COSTUS
même donné ce nom au Pastinaca Opopanax L. ; à VActœa Spicata; au Laserpilium Chironium L. ; à VAchillea Ageratum L.
Linné. Horlus fJiffortiamis. — Hmeede. florins mnlabarlnia, 11», pn^r. 15, tab. 8.— La-
MABCK. Dicdonnaire Enajcloi'édie, I, p. 135 et lôO, et llluslrations des genres, tab. 1. —
Marcgbaff. Brasil, 48 et 1)8. — Aublet. Plantes de la Guyane, I, t. — Uescourtilz. Flore
médicale des Antilles, III, 10. — LEiiEiiv. Dict. des drogues simples, 283. I'l.
COSTUS (Racine de). Le nom de Costus, que les liotanistcs ont appliqué à
un f'enve de plantes Monocotylédones, de la famille des Amomacées, dési^^nait jadis une substance d'une odeur forte, pénétrante, d'une saveur bridante, dont les anciens distinguaient plusieurs espèces. Dioscoride, qui en parle dans sa Matière médicale, en indique trois principaux : le Costus arabique, blanc, léger, d'une odeur suave ; le Costus indien, moins estimé, léger, plein et de couleur noire ; le Costxis syriaque, pesant, d'un jaune de buis, d'une odeur fatigante.
On a longtemps cherché quel pouvait être ce produit, et de quelle plante il pouvait provenir. L'opinion la plus répandue l'attribuait à une Amomacée, à une espèce de Costus, et particulièrement au Costus speciosus Willd. Mais Guibourt a montré qu'il n'avait nullement les caractères d'un des rhizomes noueux de ce groupe, et qu'il fallait chercher ses analogies dans les es|;èces d'une tout autre famille, auprès des Carlines, du groupe des Synanthérées-Carduacées. Voici quelles sont les raisons que donne à l'appui de son idée le savant auteur de l'Histoire naturelle des drogues simples.
Tout d'aboid, en suivant pas à pas les descriptions de Dontius, de Garcias ab Orto, de Pomet, de Lemery, de Charas, etc., il montre qu'il n'y a réellement qu'une seule espèce de Costus, provenant d'une contrée sauvage située entre la presqu'île de Guzeratc, le royaume de Delhi et le cours de l'indus. Ce Costus décrit par Clusius, qui l'avait reçu du Portugal, dont le commerce s'étendait alors dans ces régions asiatiques, se rapporte exactement à celui qui se trouve encore dans les droguiers et dont voici les caractères essentiels :
Racine napiforme, non articulée, sans fibres, assez puissante, terminée supérieurement par une tige remplie d'une moelle blanche, à moitié ouverte sur le côté, ou comme rongée jusqu'au centre. Grosseur variant depuis celle du petit doigt jusqu'à 5 ou 5,5 centimètres de diamètre. Couleur grise à l'extérieur, blanchâtre à l'intérieur. Odeur analogue à celle de l'iris, avec un mélange d'odeur hircine; saveur amère et un peu acre. Tissu criblé de lacunes remplies d'une matière oléo-résineuse.
Un caractère intéressant est la solution de continuité, ou tout au moins la dépression considérable que présentent les morceaux sur un de leurs côtés. Ce trait spécial d'organisation se retrouve dans les Carlines et les Chamœléons, et avait fi.xé l'opinion de Guibourt sur la véritable place du produit avant même que l'on eût trouvé dans les montagnes de Cachemire la plante qui le donne. La découverte de cette espèce par M. Falconer n'a fait que confirmer les idées émises par le pharmacologiste français.
La plante croît à une hauteur de 8 à 9000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Sa racine, qu'on appelle koot dans le pays, est récoltée en abondance et versée dans le commerce pour être surtout transportée en Chine. On l'emploie comme aphrodisiaque, comme vermifuge et enfin pour préserver les châles de l'attaque des insectes. M. Falconer en a fait le type d'un genre nouveau, voisin des Saussurea, qu'il a dédié à lord Aukland, gouverneur général de l'Inde, et il l'a déente sous le nom iVAuklandia Costus. Mais auparavant la plante avait été
38 COTARMNE.
trouvée, en 1831, par le célèbre voyageur Y. Jacquemont, et décrite par M. Decaisne, sous le nom d'Aplotaxis Lappa. En voici les caractères principaux:
Plante herbacée, vivace, haute de 3 mètres environ, à racine épaisse, à tige dioite, leuillée ; à feuilles alternes, grandes, sublyrées, à lobe terminal tièsgrand, hasté-cordé, inégalement denté. Capitules terminaux sessiles, à fleurs d'un pourpre noirâtre, toutes hermaphrodites, hivolucre ové-globuieux, imbriqué, à squames oblongues, appliquées, dures au sommet, terminées en soie. Corolles égales, quinquéfides, à tubes grêles. Anthères courtcmeut appendiculées au sommet, terminées à la base par deux appendices plumeux, tilets glabres. Achaines glabres, obovés, épais, surmontés d'une aigrette de soies unisériées (Decaisne) ou bisériées (Falconer).
La racine de Costus était autrefois employée dans les parfums et les pommades. Elle n'entre plus que dans la thériaque. Elle a paru pendant quelque temps et accidentellement dans le commerce de Paris ; mais elle y est maintenant introuvable et constitue une rareté, qui ne se rencontre que dans certains droguiers.
DiosconiDE. Maieria ynedica, I, 15. — Garcias ab Orto. Aromalum /listoria. — Clusius. Exotica. — Lemery. Dictionnaire des drogues simjilcs, -85. — Giiboi'Rt. Drogues simples, 1' édition, III, 50. — Falconer. Transactium of the Linnean Society, 1845, t. XIX, p. Vô. — Decais.ve et Jacquemont. Voyage dans l'Inde, IV, 9G. Atlas. I'l.
COTA. D'après Mérat et De Lens, ce nom indique dans Pline et Dioscoride la Camomille puante (Anthémis Cotula L.). Pl.
COTARXIME. C'^H"AzO% d'après Wœhler ; C"H'^\zO% d'après Matthiessen et Forslei'. La cotarnine est un alcaloïde artificiel obtenu pour la première fois par Wœhlcr (Ann. der Cheni. u. Phann., t. L, p. 1) comme l'un des produits de l'oxydation de la narcotine.
Pour la préparer, Wœhler soumet la narcotine à l'action d'un mélange de peroxyde de manganèse et d'acide sulfurique ; la cotarnine reste en dissolution; on porte le liquide à l'ébullition, on sature par le carbonate de soude et on fdtre. La solution est neutralisée par l'acide chlorhydriquc et la cotarnine transformée en chloroplatiaate par le perchlorure de platine. On soumet le précipité délayé à un courant d'hydrogène sulfuré; la cotarnine reste en solution à l'état de chlorhydrate. On y ajoute de la baryte qui met la cotarnine en liberté, on fait évaporer à siccité et on traite par de l'alcool qui enlève la cotarnine.
On peut encore préparer la cotarnine en traitant la narcotine en solution acidulée au moyen de l'acide chlorhydrique, par le perchlorure de platine, à la température de l'ébullition (Blyth, in Ann. Chem. u. Pharm.., t. L, p. 29), ou en faisant chauffer la narcotine avec de l'acide azotique et sursaturant ensuite par de la potasse caustique (Anderson, in Trans. Roy. Soc. Edinb., 2* p., t. XX. p. 547).
Voici, d'après Matthicssen et Forster (Proceed. Roij. Soc, t. XI, p. 83, 1860, et Répert. de chimie pure, 1861. p. 282), la réaction qui a lieu :
C'-H^'AzO^ + 0 == Ciofl^O^* +C'^H''^Az05.
Narcotine. Acide Colarniae.
opianique.
Quant à sa composition chimique, la cotarnine doit être considérée comme une imide, la méthyl-cotaniimide, et sa formule rationnelle sera :
(C'ni»0')"j CH^)^^
-Sf
COTES (anatomie). 59
La cotarnine se présente sous forme d'aiguilles incolores, groupées en étoiles. Elle est peu soluble dans l'eau froide, un peu plus soluble dans l'eau bouillante ; elle se dissout dans l'alcool avec une coloration brune. Trcs-solublc dans l'éther et dans l'iannioniaque, elle se dissout à |)cine dans la potasse. La .cotarnine fond à 100° en perdant une molécule d'eau de cristallisation ; à une températui'e plus élevée, elle se cliarbonne en dégageant une odeur désagréable. L'acide nitrique concentré dissout la cotarnine avec une couleur ronge et la transforme en acide oxalique. Avec de l'acide nitrique étendu on obtient de l'acide cotarnique.
Les protosels de fer, les sels de cuivre, le tannin, préci|)ilent la solution aqueuse de cotarnine ; les sels ferriques n'en changent pas la coloration.
Les sels de cotarnine sont en général très-solublcs et s'obtiennent par combinaison directe de l'alcalo'ide avec les acides étendus ; ces sels ci'istallisrnt facilement. L. Il AUX.
COTARXtQUE (Acide), C"II'-0'. Produit obtenu par Matthiessen et Forsler en faisant agir de l'acide azotique étendu sur la cotarnine. Une douce chaleur est nécessaire pour que la réaction ait lieu; elle est exprimée par l'équation suivante :
Ci^ji^^AzO-^ + 2I1'Û + AzOMI .
= C"ll'^0''-f-AzO^(AzCll«)
Cotarnine.
Acide A/otate
colarnique. Je inélliylanjine
L'acide cotarnique est soluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool ; il est précipité de sa solution par l'éther. Sa réaction est franchement acide; il n'est pas coloré parles persels de fer. L'acétate de plomb détermine dans une dissolution d'acide cotarnique un précipité blanc abondani, insoluble dans un excès de réactif; le nitrate d'argent donne également un précipité blanc, légèrement soluble dans l'eau bouillante, de cotarnate d'argent, renfermant
CiiHioAgSO».
L'acide cotarnique est donc bibasique. D'après Matthiessen et Forster, il serait probablement triatomique et aurait pour formule rationnelle :
OH
cm"" { co-ii = Gi'ii'w
CO^H L. Hahn.
COTES. § L Anatumie. AîsATOMiE COMPARÉE. Les auteurs danatomic humaine définissent les côtes : des arcs aplatis, allant de la colonne vertébrale au sternum, reliés aux vertèbres par une portion osseuse et au sternum par une portion cartilagineuse ou cartilage costal. Mais cette définition, tout exacte qu'elle soit, n'est plus suffisante, si l'on se place à un point de vue général et si l'on étudie les côtes non-seulement chez l'homme , mais dans toute la série animale. Disons d'abord que l'existence des côtes est intimement liée à celle de la colonne vertébrale ; ces os ne peuvent, par conséquent, se rencontrer que chez les animaux pourvus d'un rachis, c'est-à-dire chez les vertébrés, où ils constituent essentiellement les parties latérales des arcs viscéraux. Mais ce serait une erreur de croire que les côtes doivent nécessairement s'unir au stei'num par leur extrémité inférieure ; nous verrons, en effet, que ces os existent, et même en très-grand nombre, chez des animaux totalement
40 COTES (anatomie).
dépourvus de slernum. Dans ce cas, les cotes sont unies aux verlcbres par une de leurs extrémités, tandis que leur autre extrémité reste libre au milieu des parties molles; on dit alors que les côtes sont flottantes.
