‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.25Chapitre 89 sur 108 · POUR TERME · texte numérisé non relu

POUR TERME

DE compara!

lISON.

los naissances. D'ailleurs, les conditions d'existence et les mœurs des Roumains des deux provinces étant sensiblement les mêmes, on peut appliquer aussi à la Aloldavic les résultats de nos évaluations faites sur les mouvements de la population de la Vallachie.

Natalité. II y a en moyenne 32,66 naissances vivantes pour 1000 habitants.

Naissances muUi'pJes. Sur 1000 naissances vivantes, il y a eu (de 1870-1876) 15,6 jumeaux (7,8 accouchements doubles). Dans ces naissances gémellaires, il y a eu 1059 garçons contre 1000 filles. Sur 10000 naissances il y a eu un accouchement triple. En France, sur 1000 naissances il y a 9,5 accouchements doubles, en Autriche 12. En 1870, on a observé en Roumanie deux grossesses quadruples, et en 1874 une autre.

Rapport des sexes dans les naissances. Ce rapport est de 1 144 garçons contre 1000 filles. Le rapport des naissances vivantes masculines aux naissances féminines est de 106G : 1000 en Autriche, de 1052,5 : 1000 en France, et de 1,045: 1000 en Angleterre. La différence signalée en Roumanie entre les chiffres des naissances des deux sexes nous a semblé tellement en désaccord avec ce que l'on observe en France, en Autriche et en Angleterre, que nous avons pensé d'abord à une erreur de calcul. Nous avons recommencé à plusieurs reprises nos calculs sur toutes les naissances de 1860 à 1876, et nous avons obtenu le même re'suKat.

Nous avons pensé encore que la grande différence entre le chiffre des naissances des deux sexes provenait de ce que les juifs ont une répugnance à déclarer

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les naissances des filles. Ce fait a été signalé en Russie. Il est vrai, et nous nous en sommes assuré en consultant même les registres, que du temps où c'étaient les rabbins qui tenaient les registres des naissances, on n'y inscrivait que les garçons, car ce sont eux que l'on circoncit. Depuis 1864, que tous les habitants sont tenus de déclarer les naissances, les juifs déclarent des nouveau-nés des deux sexes; mais, comme c'est une habilude chez eux de donner moins d'importance au sexe féminin, ils ne déclarent pas toutes les filles. C'est ce qui ressort des chiffres suivants. Pour la population des villes moldaves où les juifs sont eu grand nombre, cette proportion est de H81 garçons contre iOOO filles; en 1874 elle a été de 1203 : 1000! Dans la ville de Botosiani (la moitié de la population y est juive) la proportion est de 1492 garçons contre 1000 filles.

Ainsi, ce fait existe : les juifs ont de la répugnance à déclarer les naissances, et surtout les naissances des filles. Mais ce n'est pas à ce fait qu'est due la prédominance des chiffres des garçons sur les filles, car en Vallacliie, où l'on inscrit également les deux sexes, où beaucoup de districts ont un chiffje insignifiant de juifs, la grande différence entre le nombre des naissances masculines et des naissances féminines (1144 : 1000) est tout aussi marquée. On ne peut pas attribuer ce fait, comme on l'a dit quelquefois, à la grande différence entre l'âge de l'un et de l'autre époux, car on verra plus bas que cette différence n'est pas bien marquée.

Comme partout, l'écart entre les chiffres des deux sexes n'est pas bien grand pour les naissances illégitimes. Ainsi, il y a 1043 garçons bâtards contre 1000 filles illégitimes. En 1866 et 1867, le nombre des filles a même dépassé le nombre des garçons, pour les naissances illégitimes.

Fréquence des naissances suivant les saisons. C'est en octobre, en mars, en mai et en février, que les naissances sont les plus fréquentes (16 000 à 16400 par mois), et c'est en décembre que le nombie des naissances diminue (7690 à 9876 par mois). La cause de la différence n'est pas difficile à trouver. Les naissances de décembre correspondent aux conceptions du mois de mars, le mois pendant lequel le carême est le plus rigoureux (et l'on verra plus loin en quoi consiste le carême). Et que l'on ne croie pas que cette diminution du chiffre des naissances du mois de décembre résulte de ce que les parents déclarent à la dernière limite la naissance des garçons, en vue de gagner une année pour la conscription. Nous pouvons assurer que les populations roumaines n'en sont pas encore arrivées là avec les mesures préventives. La différence, du reste, ne serait pas si grande, et, d'ailleurs, le nombre des naissances féminines suit la même proportion. Ainsi, en 1870, il y a eu 379u naissances de filles en décembre, et 7050 naissances de filles en mars.

Mariages. Il y a, en moyenne, 7 mariages pour 1000 habitants. Nous rappellerons qu'en Fi ance il y en a 7,8. Avant que les paysans d(;vinssent propriétaires (en 1862 et en 1865), il y avait 9,38 mariages pour 1000 habitants. Dans les dernières années, le chiffre est même tombé au-dessous de 7. L'augmentation des impôts et l'augmentation de l'effectif de l'armée ont contribué certainement à faire diminuer le nombre des mariages. 11 y a eu une forte baisse dans le chiffre des mariages en 1866, l'année du choléra; puis encore en 1871, année de sécheresse coïncidant avec une augmentation dans le chiffre des impôts ; puis encore en 1875, année de choléra.

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AGlî UliSl'liCTlF DES ÉfOfX.

A.NNliES 1870-1871.

Sur lOOi) liommes qui contractent mariage :

Ont moins de 21 ans llb

Ont de 21 à ÔO an-i TIC

Ont de 30 à 45 ans 142

Ont de 45 à CO ans 26

A plus de 60 ans . ■)

Sur 1000 filles et veuves qui se marient :

Ont moins de 21 ans. . , 451

Ont de 21 à 30 ans 480,8

Ont de 30 à 45 ans 62

Au-dessus de 60 ans 0,2

Années 1872-1876.

Sur lOOO hommes qui se marient :

Ont moins de 25 ans 565,5

Ont de 25 à S.'j ans , 530,6

Ont «le 35 à 45 ans 83^7

Ont de 45 à GO ans 19^6

A plus de 60 ans 1

Sur 1000 filles ou veuves qui se marient :

Ont moin* de 18 ans 171,3

Ont de 18 à 23 ans 676,9

Ont de 25 à 33 ans 119,3

Ont de 3.Ï à 45 ans e 2S,3

Ont de 4H à 60 ans 3,8

A plus de 60 ans 0,13

Il résulte du premier tableau (1870-1871) que le plus grand nombre dos hommes (716 pour 1000) se marient entre vingt et un et trente ans. 11 en est de même des femmes (480,8 pour 1000).

Et il rc'sulte du deuxième tableau (187'2-1876) que le plus grand nombre des hommes (565 pour 1000) se marient avant vingt-cinq ans, et que le plus grand nombre des femmes (676 pour 1000) se marient entre dix-huit et vingt-cinq ans. La différence n'est donc pas bien grande entre l'âge respectif des époux.

Fécondité des mariages. En divisant le nombre moyen des naissances de dixsept années par le nombre moyen des mariages, on obtient le chiffre de 4,5. Il y a donc, en moyenne, 4 naissances vivantes et 5/10 par mariage. Nous rappellerons qu'en France il y^a 5,05 naissances vivantes par mariage, et en Autriche 4,5.

Mariages suivant les saiso7is. Les mariages se font surtout en janvier et en février (268 pour 1000 pendant chacun de ces deux mois); vient ensuite, pour l'ordre de fréquence, le mois de novembre (158 pour 1000). En mars on ne contracte presque pas de mariages (6 pour 1000).

Divorces. 11 y a, en moyenne, 250 divorces par an (pour 50 000 mariages), ou l divorce pour 120 mariages. C'est la même proportion, ou à peu près, que nous trouvons en Belgique.

Mortalité. Il y a en moyenne 25,75 décès pour 1000 habitants. La mortalité a été plus forte en 1866 et en 1875 à cause du choléra, et en 1871, 1875 et 1874, à cause de l'angine diphthéritique. En additionnant tous les décès de 1860 à 1871, on trouve qu'il meurt 1254 liommes pour 1000 femmes. En opérant sur les chiffres donnés par la statistique des années 1872-1876, on trouve qu'il meurt 1155 hommes pour 1000 femmes. En prenant à part la population des villes et celle des campagnes, on trouve 1254 hommes contre

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1000 femmes dans les villes et H27 hommes pour 1000 femmes dans les communes rurales.

Si la prédominance du chiffre des décès des hommes sur le chiffre des décès des femmes est plus marquée dans les villes que dans les campagnes, cela tient d'un côté à ce que dans les villes il y a beaucoup d'immigrants du sexe masculin, et d'un autre côté à ce que dans les villes les femmes des clisses pauvres sont plus à l'abri des intempéries des saisons et plus près des nûurces de la charité que ne le sont les femmes des campagnes. Ces dernières travaillent souvent aux champs, elles sont mal vêtues et pieds nus la plupart du temps. C'est en mars et décembre que les décès sont le plus nombreux (12 200 à 12 500 peiu" tout le pays) ; et c'est en juin qu'ils sont le moins nombreux (7500 à 7600).

Mort-nés. Nous devons avouer que les] mort-nés ne sont pas tous déclarés; le bas peuple est dans l'habitude de les considérer comme des avortons et de les enterrer dans les jardins. On a inscrit 21,9 mort-nés pour 1000 naissances vivantes. Il y a eu parmi les mort-nés 1268 garçons pour 1000 filles.

Mortalilé des enfants. Sur 1000 naissances vivantes, il y a, en moyenne, 196 décès de 0-1 an.

Nos calculs se basent sur des données antérieures à l'année 1 870. La statistique officielle a eu le tort de ne plus publier, à partir de 1870, le chiffre des décès de 0-1 an. Depuis 1872, nous retrouvons les chiffres. De 1872 à 1876, il y a eu, sur 1000 naissances vivantes, 200 décès de 0-1 et 509 décès de 0-5 ans. La mortalité des enfants au-dessous de 5 ans, et surtout pendant la première année, est plus faible dans les communes rurales que dans les communes urbaines. La paysanne a plus de soin de son enfant en bas âge. Après l'âge de 5 ans, ce sont les enfants des campagnes qui sont plus exposés à la mort que les enfants de la population des villes.

Nous arrivons à la mortalité selon les religions. Si nous avions le chiffre exact de la population par culte (et sur le Bas-Danube qui dit différence de culte dit le plus souvent différence de race), rien ne serait plus facile que de donner la mortalité par 1000 habitants. Les chiffres exacts manquent. Mais nous possédons les chiffres à peu près exacts de la mortahté et de la natalité suivant les religions. Nous allons comparer les naissances et les décès, et ce rapport nous donnera une idée de la facilité de multiplication des Roumains et de leurs envahisseurs.

De 1872 à 1878, pour la population orthodoxe (religion schismatique d'Orient, à laquelle appartiennent les Roumains, les Bulgares, les Serbes, les Russes, les Grecs et les Albanais), il y a eu 1153,2 naissances pour 1000 décès.

Pour la population catholique (de 1872 à 1876), il y a eu 812 naissances pour 1000 décès.

Pour la population protestante, il y a eu (de 1872 à 1876) 796 naissances pour 1000 décès.

Pour la population juive enfin (de 1870 à 1878), il y a eu 1451,8 naissances pour 1000 décès.

De 1872 à 1874, la mortalilé a été plus forte que dans l'état normal en Roumanie, aussi voyons-nous (années 1870-1878) pour la population orthodoxe 1132,2 naissances pour 1000 décès. Le fait que pour les catholiques et pour les protestants le chiffre des décès l'emporte sur celui des naissances s'explique aisément, si nous nous rappelons que ce sont surtout les immigrants, des individus nés ailleurs, qui viennent mourir en Roumanie. Leur nombre auc^mente

^^6 DVINUBIENNE (Région).

toutetois parce que la population s'accroît non pas tant par les naissances que par l'immigration. Mais on ne saurait trop s'extasier sur la différence qu'il y a entre les naissances et les décès de la population juive : 4431 naissances pour 1000 décès. Et ce sont des immigrants, eux aussi. Et il faut se rappeler que les juifs ne déclarent pas toutes les naissances féminines. Le nombre des décès est, au contraire, exact; on ne saurait enterrer un individu sans l'autorisation de la mairie. M. le D' Félix explique le faible chiffre des décès chez les juifs par le fait que les immigrants Israélites ont dépassé l'âge de vingt ans, et l'on sait qu'à partir de cet âge la mortalité n'est pas grande relativement à ce que l'on observe chez les enfants au-dessous de cinq ans.

En Autriche, en Russie, en Allemagne, en Orient, partout, on a constaté ce fait de la multiplication rapide des juifs; mais nulle part ce phénomène ne semble se produire comme en Roumanie. Puisque l'accroissement de la population se fait en raison des subsistances disponibles, il faut admettre que les individus qui envahissent la Roumanie sont très-habiles à s'attirer ces subsistances disponibles obtenues par le labeur de la classe indigène, la seule qui cultive la terre. L'industrie y est à l'état embryonnaire. Toute la production est due à l'agricullurc. Voilà qui ne laisse pas de vivement inquiéter les Roumains.

Accroissement de la population. L'excédant des naissances sur les décès est, en moyenne, de 6,93 pour 1000 habitants. En 1875, l'excédant a atteint 11,05. C'est surtout lu population nuale q>ii donne un excédant des naissances sur les décès. Dans la plupart des villes, ce sont les décès qui l'emportent sur les naissances. L'accroissement dû à l'immigration est d'environ 4 à 5 pour 1000 habitants. L'invasion des juifs polonais se faisant d'une manière clandestine (on se fauOle de nuit à travers les sentinelles de la frontière), on manque de chiffres à cet égard.

Densité de la population. Il y a 41 habitants par kilomètre carré. Le chiffre des jeunes gens qui ont accompli chaque année l'âge de vingt et un ans est d'environ GO 000.

Vie moyenne. Il est bien rare que l'on connaisse exactement l'âge des personnes dont on déclare le décès. Aussi n'essayerons-nous pas inutilement de calculer la vie moyenne par ce moyen-là.

Nous allons donner la pseudo-vie moyenne, d'après la formule de Priée

= -,v, ...-i- C'est-à-dire que l'on additionne la moyenne du nombre des naissances (N) et la moyenne du nombre des décès (D); on divise la somme par 2, et avec le chiffre obtenu ainsi, on divise le chiffre de la population (P). En opérant de la sorte, on trouve que la pseudo-vie moyenne est de 34''^ ans. Nous rappellerons que cette même formule doime pour la France 40™, pour la Transylvanie 55" et pour la monarchie autrichiene 27*«,

Distribution de la population suivant les cultes. Faute de chiffres exacts, on admet qu'il y a environ 152 000 catholiques, J 6 000 protestants, 8000 Arméniens grégoriens, 8000 lipovans (secte russe), 1523 musulmans (sans compter ceux de la Dobrodja, province récemment annexée), etplus de 400 000 israélites. Le reste de la population suit le culte schismatique ou chrétien d'Orient.

§ III. Ethnographie. Dans l'article Roumains, rédigé trois ans avant celui-ci, nous avons dit que la nationalité roumaine est résultée du mélange des colons romains et des indigènes, Daces et Gètes.

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Lorsqu'il s'est agi de dire à quel groupe de peuples appartenaient les Daces et les Gètes, nous avons été réduit à des conjectures, et nous avons, pour ainsi dire, hésité entre l'hypothèse qui consiste à considérer les Daces comme étant des Thraces analogues aux Grecs ou aux Pélasges, et entre l'hypothèse qui considère les Daces et les Gètes comme des Gaulois de la vallée du Bas-Danube.

Depuis la rédaction de l'article Roojuins, nous avons étudié encore cette question, et nous avons été amené à admettre que les Daces et les Gètes étaient des Gaulois-Celtes au milieu desquels vivaient des Gaulois-Kymris en moindre proportion.

Il nous faut revenir sur cette question, parce que sans cela il ne nous est pas possible d'exposer ce que nous avons pu apprendre sur la composition ethnique des deux autres groupes de populations du Bas-Danube : nous voulons parler des Serbes, et surtout des Bulgares.

Qu'il nous soit permis d'ouvrir ici une parenthèse pour pouvoir justifier notre manière de procéder dans la description des Bulgares, des Serbes et des Roumains.

Pour bien faire connaître les populations du Bas-Danube il nous faudra faire abstraction des langues parlées. Lejean remarque avec juste raison que les Turcs de l'île de Crète parlent grec, que les Tsiganes parlent en public la langue du peuple au milieu duquel ils vivent, et que les Bulgares Pomaks parlent le turc; et pourtant, ajoute-t-il, il est impossible de prendre les Osmanlis de la Crète pour des Grecs et les Bulgares Pomaks pour des Turcomans.

Tant que l'ethnologie a divisé les populations d'après les langues parlées, on a été dans l'impossibilité de décrire l'ensemble des caractères d'une race, ou d'un groupe homogène résultant de la fusion intime de plusieurs races.

Deux ou plusieurs populations, chacune étant nettement caractérisée et différente des autres, ont été décrites ensemble, comme constituant un seul groupe, uniquement parce que ces populations parlaient des patois ayant de l'analogie.

Nous avons eu de la sorte une race latine, une race germanique, une race slave, une race hellénique, etc., et dans chacun de ces groupes on a fait entrer des populations qui diftèrent entre elles du tout au tout.

Par la suite on s'attendait à trouver chez une population l'ensemble des caractères que l'on avait attribués au groupe entier.

Il en résulte la confusion que l'on aurait inévitablement, si — qu'on nous permette l'exemple — un naturaliste voulait faire un seul groupe de tous les chiens de la Provence, à supposer qu'il y ait dans la dite région des chiens de chasse, des chiens de berger, des terre-neuve, etc., et si notre naturaliste décrivait ensuite les caractères (y compris surtout les aptitudes physiologiques) de tout ce groupe de chiens provençaux.

Après avoir lu la description de l'ensemble des caractères attribués par le naturaliste au groupe entier, nous serions sujets à nous tromper à chaque instant, car nous nous attendrions à trouver aux terre-neuve et aux chiens de bero-er que nous rencontrerions en Provence les caractères des chiens de chasse et vice versa. Cet inconvénient ne se produit pas, si les naturalistes décrivent séparément les caractères de chaque race ou de chaque groupe résultant de la fusion intime de deux ou plusieurs races.

De ce que les ethnologistes ont décrit des groupes artificiels, l'inconvénient n'a pas été grand pour l'ethnologie des peuples de l'Occident, car ici les races se sont croisées plus ou moins intimement, elles caractères des dilférentes races

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croisées se sont ou alténués et effacés, ou ils se sont plus ou moins répartis sur l'ensemble des métis issus de ce croisement opéré sur une grande échelle.

Pour la description des populations orientales on ne saurait procéder de la sorte. Là les races se sont si peu croisées, que les différents groupes ethniques ont leur ensemble de caractères anatomiques, physiologiques, et nous dirions aussi intellectuels et moraux.

Tel groupe ethnique n'a jamais donné un forgeron ou un marin, et tel autre (les Tsiganes, par exemple) n'a pas un seul individu apte à faire le commerce.

Les ethnologistes qui ont décrit les peuples orientaux ont pourtant réuni et décrit ensemble plusieurs races dissemblables dans un même groupe artificiel.

Ainsi, on a mis dans le groupe artificiel des Sémites des peuples qui nous ©nt laissé des monuments d'architecture remarquables, et des peuples qui n'ont pas laissé après eux un morceau de brique gravée; on a mis ensemble des peuples qui ont eu, il y a quarante siècles, une industrie des plus développées, et des peuples qui sont restés chasseurs nomades ou pasteurs nomades jusqu'à nos jours.

Quand on i-enonce h une classification semblable et que l'on étudie les populations de la péninsule balcanique comme on étudie les aptitudes des différentes races de chiens ou de chevaux, quand ou classifie et que l'on étudie les groupes ethniques d'après l'ensemble de leurs caractères, on arrive r/ ;«'e'î'otr ce que l'on pourrait appeler les phénomènes d'ordre social et politique; on arrive à prédire de quoi sont capables telles ou telles populations de telle province que l'on \ient d'ériger en État autonome.

Voilà comment nous croyons que l'on doit procéder dans la science ethnographique.

Nous savons bien qu'aucun caractère n'est l'apanage exclusif d'une race humaine particulière, mais il n'en est pas moins vrai que, si l'on examine bien les groupes ethniques actuels, ou ce que nous ont laissé les groupes ethniques d'autrefois en fait de monuments de l'activité humaine, on arrive à constater que chaque groupe ethnique, race ou mélange intime d'une ou plusieurs races, a un ensemble de caractères qui le fait distinguer des autres, et que ces caractères persistent pendant la période historique et protohistorique du moins ; ils sont immuables, tant que le groupe ethnique ne s'est pas croisé en grand avec d'autres populations.

Ce que l'on a souvent pris pour la décadence ou la dégénérescence d'un peuple n'a été que le résultat de l'infiltration (dans la population que nous avons en vue) de nombreux individus appartenant à un autre groupe ethnique et ayant d'autres caractères que le peuple au milieu duquel ces individus sont venus prendre le rôle de classes dirigeantes. Souvent les immigrants ont fini par l'emporter comme nombre sur la population indigène. Il n'y a pas eu dégénérescence ou décadence, mais substitution. En procédant dans notre étude de la manière que nous venons d'indiquer, nous chercherons à exposer plus loin que dans le groupe ethnique qui parle la langue bulgare il y a trois groupes qui diffèrent totalement entre eux par les caractères morphologiques et par les aptitudes physiologiques. On ne saurait faire autrement une description fidèle des populations bulgares. Ceci posé, nous revenons à notre sujet.

