‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.26Chapitre 56 sur 75 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

DE-mCBELiS (FiLippo). Médecin italien de mérite, s'était fixé tout d'abord à Sassari en Sardaigne, et enseignait la chirurgie et l'anatomie à l'Université de cette ville. Il passa ensuite à Turin et occupa la chaire d'anatomie à l'Université. Il mourut en 1857. De-Michelis était membre de l'Académie royale médicochirurgicale et de l'Académie des sciences de Turin. Nous ne connaissons de lui que :

I. SuUa esterna disposhione di un mostio umano vivente. In Annali univ. di medicina, t. L, p. 581, 1829, — II. Utilità delV ioduro di potassio nel morbo mercuriale e nella stessa lue venerea reslia al mercurio, t. Cil, p. 640, 1842. L. Hn.

DE.^II-CIRCULAIRES (Ganaux). Voy. Oreille interne .

DEMi-itiEiiBRAXELX {Ischio-popliti-tihial, Chaussier; demi-aponévrotique, Bichat.) Le demi-membraneux est un muscle de la région postéro-interne de la cuisse. 11 est appelé ainsi parce qu'il est constitué par une membrane aponévrotique dans la moitié de sa longueur.

Insertions : d'une part, à l'ischion, au devant du tendon commun du biceps

et du demi-tendineux, dont il est séparé souvent par une bourse séreuse; d'autre part, au tibia et au fémur.

La lame aponévrotique du demi-membraneux s'insère à la partie la plus élevée et la plus externe de la tubérosité ischiatique. Nacrée, brillante, plus épaisse en dehors qu'en dedans, elle s'épanouit en donnant naissance aux fibres charnues, vers le tiers moyen de la cuisse. La portion musculeuse du demi-membraneux se termine en arrière de la tubérosité interne du tibia, par un court tendon trifurqué. La branche postérieure ou externe de ce tendon se porte en dehors et en haut, pour former le ligament poplite de l'articulation fémoro-tibiale, et va se fixer immédiatement au-dessus du condyle externe du fémur. La branche moyenne ou descendante s'attache, en s'élargissant, à la partie postérieure de la tubérosité interne du tibia, au-dessous de la cavité glénoïde. La branche antérieure ou horizontale se réfléchit en avant, glisse dans la gouttière horizontale de la tubérosité interne du tibia, sous le ligament latéral interne du genou, et s'insère à l'extrémité de cette gouttière. Une synoviale facilite le glissement de cette dernière branche sur le tibia.

Rapports. Le demi-membraneux est recouvert par le grand fessier, la longue portion du biceps et le demi-tendineux, la bourse séreuse ischiatique, l'aponévrose fémorale. 11 recouvre le carré de la cuisse, le grand adducteur, le jumeau interne et l'articulation fémoro-tibiale. Son bord interne côtoie le droit interne. Son bord externe répond au grand nerf sciatique et au biceps supérieurement, et aux vaisseaux et aux ganglions poplités, ainsi qu'au nerf sciatique poplite interne inférieurement.

Derrière l'articulation du genou, il forme avec le demi-tendineux le côté interne et supérieur du creux poplite. Là, il masque les vaisseaux poplités. Son tendon terminal, placé extérieurement à celui du demi-tendineux, roule, avant sa trifurcation, derrière le condyle interne du fémur, au moyen d'une séreuse qui communique souvent avec celle du jumeau interne.

Comme l'observe Cruveilhier, les muscles biceps en dehors, les muscles demitendineux et demi-membraneux en dedans, constituent les limites latérales d'un espace celluleux qui règne tout le long de la région postérieure de la cuisse et se continue avec le creux poplite. Cet espace celluleux considérable communique en haut avec le tissu cellulaire pelvien par l'échancrure sciatique, en bas avec le creux du jarret ; c'est dans cet espace destiné en grande partie au grand nerf sciatique et aux vaisseaux poplités que le pus provenant du bassin fuse avec une si grande facilité.

Structure. Le demi-membraneux est contenu dans la même gaine aponévrotique que le biceps et le demi-tendineux.

Les fibres musculaires du demi-membraneux sont courtes et insérées d'abord sur la partie la plus inférieure de la face antérieure de la lame aponévrotique qui forme la moitié supérieure du muscle.

Les artérioles émanent de la région crurale postérieure (ischiatique, honteuse interne, circonflexe postérieure, perforantes). Les veinules et les lymphatiques vont se perdre dans les veines et les troncs lymphatiques de la région postérieure de la cuisse. Les nerfs proviennent du grand sciatique.

Des trois bourses séreuses qui sont en rapport avec le demi-membraneux, deux, la bourse séreuse pré-tibiale et la bourse séreuse rétro-fémorale, n'offrent rien de spécial à noter; quant à la bourse séreuse ischiatique, elle sera étudiée avec le demi-tendineux {voy. Demi-tendineux).

Anomalies. Absence. Cette anomalie est très-rare; elle est signalée par Losclige et De Souza (Loschge, Abhandlungen der phijs. med. Soc. Erlangen, Bd. I, p. 25; De Souza, Gaz. méd. de Paris, 1855, n° 12, p. 184).

Dédoublement du muscle. Cette division complète du demi-membraneux dans toute l'étendue de sa longueur est indiquée par Luigi Galori et Lannegrâce (Luigi Calori, Memoria delï Academia délie science délie Instilulo di Bologna, sér. II, t. VU, fasc. 5, 1868, p. 144; Lannegrâce, Mijologie comparée des membres, th. Montpelliei-, 1878, p. 60). J'en possède une observation.

Variation dans la longueur relative de la portion membraneuse et de la portion miiscidaire. Tantôt les libres charnues occupent plus de la moitié de la longueur du muscle [et se substituent même dans certains cas à toute la portion membraneuse], tantôt c'est le contraire qui se présente. Le demimembraneux peut même être réduit à un simple cordon fibreux allant de l'ischion au condyle interne du fémur. Une fois, il était conslitué par un long tendon avec un petit muscle central.

Multiplication du nombre des faisceaux d'insertion supérieurs et insertion supérieure plus étendue du muscle. M. le professeur Macalister a disséqué uu demi-membraneux qui s'insérait non-seulement à l'ischion, mais encore à une portion du grand ligament sacro-sciatique. M. le docteur Kelly a communiqué au savant professeur de zoologie de l'Université de Dublin le dessin d'un muscle demi-membraneux qui recevait un faisceau surnuméraire du carré crural {Transactions of the Royal Irish Academy, vol. XXV, 1871, p. 117). J'ai vu un muscle demi-membraneux qui naissait supérieurement par deux faisceaux distincts; l'un des faisceaux émanait, comme d'habitude, de la face externe de la tubérosité ischiatique, le faisceau profond anormal se détachait de l'épine sciatique. L'obturateur interne croisait le faisceau profond.

Faisceaux inférieurs surnuméraires. Retzius a trouvé un demi-membraneux qui avait un faisceau surnuméraire qui allait se perdre dans le creux poplité {Chirurgische Anatomie, p. 984). Un faisceau analogue est décrit par Sandifort [Thésaurus dissert., Roterod., 1769, p. 250).

Anatomie comparée. L'anatomie comparée rend compte jusqu'à un certam point des anomalies du demi-membraneux de l'homme.

Si le demi-membi"aneux n'existe pas, ou du moins n'est pas distingué chez les animaux très inférieurs, il paraît constant chez les vertébrés. Dans les anoures il est double : l'un des faisceaux qui le représentent s'insère en avant à la tubérosité interne du tibia ; l'autre en arrière. Ce dédoublement est noté encore chez les chéloniens. Le demi-membraneux de l'echidné et de l'ornithorhynque est entièrement charnu (Lannegrâce). Selon M. Alix, le demi-membraneux ainsi que le demi-tendineux ne mériteraient plus ce nom chez les anthropoïdes, où ils seraient musculeux dans presque toute leur étendue (Alix, Bullet. Soc. anthropolog., t. IV, 2" série, 4' fascicule, p. 558, Paris, 1869). Dans les quadrupèdes, le demi-membraneux prend ses origines non-seulement sur l'ischion, mais encore sur les apophyses transverses des premières vertèbres coccygiennes. Chez presque tous les mammifères le demi-membraneux fournit une expansion qui concourt à Li formation de l'aponévrose plantaire ou se fusionne avec le tendon d'Achille, et de plus envoie un faisceau à la tète du péroné.

Plnjsiologie. Le demi-membraneux fléchit la jambe sur la cuisse et étend la cuisse sur le bassin lorsqu'il prend son point fixe sur l'ischion ; il maintient fortement le bassin dans l'extension, lorsqu'il prend son point d'appui sur la

640 DEMI-TENDINEUX.

jambe. Pendant que l'on faradise énergiquement ce muscle, le sujet ne peut incliner en avant son tronc sur la cuisse.

Pour de plus amples détails nous renvoyons à l'étude pliysiologiqûe du demitendineux, dont celle du demi-membraneux ne saurait être séparée.

A. Le Double.

DEMI-MÉTAL, , Autrefois nom de substances métalliques qui, par leur peu de fixité et de cohésion, s'éloignaient des viétaiix parfaits, comme l'or et l'argent. Ainsi l'arsenic, l'antimoine, etc., subslances volatiles et cassantes.

DEMIRI (Kamal aldin Abolbaka. Mohammed bek Musa). Célèbre naturaliste arabe, né au Caire en 1349, mort en novembre 1405. Savant jurisconsulte, il professa durant de longues années la science des traditions à ia chapelle Ruknia et à la mosquée El-Âzhar, dans sa ville natale. Son livre intitulé Haiât al Hai- 2mn (La vie des bêles) est une sorte de dictionnaire composé d'après 284 ouvrages de zoologie et donnant la description détaillée de 951 animaux. Il en parut eu arabe une grande et une petite édition, la première dès 1571. Divers auteurs en ont publié des extraits ; nous nous bornerons à mentionner ceux qu'a donnés Bochart dans son Uierozoicon, et ceux que Sylvestre de Sacy a insérés à la suite de la traduction du poëme De la chasse d'Opila, par Belin de Ballu (Strasbourg, 1787). La bibliothèque de l'Arsenal à Paris possède une tradliction persane du Haiât al Eaiwân. L'ouvrage de Demiri, malgré les fables qu'il renferme, mériterait d'être mieux connu et permettrait de se faire une idée exacte des opinions des mulsumans sur un grand nombre d'animaux. Il en existe, paraît-il, une traduction française par Petit de la Croix, restée manuscrite. L. Hx.

DE:vii-te\dixei]\. {Semi-nervosus , Spigel, ^Yinslow ; ischio-prétibial, Chaussier). Le demi-tendineux est un muscle de la région postéro-interne de la cuisse. Il est ainsi nommé en raison de la longueur de son tendon inférieur.

Insertions : d'une part, à la tubérosité isciiiatique, au-dessous du grand ligament sacro-sciatique, par un tendon commun avec le biceps; d'autre part, à la partie inférieure et interne de la tubérosité antérieure du tibia.

Les fibres charnues nées du tendon supérieur, à une très-courte distance de l'ischion, auquel quelques-unes d'entre elles s'insèrent même quelquefois, — se multiplient pour constituer un muscle fusiforme, qui descend d'abord verticalement en bas, puis un peu obliquement de dehors en dedans. A cinq ou six travers de doigt au-dessus de l'articulation fémoro-tibiale, le demi-tendineux se termine en tendon long et grêle qui contourne la tubérosité interne du tibia, en décrivant une courbe dont la concavité regarde en haut et en avant. Ce cordon fibreux terminal se réfléchit sous cette tubérosité pour se porter horizontalement d'arrière en avant vers la tubérosité antérieure du tibia, à la partie inférieure et interne de laquelle il se fixe, en s'accolant au bord inférieur du droit interne, et en formant avec lui et le tendon du couturier qui les recouvre tous les deux l'expansion aponévrotique appelée patte d'oie.

Rapports. En avant et de haut en bas avec le demi-membraneux dont il est séparé souvent, au niveau de la tubérosité ischiatique, par une bourse séreuse avec le grand adducteur et le jumeau interne. Son tendon est situé d'abord

DEMI-TENDLNEUX. 641

derrière le demi-membraneux, puis entre le demi-membraneux et le jumeau interne avant de contourner la tubérosité interne du tibia.

En arrière, avec le grand fessier, l'apone'vrose crurale et l'aponévrose jambière, qu'il contribue à former.

En dehors avec la longue portion du biceps, à laquelle il est uni dans son quart supérieur, et dont il se sépare à angle aigu au-dessus du creux poplité. Il constitue avec le demi-membraneux le côté supérieur et interne du creux poplité.

Au niveau de la tubérosité interne du tibia, une bourse séreuse est interposée entre les tendons du couturier et le demi-tendineux, et une seconde bourse séreuse entre le tendon du demi-tendineux et le tibia.

Structure. Le demi-tendineux est contenu dans la même gaine aponévrotique que le demi-membraneux et le biceps. — Les fibres charnues sont coupées dans leur partie moyenne par une intersection fibreuse analogue à celles du grand complexus et du grand droit de l'abdomen. La largeur et la direction de cette intersection sont variables; ordinairement elle a la largeur du petit doigt et est dirigée obliquement de haut en bas et de dedans en dehors.

Ce qui caractérise avant tout la structure de ce muscle, c'est la longueur de son tendon. De la convexité de ce tendon se détachent des expansions fibreuses qui se perdent dans l'aponévrose jambière. Ces expansions aponévrotiques brident le tendon soit dans sa situation, soit dans sa direction ; ainsi que le remarque M. Sappey, elles jouent à l'égard de ce tendon le rôle de poulies de renvoi, et lui permettent de s'attacher sur l'os principal de la jambe dans uoe direction presque perpendiculaire, incidence très-favorable à l'action du muscle.

Les artérioles proviennent des artères de la région postérieure de la cuisse. Les veinules et les lymphatiques se rendent aux veines et aux lymphatiques de la l'égion crurale postéro-interne. Les ramuscules nerveux émanent du sciatique.

La bourse séreuse décrite par J. Cloquet entre les tendons .supérieurs du demi-tendineux et du demi-membraneux est assez rare. M. le pi'ofesseur Macalister pense qu'elle existe seulement 1 fois sur 30 sujets. Si je m'en réfère à mes propres recherches, cette proportion serait encore exagérée.

Les bourses séreuses inférieures du demi-tendineux sont plus constantes. Elles deviennent parfois le siège d'un véritable épanchement. La bourse séreuse la plus profonde pourrait, dit-on, communiquer très-exceptionnellement avec l'articulation du genou.

Anomalies. Indépendance complète supérieurement du demi-tendineux et du biceps cniral. Cette indépendance des deux muscles a été signalée par MM. Macalister, Gruber, Lannegrace, etc. Je l'ai observée deux fois.

Origine du demi-tendineux par deux faisceaux supérieurs distincts. Un second chef musculaire naissant de l'ischion, à une petite distance du tendon supérieur d'origine du muscle normal, rejoint souvent le demi-tendineux au niveau de l'intersection aponévrotique. J'ai trouvé une fois un faisceau musculaire surnuméraire inséré supérieurement au grand ligament sacro-sciatique, et inférieurement à l'intersection fibreuse du demi-tendineux.

Variation dans le nombre des intersections aponévrotiques. L'intersection aponévrotique me paraît constante. Quelquefois pourtant elle est coupée par des fibres musculeuses. Assez fréquemment on rencontre deux intersections fibreuses. C'est Sœmmerring qui a, le premier, appelé l'attention sur ces deux intersections.

DICT. E.NC. XXVI. 41

642 DEMI-TENDINEUX.

Faisceaux de communication entre le demi-tendineux et la portion inférieure du biceps crural. Sur un liomme de quarante-cinq ans, mort dephthisie, j'ai vu une expansion musculaire, large de 2 centimètres 1/2 environ, étendue transversalement de la portion moyenne du biceps vers le tiers inférieur et le bord externe du demi-tendineux, au-dessus du creux poplité.

Anatomie comparée. Les anomalies du demi-tendineux de l'homme ont pour homologues des dispositions normales chez divers animaux. D'après M. Laanegrace le biceps crural ne serait pas primitivement un muscle ischialique, mais un muscle iliaque. Dans les vertébrés inférieurs il serait très-éloigné du demitendineux et du demi-membraneux, et appartiendrait au groupe des muscles extenseurs de la jambe (Lannegràce, Myologie comparée des membres. Th. de Montpellier, 1878, p. 56). Insensiblement il se rapprocherait du demi-tendineux avec lequel il finirait enfin par se confondre en haut.

Le demi-tendineux existe déjà dans les amphibiens anoures ; chez la grenouille son insertion supérieure se fait par deux chefs distincts. Ce muscle a également deux tètes, à son origine supérieure, dans les ruminants, dans les sarigues, etc. Le demi-tendineux des solipèdes a deux tètes ; la supérieure vient de l'origine de la queue ; l'inférieure se détache de la tubérosité ischiatique. Le muscle entier s'insère au deuxième quart du tibia et envoie un long tendon en bas, qui passe au devant du tendon d'Achille, où il s'unit à celui du fléchisseur biceps {Ucckel, Ana t. comp., vol. Yl, p. o82).

La multiplication des intersections fibreuses du demi-tendineux chez l'homme est peu explicable.

Usages. Le demi-tendineux produit à la fois la flexion de la jambe sur la cuisse, l'extension de la cuisse sur le bassin, et la rotation du membre inférieur en dedans. Si la jambe est lléchie et dans la rotation en dehors, elle est ramenée dans la rotation en dedans.

Le demi-tendineux est rotateur de la jambe en dedans en vertu de l'action réfléchie de son tendon inférieur qui contourne le condyle interne, pour aller s'attacher à la crête antérieure du tibia. Mais cette rotation de la jambe est trèslimitée.

Quand le demi-tendineux prend son point fixe sur la jambe, il étend et maintient solidement le bassin dans l'extension, avec moins de puissance toutefois que le demi-membraneux.

Lemoment du demi-tendineux, comme celui de tous les muscles fléchisseurs de la cuisse, est, d'une part, dans la demi-flexion de la jambe sur la cuisse; d'autre part, dans la demi-flexion du bassin sur la cuisse.

Physiologie pathologique, à insi que l'a démontré Duchenne (de Boulogne), le demi-tendineux joue avec le biceps et le demi-membraneux un rôle important dans la marcbe.

Après l'oscillation en avant de l'un des membres inférieurs, au moment oii le pied est détaché du sol, du talon à la pointe, par le triceps sural, et en même temps que la cuisse est étendue sur la jambe par le triceps crural, le bassin est redressé sur la cuisse par le demi-tendineux et le biceps crural auxquels s'associe le demi-membraneux. La contraction du demi -tendineux et du biceps crural continue ensuite, et s'unit aux muscles couturier et droit interne pour séparer le pied du sol, en fléchissant la jambe sur la cuisse.

Le demi-tendineux ainsi que le biceps crural sont plus utiles comme extenseurs de la cuisse sur le bassin ou du bassin sur la cuisse, pendant la station

DEMME (Les deix). 645

et la marche, que comme fléchisseurs de la jambe sur la cuisse. Consécutivement, en effet, à l'atrophie de ces muscles, le tronc a une tendance à tomber en avant, pendant la marche et la station debout. Dans ces conditions, le sujet, afm d'éviter une chute, reporte instinctivement le thorax plus en arrière, en se renversant dans ce sens. Il en résulte que la course et même la marche rapide deviennent difficiles, sinon impossibles.