En principe et typiquement, les cotes existent dans toute l'étendue de la colonne vertébrale. Chez un grand nombre d'animaux, elles s'insèrent sur les apophyses transverses ; chez d'autres, elles partent des corps vertébraux, mais il est exceptionnel de les voir s'articuler avec la partie moyenne de ces corps ; le plus ordinairement elles se fixent au niveau du disque intervertébral, de façon à venir prendie un point d'appui sur les parties latérales de deux vertèbres consécutives par une extrémité légèrement renflée qui porte le nom de tête. A cette tête fait suite une portion l'étrécie ou col, à laquelle succède un nouveau renflement appelé tubérosité, par lequel la côte porte contre la base externe des arcs neuraux, c'est-à-dire contre l'apophyse transverse. Entre le col de la côte et la vertèljre existe un petit espace libre, circulaire ou elliptique, très-app'arent chez certaines espèces, très-faible ou même nul chez beaucoup d'autres, surtout à la région dorsale, et qui donne passage à des troncs vasculaires, quelquefois même à une portion du grand sympathique. Enfin, la côte se termine par un arc osseux plus ou moins développé qui, réuni à la tubérosité, au col et à la tête, constitue la côte proprement dite ou côte vertébrale.
Les côtes vertébrales sont les seules que l'on rencontre chez les vertébrés dépourvus de sternum, tels que les poissons et les ophidiens, animaux chez lesquels la colonne racliidienne ne saurait être raisonnablement subdivisée en portion cervicale, portion dorsale et portion lombaire.
Avec le slernum se développe une série de nouvelles pièces ou côtes sternales, destinées à s'unir aux côtes vertébrales et à compléter avec elles les arcs viscéraux. Tandis que les côtes vertébrales sont ordinairement ossifiées à la naissance, les côtes sternales, au contraire, restent cartilagineuses pendant toute la vie de l'animal, au moins chez bon nombre de mammifères ; elles s'ossifient pourtant de très bonne heure chez le tatou et la plupart des cétacés ; chez les oiseaux, elles sont toujours osseuses.
Lorsque le steinum est entièrement ossifié, les côtes sternales semblent partir de ses deux bords latéraux sans que l'on puisse exactement préciser la rcîlation qui existe entre les côtes et les différentes pièces sternales ou sternèbres. Mais, en examinant ces parties sur des animaux chez lesquels le sternum conserve sa segmentation primitive, ou bien encore sur des sujets quelconques pendant la vie fœtale, on constate que chaque côte stei'nale correspond au point de jonction de deux sternèbres consécutives : il y a donc là un mode d'articulation tout à fait analogue à celui des côtes vertébrales avec les corps vertébraux correspondants.
Quant à l'union de la côte vertébrale avec la côte sternale, elle varie suivant les espèces : tantôt les deux pièces sont placées bout à bout, d'autres fois elles se joignent en formant un angle plus ou moins aigu. En résumé, c'est trèsimproprement que les anthropotomistes considèrent chaque côte comme constituant un seul os uni, d'une part, à la colonne vertébrale, et, d'autre part, au sternum; chaque arc viscéral est, au contraire, formé par six pièces distinctes : en arrière la vertèbre, en avant la sternèbre, et latéralement les deux côtes vertébrales, osseuses, reliées au sternum par l'intermédiaire des deux côtes sternales, cartilagineuses.
La présence du sternum et la jonction de cet os à la colonne vertébrale par
COTES (anatojiie). 41
les arcs costaux déterminent, chez les animaux qui en sont pourvus, la fornialion de la cage thoracique, et justifient la subdivision du racins en portion cervicale, portion dorsale et portion lombaire. Les cùles sont surtout apparentes et bien développées à la région dorsale. On les rencontre encore d'une façon manifeste, cliez certaines espèces animales, dans les régions cervicale et lombaire; mais, alors même qu'elles semblent man([uer dans ces deux dernières régions, il n'en faudrait pas conclure qu'elles n'y existent pas, ainsi qu'on serait tenté de le faire après un examen superficiel, et comme l'ont trop souvent avancé les auteurs d'anatomie humaine. Ainsi que je le disais en commençant cet article, les côtes vertébrales existent, en principe, dans toute la bauteur de la colonne racbidienne, et il est rare qu'elles ne soient pas parloift distinctes chez le fœtus. Lorsque les côtes cervicales semblent avoir disparu, c'est qu'elles se sont soudées à l'apophyse transverse ; cette fusion explique pourquoi les apophyses transverses cervicales sont bituberculées à leur sommet et pourquoi leur base d'implantation parait formée par deux lames entre lesquelles on remar(jue le trou lians leipiel s'ennagent l'artère et la veine veilébrales. De même, les côtes lombaires se soudent de très-bonne heure au sommet de l'apophyse transverse, surtout chez l'homme ; il est cependant certains animaux, le rhinocéros, par exemple, chez lesquels l'articulation persiste même à l'état adulte.
D'un autre côté, les côtes sternales peuvent se prolonger jusque dans les parois abdominales, où elles affectent la disposition de cartilages costiformes qui, sans se relier avec les côtes lombaires, sont cependant en même nombre qu'elles et leur correspondent. Cette curieuse disposition est surtout évidente chez les crocodiles, oii les fausses côtes ventrales, au nombre de sept, se rallachent, sur la hgne médiane, à une membrane fibro-carlilagineuse qui représente un véritable sternum abdominal. On trouve encore des traces de cette segmentation de la paroi ventrale chez un grand nombre d'animaux et même chez l'homme, où la ligne blanche semble continuer le sternum de l'aijpendice xiphoïde au pubis, et où les intersections aponévrotiques transversales du muscle grand droit de l'abdomen sont généralement en même nombre que les vertèbres lombaires et transformeraient ce muscle en plusieurs intercostaux, si elles devenaient cartilagineuses ou osseuses.
Enfin, certains auteurs n'ont pas hésité à comparer les os marsupiaux des didelphes et des monotrèmes à une paire de fausses côtes abdominales.
Après ces généralités, il me suffira d'indiquer sommairement la disposition que présentent les côtes chez quelques-unes des principales espèces de l'embranchement des vertébrés.
Les poissons manquent de sternum et n'ont, par conséquent, que des côtes vertébrales. Sauf chez quelques espèces, ces côtes existent dans toute l'étendue du rachis. Elles s'attachent rarement aux corps mêmes des vertèbres. Le plus ordinairement elles partent soit des apophyses transverses, soit de ces prolongements osseux auxquels on donne le nom de fausses apophyses transverses. Chez le Salmo salar, le Thynmis vulgaris, YHypostoma et quelques autres, les côtes dépendent des apophyses épineuses inférieures.
Les batraciens n'ont que de petits rudiments de côtes appendus aux vertèbres thoraciques. Il en est de même pour certains reptiles. Chez les ophidiens, les côtes existent dans toute la longueur de la colonne vertébrale et en nombre considérable ; c'est ainsi que l'on en compte cent soixante-sept paires chez la couleuvre à collier, deux cent cinquante paires chez le boa et jusqu'à trois cent vingt
^^ COTES (anatoîiie).
paires chez le python améUiyste. Par contre, le nombre des côtes ne s'élève généralement pas à plus de dix paires chez les chéloniens.
Les sauriens ont un grand nombre de cotes cervicales et lombaires. Ils ont, en outre, de vraies côtes sternales au nombre de six paires chez le crocodile, plus de vingt chez l'ichthyosaure et trois seulement chez le Monitor scincus. Leurs côtes vertébrales restent presque toujours cartilagineuses ; elles s'articulent avec les côtes sternales de façon à constituer un V dont le sommet regarde en arrière. Cliez les crocodiles, les côtes qui partent de la première vertèbi'e dorsale sont allongées, pourvues d'un cartilage, et n'atteignent pas le sternum. Dans les huit côtes suivantes, au point de jonction de la portion vertébrale avec la portion sterualc, il existe un prolongement aplati, assez large, uni à la cote par un ligament et dirigé en arrière. Ce prolongement atteint la côte suivante et la recouvre; il reste longtemps cartilagineux, mais iînit par s'ossifier. Nous retrouverons une disposition identique chez les oiseaux. J"ai mentionné plus haut la présence des côtes abdominales cartilagineuses du crocodile ; il en existe de semblables chez quelques sauriens, notamment chez le Gecko fimbriatus. Dans les autres espèces, ces côtes sont remplacées par les intersections aponévrotiques des muscles abdominaux.
Chez les oiseaux, les côtes cervicales ne restent distinctes que peu de temps après la naissance. Elles se soudent de bonne heure aux apophyses transverses, en formant avec elles le canal parcouru par la veine et par l'artère vertébrales, ainsi que par la portion cervicale profondé du grand sympathique. Ce canal est continué, à la région dorsale, par l'espace resté libre entre le col des côtes et la lace inférieure des vertèiu'es. Le nombre des côtes est peu considérable; il varie de six à onze paires. Les côtes sternales sont osseuses ; elles s'unissent avec les côtes vertébrales, de même que nous l'avons constaté chez les sauriens, en formant un V ouvert en avant, dont l'articulation du sommet est très-mobile et dont l'angle est d'autant moins aigu que l'on se rapproche davantage de la région sacrée. Enfin on voit se détacher des côtes les processus uncinati, apophyses qui partent à peu près du milieu du bord postérieur de chaque vraie côte et qui s'étendent jusque sur la face externe de la côte suivante qu'elles recouvrent et à laquelle elles sont unies par des ligaments.
Chez les mammifères, les côtes cervicales sont soudées aux apophyses transverses, sauf chez l'échidné où elles restent longtemps distinctes et chez l'ornithorhynque où celle de l'axis est toujours indépendante. D'autre part, les côtes lombaires se fusionnent également avec les apophyses transverses correspondantes, de sorte que les seules côtes qui existent sont les côtes de la portion dorsale du rachis. De celles-ci, les unes se rattachent au sternum par l'intermédiau'e des côtes sternales ; on les nomme vraies côtes. Les autres s'unissent, par leur extrémité, au cartilage de la dernière vraie côte, ou bien elles restent flottantes ; on les désigne sous le nom de fausses côtes. Dans quelques espèces de cétacés telles que les marsouins, les dauphins, les côtes vertébrales s'articulent avec les côtes sternales en formant un coude comme chez les oiseaux ; mais chez tous les autres mammifères ces deux portions des arcs viscéraux sont sur le prolongement l'une de l'autre. Dans certams cas, notamment chez le bœuf, leur union forme une véritable diarlhrose ginglymoïdale dont la mobilité est assurée par une petite capsule synoviale.
