POPULATION
IMl.
iff!
Il importe de noter que eeriâini arrondissements, oh la proportion minime des habitants par hectare ferait accepter au premier abord rexcellence des conditions hygiéniques de leur installation, peuvent être redevables de cette ipparenœ de supériorité à Texistence de vastes surfaces non bâties, comme l'esplanade des Invalides» pour le Vil* arrondissement, les Champs-Elysées pour le XVi«, les jardins des Tuileries et du Luxembourg, etc., surfaces en lomme profitables à raération de la cité, mais autour desc[uelles la population «ra parfois agglomérée dans des ruelles aussi resserrées que celles des autres fcartien.
L'augmentation générale de densité de la population, démontrée par le tableau précédent, ne s*est malheureusement pas accomplie par une augmentation parallèle des surfaces bâties; les 1 800 000 habitants que renfermait Paris en 1M5 occupaient 66 SS3 maisons, soit 27 habitants par maison ; aujourd'hui Is nombre des maisons serait de 76 000 pour plus de 2 300 000 habitants, toit environ 30 habitants pour chacune d'elles, moins certainement qu'il n'y en I àfienne ou à Saint-Pétersbourg, mais 4 fois plus qu'à Londres. Cette augmentuion de la population de chaque maison prend, nous l'avons démontré plus bat* un caractère spécial de gravité quand il s'agit de garnis.
Il importe de connaître en outre, ne fût-ce qu'au point de vue de leur influence lar la répartition des maladies, les différences réciproques des arrondissements, comme provenance de leur surcroit de population, proportion des sexes, prédominance des divers groupes d'âge, etc.
Si l'on doit attribuer l'augmentation de la population parisienne à l'immigration venue du dehors, ce serait une erreur évidente que de généraliser cette conclusion, et d'attribuer l'accroissement de la population de tel arrondissement i des immigrés venus de la province ou de l'étranger. Il en est beaucoup, tels qne le XVII*, qui se sont accrus principalement parce que des Parisiens, habitant déjà depuis longtemps dans la ville, ont quitté leur quartier pour s'y établir.
Les arrondissements les plus riches, VIU* et IX*, sont ceux qui ont le moins d'enfants ; ils en ont bien moins que les Xlll**, XIX*, XX*, qui sont au contraire les plus peuplés sous ce rapport.
En revanche, comme l'a démontré Bertillon, les arrondissements riches postent une proportion de femmes considérable> spécialement de femmes non nuriées, et comprises néanmoins dans la période de 15 à 50 ans; dans les VIII* et IX* arrondissements, il j a plus de 3 femmes pour 2 hommes I
I Inversement les arrondissements où il y a un notable déficit de femmes nutriables, moins de deux femmes pour trois hommes^ sont précisément ces arrondissements oii abonde la population besoigneuse, comme dans le V* et le XU* où il n'y a que 660 femmes mariables pour iOOO hommes mariables; et UsVi* et XIY* où il n'y en a que 686 et 760; ainsi de suite.
II résulte donc de ces investigations que ce ne sont pas indistinctement toutes Itt femmes qui se rencontrent nombreuses dans les arrondissements les plus nches, mais que ce sont exclusivement les jeunes femmes libres, c'est-à-dire nuiriables, qui s'entassent dans des arrondissements où elles ne trouvent pourri que peu d'honmies mariables, mais beaucoup d'hommes riches.
Inversement, ce ne sont pas indistinctement les femmes de toute catégorie qui ioQi défaut dans les arrondissemeuts pauvres, mais tout particulièrement 1^ jeunes femmes mariables.
^résultats pouvaient être sans doute soupçonnés des Parisiens exçéiunsaXte^
S94 PÂRISi
mais il dous semble qu*on ne pouvait les croire aussi prononcés. Nous les linons aux moralistes, pour lesquels ils nous paraissent avoir un intérêt tout pattieulier » (Bertillon» Annuaire siatistiquet etc., pour 1880).
Pathologie. Dans notre Traité de$ nudadieê épidémiquett nous stods fait ressortir la coniplexitë de l'évolution des maladies populaires dans les grandes villes, notamment dans les capitales, oU le concours incessant de nouveaoi venus vient troubler la règle d'évolution normale de ces affections dans les milieux à population sédentaire; par le renouveUement ininterrompu des orgiH
• nismes prédisposés, il donne en particulier aux afTections transmissiUes mi caractère d'expansion et de continuité tout particulier ; cette circonstance, qa'il importe de se rappeler sous peine d'exagérer les conditions d'insalubrité IomIoi se retrouve spécialement à Paris. Elle prend une part importante à la détenu* nation de sa pathologie actuelle, et il n'est point téméndre de supposer que, depuis que Paris est capitale, elle a joué toiqours un rôle prépondérant dans l'aggravation des influences épidémiques qui ont pesé sur sa population.