Le demi-tendineux et les autres muscles qui s'insèrent à la tubérosité ischiatique (demi-membraneux et biceps) sont plus utiles que les grands fessiers pour maintenir l'extension du tronc pendant la station et la marche. Une étude attentive des malades a prouvé l'exactitude de cette proposition, comme des précédentes, à Duchenne (de Boulogne) {Physiologie des mouvements. Paris, 1867, p. 52). Les troubles fonctionnels occasionnés par leur atrophie ne s'observent pas consécutivement à l'atrophie des grands fessiers.

L'action rotatrice du demi- tendineux s'exerce sur la cuisse, lorsque la jambe est étendue sur elle; mais, dès que commence la flexion de la jambe, cette action rotatrice ne se fait plus sentir que sur celle-ci, et cela en raison directe du degré de flexion de cette portion inférieure du membre pelvien.

A. Le Double.

dehime (Les dedx).

Demme (Herma.nn). Chirurgien allemand distingué, naquit à Altenbourg en 1802. Il étudia d'abord la théologie et la philologie, puis se livra h la médecine et prit le diplôme de docteur à Wurtzbourg en 1830. II servit en 1831 pendant la guerre de Pologne en qualité de médecin et de chirurgien ordinaire de la dixième section de l'hôpital Alexandra à Varsovie, puis après la chute de la Pologne, à la fin de l'année 1831, revint en Allemagne et se fixa à Altenbourg. EIn 1832, il fit en qualité de médecin d'un paquebot un voyage en Pennsylvanie, visita Paris en 1833, puis devint professeur extraordinaire d'anatomie à l'Université qui venait d'être créée à Zurich et plus tard passa à l'Université de Berne en qualité de professeur de chirurgie et de directeur de la clinique chirurgicale. Il mourut à Berne le 18 janvier 1867, laissant :

1. Ueber ungleiche Grôssebeider flirnkâlften. Palhol.-anat. Inauguralschrift. Wiirzburg, 1831, gr. in-8°. — II. Ueber endemischen Kretinismus. Bern, 1840, in-8"', 1 pi. L. Hx.

Demme (Garl-Hermann). Fils du précédent, né en 1831, fit 'ses études sous la direction de son père et prit le bonnet de docteur en 1857, croyonsnous, et quelques années après se fit recevoir privat-docent de chimie et d'anatomie pathologique à l'Université de sa ville natale. En 1859, il prit part, aui . côtés de l'éminent chirurgien Luigi Porta, à la campagne d'Italie, et fit une ample moisson d'observations des plus intéressantes qu'il utilisa par la suite dans ses excellents travaux sur la chirurgie de guerre et particulièrement sur les plaies par armes à feu. En 1864, il fut impliqué dans le procès relatif à l'empoisonnement smvi de mort du père de sa fiancée, mais il fut acquitté. On trouvera tous les détails sur cette affaire dans Emmert, Der Criminalprocess Demme-Trumpy vom gerichtsàrztUchen Standpunkte aus dargestellt (Wien, 1866, gr. in-S").

Demme se rendit en Italie avec sa fiancée et se suicida avec elle à Nervi près de Gênes, paraît-il, vers la fin du mois de novembre 1864.

Les Memorabilien aus der Praxis l'ont compté au nombre de leurs rédacteurs de 1858 à 1861. Nous connaissons de lui :

644 DEMOCEDE.

I. Ueber die Verânderungen der Gewebe durch Brand. Ein Beitrag zur pnthologischen Histologie. Frankfurt a. M., 1857, gr. in-S"; fig. et pi. — II. Beobachtungen ûber Carci^ nosis miliaris aciita. Bern, 1858, gr. in-8° (Extr. de Scliweizer. Monatsschr. f. prakl. Medicin, III. Jalirg.). — III. Beitrâge zur pathologischen Anatomie des Tetamis und einigen andern Krankheiten des Nervensystems. Leipzig, 185'J, gr. in-8°, 1 pi. (C'est simplement sa tlièse inaugurale remaniée.) — IV. Mililâr-chirurgische Studien in deii italienischen Lazarrthen von 1859, 1. Alith. Allgem. Chirurgie der Kriegswuiiden... ; 2. Abth. Specielle Chirurgie der Schusswunden... Wûrzburg, 1861 , gr. in-S". Nouv. édit. sous le titre : Milit.-chir. S<w<//en.Ibid.. 1804, gr. in-8°. — Y. Une traduction : Luigi Porta. Die Blasensteinzertrûmmerung.Heut. Ausg. von Herm. Demme. Leipzig, 1864, gr. in-8°, pi. ^Traduction avec additions par l'auteur et par le traducteur). L- Ih.

DÊMOCÈDE. Célèbre médecin de Crotone, le plus connu des médecins périodeutes, ou médecins ambulants, que les villes de la Grèce se disputaient à prix d'argent. Hérodote nous a laissé de grands détails sur la vie de Démocède. Il est né dans le sixième siècle avant Jésus-Christ et pratiquait la médecine avec succès, lorsque le caractère dur et colère de son père, Ctésiphon, l'obligea à quitter cette ville pour se rendre à Egine où il acquit bientôt une grande réputation. Dès la seconde année il reçut un traitement de la ville et l'ut peu de temps après à Athènes. Bientôt Polycrate, le fameu.v tyran de Samos, fit des offres brillantes à Démocède, et ce dernier devint son médecin particulier. On a cru longtemps que Démocède était le premier médecin grec qui était allé exercer la médecine chez les barbares, mais cette opinion a été combattue par l'érudit et regretté Daremberg. Quoi qu'il en soit, Polycrate, ayant déclaré la guerre aux Perses, fut battu par Orétès, gouverneur des Sardes, et mourut interné à Magnésie. Tous ceux qui l'avaient accompagné, et Démocède était de ce nombre, furent emmenés en esclavage, et le médecin de Crotone, qui cachait sa qualité, demeura quelque temps inconnu à Suse au milieu des esclaves. Mais Darius se démit le pied en tombant de cheval, et les médecins égyptiens de la cour lui ayant tourné le pied sans résultat, le roi fut obligé de garder la chambre. Il était en proie à de vives souffrances, lorsqu'un courtisan lui parla de Démocède. Darius l'envoya chercher et il arriva couvert de haillons et les pieds enchaînés. Aux questions que lui fit le roi pour savoir s'il était médecin, Démocède répondit évasivement, dans la crainte de trop bien réussir à se faire apprécier et retenir à la cour. Mais Darius s'aperçut de ses réponses évasives et il fit apporter des fouets. Démocède se résigna alors, et répondit qu'il avait quelque peu étudié la médecine. 11 traita de suite le roi à la manière des Grecs, par des calmants et des remèdes doux, lui procura un bienfaisant sommeil et le guérit en peu de temps. Darius fut enchanté de sou nouveau médecin ; il n'eut pas de peine à ■ reconnaître en lui un homme supérieur, l'admit à sa table et lui accorda tout ce qu'il demandait, et Démocède réclama tout d'abord la grâce des médecins égy()tiens que le roi voulait mettre à mort. Peu de temps après, Atossa, la femme de Darius, fut atteinte d'une tumeur au sein qui s'abeéda; elle se décida bientôt à consulter Démocède qui réussit à la guérir assez promptement. Le roi, après avoir récompensé richement son médecin, lui permit de conduire en Grèce un certain nombre d'espions chargés de préparer les voies et moyens d'une expédition qu'il projetait; mais Démocède, qui n'attendait qu'une occasion pour recouvrer sa liberté, ne voulut pas livrer les Perses à ses compatriotes : aussi, en passant à Tarente, lit-il prévenir le roi Aristophilides qui les retint jusqu'à ce que Démocède eût gagné Crotone, et les laissa ensuite retourner chez eux, non sans avoir essayé de le poursuivre. Le médecin grec continua dans sa ville natale

DEMODEX. 645

à se livrer à la pratique de la médecine et se maria avec la fille du célèbre athlète Milon. On sait qu'il mourut à Crotone, et les historiens grecs, Hérodote qui vécut longtemps près de Crotone, Dion Chrysostome et Dion Gassius, le considèrent comme un des plus grands médecins de l'antiquité. Suidas lui attribue un livre sur la médecine, et l'on admet généralement que la renommée des médecins de Crotone est due à Démocède, que Daremberg considère comme l'un des premiers médecins d'état sur lequel on possède des documents certains.

DÉmoCRlT£. Célèbre philosophe grec, né à Abdère, en Thrace, vivait au cinquième siècle avant Jésus-Christ. 11 est cité dans les biographies médicales en raison de ses relations avec Hippocrate, et aussi parce qu'il est l'auteur de divers traités sur la structure des animaux, les maladies épidémiques, la fièvre, etc. Malheureusement aucun de ces ouvrages n'est parvenu jusqu'à nous, quelques fragments seulement ont été cités ou recueillis par Diogène Laërce, Plutarque, Fabricius, etc. Les Mémoires de l Académie de Nancy de l'année 1836 en renferment un certain nombre.

Déraocrite est connu par sa doctrine du mouvement des atomes et admettait que « le semblable attire le semblable », d'où le fatalisme. En ce qui concerne ses relations avec Hippocrate, elles reposent sur une lettre de ce dernier qui aurait été appelé par les Abdéritains afin d'essayer de le guérir de la folie dont ils le croyaient atteint, parce que le philosophe riait de tout. Pendant la visite du célèbre médecin deCos, Démocrite, qui avait envoyé chercher du lait, dit, après l'avoir considéré, que ce devait être du lait d'une chèvre noire qui venait de porter pour la première fois, fait qui fut reconnu exact. Enfin, Hippocrate était accompagné d'une jeune fille que Démocrite salua de la qualité de « vierge », mais l'ayant rencontrée le lendemain, il lui dit : «Bonjour, femme. » Ces anecdotes rapportées par Diogène Laërce ont souvent occupé les commentateurs, mais elles sont aujourd'hui considérées comme apocryphes, de même que la lettre d'ilippocrate. L'examen de la philosophie de Démocrite ne rentre pas dans le cadre de ce Dictionnaire ; nous dirons seulement qu'il mourut dans un âge avancé, la même année qu'Hippocrate, o57 ans avant Jésus-Christ, et qu'au dire de Cicéron il s'était volontairement privé de la vue, afin de ne pas être distrait par les phénomènes extérieurs les plus usuels. A. D.

DEMODEX (5épaç, corps; 5^?, ver). On désigne sous ce nom, depuis Owen, des animaux articulés, ayant une forme très-singulière, appartenant à la classe des Arachnides de la division des Acariens. Le genre Demodex esl le type d'une petite famille, celle des Démodicides, placée entre les Sarcoptides et les Artisconides ou Tardiççrades.

1. Caractères anatomiques et physiologiques. Les Demodex présentent les caractères zoologiques suivants : Acariens à corps allongé, vermiforme, dépourvu de poils ou spinules, ayant le céphalothorax distinct de l'abdomen. Rostre recouvert en dessus par un prolongement membraneux de l'épistome, analogue aux joues du Sarcopte psorique humain. Deux mandibules terminées en stylet, à pointes tronquées et comme refoulées, à base large, triangulaire. Une paire de maxilles soudées à leur base et dans une partie de leur longueur, avec l'extrémité aiguë et divergente; le bord externe adhérent au premier article des

646 DEMODEX.

palpes. Palpes maxillaires de quatre articles: le premier, le plus grand, cylmdroïde, adhe'raut aux mâchoires ou maxilles ; les deuxième et troisième, cylindriques, égaux; le quatrième, sphérique, avec deux papilles aiguës de chaque côté et un fort crochet terminal, recourbé en bas. Languette triangulaire, mobile, rétractile, reposant sur les mâchoires. Thorax demi-cylindrique en dessus, aplati en dessous, épais, avec huit pattes, chacune d'elles composée de trois articles: une hanche, une jambe et un tarse terminé par deux ongles mousses et dépourvus de ventouses. Ces pattes articulées par la hanche à huit épimères, reliées ensemble par un sternite médian, et occupant toute la longueur de la face inférieure du céphalothorax. Abdomen allongé, mou, conoïde, finement ridé ou strié en travers, arrondi à l'extrémité, fortement contracté après la mort. Anus ayant la forme d'une fente plus ou moins longue, placée à la partie antérieure et inférieure de l'abdomen.

Organe sexuel mâle situé en avant de la fente anale ; vulve des femelles se continuant pareillement en avant avec l'anus, sous forme de cloaque longitudinal.

Génération ovo-vivipare. Femelles donnant naissance à des larves apodes, contractiles, sans organes buccaux apparents. Trois paires de tubercules papilliformcs, coniques chez les jeunes larves, apparaissant après une mue. Nymphe semblable à la larve, mais plus longue, avec huit pattes papilliformes et rostre imparfait. Après une nouvelle mue paraît le Demodex non sexué. Les organes génitaux se montrent enfin sur ces individus présentant déjà leur forme définitive.

Les parties dures du corps des Demodex, qu'on voit sur le rostre et aux épimères, ne sont pas colorées, elles sont blanchâtres comme les parties molles- Les muscles sont eux-mêmes pâles et diaphanes au céphalothorax et à l'abdomen. La locomotion très-bornée se fait au moyen des palpes maxillaires crochus à l'extrémité, représentant une sorte de pelle coudée ou de bêche; les pattes se meuvent alternativement et toutes à la fois du même côté.

On ne distingue nettement ni œsophage, ni estomac, ni intestin ; l'anus n'est bien visible qu'au moment de la défécation. Les systèmes circulatoire, respiratoire et nerveux, sont encore à démontrer. Mégnin a vu le pénis des mâles chez le Demodex du chien, pénis ayant la forme d'un tubercule conique et tronqué, situé en avant de l'anus et en arrière de la dernière paire d'épimères. La fente anale des femelles sert de vulve d'accouchement et probablement aussi de vulve de copulation (Mégnin). Ce qu'on a pris pour des œufs de forte taille n'est qu'une larve astome et apode, mais douée de mouvements volontaires.

Les larves éprouvent plusieurs mues, acquérant des tubercules papilliformes précédant les pattes, puis un rostre et finalement, après l'état de nymphe, des organes génitaux. Les Demodex vivent et se multiplient dans les follicules pileux sébacés de l'homme et de plusieurs animaux domestiques : le chien, le chat, le mouton. Chez le chien ils se trouvent sur toute la surface du corps, chez le chat dans les glandes sébacées des oreilles, chez le mouton dans les glandes de Meibomius ou du bord palpébral. Pour voir ceux de l'homme il faut chercher dans les follicules pileux du nez et du front, ainsi que dans les poils follets du visage.

Les Demodex se tiennent toujours dans les follicules sébacés avec la même position. Le rostre est dirigé vers le fond, l'abdomen en haut; ils sont en nombre variable. Deux ou trois Demodex ne donnent pas, chez l'homme, signe de leur présence, mais quand leur nombre s'élève à une douzaine et plus, le follicule est dilaté, élevé, faisant saillie, donnant lieu à une élevure conique de

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la peau, à ce que l'on ^a appelé : uu Comédou. De plus, quand il y a de vingtquatre à trente-six ou quarante parasites, les parois du loUicule ont été dilatées et irritées, le poil se détache et une pustule d'acné se développe. On rencontre dans les pustules d'acné peuplées de quarante à cinquante Demodex les adultes et leurs larves. 11 est présumable que plusieurs individus sortant des follicules vont gagner les follicules voisins; et c'est ainsi que chez le chien la gale folliculaire s'étend à la manière des éruptions ou des envahissements cutanés circinés. Le grattage, par lequel le chien porte les animalcules sur différentes parties du corps au moyen de ses pattes, et la déchirure des follicules atteints, favorisent l'extension des parasites.

La propagation des Demodex est beaucoup moins grande que celle des autres arachnides cutanées, du Sarcopte de la gale humaine en particulier. Chez le . chien, les Demodex venus d'abord autour des yeux et des pattes mettent deux mois à envahir le reste du corps. Le Demodex de l'homme est des plus lents dans sa multiplication ; il reste stationnaire après quelques pustules acnéiques et même il ne détermine ordinairement que peu de démangeaison, mais le Demodex du chien cause d'autant plus de prurit et de danger qu'il est plus abondant.

II. Description des espèces. Le demodex foUicidorum Owen a une longueur totale de 0'"'»,36 à 40 pour la femelle ovigère ; le mâle plus petit n'a que 0""",oO ; les larves ont de 0""",06 à 0'"'",12. Rostre petit, céphalothorax, n'ayant que le tiers de la longueur du corps chez l'animal vivant. Une paire de tubercules de chaque côté sur la face supérieure du rostre, à chaque article basilaire des palpes; trois paires de tubercules semblables de chaque côté du plastron doi'sal. Pattes assez courtes.

Chez le Demodex de l'homme, le corps varie de longueur après la mort par rétraction de l'abdomen.

Le Demodex caninus Tulk, variété caninus Mégnin, est long de 0'^"\'2b à 0""",50 chez les femelles ovigères et de 0'"",22 à 0""",25 chez le mâle. Le rostre est plus fort, et au contraire l'abdomen moins allongé que chez le Demodex de l'homme. Les tubercules punctiformes de la face supérieure du rostre et du plastron dorsal sont moins marqués. Les pattes sont relativement plus longues.

Il se trouve abondamment sur les chiens, chez lesquels il occasionne une maladie parasitaire connue sous le nom de gale noire ou folliculaire.

Le Demodex, variété cati (ou du chat), est d'un quart environ plus petit dans toutes ses dimensions que celui du chien (Mégnin) .

m. Action mdsihle des Demodex, Gale foUicidaire. Le Demodex foUicuculorum de l'homme est commun, excepté chez les enfants très-jeunes ; on le trouve trois ou quatre fois sur douze personnes environ, Gruby affirme quarante fois sur soixante, mais la proportion me paraît, comme à Mégnin, avoir été exagérée. C'est principalement dans les conduits des glandes sébacéts du nez, des joues et du front, qu'on les rencontre. Leur nombre exagéré produit, comme je l'ai déjà dit, une tanne légère, une pustule acnéique. L'eau de savon, la pression avec sortie du Comédon et au besoin quelques lotions d'eau légèrement chargée de sublimé corrosif et recommandée récemment par Cazeneuve, ou bien encore la liqueur de Gowland, pourraient les faire disparaître. J'ai employé aussi, et avec succès, dans un cas d'acné rebelle du front avec constatation des Demodex, la pommade au calomel, au dixième.

648 DEMODEX.

Le Demodex cammis, qui me paraît une espèce voisine de celle de l'Iiomme plutôt qu'une simple variété, produit chez le chien une maladie de peau trèsgrave, une véritable gale folliculaire.

Les anciens écrivains, veneurs ou vétérinaires, appelaient gale toutes les dermatoses du chien. Jacques de Fouilloux, contemporain de Charles IX, distinguait : une gale rouge, siégeant aux pattes et au ventre; im roux-vieux, occupant le dos et le cou; une gale des oreilles; enfin une gale noire de la tête et du chanfrein. Cette dernière est la gale folliculaire rebelle, causée uniquement par le Demodex. Les trois autres gales sont produites par des Acariens des genres Sarcoptes et Psoroptes.

Suivant les périodes oîi on l'examine, la gale noire ou folliculaire offre des formes variables. Au début les chiens ont les doigts des pattes dépilés, ainsi que le tour des yeux ; la peau est blanchâtre et farineuse. A la loupe, elle est rugueuse, et présente des papules à la place de chaque poil tombé. Le prurit est peu intense et l'animal paraît en bonne santé. Dans une seconde période la dépilation des pattes occupe le carpe et le tarse, la tête est envahie autour des yeux et aux joues. Les paupières sont tuméfiées et renversées en dedans avec entropion et chassie puiulenle. Los joues sont sillonnées de rides et de papules acnéiques. La santé générale est toujours bonne.

