‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.27Chapitre 42 sur 49 · BOL'TOA'S SOLIDES · texte numérisé non relu

BOL'TOA'S SOLIDES

Congestifs et hypertrophiques,

1 Papules

( Godet favique.

Prurigo.

Lichen.

' Néoplasmatiques.

(Tubercules Lupus.

Mycosis.

Squirrhe.

I Carcine.

I Frambœsia.

' Granulation , Gomme.

tuberculeuse.

morveuse.

lépreuse.

DERMATOSES. 729

5" Ordre. — EXFOLIATIO^'S.

I Exfoliations psoriques. . . . Éminenceacarienne, sillons.

1" ExFOLiATiONS PARASiTAinES j Exfoliutions \ Favus el teigne tousurante.

' dermopliyliques. I Êpidermojihyton.

( Pityriasis.

2° Exfoliations squameuses ) Psoriasis.

( Ichthyose.

, Eczéma squameux.

ô" Exfoliations choutellelses ) Pemphigus en desquama-

I tien.

i Impétigo, j . , .

•i" Exfoliations crooteuses < Eclhvma ' * perioae

iRupia . ; ^ de dessiccation.

l Acné sébacée concrète.

0° Exfoliations sébacées ! Acné sébacée cornée (cor-

' nés sébacées)..

; Terminaison-accidentelle. .] j„ '°

6° Exfoliations GANonÉNEUSES ; t. """i i-

i T „■ ■ u 1 ■. Il 1 Pustule maligne.

( Terminaison habituelle. ••{(■11,

4'' Ordre. — ULCÈRES.

S Ulcère épilhélinl. Cancroïde.

Chancre syphilitique.

Chancre arsenical.

Excoriations ou érosions sèclies ou humides lu

( Herpès.

1 Bulles, . . . 1 de la peau Pustules . . > et des Phlyclènes. . muqueuses.

coNSECDriFS. ) ' ( superlicielies ou exlra-cuta-

1 Fistules ( nées FoUiculitfe.

' profondes ou inlra-cutanées. Hidrosadénite.

T,. . . 1-. l Affections propres Tuberculeux, lépreux, pian.

I Ulcères proprement dits . . . ? .« .■ , . ■ r. ., , , .,? K , ,

*^ '^ 1 Affections génériques. . . . Ecthyma (syphilis, scrofule).

5° Ordre. — CICATRICES.

-MACOLATunES provenant d'affections l'^ . \ ■ '

' \ I génériques.

/ Lésions apparentes Gomme, lupus, etc.

Cicatrices propbeuext dites . l i Lupus érythémateux, cica-

I „ , , . . .1 trices sous-épidermiques [Sans lésion apparente . . . provenant d'obésité, de

\ grossesse, d'anasarque.

Réfutation des objections faites a notre classification des symptômes organiques ÉLÉMENTAIRES DE LA PEAU. On a Critiqué les expressions dont nous nous sommes servi pour désigner les classes des symptômes organiques. Seul, le mot tache, par lequel nous désignons la première classe, a trouvé grâce auprès de nos détracteurs.

Le mot bouton est, dit-on, trivial. Est-ce bien à ceux qui ont réhabilité le mot dartre à nous faire un pareil reproche? Le mot bouton (bothor) a été employé comme terme générique par Sauvages. C'est une expression traditionnelle et qui n'a pas, comme le mot dartre, perdu son véritable sens eu passant du glossaire médical dans la langue populaire.

Malgré son imperfection, que nous sommes le premier à reconnaître, le mot exfoliation nous a paru plus propre à désigner toutes les excrétions cutanées, les portions de peau mortifiée, les parasites enveloppés d'épiderme, que le mot corps étranger, auquel la chirurgie a donné un sens restreint.

Les ulcères et les cicatrices sont toujours des lésions consécutives, dit-on; d'accord, mais elles n'en sont pas moins des symptômes organiques qui méritent

750 DERMATOSES.

une descriplion à part; et qui ont une valeur dans le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies.

Notre classe des symptômes élémentaires est destinée à combler une lacune qui existe dans tous les traités de pathologie cutanée. Elle dissipe la confusion qui existe, chez les auteurs, entre la lésion et le symptôme, entre la lésion primitive et la lésion consécutive. La tache congestivc peut être primitive ou consécutive ; il en est de même de la squame. La lésion élémentaire a été, à tort, confondue avec la lésion primitive , c'est la lésion arrivée à la période d'état sur laquelle Willan a fondé ses ordres. La lésion élémentaire d'une affection cutanée jie se présente pas toujours à l'œil de l'observateur qui ne constate que des symptômes actuels, et c'est par l'étude approfondie des symptômes organiques actuels qu'il parvient à établir la lésion élémentaire de l'affection, autrement dit la période d'état de l'aflection cutanée. Ainsi la lésion élémentaire de l'eczéma est la vésiculation. Or, quand le malade atteint d'eczéma consulte l'homme de l'art, la vésiculation peut très-bien ne pas exister; il y a mieux, c'est que dans le plus grand nombre de cas elle n'existe pas, et qu'on n'arrive à la reconnaître que par la rougeur piquetée, les excoriations et ulcérations, la nature des squames, le prurit constant, le suintement d'un liquide visqueux qui empèse le linge et le colore en gris.

B. Symptômes composks ou dermatoses génériques et difformités cutanées. Le court exposé analytique que nous venons de faire des symptômes élémentaires nous conduit à l'élude des symptômes composés, autrement dit des dermatoses génériques ou affections génériques de la peau et des difformités cutanées.

i" Dermatoses gém':riques. Nous entendons par affection générique, en pathologie cutanée, un état morbide de la peau caractérisé par un ensemble de phénomènes éruptifs élémentaires, simultanés ou successifs, ayant chacun son évolution particulière, et dont l'ensemble constitue une seule et même affection commune à plusieurs maladies.

Quels sont les symptômes organiques qui, pris à la période d'état de la lésion élémentaire, vont nous servir à constituer les genres? Cherchons-les seulement dans nos trois premières sections de symptômes organiques, car il est évident que l'ulcère et la cicatrice, étant toujours des lésions consécutives, terminales, ne sauraient représenter la période d'état d'une affection quelconque.

Dans ces recherches nous aurons soin d'élaguer les difformités qui sont des affections arrêtées dans leur évolution, et les affections propres qui ne se rattachent qu'à une seule maladie.