Pestes. Il serait difBcile de donner son véritable nom à chacune des maladiea pestilentielles rapportées par les divers chroniqueurs, et dont plusieurs, noua le verrons, appartiennent à l'ergotisme, au scorbut, à la variole, etc. Quant à la véritable peste, la peste inguinale^ pendant plus de mille ans elle a fait coup sur coup de terribles apparitions, dépeuplant Paris en 666, 1255, 1515; atteignant son maximum d'énergie en 4348-4349, alors que sous le nom depeile noire efle ravageait toute l'Europe; tuant à Paris plus de 50000 personaei, n'épargnant pas plus la cour que le peuple, enlevant la reine de France et presque tous les prévôts de la ville.
Les épidémies de 1412, 1418, 14C6; celle de 1561, qui fut le point è
' départ de réglementations édictées par la Faculté de l'époque, enlevèrent a
moyenne de 30 à 40000 habitants chacune. Celle de 1606, qui devait être rmie
• des dernières manifestations de ce fléau, détermina l'Administration à bin construire un hôpital de pestiférés, l'hôpital Saint-Louis.
Choléra. C'est actuellement la seule des maladies pestilentielles avec laqodle Paris ait à compter.
Pour cliacune des épidémies de choléra, dans le département de la SeiaCi sur la population entière, civile et militaire, on a enregistré :
En 1832, 2350 décès sur 100 000 habitants;
En 4849, 4766 décès sur 100 000 habitants;
En 1853 et 1854, 826 décès sur lOOOOOhabitanU;
En 1865 et 1866, 270 décès sur 400 000 habitanU;
En 1873, 47 décès sur 100 000 habitanUi.
Ainsi, la mortalité proportionnelle décroît, d'une épidémie à l'autre, potf 10 000 habitants, comme les nombres 235, 176, 82, 27, 4, en chiffres nurii {J. Worms). La preuve la plus éclatante et la plus encourageante de la diminution de réceptivité de Paris pour le choléra, c'est la faible intensité de h dernière des épidémies signalées ci-dessus, de celle qui, en 4873, a tué 869 p^ sonnes, 50 fois moins, en tenant compte de la dilférence du chiffre des habitaotif que l'épidémie de 1832 ; elle a cédé le pas, on le sait, à la fièvre typhoïde qui» au lieu de disparaître devant elle comme autrefois, l'a dominée et dépassée en mortalité durant tout son cours ; elle a réservé presque tous ses coups pour la po|^ lation nosocomiale, indiquant ainsi pour l'avenir l'opportunité de protéger oetts malheureuse population par l'installation des cholériques dans des asiles spéciaoi'
C'est eo nous appayant sur ces considéralions que nous avons éînis, dès le mois de juillet deniier (voy. Bull, de VAcad. de méd., 15 juillet 1884), la pensée de la bénignitë probable de répidëmie qui sévit actuellement à Paris (nofembre 1884) et qui est la sixième.
Loin de nous la prétention de prédire la marche ultérieure de cette épi- 4ànie« bien qu'elle soit à sa période de décroissance; mais, si Ton tient compte de raugmentatiçn de la population^ l'année 1884 nous paraît devoir rester inférienre, comme mortalité proportionnelle par le choléra, à Tannée 1873.
Dn caractère remarquable de Tépidémie actuelle (novembre 1884) est la lentor» nous allions dire la difficulté de son développement à Paris, malgré le voisinage, depuis cinq mois, des foyers intenses de Toulon et de HarlâUe, et malgré un certain nombre d'explosions locales plus voisines encore (Compiègne, Auberviiliers). Ce qui caractérise en outre cette épidémie, c'est sa prédilection pour les quartiers les plus insalubres, sa limitation aux classes les plus malheureuses de la ville. Quelle différence avec les invasions cholériques de 1833, 1848, qui ont causé tant de deuils dans toutes les classes de la société !
Conformément aux épidémies antérieures, celle de 1884 a fait subitement eiplosion sur plusieurs quartiers de la ville, sans relation appai'ente au moins entre les premières victimes ; circonstance qui nous semble une preuve nouvelle i l'appui de la dissémination des gei'mes par l'intermédiaire de l'atmosphère phtôt que par les eaux de boisson.
L'ensemble de ces faits permet d'espérer, en ce qui concerne Paris, que les nuoifestatious du choléra indien sont désormais entrées dans leur période de décUn.
Parmi les groupes de maladies populaires qui sont encore de notre époque et de nos climats, il en est deux qui jadis prélevaient une part considérable dans la morbidité et la mortalité parisiennes et qui actuellement, comme dans la plupart des pays civilisés, ne jouent plus qu'un très-faible rôle : ce sont les maladies alimentaires et les maladies telluriques.