Dans une troisième forme, tonsurante ou circinée, on observe des plaques circulaires, de la grandeur d'une pièce de 2 à 5 francs en argent, proéminentes, dépouillées et rugueuses, couvertes de croûtes jaunâtres, avec des boutons acnéiques au pourtour. Ces plaques en se réunissant produisent de grands espaces dénudés, tonsurés et festonnés. Le prurit est modéré, intermittent, le cliien a conservé la gaîté et les apparences de la santé. Mais, à un degré plus prononcé, dans la forme généralisée, la gale noire ou folliculaire est caractéiisce par son extension sur toute l'étendue des téguments. La peau est de la sorte enflanunée, chayide, épaisse, rugueuse, dépilée, marquée sur la face de rides profondes donnant ce que l'on a appelé : la face léonine. Une multitude de boutons d'acné de toute dimension, les uns papuleux et petits, les autres moyens ou gros et pustuleux, laissent sortir par compression une masse sébacée, cylindroide, remplie quand on l'examine au microscope d'une quantité de Demodex. Le prurit tourmente les chiens, mais malgré la gravité de cette forme l'animal conserve parfois une santé générale assez bonne. Enfin, dans une forme généralisée, sans grande dépilation, les pustules acnéiques grosses sont disséminées, purulentes, remplies de centaines de Demodex; dans les intervalles la peau est couverte de lamelles épidermiques comme si on avait poudré l'animal avec de la farine de maïs (Saint-Cyr). La terminaison ordinaire de la gale noire ou folliculaire est une cachexie avec maigreur extrême, œdème des extrémités et mort dans le marasme (P. Mégnin).

La gale folliculaire du chien ne paraît pas contagieuse, ou du moins elle se montre peu contagieuse pour l'homme. Les vétérinaires ne la contractent pas. De même, le Demodex de l'homme porté sur le chien ne s'acclimate pas, malgré l'assertion contraire de Gruby, fondée sur une seule expérience. Mais la gale du chien est très-contagieuse pour un autre chien, surtout chez les jeunes animaux.

Le traitement est des plus incertains dans ses résultats et la guérison difficile à obtenir. Les Demodex semblent défier dans leur gîte les agents thérapeutiques employés contre eux (Mégnin). Le mélange de térébenthine et d'huile de genévrier

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n'a donné que des résultats douteux. Saint-Cyr a expérimenté le sublimé corrosif ■dans la glycérine, la teinture d'iode glycérinée, mais les chiens en se léchant avalent ces préparations nuisibles. Delafond avait pensé à enfoncer une broche rougie au fond des follicules parasitaires.

Le moyen qui a offert le moins d'insuccès, entre les mains de Mégnin et de Leblanc, est le bain de Baréges d'un quart d'heure à une demi-heure de durée, prolongé quotidiennement pendant un mois. La peau est malaxée dans le bain, de manière à faire pénétrer la préparation sulfureuse dans tous les interstices. Après un mois de traitement le bain sulfureux n'est donné que tous les deux jours, puis tous les trois jours. La gale folliculaire a d'autant plus de chances de réussir qu'elle est plus récente.

Le mode d'action de ce traitement est de tuer les acariens qui émigrent pour aller dans les follicules voisins, les anciennes colonies s'éteignant d'ellesmêmes (Mégnin).

IV. Historique. Gustave Simon (de Berlin), examinant le contenu des pustules de Vacne sebacea chez l'iiomme, reconnut que la matière grasse exprimée sous forme de petits boudins noircis à leur extrémité externe (Comédons) renfermait des corps dont il ne put se rendre compte. Leur longueur, dit-il, était d'un dixième de ligne, le corps mince, arrondi à un bout, plus étroit à l'autre qui paraissait bordé de petites dentelures. Après avoir repoussé l'hypothèse d'un canal excréteur ou d'un l'ragment de glandule détaché et même arraché, il supposa que ce pouvaient être des animaux. La supposition devint une certitude, quand il reconnut des mouvements évidents, exécutés par un de ces corps singuliers, convenablement isolé. Simon montra ce corps à beaucoup de médecins et de naturalistes qui tous ont constaté qu'il s'agissait d'un animal.

Ces animaux parasites se trouvaient exclusivement dans la matière des tannes, car après avoir raclé la surface de la peau des malades atteints d'acné Simon ne put jamais y rencontrer d'animaux, tandis qu'il les trouvait en exprimant les tannes et en examinant le contenu au microscope. Sur dix personnes, Simon trouva, sur trois, des animalcules dans la matière des tannes du nez; ces trois personnes étaient en bonne santé et fort propres.

La description faite par G. Simon est remarquable. Il admet quatre formes principales qu'il représente et qu'il regarde comme dépendant de l'âge. 11 décrit le rostre comme une tête, le thorax et l'abdomen, le bord de ce dernier entamé comme une lime.

Erichson, le savant entomologiste, consulté par G. Simon, lui suggéra de ranger dans les Arachnides inférieurs et dans les Âcares les animalcules qui lui furent soumis. De plus, Simon regarde ces Acares comme incomplètement développés, il observe les larves comme des corps petits, cordiformes, garnis d'un appendice, mais il les considère, à tort, comme des coques d'œufs d'oij un animal se serait échappé.

G. Simon venait de communiquer un Acarus folliculorum à la Société des naturalistes de Berlin, lorsque le professeur Henle (de Zurich) lui apprit, par une lettre du o mars 1842, que l'automne précédent il avait observé un animalcule pareil dans les follicules pileux du conduit auditif externe. La découverte avait été presque simultanée. Une foule d'observateurs ont cherché et trouvé le nouveau parasite. Owen, le premier, le nommA Demodex folliculorum. Miescherl'a appelé Macrogaster platypus. Erasme Wilson lui donne le nom à' Entozoon folli-

650 DEMOGRAPHIE.

culorum et Paul Gervais crée pour lui un genre Simonea et une espèce Simonea folliculorum.

Le travail de Wilson sur le Demodex qu'il appelle Entozoon est fait avec soin, principalement sur les premiers états de l'animalcule, mais il lui décrit une tête avec des yeux, prenant pour ces derniers organes les tubercules du rostre et du plastron dorsal. Il croit voir trois paires de palpes labiaux et finalement il range l'Entozoon au voisinage des Crustacés et des Annélides. De plus, Wilson plaçait l'anus à l'extrémité caudale de l'abdomen, et admettait de deux à quatre ongles à l'extrémité des pattes.

Les auteurs qui suivirent étudièrent surtout les mœurs du Demodex caninus : ainsi Cornevin, Pennetier, Saint-Cyr, etc. P. Mégnin est celui qui a le mieux reconnu et décrit les organes des Demodex. Je partage son opinion sur la place des Démodicidés, dans le cadre zoologique, à la fm de la division des Acariens.

A. LaboulbÈiN'e.

Bibliographe. — G. Simon. Archiv fur Anatomie und Physiologie und wissenschaftl. Medicin, von Mûller, Ileft II, n° 5, Seit '218, 1842. — Owen. Annals and Magazine of naturale History. London, 1843. — Ebdt. Ueber Acarus folliculorum. In Bull. Akad. Miinclien, 1843. — Erasmos Wilson. Researches into structure and developinent of a new cutaneous Parasite, l/ic Entozoon folliculorum. In Philosophical Transactions of the royal Society of London, part. I, p. 303-320, 1844. — Ti/lk. Demodex folliculorum caninus. In Annals of nat. History, vol. XIII, 1844. — Grdby. Sur les animalcules parasites des follicules sébacés. In Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XX. Paris, 1845. — Wald (Garl). Ueber die Haarsakmilbe (Acarus folliculorum). In Haidin. Berichte, Bd. Il, S. 262-267, 1847. — Walckenaer et P. Gervais. Histoire naturelle des Aptères, t. IV, siipplém. Suites à Buffon, Paris, Roret, 1847. — P. Gervais et Van Beneden. Zoologie médicale, elc, t. I, p. 470, 1859. — Lafosse. Pathologie vétérinaire, t. II, Toulouse, 1861. — Moquin-Tandon. Éléments de zoologie médicale, 2' édit., p. 316-318, avec fig. Paris, 1802. — Cornevin. Du Demodex caninus et de la maladie qu'il occasionne. Thèse vétérinaire, Lyon, 1868. — Pennetier (Georges). Note sur le Demodex caninus et la gale folliculaire. In Bulletin île la Société des amis des sciences naturelles de Rouen, 1" semestre, 1872. — Zurn. Die Schmarotzer. Weimar, 1872. — Saint-Cyr. La gale folliculaire. In Journal de médecine vétérinaire et de zootechnie de l'école de Lyon, juillet 1876. — P. Mégnin. Étude sur le Demodex folliculorum, etc. In Journal de l'anatomie et de la physiologie de Ch. Robin, avec figures, 1877. — Du MÊME. Les parasites et les maladies parasitaires, t. I, p. 235 et suiv., et planche XXVI, 1880. A. L.

DÉMOGRAPHIE, DÉMOLOGIE. La première dénomination est la seule usitée. La seconde a été proposée par M. Engel de Berlin. On peut dire que c'est une dénomination théorique. La démographie est la science qui a pour objet l'étude des collectivités humaines. Ce nom a été donné par A. Guillard, un des collaborateurs de la première heure de ce Dictionnaire, dans son ouvrage tlé' ments de Statistique humaine ou Démographie comparée, in-8°, 1855.

Cette dénomination a fait fortune parce qu'elle est excellente. Il y a pourtant des gens timorés, voire même des membres de l'Institut, qui ont été choqués par ce mot, sonnant à leurs oreilles comme démocratie ! Us ont même proposé sérieusement de le changer pour celui de laologie, de sorte que ces oreilles si délicates eussent entendu avec plaisir la laologie! Le goût public nous a préservés de cette cacophonie, et Démographie est devenu la dénomination générale de tous les pays où l'on s'occupe de statistique humaine.

Déjà, au siècle passé, sous la dénomination à' arithmétique politique, plusieurs auteurs français et étrangers avaient élaboré quelques travaux concernant la population et la statistique humaine*.

* Nous citerons notamment les ouvrages, d'abord en Angleteri'ede Jean Graunt (1667), puis

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Tous ces travaux étaient, ou des vues plus ou moins philosophiques, c'est-àdire métaphysiques, ou des documents élaborés en vue des tontines, rentes viagères et des théories mathématiques s'y rapportant. Cependant, parmi eux, il faut mettre à part les Recherches de Messance (1768) sur la population de quelques généralités, etc., mais surtout : Recherches et considération sur la popidation de France, par M. Moheau (Paris, 1778, un vol. in-8°). Cet ouvrage, sans doute publié avec l'assistance, et peut-être la collaboration de Montyon, a été, sans preuve, et malgré toute vraisemblance, attribué exclusivement au riche philanthrope, dont Moheau était, dit-on, le secrétaire {voy. la note de la page 106 de notre article France, Démographie). L'ouvrage de Moheau pourrait s'appeler aussi bien « recherches sur la Démographie de la France » , mais la science de la population qui venait de naître n'était pas encore nommée.

Vers 1830 un savant belge, Quételet, la conçut à nouveau dans son ensemble, en perfectionna les méthodes , lui appliqua le calcul des probabilités et lui imposa le nom de Physique sociale, ce qui, en se rapportant à l'étymologie du mot, voudrait dire : histoire naturelle de la société humaine. Il semble d'abord que ce soit là une excellente dénomination ; cependant, en y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'elle est trop générale pour l'objet qu'elle désigne et qu'elle ne circonscrit pas assez le sujet, qui est l'étude comparée des diverses collectivités humaines, bien plus que celle de la société ou sociologie, dont la seule branche cultivée est V économie.

Pour Quételet, et surtout pour nous, c'est l'homme, l'homme collectif, ou plutôt ce sont les peuples qui font le sujet exclusif de la science en question.

C'est pourquoi la dénomination de démographie, proposée par M. Guillard, est bien préférable et a été justement adoptée presque partout. En outre, le nom de « Physique sociale » de Quételet est encore critiquable à un autre point de vue, car il prend le nom de Physique (^uo-tç, nature) dans son acception ancienne, histoire de la nature, étude concrète (ou complète) de tous les corps qui s'y rencontrent. Aujourd'hui la physique est au contraire une science abstraite (ne s'occupant que de quelques propriétés abstraites des corps) et des mieux définies, et il y a beaucoup d'inconvénients à détourner ainsi les mots de leur acception courante pour les reprendre dans une acception étymologique oubliée. C'est un acte arbitraire, tout à fait contraire à la méthode. Lorsque le savant a absolument besoin d'un mot nouveau pour rendre rapidement une idée nouvelle, il peut tenter un néologisme, mais il ne peut, par acte arbitraire, détourner un mot en usage de son acception courante. S'il le fait, il ne sera ni compris ni suivi.

Cependant, le nom de Physique sociale ou histoire naturelle des sociétés humaines, proposé par Quételet, avait un avantage auquel je suis fort sensible, c'était d'indiquer que les faits sociaux sont d'ordre naturel, et que leur apparition, comme leur intensité, sont soumises à un « déterminisme » rigoureux, et que par conséquent leur étude appartient aux méthodes précises de la science.

Par cette conception hardie pour Quételet, et en dépit de son mysticisme et de ses timidités mentales, il a enlevé les faits sociaux aux explications fantaisistes des mystiques, la providence n'a pas plus à y voir que dans un phénomène de

ceux du chevalier Petty, de Davenant, de Vauban, de l'abbé Saint-Pierre, de Derham, de Moivre, de Ilalley, de Ârbutbnot, de Hogdson, de Maisland, de Hume, de Dutot, de Melon, de Deparcieux, de Buffon, de Struik, de Kerseboom, de S.-Gravesand, de Sussmilch, de Kundmann, de Bernouilli, de Fayot, de ^argentin, de Berch, de Quesnai, de Mirabeau, de de Lalande, de Robinet, enfin, de Messance, de Moheau (et de Montyon?).

la physique ou de la chimie; ils rentrent dans ceux que régissent les lois naturelles, qu'il nous est possible de connaître, de prévoir et par suite de diriger, de tourner à notre profit. Ce n'est pas là une vaine conception !

Jusqu'ici les sciences médicales ou plutôt biologiques n'ont guère étudié, connu, que l'homme individuel ; si l'homme, à l'instar des autres grands carnassiers, du lion, du tigre, de l'aigle, vivait seul, il n'y aurait rien à ajouter aux chapitres classiques de l'histoire naturelle de l'honime. Mais l'homme est un animal social, il forme des associations humaines durables, des corps sociaux qui ont leur composition spéciale selon les lieux et les races , qui vivent, se perpétuent, en s'accroissant plus ou moins rapidement, ou même quelquefois vont en déclinant. Les hommes qui les composent, incessamment éliminés par la mort, remplacés par les naissances, se renouvellent plus ou moins vite sur la scène du monde, et forment comme une procession continue de vivants, s'avançant pêle-mêle, et d'un pas fort inégal, vers la commune fin de tout ce qui a vie! Je dis d'un pas inéyal : inégal suivant les âges, inégal suivant les individus, inégal suivant les familles, mais inégal aussi suivant les groupes humains, suivant les milieux sociaux, géographiques, climatoiogiques.

Ce sont précisément ces grands coips et ces courants humains que la démographie a pour mission de connaître dans leur composition et dans leurs mouvements et la vitesse respective de ces mouvements inégaux.

On voit par ce qui précède que la démographie, telle que nous la déterminons ici, serait incomplètement et imparfaitement définie par l'expression de statistique humaine. En effet, la Statisque {voy. ce mot) est \m procédé d'investigations très-général, qui s'applique à tous les cas où la force (ou grandeur) et la fréquence des phénomènes étudiés peuvent être exprimées par des nombres, dont on a à déduire ensuite les lois de successions sérielles, les valeurs moyennes, médianes et prohahies, normales, etc. Par exemple, lorsque l'au- Ihropologiste, anatomiste, mesure un grand nombre de fois le même organe {crâne, membres, poids et tailles, etc.), afin de découvrir les variations individuelles, il fait de la statistique humaine, et non de la démographie ; mais, s'il étend ce travail à divers groupes sociaux pour apprécier les différences qui les caractérisent, il est démographe en même temps qu'anlliropologiste.

Quoi qu'il en soit, la démographie, pour mener ses études à bonne fin, a été conduite à poursuivre ses investigations sous deux aspects et en deux temps :

Dans le premier, elle analyse les éléments constituant ces populations , tels qu'ils se rencontrent, pour ainsi dire, en un même instant. Elle reconnaît les nombres des vivants, la proportion des sexes, des âges, soit des enfants, des adultes, des vieillards ; elle se renseigne sur les nombres et la proportion des célibataires, des époux, des veufs de chaque sexe et chaque âge, car les groupes sociaux sont souvent très-différents sous tous ces rapports, non-seulement de nation à nation, comme la Belgique, qui sur un même nombre d'habitants compte 75 épouses de quinze à cinquante ans, alors que nous en possédons 100; juais des différences souvent plus profondes se retrouvent dans les diverses provinces d'un grand pays et même en notre France qui se glorifie de son unité. C'est ainsi que, lorsque le département de l'Aube compte 100 épouses de quinze à cinquante ans, les deux Savoies n'en ont que 57 à 58; 56, 57 dans les Côtesdu-Nord et seulement 48 et 49 dans les Alpes-Maritimes.

Il y a tels départements qui par 1000 habitants ont 60 vieilles filles âgées de plus de quarante-cinq ans, comme l'Yonne, la Nièvre, Seine-et-Oise et Seine-et-

Marne, tandis qu'il en est d'autres, comme les Basses-Pyrénées, les Côtes-du-Nord, qui en nourrissent 220!

De même il y a des départements qui par 1000 habitants comptent plus de 330 enfants au-dessous de quinze ans (leCiier, le Finistère, le Bas-Rhin), et d'autres qui n'en ont que 220, comme le Lot-et-Garonne, l'Eure, le Gers.

En ce qui concerne les vieillards âgés de plus de soixante ans, dans la Haute-Vienne, le Finistère, j'en trouve 70 ù 72 et jusqu'à 150 dans le Calvados, le Tarn-ct-Garonne, et 165 dans l'Eure!

Ce sont là des différences bien profondes et sans doute bien inattendues pour le lecteur, et qui révèlent des différences non moins profondes dans les conditions d'existence, dans les qualités, les aptitudes respectives de ces groupes sociaux.

Voilà quelques-uns des faits (avec beaucoup d'autres de cet ordre) que la démographie doit mettre en lumière. 'Elle dit encore combien de personnes et de chaque profession ou plutôt de chaque groupe professionnel, etc., etc., et, en un mot, elle constate Vétat du groupe social : c'est I'étude statique des nations, comme l'anatomie du corps social.

Da7is le second, elle étudie les rénovations incessantes que la naissance et la mort déterminent, et par lesquelles les nations se renouvellent incessamment en se maintenant toujours.

Ainsi elle découvre que 1000 épouses de quinze à cinquante ans donnent chaque année 103 à 104 naissances dans l'Aube ou le Lot-et-Garonne, et jusqu'à 281 dans le Finistère. Elle constate des différences encore plus formidables devant la mort : ainsi, pour me borner à un seul âge, celui de un à cinq ans : alors que, sur 1000 enfants de cet âge charmant, les familles de la Haute-Marne en perdent moins de 20, les mères du Gard, des Pyrénées-Orientales, en ont 70 à 80 à pleurer, et ces différences formidables existent normalement, elles sont constantes, elles se reproduisent chaque année! Et cependant, avant les études démographiques, personne ne s'en doutait, elles n'étaient pas même soupçonnées par les médecins, c'est-à-dire par l'observation des faits isolés. Mais elles ont été facilement dévoilées par la démographie, c'est-à-dire par l'observation des faits collectifs. Cependant cette étude des mouvements intérieurs : nuptialité, natalité, mortalité, etc., constitue la Démographie dynamique par opposition à la Démographie statique ci-dessus définie.