Les cétacés présentent quelques particularités dignes de remarque : leurs côtes vertébrales ne s'attachent ordinairement qu'aux apophyses transverses;
COTES (anatomie). ^o
leurs côtes sternalcs s'ossifient, en général, de très-bonne henre; enfin il existe une disproportion curieuse entre le nombre de leurs vraies côtes et le nombre relativement élevé de leurs fausses côles : ainsi, chez les baleines, il n'y a qu'une vraie côte pour onze fausses ; chez les dauphins, quatre ou cinq vraies et de treize à quinze fausses ; chez les dugongs, trois vraies et quinze fausses.
Parmi les édentés, le tatou noir est le seul mammifère n'ayant que dix paires de côtes. Par contre, l'unau en possède vingt-trois paires dont onze fausses ; et de plus, il porte deux côtes surnuméraires, très-peu développées, dépendant des huitième et neuvième vertèbres cervicales. Le fourmilier didactyle a dix-huit paires de vraies côtes et huit paires de fausses côtes; tous ces os sont tellemeni élargis qu'ils se touchent presque ou même chevauchent les uns sur les autres, de sorte que les espaces intercostaux n'existent pas.
Pour les autres ordres de mammifères, la disposition des arcs costaux ne présente pas de différences bien nolablcs, le nombre seul varie. On trouve douze paires de côtes chez le lapin, treize chez le bœuf et le mouton, quatorze chez le porc, dix-huit chez le cheval, dix-neuf chez le rhinocéros, vingt chez l'éléphant. Les carnassiers tels que le chat, le chien, le loup, en ont treize paires dont quatre paires défausses côtes, les phoques dix ou onze vraies et cinq fausses, et les carnassiers vermiformes jusqu'à dix-sept paires. Chez las cliaiives-souris, on en rencontre rarement plus de onze paires. Chez les quadrumanes, il y en a de douze à quinze paires. Notons, en terminant, que dans le gorille ni;Me la dernière paire de côtes s'articule avec la crête iliaque par le bord inférieur de sa portion osseuse.
Des côtes chez l'iiomjie. Chez l'iiomme, comme chez les mammifères, les côtes circonscrivent la cavité thoracique en avant, en arrière et sur les côtés ; elles en constituent même à elles seules les parois latérales. Leur nombre est le même que celui des vertèbres dorsales auxquelles elles se raccordent : il y a donc douze côtes de chaque côlé. Entièrement osseuses chez l'adulte dans leurs quatre cinquièmes postérieurs, elles sont cartilagineuses dans leur cinquième antérieur. La première de ces deux portions constitue la côte proprement dite, la seconde est le cartilage costal. Les anatomistes les comptent en allant de haut en bas, mais les pathologistes préfèrent les compter de bas en haut, et cette manière do procéder se trouve justifiée par ce fait que les côtes inférieures sont bien plus superficielles et plus facilement accessibles à l'exploration que les côtes supérieures.
Les côtes se subdivisent en deux catégories distinctes : 1° celles dont l'extrémité antérieure aboutit au sternum ; 2" celles qui n'aboutissent pas à cet os. Les premières, au nombre de sept, sont nommées vraies côtes ou côtes sternales ; mais, après ce qui vient d'être dit plus haut, je n'ai pas besoin d'insister pour faire comprendre combien cette dernière expression est impropre, puisqu'elle devrait s'appliquer non à la côte tout entière, mais seulement à sa portion cartilagineuse. Les cinq dernières côtes portent le nom de côtes asternales ou fausses côtes ; mais elles ne sont pas toutes semblablement disposées, et il convient de les diviser en deux groupes : la huitième, la neuvième et la dixième ont leurs cartilages médiatement unis au sternum par l'intermédiaire du septième cartilage costal, ce sont les fausses côtes proprement dites, tandis que les deux dernières se terminent par une extrémité antérieure libre dans l'épaisseur des parois abdominales et méritent, pour cette raison, le nom de côtes flottantes.
-i^ COTES (akatomie).
Caractères généraux des côtes. Toute côte représente un arc osseux dont la longueur varie suivant le rang occupé par la côte que l'on examine ; cette longueur va en augmentant de la première à la septième et diminue ensuite de la septième à la douzième.
Les côtes ne sont pas horizontales; elles sont obliques de haut en bas et d'arrière en avant, de telle sorte que chacune d'elles forme, avec la vertèbre à laquelle elle s'unit, un angle aigu à ouverture intérieure. En outre, comme l'obliquité des côtes devient plus prononcée à mesure que l'on s'approche de la douzième, il en résulte que l'angle formé par la côte et la vertèbre est d'autant plus aigu que la côte occupe un rang plus inférieur dans la série. Une autre conséquence de cette obliquité croissante, c'est que l'espèce de grillage représenté par l'ensemble des côtes occupe une hauteur moins grande en arrière qu'en avant, aussi les espaces intercostaux sont-ils plus larges dans leur partie antérieure que dans leur partie postérieure. Au reste, ces espaces ne sont pas tous également larges, et, sous ce rapport, les deux premiers l'emportent assez sensiblement sur les suivants. Les côtes, non plus, ne présentent pas la même largeur dans tous les points de leur étendue : pour les côtes supérieures, la partie la plus élargie est l'extrémité antérieure; pour les côtes inférieures, au contraire, cette extrémité est un pou plus effilée que la partie moyenne de l'os. Cette largeur varie d'un centimètre à un centimètre et demi.
Examinée au point de vue de sa direction, chaque côte se détache des parties latérales du corps des vertèbres dorsales correspondantes, puis elle se dirige en dehors et légèrement en bas, de façon à venir s'appliquer contre la face antérieure de l'apophyse transverse de la vertèbre située immédiatement au-dessous de son point d'attache. Elle continue ensuite à se porter de dedans en dehors, mais en décrivant une courbe à concavité antérieure. Après un trajet variable, mais toujours assez court, l'arc osseux se dévie brusquement en avant et forme un coude arrondi, convexe en arrière, auquel on a donné le nom d'angle de la 'côte. Le point où se fait cette courbure est marqué, du côté de la convexité, par une crête saillante sur laquelle viennent s'insérer les faisceaux du muscle sacrolombaire. Les angles des côtes ne sont pas partout situés à une égale distance des apophyses épineuses ; ils s'en éloignent d'autant plus que l'on examine une côte plus inférieure, mais on peut dire, d'une manière générale, qu'ils correspondent à l'union de la paroi postérieure avec la paroi latérale du thorax.
Au delà de son angle, la côte se porte d'arrière en avant, en décrivant un arc de cercle convexe en dehors, mais cette dernière courbure est toujours beaucoup moins prononcée que celle qui existe au niveau de l'angle.
Enfin, à l'union de la paroi latérale avec la paroi antérieure du thorax, et près du point où la côte osseuse va se continuer avec la côte cartilagineuse, l'incurvation se prononce davantage et l'arc osseux se dévie de dehors en dedans. Il existe là, sur la surface convexe de la côte, une seconde ligne rugueuse, moins accusée que l'angle et à laquelle certains anatomistes ont donné le nom d'angle antérieur. Celui-ci, de même que l'angle postérieur, est destiné à recevoir des insertions musculaires.
En résumé, chaque côte décrit un arc convexe en dehors et concave en dedans. Pour désigner d'un mot cette sorte d'incurvation, Cruveilhier la nomme courbure suivant les faces, mais il est évident que c'est là une mauvaise dénomination, car les bords sont tout aussi bien incurvés que les faces. L'expression courbure d'enroulement, employée par Sappey, me paraît beaucoup plus juste.
(JUTES (anatomie). 45
Il est facile de voir que la courbure d'eurouleiaent ne représente pas un arc de cercle unicpie, mais bien la réunion de deux arcs de cercle : l'un, d'un trèspetit rayon, étendu depuis l'arliculalioii costo-vertébrale jusqu'à l'angle postérieur ; l'autre, d'un rayon beaucoup plus grand, compris entre l'angle postérieur et l'articulation chondro-costale.
Outre leur courbure d'enroulement, les côtes présentent encore une autre incurvation à laquelle on a donné le nom de courbure de torsion et que Sappcy appelle courbure spirdide. C'est là une sorte de déviation en spirale tout à t'ait semblable à celle (jue l'on produirait, si, prenant une cote rendue llexiblc, on en tordait les deux extrémités en sens inverse ainsi qu'on le fait, par exemple, lorsque l'on veut essorer du linge. En vertu de cette courbure de torsion, l'ex- Irémité postérieure de la côte est dirigée en baut et en debors, tandis que l'extrémilc antérieure se porte en bas et en dedans : aussi les côtes, appliquées sur un plan, ne peuvent-elles toucher ce plan que par deux points, leur milieu et une de leurs extrémités.
Tonte côle se compose de trois parties : la partie moyenne ou corps et les deux extrémités.
Le coriis offre à l'étude une face externe, une face interne et deux bords.
La face externe ou cutanée est convexe ; on y remarque les deux crêtes mentionnées ci-dessus sous les noms d'angle })ostérienr et d'angle antérieur. Elle donne insertion aux muscles sacro-lombaire, long dorsal, surcostaux, scalènes, grand dentelé, petits dentelés postérieurs, grand dorsal, grand pectoral et petit pectoral.
La face interne, concave, lisse, tapissée par la plèvre pariétale, est en rapport avec le poumon. On y observe, tout près du bord inférieur de la côte, une gouttière qui commence, en arrière de l'angle postérieur et qui disparaît à l'union du tiers antérieur avec le tiers moyen de la côte. Cette gouttière lo'ge le nerf et les vaisseaux intercostaux ; par ses deux lèvres, elle doimc insertion aux muscles intercostaux.
Les deux bords servent de point d'attaclic aux muscles intercostaux ; le supérieur est épais, l'inférieur est au contraire mince et tranchant.
L'extrémité postérieure ou vertébrale s'étend depuis la naissance de la côte jusqu'au sommet de l'apophyse transverse. Elle comprend trois parties : la tête, le col et la tubérosité.
La tète est la portion la plus renflée de la côte ; elle est directement en rapport avec les vertèbres et porte, à cet effet, deux petites demi-facettes planes qui s'articulent avec deux facettes correspondantes des corps vertébraux. Ces deux demi-facettes de la côte constituent, par leur réunion, un angle dièdre obtus dont l'arête saillante donne attache à des ligaments.
Le col est rétréci, aplati dans le sens antéro-poslérieur, lisse en avant et rugueux en arrière oîi il répond à l'apophyse transverse de la vertèbre inférieure. Chez l'homme, l'interstice qui sépare le col de l'apophyse transverse est toujours comblé et l'on n'y remarque jamais les orilices dont nous avons constaté la présence chez certains animaux, notamment chez les oiseaux.
