomplètes et qu'on ne peut, sans inconvénient, les étendre à la dynamique, tandis qu'on peut appliquer en toute certitude les données de la dynamique à la statique. G.-H. Gariel.

DTKAHISME. En' médecine, doctrine d'après laquelle l'organisme, au lieu d'obéir aux lois générales de la mécanique, est gouverné par une ou plusieurs forces particulières, agissant suivant des lois qui leur sont propres, et qui déterminent les conditions dans lesquelles s'exercent les actions mécaniques. La doctrine du principe vital est dynamiste; de même celle de l'animisme, et l'on a appelé double dynamisme la réunion des deux doctrines. Au demeurant, il suffit d'attribuer à la matière vivante des propriétés autres que celles de la matière inorganique pour faire profession d'un certain dynamisme médical, puisque les forces, étant dans cette hypothèse une manitestation des propriétés» sont spéciales comme elles, tout comme, en philosophie générale, est dynamiste quiconque attribue tous les mouvements de la matière à dés forces qui lui sont inhérentes. D.

DTNAMITE. § I. Chimie. Nitroglycérine mélangée avec des matières poreuses inertes, plus particulièrement avec la silice ou l'alumine très-di visée {vop. Nitroglycérine). D.

g II. Emploi médical. Si la dynamite n'a pas encore été employée cn thérapeutique sous ce nom et sous cette forme, c'est qu'on lui a préféré la nitroglycérine diluée, substance plus commode à administrer, et ol)jet, depuis quelques années seulement, des recherches des physiologistes et des thérapeutes. Aussi, tandis que la première faisait rapidement son chemin dans l'industrie et dans l'art de la guerre, parce qu'elle est plus facile et moins dangereuse à manier, la nLroglycérine prenait lentement droit de cité dans la matière médicale.

Pendant que, dans la nomenclature chimique française, elle recevait, de M. Berthelot, le nom de trinitrine, désignation qui a l'avantage de ne pas effrayer les malades, on la désignait dans les pharmacopées étrangères par celui

746 DYNAMITE (emploi iiiDicAL).

de glonoïne et même de dynamite. Il n'est donc pas illégitime d*étudier« dans le chapitre de la dynamite, les propriétés physiologiques, toxiques et thérapeu* tiques, de la nitroglycérine médicinale, renvoyant pour ses propriétés chimiques à l'article plus ancien de NiTRocLTcéaiNE.

• L'introduction dans la matière médicale de cet élher de la glycérine ue remonte pas à de longues années. Tout en ayant été découverte en 1847 par Sobrero, la nitroglycérine ne fut essayée sur l'homme qu'en 1858» c'est-à-dire il y a vingt-six ans, par le docteur Field, médecin anglais de Brighton» qui expérimentait sur lui-même. Les elTets obtenus l'engagèrent à prescrire cette substance aux malades contre les névralgies, l'épilepsie, l'hystérie» et même contre le tétanos et l'hydrophobie.

Pelikan, Thoregwood et James Lavvrence (de Brighton), Baker Edwards et surtout S. Brady, préconisèrent la glonoïne contre les névropathies rebelles. jGependant les premiers résultats de ces observateurs furent loin de paraître décisifs, et malgré ces afflrmations, de convaincre tous les médecins. Contestées en Angleterre par Fuller et Harlay, en France par H. Vulpian, qui en administra des doses considérables à déjeunes chiens sans provoquer ni [^énomèiief physiologiques ni effets toxiques, les propriétés organoleptiques de cette substance furent bientôt mises de côté et la nitroglycérine ne servit plus que dans l'industrie.

De 1859 à 1871, la trinitrine, abandonnée des thérapeutes, est consid&ée, surtout à l'étranger, comme une substance toxique. C'est à ce titre qu'elle est citée par divers auteurs, Schuckart et Schneider. En 1876, la thèse inaugurale de H. Bruel attira de nouveau l'attention sur elle.

Depuis cette époque, elle a été l'objet de très-nombreux travaux contemporains en France, en Angleterre et en Amérique. UH. W. Murrel, Farqubar, M. Call Anderson, Craig, Osmurn, Alders, Stilt, Eulenberg, Water, démontrèrent les effets thérapeutiques de cet agent contre l'angine de poitrine ; Mayo Robsoo (de Leeds) dans le traitement des néphrites chroniques et même des néphrites aiguës; Green, pour combattre les affections cardiaques; Korcynski, dans la médication des dyspnées de causes diverses, et Turnbull comme moyen prophylactique contre le mal de mer. Enfin, Hammond et Steward le préconisèi^ut contre les convulsions épileptiformes et puerpérales.

Par contre, à la même époque, un autre observateur, M. Martindall, en signalait les effets toxiques et les insuccès cliniques. Plus récemment enfin M. Henri Huchard, dans un important mémoire, M. Desrosiers (de Montréal), dans une remarquable leçon clinique, et M. Marieux, dans sa thèse inaugurale, ont exposé synthétiquement les qualités et les inconvénients de ce médicament.

I. Effets physiologiques. Au contact de la muqueuse linguale, comme l'a observé M. Bourru, la dynamite en très-petite quantité, donne la sensation d'une substance sucrée. Cette saveur devient bientôt acide et, peu de temps après, est remplacée par un sentiment d'ardeur et de brûlure ï It langue.

Bientôt, comme Field le vit le premier, par l'absorption de quelques gouttes d'une solution au centième de nitroglycérine, on éprouve une sensation de plénitude, de congestion de la tôte et du cou, des bourdonnements et des bruissements d'oreilles, des nausées; puis on observe de la petitesse du pouls, delà pâleur de la face, de l'état syncopal, de la gêne respiratoire, phénomènes auxquels

DYNAMITE (emploi m£»i(ui.)* 747

succèdent, après une demi-heure, de la céphalée, de rabattement, une sorte d*engourdissement physique et de torpeur intellectuelle.

EnOn, après un sommeil calme de cinq heures, M. Field se réveillait, disaitil, sans éprouver d'autres inconvénients qu*une céphalalgie légère et fugitive.

Avec la dose de deux gouttes de la solution alcoolique au centième, Brady observa aussi la production d'effets rapides : défaillance, perte de connaissance, convulsions des muscles de la face, respiration stertoreuse; efTets passagers d'ailleurs, mais qui effrayèrent cet observateur. Depuis, les observations diniques ou expérimentales se sont multipliées, et on peut, d'après les travaux récents, établir quelle est l'action physiologique de la dynamite, de la trinitrine et de la glonoïde, c'est-à-dire de la nitroglycérine sur Téconomie.