Cette division dans les études démographiques est d'autant plus heureuse, qu'elle répond justement à deux sources d'informations fort distinctes et inégalement précises.

En effet, les documents qui servent de base aux études statiques sont des dénombrements périodiques, sortes d'inventaires des ressources des nations exécutés un jour donné, mais encore médiocrement exécutés par nos administrations préfectorales.

Les documents qui servent de base aux études dynamiques sont fournis par le dépouillement des registres de l'état civil, tenus en France par les mairies et où l'on inscrit (aujourd'hui fort exactement, au moins en France et généralement en Europe) les mariages, les naissances et les décès.

La Démographie statique ou anatomie du corps social fait connaître, ai-je dit, le nombre absolu et la proportion des sexes des différents groupes d'âges, au moins des enfants (0 à 15 ans), des adultes (15 à 60 ans), des vieillards (60 à &>) ; elle dit aussi la force et la proportion des trois groupes d'état civil, célibataires,

654 DEMOGRAPHIE.

époux, veufs, car ces valeui's sont souvent très dissemblables selon les peuples, selon les groupes sociaux {voy. Population).

La démographie dynamique dil les mouvements intestins par lesquels se renouvelle sans cesse et se maintient, s'accroît ou décline le corps social; elle en est pour ainsi dire la physiologie.

Cette étude des mouvements comprend celle des quatre grands faits sociaux :

Mariage et la proportion des mariages : matrimonialité, et mieux nuptialité;

Naissance et la proportion des naissances, natalité;

Mort ou décès et la proportion des décès à la population, mortalité;

Migration.

Voy. les articles Mariage, Natalité, Mortalité et Décès, Mort-nés, Migration et Acclimatement.

Quételet, cependant, en appliquant la statistique à l'étude de l'homme, a toujours été guidé par une vue à priori, celle de démonirer l'unité de l'humanité. Son livre est un traité de Vhomme moyen qu'il regardera comme l'homme idéal, mais ayant vraiment existé! [voy. sur ce sujet notre article Moyenne).

Notre but est beaucoup moins théorique. Il consiste avant tout à faire l'histoire naturelle des groupes sociaux. Notre objet est donc bien de faire l'histoire démographique des peuples. C'est pourquoi l'expression de « démographie » exprime parfaitement l'objet de notre science. Nous avons donc eu à traiter dans ce Dictionnaire, à ce point de vue, des divers peuples qui de notre temps recueillent et publient leurs documents statistiques, dénombrement et mouvement. On trouvera donc des études de cet ordre aux mots Autriche, Bade, Bavière, Belgique, Bretagne (Grande-), France, Russie, Suède, Italie, etc., etc.

Outre ces études concrètes des peuples, chaque qualité d'hommes peut et doit donner lieu à des études abstraites spéciales. Nous n'en avons fourni jusqu'à ce jour qu'un seul exemple par l'étude de la taille qui sera sans doute traitée à part, mais dont un résumé, au point de vue de la méthode, a été donné à l'article Moyenne. Il est clair que, lorsque la science sera plus avancée, elle devra comprendre une telle étude pour toutes les qualités de l'homme qui peuvent se traduire par une expression numérique : poids, volume, longueur des membres, diamètre et volume céphalique, force musculaire, marche, saut, consommation de chaque aliment, production, quantité de travail, aptitudes militaire et diverses, aptitudes des sens : visuelles, auditives, etc., etc.

La méthode occupe une grande place dans nos travaux et notre enseignement. Nous devrions peut-être lui consacrer ici un chapitre spécial, mais, outre notre article Moyenne où nous avons traité les points les plus délicats, nous avons l'intention d'en signaler d'autres au mot Probabilités [Calcid des) et dédire les importantes applications de ce calcul aux investigations statistiques et tout particulièrement à la démographie. D'ailleurs des points spéciaux de méthodes seront indiqués pour le calcul des tables de mortalité, de survie, au mot Table et aux mots Vie moyenne, Vie probable. Vie normale [voy. ces mots).

Critique et discussion des documents. En ce qui concerne la méthode nous ne nous arrêterons ici que sur la nécessité de faire la critique des documents que l'on emploie et d'en discuter la valeur, c'est-à-dire, d'apprécier le degré de confiance que méritent les documents et les enquêtes qui les ont procurés. Il y a deux modes de s'informer de cette valeur :

1° Par la qualité des agents employés pour releverces documents. Ainsi l'expé-

rience a montré qu'en général Je clergé fournit de mauvais documents. En effet, pour lui, enregistrer avec précision est évidemment l'accessoire de son œuvre; le principal, ce sont les cérémonies du culte, qui, d'après ses croyances, assurent la bienveillance, la protection du Dieu invoqué : voilà l'œuvre importante. Si par l'ardeur de ses prières il a réussi à fixer l'attention divine, qu'importe, après un si grand résultat, de se tromper de quelques années dans la transcription de l'âge ou même d'omettre entièrement ce détail pour lui accessoire? Nos vieux registres des paroisses font foi du peu d'importance que le clergé attachait à ces enregistrements.

Au contraire, pour les employés des mairies, cet accessoire est le principal, on peut donc exiger et obtenir d'eux beaucoup plus de régularité et de précision, surtout si, par une épreuve préalable d'aptitude, on les obligeait de savoir les usages des relevés qui leur sont confiés : ainsi par l'appréciation raisonnée du fonctionnaire on peut se faire une idée fondée de la valeur du document.

2° Par l'examen du document lui-même et les contrôles dont il est susceptible, on trouve un autre moyen plus direct et plus sûr encore de peser la qualité des documents officiels fournis : ainsi, s'il s'agit d'un dénombrement par âge d'une population normale, je veux dire se recrutant principalement par les naissances et s'éliminanl par la mort, le dénombrement doit donner à trèspeu près autant d'hommes que de femmes ; de plus les nombres des vivants de chaque âge de la vie doivent aller en diminuant régulièrement d'âge en âge ; on peut encore rechercher si la population mâle est en rapport avec le nombre des conscrits, etc.

Les différences, les contradictions sont, ou ne sont pas, susceptibles d'être expliquées par d'autres faits qui nous sont connus : par exemple, la coquetterie, qui fait que beaucoup de femmes déclarent un âge moindre, surtout aux environs de trente et quarante ans, etc. Le nombre relativemçnt considérable de jeunes étrangers de certaines localités peut légitimer un écart notable entre la population recensée de vingt ans qui comprend tous les habitants, et le nombre des conscrits qui ne comprend pas ces étrangers, etc., etc. Voilà assez d'exemples touchant la critique et la discussion dont les documtuts sont susceptibles ; il restera à apprécier le mieux possible la portée que les imperfections constatées auront dans l'étude spéciale que l'on s'est proposée, puis à rechercher si par les méthodes du calcul des probabilités (interpolations, etc.), ou par des données particulières, les vices constatés peuvent être corrigés ou amendés.

L'imperfection actuelle de la plupart de nos documents rend les critiques préalables le plus souvent indispensables pour qu'un résultat statistique soit digne de confiance. On trouvera dans nos différents articles des indications sommaires (sommaires à cause de l'étendue que prennent de semblables discussions dont la place est dans des monographies plutôt que dans un dictionnaire) de cette critique et discussion des documents.

Signes et symboles. Dans la méthode il importe de signaler les symboles mis en usage par quelques démographes et notamment par Guillard et Bertillon. Nous estimons en effet que ces symboles, lorsqu'ils sont assez bien choisis, et assez peu nombreux pour ne pas surcharger la mémoire, ajoutent beaucoup à la facilité des investigations. Chaque travailleur qui élabore des documents statistiques est invinciblement amené à s'en servir, au moins dans les brouillons de ses manuscrits : dès lors, pourquoi ne pas en généraliser l'usage? les algébristes, les chimistes, avec leurs lettres, leurs signes et leurs formules, nous ont

656 DEMOGRAPHIE.

appris quelle puissance donne une langue concise avec laquelle l'idée peut se concentrer. Notre expérience personnelle nous a convaincu que la démographie doit aussi se créer des symboles. Nous allons essayer de résumer ici ceux que nous employons dans nos travaux et que nous avons déjà mis en usage dans nos divers articles. Plusieurs entre eux sont d'ailleurs empruntés à Guillard :

P signifie Population, habitants ou Personnes vivantes; si on place un petit chilfreaupiedde cette majuscule, il est indicateur de l'âge, ainsi, Pio-is indique la population ou le nombre des vivants dont l'âge est compris entre dix et quinze ans; de même pour tous les autres âges; Po-i signifie la population enl'antine depuis la naissance jusqu'à la fin de la première année d'âge.

w (oméga), dernière lettre de l'alphabet grec, indique l'âge extrême, le dernier âge de la vie, quel qu'il soit : doue Puo-i. indique la population vivante de plus de soixante ans ou de soixante ans et au delà.

P' est la population mâle; P" la population femelle, et par suite P'" indique l'intention formelle oiî l'on est de considérer la population des deux sexes. Le plus souvent P veut dire la même chose, mais non formellement : ainsi P"i5.5o indiquera la population féminine de quinze à cinquante ans ; c'est pour nous la population fécondable ou mibile.

En outre, il importe beaucoup de pouvoir distinguer la population selon l'état civil. Nous avons adopté pour la typographie les caractères suivants :

P, majuscule, italique ou bâtarde, représente la population célibataire.

P, la majuscule antique allongée, la population mariée.

P, la majuscule normande, la population veuve, et par suite P' les veufs, et p" les veuves.

P, majuscule blanche, la population mariable, c'est-à-dire apte au mariage (garçon de plus de dix-huit ans ou veuf et filles de plus de quinze ans, au moins pour la France, et veuves).

D indique les décès (sans mort-nés) de tout âge et de tout sexe; D' les décès masculins et D" les décès féminins; et par suite Dio-is les décès survenus entre les âges de iO à 15 ans.

N indique les naissances sans spécification spéciale.

l\l indique les naissances avec mort-nés.

Sq désigne les naissances sans mort-nés ou les seules naissances vivantes, soit les Survivantes à l'accouchement, ou à l'âge 0.

En outre, il est souvent utile de distinguer les naissances selon leur état civil.

Pour les naissances illégitimes j'ai pour usage dans l'écriture de barrer obliquement la majuscule, symbole des naissances; mais ce signe, exigeant dans la typographie un caractère spécial, je me contente de souligner par un trait horizontal la majuscule ; ainsi j'aurai :

N ; %; So, pour les naissances hors mariage, de même un double soulignement sera le symbole des naissances légitimes ^; ^; go.

Il résulte de ces considérations et des symboles adoptés que N/P"i5-5o représente le rapport des naissances légitimes avec la population féminine mariée aux âges de fécondité, ou natalité légitime, etc., mais que la fécondité illégitime aura pour symbole N/p en comptant les mort-nés, ou So/iP sans mort-nés.

dn indique les mort-nés déclarés par les registres (ou morts avant l'enregistrement) ;

mil les vrais mort-nés (n'ayant pas respiré).

So, Si, S-2, etc., indique le nombre des survivants à chaque âge successif :

DEMOGRAPHIE. 657

Si" ceux qui ont survécu aux chances de mort de la première année de vie; de même S-2, le nombre de ceux qui ont survécu aux chances de mort des deux premières années de vie; de même S20 sera le nombre de ceux auxquels il est donné d'atteindre la vingtième année de vie ; S30 la trentième, etc.

On ne confondra pas P20-21 et S20, car P20-21 est le groupe des vivants qui, dans une population donnée et à un instant donne (le jour du Census), a un âge compris entre 20 et 21 ans, c'est la Population de vingt à vingt et un ans, tandis que S20 est le nombre de ceux qui, dans cette population, ont durant le cours de l'année atteint leur vingtième année ; de même, S21 est le nombre de ceux qui dans le cours de l'année ont atteint leur majorité; mais, comme entre vingt et vingt et un ans un certain nombre ont succombé, si les nombres annuels des naissances restent identiques, on a nécessairement P20-21 <CS2o, et P2o-2i!!> S21. Ce qui indique que, dans une population donnée, le nombre des vivants dont l'âge, dans un instant donné, est entre 20 et 21 ans, se trouve entre les deux termes extrêmes S20 et S21. Si la mort agissait régulièrement, ou

en temps égaux, on aurait à très-peu près : — '^ — = P20-2i- Comme à cet

âge on peut admettre cette régularité sans erreur notable et qu'il en est encore sensiblement de même à tous les âges adultes entre 5 ou 10 ans et 50 ou 60 ans, on peut admettre que la formule ci-dessus est applicable à tous ces âges. Mais elle ne l'est plus avant 4 ou 5 ans, ni après 60 ou 70 ans. Nous verrons que ces considérations sont utiles pour la construction des tables de survie et pour la correction des dénombrements. Ici, nous désirons seulement qu'elles aient servi à bien faire saisir la différence entre la succession des vivants

Po-l, Pl-2, P2-3, .... P20-26 .... PlOO-ca

donnée par un dénombrement, et

So, Si, S2 • . • . 823, S26, .... Sioo... S<.-i

déterminée par le calcul.

On remai'qviera que le terme S,, manque : en effet, le dernier âge de vie ne comporte pas de survivant! Nous compléterons ces séries par les expressions Pn n-t-i et Sn, ces sigues étant fort utiles dans les considérations théoriques que nous aurons à faire sur la population.

Nous estimons que ces signes sont suffisants pour la majorité des travaux de la démographie; mais ceux qui étudieront des questions spéciales comme celles des migrations, des divers groupes ethniques, etc., seront amenés à se créer d'autres symboles, car, dès que l'on en a admis quelques-uns, on trouve que la rapidité et la clarté du travail y gagne tant, que l'on est amené de plus en plus à en introduire de nouveaux.

C'est même un danger qu'il faudra s'efforcer d'éviter au moins dans les publications, car on deviendrait illisible et incompréhensible; c'est un résultat auquel de Guerry est arrivé dans sa statistique criminelle (2« édition).

Après ces rapides aperçus sur la méthode pour découvrir la vérité, il y aurait lieu sans doute de dire les méthodes pour l'exposer aux autres ; nous serons encore plus sommaires sur ce point ; disons seulement qu'il faut s'efforcer de simplifier les résultats ; le plus souvent (mais non toujours) , remplacer les nombres absolus par des rapports; faire en sorte que ces rapports croissent

DICT. ENC. XXVI. 49-

658 DEMOGRAPHIE.

comme le phénomène étudié et non en raison inverse; dire, par exemple, la natalité est de 26 ou de 30 par 1000 vivants, car alors la natalité croît comme 26 et comme 50, tandis que si, ï^enversant ce rapport, on dit, 1 naissance sur 38,4 habitants, ou une naissance sur 33,3 habitants, ce qui revient au même dans le tond, mais on voit que la natalité, plus grande dans le second cas, croît en raison inverse des termes 38,4 et 33,3. Cette méthode fort usitée nous paraît pourtant mauvaise.

11 me faudrait maintenant parler des diagrammes et cartogrammes, ou expressions figurées, destinées à peindre aux yeux les grandeurs diverses que la statistique traduit par des nombres ; les diagrammes les traduisent par des figures, dont le rapprochement par juxtaposition ou par superposition facilite l'appréciation comparée. Sans doute, le chiffre, au point de vue abstrait et théorique, est bien supérieur; il l'emporte aussi par la précision, la rapidité de renonciation et surtout par l'économie de la transcription et de la publication, il se prête à des élaborations et des combinaisons bien plus nombreuses, enfin, il est indispensable au savant; mais les expressions figurées, s'adressant aux yeux, fatiguent moins l'attention, exigent moins d'efforts de la part du lecteur. C'est pourquoi les traductions numéri((ues doivent toujours rester la base des travaux statistiques, surtout de ceux qui s'adressent exclusivement aux hommes de science, mais les expressions figurées sont très-précieuses pour l'enseignement et bien supérieures pour la vulgarisation, surtout si elles sont traduites avec art, par un esprit qui a fait quelque étude de ces moyens d'expressions. D'ailleurs, ces figurations ne sont pas sans enseignement pour le savant lui-même ; car elles reposent son attention ; d'ailleurs, quelles que soient la supériorité des nombres et leur précision, ils ne traduisent les rapports de grandeurs qui existent entre eux que si on a cherché à mettre ces rapports en lumière en les réduisant au même dénominateur et en les comparant l'un à l'autre : enfin ils ne donnent que les rapports que l'on cherche, tandis qu'il arrive souvent que, les expressions figurées les exposant simultanément à la vue, l'œil, en se promenant rapidement sur leur ensemble, perçoit des rapports non soupçonnés que l'esprit n'eût donc pas été amené à rechercher sur les nombres, et par conséquent des rapports dont on n'eût pas découvert la valeur. Nous pourrions citer beaucoup d'exemples de cet ordre rencontrés par nous dans nos études de la France par départements. En imposant à chaque département une teinte graduée, propor.tionnelleraent à l'intensité du fait démographique étudié, on s'aperçoit que l'ensemble de ces départements ainsi teintés donne sur la carte de France une distribution spéciale qu'on n'avait pas prévue. Je citerai un exemple pris au hasard entre beaucoup d'autres. En étudiant ainsi la mortalité des enfants de i à 5 ans, je fus trèssurpris de voir tous les départements à plus forte mortalité, et auxquels j'avais imposé en conséquence la teinte la plus foncée, se grouper régulièrement sur les rivages méditerranéens, comme si, de cette belle mer, s'exhalait un gaz meurtrier à la population enfantine, fait absolument nouveau et non soupçonné. Je pourrai citer un plus grand nombre d'exemples, tous montrant que les expressions figurées si précieuses pour l'enseignement, surtout pour les conférences, peuvent encore faire découvrir au savant qui les met en œuvre des rapports nouveaux qu'il n'avait pas songé à rechercher parce qu'il ne les soupçonnait pas. C'est ainsi que, lorsqu'on étudie de cette manière la densité de la population, on s'aperçoit que ce sont presque partout les départements frontières, mais surtout maritimes, qui l'emportent, et ce fait peu connu s'explique ainsi facilement,

puisque ces départements jouissent, uar suite des transactions commerciales et de la pèche, de moyens spéciaux de production, tandis que les départements du centre et purement terriens n'ont d'oidinaire que l'agriculture pour les faire vivre, et que le nombre des vivants se règle partout sur le nombre et la valeur des produits.

Je conclus de ces exemples que les expressions figurées, si précieuses pour l'enseignement, le sont aussi pour l'investigation et pour la découverte.

Je voudrais maintenant donner une idée sommaire des principales méthodes de figurations, mais il me faudrait fournir quelques exemples de chacune, et la nature de cette publication ne s'y prête pas. Nous nous en tiendrons donc aux généralités. Elles se divisent d'abord en catégories, les diagrammes plats, je veux dire à deux dimensions, et les solides à trois dimensions. Ces derniers, quoiqu'ils puissent être aussi représentés en perspective sur le papier, sont peu pratiques : solides, ils prennent trop de place, et dessinés, ils exigent pour être bien compris, ou une grande habitude des épures, ou un degré d'attention qui en ôte presque tout le prix. Cependant, le service de la démographie suédoise a réalisé par cette méthode des diagrammes très-remarquables, représentant avec un grand bonheur les successions des vivants par âge dans les générations suc- . cessives, et ces épures ont été depuis réalisées en solides par les démographes italiens (Bodio et Perrozo). Mais aujourd'hui ce sont là de rares et brillantes exceptions, la plupart des diagrammes doivent se l'estreindre avec deux dimensions du plan.