A la fin du quatrième siècle avant l'ère actuelle, lorsque Alexandre passa le Bas-Danube pour traverser la Yallachie actuelle et aller dans le pays des Scythes (le Kherson actuel), la Yallachie et la Moldavie étaient habitées par des tribus

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gauloises. Au troisième et an deuxième siècle, nous y trouvons les mêmes populations. Au premier siècle avant l'ère actuelle, c'est toujours un Etat gaulois que nous y rencontrons, et de plus un État bien organisé, qui donne 10000 cavaliers et autant de fantassins à Persce. roi de Macédoine, lorsque celui-ci veut attaquer les Romains (Plufarque, Vie de PauI-Émile). L'historien grec nous donne quelques détails sur les Bastarnes, Gaulois de celle région. La population qui fournissait les guerriers ne savait ni cultiver la terre, ni naviguer, ni retirer ses subsistances de l'élève des troupeaux. ^Ces Gallates devaient donc vivre aux dépens d'une race asservie, d'une race non de guerriers, mais de producteurs doux, humbles, dociles et soumis. A côté des Gaulois guerriers il devait y avoir des Gaulois cultivateurs et bergers. Et nous trouvons partout les Gaulois-Celtes (Celtes de M. Broca), vivant côte à côte avec les Gaulois-Kymris. Ces derniers, dominateurs absolus, administrateurs à la main de fer, habitant surtout les plaines ou les collines; les premiers, dominés, producteurs, habitant surtout les contrées montagneuses et les vallées voisines des montagnes; comme de nos jours, en Transylvanie, les Roumains asservis habitent plutôt les montagnes et les vallées adjacentes, et les Hongrois domitiateiirs occupent plutôt les plaines ou parcourent les steppes.

Un siècle plus tard (le premier de l'ère actuelle), dans ces mêmes contrées, les historiens grecs et romains ne nous signalent plus que des Daces et des Gètes. Et ces populations ont aussi un État florissant, une civilisation avancée, des châteaux, des forteresses, des fabriques d'armes. Us l'emportent sur les Romains, et ils obligent les maîtres du monde à leur payer un tribut, de l'an 88 à l'an 100.

Si les Gaulois du premier siècle avant l'ère actuelle, et si les Daces et les Gètes qu'on nous signale là, avaient constitué des groupes de nomades, nous eussions admis que les Gaulois fussent partis en Occident, tous jusqu'au dernier, pour suivre leurs congénères qui au neuvième et au cinquième siècle avaient quitté les bords de la mer Noire et du Bas-Danube pour aller se fixer dans la Haute Italie et en Finance, ils fassent partis pour céder la place aux Daces venus d'Asie. Mais les uns et les autres nous sont présentés comme des peuples stables, fixés, ayant des cités et des forteresses.

Dans l'espace d'un siècle, on ne voit pas ailleurs disparaître un peuple de cette importance; et l'on n'en voit pas un autre sortir de terre dans les mômes conditions, avec villes, forteresses et toute une civilisation. Tout porte à croire, — et la similitude que l'anthropologie trouve entre les caractères des Vallaques et ceux des Celtes de la Haute Italie, du Languedoc et du Limousin, est là pour l'attester — que les populations des pays gaulois que les historiens nous signalent sur le Bas-Danube du quatrième au premier siècle avant l'ère actuelle sont les mêmes que les populations de l'Étal dace et gète que les Romains trouvent dans ces mêmes contrées au premier siècle de l'ère actuelle. Le nom des peuples a dû seul changer.

Rien de plus fréquent que de voir la même population être appelée différemment à partir d'une certaine époque, surtout si une poignée de conquérants étrangers arrive à imposer sa domination aux autochlhones. Nous n'avons qu'à rappeler les Gaulois appelés Français, les Anglo-Saxons donnant leur nom à la population qu'ils ont trouvée dans les îles Britanniques, etc., et pour ne pas quitter les populations dont nous nous occupons, ne voyons-nous pas le terme àe Moldave disparu depuis que la Moldavie fait un seul État avec la Vajlachie?

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Les statistiques officielles autricliiennes donnent le chiffre de trois millions comme représentant la population roumaine de l'empire, et pourtant dans bien des traités de géographie on donnait la Transylvanie comme un pays habité par des Hongrois et des Saxons seulement. Dans ces deux derniers siècles, des régiments entiers de Roumains transylvains ont combattu sous les drapeaux autrichiens. Quel est l'historien qui en a parlé? De ce que les officiers étaient des Hongrois, tous les adversaires de l'Autriche ont cru avoir affaire à des troupes hongroises. On ne se doutait nullement qu'un peuple de trois millions d'habitants fournissait un fort contingent de sohlats n'ayant rien de commun avec les Magyars,

Les Polonais sont appelés Lèches par tous leurs voisins, du nom d'une tribu de conquérants qui a asservi la grande majorité de la population.

L'hypothèse la plus admissible est que les Gaulois (Celtes et Kymris) des petits Etats du Das-Danube ont été soumis par une poignée de conquérants daces (tribu de Gaulois-Kymris encore, ou peut-être même de Germains). De là le changement du nom dont on désignait les Gaulois de la contrée à partir du premier siècle de l'ère actuelle.

Si l'on examine aujourd'hui les caractères anthropologiques (caractères morphologiques et aptitudes) des populations de l'Europe centrale, si l'on considère la similitude frappante qui existe entre les différents idiomes romans qui sont parlés en Auvergne, dans le Midi de la France, dans l'Italie du Nord, en Suisse {linfjua ladina), en Islrie, en Roumanie, en Serbie, en Macédoine, etc., et la similitude de la langue roumaine avec ce qui nous reste de l'ancien dialecte de la Gaule Cisalpine, — tout en ne tenant compte des faits présentés par la linguistique qu'à titre d'information seulement, — on arrive à admettre qu'à une certaine époque (cinquième siècle avant l'ère actuelle, par exemple), des peuples de la même race, ou de races analogues, occupaient une zone de l'Europe s'élendant depuis la basse Bretagne jusqu'à la mer Noire. Cette zone ou bande comprenait l'Armorique, le Berry, le Limousin, l'Auvergne, le Languedoc, le Dauphiné, la Savoie, l'Alsace duiMidi, la Bavière méridionale, les Grisons, le Tyrol autrichien, ristrie, la Carniole, la Slavonie, le Banat, la Transylvanie, la Roumanie, partie de la Serbie, la chaîne du Pinde, l'Acarnanieet l'Étolie.

Les hommes appartenant à ces races présentent même aujourd'hui un ensemble de caractères communs ; ils occupent surtout les pays montagneux (pays du chêne et du gui), s'adonnent à la culture de la terre et à la vie pastorale; ils ont beaucoup de pencl^ant pour les arts, les métiers et l'industrie ; ils sont tailleurs de pierre, maçons, cbarpentiers, orfèvres, tisserands, etc., ils ne sont point marins [voy. É. Reclus, t. 1, p. 184, et le Mémoire de M. Picot, les Roimains delà Macédoine, in Revue d'anthropologie, 1875, p. 415). Ces Celtes sont de taille moyenne ou de petite taille, trapus. Ils n'ont jamais été conquérants, ils n'ont jamais constitué de bandes organisées pour le pillage des voisins, mais ils ont longtemps résiste aux conquérants; à la fin ils ont été soumis par d'autres races, par des Kymris, des Romains, des Germains, des Normands, des Albanais, des Huns, etc. Une fois domptés, ils se sont livrés à leurs occupations favorites, ils ont produit. Peu ou point absorbés ou assimilés par les conquérants, en général ils sont restés eux-mêmes, gardant leur langue et leurs mœurs. Aujourd'hui encore, on n'en trouve pas qui fassent le métier de gendarme, de policier, de sicaire, d'Arnaoute, comme d'autres races de la Péninsule balcanique.

Toutefois, sur |)lusieurs points de cette zone, il y a eu, pendant la période

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historique, des solutions de continuité produites ou par l'interposition d'autres races, ou par le changement des idiomes. C'est ainsi que dans l'Armorique les Celtes ont adopté la langue des Kymris, que dans l'Alsace, la Bavière, le Tyrol autrichien, ils ont adopté des idiomes germaniques (les Ladins ou Grisons de l'Autriche se sont germanisés de langue au siècle dernier, voy. Lejcan), que dans la Croatie et les pays limitrophes ils ont changé leur langue contre des dialectes slaves des peuples qui les ont envahis (c'est encore Lejean qui nous fait savoir que dans l'Istrie il y a de nombreux Vallaques slavisés de langue) ; que dans l'Epire et la Macédoine quelques groupes se sont grécisés de langue, tout en conservant leurs caractères qui les distinguent des Grecs proprement dits. M. Hovelacque a suivi la traîne'e des Celtes à travers la Savoie, le pays des Grisons, l'Istrie, la Croatie et la Dalmatie {Crâiie savoyard).

Dans la plupart de ces pays, les Celtes constituent plutôt des groupes disséminés parmi les peuples d'autres races ; ils ne sont pas trop fondus dans la masse des immigrants qui ont envahi leur territoire. Dans le Limousin, comme en Transylvanie, comme dans l'Etolie, on trouve des groupes de têtes rondes bien caractérisées ; toutefois il y a eu plus souvent des croisements en Occident qu'en Orient. Le berceau de ces Celtes paraît avoir été dans les Alpes bastarniques, le Pinde et l'ilémus. A mesure que leur nombre s'est accru, ils ont occupé les plaines qui entourent ces chauies de montagnes. En Vallacliie, ils ont été conquis et soumis par leurs voisins les Gaulois-Kymris, plus tard par les Romains.

Qui peut savoir dans quelle proportion ont été les colons romains qui ont fusionné avec les Celtes et avec les anciens maîtres de ceux-ci, Kymris et Daces?

Les Gaulois-Celtes de la Mœsie durent se réfugier dans les Balcans, lors de l'arrivée des Slaves ou des tribus slavisées de langue, comme les Serbes et les Bulgares. Réduits à de petits groupes séparés les uns des autres par les nouveaux arrivants, ces Gauiois-Celtes prirent avec le temps la langue serbe ou la lani-uc bulgare. Nous en pilerons plus loin.

De nombreux groupes de ceux qui habitent la chaîne du Pinde (Vallaques de la Macédoine et de l'Epire, voy. É. Reclus et E. Picot, loc. cit.) ont conservé jusqu'aujourd'hui le dialecte qu'ils devaient parler à l'époque romaine.

C'est ici qu'il faut rappeler ce que les anciens historiens nous disent des Gaulois du lias-Danube et des régions qui séparent la Gallia Cisalpina du pays habité aujourd'hui par les Roumains. Ptolémée signale parmi les fr bus de la Dacie de véritables tribus gauloises, comme les Teurisci et les Britolagœ (Bretons des lacs?). Tite Live ne parle pas des habitants de l'Istrie autrem nt qu'en les appelant GalU. Aujourd'hui encore les Boumains de l'Istrie sont désio-nés parles Slaves sous le nom de Ylach, et l'on sait que les Slaves se sont toujours servis de ce mot pour désigner les peuples celto-gaulois. Appien (p. 424-425 t. I, édiiion Dekker) dit, en parlant des Gaulois qui dévastèrent D(l|ihes au troisième siècle, que les bandes les plus nombreuses de ces envahisseurs partirent du pays des Basiarnes, d'un pays marécageux qui est au nord de l'ister. 11 e<t hors de doute qu'il s'agit de la Vallachie. C'est l'élément kymriquc qui devait constitu r ces bandes d'envahisseurs. Nous renvoyons le lecteur aux intéressantes citations de M. Lagneau dans l'article Celtes.

En lésumé, les Roumains ou Vallaques d'aujourd'hui sont le résultat du croisement des colons romains avec les Gaulois. 11 s'agit de Gaulois-Celtes surtout mer. ENc. XXV. jg

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et de Gaulois-Kymris en moindre proportion. Rappelons une heureuse expression de M. Ilovelacque : « Le Roumain, c'est-à-dire le Dace moderne, est le Celte de l'Orient » {loc. cit.). On peut se demander ce que sont devenus ces Celtes pendant qu'une partie de la Roumanie actuelle était occupée par les Gots, les Huns, les Avares, les Slaves, etc.

Pouqueville et Leake nous décrivent les Vallaques de la Macédoine et de l'Épire comme habitant, à notre époque, des groupes compactes de villages, où ils vivent entre eux sans se mêler ni se croiser avec les autres populations de la Tui'quie. Les régions montagneuses de la chaîne du Piride et de l'Hémus ne sont habitées que par ces Vallaques. On ne trouve aux chefs-lieux de canton que deux ou trois gendarmes turcs. Voilà donc ime population qui, pendant quinze ou dix-huit siècles, a vécu entourée d'Albanais, de Grecs et de Turcs, sans se fondre dans la masse des populations voisines. Nous ne trouvons pas facilement de semblables exemples en Occident. C'est de la sorte que très-probablement les Roumains des Garpates ont vécu séparément dans leurs montagnes pendant les deux siècles (du troisième au cinquième) que les Gots ont occupé les plaines vallaques et moldaves, les plaines qui s'étendent du nord-est au sud-ouest depuis le Dniester jusqu'au Danube, depuis la Scytliie jusqu'à la Mœsie. C'est dans les montagnes qu'ils ont dû séjourner encore pendant que les Huns, les Avares, les Slaves et puis les Bulgares, ont occupé les plaines abandonnées par les Gots. La plupart de ces peuplades ont passé par la Vallachie sans rien fonder, parce que leur vie nomade les préparait mal à prendre racine sur le sol par la colonisation, et que leur désir de butin les poussait plus loin, vers le cœur de l'empire byzantin.

Lorsque Serbes et Bulgares ont passé en Mœsie et que les premiers sont allés plus loin, dans la Serbie, la Dalmatie, la Croatie d'aujourd'hui, les Roumains ont dû s'épancher hors de leurs montagnes et occuper les plaines. De nos jours encore, nous voyons l'élément roumain s'étendre au delà du Danube, et faire de l'agriculture en remplissant les interstices laissés vides par d'autres populations. Comme on le verra plus loin, sur la rive droite du Danube il y a 155000 Roumains et plus en Serbie et près de 100 000 en Bulgarie, sans compter ceux de la Dobrodja La langue romane du Danube n'a pas de dialectes. Ce fait s'expUque aisément par l'hypothèse qui consiste à admettre que la population vallaque a vécu serrée dans les régions montagneuses tant que les Gots, les Slaves et les Bulgares ont occupé les plaines.

Voici quelques rapports crâniométriques pris sur une série de 25 crânes roumains que nous avons examinés : Indice céphalique (rapport entre le diamètre transverse maximum et l'antéro-postérieur maximum) 85,00 86,54; indice frontal (rapport entre le diamètre frontal minimum et le diamètre transverse maximum) 67,2'2-68,84 ; indice jugal (rapport entre le diamètre frontal minimum et le diamètre bijugal) 86,66-90-95 et même 98; courbe frontale (la courbe totale étant 100), la courbe frontale a été de 40 à 42. Le prognathisme maxillaire (Topinard) a été entre le 12 et le 18, quelquefois 21 . Pius loin nous comparerons ces rapports avec ceux des crânes bulgares (variété tatare).

Mais depuis dix-huit siècles d'autres petits groupes sont venus se fondre dans la masse des Roumains. Ainsi, aux quinzième et seizième siècles, des Tatars sont venus s'établir en Moldavie.

La grande majorité est restée confinée à part; mais l'examen des caractères morphologiques et physiologiques des habitants de certaines contrées nous fait

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admettre que les Tatars se sont fondus au milieu des Roumains de quelques districts orientaux de la Moldavie {Dorohoiu, Botosiani.Jassi, Vaslui). Quelques famill-^.s tatares sont même parvenues à faire partie des classes privilégiées d'autrefois. Parmi les soldats mercenaires, la Moldavie avait beaucoup de Tatars.

Aujourd'hui les individus croisés de Tatar sont reconnus très-aisément : les yeux un peu obliques (à la façon des Mongols), les pommettes très-saillantes, le nez retroussé, la lèvre supérieure longue, un peu de prognathisme maxillaire, la taille petite, les épaules larges, les incurvations de la colonne vertébrale à peine prononcées ; les cheveux noirs, gros, raides comme du ciin de cheval ; hommes violents, batailleurs, querelleurs, voulant toujours dominer et pressurer les autres. Bons soldats, excellents cavaliers.

Au seizième, au dix-septième et surtout au dix-huitième siècles, de nombreuses bandes d'Albanais arrivaient en Roumanie prendre du service comme soldats mercenaires ou comme gardiens {bravi, spadassins, arnaoules) des hommes puissants. Il y eut même des Albanais venus avec leur far>7ille. On les confond souvent avec les Grecs, mais ils ne s'adonnent pas au commerce, comme ces derniers. Les Albanais n'ont été que soldats mercenaires ou fonctionnaires, comme la plupart des Corses venus en France. C'est à la dernière extrémité qu'un Albanais cultivera la terre ou exercera un métier manuel suivi, comme le fait le Roumain, ou qu'il fera le commerce, comme le Grec. Les fds et les petit-fils des Albanais venus en Roumanie passent aujourd'hui pour des Roumains. Ils habitent surtout les villes, et constituent la classe des fonctionnaires. On a quatre fois plus de solliciteurs que de places à donner. On devine de suite les graves inconvénients qui en résultent pour l'état social.

Aux deux derniers siècles les Albanais ont réussi, par une infiltration lente et insensible, à s'emparer des fonctions les plus élevées du pays en en éliminant peu à peu les indigènes et en constituant une petite oligarchie. Ils ont toutes les qualités et tous les défauts des anciens Byzantins. Le génie de l'organisation sociale et pratique leur manque complètement. Ils n'ont pas la discipline des Teutons. C'est à qui cherchera à monter sur les épaules de son supérieur. Ceux qui sont en bas se coalisent pour renverser celui qui est plus haut. Ce sont eux que l'on appelle des phanariotes. Comme leur langue a toujoin-s été inculte, dès qu'ils apprenaient à lire et à écrire, ils adoptaient la langue grecque. Voilà \)ourquoi on a commis l'erreur de les prendre pour des Grecs.

Les caractères morphologiques des Albanais sont: taille moyenne ou audessus de la moyenne ; formes athlétiques; ossature fortement développée; il en est de même du systèmi) musculaire ; l'ouverture des paupières paraît de forme arrondie, ce qui, joint à la forme du nez, donne à la physionomie quelque chose qui rappelle le faucon, le hibou et le grand-duc. Les cheveux et les poils sont noirs comme du charbon, épais et roides; les sourcils larges, touffus, ébouriffés s'avancent au-dessus des orbites comme un auvent; les favoris couvrent pi-esque toute la largeur des joues; les moustaches touffues paraissent une brosse des plus fournies ; les poignets sont forts. Les femmes ont le squelette viril • leurs seins sont portés en dehors et très-éloignés l'un de l'autre. On ne voit i)as parmi les Albanais des blonds aux yeux bleus, à peau blanche et rosée, à figure lon-ue et fine. On ne peut donc pas considérer les Albanais comme étant des descendants des Kymris. Comme il est arrivé bien plus d'hommes que de femmes la plupart des Albanais se sont mariés à des femmes du pays, et aujourd'hui les

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Albanais purs sont rares ; on rencontre surtout des fils et des petits-fils d'Albanais croisés de Roumain et quelquefois croisés de Bulgare. Le plus souvent, les métis le demi-sang et le quart de sang, se reconnaissent sans difficulté.

Il y a en Roumanie de nombreux Roumains du Sud, qui sont venus de la Macédoine et de l'Épire. On les a souvent pris pour des Grecs. Ces Roumains exercent les professions de cullivateur, de fermier, de boulanger, pâtissier, entrepreneur de bâtisse, maître-maçon, tailleur de pierres, orfèvre, etc. Devrais Grecs, il y en a peu en Roumanie. Us habitent les grandes villes et les ports, et ils sont banquiers, commerçants eii grains, commissionnaires, courtiers, armateurs et capitaines de navires voiliers. Us ne s'adonnent pas aux mêmes professions que les Albanais grécisés de langue. Toutefois ou a vu plus haut que l'on a pris souvent les uns pour les autres à cause de la langue parlée.

Les Bulgares constituent le troisième élément ethnique qui est venu se fondre dans la masse des Roumains. A vrai dire, ils ne se fondent que dans les villes, cil la majorité de la population n'est pas roumaine. Mais dans les villages. Bulgares et Roumains vivent séparément, sans se croiser d'une manière ostensible, sans doimer de i'réquents exemples de mariage mixte. C'est surtout à la suite des guerres de la fin du siècle dernier, et encore après {^il, que de nombreuses familles bulgares quiltèient la Turquie pour venir s'établir en Roumanie. Sur la rive gauche du Danube, ils prospérèrent bien plus que dans leur pays. C'est en Roumanie que les chefs du mouvement bulgare reçurent l'inslruction. Dans les villes, les fils perdent complètement la langue de leurs pères. Lue génération suffit pour roumaniser de langue les Bulgares. Beaucoup de fils de Bulgares de la Roumanie vont recevoir l'inslruetion supérieure dans les facultés de Paris, et là ils passent pour des Roumains.

Ou a Irétjuemment observé dans les écoles que les métis issus du croisement entre Roumain et Rulgare ont l'intelligence faible. C'est par la faiblesse du jugement qu'ils pèchent surtout. C'est là un exemple de plus que les croisements entre races par trop dissemblables ne donnent pas de résviUat satisfaisant. Les Bulgares de Roumanie sont cultivateurs et pécheurs dans les campagnes. Aux environs des villes ils sont maraîchers, et dans les villes ils sont tanneurs, mégissiers, charretiers, marchands de vin, quincailliers, merciers, marchands de nouveautés; ils font la petite banque et la petite usure, et autres négoces qui consistent à débiter des produits de l'industrie autrichienne. Comme dans tous les dénombrements les fils de Bulgares nés dans le pays passent pour des Roumains, on ne connaît pas le nombre exact des Bulgares. 11 nous semble que le chiffre de 50 0110 ne s'éloigne pas trop de la vérité. Nous ne comptons plus ceux de la Bessarabie ni ceux de la Dobrodja, dont nous parlerons plus loin.