Commençons par les taches. Les taches communes, avons-nous dit, sont pigmentaires ou hématiques. L'altération pigmentaire n'est pour nous qu'une difformité (nœvus) ou une affection propre (achromie lépreuse); elle peut, il est vrai, se montrer dans plusieurs maladies, et même dans chacune offrir des caractères particuliers, mais la lésion est toujours la même et ne varie que sous le rapport du nombre et de l'étendue; elle ne subit aucune évolution. Pai conséquent, c'est uniquement parmi les taches sanguines que nous aurons à choisir nos affections génériques.

Les taches sanguines sont intra ou extrà-vasculaires. La tache extra-vasculaire nous conduit au diagnostic du purpura, qui est une affection propre. Les taches intra-vasculaires sont congestives ou inflammatoires; la tache inflammatoire caractérise une pblegmasie qui est Férysipèle. C'est donc aussi une affection propre. Les taches congestives sont initiales, terminales ou d'état. Cette

tlernière seule a son autonomie, ses évolutions; les autres ne sont que des périodes, des stades d'évolution de la dermatose élémentaire. Aux taches d'état se rapportent celles de l'érythème, de l'urticaire, de la roséole et de la scarlatine. Ces deux dernières caractérisent deux maladies, et sont des affections propres; les trois premières sont communes à diverses maladies et constituent par conséquent trois aiïeclions génériques.

Je passe à l'ordre des boutons. Dans cet ordre les affections génériques se trouvent encore presque exclusivement renfermées dans le groupe des boutons inflammatoires, qui sont liquides ou solides.

Aux boutons liquides se rattachent les vésicules, les bulles et les pustules.

Nous comprenons, parmi les vésicules, les sudamina, la miliaire, l'eczéma, l'herpès et la varicelle. Les sudamina sont des lésions tout à fait accidentelles, qui ne subissent aucune évolution, et ne sauraient constituer autre chose qu'une simple dermatose élémentaire. Les quatre autres variétés de vésicules se rencontrent chacune dans des maladies différentes : elles constituent donc quatre affections génériques qui se distinguent par la diversité des vésicules qui les composent.

Les bulles se rencontrent comme accidents dans diverses affections de cause externe et de cause interne, comme dans la brûlure et l'érysipèle, et sont dans ces cas appelées phlyctènes; ou bien leur ensemble est régulier, leur développement successif; l'éruption offre des caractères qui lui sont particuliers, subit des évolutions, et l'affection porte alors le nom de pemphigus. On le rencontre dans des maladies fort différentes : le pemphigus est donc aussi une affection générique.

Les pustules sont superficielles ou profondes. Les pustules superficielles se distinguent en pustules phlyzaciées et pustules psydraciées. Parmi les premières nous comptons la pustule simple ou l'ecthyma, el la pustule composée oupustulobuUe, le rupia.

L'eclhyma et le rupia sont deux affections génériques que l'on rencontre dans les maladies de cause externe et dans les maladie de cause interne. Les secondes sont l'impétigo, la miliaire blanche, l'acné pustuleuse et la mentagre pustuleuse, qui sont quatre affections génériques. Peut-être n'en devrions-nous reconnaître que trois, car la miliaire blanche ne nous paraît différer de l'acné pustuleuse que par son siège topographique, et non par son siège anatomique qui est, dans le premier cas, les glandes sébacées annexées aux poils, et, dans le second, les glandes sébacées à poils rudimentaires.

Les pustules profondes sont celles du sycosis, de l'hidrosadénite pustuleuse et du furoncle, trois affections que nous comptons aussi parmi les affections génériques.

Les boutons solides se divisent en boutons parasitaires, qui sont des affections propres, en boutons congestifs et hypertrophiques, et en boutons néoplasmatiques.

Les boutons congestifs et hypertrophiques ont été partagés en papules et en tubercules, mais cette ancienne division est aujourd'hui quelque peu contestée. Nous venons de voir, en effet, que les divisions des taches et des boutons liquides sont fondées, non-seulement sur les apparences extérieures, mais encore sur la constitution analomico-histologique de la lésion. Or, s'il est possible de ne voir dans la papule qu'une simple congestion ou une hyperti'ophie, cela n'est plus possible pour les lésions décrites sous le nom de tubercules. Sous cette dési-

732 DERMATOSES.

gnalion, Baleman, Gibert, etc., comprennent le lupus, la chéloïde d'Alibert, le pian, le mycosis, etc., toutes affections de structure fort diiïérente. Peut-être pourrait-on, à l'exemple de Tilbury Fox, conserver le molluscum fibroïde, le lupus, dans l'ordre des tubercules, mais il faut une autre division pour le pian, le frambœsia, le mycosis, etc. Plus le bouton s'éloigne de la constitution normale de la peau, et plus il a de tendance à devenir une affection propre.

Nous divisons les boutons hyper trop hiques en boutons papilbires, glandulaires et dermiques.

Dans les boutons papillaires nous trouvons le prurigo et le lichen, deux genres cutanés; et dans les boutons dermiques, le lupus seulement, qui pourrait aussi bien faire partie des néoplasmes que des boutons liypertrophiques.

Les boutons glandulaires sont tous des affections propres.

L'ordre des exfoliations nous donne enfin deux affections génériques, le pityriasis et le psoriasis. Quant à l'ichthyose, ce n'est qu'une difformité qui ne varie que du plus au moins, et ne saurait être considérée ni comme une affection propre, ni comme une affection générique.

En résumé, voici le tableau de nos affections génériques de la peau :

CLASSIFICATION DES DERMATOSES GENERIQUES.

I Roséole.

ORDRE ( Taches sariguiiies consestives ) Érvihème.

i'^^ ^*"'^5- ' ( Urlicâire.

/ Miliaire.

,, . . , \ Eczéma,

^•^'1^"'*=* Herpès.

' Varicelle.

Bulles. . Pemphigus

\ Ecthyma.

( Rupia.

2» Ordre \ pustulo-buUcs

DES ROUTONS.

Pustules \ \ P^ydl■aciées

et '

Boutons j / Phlyzaciées. .

liquides.^ ( SuperHciels . | ^Impétigo.

Miliaire blanche.

Mentagre.

\ Acné pustuleuse.

SSycosis.

Hidro;adénite.

Furoncle.