Les diagrammes peuvent aussi emprunte!" un puissant et fécond moyen d'expressions aux couleurs, et surtout aux teintes dégradées, en convenant, par exemple, que le phénomène étudié sera d'autant plus intense que la teinte sera plus foncée. Cette méthode sera surtout précieuse pour les cartogrammes, par exemple, pour figurer l'intensité des divers faits démographiques en chaque département de France. Cependant, même avec ce procédé, on ne peut guère trouver plus de 5 à 7 teintes tranchées dans le dégradé d\ine seule couleur ; quelqutsuns même veulent qu'on se restreigne à trois, afin d'avoir des teintes très-nettement distinctes, mais alors on fera disparaître les nuances de passage, ce qui est regrettable, car elles ont aussi leur loi de production. On pourra corriger ce défaut en adoptant deux couleurs et en les disposant de la façon suivante : on divisera en 5 groupes les valeurs progressivement croissantes au-dessus de la moyenne (je les dirai valeurs positives), et je leur attribuerai les n"* 1, 2, 5, 4, 5. La couleur adoptée pour représenter ces diverses valeurs positives sera également divisée et graduée en 5 nuances d'intensité croissante, la plus claire représentant la moindre valeur (1), qui avec la nuance la plus claire de l'autre* couleur (-1) seront représentatives de la valeur moyenne. Les couleurs en usage pour représenter les valeurs positives sont : le bleu, ou le vert, ou le rouge (pour la mortalité, on pourrait adopter le noir et les grisés qui en dérivent). On divisera de même la couleur choisie (d'ordinaire le jaune), comme représentative des valeurs au-dessous de la moyenne, dites alors négatives, et auxquelles j'attribue les n°* -1, -2, -5, -4, -5; on divisera de même en 5 intensités régulièrement croissantes les nuances de la couleur des valeurs négatives qui, elles aussi, à partir de la nuance la plus claire (-1), comprenant une partie de la valeur moyenne, sont régulièrement croissantes. Il résultera de cet arrangement que les deux nuances les plus claires seront représentatives de la valeur moyenne (1 et-1) et que les plus foncées (5 et -5) représentent les deux valeurs extrêmes,

GGO DÉMOGRAPHIE.

soit au-dessus, soit au-dessous de la moyenne'. Par celte disposition l'on voit, par exemple, que les déparlements oà les faits étudiés sout les plus et les moins prononcés ont les valeurs extrêmes et sont teintés au maximum les uns par la couleur positive, et les autres par la couleur négative. Au contraire, les départements dont les valeurs se rapprochent de la moyenne ont les teintes de plus en plus claires.

Diagrammes géométriques. Les diagrammes qui doivent leurs moyens d'expression aux formes et aux grandeurs empruntent leur mode de traduction : 1» Aux points plus ou moins rapprochés, de diamètre ou de forme variahle; 2" Aux lignes plus ou moins longues, ou diverses par leur ponctué ou par leur forme droite, brisée, courbe ou ondulée, et enfin par leur direction;

3» Aux surfaces, et surtout aux rectangles juxtaposés, généralement de mémo largeur et de mêmes nuances, mais dont les nuances et les largeurs peuvent être variables suivant certaines conditions de second ordre.

Il y a aussi les diagrammes en forme de cercles, dont les douze rayons équidistants ou les secteurs plus ou moins longs sont souvent indicateurs des mouvements mensuels des foits sociaux ou météorologiques.

Nous ne dirons rien de plus de ces formes diverses généralement connues cl dont on prend une idée bien plus certaine en consultant les auteurs qui les ont employées que par des descriptions nécessairement diffuses et peu claires.

Cependant, nous recommandons aux personnes qui se proposent de faire usage de diagrammes de les choisir aussi simples que possible. Un diagramme compliqué et trop complexe, c'est-à-dire qui a l'ambilion de représenter plusieurs faits, ne sera jamais compris de la majorité des lecteurs et ne sera guère utile qu'à son auteur. C'est le cas de dire que le mieux est l'ennemi du bien. Un diagramme est d'autant meilleur qu'il a besoin de moins d'explications.

Méthode pour faciliter les calculs de la démographie. Pour les additions si fréquentes, opération primordiale, il n'y a qu'à s'apprendre à les faire vile et sûrement, mais pour les multiplications, les divisions, il y a, outre la table de logarithmes, les Barèmes de diverse nature, mais surtout il y a la règle à calcul, dont nous ne saurions trop recommander l'usage. Avec la règle de 50 centimètres de long que l'on trouve chez Gravet (rue Babylone. 39), moyennant 50 à 60 francs, on peut, avec un peu d'usage, faire la plupart des opérations de la démographie avec une rapidité et une sûreté extrêmes. On trouve 5 à 5 chiffres avec toute précision et un 4® ou 6* fort approché. Pour nous qui ne sommes pas rapide calculateur, nous n'eussions jamais fait le quart de nos travaux sans le secours de ce précieux instrument. Bertillok.

Bibliographie concernant la démographie en général. — Messasce. Recherches sur la pojm-

* La plupart des auteurs, et peut-être tous, ont employé une autre disposition que celle que nous donnons ici comme préférable : ils ont disposé la couleur positive, ou des fai:s croissants au-dessus de la moyenne, comme nous l'avons expliqué, puis, pour figurer les faits démographiques décroissant au-dessous de la moyenne, ils ont employé d'abord la couleur oégative du ton le plus intense (-5), et pour les groupes suivants, chez lesquels l'amoindrissement ou la négation du fait va se prononçant, les teintes de plus en plus cbires (-4, -3 ....); il résulte de cette disposition que les lieux où le fait étudié se rapproche le plus de la valeur moyenne sont teintés, ou en nuance de la couleur positive très-claire (1) (pour ceux qui sont un peu au-dessus de la valeur moyenne), ou en nuance très- foncée (-5) (pour ceux qui sont un peu au-dessous). Conséqueminent, les deux nuances qui représenleul vraiment la valeur moyenne (qui dans ce système n'a pas de teinte propre) sout fort disparates, ce qui est le contraire de ce qu'il fallait représenter.

lation de quelques généralités, 1 vol. in-4'', 1768. — Moiieau. Recherches et considérations sur la populationde France, in-8", 1778. — A. Quételet. Sur l'homme et le développement de ses facultés ou essai de physique sociale, 2 vol. in-8°. Inédit., 1855, et 2° avec le litre : Physique sociale ou essai, etc., 2 vol. gr. in-8°, 1869. — Ach. Goillard. Éléments de statistique humaine ou démographie comparée. Paris, 1855.

Pour l'application du calcul des probabilités voyez surtout Quételet. Lettres sur la théorie des probabilités appliquée aux sciences morales et politiques, 1 vol. gr. 111-8°. Bruxelles, 1846 (il y a plusieurs autres éditions) ; les Mémoires non signés (mais de J. B. Fourier), aux I"', II" et 111° vol. des Recherches statistiques sur la ville de Paris : Le premier, paru dans le I" vol. 1821, a pour titre : Notions générales sur la population ; le second, dans le 11= vol., paru en 1823 : Mémoire sur la population de la ville de Paris depuis la fin du XVIl' siècle; le troisième, dans le IIlM-ol. (1826), a pour titre : Mémoires sur les résultats moyens déduits d'un grand nombre d'observations; le quatrième, dans lelY" vol. (1826) : Second mémoire sur les résultats moyens et sur les erreurs de ces mesures.

liais surtout l'excellent ouvrage de A. k. Gournot : Exposition delà théorie des chances et des j)robabilités. Paris, 18 43, 1 vol. in-S". On lira aussi avec beaucoup de fruit les autres ouvrages de Gournot, esprit très-philosophique et très-supérieur ; entre plusieurs autres je signalerai de cet auteur ; Considérations sur la marche des idées et des événements des temps modernes. — Les Annales de démographie internationale, recueil trimestriel de mémoires originaux sous la direction du docteur A. Ghervin et Jacques Bertillon, secrétaire de la rédaction, 1877 à 1882, contenant un grand nombre de travaux originaux et notamment le mémoire de M. Lexis sur la vie normale, etc.; les mémoires de Bodio, de Perrozo, etc., etc. — Vermâssigkeit der Massenerscheinungen, par George Mayr. Munich, 1878, in-12.

Comme ouvrage très-élémentaire, je signalerai le petit livide de Jacques Bertillon : La statistique humaine de la France, 1 vol. in-18, 1880, destiné à vulgariser les résultats de la démographie [voy. l'article Statistique). B.

nÉiMOlV. a;\GE. esprit. Il est question à divers articles, notamment aux articles Mesmérisjie, Occultes [Sciences), Songe, Sorcellerie, d'êtres habituellement invisibles dont la superstition a peuplé la ferre, l'air et les espaces célestes. Avant de traiter de l'affection mentale caractérisée par une prétendue possession du démon (voy. ci-après Démonomanie), il ne nous paraît pas sans utilité de préciser le sens d'un mot presque aussi souvent employé par les médecins que par les écrivains religieux, et qui a eu d'ailleurs des significations diverses. Cette détermination, qui nous fournira l'occasion de définir certaines autres dénominations du même ordre, ne peut ressortir que d'im exposé du sujet lui-même; nous le ferons avec le plus de brièveté possible.

Posons d'abord en fait que la croyance aux êtres surnaturels est de tous les temps et de tous les lieux. On peut douter s'il existe des peuples absolument dépourvus de religion [voy. Occultes [Sciences]). Un jésuite, le Père Baegert, après dix-sept ans passés chez les Indiens de la Californie, affirme qu'ils n'adorent ni un seul Dieu, ni plusieurs; qu'ils n'ont ni idoles, ni temples, ni cérémonies religieuses d'aucune sorte. Le Père Dobritzhoffer, après •'woir i appelé qu'il a longtemps soutenu l'opinion que ne pas croire en Dieu est un crime, ajoute : « Quel ne fut pas mon étonnement, en arrivant chez les Abipones (Amérique du Sud), de m'apercevoir que le langage de ces sauvages ne contenait pas un seul mot qui exprimât l'idée de Dieu ou de la divinité! Pour leur enseigner la religion, il fut nécessaire d'emprunter à l'Espagnol un mot signifiant Di^u et de s'en servir dans le catéchisme » . Des affirmations semblables sont produites par les voyageurs les plus dignes de foi à l'égard des tribus australiennes ou canadiennes ; des indigènes des îles Samoan, de l'île Damood, des îles Andaman; de certaines tribus de l'Inde et de l'Afrique centrale. Ce ne sont pas ces faits qui sont contestés, au moins dans leur totalité ; si l'on cherche à la fois une croyance à un ou plusieurs dieux et un rituel quelconque, il paraît bien certain qu'on ne les trouve pas partout. Mais il en est autrement, si l'on fait entrer

6r)'2 DEMON.

au compte de la religion la croyance en des êtres surnaturels, doués d'une certaine puissance sur les choses visibles et sur l'homme en particulier. Prêter aux nations sauvages la notion de la spiritualité de ces êtres, ce serait sans doute aller trop loin, comme nous le dirons tout à l'heure; néanmoins l'idée qu'elles s'en forment, aussi confuse qu'elle puisse être, les amène nécessairement à établir avec eux des relations dont les formes pratiques ressemblent fort à quelques-unes de celles qui passent ailleurs pour avoir le caractère religieux. Ainsi, ces mêmes sauvages qui n'adorent aucune divinité, qui n'ont aucune idée de responsabilité morale, de rémunération ou de châtiments futurs, croient aux esprits ; ils ont des sorciers, ils portent des talismans; ils se figurent que l'homme subit après sa mort certaines transformations, que de noir il devient blanc, par exemple ; qu'il émigré, ou, au contraire, se tient dans la maison, etc. Or, il paraît difficile que de telles croyances, où la peur de puissances inconnues fait naître si naturellement le besoin de se les rendre propices, puissent se passer absolument de pratiques extérieures.

Quoi qu'il en soit, en dehors de la conception formelle d'êtres invisibles, à laquelle l'imagination du sauvage s'élève toujours, il faut noter celle de vertus spéciales attachées à certains objets; vertus efficaces pour le bien comme pour le mal, au sens physique le plus ordinairement, quelquefois aussi au sens moral. Ceux-ci mangent du tigre pour acquérir du courage, ou rejettent la chair du daim dans la crainte de devenir lâches, avalent les cendres de leurs parents pour acquérir leurs vertus, attribuent aux vêtements les qualités de celui qui les portait, etc. Ceux-là déposent sur une tombe un mélange de sang, d'os et de poussière, pour obtenir la mort d'un ennemi, etc.

En voilà assez, avec tous les témoignages de l'histoire entière des philosophies et des religions, pour montrer la tendance invincible de l'homme à expliquer, sous forme de spiritisme ou sous forme de mysticisme, tous les phénomènes, réels ou prétendus, de l'univers, par des énergies cachées {voy. Occultes [Sciences]). Nous voudrions maintenant rechercher quelle idée on s'est faite des esprits; sous quels traits on se les est représentés, quels rôles divers on leur a attribués, de manière à dégager finalement non-seulement le rôle qu'on leur a fait jouer dans le fait de la possession dite démoniaque, mais aussi l'influence qu'on leur a attribuée sur la vie et la santé des plantes, des animaux et de l'homme. Disons-le tout de suite, cette étude montrera combien la diversité des temps et des lieux, depuis les premiers âges de l'humanité jusqu'à nos jours, depuis la Laponie jusqu'à la pointe sud de l'Afrique ou de l'Amérique, ont eu peu de prise sur le fond et sur la forme des superstitions qui couvrent encore, à l'heure qu'il est, la surface du globe.

I. Au point de vue restreint où nous sommes placés, n'ayant aucunement l'intention de pénétrer, et encore moins de discuter, le sens religieux des diverses croyances spiritistes, et ne prétendant qu'à une sorte de dénombrement des esprits, nous les partagerons, pour la commodité, en deux catégories : 1° les esprits cosmiques, pouvant eux-mêmes former deux groupes : les uns attachés à des lieux et à des objets déterminés (herbes, plantes, etc.) et ayant souvent des attributions très-limitées; les autres, tenant sous leur puissance les grandes divisions de la nature physique (eaux, montagnes, forêts, etc.) et jouissant d'un pouvoir plus varié et plus étendu que celui des précédents; 2° des esprits extra-cosmiques, répandus aussi dans l'espace, mais ayant d'autres fonctions que celles de présider à l'accomplissement des phénomènes de

la nature. Néanmoins cette distinction ne saurait être absolue en ce sens que la puissance de certains esprits s'exerce souvent en dehors de leurs attributions spéciales.

Voici donc ce qui, dans l'histoire des esprits, peut aider à l'intelligence de certains faits de psychologie morbide ou de certaines parties des sciences occultes, dont il est question dans ce Dictionnaire.

1° Le culte des choses visibles, animées ou inanimées, apparaît dès l'origine de l'histoire religieuse, qui est du reste, pour les temps primitifs, toute l'histoire. 11 constitue la religion des Aryas, celle des peuplades altaïques, celle de la Chine primitive. Les Hindous déifiaient également la nature entière : le soleil, les étoiles, les eaux, la terre, les animaux. Le feu, toujours entretenu au foyer, était, au temps des Brahmanes, le meilleur et le plus fidèle protecteur de l'homme. Le mysticisme bouddhiste ne fait pas disparaître ces croyances, et la religion hindoue ne cesse pas d'être une divinisation des forces de la nature ; divinisation hiérarchique et descendant jusqu'à un peuple d'esprits inférieurs. La religion des anciens Accads nous fait voir des dieux-astres : le soleil et la lune ; puis les esprits des Zones ou divisions du monde; puis certains esprits ou anges, habitant le ciel ou la terre, sans résidence fixe; puis un nombre incalculable d'esprits inférieurs attachés à tous les objets, à tous les êtres, préposés à tous les phénomènes : au vent, à la pluie, à la germination. Plus tard, dans cette même contrée delaChaldéoBabylonie, quand l'idée d'intelligences supérieures s'est développée, l'échelle des esprits a son sommet dans une triade (le chaos, l'intelligence, le démiurge) ; mais elle s'étend toujours du système sidéral (le soleil, la lune et les cinq planètes) aux phénomènes atmosphériques et aux phénomènes terrestres proprement dits. Pour la religion de Zoroastre, les livres Zends, aujourd'hui bien étudiés, permettent la précision. Du principe universel des choses (Père éternel) sort Ormuzd, qui crée le monde (intelligence), par l'action de Hanover (le Verbe), et crée tout d'après des formes, des types, desférouers (idées ou exemplaires de Platon). Ici commencent les esprits secondaires : les six Amschaspends d'abord, protecteurs supérieurs des troupeaux, du feu, des métaux, de la terre, des eaux, des plantes; puis les Izeds, en grand nombre, gardant les astres et toutes les parties du monde terrestre. Il y a des génies particuliers pour chaque mois de l'année, pour chaque jour du mois, etc. Si enfin nous passons en Egypte, que trouverons-nous? Encore le soleil, la lune, les astres divinisés; et, plus bas, des esprits particuliers pour les mois, les décades, les jours, pour les plantes et les animaux, etc.

Ajoutons, au sujet de l'esprit personnifié des animaux, que le serpent a toujours figuré parmi les animaux sacrés, aussi bien dans l'Inde qu'en Babylonie et en Egypte.

Voilà pour les civilisations anciennes. La religion y est, comme on le voit, surtout naturaliste, avec des nuances et des atténuations que nous négligeons à dessein. Le tableau ne change guère, si nous consultons les civilisations postérieures.

Voyons d'abord les deux peuples que leur situation géographique mettait en contact, l'un au nord et l'autre au sud-ouest, avec les mythologiesaltaïque, indopersane et chaldéenne : les Hébreux et les Finnois. Imbus dès leur origine de la croyance aux esprits et adonnés à la magie, les Hébreux avaient rapporté de la captivité de Babylone nombre de superstitions et de pratiques chaldéennes, que la loi mosaïque fut impuissante à déraciner. Le naturalisme finit même par

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prendre chez eux des proportions gigantesques; ce fut un débordement de démonologie, et l'on ne compta plus les esprits de l'air, de la terre, de l'eau, du feu, des astres, etc. Quant aux Finnois, ils ont leurs divinités élémentaires, répondant aux groupes principaux des choses terrestres, à l'air, à la terre, aux eaux; puis, subordonnées à celles-là, une foule de divinités secondaires, attachées aux bois, aux bêtes fauves, aux troupeaux. Toute opération de la nature a son esprit ; tout homme, toute localité, son génie. Le culte du feu, le plus répandu et le plus tenace de tous les cultes naturalistes, est en honneur.

Faut-il maintenant s'arrêter à la cosmogonie religieuse des Grecs et des Romains ? Cette cosmogonie n'est pas venue toute formée de l'Inde et de l'Egypte. Quel qu'ait été l'apport des compagnons d'Alexandre ou des philosophes voyageurs, elle est en partie indigène ; c'est ce qui importe surtout à notre thème. Quant à ses caractères, ils sont assez connus. Qui n'a été bercé avec les personnifications des objets et des phénomènes naturels : Vulcain, Hécate, Diane, Amphitrite, Neptune, Cérès, Mercure, et les nymphes, et les sirènes, et les divinités des fleuves? Qui n'a entendu parler des arbres sacrés, des fontaines sacrées? Nous ne ferons aussi que rappeler la mythologie platonicienne avec les âmes des astres et les dieux intermédiaires, et aussi celle des néoplatoniciens où toutes les forces de la nature vivante ou inanimée restèrent des esprits. Notons seulement que, en Grèce comme en Italie, une divinité surtout garda son prestige, et c'est encore le feu. La divinité du foyer, du lare domestique, y fut révérée entre toutes.