Nous allons passeï' maintenant en revue les populations étrangères qui ne se fondent pas dans la niasse de la population roumaine : ce sont les Tsiganes, les Arméniens, les Allemands, les Hongrois, les Russes et les Juif>.

Tsiganes. Au nombre de 500 000 environ. Quelques personnes pensent qu'ils n'atteignent que le chiffre de 200 000. La divergence résulte de ce que bon nombre de Tsiganes ne parlent d'autre langue que le roumain et se donnent pour Roumains. Autrefois seifs, aujourd'hui libres, ils sont ménétriers, forgerons, jnaréchaux-ferrants, cuisiniers, orpailleurs, montreurs d'ours; d'autres lauriquent de grossiers objets de boissellerie, ou sont employés comme journaliers aux constructions, pour porter le moitier et les briques ; quelques-uns sont même briquetiers. Bien peu se décident à culiiver la tene, car avant tout

IIANUP.IK.NNI^ (Ri-.GioN). ^^^"'^

ils aimenl à vagabonder, à vivre de maraude et de mcndiciU'. On les \oitcamiier partout où ils trouvent de l'ouvrage, souvent après avoir fait tout leur possible pour ne pas en trouver. Ils s'abritent sous des lentes ou sous des baraques laites à la bâte. Ils vivent là demi-nus, pêle-mêle, hommes, femmes, enlants, pourceaux et chiens. Paresseux au delà de ce qu'on peut imaginer, constamment endettés, ils ont toujours escompté leui- travail pour l'aimée à venir. On les conduit bien quand on les traite en enfants gâtés, par l'eau-de-vie, les petites laveurs et la crainte de la correction. Dès qu'on veut les traiter en hommes libres, en citoyens, on n'obtient rien d'eux; il ne faut jamais s'attendre à ce qu'ils remplissent de bon gré les engagements pris. Ils ont cela de commun avec les Nègres. Tous les entrepreneurs qui les emploient aux terrassements ou aux vendanges prennent l'engagement de les nourrir, car, si on leur confie l'argent le samedi soir, tout sera dépensé le dimanche au cabaret, et la semaine suivante le Tsigane mourra de faim, ou ira mendier. Le talent du Tsigane pour la musique est connu. Chaque bande ou clan a un chef librement élu ; c'est ce dernier qui, au nom de la bande, conclut toutes les conventions concernant les travaux à exécuter.

Il existe un pitit nombre de Tsiganes venus de la Turquie. Autrefois musulmans, aujourd'hui ils n'ont ni (emple, ni prêtres, ni livres de prière, ni rien qui dénote un culte. Ces nomades n'exercent qu'un seul métier, celui d'étameurs et de raccommodeurs de casseroles. Leur langage est du tsigane mêlé de turc. Entre temps ils élèvent des buffles. Le lait de ces bestiaux est la principale ressource du nomade en temps d'hiver, lorsqu'il ne peut pas parcourir le pays pour exercer son métier.

Ces Tsiganes sans culte ne sont ni voleurs ni maraudeurs. Ce sont des gens très-honnêtes, ayant de l'ordre, et qui tiennent scrupuleusement leurs engagements, tandis que les Tsiganes chrétiens sont en général d'une mauvaise foi insigne.

Les Arméniens de la Vallachie sont venus de la Turquie ; ceux de la Moldavie sont arrivés directement de la grande Arménie aux quatorzième, quinzième et seizième siècles, pour échapper aux persécutions des Persans. Les premiers parlent turc entre eux, les seconds se servent de l'arménien. La jeune génération ne connaît bien que le roumain. Ils s'occupent surtout de commerce et font aussi la petite banque. Quelques-uns sont fermiers ou cultivateurs. Un grand nombre sont marchands de tabac. Avant l'établissement du monopole, le tabac n'était préparé, coupé et vendu que par des Arméniens. Ils sont doux, nullement querelleurs ni violents; ils sont fins, souples, rusés, mais honnêtes, sobres, rangés et très-parcimonieux. Dans la plupart des familles arménienne!), on trouve la phlhisie ou la scrofule. Us ont généralemont le dos voûté, les os petits, les mains fines, peu de force musculaire. Nous parlons de ceux de la Roumanie, car à Constantinople nous avons trouvé des Arméniens très-solides, exerçant le pénible métier de porte-faix. En Roumanie, ils sont au nombre de 8000 environ. Pour 100 naissances, il y a 154 décès.

Les Arméniens ne se marient qu'entre eux, et, comme les familles sont peu nombreuses, ils sont tons apparentés, bien qu'il ne se contracte pas parmi eux de mariage entre cousins germains.

Les AUemands sont au nombre d'environ 50 000. Comme partout, ils ont des habitudes de pérégrination et de diffusion ; ils gardent leurs caractères et leurs mœurs. C'est dans les villes qu'ils s'établissent le plus souvent, où ils sont

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serruriers, tapissiers, tailleurs, bottiers, instituteurs, musiciens, commerçants, domestiques. Les femmes sont souvent gouvernantes auprès des enfants.

Hongrois et Szeklers ou Ciamjai. Les Székiers (en roumain Secui) constituent en Transylvanie une population très-proche des Hongrois par le type, pur la langue et les mœurs. On croit généralement qu'ils descendent des tribus venues à la suite des armées d'Attila, Us ont le type franchement mongoloïde ; les yeux obliques, les iris d'un gris à peine verdâtre ou d'un gris tirant sur le fauve clair, le nez retroussé, les arcades zygomatiques très-saillantes, les lèvres épaisses, le menton pointu, les cheveux d'un blond clairon roussâlre, rarement brun clair. Dans les principales villes de la Roumanie, il arrive des immigrants hongrois et szekleis. La plupart du temps ils sont journaliers, cochers ou palelieniers. Quelques-uns retournent chez eux après avoir fait quelques épargnes. D'autres finissent dans les hôpitaux. Il y a aussi beaucoup de femmes de cette race, qui servent comme domestiques dans les grandes villes. Les Székiers sont rudes, grossiers, prêts à s'emporter et à se quereller, vindicatifs. Ceux qui naissent en Roumanie ])erdent la langue hongroise. Il y a environ 16 000 hongrois et Székiers habitant principalement les villes de la Roumanie. 11 y a en outre environ 50 000 Székiers désignés en roumain sous le nom de Ciangai et élablis en Moldavie, principalement dans les villages des départements de Roman, de Bacau et d'Iassi. Ils ont fui la Transylvanie à diverses époques pour échajipcr à la tyrannie des seigneurs et à la persécution exercée contre les catholiques.

Les Ciangai sont cultivateurs, ils ont été rendus propriétaires par la loi agraire, et ils prospèrent bien; ils ne s'allient qu'entre eux et suivent le culte catholique. De plus en plus ils abandonnent leur dialecte ouralo-altaïque pour la langue roumaine.

Le Russes, au nombre de 30 000 environ, habitent surtout lassi. 2000 environ appartiennent à la secte des Vietix-Croijanls. Un certain nombre sont même origénistes ou skopci. Bon nombre des cochers de fiacre et propriétaires de voitures de louage d'Iassi et de Bucarest appartiennent à cette dernière secte (origénistes).

Les Vieux-Croyants (appelés aussi Lipovani) non-origénistes sont pêchems, négociants, meuniers, maquignons, cultivateurs même. Ces sectaires immigrent en Roumanie parce qu'ils sont molestés souvent en Russie pour leur culte hérétique. En Roumanie, on leur laisse une liberté de culte absolue.

Le> Skopei ne font de prosélytes que parmi les individus do leur race qui arrivent de Russie. Quelques-uns ne se font châtrer qu'après avoir eu un enfant mâle. Ils s'abstiennent des boissons alcooliques et du tabac, et ils ne mangent jamais de viande.

Les Juifs, au nombre à peine de 60 000 en 1849, dépassent aujourd'hui le nombre de 400 000. Ils arrivent à flots de la Podolie et des autres provinces polonaises de la Russie. Il se fait ainsi en Roumanie une infiltration, une invasion lente et insensible de Juifs polonais. Partout où ils arrivent, les indigènes sont réduits à se retirer du commerce. La grande solidarité des Juifs polonais est connue. Ils se tiennent tellement entre eux qu'ils font tomber tous les autres négociants, grands ou petits. Les Juifs ne produisent rien dans un pays agricole. Ils font les intermédiaires ; et quand le nombre des courtiers est considérable au point que tous ne trouvent pas d'occupation, ils ont une aptitude rare à accaparer les denrées et à établir une infinité de barrières autour des

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producteurs et des consommateurs. Les producteurs sont forcés de payer de fortes commissions pour pouvoir vendre leurs produits, ou, ce qui revient au même, ils sont réduits à livrer la marchandise auv Juifs pour presque rien.

La population juive prospère et augmente d'une manière étonnante, pendant que la population indigène tombe dans la misère et décroît. Nous avons donné plus haut la proportion entre les chiffres des décès et des naissances. Le langage des Juifs est un jargon allemand mêlé de slave et d'hébreu. Dans leurs écoles ils étudient avant tout l'allemand ; ils ont des journaux écrits en allemand. Aussi les considère-l-on comme des germanisateurs par excellence. Ils constituent un Étal dans l'État.

Si l'on examine bien les caractères morphologiques des Juifs polonais qui arrivent de la Podolie, on ne tarde pas à se convaincre qu'elle est bien justifiée, l'opinion qui consiste à admettre que ces Juifs sont fortement croisés d'une variété de Tatars. Au neuvième siècle, des Tatars de la Pologne se sont convertis au judaïsme. Une autre population tatarc, dite des Khazars (sur la Volga), avait adopté le judaïsme et vivait sous la conduite d'une aristocratie juive. Deux géographes arabes du dixième siècle nous l'attestent. Ces Juifs polonais ont le front étroit dans le sens transversal, les yeux petits et écartés, bleus on gris ; le nez empâté et souvent retroussé, les pommettes fortement saillantes, les doigts gros et courts, les incurvations de la colonne vertébrale peu prononcées. On se rappelle que les Juifs proprement dits ont de grands yeux noirs, le nez fin et long, les doigts longs et effilés, les incurvations de la colonne vertébrale bien prononcée?. Du temps que les cheVoux de ces derniers sont frisés ou bouclés, les cheveux des Juifs polonais sont roides, gros et plats. Aussi ontils la coutume de porter des boucles en tire-bouchon qui pendent devant les oreilles, des cheveux bouclés artificiellement.

On voit ici une race tatare qui veut s'arranger les cheveux de façon à ressembler à la race dominante qui a donné la religion et l'organisation sociale particulière. Ce phénomène a été observé ailleurs aussi. Une race inférieure asservie et dominée par une autre supérieure déforme même les crânes des enfants pour les faire ressembler à la race qui a donné le ton. Ailleurs, des brachycéphales asservis ramènent le plus de cheveux sur l'occiput pour ressembler aux dolichocéphales.

On ne trouve pas parmi les Juifs espagnols (les vrais Juifs) ce type tatar aux yeux petits et écartés, aux pommettes saillantes, au nez empâté, etc.

Encore un trait commun aux Tatars et aux Juifs polonais. Ces derniers s'occupent beaucoup de chevaux. Ils sont marchands de chevaux, maquignons, charretiers et surtout rouliers. Avant les cliemins de fer, ils avaient presque le monopole des transports dans la haute Moldavie. Comme on le voit, les Juffs polonais, si réfractaires à la civilisation, ne sont pas plus Juifs que les Français ne sont des Francs.

Les Juifs espagnols sont arrivés en Vallachie par la Turquie. Ils sont peu nombreux, parlent un espagnol altéré, et ils sont plus susceptibles de se civiliser que les autres.

La population des villes de la Roumanie se compose en majorité de non- Roumains. C'est dans les villages que l'on trouve le Roumain. Dans les villes, surtout à Bucarest, Ploiesci, Gallatl, Braïla et Giiirgevo, on trouve des commerçants bulgares, allemands, grecs et surtout juifs; des artisans allenands et même hongrois ; des maraîchers, des tanneurs et des marchands de vin bulgares;

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des domestiques hongrois et allemands; des cochers et des loueurs de voitures russes ; des fonctionnaires et des postulants albanais, ou plutôt métis d Albanais et de Roumain. Les fermiers et les boulangers sont des Roumains du sud.

Un phénomène ethnologique curieux à noter est aussi le suivant. Du temps que dans les villes roumaines du littoral danubien la grande majorité des commerçants et trafiquants est composée de Bulgares roumanisés de langue, de l'autre côté du Danube la population des villages de la Bulgarie et de la Serbie — comme on le verra plus loin — est composée de cultivateurs roumains. Dans ces régions, chaque race exerce les professions qui vont de pair avec l'ensemble de ses aptitudes. On ne trouve pas de maréchal-ferrant qui soit Boumain ou Juif; on ne trouve pas un seul Tsigane qui soit -berger, batelier, commerçant ou tanneur.

Dans bon nombre de villes de la Moldavie, U population juive polonaise, colonisée depuis peu, l'emporte sur la population indigène. Ainsi, dans les villes des districts de Falciu, les Juifs représentent le quart de la population; ils représentent un tiers dans les villes du district de Bacau ; la moitié, dans les villes des districts de IScmtiu et Botosiani, et les deux tiers dans les villes des districts de Roman, Dorohoiu et lassi. Pour la plupart, ces immigrants ne connaissent de la langue du pays qu'un petit nombre de mots nécessaires pour le petit trafic. U ne saurait y avoir de progrès réel sans Thmiogénéité de la population, au moins l'homogénéité pour la langue parlée et écrite. Aussi cette immigration rapide est-elle, dans cette région, considérée comme une cause d'arrêt de développement dans l'cvolulion sociale. Gomme on l'a fait ressortir cette année même (1880) au sein de la Société des économistes de Paris (M. l'aul Leroy-Beaulieu et M. Vogel), cette immigration n'est même pas comparable à l'invasion des Chinois en Californie, parce que les Chinois cultivent la terre, sont industriels, tandis que les Juifs polonais ne font ni l'un ni l'autre. Ils ne produisent pas, ils trafiquent. Le nombre de ceux qui faisaient les transports est insignifiant auprès de la masse des Juifs qui immigrent.

§ IV. Habitudes hygiéniques. Les tempéraments qui prédominent dans les plaines, presque toutes vouées à la malaria, sont le temptrament lymphatique et le lymphatique nerveux; dans les montagnes, c'est le tempérament sanguin. Dans quelques rares étroites vallées des montagnes, la population est rabougrie, scrofuleuse, sujette aux goitres. Le tempérament bilieux est rarement observé. Les obèses sont excessivement rares. Les habitants sont pluiôt maigres. Dans les villes, les femmes sont souvent sujettes à la constipation, soit parce qu'elles mènent une vie sédentaire, soit parce qu'elles sont atteintes de maladies utérines chroniques, maladies que l'on ne traite pas généralement d'une manière rationnelle. Les affections utérines sont fréquentes aussi dans les campagnes, parce que les femmes se remettent à travailler peu de temps après l'accouchement. Dans les villes, surtout parmi la population résultant du mélange des indigènes avec des étrangers, les affections de la matrice reconnaissent encore une cause : c'est la fréquence des avortements provoqués.

La menstruation s'établit vers treize ans, un peu plus rarement à quatorze ans, très-rarement à douze ou quinze ans. Le déclin arrive de bonne heure. A vingt-six ans, les paysannes de la plaine paraissent en avoir trente-huit; leurs seins sont flétris, flasques et pendants.

Tandis que les jeunes soldats venus de la montagne sont vigoureux, san-

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guins et musclés, ceux des plaines marécageuses sont, après la moindre maladie, anémiijues comme de jeunes filles chlorotiques. Les hommes des classes oisives ou sédentaires des villes sont fréquemment affectés d'hémorrhoides.

Dans les plaines, les maisons des paysans sont formées par un clayounage en bois dont les vides sont remplis par de la terre argileuse ; leur toit, couvert de chaume ou de gerbes de roseaux, s'avance au-dessus de la porte d'entrée. Dans l'intérieur, le sol est couvert d'une couche d'argile mêlée de bouse de vache. Il y a une cuisine et une ou deux chambres. Derrière l'âtre où l'on fait du feu pour cuire W aliments se trouve l'ouverture d'un poêle fait de briques et d'argile, poêle qui chauffe assez bien la chambre en hiver.

Les pauvres gens, et surtout les Tsiganes, ont de véritables huttes de troglodytes creusées dans Ja terre, et dont le toit seulement est au-dessus du sol. Ces habitations appelées hordei sont remplacées peu à peu par des maisonnettes. Rien de plus malsain que ces misérables huttes. Pendant la guerre d'Orient de 1855, on avait abrité les blessés russes et turcs dans ces caves. Le typhus, la pourriture d'hôpital et les érysipèles ont enlevé la moitié des blessés.

Dans les montagnes, l'aspect des habitations rappelle l'aisance et la propreté. Les maisons y sont construites en rondins de bois bien égaux, dont les intervalles étroits sont remplis par du mortier. Assez souvent les maisons des paysans ont aux fenêtres des baudruches en place de vitres.

Dans les villes, peu de maisons bâties dans de bonnes conditions hygiéniques. Ce sont pour la plupart des rez-de-chaussées ou des maisons à peine exhaussées de 50 ou 40 centimètres au-dessus du sol.

Dès que l'hiver fait son apparition, la petite bourgeoisie s'empresse décoller du papier tout autour des fentes des croisées. Les fenêtres ne seront plus ouvertes iiu'au printemps. La venlilation se fait mal. Pour chauffer les chambres on a des poêles construits en maçonnerie, comme les poêles suédois simples, ou bien pourvus de colonnes creuses où l'air chaud circule. Généralement on ne se sert pas de brasiers comme dans l'Italie méridionale et en Turquie , mais on a une autre mauvaise habitude. Le soir, dès que la braise n'a presque plus de flamme, on place des couvercles dans le tuyau de la cheminée, de manière à intercepter toute communication du foyer de combustion du poêle avec l'air extérieur. Souvent dans ces chambres aussi peu ventilées que l'on vient de le voir, petites, basses de plafond, on fait coucher une famille nombreuse, y compris les domestiques femelles, qui couchent par terre. Dans la même chambre on sèche du linge. Il s'ensuit que les gens peu aisés de la petite bourgeoisie des villes sont aflHgés en hiver de céphalalgie, de stomatites, de gingivite ulcéreuse, d'ophthalmies, etc.

D'après un préjugé auquel la population ignorante à de la peine à renoncer, les enfants atteints de fièvres éruptives ne doivent pas changer de chemise pendant neuf jours. On enduit le corps des malades avec toutes sortes de corps gras, et le médecin se fait aisément une idée de la manière dont l'air des petites habitations est vicié. 11 est rare qu'on ne place pas des compresses imbibées d'eaude-vie sur le devant de la poitrine d'un petit enfant malade. Cela contribue à rendre l'atmosphère de ces chambres irrespirable, et souvent le malheureux petit être a des accidents nerveux causés par l'aspiration des vapeurs alcooliques. On croit alors à une nouvelle maladie.

Généralement, en Roumanie on se nourrit mal. Le paysan est sobre ; il a une alimentation à peine réparatrice, insuffisante par sa qualité. La base de l'ali-

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mentatiou de l'homme du peuple n'est pas le pain, mais le maïs. Dans quelques rares districts, le maïs est remplacé par le millet. On use peu du seigle et du sarrasin. Quelquefois on fait du pain avec de la farine de froment et mi-partie de la farine d'orge. Lorsque le paysan pauvre fait du pain, il donne plutôt la préférence à la tou7'te cuite sous la cendre, c'est-à-dire au pain azyme. Cela \ient de ce que peu de ménages de villageois ont des fours, et de ce que l'on manque souvent de levain dans les petites localités oij l'on ne fait du pain que de temps en temps. Avec la farine de maïs ou de millet, ou fait une pâte appelée memeliga. On délaye la farine dans de l'eau chaude, on y ajoute le sel nécessaire, et l'on tourne la pâte avec une baguette pendant qu'elle cuit. Celle memeliga n'est pas spongieuse comme le pain bien cuit : aussi est-ce un aliment assez lourd, parce (pie les sucs digestifs' ne le péncircnt pas facilement, La memeliga est mangée plulot chaude. Les restes sont mangés le lendemain matin. On fail la pâle tous les jours. S'il en reste le surlendemain, c'est la part des chiens et des poules. Il faut que le paysan ou le Tsigane soit dans l'extrême misère pour manger de la memeliga de l'avant-veille. Le troisième jour cette pâte devient acide, elle moisit. ]\ous insistons sur ces détails parce que nous croyons qu'en partie la pojiulalion est exemjtte de la pellagre justement parce que la pâte est mangée le jour même, et qu'on ne la laisse pas s'altérer.

Nous avons appris que dans des cas rares il se forme dans la memeliga de la veille des taches d'un rouge pourpre. Ce sont comme de petits noyaux de pâte rouge pas plus grands qu'une cerise. Lorsque ces taches apparaissent, les pauvres gens évitent encore plus de manger de la memeliga préparée la veille oa l'avant-veille. On nous a plus d'une fois raconté que ceux qui se nourrissent de memeliga de millet sont sujets à la constipation.

Dans les ménages plus aisés on fait un gâteau de farine de blé mêlée à de la farine de maïs ; c'est cuit au four dans un vase en terre -, c'est déjà une friandise pour l'homme du peuple. Nous ne quitterons pas ce sujet sans parler d'un succédané de four, sorte de four de campagne, qui pourrait rendre des services à l'Occidental que des occupations aventureuses conduiraient dans un village oui il n'y a pas de four. Les femmes fabriquent ce qu'elles appellent un test (du latin testum) ; cela a la forme d'une carapace de tortue ayant 0,50 de diamètre. C'est fail en argile. On le pose sur trois briques et l'on fail un grand feu en dessous. Lorsque le test est suffisamment chauffé, on en couvre le pain, qui a été placé sur l'àtre. A lu rigueur on peut obtenir de la sorte du pain aussi bien cuit qu'au four. Il ne faut pas que la miche soit bien épaisse, mais plutôt aplatie comme une tourte.