L'absence de culture maraîchère autour de l'ancienne Lulèce, l'existence, au lien de champs et de jardins, d*uue vaste ;Eone de marais couvraut les emplacements actuels de l'Opéra, de la Madeleine, de la place de la Concorde, marais dont le défrichement, commencé au douzième siècle, ne se terminait que dans les temps modernes, constituaient alors des circonstances éminemment favorables au développement de ces deux groupes d'afTcctions.
Maladies alimentaires. Comme tant de villes de France, Paris eut, au moyen âge, ses léproseries dont la principale, dite maladrerie de Sahit-Germain, ocaqtait l'emplacement du square actuel de la rue de Sèvres. Alors aussi sévissait Tergotisme dans ses formes les plus graves : a Quantité de monde, tant à Paris « qu'aux environs, périrent d'une maladie appelée feu sacré ou mal des ( ardens. Ce mal brûlait petit à petit, et consumait sans qu'on pût y remét dier. Pour s'en préserver ou en guérir, ceux de Paris quittaient la ville pour 4 se rendre aux champs, et ceux de la campagne se réfugiaient dans Paris. « Hugues le Grand Ot éclater sa charité en nourrissant tous les pauvres malades, « quoique parfois il s'en trouvait plus de 600. Comme tous les remèdes ne
* servaient de rien, on eut recours à la Vierge, dans l'église Notre-Dame, qui
* servit longtemps d'hôpital dans cette occasion. »
SOtf PARIS.
Cette maladie eut lieu après rinvasion des Normands, qui ratagirent Paris. Eq mémoire de cet événement, on établit qu'on allumerait 6 lampes de?ant l'autel de la Vierge (voy. Ozanam, Hiit. de$ épidémiet).
Des épidémies générales de scorbut se manifestèrent jusqu'à la fin du dix* huitième siècle, acquérant une gravité toute spéciale aux époques de privation exceptionnelle, comme en 1590 où Paris, assiégé par Henri IV, perdit 13000 habitants du fait de la famine et des affections qui en résultent.
Les documents suivants démontrent qu*à Paris même le scorbut atteignait la gravité qui le caractérise dans les guerres les plus prolongées :
« Les administrateurs de l'Hôtel-Dieu de Paris, avertis du grand nombre de scorbutiques qui arrivaient dans cette maison et des suites funestes de cette épidémie contagieuse, firent transporter ces malades, le 2 mars 1699, dans l'hôpital de Saint-Louis, où MM. Poupart et Thibault, chargés de leur traitement, firent les observations suivantes :
La maladie était caractérisée par les symptômes suivants : douleurs générales par tout le corps, les membres perdaient le mouvement sans perdre le sentiment, céphalalgie, mouvements convuJsifs, démangeaison si grande aux genciTos, que les enfants en emportaient les lambeaux avec les ongles. Le sang qui en sortait était aqueux, salé et corrosif, et la bouche exhalait une fétidité insupportable. Taches livides aux jambes et aux cuisses, hémorrhagies fréquentes par le nex et par Fanus. La faiblesse des genoux était si grande, que les malades ne marchaient qu'en chancelant. En remuant ces malades, on sentait une espèce de cliquetis des os, dont on reconnut la cause dans la dissection des cadavres, les épiphyses étaient séparées du corps des os, et en se froissant les uns contre les autres ils donnaient lieu à ce bruit.
Chez quelques jeunes gens on entendait, lorsqu'ils respiraient, un bruit sourd qui provenait de ce que les cartilages du sternum étaient séparés de la partie osseuse des côtes. Ces malades mour^rent tous, à l'exception d'un seul, chez lequel on n'entendit plus ce bruit après sa guérison. Ceux chez qui l'on trouvait du pus et des sérosités dans la [loitrine avaient les côtes séparées de leurs cartilages et en partie cariées; la plupart des cadavres qu'on ouvrai! avaient les os noirs, nécrosés et vermoulus; les articulations ne contenaient qu'une eau verdâtre et caustique; chez les malades qui avaient eu de la peine à respirer, on trouvait après leur mort les poumons infiltrés de pus ou de lymphe acre. D'autres, morts subitement, avaient le péricarde adhérent ainsi que les poumons, et toutes ces parties ulcérées étaient adhérentes et ne formaient qu'une masse ; le foie était en partie abcédé et putréfié, la rate avait trois fois son volume ordinaire, elle se réduisait en pâte en la touchant, quelquefois les reins étaient aussi abcédés. »
Actuellement, à Paris comme à Londres, le scorbut ne se manifeste plus que très-exceptionnellement, dans des milieux absolument circonscrits, hôpitaux ou prisons, et sous ses formes les plus bénignes.
Pendant le siège de 1870-1871, il ne s'est guère produit que les signes avant-coureurs de cette affection.