Le christianisme ne renia pas l'héritage du polythéisme grec et romain. Les juifs étaient allés jusqu'à transformer les dieux païens en légions démoniaques, et même à identifier, avec une simple substitution de noms , certains démons avec certains dieux : Beelzebuth, prince des démons, était le Baal-Zeboub des éternels ennemis du peuple juif, les Philistins; Diane était devenue Astaroth ; Lucifer était un dieu assyrien, etc. Le christianisme fit comme le judaïsme : il ne contesta pas l'existence des divinités cosmiques ; il en fit seulement des démons, et, pour que l'imitation juive fût entière, Origène remplaça simplement des noms de dieux païens par des noms d'anges. Avec lui. Mars devint Gabriel, et Esculape Raphaël. Tertullien suit les mêmes errements et, si saint Augustin absout « les saints anges » de certains péchés familiers aux satyres, aux faunes et aux sylvains , il tient pour dûment avérés ces péchés des petits dieux antiques, dans lesquels il voit des « corps aériens », c'est-à-dire des êtres de genre démoniaque.

Arrivé à celte période de l'histoire des religions cosmogoniques, nous jugeons inutile de continuera la suivre pas à pas, La tradition ne s'interrompt jamais; elle traverse, toujours vivace, la religion de l'Islam, elle a de temps à autre, comme au moyen âge, d'étranges redoublements, sur lesquels l'article consacré à la sorcellerie et à la magie {voy. Sorcellerie) nous défend d'insister. On continue à sacrifier aux objets matériels ; on a des cultes particuliers pour les arbres, pour les fontaines ; on voit l'œuvre des esprits dans les éclipses, dans les comètes, le tonnerre, les ouragans. Ce sont toujours, qu'on le remarque bien, les dieux antiques transformés. Encore, dans les premiers siècles de notre ère, et jusqu'au-delà de Charlemagne, ne se donnait-on pas toujours la peine de changer les noms des dieux païens, et la sorcellerie s'exerçait encore au nom de Jupiter, de Janus ou des Parques.

En abordant le temps présent, on est frappé de deux faits : le premier, c'est

que toutes ces croyances qu'on vient de voir traverser les âges et se répandre dans toutes les contrées subsistent encore aujourd'hui dans toute l'étendue du monde civilisé ; le second, plus curieux peut-être que le précédent, c'est qu'on les retrouve, avec toutes les apparences d'une origine loeale, chez des peuplades sauvages. On le pressentait par ce que nous avons dit en commençant ; on va le voir clairement.

Pour ce qui concerne les contrées plus ou moins civilisées, les paysans de la Morée, de l'Epire, de la Thessalie, admettent l'existence des esprits des fontaines, des rivières, de la mer. En Crète, d'aucuns assurent avoir vu de leurs yeux ces divinités. Diane reste une déesse pour une partie de la Valachie. En France, les fées, fata ou fatales des Latins (également célèbres en Grèce sous le nom de uoîpxt, mires), les lutins, les follets, ne sont pas morts, non plus que les esprits des arbres et des eaux. Deux poèmes renommés sont propres, avec d'autres sans doute, mais plus particulièrement, à mettre en relief toutes les inspirations du naturalisme : le Faust, que tout le monde a lu, et Mireille, où revivent dans des images si fraîches ces vieilles et naïves traditions de la poétique Provence. Les esprits des eaux sont célèbres chez les peuples du Nord ; ce sont \es Nik des Anglais. Les puits sacrés sont communs en Ecosse et en Irlande, et des paysans les croient encore habités par des esprits susceptibles de prendre des formes d'homme, de cheval , de taureau. Les Écossais et les Irlandais connaissent une foule de lutins : Elfs (lutins nains), Brownies (génies tutélaires des familles), etc. ; chez les Allemands et les peuples Scandinaves, ce sont les Trolds (esprits géants), les Kobolds (lutins des mines), les Onrfms (habitant les fleuves, les lacs et les mers), les Gnomes (habitant l'intérieur de la terre), etc.

Mais venons aux peuplades inférieures. Quelques-unes reconnaissent des grands dieux, créateurs de tout ce qui apparaît sur la terre. Ainsi « Tane a fait les arbres, disait à Taylor un chef maorie (Polynésie), Ru les montagnes, Tangaroa les poissons », etc. On reconnaît ici les zones du monde des Accads, et les dieux moyens de toutes les religions antiques. D'autre part, il n'est aucun de ces peuples inférieurs qui ne vive dans une atmosphère de démons et n'ait pour occupation principale de se les rendre propices. Tous pratiquent au moins l'adoration des objets naturels ou, suivant une expression d'origine américaine, le totémisme^. En mille endroits, aujourd'hui comme il y a des milliers d'années, on déifie certains animaux : le serpent par-dessus tous les autres (Inde, Perse, Ceylan, côte de Guinée, Cafrerie, etc.), l'ours, le loup, le lièvre (Peaux-Rouges), le jaguar (Brésil), le crapaud, l'aigle (peuplades de l'Amérique du Sud), l'ours blanc (Samoyèdes), l'ours noir (Ostiakes), le bœuf (Inde), certains poissons (Guinée), etc., etc. Quant aux plantes, et particulièrement aux astres, leur déification est si répandue chez les peuples sauvages qu'on est embarrassé d'en choisir des exemples. Le plus souvent, Tadoration s'adresse de préférence à un arbre particulier: le mélèze, le pin, le frêne, le cyprès, le bambou, etc., auxquels se rattachent des légendes sacrées et que l'on couvre d'ex-voto. Grande superstition, ce semble, et dont il faudrait se moquer, si elle n'existait pas à cette heure en France même, et si un arbre de la forêt de Saint-Germain, à 20 kilomètres de Paris, n'avait pas reçu jusque dans ces dernières années les

* Totem ou Kobong, nom d'une plante ou d'un animal porté par un individu ou une famille et qui établit entre les premiei's et les seconds un lien surnaturel.

mêmes hommages que ceux de Chittagong et de la Patagonie. Le culte de la

mer, des rivières, des sources, des étangs, est vivant encore chez certaines

ti'ibus d'Afrique et d'Amérique, au Pérou, au Paraguay; celui du feu, du

soleil, de la lune, d'autres astres, l'est au Congo, au Mexique, au Texas, dans

quelques parties de l'Inde, etc. Disons enfin que certains sauvages ne vont pas

seulement jusqu'à personnifier les phénomènes naturels qui comportent un

mouvement, une action, comme le vent ou la foudre, mais attribuent une sorte

de vie même aux objets inertes, comme les pierres. Les pierres ont une âme

chez les Fidjiens : de là le culte dont elles sont l'objet. Le culte des pierres

sacrées, qui remonte à une très-haute antiquité (pierre informe des Phéniciens,

Hermès des Grecs, pierre noire des Arabes, monuments dits druidiques, pierres

saintes du moyen âge), est pratiqué dans certaines régions de l'Inde, à Taïti, aux

îles Fidji, où se dressent isolément ou en groupes des pierres sacrées peintes en

rouge.

2° Jetons maintenant un coup d'œil sur ces esprits que nous avons appelés extra-cosmiques et qui sont aussi plus ubiquistes que les premiers. Nous l'avons déjà dit, la distinction entre ces deux ordres d'esprits est quelquefois arbitraire ; elle n'est pas toujours bien marquée dans l'histoire religieuse elle-même, mais elle est légitimée par l'ensemble des faits.

Disons d'abord que, dans les documents relatifs aux plus anciennes mythologies, des catégories d'esprits sont indiqués en des termes qui ne permettent guère de les localiser et qui les rapprochent beaucoup des démons et des auges du temps présent. Que le démon favorable pénètre dans son corps ! que le démon mauvais en sorte! tel est le sens de plusieurs formules accadiennes. Ou bien, certains esprits inférieurs, outre qu'ils se distinguent de tous les autres par des caractères propres, sont répandus dans des régions si mal détei-minées qu'on peut les croire étrangers au monde cosmique. Tels sont notamment les sept esprits souterrains, les démons de Vahîme, ni mâles ni femelles, n'ayant pas d'épaules, ne produisant pas d'enfants, qui se cachent dans les entrailles de la terre. On en peut dire autant des sept esprits mauvais du ciel, ou des sept esprits favorables des planètes, à moins que cela ne s'entende de la personnification même du soleil, de la lune et des cinq planètes (Saturne, Jupiter, Mercure, Mars, Vénus). En outre, dans les plus avancées des théogonies anciennes, dans celles des Perses, par exemple, les divinités affectées à des objets particuliers n'y sont pas, en quelque sorte, incorporées comme dans les mythologies primitives; elles forment comme un monde à part placé à côté du monde matériel pour lui commander.

il y a d'ailleurs des légions d'esprits, répandus partout, plus particulièrement dans l'air, dont les occupations n'ont pas de rapport avec le train du monde physique et consistent surtout à exercer une influence, soit bonne, soit plutôt mauvaise, sur les actions de l'homme. Le monde mythologique des Égyptiens, des Perses, en était rempli. A côté des esprits franchement malfaisants, il y en avait de taquins, d'espiègles, aimant à troubler l'homme dans les menus soins de l'existence. Chez les Finnois des lutins ailés (les Kéjjuset) avaient pour spécialité de s'introduire dans les maisons renfermant un cadavre. Dans les très-anciennes religions, comme celle de la Chaldée, les maladies, la fièvre, la peste, ont leurs génies propres. Les démons incubes et succubes sont de tous les temps et de tous les pays ; ils avaient leur nom en accadien. Gelai, Kiel-Gelal; en assyrien. Lit, Lilith. « Lilith dit Isaïe, fera sa demeure d'E-

dom » (Iduraée). La Grèce et Rome les ont connus; ils ont joué un grand rôle dans la démonologie du Talmud, de la Kabbale, etc. Si les satyres grecs et romains hantaient les bois, ils y représentaient moins une partie de la nature, comme les sylvains, qu'une passion ; ils étaient les compagnons de Bacchus. On peut voir dans l'entretien de Cicéron sur la Nature des dieux les opinions diverses que s'étaient formées, et que se formaient encore les pliilosophes, sur la double déification des objets de la nature physique et des énergies de la nature humaine. Si les anges des Kabbalistes procédaient du naturalisme religieux, l'armée céleste finit par prendre un autre caractère aux yeux de la loule, où elle devint, comme plus tard pour les chrétiens, une hiérarchie de messagers divins, portant directement au monde et exécutant les ordres de Dieu. On sait ce que sont aujourd'hui les anges dans le christianisme: des êtres effectifs, au lieu de ces simples manifestations de la puissance divine qu'exprimerait, suivant certains critiques, le mot héln-eux traduit par ây^zloç dans la version grecque de la Bible. Les démons n'y figurent pas à un moindre titre : ce sont également des êtres indépendants de tout objet physique, libres dans l'espace, et jouant ici-bas un rôle personnel.

Il fiut noter ici ces esprits tutélaires, ces esprits gardiens qu'on voit apparaître dans la plus haute antiquité religieuse. En Accadie chaque homme avait le sien spécialement attaché à sa personne. Il en était de même chez les Finnois : c'était le conseil, l'ami divin, dont l'alliance se resserrait ou se relâchait suivant les mérites de l'homme. On va voir que ce génie n'appartenait pas toujours à la hiérarchie des divinités, mais pouvait n'être autre chose que l'àme humaine elle-même.

De tout temps on a cru que les morts pouvaient revenir sur la terre et communiquer avec les mortels. Chez les peuples primitifs, on les invoquait par leurs noms, on leur faisait des sacrifices, ou leur servait des aliments. II y en avait déjà d'hostiles aux vivants, comme les vampires des temps ultérieurs. Une déesse chaldéenne descendue aux enfers menace, si on ne lui en ouvre les portes, de les briser et de faire relever les morts pour dévorer les vivants. Chez les Egyptiens, les revenants étaient les âmes des pécheurs condamnés à subir la seconde mort. Dans le monde gréco-romain ce sont les ombres, les fantômes, les spectres, les mânes, les lémures, les larves : car toutes ces expressions qui ont pu avoir d'abord des sens un peu divergents ont fini par se réunir dans un seul. L'âme était censée enfermée avec le corps dans la tombe ; d'où ce dernier salut : Qwe la terre te soit légère ! C'est donc de la tombe qu'elle sortait pour se montrer aux vivants. Si le corps était resté sans sépulture , elle était errante, et venait quelquefois se plaindre à ceux qui pouvaient lui rendre le dernier service. L'histoire en raconte des exemples mémorables. Les âmes apparaissaient surtout en songe pour donner des conseils, prédire, consoler, effrayer, faire entendre des paroles vengeresses {voy. Sojjge).

Partout aussi l'esprit des morts a eu un culte domestique. Dans les religions des premiers temps, la maison était quelquefois protégée par des divinités dont on plaçait les images à la porte. C'est ce qui paraît bien résulter, pour la Chaldéo-Babylonie, d'investigations récentes. Le serpent était un dieu domestique en Lithuanie. Mais les vrais protecteurs de la famille ont toujours été les esprits des membres défunts, et, dans tout l'antique Orient, le droit de leur adresser des sacrifices, des prières, ou de leur servir des aliments, n'appartenait qu'aux membres de la famille. Ce culte s'est perpétué en Grèce et à Rome avec une

fidélilé particulière ; les âmes des ancêtres y devenaient les dieux, les héros, les dieux lares, les génies de la famille.

Enfin l'âme même des vivants peut devenir un esprit errant, en se séparant momentanément du corps; elle peut voyager au loin et y recueillir des impressions qu'elle rapporte à sa demeure. C'est même la base d'une ancienne théorie du sommeil et du rêve {voy. ces mots).

Eh bien, toute cette seconde catégorie d'esprits a traversé, comme la première, les civilisations successives, et, d'un autre côté, peuple aujourd'hui encore les pays barbares. Les Djinns musulmans qui prenaient des formes monstrueuses, les duses incubes de la Gaule, les diables incubes ou non du moyen âge {voy. Sorcellerie), ceux qui, de nos jours, tourmentent les hystériques ; cette nuée de démons, de lutins^ de farfadets, d'esprits follets, au milieu desquels nombre de paysans de notre Europe ne s'aventinent pas la nuit avec moins de crainte que les Hindous parmi les leurs ; nos revenants, nos vampires, les âmes de nos aïeux qui se présentent à l'appel de leur nom et nous répondent par l'intermédiaire des meubles, que d'exemples à citer, et combien on en pourrait accumuler ! Tous ces esprits se manifestent de bien des manières; de même que les esprits cosmiques se mêlent des choses de l'homme, de même les esprits des hommes se livrent à des actions toutes physiques ; ils agitent les arbres, brisent ou dérangent les ustensiles, font surgir ou tarissent des fontaines. En voici un exemple peu connu, qui dure depuis un temps immémorial sans paraître s'affaiblir. Sur les pentes delà Dent du Midi qui s'inclinent vers la vallée du Rhône et regardent le lac de Genève, dans les régions des forêts de châtaigniers, les paysans, hommes et femmes, hésitent à sortir seuls la nuit dans la crainte de rencontrer ce qu'ils nomment la synagogue. On reconnaît celle-ci à des bruits étranges : cris d'oiseaux, voix d'enfants, bêlements, beuglements, sons de trompettes ou de sifflets. Cette terreur les prend seulement quands ils passent par des chemins traversant les forêts voisines de quelque torrent rapide ; mais ce n'est pas précisément àdes esprits des bois ou des eaux qu'ils imputent ce concert mystérieux : c'est à des âmes, des âmes en peine. Peut-être l'expression de synagogue {(Tuvxyoiyri , assemblée) a-t-elle voulu dire primitivement dans le pays une assemblée d'âmes. C'est à peu près ce qui se passe dans Mireille. Au tiviide-la-Cape, quand, le jour de Notre-Dame, l'onde s'y assombrit de l'ombre du péché, après un bourdonnement sourd, la caverne retentit d'un épouvantable vacarme avec bruits de clochettes; on entend le trot de chevaux maigres qu'un gardien excite de ses jurons, et le bacchanal se termine par des blasphèmes et des bruits de voix rauques.

Prenons maintenant au hasard les peuples inférieurs. Les âmes des Australiens privés de sépulture tourmentent les vivants ; de même dans l'Inde et l'Indo-Chine, oîi l'on offre encore quelquefois des aliments aux âmes courroucées, qui ne s'apaisent pas toujours pour si peu. Le foyer a ses divinités protectrices, en Tasmanie, en Polynésie, à Ceylan, dans l'Afrique Australe, exactement comme sous le ciel hellénique, et ce sont aussi les âmes des ancêtres. Celles-ci remplissent la même mission que nos anges gardiens ; ils dirigent la vie de leurs proches, intercèdent pour eux dans le séjour d'au delà de la tombe. C'est encore de l'âme des ancêtres que, pour beaucoup de sauvages, viennent les songes. La croyance à l'absence transitoire de l'âme pour courir les aventures pendant le sommeil des corps est commune parmi les basses races de l'Inde, de l'Amérique, de l'Australie, du Groenland. Qui ne reconnaît ici le trait saillant du Sabbat et de

certains effets prétendus du somnambulisme provoqué? Et cela conduit à un dernier rapprochement, concernant l'incubisme. Nous trouvons des incubes et des succubes, dit une Vie de Christophe-Colomb citée par Tylor, chez les insulaires des Antilles, oii ces démons sont les fantômes des morts ; à la Nouvelle-Zélande, où les esprits des ancêtres deviennent amoureux des femmes et leur font des visites fréquentes ; aux îles des Navigateurs, où les rapports sexuels avec des dieux inférieurs ont causé bien des conceptions surnaturelles. Il va sans dire que ces contrées ne sont pas les seules où règne l'incubisme ; mais nous n'insistons pas.

II. Quelques lignes seulement sur les idées qu'on s'est faites de la natuie de> esprits. Les langues sémitiques et aryennes ont un mot qui répond à souffle et qui signifie l'air, la vapeur qui sort de la bouche. Le limon de l'homme a été animé par un souffle de Dieu. La forme grecque de ce mot est TrjjO^jta, et la forme latine spiritiis, deux vocables auxquelles on assimile souvent, en négligeant les nuances de signification, ceux deYnyjn et de anima. L'esprit est donc proprement le principe de vie {spiritiis intus alit),ce qui s'envole au moment de la mort {sprilus astra petit), ce qu'on recueillait autrefois et ce qu'on recueille encore en certains pays sur la tombe d'un mourant [accipe hanc animam, ou bien excipies hanc animam ore pic). Ainsi les esprits sont des êtres qui vivent dans les corps et les font vivre. Mais aucune démonologie ne s'est limitée à la nature vivante : on a vu quelle part elle a toujours faite à la nature morte ou inanimée. C'est que l'esprit était conçu comme l'agent de phénomènes, de mouvements, de changements qui sont les expressions d'une vie universelle. Et quand des objets dépourvus à la fois de vie et de mouvement étaient divinisés, c'était comme partie du tout. On ne faisait pas alors de savantes distinctions entre les règnes de la nature; les pierres mêmes, par cela seul qu'elles existaient, avaient, on l'a vu, un esprit, une âme : une vraie âme qui s'échappait quand le bloc était brisé.