Elle agit sur la circulation, la respiration, les sécrétions et le système nerveux. Les modifications de l'appareil circulatoire sont de toutes assurément les plus importantes. Elles varient suivant la dose de substance active ingérée par la bouche ou administrée par la voie hypodermique.

Chez Vhommey peu de temps après l'administration de la trinitrine, la face se congestionne et devient rouge et vultueuse, en même temps que les artères temporales et carotides battent avec violence. Si, chez les animaux, on observe alors au microscope la circulation du péritoine ou celle de la membrane digitale de la grenouille, on la voit se ralentir, les globules du sang perdent leur mobilité et stationnent dans les réseaux capillaires. Il y a stase sanguine et bientôt encombrement vasculaire.

On observe donc le ralentissement de la circulation périphérique. En même temps l'impulsion cardiaque devient plus forte et plus rapide ; il existe une accélération des battements du cœur, suivie en peu de temps de leur diminution et de leur arhythmie. La tension vasculaire diminue ; le pouls radial devient plus rapide, parfois même dicrote et intermittent. Sur les tracés sphygmographiqnes, les lignes d'ascension sont presque verticales et plus hautes qu'à l'état normal. Les angles qu'elles forment avec les lignes de descente sont plus aigus^ çt quand on examine les oreilles d'un lapin, si on expérimente sur cette espèce animale, on constate par transparence leur coloration rouge et par le thermomètre, l'augmentation de la température locale.

Plus tard, le sang artériel n'a plus sa rulilance ; il a pris la coloration du sang veineux et a perdu ses qualités oxygénantes. C'est alors que la température s'abaisse, et que cette diminution est en rapport manifeste avec le ralentissement des échanges.

La respiration se modifie sous l'influence de ce médicament, mais les troubles qui en résultent sont moins étendus que ceux de la circulation. En outre» si les doses de trinitrine sont peu considérables, la respiration n'est pas modifiée chez l'homme. Néanmoins quand elles existent, ces modifications se manifestent peu de temps après l'administration du médicament et consistent dans Taccélération des mouvements respiratoires avec leur amplification. De plus, chez les animaux, leur rhythme est altéré ; ils deviennent intermittents et parfois, d'après M. Marieux, se suspendent pendant une sorte de période d'apnée.

Les sécrétions sont aussi quantitativement modifiées, parallèlement d'ailleurs à la dilatati&n vasculaire. C'est ainsi que le tronc et le visage de quelques malades soumis à l'administration de ce médicament se couvrent de sueurs abondantes. Cette hypersécrétion sudorale s'accompagne aussi parfois de l'accroissement de la diurèse. Sur ce point cependant les observateurs sont en désaccord.

718 DYNAMITE (emploi médical).

M. Huchard el les auteurs anglais Tadmetteut, tandis que H. Harieux et d'autres constatent Tabsence de tout changement dans rurination^ aussi bien que dans la sécrétion lacrymale et dans la sécrétion salivaire.

Parfois on observerait en même temps dés troubles gastro-intestinaux : nansées, vomissements, diarrhée ; mais ces phénomènes sont encore moins constants que les précédents.

Par contre, la trinitrine porte surtout son action sur le système nerveux. Chez les animaux, on constate de Tengourdissement et de la toq)eur. Ik no répondent plus par des mouvements de défense aux irritations douloureuses, et les excitations périphériques ne provoquent plus que de faibles mouvements réflexes. Il y a donc diminution des activités sensitives et des activités réflexes. A doses plus élevées, de véritables mouvements convulsifs précèdent parfois la mort chez les animaux : les cobayes, comme je Tai vu avec H. Hucliard, et les grenouilles, d*après Bl. Harieux.

Chez rhomme, à la dose de une à dix gouttes de la solution au centième, les phénomènes nerveux débutent quatre ou cinq minutes après Tadministration de la nitroglycérine. Ce sont des céphalalgies plus ou moins vives, des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements d*oreilles et la sensation de plénitude intra-crànienne. a L*occi put, écrit H. Bourru, est le siège d*une douleur pesante : « le crâne semble se dilater et comme près d'éclater... Je suis obligé de faire c un effort de volonté pour analyser mes sensations et les transcrire. »

Parfois les fonctions oculaires sont atteintes : Tacuïté visuelle s'émousse, et il existe une amblyopie passagère. Après deux, trois, quatre ou cinq heures, ces phénomènes s'atténuent ; le malade éprouve la sensation de courbature intense, un abattement général et une invicible tendance au sommeil.

Ce sont là certainement des phénomènes de congestion des centres nenreox supérieurs. On s*est demandé si des doses plus considérables de trinitrine agissent sur la moelle pour en augmenter le pouvoir excito- moteur? On serait tenté de le croire avec M. Marieux et ceux qui comparent les convulsions ainsi observées avec celles de la strychnine. Cependant celte aflîrmation, vraisemblable peut-être, n'est pas démontrée par des faits, et la cause de ces convulsions existe sans doute dans Tasphyxie.

En résumé, considérée au point de vue physiologique, la trinitrine est uo médicament vaso-moteur. Elle produit la dilatation des vaisseaux périphériques, la diminution de la tension artérielle et la dilatation du cœur. Ces deux derniers phénomènes sont solidaires du premier en vertu de la loi de Marey : • U cœur bat d'autant plus vite qu'il éprouve moins de peine à se vider ». Cette loi donne la raison de Ja cause prochaine des troubles circulatoires ; néanmoins elle n'en établit pas le point de départ et la cause initiale. La trinitrine agit-elle sur le système nerveux ou bien sur l'élément contractile des vaisseaux ? Y a-t-il dilatation vasculaire par paralysie du grand sympathique ou excitation des nerfe vaso-dilatateurs, comme l'admettent certains physiologistes? Voilà des questions qui ne sont pas résolues; inconnues dont la détermination permettrait seule cependant d'établir le mécanisme exact de ces phénomènes.

Quoi qu'il en soit, en considérant la trinitrine comme « un paralysant vasomoteur », on peut trouver avec M. IL Huchard dans la dilatation vasculaire l'explication des phénomènes observés : congestion cérébrale, torpeur, céphalalgie, vertiges, éblouissements et bourdonnements d'oreilles. Resterait une autre hypothèse : l'existence d'une paralysie du nerf pneumo-

DYNAMITE (iMPLOi HiDiGÀL). 749

gastrique par la triaitine. On expliquerait ainsi les troubles cardiaques; mais cette théorie attend .aussi d*être légitimée. Ënûn, il semble qu*une étude plus complète des modiûcations qualitatives du sang ne serait pas sans intérêt. Elle donnerait probablement raison des modificalions de Thémoglobine et partant de l'aspect du liquide sanguin, dont les altérations sont si manifestes ; à preuve les changements de coloration qu il présenle et sa désoxygénation. On observe donc iciy comme avec les autres produits nitreux, une désoxydalion et en quelque sorte Tasphyxie des globules.