„ r. I ^ Prurigo.

Boutons ( Papules. | Lichen.

.solides. \ Tubercules Lupus.

,- /i i, Pityriasis,

o" Ordre DES SQLAMEs | Psoriasis.

RÉFDTATION des OBJECTIONS FAITES A l'adMISSION DES AFFECTIONS GENERIQUES DE LA

PEAU. A ceux qui se refusent à admettre des genres en pathologie cutanée nous ne ferons qu'une seule question : Pourquoi, leur dirons-nous, si vous n'admettez pas des genres, vous servez-vous à chaque instant d'expressions qui en indiquent forcément l'existence, sans vous douter que la langue a une logique plus forte que tous les raisonnements? Ne dites-vous pas : psoriasis dartreux, psoriasis syphilitique, ecthyma psorique, ecthyma syphilitique, pityriasis parasitaire et pityriasis dartreux.

Le genre n'est autre chose que l'ensemble des phénomènes communs aux espèces. On dit, il est vrai, c'est une abstraction; mais, sans vouloir renouveler les disputes des nominaux et des réalistes, nous dirons que, en pathologie cutanée, l'affection de cause externe peut, à la rigueur, être considérée comme le genre ou tout au moins comme l'espèce qui se rapproche le plus de l'abstraction générique.

Les affections génériques do la peau ne sont pas admises seulement par les

DERMATOSES. 733

médecins sortis de notre école, elles sont reconnues encore par des médecins peu dispose's à adopter nos doctrines en 'pathologie cutanée. Le professeur Gailleton admet les genres; il eu est de même du docteur Guibout qui, tout en donnant un autre sens que nous aux mots genre et espèce, n'en admet pas moins deux psoriasis, l'un dai-treux, l'autre syphilitique, un eczéma dartreux, un eczéma artificiel. J'en pourrais dire autant de mon ancien collègue et ami le docteur Lailler qui reconnaît, comme moi, quatre ou cinq espèces de lichen. Toute différente est la manière "de voir de Hardy qui, dans chacune de nos affections génériques, ne voit (ju'une seule entité morbide, une seule espèce pathologique. Aussi ne sait-il où placer certaines variétés de genres cutanés. C'est ainsi qu'il confond avec l'eczéma l'herpès préputialis, avec l'érylhème riiydroa vésiculeux, etc. Les dermatologistes étrangers, Hébra, Erasmus Wilson, Tilbury Fox, Ânderson, que Hardy invoque souvent pour appuyer sa manière de voir, se préoccupent peu de la question des genres et des espèces; la nature d'une affection ét;uit pour eux toujours la même, les modifications que cette affection peut otfrir ne constituent que des variétés qui n'en changent pas la nature. Les rapports des affections de la peau avec celles des autres systèmes sont méconnus. Ce sont des effets du hasard, des complications ou des états morbides qui, comme ceux de la peau , dépendent d'une lésion du système nerveux central. En un mot, le lien commun des affections que nous appelons maladie n'est pour eux qu'un être imaginaire.

Caractères généraux des affections génériques. Comme on peut le voir en jetant un simple coup d'œil sur le tableau ci-dessus, nos dermatoses génériques appartiennent aux ti'ois premiers ordres de nos symptômes organiques élémentaires, et s'offrent à l'observation sous forme de taches, de boutons ou d'exfoliations, dans leur période d'état; mais au début les boutons se montrent sous forme de taches, et vers le déclin les taches se couvrent parfois d'exfoliations épidermiques. Les boutons peuvent s'ulcérer et laisser des cicatrices ; citons, pour exemple, l'acné pustuleuse, l'ecthyma, le lupus.

Au début, toutes les affections génériques sont sèches, et les dermatoses comprises dans l'ordre des taches et des exfoliations restent taches ou exfoliations jusqu'à la fin. Il n'en est pas de même des dermatoses boutonneuses ; les unes se comportent comme les taches; elles se recouvrent d'exfoliations épidermiques, ne s'humectent pas et restent sèches jusqu'à la fin (prurigo, lichen). Les autres deviennent humides par suite de la rupture des boutons et d'une sécrétion morbide qui s'établit à la surface de la peau (eczéma, pemphix, impétigo). Les liquides sécrétés se concrètent et forment des écailles et des croûtes de diverses couleurs, qui couvrent une étendue plus ou moins grande du tégument externe. La sécrétion morbide n'accompagne pas l'affection générique pendant toute sa durée; elle se tarit, se suspend, pendant un certain temps, pour se reproduire, quelquefois, à diverses reprises pendant le cours de la dermatose. Parfois la prolifération épidermique est des plus abondantes, comme dans l'eczéma, par exemple.

Les affections génériques caractérisées dans leur période d'état par des boutons liquides deviennent assez souvent vers leur déclin des exfoliations épidermiques qui remplacent les sécrétions morbides , ce qui fait que beaucoup d'auteurs, et même des dermatologistes distingués, ont confondu et même identifié l'eczéma avec le pityriasis. Après la rupture des boutons vésiculeux, la peau se couvre d'exulcérations qui, lorsqu'elles n'intéressent que l'épiderme, comme dans

75i DERMATOSES.

l'eczéma, l'impéligo, le pempliix, ne laissent pas de véritables cicatrices après elles, mais laissent souvent des maculatures qui disparaissent avec le temps. Dans les dermatoses pustuleuses profondes, et même superficielles, comme l'acné pustuleuse, l'ecthyma, le rupia, il y a des cicatrices presque toujours indélébiles ; mais les ulcères les plus profonds, les cicatrices les plus difformes, se montrent surtout vers la fin des dermatoses tuberculeuses.

Les dermatoses papuleuses ne s'ulcèrent pas , mais laissent souvent après elles des taches brunes ou noirâtres produites par l'exagération de la sécrétion pigmentaire.

Caractères rARiicuLiERs de chaque ordre d'affections gé^ériqdes. 1" Ge^jres EXAîNTHÉMATiQOES {Roséole, Éry thème. Urticaire) . Taches plus ou moins étendues, plus ou moins nombreuses, ne couvrant qu'une partie ou la totalité de l'enveloppe cutanée, tout à fait planes ou plus ou moins saillantes, comme papuleuses ou tuberculeuses dans les genres erylhème et urticaire, de couleur variable du rose au rouge framboise, parl'ois alternativement blanches et rouges dans le geiu'e urticaire, peu prurigineuses dans la roséole et l'érythème, offrant au contraire un prurit spécial tout à fait caractéristique dans le genre urticaire, indolores ou sensibles à la pression, ^es affections ont une marche aiguë ou chronique, parfois intermittente. Elles se terminent par résolution ou délitescence, avec ou sans exfoliation épidermique, et ne laissent aucune cicatrice après elles.