Revenons à la nourriture de l'homme du peuple. Quand il est dans de bonnes conditions, il se nourrit de haricots, de lentilles, de choucroute, de poisson salé, de viande salée et de laitage. Mais bien souvent le paysan ne mange presque que de la memeliga avec des herbes. Ainsi, il se nourrit d'amaranthe, d'arroche des champs, d'orties et d'autres herbes. Il trouverait bien un peu de babeurre ou de fromage, mais c'est l'Église d'Orient qui prescrit pendant les carêmes un régime qui exclut même le poisson, les œufs et le laitage. On mange les concombres après qu'on leur a fait subir une fermentation lactique, comme celle de la choucroute. En Autriche aussi on prépare de la sorte les concombres, et on les appelle Sauve Gurken. Dans cet état, ce fruit n'est pas lussi indigeste que lorsqu'on le mange vert. La viande salée que les gens du peuple mangent quelquefois est de la viande de bélier, de bzebis ou de chèvre, Irès-souven

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couverte de mucédinécs. Les paysans ne mangent pas de riz, mais dans certaines localités ils préparent un plat avec du blé bouilli ; ils y ajoutent parfois du miel.

On a trouvé le moyen de préparer le maïs de différentes manières. Ainsi, on mange les jeunes épis de maïs cuits dans l'eau ou bien grillés près du feu. Cette dernière préparation est trouvée bonne même par les Occidentaux. Une autre préparation des grains de maïs, qui est plutôt une friandise à l'usage des femmes et des enfants, consiste à faire griller les graines dans une bassine percée de trous comme une écumoire. Les grains deviennent secs, cassants, assez agréables, car une partie de la substance amylacée s'est changée en caramel. Une autre partie de cette substance sort cuite de la graine en forme de végétation de couleur blanche. Le grain est alors spongieux, léger, tendre, ressemblant à une fleur à pétales blancs. Cette friandise assez nourrissante est appelée floricelle.

Les condiments du paysan sont le poivre long- ou piment [capsicum annuum), l'ail, l'oignon, etc. Comme cette alimentation n'est pas riche en matières azotées, le paysan mange beaucoup pour suppléer par la quantité à l'insulfisance de la qualité. Songeons qu'il y a de 185 à lO-i jours de maigre par an ! de ce maigre prescrit par l'Église d'Orient, et qui semble avoir été établi ponr les Indes, et par des rêveurs qui ignoraient complètement les conditions dans lesquelles une population peut se développer.

Etant donné les plaines marécageuses de la vallée du Bas-Danube, si un de ces législateurs des pays primitifs, qui font entrer dans les commandements de la religion les prescriptions hygiéniques, si un pareil législateur avait pour but précisément d'obtenir que le nombre de la population du pays diminue, que les hommes deviennent chétifs, et qu'ils s'appauvrissent de manière que cette population soit facilement envahie, asservie économiquement, puis peu à peu remplacée par une autre population voisine; si, disons-nous, un pareil législateur désirait avoir le résultat que nous venons d'exposer, il prescrirait, au nom de la religion, un régime pareil à celui que la religion d'Orient impose aujourd'hui encore aux populations du Bas-Danube. Le législaleur ordonnerait aussi l'observance d'un nombre exagéré de fêtes, comme cela a lieu dans l'Église d'Orient,

On sèvre les enfants généralement assez tard, après un an ou quinze mois, et même parfois après deux ans et plus. Malheur aux pauvres créatures qui sont sevrées au commencement du grand carême de sept semaines !

La bourgeoisie a une cuisine ressemblant à celle des Grecs, des Turcs et des Napolitains : des pâtes, des aliments composés de viande h;ichée et noyée dans la graisse ; du poisson salé et autres salaisons ; grand abus de condiments comme le poivre rouge, ou les suivants : cornichons, aubergines, tomates et poivre vert conservés dans du vinaigre; du raifort râpé et arrosé de vinaigre. Des aliments, en somme, qui produisent ou entretiennent la diathèse urique, les dyspepsies acides, les congestions du foie, les dartres, etc.

Dans les villes comme dans les campagnes, on fait une grande consommation de melons et de pastèques.

Il nous faut décrire ici certaine soupe acide, grâce à laquelle on prend un aliment contenant une notable quantité de lacto-phosphale de chaux. On sait quelle importance ont pris dernièrement les médicaments aux sels de chaux, et

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Ton nous excusera, si nous entrons dans trop de détails. Nous désirons que l'on soit à même de préparer cet aliment d'après notre description. Nous allons dire ce que c'est que le hors d'abord.

On met dans un vase en terre cuite 400 grammes de son, 40 grammes de farine, 50 grammes de sel et 8 litres d'eau à 40° centigrades environ. On y laisse flotter une tranche de pain. Le vase est laissé dans un endroit où il fasse chaud (à côté du poêle en hiver) ; on le couvre d'un linge aussi transparent que possible ou d'un tamis, pour que l'air puisse y entrer aisément. Au bout de trois jours eu été, de six ou sept jours en hiver (dans uu appartement chauffé), le borsu est fait. Quand la provision en est épuisée, et que l'on veut en préparer une nouvelle quantité, on ne met plus de tranche de pain, mais on laisse dans le vase, outre le son que l'on met de nouveau, la dixième partie environ du son qui se trouvait dans le hors épuisé. C'est un ferment lacti({ue que l'on y laisse. Le hors est ainsi une solution d'acide lactique. L'acide lactique a pris naissance aux dépens de l'amidon.

Avant de dire comment on prépare la soupe au hors, il nous faut dire les propriétés chimiques de celte solution. Nous avons fait bouillir des os d'agneau ou de mouton pendant plusieurs heunsdans de l'eau commune, et par l'oxalate d'ammoniaque nous n'avons pas trouvé plus de sels de chaux que dans l'eau de rivière. Nous avons, après cela, fait bouillir des os d'agneau ou de mouton pendant plusieurs heures dans du hors, et par l'oxalate d'ammoniaque nous avons constaté la présence dans ce liquide du laclate et du jihosphate de chaux eu quantité notable. Il est clair que l'acide lactique a décomposé le carbonate de chaux des os pour donner naissance au laclate; grâce à la présence de l'acide lactique, une petite quantité de phosphate de chaux se dissout aussi.

Une fois le hors préparé, on peut faire la soupe à Vagneau, et de la manière suivante : on fait cuire pendant quatre heures, dans du bars décanté de façon qu'il ne contienne pas de >on, une tête d'agneau entière, des côtes, des pieds et d'autres os. Pour assaisonner la soupe, on ajoute de l'aneth, du cerfeuil ou du troëne. La soupe est excellente. Elle contient beaucoup de gélatine et suffisamment de lacto-phosphate de chaux. La viande d'agneau, si fade, acquiert de la saveur, grâce à l'acide lactique. Quand le jus et les morceaux sont mangés, on ouvre le crâne et l'on en retire la cervelle qui a acquis aussi une bonne saveur grâce à l'acide. Au printemps, lorsque c'est l'époque des agneaux, on mange presque tous les jours cette soupe sans que l'estomac s'en fatigue. Lorsque l'agneau est devenu par trop âgé, on met dans la soupe une tèle et des pieds de mouton. Plus il y a d'os, mieux cela vaut.

Le hors sert aussi à faire une soupe au poisson ; on prend.pour cela du poisson dont la chair donne plus de gélatine.

Nous rendrons compte d'une autre habitude hygiénique particulière à la Roumanie. Nous voulons parler de l'usage Irès-répandu des confituies ou dulcealia. On en confectionne non-seulement avec des Iruils indigènes ou exotiques, avec des fruits mûrs ou verts, mais aussi avec du chocolat, du café, de la vanille. On en fait de délicieuses avec des pétales de roses. Pour se rafraîchir, on prend une cuillerée de confiture que l'on fait suivre aussitôt, et avant que celle-ci soit toute ingérée, d'un très-grand verre d'eau fraîche. On prend la dulceatia deux ou trois heures après les repas, pour calmer, dit-on, le feu deVeslomac; mais c'est surtout le matin à jeun que hdulceatia est indispensable au bourgeois. Bien des personnes n'ont leur garde-robe habituelle qu'au piix d'une, deux ou trois cuil-

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lerées de confitures, suivies chacune d'un grand verre d'eau. En été on en prend toutes les fois qu'on a soif.

Pour les malades, la dukealia suivie d'eau fraîche remplace très-avantageusement les tisanes. On a des confitures quelque peu laxatives, on en a d'astringentes (comme celles faites avec des noix vertes conservant leur brou, avec des coings ou avec les cornouilles) ; ou en fait d'aromatiques (oranges, cédrats, etc.). La dulceatia est plus liquide que les gelées que l'on fait en France.

Pour ce qui est de l'eau potable, les localités se trouvent généralement dans de mauvaises conditions Dans les régions des montagnes et des collines on a de l'eau d'excellente qualité. Dans les plaines on a recours à l'eau de puits et à l'eau de rivière chargée de limon. Les citernes ne sont pas en usage. Nulle part il n'y a d'aqueducs. Dans les grandes villes, et même djus la capitale, l'eau des rivières est chargée des eaux de ménage qui n'ont pas d'autre écoulement.

A Bucarest, on a quelques tronçons d'égout, mais l'eau de ces canaux se déverse dans la rivière bien avant que celle-ci sorte de la ville. En aval du point d'écoulement de ces égouts, on puise l'eau potable. Dans les ménages aisés, on a des filtres en pierre perméable. Les autres habitants clarifient l'eau par Valunage. On met de l'alun en poudre dans une cuve d'eau, et l'on agite fortement le liquide avec un bâton. Après quoi on laisse reposer l'eau. L'eau des puits de la capitale, sauf de rares exceptions, est séléniteusc ; elle contient du sulfate de chaux, du nitrate de potasse, du chlorure de sodium.

Jusqu'à ces quinze dernières années on a enterré les morts dans les cours des églises, et il y avait plus de 125 petits cimetières dans la capitale. La plupart des puits se trouvent dans le voisinage de l'un de ces cimetières. Dans les cours des églises même il y a des puits. L'eau de ces dernières sources contient des sels ammoniacaux et du phosphate de chaux. On a vu des chevaux refusant de boire l'eau de certains puits.

Généralement ou boit du vin blanc ou rosé plutôt que du vin rouge. On s'empresse de boire le vin de l'année. Un grand tonneau de douze hectolitres est percé dans un ménage. Avant que l'on arrive à la fin de la pièce, l'air entré à la place du liquide évacué a déjà aigri le vin qui reste. Il n'y a que les personnes riches qui boivent du vin non aigri, du vin de deux ou trois ans.

Les pommes abondent, mais on ne fabrique pas de cidre. L'usage de la bière a été introduit par les Allemands. On en use dans les villes seulement. Une boisson spéciale au pays, c'est le vin d'absinthe, un vin stomachii|ue, beaucouji moins riche en alcool que le vermouth. On laisse macérer les feuilles d'absinthe dans les tonneaux de viu blanc, et l'on obtient ainsi un vin que l'on appelle •pelin. On le boit surtout au mois de mai. Il y a peu de localités où les cabaretiers ne tiennent pas de viyi à' absinthe. Cette boisson ne paraît pas être nuisible.

La tsuica, ou eau-de-vie de pruues, contient de 18 à 24 pour 100 d'alcool. Il s'en faut que toute l'eau-de-vie vendue soit fabriquée avec des prunes, du marc de raisin ou de la lie de vin. On fait beaucoup d'eau-de-vie de grains, et ce produit contient, comme on le sait, de l'huile de pomme de terre, ce qui est trèspréjudiciable à la santé des consommateurs.

Quelques rares fabricants piuifient l'alcool de grains aussi complètement que possible de l'huile de pomme de terre et des acides gras ; et même ils fabriquent ensuite de l'eau-de-vie avec cet alcool purifié et avec des noyaux de pèches, de prunes ou d'abricots, de manière que cette eau-de-vie ayant une vague saveur d'essence d'amandes amères peut passer pour de l'eau-de-vie de prunes ou zuica.

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Mais la grande majorité des paysans de la Moldavie, s'ils boivent de l'ean-de-vie, on leur (ait absorber un spiritueux non-seulement chargé de principes nuisibles comme l'huile de pomme de terre et les acides gras, mais une eau-de-vie sophistiquée avec du poivre, de l'acide azotique, de l'acide sulfurique, des sels de plomb, des sels de cuivre et autres matières toxiques. L'eau-de-vie falsifiée delà sorte est surtout débitée dans les villages de la Moldavie, où les cabarets sont tenus le plus souvent par des gens venus de la Pologne russe. L'autorité est impuissante à réprimer les fraudes dans ces régions. Les villages sont par trop cpars pour qu'on fasse inspecter les cabarets par des chimistes experts. Et la population venue de l'clranger pour s'adonner à ce commerce malfaisant est par trop bien organisée en groupes solidaires, prêts à se soutenir l'un l'autre comme nulle part. Cette population constitue déjà, par ses agissements, un État dans l'Etat. Lorsqu'on ferme un cabaret, il s'en ouvre deux autres le jour même, pour débiter la marchandise du fraudeur auquel on vient d'interdire le commerce.

Nous avons vu plus haut que Je régime alimentaire du paysan se compose de pâle de maïs et d'herbes plutôt que de légumes. Il lui faut un stimulant pour sa digestion. Sa pauvreté ne lui permet pas de boire du café ; il a infailliblement l'ecours à j'eau-dc-vie. Une fois qu'il y prend goût, il est entraîné sur la pente fatale de l'alcoolisme.

La boisson falsifiée lui irrite la muqueuse digestive; il faut qu'il boive encore, qu'il boive dans la limite du crédit q\ii lui est ouvert. Le voilà endetté ; ses journées de travail sont engagées pour l'avenir chez le cabaretier usurier et fraudeur. Le paysan ne sait pas lire et écrire ; le cabaretier profite des moments où le buveur n'a plus sa tète à lui pour charger le compte. Une fois arrivé à ce degré, le paysan, devenu fellah du rusé marchand exotique, doit boire pour oublier ses misères.

Voilà comment il se fait que l'alcoolisme, peu fréquent il y a trente ans, fait aujourd'hui d'effrayants progrès, particulièrement dans les districts de la Moldavie, où la population venue de la Pologne russe est plus nombreuse.

Le café n'est pris que par les habitants aisés des villes. L'usage du thé est encore moins répandu. Peu de personnes prennent du chocolat.

Un aliment liquide assez généralisé dans les villes pendant l'hiver, et qui vient des Orientaux, c'est le salep. On en vend dans les rues, on le prépare dans les ménages. Ce sont, comme on le sait, des bulbes à'orchis séchés que l'on récolte en Perse et en Arabie. On les pulvérise, mais non pas en poudre impalpable. On délaye la poudre dans l'eau froide, et l'on fait cuire le salep comme le tapioca. C'est excellent pour les enfants qui ont la diarriiée. Les Orientaux y ajoutent un peu de racine de poivre en poudre.

Dans les villes on fait un fréquent usage, en été, d'une boisson appelée bmga, c'est la boisson connue en Turquie sous le nom de hozan ou buzan. Voici en quoi consiste sa préparation. On fait moudre le millet, on le traite par l'eau modérément chaude, on brasse la pâte qui en résulte, en y ajoutant un ferment -lactique. Ce ferment n'est autre chose qu'une portion de la pâle de la dernière préparation. On laisse séjourner la pâte de douze à dix-huit heures dans un endroit suffisamment chaud (25° centigrade environ), puis on verse de grandes quantités d'eau froide sur la pâte, et l'on remue fortement le mélange de pâte et d'eau. On fait passer à travers un tamis, et la braga est iliite. Voici maintenant ce qui s'est passé pendant cette opération : une partie de l'amidon du millet

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s'est transformée en glucose, une autre partie est restée à l'état d'amidon el a passé à travers le tamis.

La braga, telle qu'elle vient d'être préparée, est appelée braga dulce. Effectivement elle est douce, car elle contient de l'eau, de la glucose, des sels (principalement des phosphates, des carbonates et des chlorures) el de l'amidon en suspension. Mais au bout de quelques heures (12 heures en été, 24 et 30 heures en automne) la glucose commence à se transformer en acide lactique sous l'influence du ferment. La braga prend alors le goût d'une limonade, elle est douce et acidulée en même temps. Puis elle devient entièrement acide : toute la glucose est transformée. On l'appelle braga acra. La température aidant, l'acide lactique se change en acide butyrique, puis en acide valérianique, et dans cet état elle n'est plus polable. Pour faire retarder le plus possible la transformation de l'acide lactique en acide butyrique, les fabricants tiennent constamment, en été, de gros morceaux de glace dans la braga. Cette boisson est blanche, un peu épaisse à cause de la grande quantité d'amidon qu'elle contient en suspension. Quelques gouttes de teinture d'iode colorent en violet une éprouvette entière. II n'y a pas dans la braga trace de fermentation alcoolique ni d'acide acétique. Pour le bas peuple c'est une excellente limonade, rafraîchissante en été, Jiygiénique et même nutritive par la quantité d'amidon et de sels (phosphate de chaux) qu'elle contient. La braga dulce, grâce à la glucose, est légèrement laxative ; la braga acra (acidulée) produit l'effet contraire, effet dû à la présence de l'amidon. La production annuelle de la braga dans la capitale est d'environ 200,000 francs.

Un fait digne de remarque, c'est que la pâte que l'on fait avec la farine de millet est brassée et chauffée assez longtemps dans une bassine en cuivre non étamée, et pomiant nous n'avons jamais observé d'accident d'aucune sorte chez les buveurs de braga.

Les femmes du peuple et celles de la classe moyenne sont assez dans l'habitude de se laver la tète au savon une fois par semaine ou tous les quinze jours ; mais on n'est pas dans l'habitude autrement de prendre des bains entiers, si ce n'est quand on se baigne dans la rivière.

Les gens du peuple ne portent pas de laine sur le corps, mais des chemises en coton. La large ceinture de laine n'est quittée par le paysan que lorsqu'il est soldat dans l'armée permanente, car dans l'armée territoriale on a laissé au paysan son costume. La fourrure en peau de mouton est d'un usage général. Les hommes portent des sandales comme dans l'Italie méridionale ; les jambes et les pieds sont enveloppés dans un grossier tissu de laine. Les paysannes et les enfants, et souvent même les femmes récemment accouchées et les enfants malades, marchent pieds nus dans la boue. La coiffure du paysan est le bonnet en peau de mouton. L'été, quelques-uns ont le chapeau de feutre, mais la grande majorité garde le bonnet de fourrure même par une température de 32 à 34" centigrades. On n'adopte pas les chapeaux de paille dans les campagnes. L'expérience a appris au paysan que c'est la fourrure qui garantit le mieux la tête contre les rayons du soleil. Dans la campagne romaine nous voyons également les paysans coilfés de l'épais feutre en été. On suit aussi qu'en Algérie le turban de laine garantit mieux que le chapeau de paille en été.

Dans le département de Vlasca {Vlasca veut dire en langue slave pays gaulois), les femmes placent sur l'occiput, sous le foulard qui leur sert de coiffure, un bourrelet en laine. Cela leur donne l'apparence de personnes à tète très-dolicho-

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céphale. On dirait qu'autrefois une race dolichocéphale a constitué ici les classes dirigeantes, roli"^archie, et que la race bracliycéphale asservie a voulu paraître dolichocéplifile. Du reste, on n'emploie nulle part le serre-tête ou autre bandage destiné à déformer le crâne.

Les habitants des villes s'habillent comme dans le reste de l'Europe occidentale. L'usage de la flanelle sur la peau durant l'hiver tend à se généraliser parmi la population des villes.

L'usage du tabac est très répandu. La régie encaisse 2i millions de francs par an, pour une population de 5 millions d'Iialiilants, 4'''',80 par tète, c'est beaucoup pour la population d'uu pays qui n'est pas riche (la production représente environ 500 millions de francs, c'est-à-dire 100 francs par tète). Dans les campagnes, les femmes roumaines ne fument pas ; il n'y a que les femmes des Tsiganes qui aient cette habitude. Dans les villes, beaucoup de femmes fument,

La myopie ne peut être fréquente dans un pays où les deux tiers des liabitants cultivent la terre. En 1874, lors de la conscription, sur 51,000 jeunes gens examinés, on en a exempté 16 pour cause de myo|)ie (0,51 pour mille).

Nous avons eu l'occasion de dire {voy. plus haut Démographie) que les paysannes travaillent beaucoup.

Dans la classe aisée des villes, les femmes restent des semaines sans marcher, sans faire d'exercice, puis brusquement elles se livrent à la danse pendant des nuits entières. Autant de causes de névrose, de chloro-anémie et de dysménorrhée. Les gens du peuple, surtout les femmes, se tiennent moins souvent assis qu'accroupis ou à demi couchés sur le sol. Les campagnards vont souvent à cheval, et généralement ils sont bons cavaliers.

On ne nage pas comme en France. Le nageur frappe l'eau alternativement de ses jambes ; sort alternativement les bras au-dessus de l'eau pour les faire vite retomber avec bruit, et à chaque expiration il produit un certain bruit, parce qu'une mince nappe d'eau se trouve devant sa bouche, à cause des grands mouvements qu'il opère avec ses bras. Nous avons vu nager de la sorte à Venise

aussi.