La ^MieVosiïe fait suite au col. Elle répond au sommet de l'apophyse transverse. En haut et en arrière, elle forme une saillie qui donne attache au ligament transverso-costal postérieur. En bas, elle porte une facette dirigée en arrièi-e et destinée à s'articuler avec la facette correspondante du sommet de l'apophyse transverse.
46 COTES (anaiomie).
L'extrémité antérieure forme une surface rugueuse, elliptique et concave, qui reçoit l'extrémité convexe du cartilage costal.
Gomme tous les os plats, les côtes sont constituées par du tissu spongieux entouré d'une écorce compacte relativement épaisse eu égard à l'aplatissement de ces os, et toujours Lien plus solide à leur partie moyenne que vers leurs extrémités. Il est bien ejitendu que la proportion relative de ces deux sortes de tissus osseux varie suivant l'âge du sujet, ainsi que cela existe pour tous les autres os de l'économie.
L'ossification des côtes commence du quarantième au cinquantième jour, par le corps. D'après Sappey, on voit naître plus tard trois points d'ossification complémentaires, un pour la partie saillante de la tubérosité, un pour la facette articulaire de celle-ci et un troisième pour la facette articulaire de la tète. Ces trois épiplivses apparaissent à peu près simultanément vers seize ou dix-sept ans. L'cpiphyse supérieure se soude la première et très-rapidement ; on ne la trouve déjà plus à dix-huit ans et quelquefois même à dix-sept. L'épiphyse inférieure se soude en général de dix-huit à vingt ans. Celle de la tète de la côte se soude de vingt-deux à vingt-cinq ans.
Caractères propres à certaines côtes. Plusieurs côtes font exception à la règle générale que nous venons d'indiquer et présentent, dans leur conformation, (luclqucs particularités méritant une description spéciale. Ces côtes sont : la première, la deuxième, la onzième et la douzième.
La première côte est plus courte et relativement plus large que toutes les autres. Elle est courbée suivant ses bords et non suivant ses faces, c'est-à-dire ([u'au lieu d'avoir, comme les autres, une face externe et une face interne, elle présente une face supérieure et une face inférieure ; elle a, de plus, un bord externe et un bord interne, tous deux concentriques. Sa courbure d'enroulement a un rayon beaucoup plus petit que celle de toutes les autres côtes. Quant à la courbure de torsion, elle n'existe pas, de sorte que la pi'emière côte peut porter sur un plan horizontal par toute son étendue. Sa tète est petite ; elle n'a qu'une seule facette un peu convexe. Son col est grêle, cylindrique ou plutôt légèrement aplati de haut en bas. Sa tubérosité, très-proéminente, fait une forte saillie sur le bord externe. Son extrémité antérieure est plus large que celle de toutes les autres côtes. Sa face supérieure, sensiblement plane, regarde un peu en dehors ; elle présente, à l'union du tiers antérieur avec le tiers moven, un tubercule plus ou moins saillant, connu sous le nom de tubercule de Lis franc, qui donne insertion au tendon inférieur du muscle scalène antérieur et qui devient un précieux point de l'epère, lorsqu'il s'agit d'aller à la recherche de l'artère sous-clavière. Le tubercule de Lisfranc manque sur certains sujets ; quand il existe, il est situé presque sur le bord interne de la côte. En avant et en arrière de ce tubercule sont deux dépressions : la dépression antérieure répond à la veine sous-clavière ; la postérieure, toujours plus profonde, forme, pour ainsi dire, le lit dans lequel l'epose la portion horizontale de l'artère sousclavière. La face inférieure de la première côte est plane et même quelquefois un peu convexe. Les deux bords sont tranchants; l'externe est dépourvu de la gouttière qui loge les vaisseaux intercostaux.
La deuxième côte est au moins deux fois plus longue que la première ; de même que celle-ci, elle manque de courbure de torsion. Sa courbure d'enroulement appartient à un rayon beaucoup plus grand que celle de la première côte. Sa face externe regarde en haut; on y remarque des rugosités destinées à
COTES (anatomie). 47
l'insertion d'un faisceau du grand dentelé. Sa face inférieure porte une wouttièi-e peu prononcée. Sa tête est pourvue de deux demi-facettes dont la supérieure est très-petite. Son angle postérieur est peu marqué, quelquefois nul.
La onzième et la douzième côtes sont peu courbées, c'est-à-dire que leurs courbures d'enroulement ont un très-grand rayon. Leur tète porte une seule lacette aplatie qui s'articule avec la vertèbre dorsale de rang coriespondant. Leur col est peu prononcé; leur angle est situé très-loin de la tète. Elles n'ont point de tubérosité, point de gouttière, point de courbure de torsion, et se terminent par une extrémité antérieure amincie. La douzième côte est toujours plus courte ({ue la onzième.
Carlilaqes costaux. Us sont au nombre de douze et portent les mêmes numéros d'ordre que les côtes avec lesquelles ils se (lontiiment. Ceux des sept premières côtes aboutissent directement au sternum, tandis que ceux des deux côtes flottantes restent libres par leur extrémité. Leur largeur est la même que celle des côtes ; ils deviennent seulement un peu ])lus étroits en approchant du sternum. Leur épaisseur est un peu plus considérable que celle des côtes ; mais il ne me paraît pas juste d'attribuer à cette disposition la rareté de leurs fractures, ainsi que le dit Sappey ; que ce surcroît d'épaisseur augmente quelque peu leur résistance, je le veux bien ; mais, s'ils sont peu cassants, c'est surtout à leur flexibilité et à leur élasticité (pi'ils le doivent. Leur longueur s'accroît du premier au septième et diminue ensuite jusqu'au douzième.
Leur extrémité costale, convexe, est reçue dans la petite cavité elliptique dont nous avons noté l'existence sur l'extrémité antérieure de chaque côte. Leur extrémité sternale, anguleuse, s'enfonce dans une cavité analogue des bords du sternum ; nous savons que cette dernière cavité correspond au point de jonction de deux pièces sternales.
Leur face antérieure est convexe et donne insertion aux muscles grand pectoral, grand droit et grand oblique de l'abdomen. Leur face postérieure, ou médiastine, légèrement concave, répond, en haut, au muscle triangulaire du sternum, aux vaisseaux mammaires internes, à la plèvre et au péricarde ;'en bas, elle donne insertion au diaphragme et au muscle transverse de l'abdomen.
Leurs deux bords font suite à ceux des côtes ; ils donnent attache aux muscles intercostaux internes et à l'aponévrose qui prolonge les intercostaux externes.
Les cartilages costaux, de même que les côtes, présentent, entre eux, des différences assez notables qu'il est bon de connaître et que je crois devoir indiquer brièvement ici.
Le premier est oblique en bas, de sorte qu'il fait, avec le sternum, un angle obtus ouvert inférieurement. Ce cartilage, à peine long de deux centimètres, se distingue par sa brièveté, sa largeur, son épaisseur et sa tendance toute particulière à l'ossification. Il est rare qu'il ne soit pas plus ou moins ossifié chez l'adulte, ce qui détermine nécessairement une diminution dans la mobilité de la première côte.
Le deuxième et le troisième sont sensiblement horizontaux et ne s'infléchissent pas; ils sont aussi larges à une extrémité qu'à l'autre. Le quatrième se dirige un peu de bas en haut et de dehors en dedans. Le cinquième, le sixième et le septième font, avec le sternum, un angle aigu ouvert en bas ; ils sont amincis à leur extrémité sternale et s'articulent entre
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eux par des facettes latérales. Le septième est le plus long de tous ; il mesure de 12 à 16 centimètres.
Le huitième, le neuvième et le dixième font d'abord directement suite à la côte correspondante, puis ils s'infléchissent fortement de bas en haut, s'amincissent beaucoup et vont s'unir au cartilage placé immédiatement au-dessus.
Le onzième est long de 2 centimètres. Le douzième n'a que quelques millimètres. Tous deux se perdent dans l'épaisseur des parois de l'abdomen sans affecter aucune connexion avec les autres cartilages.
Les espaces intercartilagineux, qui continuent en avant les espaces intercostaux, n'ont pas tous la même largeur. Les deux premiers sont les plus larges; leur forme est sensiblement rectangulaire, en raison du parallélisme des cartilages qui les limitent. Ceux qui suivent sont plus étroits à leur extrémité sternale qu'à leur extrémité costale. Le septième, le huitième et le neuvième sont tout à fait triangulaires et ont leur sommet tourné vers le sternum.
Les cartilages costaux sont entourés d'un périchondre très-épais. Leur structure est celle du cartilage vrai. Chez l'enfant, ils sont blancs, souples et élastiques. Après quarante ans, ils deviennent jaunâtres, plus durs et moins souples. Ils connnencent à s'ossifier par des points disséminés au milieu de la masse cartilagineuse, en même temps que des lamelles osseuses se déposent sur la iace profonde du périchondre ; mais ce travail d'ossification a toujours une marche très-lente et il est fort rare de trouver des cartilages complètement ossifiés, même chez les vieillards les plus avancés en âge.
Articulatioxs. Les différentes pièces qui composent les arcs viscéraux sont réunies les unes aux autres par des jointures mobiles destinées à permettre les mouvements d'ampliation et de retrait de la cage thoracique. Delà autant d'espèces d'articulations qu'il convient d'étudier séparément et qui sont : i° l'union de la côte vertébrale avec le rachis ou articulation costo-vertébrale; 2" l'union de la côte vertébrale avec la côte sternale ou articulation chondro-costale ; 5" l'union de la côte sternale avec les sternèbres ou articulation chondro-sternale; 4" enfin l'union des cartilages costaux entre eux.
Articulations costo-verléhrales. Bien qu'il ait été dit quelques mots de ces articulations à l'article Rachis, je crois cependant devoir les décrire ici plus complètement, parce que leur étude n'est d'aucune utilité pour faire comprendre le mécanisme de la colonne vertébrale, tandis qu'elle est de la plus haute importance pour expliquer le jeu des côtes pendant l'acte de la respiration, ainsi qu'on ■ pourra s'en convaincre en lisant la partie phj'siologique du présent article.
L'extrémité postérieure des côtes a trois parties articulaires : la tête, le col et la tubérosité. La jonction de la tête aux parties latérales des corps vertébraux forme l'articulation costo-vertéhrale proprement dite. En dehors de celle-ci, le col s'unit avec la partie moyenne des apophyses transverses et la tubérosité avec le sommet des mêmes apophyses : de là deux nouvelles articulations qu'on réunit sous le titre commun d'articulations costo-transversaires.
Articulations costo-vertéhrales proprement dites. Ce sont des articulations complexes, d'un type particulier sans analogue dans l'économie, et dans lesquelles on retrouve à la fois les caractères des amphiarthroses et ceux des diarthroses. On peut encore dire, avec quelques auteurs, que ces articulations se composent d'une symphyse placée entre deux arthrodies.