Les affections génériques exanlhématiques existent sans réaction fébrile, ou sont accompagnées de fièvre et de troubles généraux plus ou moins graves. On peut aussi les observer sur les membranes muqueuses.

2° Affections génériques vésiculedses {miliaire, eczéma, herpès, varicelle). De toutes les affections génériques, les plus communes sont les vésiculeuses. Elles ont une marche aiguë, subaiguë ou chronique. Très-rarement accompagnées d'un mouvement fébrile, elles sont le plus souvent apyrétiques. Les évolutions qu'elles subissent dans leur cours comprennent les quatre ordres de nos symptômes élémentaires; elles sont successivement taches, boutons liquides (vésicules), exulcérations à la troisième étape et exfoliations (squame) à la quatrième. Aucune de ces affections ne laisse après elle de véritable cicatrice; on ne voit après leur guérison qu'une maculature rougeàtre qui disparaît avec le temps. Remarquons de suite que l'ordre d'évolution est parfois interverti, ce qui arrive quand la vésicule ne se rompt pas, et que le liquide se résorbe ou se concrète.

Toutes les affections vésiculeuses commencent par une rougeur congestive, sur laquelle se produisent une ou plusieurs vésicules. La vésiculation paraît souvent presque en même temps que la rougeur; d'autres fois ce n'est qu'au bout de vingt-quatre ou trente-six heures qu'on la voit apparaître ; parfois même la rougeur subsiste longtemps sans qu'il survienne de vésicules; elle disparaît, et ce n'est qu'au bout d'un temps plus ou moins long, de quelques mois ou d'une année, que survient la vésiculation. Ceci se passe dans l'eczéma; nous appelons quelquefois eczéma avorte' cet érythème précurseur de l'affection eczémateuse.

La forme de la vésicule est variable et spéciale pour chaque genre. Quelquefois plusieurs vésicules se réunissent pour n'en former qu'une seule qui ressemble alors à une bulle de pemphix, et cependant qui en diffère non-seulement par le volume, mais encore par les caractères histologiques.

Le liquide contenu dans les poches vésiculeuses est alcalin, et diffère par

DERMATOSES. 735

conséquent du liquide renfermé dans les sudaniina, qui est acide. Ses qualités sont loin d'être les mêmes dans nos quatre genres vésiculeux. La sécrétion qui succède à la rupture des vésicules offre tout autant de variétés ; elle n'est même abondante et vraiment caractéristique que dans une seule de cc-s affections génériques.

Les exulcérations vésiculeuses sont toujours superficielles. Parfois cependant elles offrent assez de profondeur dans l'herpès ponr qu'on ait pu les confondi'e avec les chancres simples et avec les syphilides ulcéreuses.

Les exfoliations qui résultent de la concrétion du liquide exhalé de la surface des ulcérations et d'une production plus ou moins abondante de cellules épidermiques ont un aspect et une épaisseur qui varient beaucoup pour chaque genre ; elles se détachent d'elles-mêmes après la guérison des exulcérations sous-jacentes, ou tombent pour se reproduire quand elles sont soulevées par la sécrétion séreuse ou séro-purulente.

Le prurit est un symptôme d'une haute valeur dans les affections vésiculeuses. S'il est nul ou presque nul dans la miliaire, la varicelle et l'herpès, on peut dire qu'il est constant, et fait souvent le désespoir des malades dans le genre eczéma. Cependant, dans le genre eczéma lui-même, le prurit offre des variations innombrables qui dépendent de la phase d'évolution, du siège topographique de l'affection et surtout de la nature.

La durée de l'affection générique vésiculeuse varie pour tel ou tel genre. La miliaire, l'herpès et la varicelle, ont habituellement une marche aiguë, régulière, une durée de un à deux ou trois septénaires. L'herpès peut aussi être successif et chronique. Tout le monde sait que la durée de l'eczéma n'a rien de fixe, que, bien souvent, les traitements les plus énergiques ne l'empêchent pas de récidiver au bout d'un temps qui varie de ((uelques mois à plusieurs années et que, dans quelques cas même, ils n'en arrêtent ni la marche envahissante, ni la durée qui est indéfinie.

Sur les muqueuses, l'eczéma a une marche bien plus rapide que sur la peau. L'affection générique se présente presque toujours à la période d'exulcération ; les surfaces sont rouges, lisses ou granulées, entourées d'épithélium déchiré et soulevé, parfois épaissi et blanchâtre ; la douleur est piquante ou brûlante ; les fonctions de l'organe sont essentiellement troublées. Les mêmes différences de marche et d'aspect des lésions se présentent dans l'herpès et dans le pemphigus des muqueuses.

3° Affections génériques bolleuses [Pemphigus). 11 n'est pas d'affection cutanée qui mérite plus de fixer l'attention que le pemphigus. La forme générique sous des aspects divers est toujours la même, mais que de différences dans la f^ravité de l'affection spéciale ! On peut s'en faire une idée en mettant en regard de la bulle due à l'action des cantharides la bulle du pemphigus que nous appelons cachectique.

Comme affection générique, nous définissons le pemphigus : affection caractérisée par des bulles, petites poches épidermiques variables pour le volume d'une aveline à un œuf de poule, contenant un liquide clair dans le principe, se troublant ensuite et passant à l'état séro-purulent ou même purulent, et se convertissant en écailles lamelleuses ou en croûtes de forme arrondie ou ovalaire. Les bulles sont rarement isolées, ordinairement groupées en nombre variable ; quelquefois, cependant, il n'y a qu'une seule bulle {pemphigus solitarius) ; d'autres fois il en existe 5 ou 6 ou un plus grand nombre. Les évolutions sont successives

736 DERMATOSES.

et peuvent se produire sur toutes les régions du corps. Le prurit est remplace' par un sentiment de chaleur et de brûlure. La marche de l'affection huileuse peut être continue ou périodique. La durée varie de quelques septénaires à plusieurs années.