Plus loin nous parlerons de la fréquence de l'intoxication palustre. Ici nous dirons que les lièvres miasmatiques sont d'autant plus fréquentes et plus intenses qu'il s'agit de localités où la population est peu dense, et où les habitations sont plus espacées; et réciproquement, un quartier est d'autant plus salubre que les maisons sont plus rapprochées et que la population est plus dense (L. Colin, Traité des fièvres intermittentes, p. 76-78). Ou si l'on veut mieux, car on ne saurait trop le répéter, dans les villes où règne la malaria les quartiers du centre sont bien plus salubres que les habitations espacées de la périphérie. Aux consultations gratuites des hôpitaux de Bucarest, la grande majorité des fébiicitants vient des quiu-tiers périphériques, où les maisons sont très-espacées, Que de fois nous avons vu des familles du centre de la ville partir en bon état pour des vignes on des fermes des environs de la ville, ou pour des propriétés sises à 20, 50, 40 kilomètres de la capitale, et à peine tout ce monde étail-il installé à la campagne, à l'air pur, que les trois quarts du personnel — surtout les enfants et les domestiques — étaient pris de fièvres d'accès ou d'autres manifestations d'intoxication paludéenne. Dans les régions alfligées de la maJaiia la population des villes, au lieu de partir l'été pour la campagne, déviait au contraire se réfugier (si elle n'a pas les moyens d'aller dans les montagnes) dans les quartiers de la ville les plus peuplés, là où il n'y a pas entre les maisons

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des terrains vagues, des dépôts de matières végétales et animales en décomposition. Nous savons que cette opinion est loin d'être partagée par les praticiens roumains et par les gens du monde qui dirigent les différents services d'hygiène publique, aussi renvoyons-nous le lecteur à l'œuvre magistrale de M. L. Colin citée plus haut.

Aux alentours de la capitale il y a des collines couvertes de vignes. Bon nombre de personnes se font l'illusion que l'air doit y être plus pur. La pratique de tous les jours démontre que l'on est bien plus exposé aux fièvres lorsqu'on habite ces collines. D'ailleurs, ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on sait que les localités situées à des altitudes insuffisantes sont plus atteintes que les localités moins élevées (L. Colin, loc. cit.). Rappelons encore qu'au bas des colhnes qui entourent la capitale il y a de nombreux marais, car la rivière se déverse très-souvent, et les eaux pluviales donnent lieu à des marais permanents dans ces parages.

Les vaccinations et les revaccinnlions pratiquées par les soins des autorités seulement ont été :

VACCINATIONS. REVACCINATIONS.

En 1870 10:;,219 2,507

En 1871 . . .• 180,980 89,231

En 1872 125,494 25,822

En 1873 129,063 32,222

En 1877, vaccinés avec succès 55,729

» sans succès 1,853

— revaccinés avec succès 3,617

— » sans succès 558

En 1878, vaccinés avec succès 72,236

— » sans succès 1,993

— revaccinés avec succès 3,572

— » sans succès 314

Les décès sont vérifiés par les médecins, dans les villes seulement.

11 y a absence presque complète de voirie. Les détritus de matières organiques se décomposent au soleil et au grand air dans les immenses cours et les enclos incultes intercalés aux habitations, et appelés improprement yartims.

Une cause de misère physiologique dans les campagnes est le travail prématuré des enfants.

Auprès du ministère de l'intérieur fonctionne une direction sanitiire ayant à sa tête un conseil médical supérieur composé de neuf médecins, dont un directeur général. La direction sanitaire, assistée de trois pharmaciens et chimistes et de trois vétérinaires, surveille et contrôle tout ce qui concerne l'exercice de la médecine et de la pharmacie, surveille les hôpitaux et les eaux minérales, s'occupe de tout ce qui intéresse l'hygiène publique, se prononce dans les questions de médecine légale, procède à la nomination, par voie de concours, des médecins de districts, tient sous sa dépendance les conseils d'hygiène des départements et des communes, etc., etc.

Le nombre des pharmacies est limité. Les brevets étaient délivrés autrefois à perpétuité ; les titulaires pouvaient les transmettre par héritage, par don par vente, etc. Aujourd'hui les brevets sont délivrés au concours et à vie.

Les hôpitaux de la capitale (y compris ceux qui sont entretenus par des fondations particulières) ont environ douze cents lits. La mortalité y est d'environ 8,85 pour 100.

A l'hôpital militaire central (Bucarest), la mortalité a été (1871-1875) de 6,7 pour iOO. Dû 1875 à 1879 (sins compter l'année de la guerre), dans tous les

DICT. ENC. XXV. 57

578 DANUBIENNE (Région).

hôpitaux militaires (nous ne parlons pas des infirmeries), on a soigné 5452 malades par an, pour un effectif de 24 500 liommes. La mortalité a oscillé eutre 3,5 et 5,7 pour 100. La mortalité moyenne pour les quatre années a été de 4,5 pour cent.

Dans les hôpitaux militaires, les causes de mort les plus fréquentes sont : la fièvre typhoïde (31,51 pour 100 décès), les inflammations des voies respiratoires (29,40 pour 100 décès), et la tuberculose (9,60 pour 100 décès).

Nous n'avons pas les chiffres concernant les hôpitaux civils.

La prostitution est réglée et surveillée dans les villes. La visite obligatoire est laite par les médecins de la commune.

Dans les villages, on il y a une prostitution clandestine, ou il n'y en a presque pas, suivant les localités. Les paysans se marient de bonne heure.

La syphilis est assez répandue.

Il y a peu d'industries en dehors de l'état agricole.

Les faluiqucs de chandelles et les savonneries donnent lieu à des émanations infectes. On laisse des détritus de viande dans le suif, d'oùfermenlation putride.

Dans les campagnes on fait macérer assez souvent le lin et le chanvre dans l'enceinte même de la commune.

Une autre industrie primitive qui donne des émanations nuisibles est celle qui consiste à laisser macérer l'écorcede tilleul dans les étangs. Lorsque l'écorce est macérée, on la retire pour séparer le liber de l'écorce proprement dite. C'est avec le Hber de tilleul que l'on fabrique la plupart des cordes dont on fait usage.

On a vu quelle grande quantité de sel gemme on retire des mines. Pour l'extraction du sel on emploie des ouvriers libres et des condamnés aux travaux forcés. Les uns et les autres sont retirés des mines dès que le travail est achevé. Aussi n'observe-t-on aujourd'hui aucune maladie endémique sévissant sur les ouvriers, dont la santé est des plus satisfaisantes.

Les ouvriers libres et les forçats sont exempts des fièvres intermittentes, comme tous les autres habitants de la région des montagnes. La scrofule est moins fréquente dans les villages qui avoisinent les salines que dans le reste du pays. En 1831, le choléra a sévi avec une grande intensité dans tout le pays, mais les ouvriers des salines ont été à l'abri du fléau. Jusqu'en 1848, les condamnés aux travaux forcés à perpétuité couchaient dans l'intérieur des salines. Ils n'en sortaient jamais.

M. le docteur Caillât, qui a eu l'occasion de visiter ces mines avant 1848, nous fait connaître l'état dans lequel il a trouvé les forçats {Union médicale, 16 mai 1854). Les (ondamnés à temps étaient retirés delà mine une fois le travail fini. Aucun d'eux ne souffrait de ces ophthalmies causées par les poussières minérales. Les condamnés à perpétuité, qui ne sortaient plus des salines, étaient tous frappés d'une maladie, lente, mais meurtrière, inévitable. Voici en quoi consistait cette grave affection : les individus avaient une toux sèche, incessante; une masse lourde leur pesait sur la poitrine. La percussion et l'auscultation dénotaient la présence d'un liquide dans les plèvres, dans le péricarde et dans le péritoine. La face était boursouflée ; les yeux projetés hors de l'orbite ; le cuir chevelu lui-même était soulevé par l'œdème ; les gencives étaient molles, ulcérées, saignantes. On voyait de larges ecchymoses sous la peau. Bref, tout indiquait une hydropisie générale et le scorbut. Le condamné à perpétuité était inévitablement enlevé par la maladie au bout de quatre ans environ. Aujourd'hui que tous les condamnés sont retirés le soir de la mine, l'état de santé des

DANUBllilMMilTTÊTTION). '>'i^

forçais est plus satisfaisant que celui des paysans libres des districts de la plaine.

A propos des eaux minérales nous avons décrit la Balta-Alba ou Lac-Blanc. Comme ce lac est à peu près le seul de son espèce en Europe, nous croyons bien faire de rapporter brièvement ce que M. Caillât a écrit sur l'efficacité du traitement balnéaire de cette localité. On prend des bains dans le lac, et l'on fait aussi usage des boues sulfureuses des bords du lac. La durée du bain est d'un quart d'heure à une demi-heure. Souvent on est obligé de suspendre les bains à cause de la vive irritation qu'ils déterminent à la peau. Cette poussée ne consiste pas seulement en de larges plaques roséoliqiies ou en une vésiculation miliaire, comme on l'observe ailleurs, mais elle est souvent caractérisée par une éruption pustuleuse nettement tranchée. Dans quelques cas rares, tout le corps se couvre de larges pustules d'impétigo. Quand on fut usnge des boues, on en couvre la partie malade et on l'expose ensuite au soleil. La région ainsi traitée ne tarde pas à s'échauffer et à rougir; quelquefois même l'irritation est telle qu'elle détermine la formation de larges phlyctènes.

Les eaux de Balta-Alba sont extrêmement énergiques ; le traitement par ces eaux et par les boues est d'une grande efficacité : 1" contre toutes les affections chroniques liées à un état scrofuleux : telles que engorgements glandulaires, gonflement et carie des os, tumeurs blanches articulaires, écoulements muqueux divers, etc.; 2" contre les différentes maladies placées sous la dépemlance d'un principe rhumatismal : rhumatismes musculaires ou articulaires à l'état chronique, paralysies rhumatiques, sciatiqucs anciennes, enfin contre cette série si variée de névralgies des membres et des viscères, dont le siège et la marche sont extrêmement variables et le nombre considérable dans les pays dont l'étude nous occupe en ce moment ; 3" contre les hypertrophies du foie et de la rate, elles hydropisies commençantes consécutives aux fièvres d'accès ; 4" enfin, toutes les fois que les tissus ont perdu de leur tonicité ; toutes les fois aussi qu'il faut déplacer un travail d'irritation chronique d'un organe profond (Caillât).

On ordonne quelquefois avec succès dans les cas d'empâtement (congestion et légère inflammation chronique) des viscères abdominaux, si fréquents dans cette contrée, la cure de raisin. Les malades qui s'y soumettent ne doivent se nourrir absolument que de raisin pendant plusieurs semaines.

Les médecins venus avec des diplômes délivrés par des facultés étrangères, pour obtenir le droit d'exercer, doivent se soumettre à un examen par-devant la Faculté de médecine.

Les sages-femmes des villes ont une instruction rudimenlaire. Celles des villages ne possèdent que la tradition qui s'est transmise de mère en fille.

§ V. Pathologie. Dans les campagnes de la région des plaines, c'est surtout l'intoxication paludéenne qui cause les décès. Viennent ensuite l'entérocolite consécutive à la mauvaise alimentation, et les maladies des voies respiratoires provenant de la protection insuffisante contre les intempéries des saisons. L'alcoolisme enfin fait aussi assez de ravages (docteur Félix).

Dans les grandes villes, c'est la phthisie pulmonaire qui occupe le premier rang parmi les causes de décès (15 à 17 pour 100 décès, d'après M. Félix). Les maladies des voies respiratoires représentent à Bucarest environ 35-36 pour 100, et l'entéro-colite 11 pour 100 du total des décès, d'après l'éminent auteur que nous venons de citer. Ainsi, en Roumanie, on ne trouve pas d'arguments en

JJALMlJlfcilMMi; (Kégion).

laveur de l'opinion qui consiste à admettre que dans les contrées à malaria la phthisie pulmonaire sévit très-peu.

Dans Jes viJJes, les vieillards succombent surtout à des attaques d'apoplexie ou a de vieilles affections du cœur d'origine rhumatismale, ou encore aux allélations du [oie et de la rate, résultant elles-mêmes de l'intoxication paludéenne de longue date. Mais les maladies qui prédominent sont les diverses manifestalions de cette intoxication paludéenne. Sur 100 malades entrés à Thôpital, 60 environ sont atteints d'affections d'origine palustre.

Dans les villages sis au bord des lacs et du fleuve, à peine y a-t-il 1/8 de la population qui, pendant les fortes chaleurs, échappe aux fièvres. Il est rare qu'un étranger ne paye son tribut à l'affection dominante, après un court séjour dans les planes du pays. Il arrive, comme on l'a observé ailleurs, que des individus qui ont séjourné dans le pays sont atteints de fièvres plus tard, lorsqu'ils séjournent déjà dans un pays sain. Ce sont les fièvres tierces qui j)rédoniinenl. Mais bien souvent nombre de femmes et d'enfants, et même d'hommes adultes, sont affectés de l'intoxication miasmatique à marche lente et insidieuse. Pas d'accès manifestes, mais de l'anémie (diminution notable du nombre des globules, et même diminution de l'albumine et de la fibrine), le faciès spécifKjue, la débilité générale, la dyspepsie, la mégalosplénie, le manque d'énergie morale, le découragement. La débilité habituelle constitue le fond du physique et du moral des individus atteints d'intoxication lente. C'est comme dans la campagne romaine.

Dans les vallées marécageuses du Bas-Danube, toutes les fois que des femmes de la campagne sont réunies quelque part, on peut observer aisément qu'elles prennent les poses et les attitudes les plus nonchalantes, c'est-à-dire celles qui exigent le moins de fatigue musculaire. Elles ne se tiennent pas assises, mais à demi couchées et le dos appuyé à quelque objet; elles ne tiennent pas la tête droite, mais penchée; elles ne promènent pas le regard d'un endroit à l'autre avec une certaine vivacité, mais elles le fixent longtemps sur le même endroit, et ce n'est qu'avec une certaine lenteur quelles tournent la tête et promènent leurs yeux pour regarder d'autres objets ; elles laissent enfin leurs bras presque pendants, denianière à n'avoir à faire aucun effort musculaire.

Les hommes à tempérament sanguin, à constitution robuste, qui arrivent de I \llemagne, de la Suisse, de l'Autriche, etc., après cinq ou six accès de fièvre, deviennent pâles, anémiques, débiles; ils perdent complètement le courage, l'énergie morale, l'amour du travail ; ils soqt démoralisés et demandent à s'en aller, comme les hommes atteints du mal de mer demandent à quitter le navire,

si c'est possible. ^ ......

Par malheur, les gens ignorants ont un préjugé contre la qumme ; ils croient

que c'est ce médicament qui fait gonfler la rate et cause l'hydropisie. Ce préjugé a été répandu et entretenu par des médicastres venus autrefois des facultés minuscules de certaines contrées où l'on délivre des diplômes in absentia. Gomme partout, les manifestations de l'intoxication malarique augmentent d'inlensilé et de fréquence à mesure que la température s'élève. Ainsi, c'est en décemWe, janvier et février que la maladie sévit le moins, et c'est en juillet auelescas commencent à être plus nombreux et plus graves, et c'est en août et septembre que la malaria atteint son maximum. On aparlé de l'immunité dont jouirait la race juive vis-à-vis de l'intoxication ludéeune. Celte assertion ne nous semble pas justifiée. A Bucarest, les Juifs

DÂNlBIEiNNE (Région). 581

habitent des quartiers où la population est dense, donc où les fièvres sont moins fréquentes que dans d'autres quartiers ; les Juifs ne font pas maigre et se nourrissent généralement mieux que les indigènes; et pourtant à rhôpit;il des Enfants, où nous avons relevé les cliilfres de l'année 1872, on a constaté que 50 pour 100 des Juifs venus à la consultation gratuite, et o6 pour 100 de ceux qui sont entrés à l'hôpital, étaient atteints d'intoxication paludéenne. D'autre part, 55 pour 100 des non-Juiis (Roumains, Allemands, Bulgares, Tsiganes, Hongrois), venus à la consultation gratuite, et 60 pour 100 de ceux qui sont entrés à l'hôpital, étaient atteints d'intoxication paludéenne. La statistique porte sur un total de 571 Juifs et de 8214 non Juifs.

Si nous avions observé à Paris les manifestations de l'intoxication paludéenne que nous avons trouvées plus tard à Bucarest, ou si l'on avait déjà décrit en France lesdites manifestations, nous nous serions borné à donner simplement une liste de tous ces états pathologiques. Il n'en est pas ainsi.

Nous avons été pendant sept ans à la tête d'un hôpital de 90 lits, et où nous avions annuellement 1242 malades en moyenne (nous laissons de côté la consultation gratuite), dont 800 environ étaient atteints d'intoxication paludéenne sous différentes formes. Certaines manifestations différaient tellement des descriptions publiées dans d'autres pays, que nous avons cru de notre devoir de noter ces diverses manifestations. Nous avons publié en français la description d'une seule forme (la périsplénlle, dans la Gazette Itebdomadaire du 13 avril 1877). Gomme les autres manifestations de l'intoxication paludéenne observées dans la vallée du Bas-Danube n'ont été encore décrites par personne, qu'il nous soit permis de décrire ici sommairement les principales. Et d'aboru disons comment on a pris pour des fièvres pernicieuses ce qui n'en était pas.

En 1848, l'armée russe occupait la Roumanie. L'intendance se plaignait au protomediciis d'alors que beaucoup de soldats étaient enlevés par les fièvres pernicieuses. Yif étonnement de la part du protomediciis, attendu, disait-il, que les cas de fièvres mortelles étaient rares. L'autorité médicale du pays fut in\itéc à visiter l'hôpital militaire et à donner son avis sur l'épidémie meurtrière. La description des symptômes observés par les médecins russes donne à penser... Le protomediciis s'informe en détail du traitement employé. Il apprend (et il nous a rapporté cela plus tard) que, dans un but d'économie, on traitait les soldats russes par l'arsenic ; que le pharmacien préparait quelques litres de solution arsenicale ; que les infirmiers, hommes ignorants, s'il en fut, administraient la solution par cuillerées à soupe, tantôt plus, tantôt moins, et que, par excès de zèle, on faisait même prendre le médicament par tasses. On se trouvait en présence de nombreux cas d'empoisonnement par l'arsenic, que l'on prenait pour des cas de fièvre pernicieuse.

Sur 4969 malades que nous avons eus à l'hôpital pendant quatre ans, 2152 ont été atteints d'intoxication paludéenne. De ces 2132 malades, 1038 (48 pour 100) ont eu des accès simples, fièvre quotidienne ou fièvre tierce : les autres ont présenté d'autres formes.

Pour mieux exposer les cas particuliers, il nous faut faire une courte excursion dans les généralités. L'intoxication malarique se manifeste par un grand nombre de lésions fonctionnelles et de lésions anatomiques des liquides et des solides. On trouve rarement une lésion unique, fonctionnelle ou anatomique. Le plus souvent les lésions constituent des groupes que l'on décrit comme des maladies différentes : névralgie susorbitaire, hypertrophie de la rate, etc.

582 DANUBIEîNiNE (Région).

En général, l'intoxication paludéenne se manifeste par la congestion périodique d'un tissu ou d'un organe (peau, muqueuse, globe oculaire, foie, rate, utérus, etc.)- La congestion amène aussi l'exagération ou la perversion de la fonction de l'organe ou du tissu (diarrhée, larmoiement, colémic, liéniorrliagie, albuminurie). La congestion longuement répétée mène à l'inflammation ou à la dégénérescence. En un mot, la congestion de la rate peut être ou accompagnée ou remplacée par n'importe quelle autre congestion. Il peut même survenir l'inflammation de certains organes. Ainsi, nous avons observé une véritable conjonctivite avec chémosis, consécutivement aux congestions périodi({ues de la conjonctive et de l'entier globe oculaire (fièvre larvée à névralgie susorbitaire). Les accès simples ont été plus souvent quotidiens que tiers; il s'agissait d'enfants surtout. Nous n'avons pas observé de fièvre quarte, ou bien cette forme nous a échappé. Dans la majorité des cas, il n'y avait pas de stade de froid. Le frisson échappe à l'observation assez souvent chez les enfants. Dans le quart environ des cas, la rate était augmentée de volume. Après la cessation des accès, les malades avaient encore pendant quelque temps de la dyspepsie et de l'anémie palustre. La pernicieuse algide et l'ardente sont rares. Nous avons observé deux cas de lièvre algide (un guéri et un décédé), et deux cas de fièvre pernicieuse ardente terminés par la guérison.

Nous arrivons à la fièvre continue paludéenne, ou fièvre pseudo -continue, ou perniciiuse snb-continue (Laveran, Colin, etc.), et que nous avons décrite sous le nom de périsplénile (loccil.). M. Léon Colin a bien fait ressortir que l'intoxication paludéenne se manifeste par des fièvres continues dans les pays chauds et dans les saisons chaudes des pays tempérés {Traité des fièvres intermiltentes, p. 130-1-4O). Ce fait s'observe aussi dans la vallée du Bas-Danube, où pendant l'été il arrive très-tréquemment des fièvres continues d'origine miasmatique, justiciables de la quinine, maladies que l'on prend communément pour de la lièvre typhoïde.

Ce qui nous semble de plus important est que cette pseudo-fièvre typhoïde a une lésion constante : c'est l'inflammation aiguë ou subaiguë de la capsule de la rate et de celle du foie, et aussi l'inflammation de cette partie du péritoine qui tapisse le foie, la raie et la partie du diaphragme et de la paroi abdominale qui sont en rapport avec la rate et le foie augmentés de volume.