Par quelle voie s*élimine la trinitrine? Réponse n'a pas élé donnée à cette question par les auteurs. Il est vraisemblable néanmoins que l'élimination par les poumons joue un grand rôle, comme avec les autres nitrites. En l'absence d'augmentation constante et de modiûcations des sécrétions, il faut bien admettre cette hypothèse, en rapport d'ailleurs avec ce qu'on observe dans l'élimination avec le nitrite d'amyle ; produit dont les analogies de propriétés avec celles de la nitroglycérine sont si manifestes.

II. Effets toxiques. Déjà Field, Baker Edwards et S. Brady avaient observé des phénomènes toxiques par l'administration de la trinitrine. Depuis, M. Bruel, qui a dans sa thèse réuni des documents sur ce point de l'histoire de la trinitrine, en admet sans hésitation la toxicité et appuie son opinion sur divers témoignages.

Pendant la guerre de 1870, HM. G. Pouchet et Champion avaient déjà remarqué les symptômes d'empoisonnement que présentaient les soldats employés au maniement de la dynamite et les oflQciers préposés à la surveillance des dépôts qui la contenaient. L'un d'eux, H. Champion, éprouvait de violentes céphalalgies et des nausées, quand les nécessités de son service Tobligeaient à séjourner dans les magasins renfermant de grandes quantités de cette matière explosive.

D'autre part, M. Schuckardt, dans le Journal de médecine pratique^ et H. Schneider, dont l'opinion est citée dans les ouvrages militaires, considèrent la trinitrine comme un violent poison.

D'après ces auteurs, l'application d'une petite quantité de cette substance sur la langue produirait des maux de tète persistants, des douleui*s lancinantes, et, à doses plus élevées, des vertiges, des nausées, de la lassitude ; symptômes disparaissant après quelques heures. Le docteur Schneider, après Tabsorption accidentelle de 10 gouttes de nitroglycérine, éprouva des symptômes d'empoisonnement, mais ceux-ci furent de courte durée.

D'après Tratizl, la trinitrine est peu volatile. Il faut admettre que la pénétration dans l'organisme et les accidents d'empoisonnement se produisent donc aussi pendant la manipulation de cette substance et par Tabsorption cutanée. En effet, une goutte de ce liquide écrasée dans le creux de la main provoque une vive démangeaison.

En 1877, à la fonderie de Ruelle, dont il était le médecin, M. Bourru, qui entendait les officiers d'artillerie se plaindre des migraines que leur causait le roajliement de la dynamite, fit les expériences suivantes. Pétrissant une petite pincée de cette substance dans la main, il éprouva un engourdissement légè* rement douloureux le long du nerf radial, surl'éminencethénar etàl'avant-bras. Deux heures plus tard, il était atteint de tension dans le front et les sinus maiillaires.

La dynamite en vapeur n'est donc pas aI)sorbée. Il n'en est pas de même

7^ DY9ÂMITE (ivploi vi^icâfty.

quand elle est appliquée sur la muqueuse de la bouche cm sur la peau ; son aciioD est alors rapide et en quelque sorte foudroyante.

Absorbée par la Toie buceale, une petite quantité de eetle sulMtanoe cause, à faible dose, de la démangeaison du palais, du picotement de U langue, des maux de tète, des battements Tiolents dans les tempes. Une dose plus fairie a pour conséquence Taccélération des mouvements du coeur, Tabolition du sentiment, un état de parésie tel que, dans ses expériences, H. Bourru ne poa* Tait se tenir debout qu*en «'appuyant sor les objets loisins, enfin un eaUÛrrbe gastrique persistant, d'après les auteurs allemands.

Quelles sont les lésions anatomiques de cet empoisonnement? A Tautopsie d*un individu empoisonné par cette sabstance, on constate de Thyperémie, des ecchymoses stomacales et intestinales, ainsi que de la congestion des méninges et de l'encéphale.

Au point de vue professionnel, on a remarqué raceoutumance de la plupart des ouvriers et l'absence des troubles de ce genre dans le personnel des ateliers^ Chez d'autres, ces perturbatious augmentent avec Thabitude. Aussi M. Ruel, eo 1876, considérait la trinitrine comme un violent poison amenant la mort avec des convulsions eloniques et toxiques, quand il est rapidement absorbé, et avee asphyxie, quand il est administré successivement par doses modérées. Hurrel en fait un poison vaso-dilatateur et Martiiidal déclare que, dans des cas observés en Allemagne, 5 gouttes furent suffisantes pour provoquer la mort.

Néanmoins le même auteur, dans ses expériences sur les aninuux, obtint des résultats en apparence contradictoires. De faibles doses administrées à des chiens les tuaient rapidement, tandis que, sur d'autres, des quantités considérables ne provoquaient aucun phénomène toxique.

Brady avait observé chez les animaux des phénomènes comparables à 'eenx qu'il avait constatés chez l'homme. Seulement il remarquait déjà la nécessité d'employer des doses plus élevées pour obtenir des effets égaux en durée et en intensité.

Fuller et llarlay en Angleterre, M. Vulpian en France, contestèrent ces résultats expérimentaux. C'est ainsi que ce dernier et savant physiologiste put administrer à un jeune chien des doses de trinitrine de 90 centigrammes à 4 grammes, sans provoquer d'effets toxiques appréciables. Dans la thèse de H. Marieox se trouve la relation d'expériences plus récentes dans lesquelles des grenouilles, des cobayes, des lapins et des chiens, furent soumis à l'action de la nitroglyoérim en solution au centième. On vient de voir que M. Vulpian a pu impunément administrer à un jeune chien les doses considérables de 4 grammes de nitroglycérine, M. Huchard et moi nous avons injecté sous la peau de cobayes i grammes de solution au centième dé trinitrine sans amener aucun accident d'intoxication ; or ces résultats expérimentaux ne témoignent pas contre la toxicité de la trinitrine. Ils montrent seulement que l'éliniinalion de cette substance peut être assez rapide pour éviter son accumulation dans l'organisme, et que certaines espèces animales résistent plus que d'autres à son action toxique.