Gomme surfaces articulaires, on trouve, du côté de la côte, la tête, et, du côté
luii'jS (anatomie). .',9
des vertèbres, les facettes des corps vertébraux entre lesquelles vient s'interposer la partie latérale du disque intervertébral.
Les deux facettes de la côte sont planes ; elles se joignent en formant un angle dièdre à crête saillante, mousse, liorizontale et dirigée dans le sens antéro-postérieur. La facette supérieure est toujours plus petite que l'inférieure ; celle-ci est d'autant plus grande qu'elle appartient à une côte située plus bas. Le tout est recouvert d'un libro-cartilage qui, sur la crête, se trouve en continuité de tissu avec le fibro-carlilage intervertébral an(|uel cette crête correspond.
Les deux facettes vertébrales forment un angle rentrant dans lequel est reçu l'angle saillant formé par la tète des côtes; leur étendue est rigoureusement proportionnée à celle des facettes costales avec lesquelles elle s'articulent. |<]lles sont recouvertes d'un cartilage d'encroûtement assez mince et d'une couclie fibi'O-cartilagineuse plus épaisse.
Les ligaments sont au nomk'e de deux : un périphérique ou ligament rayonné et un ligament interosseux.
Le ligament rayonné (m ligament antérieur s'attache sur les parties latérales du corps des deux vertèbres et sur le libro-cartilage intermédiaire. De là, ses fibres convergent et l'ormcnt une sorte d'éventail dont le sommet, tronqué, dirigé en dehors, va s'insérer sur la face antérieuie de la tête de la côte. Inutile de dire que l'étendue des différents faisceaux du ligament rayonné est en rapport avec la grandeur des facettes qu'ils recouvrent : ainsi, la partie qui se détache de la vertèbre inférieure est toujours plus large que l'autre. La face antérieure de ce ligament est unie à la plèvre par un tissu conjonctif lâche et facile à décliirer.
Les ligaments rayonnes sont représentés, à la région cervicale et à la région lombaire, par des faisceaux qui se détachent des parties latérales des corps de deux vertèbres voisines et vont se fixer, en convergeant, sur la face antérieure de l'apophyse transverse de la vertèbre inférieure. Ce fait ne surprendra jias, si l'on se rappelle ce que j'ai dit plus haut, à jtropos de la fusion des côtes cervicales et lombaii-es avec les apophyses transverses.
Indépendamment du ligament rayonné, chaque articulation costo-vertébrale est complétée par deux petits faisceaux ligamenteux, un supérieur et un inférieur, étendus des corps vertébraux à la tète de la côte.
Le ligament interosseux s'insère, d'une part, sur la crête qui sépare les deux facettes costales, et, d'autre part, au fond de l'angle rentrant formé par les deux facettes vertébrales; de ce côté, il se continue avec le ménisque intervertébral. D'après la plupart des auteurs d'anatomie, il aurait une largeur égale à celle de la crête sur laquelle il se fixe et séparerait complètement les deux arthrodies costo-vertébrales ; mais Sappey, qui l'a étudié avec beaucoup de soin, en donne une description un peu différente. Pour lui, le ligament est situé à la partie antérieure des articulations costo-vertébrales, au-dessous du ligament rayonné, dans une petite dépression quehjuefois très-apparente sur le squelette, mais variable suivant les individus, suivant l'articulation que l'on considère, et même d'un côté à l'autre. De cette dépression, il se prolonge sur les facettes vertébrales et costales, eu se modifiant de telle sorte qu'il ne se trouve plus représenté, sur les deux tiers postérieurs, que par de simples inégalités. Son bord antérieur, convexe, adhère au ligament rayonné et se confond avec lui. Son bord postérieur, également convexe, n'atteint pas la partie postérieure de l'articulation. Son bord externe adhère à la partie antérieure de la crête costale. DicT. ENC. XXI. ■ -4
Son bord iiUerne s'insère à la partie antérieure du cartilage intervertébral, mais il empiète aussi sur les deux facettes vertébrales, principalement sur Tinférieure. Il résulte de cette description que l'union de la crête costale et du disque intervertébral, par l'intermédiaire du ligament interosseux, représente une véritable sympbyse, et que les facettes costales et vertébrales forment, audessus et au-dessous de cette symphyse, une double artbrodie ; seulement, comme la cloison constituée par le ligament interosseux est incomplète, les deux arthrodies communiquent ensemble et sont tapissées par nue seule et même synoviale, qui d'ailleurs reste toujours rudimentaire.
La première, la onzième et la douzième côtes ne portent qu'une seule facette, convexe pour la première, plane pour les deux autres, d'où il suit que le ligament interosseux s'insère sur la facette vertébrale correspondante et non pas sur le disque intervertébral. Ce ligament semble i'aire assez souvent défaut dans ces trois articulations coslo-vertébrales.
Articulations costo-transversaires. Les deux dernières côtes n'ayant point de tubérosité et les apophyses fransverses des vertèbres correspondantes étant très-peu développées, il s'ensuit qu'il existe seulement dix articulations costotransversaires de chaque côté au lieu de douze. Quelquefois même ou n'en trouve que neuf. Ces articulations sont des arthrodies.
Les surfaces articulaires des tubérosités costales sont un peu convexes; elles regardent directement en arrière pour les côtes supérieures, en arrière et en bas pour les inférieures. Les facettes des apophyses transverses leur correspondent rigoureusement pour la direction et pour la forme. Les unes et les autres sont recouvertes de cartilage. Les quatre ou cinq côtes supérieures ont donc leur tubérosité située sur la face antérieure de l'apophyse transverse ; dans les quatre ou cinq dernières, la tubérosité repose sur la partie antéro-supérieure de celte apophyse. Les deux éminences articulaires sont réunies par un seul ligament transverso-costal postérieur aplati, rubané, horizontal pour les premières côtes, oblique de dehors en dedans et de haut eu bas pour les inférieures, et d'autant plus oblique que l'articulation se rapproche de la région lombaire. Ce ligament s'insère au sommet de l'apophyse transverse et sur la partie non articulaire do la tubérosité costale. Sa face postérieure est recouverte par les muscles spinaux, mais ceux-ci n'y prennent point d'insertions. Une petite synoviale favorise le slissement des surfaces articulaires.
Le col n'est pas en connexion directe avec l'apophyse transverse, mais il lui €st uni par deux ligaments : un périphérique ou transverso-costal supérieur et un interosseux.
Le ligament transverso-costal supérieur se compose de deux ou trois faisceaux plus ou moins distincts. Il part du bord intérieur de l'apophyse transverse et se termine au bord supérieur du col de la côte située au-dessous, sur une crête que le col présente à ce niveau. Il est presque toujours oblique en bas et en dehors, quelquefois en bas et en dedans, très-rarement vertical. Ce ligament fait suite à l'aponévrose qui revêt le muscle intercostal externe. Il complète, en dehors, l'ouverture dans laquelle s'engagent les branches dorsales des vaisseaux et des nerfs intercostaux.
Le ligament interosseux transverso-costal est formé de fibres qui s'étendent de la face antérieure de l'apophyse trans verse à la face postérieure du col de la côte. Il n'occupe que la moitié ou les deux tiers internes de l'espace compris entre l'articulation costo-vertébrale et le sommet de l'apophyse transverse. Ses
COTES (anatomie). 51
fibres, entremêlées d'un tissu adipeux rougeâtre, sont très-courtes et extrêmement résistantes. Pour la première, la onzième et la douzième côtes, ces fibres sont plus longues et moins abondantes, ce qui, joint à l'absence d'un ligament trans verso-costal postérieur, rend ces côtes beaucoup plus mobiles.
Articulations chondro-costales. Ce sont des synarthroses dont la disposition est très-simple. L'extrémité antérieure de cliaque côte, légèrement renflée, se termine par une petite fossette, une espèce de cupule ellipsoïde à grand axe vertical. Le cartilage présente, de son côté, une saillie qui s'adapte exactement à la forme de cette cupule. La côte et le cartilage sont soudés, de sorte qu'il n'y a pas là d'autre moyen d'union, à moins que l'on ne veuille considérer connue tel le périoste, assez épais, qui forme comme un manchon enveloppant à la ibis l'os et le cartilage, et contribuant, dans une certaine mesure, à les maintenir unis.
Articulalions chondro-sternales . Ces articulations sont au nombre de sept ; ce sont des arthrodies dans lesquelles l'angle saillant des cartilages est reçu dans un angle rentrant formé par les facettes stcrnales. L'étendue des surfaces articulaires diminue de la première à la septième côte.
Comme moyens d'union on y rencontre : 1" un ligament rayonné ou chondrosternal antérieur, assez fort, dont les fibres vont s'entrecroiser en sautoir, sur la ligne médiane, avec celles du côté opposé, se confondant avec le périoste du sternum et avec les insertions du muscle graud pectoral ; 2" un pe(i( ligament chondro-sternal supérieur ; 5° un ligament chondro-sternal inférieur, aussi peu développé que le précédent; 4" un ligament rayonné ou chondro-costal postérieur, beaucoup moins Ibrt que l'antérieur et parfois si peu apparent que le jiéricliondre seul semble limiter, dans ces cas, la lace médiastine de l'articulation. Sappey décrit, en outre, un ligament interosseux dont le développement est variable et dont l'existence ne me paraît pas constante. Tantôt ce ligament occupe toute l'étendue antéro-postérieurc de l'article ; d'autres fois il existe, mais tout à fait à l'état rudimentaire. La présence d'une synoviale dans les articulations chondro-sternales n'a jamais été bien démontrée.
Parmi ces articulations, la première, la deuxième, la sixième et la septième présentent quelques caractères particuliers.
La première est semblable aux autres pendant la période de développement ; mais, à partir de l'âge adulte, son cartilage se soude ordinairement au sternum.
Le deuxième cartilage se termine par une extrémité anguleuse très-prononcée ; cet angle saillant est reçu dans l'angle rentrant formé par l'union des deux premières pièces du sternum. Le ligament interosseux y est généralement assez apparent. Ce cartilage se soude quelquefois au sternum, mais beaucoup plus rarement que le premier. Comme il est particulièrement uni à la deuxième pièce du sternum, il en résulte que, dans les luxations de la deuxième pièce sternale sur la première, le cartilage conserve ses rapports avec la portion luxée et remonte avec elle, de façon à diminuer l'étendue verticale du premier espace intercostal .
La sixième et la septièiiie articulations chondro-sternales ont, en plus, un ligament costo-xipho'idien, qui s'étend obliquement de la face antérieure du cartilage au devant de l'appendice xiphoïde et de l'extrémité inférieure du sternum, en s'entrecroisant avec celui du côté opposé. A la hauteur de la sixième 'côte, ce ligament n'existe pas toujours.
Articulations des cartilages costaux entre eux. Les cartilages des six pre-
52 COTES (anatomie).
mières côtes restent séparés les uns des autres par la membrane qui fait suite aux muscles intercostaux externes. Ils ne s'articulent pas entre eux, à moins d'anomalie.