Nombie de malades pris pour des typhiques, peu ou point traités chez eux, venaient succomber à l'hôpital, et nous présenter de beaux spécimens de périsplénite. Nous avons observé les lésions de la rate dues à l'inflammation de la capsule sur une soixantaine d'autopsies. La capsule, dans ces cas, est hyperhémiée, épaissie, couverte de néo-membranes. Ces dernières s'étendent de la rate au côlon et à l'estomac; plus souvent elles s'étendent de la face externe de la rate au diaphragmé et, lorsque l'organe est augmenté de volume, ce qui est très-fréquent, à la paroi abdominale, à cette portion de la paroi qui se trouve plus bas que l'hypochondre. Les néo-membranes sont assez molles au début; elles sont facilement déchirées avec le doigt, et ressemblent aux néo-membranes de la pleurésie. Plus tard, il faut se servir du manche du scalpel et presser bien fort pour rompre les adhérences. Bref, plus tard encore, il faut employer l'instrument tranchant, tant les néo-membranes sont solidement organisées. Dans certains cas, on trouve des néo-membranes molles, peu résistantes, dues à une inflammation récente, et en même temps on en trouve d'autres très-résistantes provenant d'une ancienne inflammation. A la coupe, on voit que les

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cloisons celluleuses de la rate sont hyperplasiées. Quelquefois ces cellulcuses sont si épaissies que, vu leur couleur d'un blanc gris, on les prend au premier abord pour de la granulie, poui' un dépôt de granulations. Le tissu de la rate est plus ferme; quelquefois il a la consistance de la viande cuite; on ne peut pas enfoncer le doigt dans ce tissu, même si l'on presse de toute sa force; d'autres fois, en pressant sur la rate, on a la même sensation que si l'on avait lardé cet organe d'un tissu de coton. Assez souvent, on trouve des infarctus dans le tissu splénique ; moins souvent la dégénérescence mélanique. La capsule est tellement épaissie sur certains points, qu'on ne voit plus le tissu de l'organe à travers ; on observe ainsi des plaques, des traînées en forme de sentiers d'un blanc plus ou moins bleuâtre ou grisâtre, suivant l'épaisseur de la capsule.

Le foie est moins souvent lésé que la rate, mais ce sont à peu près les mêmes lésions qui arrivent dans les deux cas. La capsule d'enveloppe est épaissie ; le tissu du foie paraît bleuâtre à travers la capsule. Celle-ci présente aussi dans certains endroits des bandes'siiiueuses comme des sentiers où la capsule est si épaissie qu'elle paraît être blanche, et que le tissu du foie n'est plus vu cà travers. De nombreuses néo-membranes, molles, si elles sont de date récente, plus résistantes, si elles sont anciennes, s'étendent de la face convexe du foie à la face inférieure du diaphragme. On dirait des ligaments suspenseurs supplémentaires. Quelquefois le foie est augmenié de volume, et des néo-membranes s'étendent de ce niveau à la paroi abdominale correspondante. Lorsque la lésion est ancienne, les cloisons celluleuses interlobulaires sont hyperplasiées, de telle sorte que le tissu du foie paraît divisé en un grand nombre de lobules, lesquels, quand on presse le foie entre les doigts, donnent la même sensation que les pelotons du tissu adipeux de la région fessière. Dans les cas chroniques, le foie est assez souvent augmenté de volume.

Comme on le voit, il y a eu d'abord infliimmation de la capsule (néo-membranes), puis une lésion se rapprochant d'une certaine période de la cirrhose.

Nous arrivons aux symptômes. Les malades ont une fièvre continue avec des exacerbations bien plus marquées que dans la fièvre typhoïde; le nombre des pulsations peut aller jusqu'à 140. D'autres fois, et c'est ce qui trompe l'observateur, les exacerbations sont à peine marquées. Dans quelques cas, ce n'est que le matin, entre six et huit heures, que la légère rémission arrive, et alors elle échappe à l'observateur. Le malade repose pendant ce temps-là, La température atteint quelquefois 40 degrés sous l'aisselle, vers le soir ou dans la nuit {voy. Thaon, Fièvre intermittente chronique, dans Nice médical, 1" janvier 1877). 11 n'est pas rare d'observer un léger refroidissement du nez et des extrémités dans la matinée. Le plus souvent ce symptôme échappe à ceux qui entourent le malade II va sans dire que la rate est augmentée de volume et que l'on éveille de la douleur dès que l'on presse au niveau de cet organe.

Mais il y a d'autres symptômes qui semblent faits pour dérouter le médecin. Le malade est dans le décubitus dorsal, il paraît abattu, morne ; il a une expression de langueur, de l'hébétude ou même de la stupeur comme dans la fièvre typhoïde ; pouls bis feriens, langue sèche, rou:,'e sur les bords et à- la pointe quelquefois ; inappétence ; ventre ballonné, douloureux à la pression ; selles assez souvent liquides et fétides; quelquefois très-solides, noires et très-fétides. Même de l'adynamie et des vertiges. Même un léger délire chez les enfants et les adolescents.

Comme on le voit, sauf les taches lenticulaires, les épistaxis et quelques

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autres signes moins constants, on dirait bien une fièvre typhoïde. Le ventre étant ballonné et presque partout plus ou moins douloureux, le médecin presse dans la fosse iliaque droite, il constate qu'il y a de la douleur, et ne va pas au delà. Dans certains cas pourtant la douleur dans l'hypochondre gauche est tellement forte que le malade s'en plaint constamment.

Je me rappellerai toujours un jeune garçon de seize ans, fils d'un avocat de Bucarest, qui avait le matin une heure de calme relatif (entre sept et huit heures) ; puis il était pris de douleurs tellement violentes dans la région de la rate, qu'il pressait cette région avec ses mains; il poussait des cris, puis se retournait dans son lit, ramassait le drap et l'oreiller pour en faire un gros tampon qu'il plaçait sous l'hypochondre gauche en appuyant dessus de toute sa force. Après, il se mettait à courir dans la chambre en se lamentant et en tenant toujours les mains fortement appliquées sur l'hypochondre gauche. Cette exacerhation de la douleur durait environ une demi-heure, après quoi le malade restait dans le décubitus dorsal et ayant tout le cortège des symptômes énumérés plus haut : pouls bis ferions, ballonnement du ventre, délire, stupeur, etc.

Nous avouons que beaucoup de nos collègues sortis de l'internat de Paris, et qui n'auraient pas exercé jusque-là dans un pays à fièvres, auraient été exposés à prendre ces cas de périsplénite pour des fièvres typhoïdes. Et les erreurs de diagnostic de ce genre sont très- fréquentes, même pour des praticiens qui exercent depuis vingt ou vingt-cinq ans. Que de fois nous avons été appelé en consultation pour voir des jeunes gens de seize à vingt ans que l'on nous disait atteints de typhus (les praticiens venus de l'Allemagne disent typhus abdominalis pour désigner la fièvre typhoïde), et qui nous étaient présentés par les médecins de la famille comme ayant eu encore le typhus deux ou trois fois déjà, à un, deux ou trois ans d'intervalle !

Dans certains cas, une congestion du foie ou une inflammation de la capsule de cet organe accompagnait la lésion de la rate et se manifestait par une légère teinte ictérique. Et cette fausse fièvre iyphoide règne sur les deux rives du Bas-Danube. Elle a fait de nombreuses victimes parmi les soldats français qui ont opéré dans la Bulgarie orientale en 485i.

Des médecins de haute valeur ont eu quelque peine à diagnostiquer cette affection, au premier abord. Voici ce qu'eu dit Michel Lévy : « Eu août et septembre 1854, nous avons observé sur le littoral de la Bulgarie un grand nombre de cas analogues, qui auraient pu en imposer pour des typhus ictérodes, sans le succès significatif de la médication quinique. Notre ami Fauvel a vu céder aux mêmes moyens des affections qu'il a observées à Silistrie et à Choumla, et quau premier abord il prenait lui-même pour des typhus ictérodes n {Traite cV hygiène, t. I, p. -48-4).

Deux signes surtout servent à distinguer la périsplénite de la fièvre typhoïde : 1" la différence bien tranchée entre la douleur peu marqu(;e que l'on détermine en pressant dans la fosse iliaque droite, et la douleur très-marquée, au contraire, que le malade éprouve lorsqu'on exerce une pression sous l'hypochondre gauche.

; Nous avons déjà dit que presque tout le ventre est plus ou moins endolori et ballonné ; et cela n'étonne nullement, si l'on songe qu'il y a là une véritable péritonite locale à marche plus ou moins aiguë. Pour qu'il se forme des néo-membranes qui s'étendent de la face convexe de la rate à la paroi abdominale et à la face inférieure du diaphragme, il faut en effet qu'il se produise une

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inflammation de la séreuse. Lorsqu'il y a inflammation aussi de la capsule du foie, on fait éprouver au malade une forte douleur en pressant sous l'hypochondre droit. C'est encore cette péritonite locale qui explique le décubilus dorsal, la fréquence des mouvements respiratoires et ce semblant de stupeur qui impose. Dans quelques cas rares, on perçoit un bruit de frottement (si l'on pose l'oreille sur l'hypocliondre gauche) comme dans la pleurésie. Du reste, il se passe, dans les deux maladies, le même phénomène : au-dessus du diaphragme dans la pleurésie, au-dessous dans la périsplénite aiguë.

Un garçon de quatorze ans que nous reçûmes à l'hôpital, et qui était atteint de périsplénite, avait été traité en ville pour une [deurésie. Cette erreur de diagnostic fut loin de lui porter préjudice, car on lui avait appliqué un bon vésicatoire volant sur l'hypochondre gauche, traitement qui lui fit du bien. La violence de l'inflammation en fut diminuée. Mais, comme on ne s'était pas servi du spécifique, les accès devinrent plus marqués et plus intenses. Les symptômes dus à une inflammation )ie masquèrent plus autant les symptômes de l'intoxication paludéenne proprement dits, les accès franchement intermittents par lesquels la congestion périodique de la rate se manifestait. Avant la fièvre continue, avant la périsplénite prise pour une pleurésie, ce garçon avait eu des fièvres intermittentes bien caractérisées pendant assez longtemp?. Toutes ces circonstances, la douleur très-marquée que l'on déterminait lorsqu'on pressait sous l'hypochondre gauche, et V augmentation du volume de la rate, firent qu'un de nos collègues de l'hôpital, appelé auprès du jeune malade après l'insuccès des premiers médecins, diagnostiqua une périsplénite et détermina les parents à faire entrer le garçon dans notre hôpital. Eh bien, chez ce garçon-là on percevait un bruit de frottement pendant les mouvements respiratoires lorsqu'on posait l'oreille sur l'hypochondre gauche.

2" Le second signe qui sert à distinguer la périsplénite de la fièvre typhoïde est que dans la première de ces affections on finit par trouver un court intervalle, — ne fût-ce qu'une heure, entre six et huit heures du matin, — pendant lequel il y a rémission de tous les symptômes, rémission plus ou moins manifeste, mais toujours plus marquée que dans la fièvre typhoïde. Ne pas négliger de s'enquérir des antécédents. Ainsi, nombre de fois, nous avons vu des malades atteints d'accès franchement intermittents pendant deux ou trois semaines ou plus, puis il survenait chez eux une fièvre continue, une périsplénite, après quoi ils avaient de nouveau des accès intermittents.

Les gens du peuple rendent assez bien compte de cette alternance. Ils appellent lângore toute fièvre continue accompagnée de stupeur, de langueur, telle que la fièvre typhoïde, la pneumonie adynamique, la périsplénite. Ils appellent friguri (du latin frigora) les accès intermittents. Lorsque nous les interrogions sur leurs antécédents, ils nous disaient bien qu'ils avaient eu et lângore et friguri.

Et si, pour avoir plus de détails, nous leur demandions dans quel ordre étaient venus la fièvre continue et les accès intermittents, ils nous répondaient que tout cela avait été mêlé. Effectivement, quelques malades avaient eu alternativement quatre à six semaines d'accès intermittents, puis un mois de fièvre continue {lângore), puis de nouveau des accès, et encore trois semaines de fièvre continue, et enfin des accès pour longtemps ou la cachexie. Chez ces malades, l'inflammation, très-probablement, passait à l'état subaigu ou chronique, et au bout de quelques septénaires elle redevenait aiguë. L'état aigu se manifestait

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parune fièvre continue, et l'état chronique ou subaigu par des accès intermittents. Que si l'on nous faisait remarquer qu'il se peut que nous eussions considéré à tort certains malades comme étant atteints de périsplénile, nous répondrions à celte objection de la manière suivante. Le nombre de lits de l'hôpital était de 90. Nous recevions en moyenne 1242 annuellement. La mortalité a oscillé entre 6 et 7 pour 100. Sur 8 décès, nous trouvions, à Vautopsie, un cas de périsplénile plus ou mo///.s' ancienne. Ainsi, de 1869 à 1872, nous avons pu faire 49 autopsies d'individus qui présentaient les lésions de l'inflammation de la capsule, formation de néo-membranes s'étendant de la rate à la paroi abdominale et au diaphragme, etc. Dans le cours des sept années que nous avons dirigé cet hôpital, le nombre d'autopsies de ce genre a dépassé la soixantaine. C'était généralement des individus qui nous arrivaient profondément cachexies. Outre la périsplénile, ils présentaient encore la dégénérescence mélanique de la rate, l'hyperplasie des celluloses et des infarctus dans le tissu de cet organe, la stéatose du foie cl des reins, etc.

Arrêtons-nous un instant aux principales lésions de la rate. Les néo-membranes fortes, résistantes, — quelques-unes, nous avons dit, ne pouvaient être déchirées avec le manche du scapel, — et qui s'étendaient de la face externe de la rate à la paroi abdominale et au diaphragme, ne pouvaient prendre naissance que par suite d'un processus inflammatoire : exsudais, adhérences, etc., comme dans la pleurésie. Forcément, nous devons admettre qu'il y avait eu là une péritonite locale. Ces lésions pouvaient-elles se produire sans donner lieu à des symptômes généraux? Pouvait-on ne pas avoir une fièvre continue, le ventre endolori, plus ou moins ballonné, une vive douleur sous l'hypochondrc gauche notamment, une respiration haletante, un faciès indiquant plus ou moins de stupeur? Les congestions périodiques normales de la rate, ne devaient-elles pas être notablement exagérées lorsque l'inflammation afiectait la capsule de cet organe? Ces congestions ne devaient-elles pas donner lieu à une vive exacerbation de la fièvre déjà entretenue d'une manière continue par l'inflammation ?

On voit que d'après l'examen des lésions on arrive à reconstituer l'ensemble des symptômes observes par nous sur le vivant dans les cas qui se sont terminés par la guérison. De pareils cas, nous en avons eu dans notre hôpital, 15 en 1870, 14 en 1871, et 21 en 1872 ; tous sont sortis guéris. Une fois, il nous a été donné de faire l'autopsie d'une petite malade qui avait guéri de la périsplénile. C'était une fille âgée de six ans, entrée chez nous avec tous les signes d'une pcrisplénite simulant la fièvre typhoïde : fièvre continue, ventre ballonné, selles fétides, stupeur, vertiges, adynamie, rate augmentée de volume, vive douleur à la pression sous l'hypochondre gauche, etc. Grâce à un traitement convenable, elle sort de l'hôpital guérie au bout d'un mois. Trois mois après, elle nous est ramenée dans un état affreux. Un misérable l'avait violée; il s'en était suivi une vive inflammation avec sphacèle des parties génitales. Elle succomba à ce traumalis,me, et à l'autopsie nous trouvâmes l'augmentation de volume de la rate (15 centimètres sur 6 1/2 chez une fille de six ans), l'épaississement de la capsule, et de nombreuses néo-membranes qui s'étendaient de la rate au diaphragme et à la paroi abdominale. Ces néo-membranes étaient résistantes et aussi sèches que celles que l'on trouve dans les pleurésies terminées par la guérison.

Et cette maladie doit être fréquente dans le pays, du moment que nous avons trouvé les lésions susmentionne'es dans le huitième des décès.

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Mais, si nous considérons les diagnostics portés par la majorité des médecins de la localité, nous ne voyons presque pas signaler les cas de fièvre continue paludéenne caraclérisée par Vinfiammation de la rate ou de sa capsule. Les maladies existent pourtant ; les malades sont plus ou moins observés, plus ou moins traités. On a donc pris cette affection pour autre chose qu'une pévisplénite . A quoi une pareille maladie pourrait-elle bien ressembler, sinon à une fièvre typhoïde ? Voilà comment nous nous expliquons que quelques praticiens — ceux surtout qui viennent de l'Allemagne et de l'Autriche — nous aient présenté de jeunes malades ayant eu déjà deux ou trois fois le typhus abdominalis ! Un typhus précédé et suivi d'accès de fièvres intermittentes.

Nous croyons donc pouvoir hasarder cette proposition : « Lapérisplénite est trèsfréquente dans les vallées marécageuses du Bas-Danube. Elle est le plus souvent prise pour une fièvre typhoïde ».

La période aiguë dure de sept à 15 jours, quelquefois même vingt jours. La maladie se termine ou par la guérison, ou par la mort, ou par le passage à l'état chronique. Heureusement pour les malades, on emploie beaucoup le sulfate de quinine en Roumanie, même dans certains cas de fièvre tYplioïde, lorsqu'on remarque quelque indice de périodicité. Mais quelle différence entre un traitement joa?' à peu près, en aveugle, et un traitement rationnel basé sur un diagnostic sérieux ! que de fois nous avons vu administrer le spécilique à la dose de 30 centigrammes pendant sept à huit jours seulement 1 30 centigrammes pour une fièvre aussi grave 1 Et pour comble de malheur, les gens du monde et le vulgaire sont convaincus en Roumanie — cela leur a été inculqué par les médicastrcs dont nous avons parlé plus haut — que la quinine administrée dans le cours d'une fièvre typhoïde {lângore) fait périr le malade. Plus d'une fois le traitement prescrit par un médecin de valeur se ressent de l'influence de la famille, qui répète constamment : « Surtout, pas de quinine, ou peu de quinine, docteur ! » Rien des décès sont attribués par la famille à l'administration de la quinine. On serait plus dans la vérité, si on les attribuait à l'administration du peu de quinine.

Lorsque le traitement a été bien dirigé, la convalescence est plus courte que ne l'auraient fait pressentir le début et la période d'état de la maladie. Le passage à l'état chronique ne se manifeste pas toujours par la cachexie proprement dite. Les personnes aisées, entourées de soins, sont simplement anémiques et sujettes à des accès intermittents quotidiens relativement légers, mais persistants, malgré la quinine. Ces accès consistent plutôt en une hyperthermie de la durée de une à trois heures, de la paresse involontaire et de la céphalalgie frontale. Le nombre des pulsations peut être, à peu de chose près, comme dans l'état normal. C'est pendant la période de la digestion et de l'absorption intestinale que ces accès arrivent, c'est-à-dire pendant que la rate est le siège, même à l'état normal, d'un afflux plus considérable de sang.

Le meilleur traitement à diriger contre la périspléuite nous a semblé consister dans l'emploi du spécifique et des vésicatoires répétés comme dans la pleurésie ; nous entendons des vésicatoires appliqués sur l'hypochondre gauche et au-dessous de cet hypochondre. Nous les avons appliqués aussi à droite lorsque la lésion se trouvait autour du foie. Toutes les fois que le ventre a été plus ou moins ballonné, ou que les selles ont été fétides, nous avons tiré de grands avant;iges de l'administration de quarts de lavement (deux fois par jour) de décoction de quinquina. Nous les avons fait précéder de grands lavements de mucilage de

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graine de lin, et ce n'est qu'après l'expulsion de ces derniers que l'on adminis trait la décoction de quinquina. Lorsque les intestins ne supportaient pas les lavements médicamenteux, nous y ajoutions quelques gouttes de laudanum.

Dans la période chronique, nous avons employé, outre le spécifique, l'arsenic, de temps en temps un révulsif au niveau de la rate, et des douches froides. Un excellent moyen, c'est l'emploi des eaux bicarbonatées sodiqnes légères, ferrugineuses ou non.

De Roumanie, on envoie souvent les malades à Karlsbad ; ces eaux sont trop FORTES pour les malades atteints de l'affection qui nous occupe. Bien des personnes sont revenues de Karlsbad dans un état voisin de la cacliexie.

Les paralysies symptomatiques d'une intoxication paludéenne ont déjà été signalées tant de fois ailleurs ! On les obseï ve aussi dans la région géographique dont nous nous occupons. Nous avons vu un cas remarquable de paraplégie guéri par le spécifi(|ue.

La névralgie faciale palustre et la céphalalgie qui accompagne les accès de fièvre intermittente sont connus depuis des siècles, pouvons-nous dire.

Ce qui mérite d'être rapporté, c'est que nous avons observé à Bucarest de l'arthralgie, de la myosalgie et de la plcurodynie accompagnant les accès de fièvre.

Nous avons eu cinq cas d'arlhrnlgie vive qui venait régulièrement avec les accès. La myosalgie a été plus fréquente. i\ous en avons observé quarante cas. C'étaient des jeunes filles ou des jeunes garçons qui pendant l'accès se plaignaient de vives douleurs dans les lombes et dans les membres. La plupart eniraient à l'hôpital, disaient-ils, pour des douleurs qu'ils avaient tous les soirs et toutes les nuits dans les chairs et dans les os. Interrogés s'ils avaient de la fièvre, quelques-uns répondaient qu'à cause de l'intensité des douleurs ils en arrivaient à avoir de la chaleur. A d'autres, c'est nous qui trouvions les accès de fièvre quotidienne. Ils guérissaient tous par le traitement spécifique.

iNous avons dit qu'en général l'intoxication paludéenne se manifeste en premier lieu par la congestion d'un organe ou d'un tissu. Nous devons surtout insister sur les congestions d'organes de cause palustre qui n'ont pas souvent été décrites, comme la congestion de l'encéphale, du foie, des poumons, des reins et de l'utérus.

Nous avons observé dix-sept cas de congestion cérébrale paludéenne sur des enfauts âgés de quelques mois à treize ans. Quatre cas se sont terminés par la mort. Nous n'avons pas manqué l'autopsie. L'affection s'est manifestée par des convulsions, des contractures, du délire, des vomissements, de la paralysie, somnolence, coma et strabisme. Ces symptômes sont venus par un ou plusieurs à la fois, ou les uns après les autres. La congestion cérébrale est arrivée dans la plupart des cas, après plusieurs semaims d'accès interuiittenls; quelquefois elle s'est manifestée aussi d'emblée. Les convulsions sont venues à plusieurs reprises pendant le même accès. Dans l'intervalle des convulsions, les petits malades restaient ou dans la somnolence ou dans le coma. Entre un accès et l'autre, apyrexie et cessation des accidents cérébraux.

Un petit Français de trois ans et demi avait eu des convulsions et du coma, écume à la bouche, strabisme, avec un pouls de 150. Le lendemain matin, nous le trouvons jouant dans la chambre ; le soir du second jour, tout le cortège effrayant est revenu. Il avait eu des accès simples tout l'été. Il a guéri.