La mort dans l'empoisonnement par la trinitrine est précédée d'agidilté, de cyanose des muqueuses et d'angoisse respiratoire, en un mot, d'un état aspbyxique par désoxydation des globules du sang. Ces accidents débutent après deux ou trois heures et durent une heure ou deux, de sorte que la mort survient dansU quatrième ou la cinquième heure qui suit Tabsorption de l'agent toxique. IL 'Bruel, qui a bien étudié ces phénomènes, a conâtaté qu'alcvs t FaiiinaJ

DYNAMITE (emploi médical). 751

c consomme moins d'otygène et exhale moins d'acide carbonique, ce qui prouve f. qu'il y a une diminution considérable des échanges gazeux et (]ue la nitro-* s glycérine doit être classée parmi les poisons asphyxiants. »

IIL ÂCTioR ET VALEUR THÉRAPEUTIQUE. Jusqu*ici la trinitrinc a été employée surtout à rétranger contre les maladies les plus variées. Sans mettre en doute la sagacité des divers observateurs, il n*en est pas moins certain que les résultats obtenus méritent révision.

Quand on s*appuie sur le terrain solide de Texpérimentation, on voit que cet éther de la glycérine produit, à dose thérapeutique, l'excitation cardio-vas" culaire. Elle possède donc une action manifeste sur les organes circulatoires, déterminant des phénomènes d*hyperémie cérébrale, abaissant la tension vasculaire, accélérant les battements cardiaques et dilatant les vaisseaux. <t En diminuant les résistances périphériques, elle augmente l'énergie de l'organe central de la circulation ». M. Huchard, qui apprécie en ces termes les propriétés de la trinitrine, n'hésité pas à comparer son action physiologique à celle du nitrite d'amyle. Seulement, tandis que l'action de celui-ci débute rapidement en quelques secondes et cesse bientôt après, celle de la niti'oglycêrinc s'instaure plus lentement, après cinq minutes et même un quart d'heure, et persiste pendant deux ou trois heures.

En sa qualité de paralysant vaso-moteur, la trinitrine peut rendre des services dans les maladies du cœur et surtout dans les affections de l'aorte où il existe de l'anémie cérébrale. Ici son action, analogue à celle du nitrite d'amyle, est motivée par les phénomènes de congestion encéphalique qui suivent son administration. De plus, elle est encore comparable à celle de l'opium et de la morphine, que M. Huchard a préconisés pour combattre les accidents ischémiques cérébraux des malades en puissance d'affections cardiaques ou aortiques.

C'est surtout dans la médication de l'angine de poitrine que ce médicament a été employé d'abord par M. Murrel (de Londres), après lui par Farquhiar, Sitts, M. Call Andersen, Green, et surtout par M. Huchard, en France et Desrosiers au Canada. On trouve la raison de cette médication dans la formule pathogéniquede l'angine de poitrine, telle qu'elle a été donnée par MM. G. Sée, Liégeois et H. Huchard : m L'angine de poitrine est le résultat d'une ischémie cardiaque organique ou fonctionnelle )>. Dès lors, en dilatant paralytiquement les artères coronaires spasmodiquement contractées, la dynamite rétablit l'intégrité circulatoire du muscle cardiaque et prévient Tanémie du myocarde.

La première observation de Murrel était celle d'un homme de soixante-quatre ans, dont les accès angineux étaient très-fréquents. Après un septénaire de traitement par l'administration quotidienne de trois gouttes d'une solution alcoolique de trinitrine au centième, les accès perdirent de leur fréquence et de leur intensité. Ils disparurent presque complètement après vingt et un jours. Ce malade éprouvait les effets physiologiques habituels, « la sensation de plénitude de la tête et des palpitations perçues jusqu'aux extrémités digitales ». Dans la deuxième observation, une femme de cinquante-trois ans, et dans la troisième nn homme de soixante et un ans, furent améliorés par l'emploi de la nitroglycérine; mais les accès angineux ne disparurent pas complètement. La guérison fat donc partielle.

M. Jamson (de Caistor) a publié sa propre observation.il prévenait l'accès angineux par l'administration de quelques gouttes de la solution an centième

752 DYNiMlTE (emploi HiDiciL).

de nitroglycërine. D*autre part, Korcyaskî a constaté les mêmes résultats sur des malades soumis à ce traitement. Par contre, Cantibena n'en a pu obtenir des améliorations aussi durables.

En France, H. Dujardin-Beaumetz en a observé les bons effets chez un malade atteint d'accès angineux tabagiques, dont H. Harieux rapporte l'histoire clinique dans sa thèse. Mais c'est H. Huchard qui a surtout employé ce médicament et discuté sa valeur thérapeutique dans cette maladie. Dans son Mémoire sur iet angines de poitrine il a fait connaître les indications et les contre-indications de son emploi. 11 a vu la trinitrine à la dose de trois ou quatre gouttes de la solution au centième atténuer la fréquence des accès et diminuer leur intensité, en combinant son action avec celle du nitrite d'amyle. Celui-ci est réservé aux inhalations pendant les accès, tandis que celle-là est quotidiennement employée dans leur inlervalle, pendant des séries de huit ou quinze jours. Enfin, dans un cas rebelle à l'action du nitrite d'amyle, H. Huchard a obtenu une amélioration réelle par l'administration de la nitroglycérine.

C'est encore en diminuant les accès angineux fréquents dans ces maladies que la trinitrine rend d'utiles services dans le traitement des affections de Vaortey telles que les poussées de l'aortite aiguë à répétition, l'aortite chronique, la dilatation et le rétrécissement de ce vaisseau. Ici, en sa qualité de médicament vasculaire, la trinitrine modiGe la circulation cardiaque et combat l'ischémie du myocarde.

Dans d'autres cardiopathies, et en vertu de ses mêmes propriétés, cette substance donne de bons résultats contre les phénomènes d'ischémie cérébrale, au cours de l'insuffisance aoriique : vertiges, bourdonnements d'oreilles, lipothymie ou étatsyncopal. C'est ainsi que M. Marieux cite un individu en puissance de tels accidents, chez lequel une injection de cinq à sept gouttes de la solution alcoolique de trinitrine au centième fit disparaître tout phénomène vertigineux.

Enfin, c'est à titre de modificateur de la tension artérielle que ce médicament a été préconisé par M. Green et d*autres auteurs pour modifier l'ëtat d'impuissance cardiaque, qui constitue la cardioplégie, si commune dans les cas de dégénérescence graisseuse du myocarde. La trinitnne suppléerait alors ï la digitale parfois redoutable pour ces malades, en diminuant la tension artérielle et par conséquent les efforts du muscle cardiaque. Dans cette hypothèse, on pourrait donc comparer cette action à celle des médicaments qui, en atténuant l'encombrement vasculaire, diminuent aussi la masse de liquide sanguin à mouvoir.