Le sixième, le septième, le liuitième, le neuvième et le dixième sont unis par de véritables articulations ainsi constituées : les deux cartilages en regard s'élargissent et donnent même naissance à une apophyse cartilagineuse surmontée d'une facette plane; l'apophyse du cartilage supérieur est toujours plus développée que celle du cartilage inférieur. Les deux facettes sont maintenues au contact par le périchondre et, en outre, par des fibres verticales formant deux ligaments dont l'antérieur est plus épais que le postérieur. La synoviale articulaire n'existe pas toujours. Entre le huitième et le neuvième cartilage, entre celui-ci et le dixième, près de leur extrémité et dans une étendue de 2 ou 3 centimètres, on trouve un véritable ligament interosseux constitué par des fibres très-courtes, plus ou moins abondantes.
AzsoMALiES. Les côtes présentent d'assez fréquentes anomalies portant soit sur les côtes osseuses, soit sur les côtes cartilagineuses. Tantôt ce sont des différences de nombre en plus que l'on observe; tantôt, au contraire, c'est un déficit; tantôt, enfin, sans qu'il y ait modification dans le nombre, un ou plusieurs des arcs costaux sont moditiés dans leur forme.
Dans les anomalies par excès de nombre, c'est toujours une seule côte surnuméraire que l'on observe, soit d'un côté du thorax, soit des deux à la fois; mais, parmi les nombreuses observations que j'ai relevées à ce sujet, je n'ai pas trouvé un seul cas dans lequel le nombre des côtes surnuméraires s'élevât à deux pour un même côté. Ces côtes peuvent être cervicales ou lombaires ; la première de ces anomalies paraît être beaucoup plus fréquente que la seconde. Je n'ai pas besoin de faire remarquer que, dans ces cas, c'est le tubercule antérieur de la septième apophyse Iransverse cervicale ou l'apophyse costiforme de la première vertèbre lombaire qui restent indépendants, ainsi que cela a lieu chez beaucoup d'animaux. Lorsque les côtes surnuméraires sont lombaires, il y en a ordinairement une de chaque côté ; lorsqu'elles sont cervicales, il n'y en a quelquefois qu'une d'un seul côté, mais il est beaucoup plus fréquent d'en trouver deux, une de chaque côté, comme à la région lombaire. Quand elles sont uniques, les côtes cervicales paraissent siéger indifféremment tantôt du côté droit (Pascal), tantôt du côté gauche (Foucher).
Les côtes cervicales s'articulent avec les parties latérales du corps de la septième vertèbre, puis elles prennent un point d'appui sur le sommet de l'apophvse transverse et se prolongent ensuite plus ou moins loin en avant, suivant les cas. Réduites à de très-faibles dimensions chez certains sujets, elles acquièrent chez d'autres" une longueur de 5 ou 6 centimètres (Foucher) et même de 9 centimètres (Boinet, Chassaignac) ; elles se terminent rarement par une extrémité libre et flottante. Le plus ordinairement, cette extrémité se rattache à la face supérieure de la première côte dorsale, soit simplement par des ligaments, comme dans le cas cité par Pascal, soit par une véritable articulation arthrodiale, ainsi qu'il semble résulter de la rédaction un peu laconique des faits observés par Moret, par Boinet et par Chassaignac. Sur le cadavre d'une vieille femme qui portait deux côtes cervicales, Halbertsma a trouvé l'extrémité antérieure de la côte cervicale droite unie à la côte thoracique par des ligaments ; à gauche, l'union avait lieu par l'intermédiaire d'une apophyse en forme d'épine qui parlait de la face supérieure de la première vraie côte. Celle du côté droit
COTES (anatomie). 55
se terminait en pointe, l'autre était rentlée. Dans ce même travail, Ilalbertsma a cherché à établir quels sont les rapports de l'artère sous-clavière dans les cas où il existe des côtes cervicales, et il est arrivé à celte conclusion que, lorsque la côte cervicale atteint une longueur de 5 à 0 centimètres ou davantage, elle présente- toujours, sur sa face supérieure, une dépression destinée à recevoir l'artère sous-clavière qui se trouve ainsi reposer sur la côte surnuméraire; dans ces cas, le muscle scalène antérieur s'insère imniédialemenl en avant de la dépression en question. Au contraire, lorsque la longueai' de la côte cervicale n'atteint pas cinq centimètres, l'artère sous-clavière n'a ])lus avec elle aucune connexion et passe directement sur la première côte dorsale.
L'anomalie par excès de nombre peut porter sur la côte cartilagineuse. Dans ces cas, le cartilage surnuméraire part du sternum, le plus souvent entier le troisième et le quatrième cartilage normal, et se [lerd dans les [larties molles, sans rejoindre aucune côte; d'autres ibis, il va se fusionner avec l'extrémité antérieure d'une côte osseuse, de telle sorte que celle-ci est pourvue de deux cartilages et qu'elle semble se bifurquer. Ces exemples de bifurcation des côles sont assez fréquents; lorsqu'on les rencontre, on constate en même temps ipie les deux branches de la bii'urcation sont réunies l'une à l'autre par un muscle intercostal interne surnuméraire.
Certaines côles présentent paii'ois dans leur contiimilé un élargissement considérable, allant même jusqu'à cousiiliu'r drs apophyses latérales. Lorsque des apophyses semblables naissent de deux côtes voisines, il n'est pas rare de les voir se correspondre, marcher à la rencontre l'une de l'autre et s'unir par synarthrose ou par diartbrose. En général, ces articulations anormales siègent plutôt vers la partie postérieure des côtes; cependant, dans un l'ail remarquable, rapporté par Wenzel Gruber, les apophyses articulaires siégeaient en avant. Sur ce sujet, la première côte gauclie s'élargissaitMiolablement vers son extrémité antérieure. Il s'en détacliait, à 2 centimètres et demi en dehors de l'arliculalion chondro-sternale, une apophyse saillante de 5 millimètres, longue de 25 millimètres, fornjant une sorte de condyie ellipsoïde recouvert de cartilage. Du bord supérieur de la deuxième côte se détachait une apophyse semblable terminée en cupule et constituant, avec le condyie de la première côte, une articulation entourée d'une capsule libreuse périphérique. Sur ce même sujet, la troisième côte droite était biOde.
. Les anomalies par défaut de nombre sont beaucoup moins fréquentes que les anomalies par excès, et encore sont-elles rarement complètes, en ce sens que la côte avortée — ordinairement la première — est presque toujours bien développée dans sa portion vertébrale et seulement atropliiée dans sa portion slcriiale. Sur le squelette présenté par iMailliot à la Société anatomique, la première côte des deux côtés est rudimentaiie ; elle a 2 centimètres de long ; sa tète est normalement disposée ; son extrémité s'appuie sur la face supérieure de la côte qui vient immédiatement après. On trouve également, dans le mémoire de Strutbers, un cas dans lequel la première côle se fusionne avec la seconde par son extrémité sternale. Dans le fait rapporté par Uevcrdin, les troisième et quatrième cartilages n'étaient représentés que par de petits mamelons cartilagineux attenants au sternum; il y avait en même temps absence complète du grand et du petit pectoral du même côté. Wacterloot affirme avoir vu au musée de la Faculté de Strasbourg un squelette n'ayant (jue vingt-deux côtes, et il ne paraît pas que, dans ce cas, les deux côtes manquantes aient laissé de traces, car l'auteur n'en
54 COTES (physiologie).
fiiit pas mention. Enfin, l'on sait que chez les monstres acéphales les côtes sont presque toujours moins nombreuses qu'à l'ordinaire et se soudent très-fréquemment entre elles.
Lorsque l'on ne trouve que onze cartilages, c'est que deux cartilages voisins se sont fusionnés avant d'atteindre le sternum.
Quehiuefois, la côte vertébrale et la côte sternale existent toutes deux, mais elles n'arrivent pas à se joindre tout à fait, ou bien restent unies seulement par une articulation mobile. Sur une pièce recueillie par Vielle, on voyait la troisième côte droite séparée de son cartilage par un intervalle dco à 4 centimètres; un faisceau de libres ligamenteuses les unissait l'un à l'autrje. La quatrième côte se terminait par une extrémité libre, à 8 centimètres de son cartilage, et n'avait aucun rapport avec lui. Dans les faits de Luschka et de Blandin, les deux portions de la côte sont en contact par deux surfaces arthrodiales, ainsi qu'on l'observe normalement chez le bœuf.
g II. Physiologie. La mobilité des côtes joue un rôle très-considérable dans les mouvements d'ampliation et de retrait du thorax. Cela est si vrai que, chez 'es vertébrés dépourvus de côtes ou ne possédant que des rudiments de ces os, tels que les batraciens, par exemple, la cavité qui renferme les poumons ne peut se dilater activement : aussi l'inspiration ne s'opère-t-elle chez eux que par une véritable déglutition d'air. On sait, en effet, que pour asphyxier ces animaux, il suffit de leur maintenir la bouche ouverte. En revanche, l'expiration se fuit chez eux très-facilement et très-complètement, car les muscles de la paroi abdominale compriment directement le poumon. Chez les chéloniens, c'est encore une déglutition d'air qui se produit, mais pour une tout autre raison, parce que les côtes et le sternum sont soudés et rendus immobiles.
Chez l'homme, les côtes ne sont pas toutes également mobiles. On peut dire, d'une manière générale, que les côtes flottantes sont, de beaucoup, les plus mobiles, ce qui tient à ce qu'elles n'ont aucun moyen d'union solide avec les apophyses transverses et à ce que leur extrémité antérieure est libre. ^
Quant à la première côte, sa mobilité a été diversement appréciée. Haller la regardait comme à peu près immobile. Au contraire, Magendie et après lui Bouvier ont soutenu qu'elle est la plus mobile de toutes, s'appuyant sur ce que cette côte porte une facette unique, qu'elle ne s'articule qu'avec une seule vertèbre et qu'elle manque de ligament interosseux costo-vertébral. II est évident qu'il y a, dans ces deux opinions extrêmes, une exagération dont il faut tenir compte; toutefois, si l'on considère la très-grande mobilité de la première articulation costo-vertébrable, et l'immobilité presque absolue, souvent même tout àfait complète, de la première articulation chondro-sternale, on arrivera à cette conclusion que la première côte est un peu moins mobile que les suivantes. Au reste, cette question ne doit pas être résolue d'une façon générale et elle est susceptible de recevoir deux solutions différentes, suivant qu'on examine tel ou tel individu. Ainsi, chez la femme, qui a le type respiratoire costo-supérieur, la première côte est beaucoup plus mobile que chez l'homme, dont le type est costo-inférieur.
On peut en dire autant de la mobilité des autres côtes, qui varie également dans des limites assez distantes, selon le type respiratoire du sujet.