L'un des cas est relatif à un garçon de 12 ans, imbécile, mais tranquille et

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inoffensif habituellement, lequel pendant l'accès de fièvre avait une véritable manie comme en ont quelques épileptiques après leur accès : agitation, œil hagard, cris, mouvements désordonnés, courses sans but dans les corridors de l'hôpital, etc. Une fois l'accès passé, on a le même imbécile habituel, calme et tranquille.

M. Soutzo a même observé un cas bien manifeste de délire général mélancolique palustre survenu chez une fille qui n'avait pas été aliénée, et qui a complètement guéri par le spécifique. Le spécifique a aussi fait guérir la plupart de nos malades atteints de congestion cérébrale.

A l'autopsie des quatre enfants qui ont succombé, nous avons trouvé tous les signes d'une congestion cérébrale : sérosité abondante soulevant fortement les méninges, infiltrant le cerveau et le cervelet, et remplissant les ventricules; à la coupe, le cerveau présentait du sablé, du piqueté, etc. De plus, nous trouvions les lésions de la rate et du foie habituelles à l'intoxication paludéenne.

Les fréquentes lésions du foie, constatées à l'autopsie comme nous l'avons relaté plus haut à l'occasion de la pétisplénite, nous font naturellement admettre que le foie est fréquemment le siège de la congestion pendant les accès de fièvre. Mais il nous a été donné d'assister, pour ainsi dire, à la manilestation de l'intoxication paludéenne par une congestion du foie dans huit cas. Le plus souvent, pendant l'accès de fièvre intermittente, le malade éprouve une douleur plus ou moins vive dans l'hypocbondre droit.

Dans un cas (jeune fille de quinze ans), la douleur était si vive que la malade avait des respirations courtes, fréeiuentes et suspirieuses, car les mouvements du diaphragme se faisaient avec peine. La plus légère palpation ou percussion sur l'hypocbondre donnait également lieu à une vive douleur.

Chez tous les malades, la douleur cessait avec l'accès. Mais après l'accès il survenait la coloration jaune des sclérotiques et de la peau. Bref, une véritable colémie palustre. La teinte ictérique s'exagérait après chaque accès. Le traitement spécifique et les vésicatoires sur l'hypocbondre droit ont amené la guérison de tous les cas que nous avons traités.

fja congestion pulmonaire que nous avons observée ressemble à celles dont on a publié ailleurs la description. A^ous croyons devoir insister davantage sur la congestion des reins et de l'utérus.

Les individus qui avaient succombé à la cachexie paludéenne, manifestation caractérisée le plus souvent par l'anasarque avec ou sans albuminurie, présentaient à l'autopsie la stéatose des reins, l'épaississement de la capsule d'enveloppe, l'atropliie, l'induration du tissu au point que celui-ci criait sous le scalpel, et d'autres lésions de la néphrite albumineuse ; mais c'est surtout la stcatose que nous rencontrions. Quelquefois les reins étaient notablement augmentés de volume, et ressemblaient à des morceaux de lard; l'apparence striée de la substance tubulaire avait disparu. Nous ne pouvons pas nous abstenir d'admettre que dans ce cas les lésions des reins ont été produites par des congestions ^répétées des l'eins. Nous verrons plus loin que les bœufs, dans les régions marécageuses, succombent à une hématurie.

Nous avons eu 210 cas d'anasarque, dont 125 terminés par la guérison, et 21 par le décès; les autres sont sortis de l'hôpital améliorés ou dans le statu quo. Parmi les guéris, cinq avaient eu de l'éclampsie avec coma. La plupart ont été pris d'anasarque en hiver.

590 UAiNUHlK-N.Nb; (Kéoion).

La diminution de la proportion des globules du sang, de la fibrine et même de l'albumine, qui arrive fatalement dans la cachexie paludéenne, a dû nécessairement produire fanasarque, même s'il n'y a pas eu d'albuminurie. Voilà pour les cachectiques. Mais, lorsque l'on considère les nombreux cas d'oedème avec albuminurie chez les individus qui ont eu des accès de fièvre pendant des semaines et des mois, et que ces individus ont guéri, on ne peut se refuser à admettre que l'albuminurie reconnaissait pour cause les congestions répétées des reins.

M. Marrotte décrit une névralgie intermittente de l'utérus accompagnée quelquefois de mélrorrhagie {Arch. gén. de méd., 4860).

M. Uiirdel attribue à l'intoxication paludéenne bon nombre d'avortements qui ont lieu spontanément dans la Sologne.

En Roumanie, nous avons observé quelques cas rares de congestion utérine accompagnant l'accès de fièvre intermittente chez des femmes enceintes : douleurs vagues dans l'abdomen, des élancements plus vifs, sensation de plénitude dans l'hypogastre, sensation d'un poids au périnée, des élancements sur le trajet des nerfs sciatiques, etc.

Dans un cas bien remarquable, les accès de fièvre tierce étaient accompagnés d'une congestion si intense que tout médecin bien familiarisé avec l'observation des maladies utérines eût porté le diagnostic suivant : « Une congestion et une inflammation aiguë survenue, par suite d'un écart de régime, chez une femme atteinte d'une inflammation subaiguë ou chronique de l'utérus et de ses annexes. »

Ainsi, pendant trois accès de fièvre tierce, la femme (une infirmière de vingtdeux ans, ne présentant aucune lésion utérine habituelle) était dans le décubitus dorsal, respiration fréquente et suspirieuse, respiration plutôt sternale qu'abdominale, pouls à 132, douleur vive dans l'hypogastre, douleur s' exaspérant par les mouvements respiratoires et par la palpation de l'abdomeu; ventre ballonné; douleur dans les lombes et les cuisses. Au toucher on trouve le col plus chaud que le vagin ; col et corps ayant le volume d'un utérus gravide de deux mois. En dehors des accès, tout le cortège disparaissait comme par enchantement. Guérison par le spécifique. Nous pûmes nous assurer que la femme n'avait aucune lésion utérine.

Nous ne ferons qu'énumérer les manifestations de l'intoxication palustre que nous avons observées sur le Bas-Danube, mais qui ont été décrites ailleurs, comme la névralgie susorbitairc (congestion de tout le globe oculaire), les hémorrhaiîies (épistaxis, hémoptysie, hématémèse, infarctus de la rate), la pneumonie, l'urticaire, etc. Nous entrerons dans quelques détails à propos des formes rarement décrites.

Sur les enfants, sur ceux surtout qui ont moins de trois ans, on observe fréquemment des accès quotidiens accompagnés de vomissements incoercibles, ou de diarrhée, ou de toux. Assez souvent ces trois signes arrivent ensemble ou deux par deux : toux et diarrhée, toux et vomissements, ou diarrhée et vomissements. Il n'y a pas de frisson chez les petits enfants, comme on le sait. Il est rare de voir des mères qui aient remarqué que leurs enfants ont eu les mains un peu froides. La fièvre quotidienne ne manque jamais; mais les parents, et souvent même les médecins, ne se préoccupent que de la diarrhée et de la toux. Dé plus, les enfants sont très-agités pendant la nuit, lorsqu'ils ont l'accès de fièvre. Tant qu'on n'administre pas le spécifique, ces manifestations conti-

DA^iUBIENAE (Région). ^^^

nuent de plus belle. Les petits malades prennent le faciès malarique et maigrissent à vue d'œil. Suivant l'expression des mères, ces pauvres petits êtres deviennent mous comme des chiffons. Bon nombre ont de la diarrhée sanguinolente. Quelle guerre de tous les jours il fallait soutenir pour faire prendre le spécifique! Lorsque les accès deviennent par trop forts, on finit par s'apercevoir que l'on a affaire à une intoxication paludéenne, mais généralement on ne s'aperçoit pas que la diarrhée est elle-même une manifestation de l'impalu-

disrae. .

Dire que nous avons vu des praticiens qui n'osaient pas, dans ces cas, administrer le spécifique, de crainte d'augmenter l'irritation du tube digestif! 11 est vrai que le sulfate de quinine était vomi, mais nous le faisions administrer mêlé à un gramme ou deux de bicarbonate de soude. L'acide carboniiiue qui se développait dans l'estomac arrêtait le vomissement. Souvent, un premier paquet de quinine était vomi, et nous en faisions prendre de suite un autre. D'autres fois nous donnions le spécifique en lavement, délayé dans une solution gommeuse, avec addition d'une goutte ou deux de laudanum, et nous le faisions administrer après avoir fait vider le rectum par un lavement émollient ordinaire.

La toux vient ou seulement pendant les accès, le soir et la nuit, ou bien surtout pendant les accès. Cette manifestation de l'intoxication est si fréquente, que pendant l'été nous avions chaque jour, à la consultation gratuite, jusqu'à 25 cas d'intoxication paludéenne manifestée par la diarrhée et la toux.

Sur 217)2 enfants malades traités à l'hôpital pour l'impaludisme, 483 malades (23 pour 100) étaient atteints de vomissements, diarrhée et toux. La plupart des Uiédecins appelaient cette affection gastro-enteritis.

M. Jules Simon a publié dans les Archives générales de médecine [\ 810) un excellent mémoire sur la diarrhée miasnmtique. L'auteur n'avait observé que cinq cas, dont deux venus d'Afrique, et l'un, des colonies américaines. Que de fois nous regrettions de n'avoir pas à Bucarest M. Jules Simon, pour lui montrer 25 cas de diarrhée paludéenne par jourl

En présence de la fréquence de la diarrhée paludéenne, diarrhée qui quelquefois devient sanguinolente, si l'on n'y porte remède, on est en droit de se demander si le carreau observé sur les enfants des pays marécageux ne serait pas consécutif à la diarrhée paludéenne. Les fréquentes congestions de la muqueuse intestinale qui donnent lieu à ce flux diarrhéique périodique et aux selles sanguinolentes, ces congestions périodiques, disons-nous, pourraient bien déterminer une lésion permanente de la muqueuse et, par suite, la lésion des ganglions mésentériques.

L'hiver, par un temps de brouillard, nous avons observé des cas de grippe qui nous ont semblé être aussi de nature miasmatique.

Telle est aussi l'opinion de M. Carrière [Union médicale, 1864). Les accès de fièvre quotidiens arrivaient le soir, et étaient accompagnés de raucité, toux, larmoiement, douleurs dans les muscles et grand malaise. Le matin ces symptômes disparaissaient ou diminuaient notablement d'intensité ; il restait toujours un grand abattement des forces. Le soir, tout le cortège revenait.

On trouvera peut-être que nous exagérons, mais une observation suivie pendant huit ans nous a convaincu que dans la vallée du Bas-Danube la coqueluche est aussi une manifestation d'intoxication paludéenne. Aussi employionsnous le spécifique dans le traitement de cette affection.

Une manifestation d'imçaludisme qui n'est pas très-fréquente, mais qui mé-

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rite d'être mentionnée, c'est l'érylhème noueux. Nous l'avons observe sur des enfants au-dessous de dix ans. Après quelques accès ordinaires, on voit survenir pendant le stade de chaleur des plaques d'érythème noueux sur les cuisses, les genoux et surtout sur les jambes; rarement sur le thorax et sur la figure. Les plaques sont arrondies, d'un ou deux centimètres de diamètre ; la peau est d'un rouge vineux, elle fait relief. A la pression, qui fait éprouver de la douleur, la rougeur disparaît, pour revenir dès que l'on cesse de presser. Une fois l'accès passé, les plaques deviennent d'un rouge pâle ; elles ont moins de relief. Avec l'accès suivant, de nouvelles plaques apparaissent, et celles de la veille deviennent de nouveau d'un rouge plus foncé et d'un relief plus apparent. Quelques cercles empiètent sur les autres ; les plaques réunies ont alors la forme d'une guitare. Le spécifique a toujours eu raison des accès et de l'érythème.

Une manifestation qui présente de l'analogie avec la précédente, et qui est plus fréquente, c'est le purpura hœmorrhagica paludéen, avec ou sans altération des gencives. Nous l'avons observée non-seulement sur les enfants de 6 à 14 ans, mais aussi sur des femmes. Après quelques accès simples, le malade voit venir, en même temps que l'accès, des ecchymoses de différente grandeur. Cela paraît sur les paupières, les tempes, la région cervicale, le thorax et surtout sur les bras et les jambes. Quelques ecchymoses ressemblent à celles qui sont occasionnées par un coup de bâton, d'autres sont trois ou quatre fois plus grosses que l'ecchymose causée par la piqûre d'une puce.

Les lésions que l'on trouve à l'autopsie des cachectiques sont, comme on l'a signalé ailleurs : la mélanosc, la stcatosc du foie et des reins, la dégénérescence amyloïde et granuleuse des ganglions mésentériques et de presque tous les organes.

On a vu plus haut qu'il existe une variété de cyrrhose du foie causée par l'impaluilation.

La fièvre typhoïde, la vraie, est relativement rare. Nous avons dit comment on prend fréquemment pour de la fièvre typhoïde certaine manifestation de l'intoxication paludéenne. La fièvre typhoïde sévit surtout sur les jeunes conscrits venus des districts montagneux, des régions où l'intoxication paludéenne ne sévit pas souvent.

Le typhus a apparu de temps en temps à l'ancienne prison de la capitale. Aujourd'hui, le principal établissement pénitencier de la capitale est hors de la ville, sur une colline.

Lors de la guerre de 1877-1878, le typhus qui s'est développé parmi les blessés russes a envcdii bon nombre des villages de la Roumanie, entre le Danube et la capitale.

Pour qu'on se fasse une idée du degré de fréquence des hernies, nous dirons que lors de la conscription de 1874, sur 51,000 jeunes gens examinés il y a eu 511 individus affligés de hernies inguinales et crurales, c'est-à-dire 10,60 pour mille.

Le pied plat a été observé dans la proportion de 1,84 pour mille.

Dans les villes, pour traiter les convulsions de la première enfance, le peuple fait pratiquer par les barbiers de nombreuses scarifications tout le long du raclas. C'est une coutume venue de la Turquie.

Le rhumatisme aigu est assez fre'quent. La goutte proprement dite est tièsrarement observée. En revanche, parmi la population aisée des villes, on ooserve fréquemment la diathèse urique, manifestée par des dartres, l'inflammation

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herpétique des muqueuses, la dyspepsie acide, les lésions chroniques du foie et des voies biliaires, la gravelle, la pyélite, les dépôts durâtes dans les valvules du cœur et dans les articulations, etc.

Assez souvent les personnes affectées de diathèse urique donnent naissance à des enfants scrofuleux. La scrofule est encore] fréquente dans les vallées étroites des Garpates.

Les dartres sont aussi très-fréquentes chez les Juifs.

Dans les vallées étroites des districts montagneux {Gorgiu, Valcea, Arges, Muscel, etc.) les goitreux sont presque aussi; fréquents que dans les Alpes, et plus fréquents que dans les Pyrénées. Dans un village on a constaté que le tiers de la population est frappé par la maladie. Le goUre atteint plus souvent la femme que l'homme. Les tumeurs sont parfois énortres et pédiculées. M. CaiJIat a observé que la dégénérescence sévit en Roumanie sur les populations qui habitent des villages situés dans des gorges ou vallées où le soleil ne paraît que quelques heures seulement par jour. Dans ces gorges profondes on ne sent jamais la moindre brise, alors même que les arbres des hauteurs sont agités par un vent violent.

On sait que, d'après l'opinion la plus accréditée aujourd'hui en France, le goitre serait dû à une certaine qualité de l'eau.

Nous avons dû néanmoins rapporter l'opinion d'un observateur aussi compétent que M. Caillât, et qui a bien étudié la Vallachie entre 1844 et 1848. Les goitreux, comme ailleurs, sont aussi parfois sourds-muets ou nains.

Nous possédons la statistique des jeunes gens de toute la Roumanie examinés lors du recrutement de 1874. Sur 51,000 jeunes gens examinés, il y en a eu 520 d'exemptés pour cause de goitre (10,19 pour mille).

Nous possédons aussi les chiffres des jeunes gens d'un district montagneux (Muscel) examinés à la conscription en 1880. Sur une population de 100 000 habitants environ, on a examiné 826 jeunes gens ayant 21 ans accomplis, dont 89 étaient goitreux (107,7 pour mille), 1 était idiot (1, 2 pour mille) , 6 imbéciles (7,12 pour mille), et 15 .crétins (18 pour mille). (Rapport du docteur Nicolesco.)

Rien que le mais constitue la base de l'alimentation des villageois, la pellagre est non pas rare, mais très-rare en Roumanie. On l'a observée surtout dans quelques districts montagneux, et nous avons fourni nous-mème à M. Théophile Roussel la traduction d'un intéressant mémoire que M. le iprofesseur Félix avait publié sur les cas de pellagre observés en Roumanie.

Nous le répétons, les cas sont rares, et cette immunité serait due , selon M. Caillât, d'abord à la parfaite maturité du grain, qui s'effectue grâce aux fortes chaleurs de l'été ; ensuite à l'entente parfaite qui préside à la construction et à l'emplacement des greniers à mais, ouséclioirs, usités en Roumanie. Ce sont des greniers construits en clayonnage, comme une haie, avec des branches d'arbres. L'air y circule aisément. De plus, ces greniers sont mis sur des pilotis, à l'",50 ou 2 mètres au-dessus du sol.

On a vu plus haut qu'il faut que le paysan soit tombé dans une extrême misère pour qu'il se décide à manger la pâte de maïs de l'avant-veille.

La plique n'a été observée que sur quelques Juifs venus de la Poloone.

Le nombre des décès par suite du choléra épidémique a été de 24 034 (15 625 hommes et 10409 femmes) en 1866; de 524 en 1872, et de 7652 en 1873.

DICT. EMC. XXY. 58

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L'ano^ine diplithéritique est devenue, pour ainsi dire, une maladie endémique en Roumanie, depuis 1869. On a noté 7026 malades, dont 3315 décès en 1871; 5175 malades, dont 2504 décès en 1872; 6053 malades, dont 251 7 décès en 1873; 2564 malades, dont 1151 décès en 1877 ; 5658, dont 1813 décès en 1878. On n'a pas publié de chiffres relativement aux autres années.

Pendant la saison rigoureuse, les exemples de congélation du nez, des oreiller et des extrémités, ne sont pas très-rares. La neige fine qui frappe les paupières des individus qui voyagent en traîneau donne lieu à une ophtlialmie, surtout si la course est rapide au point que la neige soit réduite en poussière par le vent et par les pieds des chevaux.

Les Juifs, à Bucarest, ont le taenia assez souvent, bien qu'ils se privent de viande de porc.

Le voisinage de la Russie fait que le typhus des bêtes à cornes vient sévir de temps on tcni|)s en Fioumanie. L'administration prend les mesures les plus sévères en pareil cas. On assomme les bestiaux malades, et l'on établit des quarantaines ; on isole les troupeaux suspects. Mais il est une affection qui fait périr les bœufs, et que l'on a pris quelquefois à tort pour le typhus contagieux. Nous voulons j)arler de Vhématiirie dos bœufs, que nous considérons comme une manifestation de l'impaludisme. L'affection commence en mai, sévit surtout en juillet, août et septembre, et cesse en octobre, comme l'intoxication paludéenne qui sévit sur l'homme. La maladie s'observe dans les endroits marécageux, et elle frappe surtout les bœufs qu'on a lait venir de la région des collines. En 1874, cette cpizootie a été aussi meurtrière que l'est habituellement la peste bovine. Les animaux qui ont des hématuries dépérissent et succombent. Les globules diminuent notablement dans le sang; les chairs sont flasques, le sang est noiv et diffluent ; les cadavres se décomposent promptement. Dès que l'on fait partir les troupeaux dans les régions saines, loin de la malaria, la maladie disparaît.

Nous rappelons ce que nous avons dit à propos de l'intoxication paludéenne qui se manifeste chez l'homme par de l'anasarque, de l'albuminurie et la stéatose des reins, pour justifier l'opinion qui consiste à considérer l'hématurie des bœufs comme une intoxication paludéenne se manifestant par la congestion des

reins.

Dans les régions marécageuses, l'espèce ovine est fréquemment affectée de l'anasarque avec coloration ictérique des sclérotiques. C'est encore pendant les chaleurs de l'été que sévit cette maladie. Nous ne pouvons nous empêcher d'attribuer cette affection à l'impaludisme, et nous rappelons que dans l'espèce humaine l'impaludisme donne lieu assez souvent à des congestions du foie manifestées par un ictère bien prononcé, ou simplement par une teinte subictérique des sclérotiques.

Ville (le Bucarest. Au moment de terminer la rédaction du présent article,. nous venons de recevoir, grâce à M. le docteur Davila, des renseignements statistiques sur le mouvement des hôpitaux civils de la capitale pendant les années 1874, 1875,>:i877 et 1878.

Le nombre de malades traités annuellement dans les hôpitaux a été, en moyenne, de 12 253.

Les maladies les plus fréquentes ont été les affections vénériennes, qui représentent 133 pour 1000. Ce chiffre a besoin d'un commentaii-e. Dans la ville de Bucarest afflue une population cosmopolite ; les individus qui arrivent des pays

DANCBIENNE (Rkciun). ^^*

voisins ne sont pas dans les meilleures conditions de santé, et ne se distinguent pas par les bonnes moeurs. Les portes des hôpitaux leur sont entièrement ouvertes.

Dans le tableau suivant nous donnons les cliiifres concernant les maladies les plus fréquentes, après les affections vénériennes.

Sur 1000 malades il y a eu : M2 atteints d'intoxication palustre; 34 atteints de tubercules pulmonaires; 27 atteints de pneumonie; 20 atteints de iièvre

typhoïde. i j- i

Les tubercules pulmonaires ont donné 44 décès sur 100 cas de maladie; la

pneumonie en a donné 25; la fièvre typhoïde 24 et l'intoxication paludéenne 15. La mortalité générale dans les hôpitaux a été, pour les années 1874-1877,

de 8 pour 100; elle a été de 10 pour 100 en 1878, parce que l'armée russe a

amené à sa suite le typhus exanthématique.