En résumé, les indications de la nitroglycérine dans les maladies de l'appareil circulatoire sont motivées pour combattre Tischémie des artères coronaires dans l'angine de poitrine, l'ischémie cérébrale accompagnant les cardiopathies et la maladie de Corrignan, contre l'état cardioplégique du cœur et les palpitations anémiques, et, d'après quelques auteurs dont l'opinion est loin d'être théoriquement et expérimentalement justifiée, pour diminuer la tension vasculaire et soulager le travail du cœur.

On l'a proposée dans le traitement de quelques maladies de Vappareil respi» ratoire, Korcynski considérait la trinitrine comme très-utile dans l'asthme bronchique et l'emphysème. Sous son inUuence les accès auraient perdu de leur fréquence et le spasme bronchique de son intensité. Par contre, son emploi dans l'asthme essentiel nerveux n'aurait procuré que des insuccès.

Les observations de contrôle sont eu désaccord avec celles de Korcynski, ti

DYNiMITE (bmploi hâdical). 755

con^équemment rien ne légitime l'usage de la nitroglycérine dans la thérapeutique des aflections des voies respiratoires.

Son utilité dans les maladies des reins est aussi l'objet de contestation : Hayo Robson, démonstrateur d'anatomie à TÉcole de médecine de Leeds« attribuait à la trinitrine la propriété d'augmenter la diurèse en même temps qu'elle diminue la tension vasculaire et l'employait contre les néphrites chroniques eW les néphrites interstitielles, 11 citait même des observations où le médicament diminua l'albuminurie et provoqua une abondante diurèse.

Au contraire» M. Huchard n'a pu en retirer aucun bénéflce dan^ ces affections où il en essaya inutilement l'usage. M. Harieux a entrepris de son côté quelques recherches cliniques dans le même but et aussi avec le même insuccès. L'utilité âfi la trinitrine dans le traitement de l'albuminurie brightique n'est donc pas démontrée. U en est de même de refficacité qu'on a voulu lui attribuer contre le diabète.

Par son action congestive sur le système nerveux et son action paralysante sur les vaisseaux périphériques» la trinitrine rend quelques services dans le traitement des maladies du système nerveux avec anémie cérébrale et manifestations dépendant de l'ischémie vasculaire.

Field le premier en fit l'essai contre les névralgies. Ce fut même la première application thérapeutique de cette substance. Sous son influence il vit les odontalgies rebelles s'amender rapidement, et Brady observa la guérison de névralgies accompagnées de spasmes musculaires de la face. Les névralgies faciales non congestives d'origine anémique en sont donc parfois justiciables, et M. Huchard pense que les succès obtenus sont le résultat de l'action vaso-dilatatrice. Il ne partage donc pas l'opinion de H. Vulpian qui, en 1859, écrivait que la nitroglycérine n'agit qu'en c impressionnant vivement l'imagmation des malades » . J'ajouterai, par contre, que H. Dujardin-Beaumetz, comme l'a décrit M. Marieux, a essayé sans succès l'emploi de la trinitrine contre les névralgies d'origine périphérique.

D'après l'idée d'un ophthalmologiste de mérite, M. Abbadie, des tentatives ont été faites par M. Huchard pour introduire ce médicament dans la thérapeutique des céphalalgies non congestives et surtout des céphalies. Ou soumit à ce traitement dix-huit malades souffrant depuis longtemps de migraines ou de céphalée, et quinze fois les douleurs cessèrent rapidement. C'était là certainement des cas de migraine angiotoniquep justiciables par conséquent des médicaments vasomoteurs, et non pas des antispasmodiques. Ici donc les succès sont de même ordre et de même cause que ceux que Douglas Lithgwood enregistrait par l'emploi du nitrite d'amyle.

L'efGcacité de la trinitrine contre certaines formes de névralgies a engagé les thérapeutes à l'employer contre quelques névroses : l'épilepsie, l'hystérie, l'hysteria major, la chorée, et même l'hydrophobie. Korcynski rapporte l'histoire d'un choréique dont les convulsions disparurent après l'administration de la trinitrine pendant. vingt-cinq jours.

Toutefois, bien que ces résultats soient h. coup sûr très-contestables, il ne faut pas oublier que l'anémie cérébrale peut être l'origine de convulsionsi. C'est dans cette explication pathogénique qu'on trouvera sans doute raison de la recommandation que Hammoud lui accorde contre les convulsions épileptiformes, et Green contre les convulsions puerpérales. Dans ces cas heureux, celles-ci,

comme le fait remarquer M. Marieux, étaient vraisemblablement d'origine réflexe

DICT. IHC. XXX , 48

754 DT2IÂM1TE (ebploi liMCAL).

H sms albamiaiim. Lrar palhogéiiie, comme Tnobe Ta éUbli, doit être cherchée dans ranéfiiie ctfébnle.

Cest à ee btie que U trinitriBe combat effiearemeot les manifesUtioBs morbides diferses auxquelles les cfalorotiques et les anémiques mot sujets : mertiges, lipothymies, (alpitations, troubles morbides post-bémorrbagiqaes, ou les anémies de laconTalesoenoe des maladies aiguës, des fièvres graves, telles que la fièire Cfphoide, on des affections chroniques diathésiqnes, cancer, rhumatisme, etc. M. Huchard en a obtenu de bons effets dans un cas de leili^ de llénière. Soos son inflnencei, les bourdonnements d*oreilles augmentèrent d*abofd, puis après quinze jours disparurent, en même temps que les aocidenis vertigineux, qui ne se reproduisirent pas.

Il serait opportun d'essayer l'emploi de la trinitrine contre la syncope ou aq^yue locale ées extrémités, dans certains cas de neurasthémie, d'ischémie fonctionnelle dn cerveau, et peut-être même dans l'aliénation moitale à fiinne d^ressive, i l'instar des injeêUons morphines, suivant la méthode de M. Voisin. Au reste, ces tentatives auraient été légitimées par les essais d'un médecin allemand, M. Sdiramm, qui a vu des mélancoliques s*améliorer rapidement par l'emploi du nitrite d'amyle. C'est encore dans le même but de nuxfifier la circulation cérébrale que H. Tumbull a proposé la trinitrine pour oomhattie et prévenir le mal de mer.

En résumé, la nitroglycérine est indiquée dans les névroses vasculaircs, el c'est par ^'intermédiaire de la dilatation vasculaire qu'elle a pu élie dBace contre quelques états névropatbiques primitifs ou secondaires d'origine ischémique.