4° Affections génériqdes pustuleuses. Trois groupes :

iMiliaire blanche.

Impéti'o-o.

Acné Jlentagre.

TN ■ . , .. ( Ecthyma.

2° GROUPE Pustules phlyzaciees ; Hupia

iSycosis Hidrosadénite.

Furoncle.

Nous appelons affections génériques pustuleuses des affections caractérisées par un foyer purulent circonscrit ayant pour siège les parties superficielle ou profonde de la peau. Toutes ces affections génériques ont pour caractère commun une collection purulente qui s'ouvre par rupture de l'enveloppe épidermique, rupture à laquelle succèdent une ulcération superficielle ou profonde, et la formation d'une croiite plus ou moins épaisse, jaunâtre, brunâtre ou noire, composée de pus desséché, de cellules épidermiques et parfois aussi d'une quantité plus ou moins grande de globules sanguins Au bout d'un temps variable,

la croûte se détache et laisse à nu soit une maculature cicatricielle, soit un ulcère plus ou moins profond, ou bien une fistule qui communique avec la glande sudoripare ou le follicule pileux, ou enfin une ulcération plus ou moins sinueuse et anfractueuse.

Le début de ces affections est annoncé par une rougeur assez vive, avec ou sans élevure, douloureuse, sensible à la pression. La guérison laisse après elle soit de simples maculatures (impétigo), soit des cicatrices plus ou moins enfoncées, inégales, bridées, plissées, ou bien planes et lisses (acné pustuleuse, ecthyma, rupia, hidrosadénite suppurative, furoncle).

Dans les affections pustuleuses, le prurit existe à peine ; il est remplacé par un sentiment de chaleur, d'élancement, par des douleurs qui augmentent par la pression. Ces affections sont souvent compliquées de lymphites. Elles ont une marche aiguë, subaiguë ou chronique. Elles sont sujettes à récidives. Les unes sont groupées ; les autres sont isolées, discrètes.

Sur les muqueuses bucco-pharyngienne, la pituitaire, la conjonctive, on observe aussi des affections pustuleuses superficielles et profondes, mais les genres acné et mentagre ne peuvent exister qu'à l'entrée des ouvertures naturelles : cela se conçoit, puisqu'il n'y a de poils et de glandes sébacées que sur la peau. C'est donc à tort que le professeur Lasègue a donné le nom d'angine acnéique à une angine simplement folliculaire.

a. Affections pustuleuses psydraciées (impétigo, acné pustuleuse, miliaire blanche, mentagre). Les pustules psydraciées pourraient bien avoir toutes pour siège la glande sébacée. Ce siège est évident dans l'acné, la miliaire blanche et la mentagre, qui ne semblent différer que par le volume et le développement plus ou moins grand de la glande sébacée affectée. Quant à l'impétigo, l'inflammation des glandes sébacées n'est peut-être pas étranger à sa production. On l'observe surtout dans les régions où abondent les glandes sébacées ; il n'y en a pas là où il n'y a pas de glandes sébacées ; la matière de

l'impétigo est jaunâtre, tenace, et ne semble être que du pus mélangé à l'humeur sébacée (Rayer).

Les affections pustuleuses psydraciées sont discrètes ou confluentes ; plus souvent confluentes dans l'impétigo, elles sont généralement discrètes dans les autres formes génériques. La première période de l'éruption est marquée par une rougeur vive, inflammatoire, une véritable dermite et non une simple tache congestive. Les sensations de chaleur et de brûlure s'observent particulièrement au début de l'impétigo. Les croûtes sont jaunâtres, épaisses, comparées à du miel ou mieux encore à de la marmelade d'abricots, — tantôt isolées, tantôt réunies sous forme de larges placards; — d'autres fois brunâtres, isolées, distinctes pour chaque élément éruptif. A la chute des croûtes, il existe une maculature qui ne laisse pas de cicatrice (impétigo, mentagre), et d'autres fois une petite cicatrice blanchâtre, plissée, ou un point blanc cicatriciel légèrement déprimé (acné pustuleuse simple et pustuleuse miliaire).

Les affections génériques psydraciées sont apyrétiques. Leur marche est continue ; les éruptions sont successives et par poussées ; elles sont parfois périodiques, récidivent souvent. Elles répondent à ce que l'on appelait autrefois dartres crustacées et dartres pustuleuses.

L'impétigo est la seule affection pustuleuse psydraciée que l'on observe sur les membranes muqueuses, d'après Rayer. Mais cet impétigo des muqueuses siège toujours sur les régions où elles se confondent avec la pean, c'est-à-dire là où il existe des glandes sébacées annexées aux poils. Le professeur Courty admet sur le col utérin des pustules d'acné différentes des granulations inflammatoires ; je ne saurais admettre cette manière de voir, car je ne conçois pas l'acné là où il n'y a pas de glande sébacée ( Traité des maladies de i utérus, par Courty, 1866).

b. Affections pustuleuses phlyzaciées. Pustules larges, aplaties, bien que parfois le centre de la pustule soit formé par un petit prolongement conoïde, jaunâtre, r(!mpli de pus, autour duquel s'aperçoit une zone circonférentiellc surélevée, d'un rouge plus ou moins foncé, sensible à la pression. C'est quand la pustule phlyzaciée se montre sur une région pileuse que l'on observe cette forme ; on voit souvent alors le poil traverser le centre de la pustule.

L'évolution de la pustule phlyzaciée a été parfaitement décrite par Rayer:

« L'éruption débute par une élevure rouge et limitée ; dès le lendemain, on aperçoit au centre de la tache rouge une vésicule large et remplie de sérosité transparente. Cette sérosité se trouble vers le troisième jour; elle devient lactescente, en même temps que le centre de la vésicule se déprime et se marque d'un point noir. Si l'on enlève l'épiderme, il s'en écoule une petite quantité de pus, et l'on trouve une fausse membrane arrondie, déprimée au centre et appliquée sur le derme qui présente une légère ulcération. Lorsqu'on suit l'évolution de la pustule, à partir du troisième jour, on voit l'épiderme se rompre et former avec la fausse membrane que nous venons de signaler une croûte brunâtre qui se détache vers le huitième jour. Cette croûte laisse à sa chute une cicatrice violacée et déprimée au centre. »

Le rupia doit être rapproché de l'ecthyma. C'est une affection générique composée d'une pustule centrale et de bulles circonférentielles d'autant plus larges qu'elles sont plus éloignées du centre. La croûte du rupia est brunâtre, humide à la circonférence par suite de la sécrétion séro-purulente sous-jacente. Quelquefois la croûte est formée par la dessiccation de plusieurs bulles circon-

DICT. EN'C. XXVH. i'i

758 DERMATOSES.

lerentielles qui donnent lieu à une croûte e'iagée, conique, comparable à l'écailIe d'huître (rupia proeminens).