Indépendamment de leur mobilité articulaire, les côtes ont encore une flexibilité propre qui leur permet de céder plus ou moins à la traction de leurs
COTES (physiologie). 55
muscles moteurs et qui, toutes choses égales d'ailleurs, est beaucoup plus prononcée au niveau de la portion cartilagineuse qu'au niveau de la portion osseuse. De là une ampliation et un retrait plus considérables dans les espaces intercartilaf^iucux que dans les espaces interosseux proprenionl dits.
Les ditïérents mouvements que les côtes sont susceptibles d'exécuter peuvent être rangés sous trois chefs : 1" les côtes s'élèvent ou s'abaissent; 2" elles tournent de bas en haut et de hant en bas autour d'un axe fictif passant par leurs deux extrémités; 5" elles s'éloignent et se rapprochent du plan médian. Ces trois mouvements s'exécutent simultanément.
Mouvement d'élévation. Dans ce mouvement, la côte décrit un arc de cercle vertical autour do l'articulation coslo-vcrtébrale comme [)ivot. L'arc ostéo-tartilagineux représente un levier du troisième genre dans lequel le point d'ap|)ui est en arrière, la résistance en avant et la puissance au milieu, au lieu d'insertion des muscles moteurs de la côte.
Du coté de l'extrémité postérieure, les deux facettes costales glissent très-légèrement sur les facettes vertébrales, l'inférieure d'arrière en avant, la supérieure d'avant en arrière; en même temps, la facette de la tubérosité glisse également sur l'apophyse transverse, de telle façon que la face antérieure du col regarde un peu en haut. La tension du ligament transvcrso-costal [)()stériour et du hgament Iransverso-costal interosseux limite ce mouvement.
Du côté de l'extrémité antérieure, le cartilage suit le mouvement de la côte. Ceux des cartilages qui sont infléchis de bas en haut tendent à se redresser ; mais leur redressement n'est pas aussi considérable qu'on serait tenté de le supposer à priori, parce que le sternum, loin d'offrir une résistance solide, cède au contraire sous la pression et se trouve projeté en avant. On peut donc, à cause de cette mobilité du sternum, considérer comme à peu près nuls les mouvements des articulations chondro-sternales ; le redressement et, partant, l'allongement de la côte, se produisent, grâce à la flexibilité du cartilage et à la légère mobilité de l'articulation chondro-costale.Chez les oiseaux, où les cartilages n'existent pas et où les côtes sternales sont osseuses tout aussi bien que les côtes vertébrales, on sait que ces deux sortes de côtes s'unissent en formant vm V à sommet postérieur ; l'ouverture de cet angle et la projection du sternum en avant ne sont rendues possibles que par l'existence d'une articulation mobile au sommet de l'angle.
Le mouvement d'allongement d'une côte est d'autant plus sensible que la côte est elle-même plus longue, aussi ce mouvement va-t-il en décroissant depuis la dixième côte jusqu'à la troisième où il atteint son minimum. En résumé, pendant l'inspiration, les côtes décrivent un mouvement de rotation de bas en haut autour de leur extrémité postérieure comme centre; il faut pourtant en excepter les deux dernières côtes qui, pendant les grandes inspirations, se portent de haut en bas.
Le seul fait de l'élévation des côtes détermine l'agrandissement des espaces intercostaux, ce que les physiologistes démontrent en s'appuyant sur ce théorème que « deux lignes parallèles entre elles et obliques par rapport à une troisième s'écartent d'autant plus l'une de l'autre qu'elles se rapprochent plus de la perpendiculaire à cette troisième droite. » Ce n'est point ici le lieu d'insister sur cette démonstration dont les détails ont été exposés dans d'autres articles de ce Dictionnaire.
Mouvement de rotation. En même temps que les côtes s'élèvent, elles décri-
56 COTES (rATuoLociE).
vent un mouvement de rotation autour d'un axe idéal passant par leurs deux extrémités, mouvement en vertu duquel leur tace externe tend à devenir supérieure, leur i'ace interue iuléricurp, leur bord supérieur interne et leur bord inférieur externe. Dans ce mouvement, qui a toujours pour centre l'articulation costo-vertébrale, la tubérosité se porte du bas eu baut, mais elle est bien vite arrêtée par la tension du ligament transverso-costal postérieur et du ligament transverso-costal interosseux. Du côté de l'extrémité antérieure, le cartilage suit la côte et se tord légèrement autour de son axe; sa torsion est d'autant moins prononcée que l'articulation clioudro-sternale con'espondante est plus mobile. Ainsi, pour la deuxième et la troisième côtes, le mouvement se passe presque tout entier dans ces articulations qui sont assez mobiles, tandis que, pour les côtes suivantes, il est dû surtout à la torsion du cartilage.
Mouvement de ]>)ojeclion en dehors. 11 tient uniquement à l'obliquité de l'articnl.iliou de la côte avec les corps vertébraux; cette obliquité est tellement disposée qu'il est impossible d'élever une côte sans la voir, par cela même, s'éloigner du plan médian. Dans ce mouvement, la tubérosité de la côte pivote en quebjue sorle sur l'apophyse transverse ; sa tète tend à se porter en avant, mais elle est arrêtée par la tension des ligaments interosseux vertébro-costaux, principalement de celui (|ui unit l'apophyse transverse au col de la côte. Le mouvcnient de projection eu dehors, produit par l'élévation de la côte, est d'autant |)lus considérable que le rayon de courbure de cette côte est plus petit. 11 est aussi d'autant plus prononcé, à élévation égale, que la courbure du bord supérieur l'emporte sarcelle du bord inférieur. C'est ce qui explique pourquoi le mouvement excentrique de la deuxième côte est plus accusé que celui de toutes les autres.
Les trois m.uvements que nous venons de passer rapidement en revue concourent à l'amplialion des dimensions transversales et antéro-postérieures de la poitrine. A la partie supérieure du thorax, l'agrandissement porte principalement sur le diamètre transverse; en bas, c'est l'augmentation du diamètre antéro-postérieur qui l'emporte. En somme, le maximum d'anipliation totale se produit au niveau de l'appendice xiphoïde.
Ouaut aux mouvements inverses, ils s'opèrent simplement en vertu de l'élasticité des cartilages qui ramène les côtes à leur point de départ. Le resserrement du thorax se fait passivement, sauf dans les grandes expirations où il devient actif par la contraction des muscles expirateurs.
§ 111. Pathologie. FRACTURES. On pourrait croire qu'en raison de leur souplesse et de leur élasticité, les côtes sont peu sujettes à se fracturer; et, eu effet, ces conditions sont celles qui favorisent le mieux la décomposition du mouvement et qui, par conséquent, augmentent la résistance sans augmenter la fragilité. Cependant, les faits observés journellement démontrent que ces conditions avantageuses sont largement contrebalancées par la situation superficielle des côtes et par l'expo-ition constante des parois Ihoraciques à l'action des corps contondants susceptibles de les briser. La statistique donnée par Malaaigne nous apprend que sur S'iuS fractures traitées à l'Ilôtel-Dieu, celles des côtes figurent pour 205 cas, c'est-à-dire un neuvième. La statistique des bôpitaux anglais nous conduit à un rapport encore plus élevé et |irobablement plus exact, puisqu'elle comprend un nombre de cas dix fois plus fort que celle de Malgaigne; on y constate que sur 22 616 fractures admises dans les hôpitaux de
Londres pciulant vingt ans, il y a eu 3854 fractures de côtes, soit un peu [)lus du septième des cas. En somme, ces fractures sont les plus l'réquentes après celles du radius et do la clavicule, et l'on peut dire ipie leur traitement se rat tache aux pratiques les plus ordinaires delà cliirurgie courante. Il est certain que, par le fait même de leur fréquence, elles ont du cire connues dès les premiers temps de la chirurgie, aussi en est-il iait mention dans la plupart des auteurs qui sont parvenus jus(iu'à nous; mais il est tout aussi incontestable que J.-L. Petit, le premier, étudia ceslractures d'une manière complète et en donna une théorie que nous aurons occasion d'apprécier dans la suite de ce travail et dont l'adoption ne laissa pas que d'avoir une grande et légitime inlluencc sur cette partie de la tlicrapeuti(|ue chirurgicale.
Après J.-L. Petit, Vacca iJerlingliieri et Richerand cherchèrent, mais sans grand résultat, à faire prévaloir des opinions différentes. 11 faut arriver jusqu'à Malgaigne pour trouver une nouvelle théorie basée cette fois, non plus sur des conceptions a priori, mais sur des faits cliniques bien observés et sur des expériences cadavériques plus rigoureuses que celles de Uicheiand. Ainsi qu'il arrive à la plupart des innovations médicales ou chirurgicales, la théorie de Malgaigne a mis un certain tenqjs à se faire adopter; mais elle paraît aujourd'lmi assise sur des bases solides et, malgré le nombre relativement élevé des fails publiés depuis le Traité des I raclures et des luxations, c'est encore à cet excellent livje qu'il faut recourir, lors([u'on veut entreprendre l'étude des lésions traumatiquos des côtes. Pour ma part, j'avoue avoir mis largement à profit, dans cet article, le travail do Malgaigne, autour duquel sont venus se grouper tout naturellement les faits que j'ai pu recueillir. dans les publications plus récentes.
La fréquence générale des fractures des côtes étant mise hors de doute par les statistiques, il convient maintenant d'établir en quelques mots leur fréquence relative, c'est-à-dire de déterminer quelles sont les côtes les plus exposées à se briser sous 1 influence des violences extérieures ou des contractions musculaires.
De toutes les parties de la côte, la plus mince et la moins résistante est sans contredit le col, mais cette portion de l'arc osseux est unie d'une manière si intime à l'apophyse transverse qui lui sert de soutien, qu'elle ne se fracture presque jamais, à moins qu'un traumatisme considérable ne brise à la fois les parties latérales des vertèbres, auquel cas la fracture des côtes n'est plus qu'une complication secondaire d'une lésion beaucoup plus sérieuse. Les considérations basées sur la forme et les connexions du col n'auraient donc aucune importance pour la solution de la question qui nous occupe. nemari|iutns toutefois que l'absence d'articulations costo-transversuires pour la onzième et la douzième côtes rend ces deux côtes beaucoup plus mobiles que les autres; ce qui, joint à la disposition de leur articulation costo-vertébrale, à leur brièveté, à leur situation au milieu des masses musculaires de la paroi abdominale, leur permet d'échapper le plus souvent à l'action des instruments vulnérants : aussi ces deux côtes sont-elles très-rarement fracturées. Malgaigne avait même posé en principe que les solutions de continuité de la douzième côte ne peuvent exister sans qu'il y ait en même temps fracture des côles situées immédiatement au-dessus; mais une observation, jusqu'ici restée unique et due à Legouest, est venue démontrer que celle règle n'était pas absolue. Dans ce cas, il s'agissait d'un militaire qui, poussé par un de ses camarades, tomba, le flanc gauche sur le coin
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d'une lable, el se Iractiira la dernière côte flotlanle. Le fait est d'autant plus curieux que la fracture eut lieu à l'union du tiers moyen avec le tiers postérieur de la côte, tandis que l'angle de la table avait porté sur l'extrémité antérieure de l'os : il y avait donc là une iracture indirecte, ce qui doit être excessivement rare à ce niveau.