Quelles sont les œntre-indicaiiom de son emploi? Tous les états morUdes avec tendance congestive active ou passive et surtout avec congestions encéphaliques. D'autrepart, ses inconvénients .-céphalalgie, état nauséeux, vomissements même, cessent rapidement après l'administration des premières doses quotidiennes. Quant aux accidents toxiques, H. Hudiard et H. Marieux, qui ont souvent fait usage de ce médicament, les redoutent peu.

Bons le cas où ils se produiraient, Texposition au grand air, l'usage du café et l'emploi des moyens divers d'excitation périphérique, et, dans les cas d'ingestion par la voie gastrique, le lavage avec la pompe, selon la recommandation de Ferd. Faick (de Kiel), seraient les meilleurs moyens de les combattre.

IV. Mode (T administration et doses, La nitroglycérine, qu'elle soit ou non désignée par ce nom ou par celui de dynamite, de trinitrine ou de *^lo* noïne, s'administre par la voie buccale ou par la voie hypodermique. Cependant, au point de vue de sa désignation dans les formules, les thérapeutes français préfèrent l'indiquer sous le nom de trinitrine pour ne pas effraTcr les malades.

Par la bouche on la donne en solution, et voici la formule en usage dans le service! de M. Henri Huchard : Solotion alcoolique de trinitrine au centième 30 gouttes ; eau distillée, 300 grammes. On débute par 3 cuillerées à dessert quotidiennement et on peut graduellement élever cette dose à 3 cuillerées à soupe.

Cett^formule diffère peu d'ailleurs de la solution suivante de H. Matbew-Hay : Solution au centième de nitroglycérine, S'^.QO; eau de fontaine, i80 grammes. On administre chaque jour i à 3 ouillerées à café de cette solution.

Avec b premiève formule, les malades absorbent quotidiennement 4 gouttes

DYNAMITE (emploi mkdical). 755

^ la solution alcoolique centésimale de trinitrine et, comme la dilution est grande, ils éprouvent rarement des accidents gaslro-intestinaux. Au reste, pour obvier à cet inconvénient, M. Murrell a prescrit la solution alcoolique centésimale de trinitrine sous forme de gouttes. Par ce procédé, le malade prend trois fois chaque jour une goutte de cette solution dans 30 grammes d*eau. De plus, dans les observations d*angine de poitrine oîi il fit usage de ce médicament, on voit que dans le but de prévenir ces troubles digestifs il prescrivait ^multanément Tinfusion du quassia amara.

C*est aussi sous cette forme que M. Hammond en fait usage contre la migraine. An début de Taocàs, il donne une goutte de la solution au centième, et, quaml la douleur persiste, il renouvelle la dose après un quart d'heure. Contre les migraines périodiques, il prescrit ce médicament à raison d'une goutte trois fois par jour pendant deux ou trois jours et vers Tépoque du retour présumé des attaques.

Quelques médecins préfèrent la forme pilulaire. Cette méthode est aussi celle de M. Korcynski. Ce médecin prescrit en effet des pilules contenant chacune éd 1/4 de milligramme à 5 milligrammes de nitroglycérine.

Enfin un médecin anglais, M. Martindal, a mis à proGt la solubilité de la nitroglycérine dans les matières grasses, huiles, — beurre de cacao, — pour en faire préparer des tablettes en chocolat exactement dosées. Sous cette forme la triniti'ine serait facilement absorbée et d'une administration plus commode.

Par la v^^ie hypodermique, la trinitrine est plus rapidement absorbée, et par conséquent plus immédiatement active que par l'ingestion dans les voies digestivcs. De plus, sou action serait plus certaine et plus constante. En effet, tandis que celle action débute seulement quinie à vingt minutes après l'ingestion par la bouche, ses effets se manifestent après cinq ou dix minutes par la iroie sous-cutanée.

La solution en usage dans le service de M. Dujardin-Beaumetz, et dont j'em* prunte la formule à la thèse de H. Marieux, est la suivante : Solution alcoolique de trinitrine au centième, 50 gouttes ; eau distillée, 8'',40. Cliaque gramme de cette solution, c'est-à-dire le contenu d'une seringue de Pravaz, correspond à 3 gouttes de nitroglycérine. L'exactitude de ce dosage en facilite l'administration-.

A quelle dose quotidienne doit-on employer la trinitrine ? 11 est nécessaire 4e débuter par de faibles doses : 2 gouttes, par exemple, et augmenter graduellement la quantité du médicament pour arriver après quatre ou cinq jours à la dose maxima qu'il n'est pas prudent de pr»rter au delà de 6 gouttes dans les vingt-quatre heures. Parfois on a exagéré cette dose sans inconvénient, mais ces cas étaient exceptionnels. C'est ainsi que M. Marieux a pu Télever à 8 gouttes chez un de ses malades, et Murrell à 20 gouttes, avant d'obtenir des effets thérapeutiques.

En outre, quelque grande que soit la tolérance individuelle pour la trinitrine, on doit de temps en temps en suspendre Temploi. Ces intermittences dans l'administration du médicament sont d'autant plus nécessaires qu'il doit éti'e continué pendant longtemps. La trinitrine est en effet un agent thérapeutique efficace seulement à longue échéance. A ce point de vue, et bien que l'étude de ses propriétés soit encore incomplète à l'heure actuelle, elle ne peut donc pas remplacer le nitrite d'amyle dont l'action est prompte, mais de courte duiîSe. Elle a pbce avec Ijoi et à pôté 4e lui dans, le môme chapitre 4e kmalîèri

r^ DYNAMOGËNIE.

médicale, mais elle ne peut se sabstiluer à lui dans la médicatiou nitreuse.

Ch. Élot.

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(de dOvafii;, force, et yi^vtc» production). J'appelle ainsi lu puissance que possèdent nombre de parties du système nerveux d augmeoter subitement ou très-rapidement une propriété ou une activité, par une influence purement dynamique. Celte augmentation de puissance peut durer très-longtemps, mais elle peut disparaître tout aussi subitement qu'elle s*est montrée. tlle peut apparaître sous l'influence de causes morales, aussi bien que par suiu> d'irritations matérielles. Les parties périphériques du système nerveux, comme les parties centrales, peuvent être le point de départ de l'excitation qui lui donne origine et elle peut ainsi se montrer par action réflexe ou par simple action centrifuge.