Maladies telluriquea. Quant aux fièvres intermittentes, autrefois communes et graves, elles ne surgissent plus, elles aussi, que de foyers limités, adventices, cr^s par des remuements de terre, creusements de canaux, etc.
Nous en avons {voy. Léon Colin, Traité des fièvres intermittentes) signalé )os apparitions lors du creusement du canal Saint-Martin, en 1812, lorsde l'édi-
ficalkm en ces trente dernières années des forts qui environnent Paris, et dans les diverses circoostances où de grands travaux de terrassement ont mis à nu les eouches profondes du sol. Pour nous, Tintoxication tellurique, prise à Paris, est entièremeot accictentelley dépendante de conditions transitoires.
Le diagnostic : fièvre pemicieusey est, à nos ]fcux, abusivement formulé à Paris, même et surtout peut-être par les praticiens du plus grand renom ; nous aroos critiqué cet abus (Léon Colin, Du diagnostic des fièvres intermittentes^ etc.), et démontré que la plupart des affections qualifiées d*accès pernicieux par nos CMifrères de Paris ne présentaient ni dans leurs formes cliniques, ni dans leur coîDcidence saisonnière, aucun des attributs de Timpaludisme ; on n*en persiste |ias moins à recourir à une appellation si commode pour couvrir l'ignorance où i'oD est de la cause de bien des affections et souvent, en cas de terminaison malheureuse, pour abriter sa responsabilité.
Ce qui est réel, c*est la manifestation, à Paris, de ces accidents chez les personnes ayant antérieurement habile quelque foyer palustre et qui, par le foit même de leur brusque retour dans un pays relativement froid, offrent des conditions personnelles favorables à ces manifestations morbides.
Les 57 024 décès subis par la population parisienne en 1883 ont été groupés, au point de vue des causes, de l'âge et du sexe, dans V Annuaire statistique ftQqoel nous empruntons le tableau de la page suivante :
Tuberculose. La tuberculose constitue la cause principale de décès de la popoktîon parisienne; d'après le tableau en question (p. 298), elle aurait occasionné à elle seule, en 1883, 1 1 438 décès sur 57 024, soit environ le 1/5, el plus que Tensemble de toutes les maladies infectieuses ; il est même probable que la léllialité par tuberculose s'élève à un chiffre plus élevé, et doit renfermer U majeure partie des décès par méningite, et une fraction notable des décès par ktMicbite et par causes inconnues.
Pkris, sous ce rapport, ressemble aux grandes capitales de l'Europe, Vienne, Berlin, Rome, etc. C'est même un fait remarquable que celte constance de la proportion des décès par tuberculose, et qui distingue absolument cette afiecuon de la plupart des autres maladies populaires assujetties, nous allons le ^ir, à des oscillations remarquables de leur fréquence.
Noos avons le regret d'ajouter que jusqu'à l'époque actuelle la phlhisie con- ; *tiiiie TafTection la moins bien soignée dans la classe de la population qui en est '^ pins atteinte, la classe pauvre.
Très-difficilement admis dans les hôpitaux, vu la chronicité de leur maladie, *^ plupart de ces malheureux sont maintenus dans les misérables réduits où '*^fieetion a pris naissance, et où elle trouve les meilleures conditions d'aggra- ^lioD ; nous ne saurions trop insister sur la nécessité, depuis si longtemps '^^saeotie, de la création d'hôpitaux soit dans la banlieue, soit en province, pour nostallation de ces malades, et nous partageons Tavis de Marjolin sur TinsuIQ- '^noe de l'expédient actuellement pratiqué à leur égard, et qui consiste à les '^^er dans leurs familles en accordant à ces dernières un secours annuel ^* une centaine de francs.
Affections scrofuleuses. La scrofule, en général, la carie des vertèbres, ^ coxalgie et les autres arthrites chroniques, sont très-communes dans la P^olation pauvre parisieime; chaque jour est admis aux hôpitaux quelque ^^lenreux enfant pour qui n'existe d*autre espoir de salut qu'une opération Snve, une amputation. Et, chose triste à dire, ce n'est souvent qu'en raison
SisiSSgs.i 12
to
S? PS i
sasisss §?s
ao
sSg^Si^si.i iii
«« ce .
9 s So
s g SsSgiigi SSe
fi
3SSîî|ga»5 23g
^p« CD ^
§ §sëi«§§s sSi
1^1^ «laoaft ^4H^
ce r-
S.. G g2| g §gg
Siiif« «s=\ =
w r« ae aA M
gp .- .«::s « .| 15g . s
25ii8' sg5^î2
ut K
^«•^^•^•^Rg^ -^
. :?îs
«* ^ »0 30 •* rt r» A «o t- r»
sg
g<»cç22g
ce