L'ecthyma et le rupia ne s'observent pas sur les membranes muqueui^es, ou au moins diffèrent totalement de ce qu'ils sont sur la peau. En un mot, les genres pustuleux sont généralement difficiles à déterminer sur les muqueuses, et il ne faut pas demander à y voir autre chose que des pustules varioliques, morveuses, syphilitiques, etc., c'est-à-dire des affections spéciales, et non des affections génériques.

c Affections pustuleuses profondes (sycosis, hidrosadénite suppurative, furoncle). Le caractère le plus général de ces affections est l'induration inflammatoire de la base. Cette induration s'offre parfois sous forme de noyaux que le doigt peut sentir sous la peau et attenant à la peau par une sorte de pédicule (sycosis parasitaire du menton). Dans rhidrosadénite,onpeut également sentir l'induration inflammatoire au début, sous forme de tumeurs plus ou moins grosses (abcès tubéreux de l'aisselle, gommes de la peau, etc.). Dans les furoncles, la tumeur est plus considérable, d'un rouge violacé, douloureuse à la pression. A la seconde période, le pus est formé : dans le sycosis, le poil tombe et le pus se fait jour à l'extérieur ; dans l'hidrosadénite suppurative, c'est une petite tumeur arrondie, fluctuante, une petite poche purulente qui se crève et laisse échapper l'humeur contenue par une seule ouverture, tandis que dans le furoncle et l'anthrax la tumeur est violacée ou bleuâtre et se perfore en divers endroits : de ces perforations s'échappe le bourbillon ou matière séropurulente contenant des fausses membranes ou même des eschares gangreneuses.

Sur les muqueuses on voit se développer des pustules profondes perforant souvent les membranes de part en part, mais ces pustules ne sauraient être comparées au sycosis, à l'hidrosadénite ou au furoncle.

5° Affections géinériques papuleuses. Les anciens auteurs appelaient pru- 7^itus ou prurit indistinctement le prurit et le prurigo, et confondaient ainsi le svmplôme et la lésion. Mercuriali, le premier, a distingue nettement le trouble fonctionnel ou l'altération de la sensibilité de la lésion anatomique. Parmi les auteurs modernes, il en est comme Cazenave, Erasmus Wilson et beaucoup d'autres, qui, en faisant de l'affection papuleuse une névrose, n'ont fait que reproduire l'erreur des anciens. A quoi cela peut-il tenir? Évidemment à l'idée qu'ils se sont faite du rapport entre le symptôme et la lésion. En effet, qu'est-ce qu'une névrose? un trouble fonctionnel sans lésion apparente de l'organe lésé, ou bien un trouble fonctionnel dont l'intensité n'est nullement en rapport avec la lésion matérielle, et comme cette disproportion du prurit et de la lésion cutanée existe fréquemment dans les affections papuleuses, on a fait intervenir, pour en donner l'explication, une affection primitive du système nerveux. Mais l'hypothèse d'une névrose, dans ce cas, n'explique absolument rien; névrose, congestion, ou hypertrophie, qu'importe le processus ou la modalité pathogénique? il s'agit toujours d'une affection qui varie d'intensité selon qu'elle se rattache à telle ou telle maladie. L'aifection générique papuleuse est un symptôme de syphilis, de scrofule, d'arthritis et d'herpétis : qu'à la place du mot affection générique vous disiez névrose, cette névrose variera toujours de la même façon selon qu'elle sera une manifestation de l'une ou de l'autre de ces quatre maladies constitutionnelles. A quoi bon dès lors changer des mots qui expriment des faits pour d'autres qui n'ont qu'une signification théorique et hypothétique?

DERMATOSES. 759

Mais, comme la doctrine organopathiqueconfondraffection avec la maladie, dès que la lésion n'est plus proportionnelle au trouble fonctionnel, il faut trouver l'explication du fait dans un état local, et c'est à une modification particulière du système nerveux, dite névrose ou trophonévrose, que l'on attribue cette prédominance du trouble fonctionnel sur la lésion anatomique au lieu de la rapporter, tout simplement, à la maladie qui en est la véritable cause. On a cherché, il est vrai, à expliquer le désaccord entre le prurit et la lésion papuleuse par la diversité du siège anatomique de la papule, qui serait tantôt le follicule, tantôt la papille ou le tissu intermédiaire ; mais, si cette explication est admissible quelquefois, elle est loin de nous satisfaire dans le plus grand nombre des cas.

Les affections papuleuses sont des affections de la peau, et non des affections du système nerveux ; il n'existe entre ces deux ordres d'affections aucune relation de cause à effet. Le prurit est un symptôme qui a naturellement sa place dans les actiones lœsœ ; l'affection papuleuse trouve la sienne dans les Qualitatum externarum cori'uptiones.

Les affections génériques papuleuses ont un caractère invariable qui les distingue des autres genres cutanés et en fait un ordre à part en dermatologie ; ce caractère constant commun à toutes les espèces n'est autre que l'état papuleux de l'éruption, à la période de son plus grand développement, état constitué par les papules qui sont de petites élévations solides, dures, ne renfermant aucun liquide, formées par un soulèvement du corps papillaire, constituées par une simple congestion ou une hypertrophie de la papille, se terminant par résolution avec ou sans desquamation, et ne laissant d'habitude aucune trace de leur passage. Pour ces raisons nous ne pouvons admettre un prurigo sans papules, ou encore un lichen avec simple production épidermique. Le lichei: pilaris des auteurs n'est qu'un pityriasis ou une ichthyose pilaris.

L'éruption qui est papuleuse à la période d'état ne saurait être confondue avec l'eczéma, qui est une affection essentiellement vésiculeuse à la même période; que l'eczéma débute par des pseudo-papules ou des squames, peu importe, ce qui le caractérise essentiellement, c'est la vésiculation à la période d'état.