On savait que des augmentations d'énergie se produisent assez rapidement quelquefois, par suite d'une accumulation sanguine dans une partie des centres msrveux ou ailleurs (comme conséquence d'une paralysie raso^motrice, par nxemplti). La force s'accroit, dans ces circonstances, sous rinfluence de lanutritioa« 11 n'en est pas ainsi dans les actes méritant d'être appelés dynaoïogéniques : TKAtrent beaucoup trop rapidement, pour que Ton puisse les considérer

DYNAMOGÉNIE. 757

comme le résultat d*une suraclÎTitë des échanges entre les tissus et le sang. Ils sont en outre indépendants de Tétat des vaisseaux ou de la quantité du sang, car ils peuvent survenir après une hémorrhagie ayant vidé les vaisseaux complètement ou à peu près. Bien qu'ils s*accompagnent souvent d*une paralysie vaso-motrice, ils lui sont si peu liés qn^ils peuvent apparaître là où existe une contracture vasculaire. Leur élude prouve qu'ils proviennent d'une influencée purement dynamique, influence qui est exactement l'inverse de celle qui a lieu dans les actes inhibitoires. De même que tontes les propriétés vitales, toutes les activités (normales ou morbides), et conséquemment les fonctions de presque tous les tissus ou organes, peuvent être inhibées, c'est-à-dire diminuées, suspendues ou supprimées, par une influence purement dynamique, de même ces )>ropriétés et ces activités peuvent toutes aussi être dynamogéniées, c'est-à-dire augmentées plus ou moins soudainement et par une influence purement dynamique. Je n'ai pas besoin de dire que, dans les deux cas, c'est une transformation ou un déplacement de forces qui a lieu, puisque les forces ne peuvent ni être détruites, ni être produites; mais nous ne savons pas encore si, dans l'inhibition et dans la dynamogënie, c'est une transformation ou un déplacement d'énergie qui a lieu.

C'est à la lecture du livre de James Braid {Neurohypnology, or the Rationale of Nervom Sleep, cansidered in Relation witk Animal Magnetism. London, 1843, ouvrage traduit en français par le docteur J. Simon) sur l'hypnotisme que j'ai été conduit à découvrir l'existence de cette puissance spéciale du système nerveux de faire apparaître soudainement une augmentation de propriété ou d'activité, dans une ou plusieurs parties de l'organisme. Braid a, eu effet, sans les expliquer, rapporté des faits démontrant que, sans changement de circulation et trop rapidement pour qu'elle résulte du travail de nutrition, une augmentation prodigieuse de puissance peut avoir lieu chez des individus hypnotisés. Il a constaté cette augmentition dans les organes des sens, dans la sensibilité au froid et à la chaleur, dans les muscles (contracture, catalepsie), dans certaines facultés mentales, dans la force des mouvements volontaires, etc. Dans ces dernières années, tous ceux qui se sont occupés d'hypnotisme ont constaté ces augmentations de puissance. Sous le nom d'hyperexcitabilité neuro-musculaire ^ MM. Charcot et Paul Hicher (Archives de neurologie, Paris, 1881, vol. Il, p. 52 et 176) ont étudié, avec le plus grand soin, la dynamogénie qui se révèle dans certaines parties chez les hypnotises. Dans un mémoire publié dans h Gazette hebdomadaire (n^* 5, 4, 5, 7, 9, 1882) j'ai montré que la plupart des phénomènes de l'hypnotisme sont dus à de l'inhibition et de la dynamogénie.

Les faits expérimentaux qui m'ont démontré l'existence de la dynamogénie sont extrêmement nombreux. Je me bornerai à mentionner brièvement ceux que l'on peut produire aisément et quelques autres d'un très-grand intérêt.

Si l'on coupe une moitié latérale du bulbe rachidien, chez un Mammifère, on produit des changements dynamiques extrêmement prononcés dans le système nerveux tout entier : il y a de l'inhibition dans certains points, de la dynamogénie dans d'antres. La zone excito-motrice des circonvolutions cérébrales devient bien plus excitable qu'avant la section, dans le côté du cerveau correspondant à cette lésion. Ainsi, bien que l'on ait coupé u droite^ par exemple, les fibres que Ton considère comme les voies de transmission des irritation?, provenant des parties que l'on appelle centres moteurs, à la surface du cerveau droite ces parties déterminent des mouvements des membres gauches, sous l'influence

758 DTNiMOGÉflIE.

d*an courant galTanique plus faible (et aouTent biem pbu faHie) que cdaî qu'il fallait employer arant rhémiiection du bulbe du méaie eôtéy aunlessas de Tentre-croiseinent des pyramides. Goméquemment, loin de perdre leur puissance d'action, ainsi que le réclament les théories reçues, ces parties eiciUK motrices gagnent notablement en force. Dans cette expérience, toutes les par» lies excitables de Tenoépliale, à droite aussi, en arant du point lésé i^ ^ partir de ce point jusquli la surface cérébrale, gagnent en force coomie les prétendus centres moteurs, ou, en d'autres termes, toutes ces parties sont dynamogéniées. Au contraire, la moitié gauche de l'enoépbale deTÎent alors bien moins excitable : elle est atteinte d'inhibition.

Si l'on coupe transversalement la moitié droite de la protubérance, ou le pédoncule cérébral droUf ou la capsule interne droite, on détermine aussi, mais à un degré de moins en moins prononcé, au fur et à mesure que la section est faite plus loin du bulbe, de la dynamogénie des parties excitables en avant de la section du côté droit et de l'inhibition des mêmes parties du côté gauche.

La section transversale d'une moitié latérale de la moelle épinière produit des effets analogues : dynamogénie de la moitié correspondante de l'ene^ihale, inhibition de l'autre moitié. Mais il y a alors, en outre, une augmentation de l'excitabilité de toute la moitié de la moelle, à partir du lieu de la section jusqu'au bulbe du même côté, et une diminution d'excitabilité dans tonte b portion correspondante de la moelle du côté opposé.

Une irritation du nerf scialique soit par sa section, soit par sa galvanisation, produit les mêmes effets : dynamogénie de la moitié correspondante du centre cérébro-rachidien (encéphale et moelle ^Muiére), inhibition de la moitié de ce rentre, du côté opposé.

En examinant comparativement les effets purement dynamiques produits pir la section d*un nerf sciatique ou d'une moitié latérale de la moelle épinière, ou «le l'encéphale, je trouve que ces effets (dynamogéniques ou inliibitoires) sont [lien plus prononcés quand c'est le bulbe rachidien que lorsque c'est une antre partie qui est le siège de la lésion. Le minimum d'effet existe quand c'est le sciatique qui est irrité.

Les phénomènes décrits jusqu'ici sont presque toujours produits par les lésions mentionnées. Il en est ù peu près de même de ceux qui suivent.