Assurément on se risquerait fort à vouloir déterminer avec précision la nature des esprits chez les différents peuples. Ce qu'il y a de certain, c'est que, pour les peuples primitifs, c'étaient des êtres corporels, quoique invisibles. Cette thèse de la matérialité n'a, croyons-nous, jamais été abandonnée. Elle peut sembler douteuse, même pour les génies de second ordre, dans la religion de Zoroastre, et il est à croire que Platon pour son propre compte concevait les démons comme immatériels; mais la doctrine [spiritualiste n'était pas celle du public, même lettré. Apulée, par exemple, le commentateur de Platon, rapproche la substance des démons de celle des nuées. Au moyen âge, une preuve de l'existence corporelle des démons était tirée de l'odeur qu'ils répandaient sur leur passage et plus encore de la faculté dont ils jouissaient de cohabiter avec les femmes et d'engendrer. On croyait brûler les démons en brûlant les sorciers. Sur cette question, du reste, les conciles eux-mêmes ne se sont pas accordés, et les casuistes se sont livrés à de longues disputes. Au dix-septième siècle, un révérend Père (Sinistrari, d'Ameno), dans un écrit sur la Démonialité, récemment publié, concluait encore à la corporéité des démons et d'uîie partie des anges ; et nous ne croyons pas nous avancer trop en disant que cette opinion n'est pas abandonnée de tous les ecclésiastiques. Elle est assurément celle de beaucoup de sauvages. Cela ressort de tout ce qui vient d'être dit de la démonologie. Nombre de leurs pratiques en sont d'ailleurs un témoignage manifeste. Ainsi, il en est qui écrasent la lête d'un ennemi ou qui le mangent pour anéantir l'esprit ; d'autres qui, voulant attirer chez eux l'âme d'un ancêtre, emploient des moyens

de lui rendre le chemin plus facile, comme de tendre des fils sur les cours d'eau. Un chef à qui on voulait enseigner le dieu des chrétiens se promettait de le tuer dès qu'il le connaîtrait ; il le jugeait semblable à ces démons qu'il avait l'habitude d'écarter les armes à la main.

Quelque opinion qu'on se soit formée sur la nature des esprits, il est un point sur lequel tout le monde s'est accordé: c'est que les esprits, matériels ou non, peuvent s'incarner. Et ils le peuvent de deux manières, soit en passant dans le corps des hommes ou des animaux, soit en revêlant eux-mêmes une forme visible et charnelle. S'il s'agit de l'àme humaine, elle peut recouvrer la forme qui l'enveloppait pendant l'existence terrestre, ou bien prendre telle ou telle autre forme, tantôt belle, harmonieuse, d'un port divin, tantôt hideuse et bestiale. Du reste, ce n'est pas toujours l'aspect de la chair que prennent les revenants qu'on a appelés fantômes, ombres, spectres, etc. (toutes expressions qui ont leurs analogues dans les langues anciennes et chez les sauvages) : c'est quelquefois celui d'un corps blanc, marmoréen, mat ou demi-transparent, et ne projetant pas d'ombre, ou quelquefois comme vaporeux, impalpable, avec des lignes indécises et des irradiations. Quelle que soit l'enveloppe visible, elle peut s'évanouir tout à coup ou prendre d'autres formes.

Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris...

III. Nous nous rapprochons de notre but, qui est, on le sait, de donner une sorte de préface à l'article Démonomanie, en abordant la question du rapport réciproque des anges et des démons, des esprits bons et des esprits mauvais, et celle de leur action sur les êtres vivants, spécialement au point de vue de la santé.

On a déjà vu que, des esprits répandus dans l'univers, les uns sont occupés à faire le bien, les autres le mal ; cette distinction est, comme l'existence même des esprits, universelle et perpétuelle. En ce qui concerne les peuples de l'antiquité ou les barbares de nos jours, il n'y a de remarque à faire que relativement au nombre prépondérant des esprits du mal. Ce fait se retrouve partout ; partout la magie blanche a une importance très-inférieure à celle de la magie noire. C'est là d'abord toute la religion. Mais dans les civilisations moins arriérées, dès que se produit une systématisation des idées morales suggérées par l'observation plus attentive du monde extérieur et du monde intérieur, il s'établit entre les deux ordres d'esprits des distinctions autres que celles qui résultent de la différence de leurs attributions. La tradition chaldéenne est obscure à cet égard, et l'on peut concevoir des doutes sur la filiation de chacune des catégories d'esprits, bons ou mauvais, avec les grands génies qui occupent le sommet de la hiérarchie. La religion des Perses est plus explicite. On y a vu plus haut le monde créé par Ormuzd. Ormuzd est l'auteur du bien, mais il y a près de lui Ahriman, l'auteur du mal. Or, celui-ci n'est pas placé au même rang que le premier; sa puissance n'a commencé qu'avec le monde, elle cessera avec lui et il reviendra au bien; c'est le Satan futur. Ormuzd a créé le paradis et les anges; il a pour lui les Amschaspends et les Izeds ; Ahriman est le chef des esprits de ténèbres. Voilà le vrai fondement de l'angéologie et de la démonologie des siècles ultérieurs, La religion grecque donne à ses dieux des ministres, des envoyés, des anges {xyyikoç, messager); elle a aussi des mauvais génies, mais qui ne procèdent pas de la divinité, Dieu ne pouvant faire le mal. Tous ces

esprits, bienveillants ou méchants, elle les appelait du nom commun de démon (^aîpttuv), qui signifie intelligence. Ce sont les Juifs qui se sont emparés de ce mot pour désigner spécialement les esprits du mal, et ce mot a eu plus tard son analogue dans celui de diable (lîiàêo)o;, celui qui calomnie, qui dénigre, qui brouille). Cette expression accentue le rôle de l'esprit dans l'ordre moral. Avec le christianisme, des démons prennent formellement le caractère d'anges déchus. Ce sont des anges révoltés, chassés du ciel, avec leur chef Satan, par saint Michel et ses fidèles légions.

Maintenant quel est, en ce qui peut intéresser le médecin, le rôle de ces esprits mauvais, que nous appellerons du nom commun de démons? 1" Ils peuvent entrer dans le corps de l'homme et des animaux pour les tourmenter : c'est la possession ; 2" ils peuvent leur envoyer des maladies. Ces deux actions ne sont pas nécessairement séparées, car les démons peuvent insinuer la maladie dans le corps d'un être vivant en y pénétrant eux-mêmes : aussi ne les disjoindrons-nous pas ici, afin de rendre notre exposé plus simple et plus bref, et aussi pour ne pas empiéter sur ce qui est dit ailleurs de la possession.

Nous nous adressons tout de suite à la Clialdée parce que, sous le rapport qui nous occupe, l'épigraphie y est très-riche : elle dit clairement que toutes les maladies sont causées par des esprits mauvais. Chaque^ maladie a son génie propre, parmi lesquels tiennent un haut rang les génies de la Fièvre et de la Peste. 11 ont tous leur nom ; ces deux derniers s'appellent Idpa et Namtar. Chacun a son rôle spécial : Namtar s'attaque à la vie de l'homme (la peste est ordinairement mortelle) , Idpa à la tête (la fièvre était sans doute quelque chose comme le phrénitis des Grecs) ; VOutouq au front, le Alal à la poitrine, le Gigim aux viscères abdominaux, le Télal à la main. Il est très-souvent question de la maladie de la tête qui perce comme un taureau, qui lancine comme la palpitation du cœur {esi-ce le même mal que la fièvre, ou bien est-ce l'épilepsie?). Il ne paraît pas que le pouvoir de donner des maladies ait été un privilège de ces démons ; d'autres l'exerçaient également, les ombres des morts, par exemple, mais en cumulant ce genre de maléfice avec beaucoup d'autres. Contre la maladie on invoquait les divinités bienfaisantes. Tantôt c'était les grandes, Ea, Davkina ; tantôt des esprits intermédiaires. « Esprit du ciel, souviens-toi, disait le prêtre exorciste ; Esprit de la terre, souviens-toi ! Que la maladie de la tête se dissipe comme une rosée nocturne ! Que le précepte de Ea le guérisse ! Que Davkina le guérisse ! » Quelquefois on appelait à l'aide certains esprits bienfaisants : le Feu « destructeur des ennemis », et Silik-Moulu-Khi, un grand dieu, appelé dans un hymne « Roi du ciel et de la terre ». La peste étant un fléau terrible dans ces contrées, c'est leur pouvoir sur la peste qu'on célèbre surtout dans les formules conjuratoires. Les textes ne laissent aucun doute sur ce fait que les dieux invoqués avaient le pouvoir de chasser hors des corps les démons des maladies comme tous les autres. Nous passons sur la vertu des talismans et sur celle des

nombres.

Cette origine démoniaque des maladies, avec les incantations, les amulettes, les phylactères, on pourrait la poursuivre à travers l'Inde, la Perse, l'Egypte, la Grèce, même moderne. En Egypte, on remarquerait, plus accentuée peut-être que partout ailleurs, la subordination, notée tout à l'heure chez les Chaldéens, de diverses parties du corps et conséquemment de leurs maladies respectives, à des divinités spéciales. Ici Ra (le soleil) gouverne la tête, Anuhis le nez et les lèvres, la déesse Hathor les yeux, la déesse Selk les dents, Moou (Nil céleste) les che-

veux, la déesse iVet(/i les genoux, Phlah les pieds. Dans les diverses contrées que nous venons dénommer, on s'adressait, pour chasser le démon et la maladie avec lui, à de hautes ou basses divinités, comme nous l'avons déjà dit, ou à celles qui tenaient le mal sous leur dépendance particulière, ou à la divinité tutélaire gardienne de la maison ou de la personne. Quelquefois on avait recours à un procédé de substitution : un esprit connu pour bienveillant était sollicité d'entrer dans le corps du malade pour y remplacer le mauvais.

Chez les Finnois, les démons des maladies ont une grande place parmi tant d'autres qui ravagent les eaux, les airs, les plaines, les montagnes, etc. Ils sortent de Louhiatar, la dame de l'abîme, et l'on en compte 'six, qui sont ceux ^ de la pleurésie, de la goutte, de la cohque, de la phthisie, de la lèpre et de la peste. Le prêtre magicien, par ses exorcismes, a le pouvoii' de les renvoyer à leurs régions de ténèbres.

La possession devient rare, et par suite les exorcismes, dans notre Europe; mais ni l'une ni l'autre n'ont disparu (consulter la liste ci-après). Vienne quelque épidémie religieuse, et ou les verra reparaître, comme en 1857 à Morzines (Haute- Savoie), où l'on exorcisa jusqu'aux animaux, et oii le mal ne cessa qu'en 1860 après l'arrivée des gendarmes et le départ du directeur spirituel. Ce qui est retenu de ces croyances par la doctrine ecclésiastique l'est dans la foule par la superstition. Loin du sorcier, il faut le reconnaître, on ne songe guère à attribuer sa pleurésie ou sa fièvre intermittente à une autre cause que le froid ou les effluves des marais; mais il est fort commun encore, si quelque spéculateur en sorcellerie se met de la partie, qu'il réussisse à faire admettre les incantations ; cela se voit surtout quand il s'agit d'épizooties. Il n'est même pas besoin que le sorcier se déclare lui-même; il suffit de sa mauvaise réputation dans le pays pour le désigner aux intéressés et lui attirer un mauvais parti. Il a introduit le diable dans le troupeau, c'est à lui de l'en faire sortir, ou il sera battu ou même tué. Les chroniques locales révèlent souvent des faits de ce genre.

Mais, si l'on veut voir la puissance pathogénique des démons dans leur pleine activité, il faut l'observer chez les peuplades sauvages, oii les esprits mauvais sont accusés d'une influence si générale et si profonde sur les événements de la vie, qu'on les adore de préférence aux esprits bienveillants. Chose vraiment curieuse, ce partage du corps humain entre les divers génies des maladies, ces spécialités que nous signalions tout à l'heure chez les Chaldéens et les Finnois, les voilà aussi dans la péninsule de Malacca et de la Nouvelle- Zélande. Cliez les Mintiras, le hantu (esprit) liai um-bahan donne la petite vérole, le hantu Kamang l'enflure des mains et des pieds, le hantu Pari l'épanchement de sang qui suit les blessures, etc. Chez les Nouveaux-Zélandais, Tonga est le démon du mal de tête et du mal de cœur; il habite le front; Maho-Tiki est celui des maux de poitrine, Tu-Tankala-Kino attaque l'estomac, Titi-Hai les pieds. Rongomai et Tuparitapu sont les dieux spéciaux de la phthisie. Il y a un génie dont le pouvoir plus général paraît s'étendre à l'ensemble des maladies; il se nomme Atua, et pénètre dans le corps sous la forme d'un lézard pour ronger les viscères. Même manière de pi-océder de la part des âmes de mort mécontentes, chez les Tasmaniens et les Australiens. Certains démons on l'idée d'appliquer des coups de massue sur la nuque, les Dayaks de Bornéo attribuent toutes les maladies aux démons, qui tantôt pénètrent dans le corps, tantôt blessent du dehors à coups de lances invisibles. Les sorciers de profession aident à tous ces maléfices. Un sorcier vitien fait mourir

un homme en se procurant quelque objet qui lui ait appartenu : il brûle cet objet, et le démon fait le reste. A Sumatra, on appelle le démon dans le corps d'un individu au moyen d'opérations magiques pratiquées sur une mèche de ses cheveux, un peu de sa salive ou de quelque autre produit de ses sécrétions, etc., etc., etc. Il est juste d'ajouter à la décharge des bons sauvages qu'ils savent quelquefois se passer de la présence réelle des démons et se contenter de simples charmes, où la pensée démoniaque entre bien encore, mais sous une forme peu précise; cela se voit notamment chez les Cafres.

Les sauvages n'attendent pas toujours que la maladie soit venue pour la chasser. Avant le traitement par l'exorcisme, ils ont une prophylaxie qui consiste à monter la garde avec des piques ou autres armes autour de l'habitation, à se défendre contre le démon à peu près comme nous le faisons dans les guerres contre défensive, c'est-à-dire à creuser des fossés, à des sortes de chevaux de frise, des obstacles matériels, des amas d'épines le long des chemins. Quelquesuns répandent des puanteurs sur le sol. Si le mal est fait, si les démons sont dans la place et tourmentent le corps, il s'agit de les renvoyer. La crémation d'un cadavre chez les Tasmaniens devient une occasion favorable; on met le malade en communication avec le corps déposé sur le bùclier et l'àme de celui-ci vient la nuit chasser le démon. Partout le sorcier entre en pourparlers avec l'esprit possesseur; il lui indique son chemin pour retourner à la région ténébreuse; il le prie, lui commande ou l'injurie; il l'attire par des succions exercées sur la partie malade; il en provoque la sortie par la bouche, par le nez, comme faisaient les exorcistes au moyen âge, et ces pratiques se confondent avec celles qui consistent à amener en dehors par la succion, non plus précisément le démon invisible, mais des vers, des parties d'une substance quelconque (préalablement cachés dans la bouche du jongleur), qui est présentée ensuite au patient comme la cause de son mal.

On comprend de quels développements serait susceptible un pareil sujet. Le seul exposé des formes qu'a revêtues la croyance aux démons et des pratiques auxquelles elle a donné lieu, si on le voulait complet, exigerait des volumes. On sait d'ailleurs quel nombre prodigieux elle en a déjà enfanté. Nous espérons que ce qui précède suffira pour mettre en évidence cette enfance continue de l'esprit humain que tant de siècles ont si peu grandi sous ce rapport, et qui en laisse entrevoir une si longue suite avant que s'accomplisse tout le développement auquel il est destiné.

Un des enseignements qui ressortent de ce qui précède, et qui est dû aux études modernes sur la magie, principalement dans l'antiquité et chez les peuples sauvages, c'est que toutes les mythologies les plus élevées comme les plus grossières sont mêlées, du haut en bas de l'échelle des êtres surnaturels, aux conceptions et aux opérations magiques. On rencontre bien, à peu 'près partout, des esprits, des génies d'ordre inférieur, intermédiaires entre l'homme et la divinité et exerçant une action immédiate sur les objets animés ou inanimés, mais souvent aussi le mal et le bien (par exemple, la maladie et la guérison) sont rapportés directement à des divinités supérieures, de telle sorle qu'il est impossible aujourd'hui de s'occuper des sciences occultes, de bien comprendre même les ouvrages qui en traitent, non-seulement sans posséder certaines notions générales sur les religions antiques ou les croyances des nations barbares, mais encore sans connaître, en partie au moins, les dénominations par lesquelles y sont désignés les agents invisibles des phénomènes, et les attributions spécialc-

DICT. ENC. XXVI. 45

ment attribuées à chacun d'eux. Une e'numéralion complète de ces agents est impossible, mais on trouvera dans la liste qui suit les noms de ceux qui faisaient le plus souvent des ouvrages oii les études sur la magie m'ont paru être les plus étendues comme les plus précises.

A, esprit mauvais, chez les Samoyèdes.

Aa/i, lune divinisée, chez les Égyptiens. Aatacntsic, la lune, divinité méchante chez les

HuroDS.

Abapaiisis, monde des morts, chez les Zulus. Adar, Saturne chez les Chaldéo-Assyriens. Adjoks, esprits bons chez les Dinkas.

Adonis, une des représentations du soleil. Aclo, une des Harpies.

Agbwe, dieu de l'Océan, dans le Dahomey. Agni, un des vaçous (voij. ce mot), préside au

feu.

Ahriman, dieu du mal dans la religion des

Perses (voy. Ormuzd).

Ahiira mazda, divinité suprême, au-dessus de

Mithra et d'Anàliila, chez les Perses.

Ahti, divinité, reine des détroits cliez les Finnois. Aija, dieu du tonnerre, identilié avec Ticrmcs. Akh-Soitlikalli, messager des dieu\, chez les Chal-

déens.

Aipaksine, une des divinités de Susc.

Akkkharit, vampire, chez les Clialdéo-.issyricns. Akksoukkalli, messager des dieu.\, chez les Chal-

déens.

Al, démon de la fièvre scarlatine, chez les Perses. Alal, démon mauvais des Accads.

Alap ou Kiroiib, génie protecteur chez les Chal-

déens.

Alecio, une des Furies.

Allât, reine des enfers, chez les Assyriens. Alo-Alo, dieu du vent, du temps, de la moisson,

aux îles de la Société.

Atii, Alal (voy. Alal).

Amaterasu cho Kami, le grand esprit du ciel, chez

les Japonais.

Ainatongos, esprit des ancêtres, chez les Zulus. Amchi-Malgen, les nymphes gardiennes chez les

Araucaniens.

Ameitti, enfer égyptien (dénions de 1'). Amman ou Oinman, une des divinités supérieures

(solaire?) à Suse.

Animon, le'soleil delà Lybie; une des personnes

de la trinité chez les Égyptiens.

A»iphilritc , femme de Neptune.

Amschaspends, esprits bons, serviteurs d'O/'wncirf

(voy. ce mot).

Aineschaçpcnlas (voy. Amschaspends) .

Anâhita, déesse lunaire chez les Perses. Anat (voy. Nana).

Anata, divinité (malfaisante?) chez les Égyptiens. Aiidonagiii, dieu Créateur, chez les Canadiens. Anges gardiens, altachéi à la personne, chez nombre de peuples anciens ou modernes.

Anges de la inaladie, ceux qui envoyaient les

maladies, chez les Accads, les Hébreux et nombre d'autres peuples.