Dans toute leur longueur, les côtes représentent de véritables os plats constitués par une trame spongieuse entourée d'une lame compacte assez mince. En raison de leur forme et de leur structure, elles sont donc d'autant moins résistantes qu'elles sont plus longues. Sous ce rapport, les côtes moyennes offrent la configuration la plus défavorable , outre qu'elles sont les plus exposées. D'autre part, l'élasticité du cartilage venant corriger la fragilité de l'os, on peut dire qu'à longueur égale la côte dont la partie osseuse sera relativement plus courte deviendra, par cela même, moins sujette à se fracturer. Les deux premières côtes sont peu mobiles, peu flexibles, elles n'ont qu'un cartilage extrêmement court, souvent ossifié, et sembleraient devoir être les plus fragiles de toutes, si l'on ne tenait compte que de ces éléments; mais elles sont épaisses, trapues, si l'on peut dire, et, de plus, efficacement protégées par la racine du membre supérieur. Elles se brisent difficilement, à moins que la violence n'ait été assez considérable pour déterminer d'auties fractures. Je ne crois pas qu'il existe, jusqu'à présent, d'exemple autlientique d'une fracture isolée de la première côte. Sur une pièce présentée à la Société anatomique par Labé, en 1856, la première côte était seule fracturée du côté gauche, mais il existait du côté droit des lésions bien autrement graves, puisque la solution de continuité portait sur les première, quatrième, sixième, septième et huitième côtes. Chose bizarre , la seconde et la troisième côtes droites étaient restées intactes. Le malade avait cinquante et un ans ; il était tombé d'un second étage et avait succombé, huit jours après l'accident, à une pneumonie avec emphysème et hydropneumothorax.
Il serait difficile d'expliquer pourquoi la neuvième, la dixième et la onzième côtes gauches jouissent du privilège de se fracturer plus souvent que les autres par action musculaire.
Étiologie. Ici, comme pour toutes les fractures en général, nous admettrons deux ordres de causes, les unes prédisposantes, les autres occasionnelles. Au nombre des premières nous placerons le sexe, l'âge et l'état de santé antérieure des sujets, laissant complètement de côté l'influence des saisons à laquelle il n'est vraiment pas possible de faire jouer le moindre rôle dans la production plus ou moins fréquente des fractures des côtes.
Je ne voudrais pas non plus que l'on prît en trop grande considération l'influence du sexe. Sans doute, il est incontestable que les femmes se fracturent les côtes bien moins souvent que les hommes. Sur J 61 de ces fractures observées à Guys'Hospital, 25, c'est-à-dire un peu moins de 1/6, appartiennent à des femmes. La statistique de Malgaigne donne une proportion moins forte encore, puisqu'elle est de 48 femmes sur 263 fractures, soit moins de 1/5. Mais cela pi'ouve-t-il que les côtes soient moins fragiles chez la femme? En aucune façon. Cela tient tout simplement à ce que les conditions d'existence du sexe féminin l'exposent moins souvent aux causes vulnérantes susceptibles d'atteindre le thorax. On peut même supposer, avec quelque raison, que la proportion deviendrait tout autre, si, par impossible, ces conditions étaient 4es mêmes pour les deux sexes, car les côtes sont certainement lus frasiles chez la femme.
COTES (pathologie). 51)
Je n'en dirai pas autant de l'âge, dont l'influence comme cause prédisposante me paraît indéniable, et cela pour des raisons analomiques bien connues. Chez i'enlant, jusqu'à l'âge de quinze ou seize ans, c'est chose extrêmement rare qu'une fracture de côtes. A cet âge de la vie, ces os sont tellement souples et élastiques qu'ils cèdent, pour ainsi dire, indéfiniment sous la pression sans se briser, alors même que celle-ci a été suffisante pour écraser le poumon ; si l'on conservait le moindre doute à ce sujet, il suffirait de parcourir les observations de Hewson, de Sniilh, do Gosselin, et celle si démonstrative d'A. Paré, dans laquelle on voit une voiture chargée de cinq personnes passer sur la poitrine d'un enfant de vingt-six mois sans produire aucune fractuie.
A mesure que l'individu avance en âge, l'élasticité des côtes diminue ; en même temps leur friabilité augmente, d'autant plus que, chez les vieillards, l'ossification des cartilages vient s'ajouter à la raréfaction physiologique du tissu osseux. Mentionnons encore cet état particulier que l'on a décrit sous les noms d'atrophie sénile, d'ostéomalacie des vieillards — état que l'on peut du reste rencontrer sur des sujets d'âge moyen — ejt nous conqu-endrons pourquoi les fractures de côtes sont si fréquentes dans la période de quarante à soixantedix ans. A défaut d'autres documents, je me borne à transcrire ici le tableau des deux cent soixante-trois fractures réparties, par Malgaigne, suivant l'âge des individus :
A 9 ans 1 compliquée de plaie.
De d5 à '20 2
20 à ÔO 11
40 à oO 7-2
EiO à 60 68
Au delà (le 70 ans 12
Ce dernier nombre, de douze fractures au delà de soixanto-dix ans, trouve sou explication dans ce fait que les individus parvenus à l'extrême vieillesse ne se livrent pas à des travaux de force et s'exposent peu aux traumalismes accidentels.
Enfin, certaines affections générales semblent porter tout s|)écialemont atteinte à la résistance du tissu osseux, notamment la diathèse cancéreuse, l'ataxie locomotrice, la grossesse, etc. ; mais ce sont là des points sur lesquels nous n'avons encore que des conjectures sans démonstration définitive, quoi(}ue la question ait été souvent et longuement agitée tant dans la littérature médicale que dans les sociétés scientifiques.
Parmi les causes occasionnelles, il conviendrait de mentionner toutes les v-iolences extérieures : les coups, les chocs; les chutes sur une crête saillante telle que l'angle d'une table, l'arête tranchante d'un escalier ; la pression d'une voiture chargée, d'un éboulement ; les chutes d'une certaine hauteur sur le sol ; la compression toute particulière à laquelle on est exposé dans une foule compacte ou cliacun enfonce involontairement les coudes dans les côtes de ses voisins; enfin les projectiles de guerre. Il est encore un singulier genre de traumatisme dont on ne connaît jusqu'ici qu'un exemple et qui ne peut guère trouver sa raison d'être que dans l'état mental de l'individu. L'observation a été communiquée à la Société de chirurgie par Déguise fils, en 1856 : un aliéné, âgé de trente-huit ans, s'était livré infructueusement à diverses tentatives de suicide, bans la dernière — celle qui mit lin à ses jours — il saisit une pelle à feu, s'en introduisit le manche profondément dans le pharynx et se laboura l'œsophage dans tous les sens avec cette sorte de rage particulière aux maniaques. 11 mourut
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quelques inslaiits après. La tige de fer, qui formait le manche de la pelle, avait 34 centimètres de long et se terminait par un crocliet en forme d'S. A l'autopsie, on tiouva l'œsophage déchiré un peu au-dessous du pharynx et dans toute l'étendue du cou. La plèvre droite était perforée, sa cavité contenait deux litres de sang, le poumon était dilacéré et la quatrième côte droite était fracturée au niveau de son articulation vertébrale.
Les causes que je viens de passer en revue sont dites externes. Les diverses causes internes que l'on pourrait indiquer rentrent toutes dans une même catégorie, car c'est toujours une violente contraction musculaire, comme celle d'un effort, le plus souvent d'un effort de toux ou d'éternument, qui détermine la fracture. A l'époque où Malgaigne fit paraître son Traité des fractures, il n'avait pu réunir que huit cas de ce genre empruntés à Gooch, à Monteggia, à Graves, à Casimir Broussais, à iXankivelt (deux cas), et un dernier observé à Lhôpital Necker et inséré dans la Gazette des hôpitaux du 6 aviil 1841. Ce petit nombre prouve d'abord que les fractures de côtes par action musculaire ne sont pas très-fréquentes. Les huit cas rapportés par Malgaigne se rapportent à quatre jiommcs et quatre femmes. L'âge des sujets a été noté six fois : l'un était un jeune homme, les cinq autres avaient de quarante-sept à soixante-ti-ois ans. Dans sept cas, la cause est un effort de toux, dans celui de Casimir Broussais, elle n'est pas indiquée. Dans les huit cas, la fracture avait eu lieu du côté gauche, dans la moitié antérieure de la côte et généralement assez près du cartilage. Les côtes atteintes ont été la quatrième, la cinquième, la sixième, la neuvième, la dixième et la onzième, mais la dixième plus souvent ([ue les autres. Dans un cas il y avait à la fois deux côtes fracturées, la cinquième et la sixième. De cette petite série de faits, Malgaigne avait cru pouvoir conclure que les fractures de côtes par action musculaire siègent toujours du côté gauche, près de l'extrémité antérieure de l'arc osseux, et qu'elles atteignent la dixième côte de préférence à toute autre.
J'ai cherché, de mon côté, si des faits analogues avaient été publiés postérieurement au livre de Malgaigne, et j'ai*été assez heureux pour en rencontrer quelques-uns dont je résume les principales circonstances dans le tableau ci-contre.
Pour arriver à réunir ces six cas, j'ai dû nécessairement éliminer ceux clans lesquels la côte fracturée était antérieurement altérée par le cancer ou la carie, et où l'on peut dire que la contraction musculaire n'a fait que déceler une solution de continuité déjà existante. Je n'ai voulu faire entrer en ligne de compte que les fractures survenues sur des os sains et chez des individus en apparence bien portants. De ces six faits, un seul est relatif à une femme, encore cette femme pourrait-elle être considérée comme n'étant pas absolument bien portante, puisqu'elle était en état de grossesse. Or, dans la discussion qui eut lieu à propos de ce fait, à la Société médicale des hôpitaux, (iazeaux n'hésita pas à dire qu'il considérait la grossesse comme une cause prédisposant aux fractures par action musculaire et qu'il en connaissait lui-même trois ou quatre autres cas, dont il ne donna malheureusement pas le détail, et dont je n'ai pas trouvé trace dans les recueils périodiques que j'ai pu consulter. Cette assertion, si elle était exacte, expliquerait encore pourquoi la malade d'Hérard, ,âgée seulement de vingtdeux ans, a été atteinte d'une lésion qui ne se produit ordinairement qu'à partir de quarante ans, ainsi que l'avait déjà établi Malgaigne, et ainsi qu'il ressort des autres cas mentionnés dans le tableau suivant :
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