Les nerfs et les muscles sont très-souvent dynamogéniés par des irritations provenant de parties centrales ou périphériques du système nerveux. Dne hémisoclion transversale *du bulbe est ici encore la cause la plus puissante de cet accroissement d'énergie. Sous l'influence de cette cause, la plupart, sinon tous les nerfs moteurs du corps, sont modifiés, quant à leur excitabilité, les uns gagnant en force, les autres inhibés à des degrés très-variés. Ce sont surtout les nerfs pliréniques et sciatiques dont la puissance motrice est le plus modifiée, la dynamogénie se montrant d'ordinaire dans le phrénique correspondant et dans le sciatique du côté opposé, et l'inhibition dans le phrénique du côté opposé et le sciatique du côté de la lésion bulbaire. L'inverse n'est pas rare.

Ainsi que je l'ai trouvé, la section ou la galvanisation du tronc d'un gros nerf, Tapplicalion du chloroforme ou du chloral anhydre sur la peau, Tirrita* tion des nerfs sous-cutanés par une injection d'acide prusçique, de digitaline, d'un acide minéral, etc., produisent aussi des changements dynamiques, dans la plupart, sinon dans tous les nerfs moteurs : dynamogénie dans les uns, inhibition dans les autres. A cet égard, cependant, des doutes peuvent exister»

DYNiMOGÉNIE. 750

comme je vais le montrer. Mais il est incontestable que, dans ces expériences» Texcitabilité de certains nerfs moteurs est mise en jeu par des causes d'excitation plus faibles que celles qu'il fallait employer jusque-là, alors qu'au con* traire d'autres nerfs réclament pour agir une excitation plus énergique que celle qui sufûsait auparavant. Ce qui reste en question est de savoir si c'est bien l'exdtabilité du nerf moteur qui est augmentée et non pas le degré de l'irritabilité musculaire, dans les cas oîi il semble exister de la dynamogénie du nerf. Je me bornerai à dire, à cet égard, que bien des particularités conduisent à admettre que quelquefois c'est rirrilabililé musculaire qui est accrue, mais que, le plus souvent, c'est l'excitabilité du nerf lui-même qui est augmentée.

Quant à l'inhibition (voy, ce mot), je ne puis que dire ici qu*il existe fréquemment une cause d'erreur dans ces expériences : c'est que (ainsi que je l'ai découvert) les muscles dont les nerfs semblent inhibés sont souvent atteints de contracture, ce qui diminue plus ou moins notablement l'influence des nerfs moteurs sur eux. Je n'ajouterai à ce sujet que quelques mots : j'ai constaté de la manière la plus certaine, quelquefois, que le nerf avait perdu presque toute son excitabilité, alors que le muscle n'avait aucune apparence de contracture et était encore très-irritable. D'une autre part, j'ai constaté que le muscle dans quelques cas, sans être contracture, ne réagissait plus, soit qu'on l'irrilAt directement, soit qu'on irritât son nerf.

La dynamogénie se révèle dans nombre d'autres cas. J'ai montré que l'hyperesthésie soudaine qui survient après certaines lésions des centres nerveux est due à une simple influence dynamique. Par de nombreuses expériences, je me suis aussi assuré que l'hyperesthésie produite par une lésion organique peut être transférée d'un côté du corps à l'autre par une seconde lésion. Rien ne montre mieux l'importance du rôle de la dynamogénie et de l'inhibition, dans la production des pertes de fonction liées, en apparence, à une lésion organique, que les expériences de transfert dont je viens de parler. Si une section transversale de la capsule interne ou de la protubérance à droite a produit, ce qui n'est pas très-rare, de Tanesthésie à gauche et de l'hyperesthésie à droite^ chez un chien, on trouve que la section de la moitié latérale gauche de la moelle dorsale fait disparaître Tanesthésie au membre postérieur gauche et la remplace par de l'hyperesthésie, tandis que de l'anesthésie survient au membre postérieur droit à la place de l'hyperesthésie. Je laisse de côté toutes les conséquences physiologiques ou médicales que Ton pourrait tirer de ces expériences, et je me bornerai à dire que Tauesthésie et l'hyperesthésie alors produites doivent leur origine à une irritation n'agissant que par influence dynamique ou, pour préciser, ({ue l'anesthésie est une inhibition et Thyperesthésie de la dynamogénie.

Le phénomène suivant est un bon exemple de dynamogénie dans un centre nerveux, dû à une irritation périphérique : Il est rare que chez des chiens la fréquence des mouvements dépasse le chiffre de 15 ou 16 par minute. Or, chez des chiens dont la respiration était normale, j'ai vu l'activité respiratoire arriver presque immédiatement à produire 140, 150 et même 160 inspirations par minute, sous l'influence d'une irritation purement locale de la muqueuse de rarrière-bouche et du pharynx, par du chloroforme.

Un des faits les plus curieux que j'aie constatés à l'égard de l'augmentation de puissance d'action d'un organe s'observe, chez les Mammifères et en particulier chez le cobaye, lorsqu'on écrase subitement la tête de manière que la partie postérieure de l'occipital coupe le bulbe rachidien. Les membres posté-

760 DYNAMOGÉNIE.

Ficurs sont alors pris de mouvements convulsifs d'une excessive violence et d'une durëe considérable, et ces convulsions sont suivies non par un état d*ëpuisement, mais, au contraire, par une persistance remarquable de la faculté réflexe. C'est là un cas évident de dpamogénie de la moelle dorso-lombaire, causée par une irritation du bulbe.

La dynamogénie joue assurément un grand rôle dans la production, chez rhomme, de nombre de phénomènes morbides. Dans un mémoire que j*ai public il y a quelques années (Gazette hebdomadaire^ 1882, p. 36), j'en ai donné un curieux exemple : il s'agit d*une jeune fille chez laquelle le sens musculaire et la force de l'appareil moteur étaient si prodigieusement développés sous l'influence d'un état morbide neurosique (extase), qu*elle pouvait se tenir debout, pendant douze heures, sur ses orteils, sur le rebord glissant du pied de son lit. Les hystériques, même anémiques et extrêmement faibles, montrent quelquefois, dans des attaques soudaines, un développement de force tel que plusieurs hommes vigoureux ne peuvent pas les maintenir en repos. L*histoire des maladies du système nerveux abonde en d'autres exemples.

Je ne veux pas tirer des faits rapportés dans cet article des conclusions applicables à la thérapeutique. Il me faudra faire encore d'assez nombreuses recherches avant d'arriver à des notions positives à l'égard de ces applications. Je me bornerai à dire qu'il n'est pas possible que la thérapeutique ne tire pas bientôt de gi'ands avantages de la connaissance de faits qui montrent qu'on ne peut irriter, avec quelque énergie, une partie quelconque de l'organisme, sans changer aussitôt l'état dynamique de la presque totalité du système nerveux, augmentant la puissance d'action de certaines parties, diminuant la puissance des autres.

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