Les médecins anglais et allemands ont donné au mot papule un sens trop étendu, en le faisant, pour ainsi dire, synonyme du mot bouton. La papule n»: représente qu'une seule modalité pathogénique : la congestion à l'état aigu, l'hyperthrophie à l'état chronique. C'est donc à tort que Hébra indique comme sources de la papule les divers processus qui suivent :

1» Production anormale et accumulation d'épiderme sur l'orifice des follicules pileux (pour nous pityriasis et ichthyose pilaris) ; 2» Sécrétion excessive de sébum (acné) ; 3* Dégénérescence de la glande sébacée (molluscum sébacé) ; A" Hémorrhagies dans les réseaux muqueux. Hébra cite ici, pour exemple, le lichen lividus ; msiïs l'hémorrhagie dans ce cas n'est qu'un caractère accessoire : le lichen lividus est un composé de purpura et de lichen ;

5° Exsudation, soit à la surface du corps papillaire, soit dans les follicules. Ce n'est là qu'un mode ou qu'un effet de la congestion ; 6" Hypertrophie des papilles du tact ; 7» Production de nouvelles papules. Ici on confond la papule avec le

papillome ;

8" Contraction spasmodiqiie du tissu cutané {chair de poule, cutis anserina] ;

mais cet état est dû à une action immédiate et transitoire des agents physiques ou physiologiques que l'on confond avec un [état pathologique.

Les mêmes erreurs se retrouvent chez les Anglais, comme on peut s'en convaincre en lisant ce qu'Erasmus Wilson et Tilbury Fox ont écrit sur la papule.

Caractères communs aux genres papuleus (prurigo, lichen et strophulus). Eruptions papuleuses, précédées ou non de phénomènes fébriles, pouvant se montrer à l'état aigu ou à l'état chronique, n'occupant qu'une seule région ou dispersées sur toutes la surface tégumentaire, se limitant le plus souvent à la peau, gagnant quelquefois les muqueuses accessibles à nos moyens d'investigation.

Les papules qui caractérisent ces affections sont isolées ou rapprochées par groupes. Elles sont quelquefois si nombreuses et tellement pressées les unes sur les autres qu'elles forment une couche continue sur la presque totalité de l'enveloppe du corps. La forme, la couleur et le volume de ces boutons ne varient 'pas moins que leur nombre. Sous le rapport de la forme, on les a comparés à des grains de mil ou de chènevis, à des pois, à des lentilles; ils sont acuminés ou hémisphériques, j)arfois longs et aplatis, déprimés au centre. Leur coloration est tantôt celle de la peau, tantôt elle est rosée ou rouge, et parfois livide ou violacée. Leur volume est extrêmement variable et constitue l'un des signes distinctifs des genres et des espèces. Quoi qu'en dise Erasmus Wilson, la comparaison des papules avec les objets naturels tels que des fruits ou des graines en donne une idée plus nette et surtout plus facile à graver dans la mémoire qvie la mensuration de ces boutons exprimée en lignes ou en millimètres. C'est dans le lichen syphilitique seulement que l'on voit les papules acquérir un volume d'un centimètre et plus d'épaisseur ; aussi est-ce surtout dans les livres des syphiliographes qu'on trouve de la confusion dans la description comparée des papules et des tubercules.

Après la papule, le symptôme le plus ordinaire de ces affections est le prurit, qui n'existe pas cependant au même degré dans toutes les espèces. Le prurit le plus violent se rencontre dans les affections herpétiques ; le plus faible degré du prurit ou même son absence se voient journellement dans les affectious papuleuses d'origine syphilitique. Le prurit est peu prononcé dans le lichen ù papules déprimées que longtemps après nous Erasmus Wilson a décrit sous le nom de lichen planus. Ce lichen planus n'est pas, quoi qu'en puissant dire Wilson et Tilbury Fox, le lichen ruber d'Hébra, et ne ressemble en rien à liJ variété, admise par nous, de lichen pilaris, ou à l'altération fonctionnelle de la papille pileuse, comme le pense le docteur Vidal, qui certainement n'a pas lu ce que nous avons écrit sur le lichen à papules déprimées, sans quoi il aurait reconnu, dans la description qu'il donne d'après W^ilson et Tilbury Fox du lichen planus, notre lichen à papules déprimées {Voy. numéro de mai 1878, Annales de dermatologie, publiées par Dovon).

Lts modilications que peuvent présenter les altérations de la sensibilité dans les affections papuleuses contribuent à établir la différence des espèces. Le pi'urit n'est pas le même sur toutes les régions du corps. C'est surtout près des ouvertures naturelles, là où la peau se confond insensiblement avec la muqueuse, qu'existent les plus grandes souffrances, les plus terribles démangeaisons. La production d'épiderme qui se fait souvent avec tant d'abondance dans certaines affections papuleuses est en grande partie le résultat des grattages, car on l'observe d'autant plus que le prurit est plus accentué.

DERMATOSES. 741

Les fonctions de la peau sont sensiblement troublées dans les affections papuleuses. La sueur se supprime sur les régions affectées, le sébum n'est pas sécrété sur les régions pileuses : de là la sécheresse de la peau, la rigidité et le dépoli des poils.

L'affection papuleuse se présente à l'état aigu et plus souvent encore à l'état chronique. Elle offre une marche continue, paroxystique ou périodique. L'éruption a souvent une longue durée et n'arrive à disparaître complètement qu'après une série de rémissions et d'exacerbations alternatives.

La terminaison ordinaire de l'affection papuleuse est la résolution qui se fait avec ou sans desquamation.

L'éruption papuleuse peut-elle se convertir m sihi en une autre affection? Assurément oui. Toutefois il faut prendre garde de ne pas confondre la conversion spontanée des papules en vésicules ou pustules avec la production d'éruptions artificielles, eczéma, impétigo, ecthyma, qui sont la conséquence des grattages auxquels se livrent les malades, souvent d'une manière effrénée.

La conversion spontanée de l'éruption papuleuse en une autre affection générique se produit sous l'influence de la maladie constitutionnelle: bien que l'éruption change de genre, elle ne change pas de nature. Le lichen qui «le convertit en eczéma, s'il est arthritique, donne lieu à un eczéma arthritique; s'il est herpétique, il donnera lieu à un eczéma herpétique; s'il est syphilitique, c'est en une autre syphilide qu'il se convertira.