En outre, les cas de fièvre typhoïde ont été, en 1878, quatre fois plus fréquents

que d'habitude.

B. DOBRODJA. En dehors de la zone d'alluvion moderne et des lacs qui s'étend le long du fleuve, et en dehors des dépôts de sables qui se trouvent tout le long d'une bonne partie du littoral maritime, le sol de la Dobrodja est de formation tertiaire. On y trouve, comme dans les bassins de Paris et de Londres, le calcaire, la pierre à chaux et le sable vert. On exploite à Cernavoda (sur les bords du Danube) la pierre à bâtir presque identique à la pierre des carrières de Paris (Barkley).

M. J. Ionesco a trouvé des terrains volcaniques dans plus d'un endroit de la Dobrodja.

A Gostantza (en turc Kiisdendjé, l'ancienne ville de Tomi), les falaises sont presque exclusivement formées de calcaire coquillier, de marne et d'argile, appartenant an terrain tertiaire inférieur (Ailard).

La partie méridionale de cette province manque généralement d'eau. Dans les endroits où il n'y a ni puits ni sources, on trouve les vestiges de nombreux villages complètement abandonnés par la population. Il est évident que ces localités n'ont pas manqué de puits autrefois lorsque dans le voisinage il y avait de vastes forêts dont le sol retenait l'eau de manière à former des sources.

Même dans les régions où l'on ne manque pas de puits ni de sources, le sol se dessèche vite, parce que la couche superficielle du terrain est sablonneuse. Néanmoins le pays a beaucoup de régions fertiles.

En dehors du littoral maritime cl du littoral du Danube, le sol de celle presqu'île est accidenté. Il y a de nombreuses collines boisées et des vallées ^

La terre n'y est pas aussi cultivée qu'en Roumanie. Nous manquons de chiffres indiquant la production moyenne.

Les événements de la guerre de 1877-1878 ont complètement bouleversé cette province. Les habitants musulmans avaient en grande partie quitté leurs foyers. Ils y reviennent peu à peu.

La population de la Dobrodja se compose de onze nationalités différentes : Roumains, Tatas, Turcs, Bulgares, Ruthènes, Cosaques, Grecs, Allemands, Tsiganes, Arméniens et Juifs.

1 Nous renverrons ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir des aperçus plus étendus sur la constitution physique de la Dobrodja aux Lettres de voya/je {llciscbriefc eûtes deutsihen Naturforschers aus der Dobriidscha), insérées par M. K. F. PetcrS dans MOesterreichisdie /îeyM(?,t865, livres IV-VI, 1866; livres VIll-X, XII, : .

596 DA?yUBIEMNE (Région).

Déjà du temps où Ovide expiait sa peine dans cette province, la Dobrodja, habitée par les Gèles et les Sarmates, était fréquemment le théâtre des incursions des Scythes, qui passaient le Danube, surtout lorsque le fleuve était gelé.

La description que les anciens nous donnent des Scythes pourrait s'appliquer aux Tatars de la Crimée et de la Dobrodja (Tatars-Nogaïs). Nous pouvons voir dans ces Tatars les descendants des Scythes.

Probablement ces Mongoloïdes se trouvaient, du cinquième au premier siècle avant l'ère actuelle, à l'est du pays des Gaulois, au delà du Dniester, dans le Kherson actuel. C'est de là qu'ils poussaient leurs incursions danslaDacie et la Mœsic.

Les chroniqueurs roumains nous décrivent les Tatars qui venaient dans la Moldavie méridionale du seizième au dix-huitième siècle, comme étant une population de nomades, ne se livrant que bien peu à l'agriculture, occupés surtout à élever des troupeaux de chevaux et même de bœufs et démontons; vivant du lait de jument ; se hvranl aussi à la rapine, et ayant toujours des démêlés avec leurs voisins.

Ainsi, identité ou, pour le moins, analogie entre les Scythes d'autrefois et les Talars-Nogaïs qui dans les temps modernes sont venus occuper la Moldavie méridionale (Bessarabie) et la Dobrodja.

A l'époque des empereurs romains, après Auguste, la Dobrodja avait le long du littoral maritime une population de commerçants grecs; le reste du pays était occupé par les Scythes.

Par la suite, celte province lut occupée tour à tour par toutes les peuplades (jui venaient de l'Asie et de lu Scylhie pour passer duns la péninsule balcanique.

Au treizième siècle, les Tatars s'y établirent de nouveau ; ils y sont encore.

Au quator>:ième siècle, la Dobrodja fut conquise par les Yallaques, et dès celte époque l'élément roumain commença à passer le Danube, pour se fixer dans celte province.

Enfui elle fut conquise par les Turcs quelques années après la conquête de la Bulgarie.

Ainsi, les plus anciens habitants de cette contrée sont les Tatars et les Roumains. Ces derniers, au nombre d'environ 47 684, occupent surtout les contrées où le sol est cultivable, et particulièrement une zone tout du long du Danube, à partir de Silistrie.

Avant l'annexion de la Dobrodja, l'élément roumain prédominait déjà sur le terrain économique ; c'est l'élément qui se montrait le plus apte au progrès.

La langue roumaine était la plus répandue, même parmi les Bulgares, les Turcs elles Tatars (D'Avril, Lejean).

M. le docteur Allard, qui a fait un assez long séjour dans la Dobrodja, nous dit avoir trouvé à la population roumaine une très-grande ressemblance, pour ce qui est du type, des mœurs, de l'intelligence, de l'entrain au travail comme à la danse, avec les paysans du centre de la France.

Après la guerre d'Orient de 1855, de nouveaux groupes de Tatars ont quitté la Crimée et sont venus s'établir dans la Dobrodja,

Ils sont au nombre de 30 600 environ. Autrefois nomades, aujourd'hui fixés; ils ont des huttes ou petites maisonnettes en clayonnage recouvert de bouse de vache, et dont le toit est formé de roseaux.

Bien que fixés, il passent encore pour nomades, parce qu'ils s'éloignent assez souvent de leurs villages avec leurs bestiaux pour trouver de l'iierbe. Ils font

DANUBIENNE (Région). 97

peu d'agriculture. On leur trouve plutôt des instincts belliqueux et le génie de la destruction (Âllard).

Leur type est mongoloïde : ils ne se marient qu'entre eux, et suivent la religion musulmane. La langue qu'ils parlent s'approche beaucoup du turc. Ils ont des chameaux qu'ils emploient comme bêtes de somme et comme bêtes de trait. Les Turcs, au nombre de 29 974 environ, se trouvent surtout dans les villes, et du côté sud de la province, vers Mangalia.

M. J. Ionesco les trouve osmanlis de langue et de race; Lejean croit que ces Turcs sont mêlés de Bulgares devenus musulmans, et qu'il est im[)Ossible de distinguer dans ces contrées les Osmanlis des Bulgares musulmans.

Bon nombre de Turcs de la Dobrodja sont pêcheurs; les autres, cultivateurs ou commerçants.

Les Bulgares, au nombre d'environ '29 700, sont venus dans la Dobrodja au commencement de ce siècle, et surtout depuis 1830. Ils cultivent la terre. Dans les villes, ils font le commerce.

Les Petits-Russes ou Ruthènes sont arrivés à la fin du dernier siècle. Ils ont quitté la Russie pour échapper aux persécutions dirigées contre eux, parce qu'ils appartenaient à la secte des Vieux-Croyants ou Lipovans. lis sont commerçants, maçons, charpentiers, scieurs de bois et surtout pêcheurs.

Leur fanatisme et leur goût pour les controverses religieuses font qu'ils sont divisés en plusieurs sectes.

Les Cosaques sont aussi des sectaires vieux-croyants. Comme les Ruthènes, ils se livrent surtout à la pêche et à la préparation du poisson salé.

Les Ruthènes et les Cosaques ensemble sont au nombre de 18800 environ. Dans les villes, les commerçants grecs abondent. Dans les campagnes, ils n'occupent qu'un seul village du nom d'Âli-Bey. Leur nombre paraît être d'environ 8307.

Les Allemands, au nombre de 2700 environ, font le commerce dans les villes, ou l'agriculture dans les campagnes. Il y a aussi quelques Alsaciens, que l'on compte parmi les Allemands à cause de la langue qu'ils parlent.

Pour en finir avec la population, il nous reste à signalt^r la présence des Tsiganes (265), des Arméniens (1400) et des Juifs (3000 environ), disséminés dans la province.

En tout, la population de la Dobrodja est d'environ 172000 habitants, c'est-àdire 14 habitants par kilomètre carré. On voit arriver de nombreux immigrants. Ce sont des Turcs et des Tatars qui avaient émigré en Asie lors de la guerre, el qui reviennent ; ou bien encore des Turcs et des Tatars qui préfèrent la province roumaine à la Bulgarie.

Depuis que les troupes françaises ont eu à souffrir du choléra en 1854 dans la Dobrodja, on a fait à cette province une réputation d'insalubrité bien peu méritée.

M. le docteur Allard, qui a été en mission dans la Dobrodja pendant six mois, soutient fermement que cette province n'est pas plus insalubre que les contrées environnantes, et que les armées alliées, qui ont été atteintes du choléra en Crimée, auraient pu, à la même époque, rencontrer le fléau tout aussi bien ailleurs {Union médicale, 1857).

C. SERBIE. § I. Géographie physique- La Serbie a la forme d'un triangle ayant sa base dirigée vers le nord et son sommet vers le sud. Elle s'étend depuis

S98 DA-NUB1EN>'E (Région).

le 45" jusqu'au 45* degré de latitude septentrionale, et depuis le 17° jusqu'au 20'' degré 20' delongitude orientale (méridien de Paris).

Jusqu'en 1878, la Serbie avait une superficie de 50000 kilomètres carrés. Par le traité de Berlin on lui a annexé le territoire de Nû (prononcer Niche), de sorte que sa superficie actuelle est de 53 855 kilomètres carrés.

La principauté comprend une partie du versant septentrional des monts qui s'étendent de l'est à l'ouest de la péninsule balkanique. Dans la partie nord-est du pays, les Balkans se confondent avec les Carpates; ils n'en sont séparés que par l'étroit défilé que s'est creuse le Danube.

Au nord, la Serbie est séparée de la Roumanie par le Danube, et de l'Autriche par le grand fleuve et par la Save. A l'est, c'est le Tiniok, et plus au sud une série de montagnes qui servent de limite entre la Bulgarie et la Serbie. A l'ouest, le Drin constitue une faible frontière entre la principauté et la Bosnie récemment annexée à l'Autricbe.

Au f;ud-ouest, la Serbie est séparée de son congénère le Monténégro par ce territoire de Novi-Bazar, qui paraît être un couloir entre les provinces prises par l'Autriche (Herzégovine et Bosnie), et les provinces restées encore en la possession de la Turquie, c'est-à-dire l'Albanie, la Roumélie et ia Macédoine.

Au sud-est se trouve enfin le territoire récemment annexé à la Serbie, territoire qui est enclavé entre la Bulgarie, l'Albanie et la Roumélie.

Les plaines d'une certaine étendue et propres à la culture se trouvent, à l'ouest, ilans la vallée de la Save; à l'est, entre le Timok et la Morava, et au sud, dans la vallée de la Morava serbe.

Le reste du pays est couvert de montagnes laissant entre elles des vallées trop étroites pour que la terre puisse y être aussi bien cultivée que le long de la Save et dans la partie orientale de la principauté.

La chaîne de montagnes de la partie orientale du pays, celle qui est la continuation des Carpates, se dirige du nord-est au sud-ouest, et présente, au point lie vue géologique, la plus grande ressemblance avec les Carpates [voy. plus haut Roumame). La plus grande élévation des cimes de cette chaîne est, des deux côtés du Danube, d'environ 1000 mètres. Cette chaîne est riche en gisements de charbon, de pyrite de fer et de cuivre, et de plomb argentifère.

Au sud, entre les deux branches de la Morava (Morava serbe et Morava l)u!gare) et au nord de Novi-Bazai-, s'élève le groupe des })Ius hautes montagnes •de la Serbie. Le point le ])lus culminant de ce groupe est le Kopaonik, mont presque isolé, formé de granit, de porphyre et de serpentine. Les vallées d'alentour ne sont point fertiles. A mesure qu'on avance au nord du Kopaonik, on trouve des rangées de montagnes moins élevées et couvertes de forêts séculaires de chênes, de hêtres, de sapins et autres conifères. Plus au nord, nous trouvons la vallée si fertile de la Morava serbe, que nous avons mentionnée, et enfin une autre chaîne de montagnes, le massif de Radnik, aux roches crétacées ou granitiques, aux vallées étroites et tortueuses. Cette dernière partie du pays est d'un accès difficile. La population y est naturellement clair-semée, et se compose surtout de pâtres.

Le pays est encore très-boisé, mais dans maint district on a eu, comme nous l'avons dit pour la Roumanie, Je grand tort de déboiser les collines et les montagnes. Ici encore nous trouvons le phénomène inévitable en pareil cas : argile et humus emportés par les eaux pluviales, dépôts considérables dans les lits des rivières, cours d'eau devenus inuavigables, etc.

DANUBIENNE (Région). ^^^

M. Kanitz a observé que le déboisement avait été poussé si loin dans la partie occidentale du pays, que l'on y fait venir le bois de cliauffage de la

Bosnie. . .

Les ennemis les plus acharnés des forêts sont les porcs, qui détruisent les racines et les jeunes tiges, et les chèvres, qui rongent les jeunes pousses. Dans l'état actuel il est impossible que l'on élève les porcs et les chèvres ailleurs que

dans les forêts.

A Maïdanpek (dans le nord-est, à 15 kilomètres environ du Danube) , on exploite le fer et surtout le cuivre. La production annuelle du cuivre est d'environ 150 tonnes. A Kucajna, on exploite le plomb argentifère; à Parcaui, on n'exploite plus ce minerai, mais on y trouve d'abondantes réserves de minerai extrait qui contient de 5,5 à 6,5 pour cent de plomb et 0,07 pour cent d'argent. A Seiij (près duprija) et à Dobra, il y a des gisements de charbon de terre, mais on exploite surtout les mines de houille de la première localité (à l'extrémité sud-ouest de la chaîne de montagnes qui se continue avec les Carpates). Dans le sud-ouest, près d'Uzica, on exploite des carrières de marbre.

Les eaux minérales abondent dans les montagnes; mais l'installation est généralement primitive ou elle manque absolument. Nous signalerons les sources principales.

On trouve des sources sulfureuses chaudes k Smerdan-Bara (près Loznica), à

Ribarska-Banja et à Vranja.

La source de Bela-Voda (dans la Jagodina) est ferrugineuse.

A Trebotin (dans le sud), il y a une source que l'on dit analogue à l'eau de Marienbad.

A Pepeljevac, on signale une eau minérale contenant de l'acide carbonique, du bicarbonate de soude et des traces de fer (Kanitz).

A Josanica, dans le sud, au nord du Kopaonik, se trouve la source la plus chaude de la Serbie ; à sa sortie, l'eau a une température de 78 degrés centigrades. Cette eau est légèrement gazeuse et bicarbonatée sodique. L'installation y est des plus primitives.

La source chaude de Vrnjacka Banja à Vrnjci (Krusevac) fournit une eau gazeuse, à peine minéralisée.

On trouve assez fréquemment dans les montagnes de la Serbie des sources chaudes qui ne sont pas plus minéralisées que l'eau commune.

A liiseîa-Voda (district de Kragujevac) l'installation est relativement des plus satisfaisantes. On y trouve des logements, une grande salle de promenade, des restaurants. L'eau est gazeuse et bicarbonatée sodique. Dans le nouvel établissement, l'eau des haignoires est chauffée par la vapeur d'eau qui traverse des tubes en serpentin. Dans l'ancien établissement, on plonge dans les baignoires des boulets de fer chauffés.

La station d'eaux minérales la plus fréquentée en Serbie est Banja (prononcez Bagna), dans le sud-est, entre Knezevac et Aleksinac. Déjà avant la délivrance de la Serbie, cette station était très-fréquentée par les Turcs. 11 y venait des baigneurs même de l'Asie. Les substructions sont l'œuvre des Romains. Les murs qui s'élèvent au-dessus du sol ont été construits pendant la domination turque. L'eau de la source principale, celle qui alimente la piscine, a une température de 46 degrés centigrades à sa sortie; elle est refroidie grâce à un courant d'eau froide qui passe dans un large conduit, de sorte que l'eau de la -piscine a la température de 35 degrés centigrades. L'eau contient de l'acide car-

000 DANUBIE]\NE (Région),

bonique, du carbonate de soude et d'autres sels, et des traces de fer. On dit celle eau analogue à celle de Gastein.

Kanitz dit que l'installation, les logements et la nourriture sont dans un étal primitif; mais il semble que les baigneurs du pays sont satisfaits du confort relatif qu'ils y trouvent. Les malades qui commencent à prendre des bains jettent une pièce de monnaie dans la piscine. On croit que celui qui oserait retirer ces pièces de la piscine serait par la suite atteint de la maladie dont le baigneur aura guéri. 11 7 a toujours un grand nombre de monnaies au fond de la piscine. Cette superstition doit dater des temps anciens.

Nous avons rapporté ce fait pour le rapprocher du suivant. Des géologues ont pratiqué récemment des fouilles dans les couches de vieille date qui se trouvent autour des sources d'eau minérale du centre de la France. On y a trouvé de nombreuses monnaies dont le métal s'était combiné à d'autres éléments chimiques pour donner naissimce, au bout de plusieurs siècles, à des corps composés qui jusqu'à présent n'avaient été rencontrés que dans des minerais, mais qu'on n'avait pas pu produire artificiellement dans les laboratoires. On peut se demander si ces nombreuses monnaies romaines, trouvées dans les couches du sol où autrefois il y avait des piscines, n'ont pas été jetées là tout exprès par les malades'.

Climat. Bien que la Serbie ait la même latitude que la Toscane, par son climat et sa flore, la principauté ressemble à l'Allemagne du sud.

Les vents froids du nord-est qui arrivent de la Russie en Roumanie et en Bulgarie pénclrent aussi dans la Serbie, ce qui fait que la température du pays qui nous occupe ne diffère pas notablement de la température de la Roumanie.

En été, le thermomètre atteint quelquefois 36 et même 37 degrés centigrades, et en hiver, il descend assez souvent au-dessous de 16 degrés centigrades.

A cause de l'intensité de l'évaporationqui se fait sur la vaste superficie occupée par les forêts, le'refroidissement nocturne est subit et considérable l'été. Ainsi, il arrive qu'à Belgrade la température du jour est de 36 degrés centigrades, et celle de la^nuit de 14 degrés centigrades. D'autre part, les hautes montagnes de la Bosnie et de]^laJDalmatie font que les vents chauds et humides du sud-ouest n'arrivent que bien faiblement en Serbie. 11 pleut peu en été, mais les orages sont violents.

En automne les pluies sont abondantes. La neige tombe en grande quantité à la fin de novembre. L'hiver dure sans interruption pour céder la place à un printemps qui arrive brusquement.

On juge mieux du climat, de la flore et de la nature du sol d'un pays, par l'examen de la production végétale. En Serbie, bien plus qu'en Roumanie, la culture ne peut être qu'extensive. La superficie du territoire cultivé de la Serbie était, en 1866, de 316 448 hectares. Dans les régions montagneuses, la culture n'est possible que sur les pentes inférieures et dans les étroites vallées ; et comme le pays est pour la plus grande part hérissé de montagnes, les régions susceptibles de bonne culture sont les vallées du ïimok, celles de la Morava, et les plaines qui longent la Save et une partie de la rive du Danube, et principalement les districts de Belgrade, de Cerna-Reka et de Knezevac. Ces deux derniers districts se trouvent au nord-est, à l'extrémité du pays qui touche à la Bulgarie.

* Pour d'autres détails sur les stations balnésiies delà Serbie nous renverrons à l'ouvrage de M. le docteur Lindenmeier, Opis mineralnih Voda (Description des eaux minérales), Belgrade, 1856, in-S".

DANUBIEfiNE (Région). 601

D'après M. Jaksic, la production annuelle en céréales est de 4 700000 hectolitres, se répartissant comme il suit : froment, 1 300 000 hectolitres ; orge, 287 000 hectolitres; avoine, 271000 hectolitres; maïs, 2 444 000 hectolitres, etc.

Comme on le voit, eu égard à sa superficie et au nombre de ses habitants, la Serbie, pour ce qui est de la production du sol, vient bien loin après la Hongrie et la Roumanie.

La vigne est surtout cultivée dans le district de Krajna, à l'extrémité nord-est

du pays.

La faune est encore celle de l'Allemagne du sud (Kanitz). Les loups, les ours et les sangliers sont peu nombreux aujourd'hui, mais les renards et les lièvres abondent. Les lapins manquent.

Le pays tire un grand profit de l'élève des chèvres et des porcs, que l'on exporle en Autriche et en Allemagne.

Les oiseaux aquatiques et les oiseaux de proie sent les plus abondants, mais il y a peu d'oiseaux chanteurs, parce qu'il y a généralement moins de coteaux que de hautes montagnes. On trouve un faucon aux pieds rouges particulier à la région. Nous signalerons encore les oies sauvages.

§ II. Démographie. D'utiles travaux de statistique ont été publiés avec soin par M. Jaksic; diverses monographies plus particulièrement étudiées ont paru dans le Bulletin {Glasnik) de la Société scientifique de Belgrade.

Étude statique de la population. La population totale de la Serbie était, en 1874, de 1 377 062 habitants. En tenant compte de l'accroissement survenu par l'excédant des naissances sur les décès, on peut admettre qu'en 1880 la population s'élève à 1 460 000 habitants, sans compter la population du territoire récemment annexé, dont le chiffre paraît atteindre 300 000 individus.

Rapport des sexes. En 1874, il y avait 1057 hommes pour 1000 femmes.

Étude dynamique de la population.

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