Anges de la mort, chargés de faire mourir ceux

que Dieu condamne, chez les Hébreux, les

Etrusques, les Gi'ecs, etc.

Angrdmainyous (voy. Ahriman).

Anliour, dieu bon, chez les Égyptiens.

Animaux (Esprits des) chez divers peuples. Anna, nom accadien d'une des personnes de la trinité cliaidéenne (voy. Anoii).

A//011 (Oannès des Grecs), dieu Temps, Ciel et

Monde, formant avec Noiiah (l'intelligence) et Bei(l'ordounateurde l'univers), la trinité chaldéohabylonienne donl il est fa première personne (voy. Bel et Xotcah).

Anounit, déesse lunaire (voy. Gaula).

.\noiinna, anges ordinairement terrestres, chez les Accads (voy. Igili).

Anra Mainyii (voy. Ahriman).

Anubis, dieu égyptien, conduisait les âmes aux enfers; gardienne du ttez.

Apap, ennemi d'Horus, personnification du crépuscule, chez les Égyptiens.

Apollon, personnification du soleil ; dieu des sciences et des arts.

Apoplexie, personnifiée en Birmanie.

.ipsaras, démons inférieurs (Inde).

Arali, l'enfer (Démons de 1';, chez les Accads.

.irdehisi, ange du feu, chez les Parsis.

.1res, dieu de la guerre.

Areskove, dieu de la guerre, chez les Iroquois.

Aronhialé, le ciel personnifie, chez les Hurons.

Arlemis, la lune.

.isnkkoii, démon de la fièvre, chez les Chaldéeus (voy. Idpa).

Asniodée, esprit mauvais, chez les Hébreux, les Juifs.

.\snioun, dieu inférieur, chez les Chaldéens.

Assiir, dieu national des .\ssyriens.

Asuras, démon des ténèbres (Védas).

.ktahentsic (voy. Aataenisic).

Alahoean, le créateur, chez certaines tribus de l'Amérique du Nord.

Afropos, une des Parques.

Aiua, démon des maladies, dans la Nouvelle-Zélande.

Aiys, dieu phrygien.

Aubes (voy. Elbes).

.iudlit ou Hobat, dieu arabe; signification correspondant à ceffe d'Anon.

Xijgnan, divinité méchante qui punit les âmes biches des Tupis (Brésil).

Aihi-Dahàka, le mauvais principe chez les Iraniens; adoré comme dieu chez les Mages Védiques.

Azraël, ange de la mort chez les musulmans.

Ilaril, dieu suprême de quelques populations asiatiques ; dieu du soleil à Tyr, devenu dieu du mal en Egypte et identifié avec Set ou Suuieci!

(voy.St'O.

Bacchus, dieu du vin.

Bah ou Hapi, dieu égyptien (le Nil?).

Uaiianc, auteur de toutes choses, dieu du tonnerre chez les Australiens.

Bambou, personnifiant la déesse Mainou.

Bau, le chaos personnifié, chez les Égyptiens.

Beehébuth, prince des démons, ancienne idole des Pliilisiins.

Beiwe, dieu solaire, chez les Finnois.

Bel, la troisième personne de la trinité chaldéobabylonienne, le soleil personnifié. — Bel-V Ancien, Saturne chez les Assyriens (voy. Anou). — Bel-Mnrdonk (voy. Mardouk).

Bélit, divinité féminine répondant au dieu màle Bel, chez les Chaldéo-Babyloniens (voy. Nana et

Uavkina), — nom assyrien de Nm-Gcsfil [roy.

ce mot).

liella Peiinii, soleil, dieu bieiifaisaut chez les

Khonds (voy. Ilûrri et Tari).

Bétial, un des chefs des démons.

Bclloiii', Minerve gneiritre.

Bhtitas, esprits méchants chez les Hindous. Binm, démon, auteur de maladies et démon du

chant (.\u^l^alicns).

BilalOj une des divinités de Suse.

BiUukni, dieu du ciel, du tonnerre et des vents,

chez les Kamtchailales.

Bin, nom assyrien de Im [voy. ce mol). Bit-Noiir, génie protecteur, chez les Chaldéo-As-

syrien*.

Bois (Démons des), chez la plupart des peuples. Bombo, Hécate {voy. ce mot).

Boora-Pennu, le soleil divinisé, chez les Khongs. Borée, dieu du vent du nord.

Bosiimbra, la terre divini.sée, dans l'Afrique occidentale.

Brahm, être souverain dans le brahmanisme (voy.

Vichnou et Çiva). — Bralima, première personne de la triade brahmanieiine.

Brahmndd.tiiu, ordre de démons mauvais dans

l'Inde.

Brownie, génie protecteur de la famille, chez les

Écossais.

Budijah,espril qui donne la variole dans l'Australie. Bûra-Pennii, dieu de la lumière chez les Khonds

(voy. Bella et Tari).

Bùrbi-Peniiu, déesse de la végétation, chez les

Khonds.

Buta, dieu de la maison chez les Bakadaras et les Bctadaras ; représenté par une pierre

Calais, Vent, fils de Borée.

Caltiope, muse de l'épopée.

t'^aron (voy. Clinron).

Calcqiiil, dieu du tonnerre, au Pérou.

Ceie/io, une des harpies.

Ijcmi, démon, dans l'Amérique du Sud.

Cenleoll, déesse de la terre, des moissons, chez les Mexicains.

Ccrcopc.i, spectres envoyés par Hécate.

Cérè», déesse de l'agriculture.

Chaiifj-li, le ciel, Je dieu suprême des Chinois primitifs.

Cliaron, nocher di'S enfers.

Charybde, liUe de Neptune et de la Terre.

Chin, esprits chinois, ordinairement bons.

Cliuqui Yllayllapa,dieu. du tonnerre et des éclairs chez les Incas.

Ciel (Esprits du), chez les Accads et nombre d'autres peuples (voy. Uranus et Terri-).

Çiva, la troisième (lersonne delà trinité indienne ; depuis, devenu dieu mauvais, destructeur, par la transformation des dieux du brahmanisme en démons (voy. Brahma et Wiehnoii).

Ciio, muse de l'histoire.

Clotlw, une des Parques.

Cluricnunes, génies familiers, chez les Ecossais.

Colique (Démon de la), chez les finnois.

Cornus, dieu des festins.

Concorde, fille do Jupiter.

Çraoschn, archange, dans le mazdéisme.

Crocodile-Malw, esprit malfaisant, fils de Set [voy. ce mot) chez les Égyptiens.

Crimos., le temps chez les Grecs ; a été identifie avec le Saturne des Latins.

Cvpidon, dieu de l'amour.

Cybèle, mère de la plupart des grands dieux, nourrice du genre humain.

Cyclopes, fils du Ciel et de la Terre ; n'avaient qu'un œil.

Dakaka (voy. Azhi).

Damkiiia, épouse de Ea ; divinité bienfaisante

chez les Accads.

Danh, dieu Serpeat qui donne le bonheur, dans le

Dahomey.

Danseurs (voy. Esprit.^).

Dnsyons, esprits malins (les Védas).

Davkina, divinité féminine répondant au dieu mâle Nounh, chez les Chaldéo-Babyloniens (voy, Niiua et Bélit).

Demeter, Cérès, terre-mère, plus spécialement déesse des fruits, chez les Grecs.

Démons prépo-iés aux différentes parties du corps, chez divers peuples. — Déuwns possesseurs, chez tous les peuples de l'antiquité, chez les peuples civilisés et chez les sauvages (Tasmanie, Patagonie, îles Sandwich, Asie méridionale, Afrique, etc.). — Démons qai donnent les maladies (idem).

Zfcfirfid, dieu créateur qui habite le ciel; envoie la pluie chez les Dinkas.

Dé.ierfs (Esprits des), chez les Accads, les Hébreux, etc.

Dévas, démons bienfaisants, chez les Aryas.

Den's, esprits mauvais, serviteurs d'Ahriinan [voxj. ce mol).

Dkiirmi, nom du dieu Soleil chez les Hos (Asie centrale).

Dhurleemah, la terre divinisée, chez certaines tribus de l'Inde.

Diable, principe du mal; a, été adoré chez certains peuples (voy. Bélial, Beehébiith, Satan)^

Diane, déesse de la chasse, personnification de iMYie. Hécate aux enfers.

Dinga-Pennu, juge des morts, chez les Ronds.

Dliigiri, la même que Nana.

Djinns, esprits malins, dans l'ismalisme.

Dj'yok, esprits méchants, chez les Dinkas.

Dodaim, l'animal sacré, symbole d'une tribu, chez les Algonquins (voy. dans l'art, ci-dessus, le Tulémisme).

Donar ou Thor, dieu du tonnerre, dans l'ancienne Scandinavie.

Boris, déesse marine, femme de Nérée.

Dounpa-Ouddou, esprit de la planète SIercure, chez les Accads.

Douzi ou Douwaii, épouse d'Istar (voy. ce mot).

Draci, démons malfaisants, chez les Grecs modernes.

Draiign, un des noms du principe mauvais chez les Accads.

Dryades, nymphes des forêts (voy. Hamadryades).

Duses, génies nocturnes, chez les Celtes.

Dvergues, esprits élémentaires, chez les Finnois.

Dijanshpilar, ciel personnifié (Rig-Véda).

Dyu, le ciel personnifié des hymnes védiques.

Èa, grand esprit de la terre, nom accadien d'une des personnes de la trinité chaldéenne (voy. Anou, Bel et Nouah).

Eaque, juge aux enfers.

£aH, personnifiée ou adorée chez nombre de peuples.

Éclipse, antagonisme du soleil et de la lune personnifiés (voy. Raliou).

Edrâ, esprit protecteur des hommes, des familles, des tribus, dans l'Afrique occidentale.

Egres, esprits de la végétation, chez les Finnois.

Ekim, démon assyrien, les Gigim des Accads.

Elagabal, divinité solaire d'Emèse (Syrie).

Elbes ou Aubes, génies malins, cliez les Scandinaves.

Elfs, génies lutins de l'Ecosse.

Empuses, spectres iiui pieds d'âne, chez les Grecs.

Enigonhtihelgea, le mauvais esprit, chez les Indiens de r.Arnérique du Nord.

Enigorio, le bon esprit, chez les Indiens de l'Anicrique du Nord (voy. Eiiigonhahelgca).

Énou, nom accadien d'une des personnes de la trinité chaldéenne (voy. Anou, Bel et Nouah).

Èole, dieu des vents et des tempêtes.

Epvl, espiit méchant, chez les Macusis (voy. .V(icunaima).

Épilepsie (voy. La et Panchânann).

Eralo, muse de la poésie légère et de l'élégie.

Erynnix, la liu-ie unique primitivemeut admise parles Grecs.

Escalope, fils d'Apollon et de Coronis, dieu de la médecine.

Esprits ^danseurs, chez les Birmans. — Esprits des animaux, des plantes, des objets inanimés (voy. Animaux, plantes, moH/ni^.s- (objets), uo;/. aussi Démons). — Esprits servants, lutins familiers chez presque tous les peuples, depuis la plus haute antiquité.

Euménides, les Furies.

Eurijale, une des Gorgones (voij. ce mot).

Eulerpe, muse de la musique.

Fantômes, formes imaginaires, ordinairement confondues avec les spectres; le plus souvent, les morts revenants.

Farfadets, genres d'esprits malicieux.

Fatales (voy. Fées).

Faunes, dieux champêtres issus du dieu Faunits. analogues aux satyres, plus attachés à l'agriculture.

Faunus [yo-^. F aunes).

Fées, fatales des Latins, esprits féminins, se rattachant à la religion des druides.

Férouers, personnification des forces de la nature, chez les Perses.

Fer vers (voy. Fravaschis).

Feu, personnifié chez les Aryas, les Chaldéo-Assyriens, les Perses, les Finnois, etc.

Fièvre (génie particulier de la) chez les Accads (voy. Idpa), les anciens Romains, les Birmans, etc.

Fiorone, un des noms du diable chez les magiciens.

Fleuves, personnifiés chez nombre de peuples (voy. iVti, Tigre).

Flore, déesse des fleurs.

Follets, anciens lares [voy. ce mot), regardés au moyen âge comme incubes, aujourd'hui esprits malicieux.

Forêts (voy. Bois).

Fortune, déesse dispensatrice des biens et des maux.

Fravaschis , démons attachés ans hommes et même aux divinités, dans la religion raagdéenne.

Fré, une des trois divinités gardiennes de l'Egypte (voy. Plitlia et A'nel.

Furies (Aleclo, Mégère et Tisiplioue), exécutrice des arrêts des juges infernaux; exerçaient quelquefois leur puissance sur la terre (voy. Erynnis).

Gaia, la terre-mère des Grecs.

Gallu (voy. Tétai).

Gamainlias, esprits des eaux et des forêts, cJie2 les Américains du Sud.

Gandharvas, démons inférieurs, chez les Indiens. G<in-dim-kour-k<JÙ , esprit favorable, chez les

Accads.

Gàoli, esprit des vents, chez les Iroquois. Gélal, démon incube, chez les Accads.

Génies, bons ou mauvais, admis chez tous les

peuples.

Gigim, esprit mauvais, chez les Accads.

Gnomes, génies malins, habitant l'intérieur de la

terre, «liez les peuples germaniques.

Goula, déesse lunaire, trjforme, chez les Clmldéo-

Dabyloniens; remplacée quelquefois par trois

déesses égales: Mnlkit, Goula et Anonnit. Gorgones, filles dePhorcys; n'avaient qu'un œil;

changeaient en pierre ceux qui les regardaient

(voy. Grées, Euryale, Méduse, Sthéno).

Goutte (génie de la), chez les Finnois. Grâces, déesses de la joie ; président aux fêtes. Grées, filles de Phoroys, sœurs des Gorgone,

(voy. ce mot) ; naissaient avec des cheveux

blancs.

liadès, le dieu des morts ou la demeure des morts, chez les Grecs .aussi, tiadiiction grecque d'.l;(grOmaynious {l'oy. ce mot).

Haetsh, le premier homme, au Kermtchalke.

Haltia, esprit familier ch' z les Finnois.

Hamadryades, nymphes des forêts, principalement du chêne, incorporées à l'arbre et mourant avec lui.

Ilaiino, esprit possesseur, aux Carolines.

Hnntu Kuyu, démon des aibres, quelques-un-^ méchants, à Malacca,

Hnntu Penyadiu, démon aquatique, vampire, à Malacca.

llantus, démons, dont qiici(jues-uus donnent des maladies, chez les Malaisiens.

llapi (voy. Bah).

Harpies ou Harpyies, personnification des vents impétueux : Aëlo, Ocypèle et Léléno.

Har-Schéfi, dieu égyptien, probablement mauvais.

Hathor, divinité protectrice, gardienne des yeu^, chez les Égyptiens.

Hawaneu (voy. Xéo).

Hébé, déesse de la jeunesse ; versait le nectar aux dieux.

Hécate (lune), déesse principale de la magie.

Hel, déesse de la mort, chez les Scandina\es.

Helios, dieu-Soleil.

Helka, déesse magique, chez les Finnois.

Hellel, le Lucifer des Hébreux.

Hémithée, déesse consultée par les malndts, dans la Cliersouèse de Thrace.

Heno, espritdu tonnerre, chez les Iroquois.

Hephaislos, Vulcain, dieu du feu.

Héra, divinité de la terre, chez les Grecs.

Hermès, Mercure des Gi'ecs, dieu de la parole et de l'éloquence. — Hermès-lrismégisti',)\^x<iwt ou Tholtb des Égyptiens, père de tontes les sciences, législateur, etc.

Hi iden-liejinoldi nen , e-prit des montagnes, chez les Finnois.

Hiisi, esprit mauvais, chez les Finnois.

Hijjën-Kis.\o, esprit-chat, mauvais, chez les Finnois. — Hijjën-Linlu, esprit-oiseau, chez les Finnois. — Hijjën Ruuna , esprit-cheval des plaines et des déserts, chez les finnois. — Hijjèn-Wdki, sortes de furies, chez les Finnois. ' Hikuteo, dieu du momie souterrain, aux îles Tonga.

Hillewo, déesse des loutres, chez les Finnois.

Hine-nui-te-po, la femme nuit dans la légende Maorie, dans la .Nouvelle-Zélaude.

Hiro, divinité marine chez les Polynésiens.

DÉ

Uittaraincn, déesse des bois, cliez les Finnois Hobnt (voy. Aiidht).

Him (voy. Somri).

Uoriis, diviuilé b enfaisante, sorte d'Apollon é^vntien. ^■"^

Hour-Ki, divinité lunaire chez les Accads. Huecuvii, esprit mauvais, au Chili (voy. Mciilcn). Hiicnu Pillati (voy. PiUnii).

Huitzilo])oclitU , dieu de la guerre chez les

Astèques.

Hydre de Lerne, personnification de la malaria

en Argolide, chez les anciens Grecs.

Hymen, dieu du mariage.

lama, un des vaçous (voij. ce mot) ; préside à la

mort et aux enfers.

Icania, un des vaçous (vaij. ce mol). Incarnation

de Çiva (voy. ce mot).

Idhluzi, fantômes, chez les Zulus.

Idpa, démon de la fièvre, chez les Accads. Iclf, dieu du tonnerre, cliez les Circassiens. Ifrit, chef de démons inférieurs, dans l'Islamisme. Igili, anges habitant les cicux, chez les Accads. Ijnk, mauvais esprit, chez lesKodiahs (voy. Shljem

Slioa).

Ilmarinnen, le forgeron éternel, le maître de la

terre, chez les Finnois.

Ilùu, dieu suprême, chez les Chaldéo-Bahyloniens

(voy. Anou).

Ilya, dieu du tonnerre, chez lez Ossctesdu Caucase. Im, dieu du vent, chez les Accads.

Imizoli, esprits siffleurs, âmes des morts, chez les

Zuius.

Inanimés (esprits des objets) (haches, coute.tux, etc.), chez les Karens, à Madagascar, etc. Incubes (démons), chez nombre de peuples. Indra, dieu du jour, de l'éther, des phénomènes météorologiques dans le Brahmanisme ; le premier des huit vaçous (voy. ce mot) ; préside aux bons génies.

Ingna, esprit mauvais, en Australie.

Innin, esprit malfaisant, chez les Accads. lûtes, démons Scandinaves.

louski'hn, le soleil, esprit bienfaisant, chez les

Ilurons.

Irle-Chans, esprits qui régnent sur les morts, chez

les Tartares.

Isis, divinité égyptienne, femme et sœur d'Osiris, dée>se lunaire, déesse de la nature en général ; était consultée par les malades.

Istar, déesse de la planète Vénus, chez les Chal-

déo- babyloniens.

llongo, âme des morts, tantôt bonne, tantôt mauvaise, chez les Zulus.

Izbar, dieu du feu, chez les Accads.

Iz-eds, esprits serviteurs d'Ormuzd (voy. ce mot).

Jebi-Ug, fantômes, chez les Algonquins.

Jebisu, dieu de la mer, au Japon.

Jcwa-Jewa , dieu intercesseur auprès de l'irman (voy. ce mot), à Malacca.

Jin-Bumi, dieu de la terre, à Malacca.

Jirong, esprit prés dant à la naissance et à la mort, à Bornéo.

Jou.'^k-ha, divinité solaire, chez certaines tribus de l'Amérique du Nord.

Jugah-Pcnnu, déesse de la petite vérole, chez les Khonds.

Jumala, dieu du ciel, chez les Finnois.

Junon, femme de Jupiter. — Junons, anges gardiens des femmes.

Juoletar, dieu des poissons, chez les Finnois.

Jupiter, maître des dieux.

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