Les aifections génériques papuleuses ne s'observent pas, ainsi que nous l'avons dit plus haut, sur les membranes muqueuses.

6° Affections génériques tuberculeuses. Comme pour les affections huileuses, nous n'avons ici qu'un seul genre, le lupus tuberculeux. Cette affection générique se présente au début sous la forme de petits noyaux durs, faisant corps avec le derme cutané, d'une couleur variable, jaunâtre ou sucre d'orge et d'autres fois d'un rouge cuivré. Quelquefois il n'existe qu'un seul élément éruptif ; d'autres fois on en compte un plus grand nombre ; ils sont isolés ou groupés ; leur siège de prédilection est la face, mais on peut aussi les observer sur le cuir chevelu, sur le tronc et les membres. Le lupus est une affection générique commune à la peau et aux membranes muqueuses. Sa marche peut être partagée en deux périodes qui en font comme deux variétés différentes : dans la première, l'affection n'est pas ulcérée ; elle l'est dans la seconde.

1° Affections génériques squameuses. Les affections génériques squameuses ont pour caractère distinctif l'exfoliation épidermique à la période d'état.

h'ichthyose est une difformité de la peau ; elle ne peut pas faire partie de cette section, parce qu'elle n'est point une affection générique, c'est-à-dire une affection commune à plusieurs maladies.

L'herpétide exfoliatrice est une affection propre de la dartre ou de l'herpétis, et non une affection générique. J'en dirai autant de la syphilide squameuse, des érythèmes pellagreux et acrodynique ,mis au nombre des affections squameuses par Rayer : ce sont des affections propres, et non des affections génériques.

La lèpre des Grecs [lepra vulgaris) a éié décrite à part dans la section des affections squameuses par Bateman, Cazenave, Rayer, et comme simple variété de forme avec le psoriasis par Samuel Plumbe, Emery, Fleury, et par nousmême dans nos leçons sur les affections génériques de la peau. Cette affection doit être identifiée avec le psoriasis.

Caractères communs au pityriasis et au psoriasis. Ces affections débutent

7i2 DERMATOSES.

le plus souvent par de petites taches rosées ou rouges, congestives, dont la couleur disparaît momentanément sous la pression du doigt. Ces taches sont arrondies ou annulaires, restent isolées ou se réunissent et forment des plaques plus ou moins étendues. Elles sont de niveau avec la peau saine environnante ou surélevées et comme papuleuses, parfois prurigineuses, et d'autres fois exemptes de démangeaisons. Elles peuvent siéger sur toutes les parties du corps, rester bornées à une seule région ou s'étendre sur toute la surface tégumentaire, et même sur le pourtour des orifices naturels, là où la peau se confond avec les membranes muqueuses.

Dans un temps très-court, qu'il est souvent difficile d'apprécier, ces taches se recouvrent, en partie ou en totalité, d'écaillés épidermiques quelquefois minces et laissant voir au travers d'elles la coloration rosée sous-jacente de la peau, parfois au contraire très-épaisses et complètement opaques. Ces écailles sont petites, comparées à des écailles de son (furfures), ou plus larges, lamelleuses, et formées de plusieurs couches épidermiques; leur adhérence à la peau est plus ou moins grande; elles se détachent et tombent en plus ou moins grande quantité. La couleur des squames est très-variable et dépend surtout de leur épaisseur et de leur ancienneté; d'un gris cendré, blanchâtre ou brunâtre, elles ont parfois un reflet argentin très-prononcé. Planes et lisses, elles sont quelquefois rugueuses et inégales, pour s'accommoder à la disposition des papilles sous-jacentes et des sillons plus ou moins profonds qui les séparent. Quand les squames sont détachées, elles offrent également, à leur surface interne, cet aspect uniforme ou inégal, formé par des creux et des arêtes alternatifs.

Après la squame, le symptôme le plus important de ces affections est la rougeur. Cette rougeur existe au début, dans l'immense majorité des cas, elle se trouve ensuite masquée par la squame, mais presque toujours la rougeur déborde la squame et se montre autour d'elle sous la forme d'un anneau érythémateux.

Le prurit est le plus impoi^tant des symptômes subjectifs ; il est en général d'autant plus prononcé que la squame est moins épaisse. Le prurit est souvent accompagné d'autres modifications de la sensibilité qui dépendent surtout de la nature de l'affection.

Les troubles fonctionnels qui s'observent dans les affections squameuses, tels que la suppression de la transpiration cutanée sur les régions envahies, l'insomnie causée par les démangeaisons, la gène des exercices musculaires, etc., varient beaucoup suivant l'étendue du mal, l'épaisseur des squames et l'origine de la lésion cutanée.

Les affections squameuses ont une marche aiguë ou chronique. C'est souvent la même affection qui se présente au début à l'état aigu, se reproduit au bout d'un temps plus ou moins long et devient chronique avec le type continu. Parfois l'affection squameuse affecte le type intermittent ou périodique. La durée varie surtout suivant la nature du mal. On peut dire qu'en général les affections squameuses ont une durée longue, et se montrent souvent rebelles à tous les agents de la thérapeutique.

L'analyse microscopique nous apprend que la squame est un composé de cellules pavimenteuses, de pigment et souvent de parasites. Les parasites n'en changent pas toujours la nature. On en a trouvé dans le pityriasis aussi bien que dans le psoriasis, mais, ainsi que je l'ai dit ailleurs, l'affection ne doit être regardée comme parasitaire que quand le parasite joue tout à la fois le rôle de cause, de symptôme et de lésion.

La production des squames épidermiques dénote un trouble dans les formations des cellules qui les composent, et ce trouble, dans les affections génériques, survient habituellement sous l'influence d'une congestion sanguine du réseau superficiel du derjîie ; mais cette congestion n'est pas absolument indispensable pour la production des écailles épidermiques, ainsi qu'on peut le constater dans quelques cas de pityriasis et de psoriasis, et dans l'ichtliyose.

Les affections squameuses se montrent aussi parfois sur les parties des membranes muqueuses rapprochées de la peau. L'exemple le plus remarquable que l'on puisse en citer est le psoriasis lingual que, le premier, j'ai fait connaître dans mes leçons sur l'artbritis et la dartre. Depuis cette époque, divers auteurs s'en sont occupés et ont confirmé mes recherches. Malheureusement, leurs travaux ont été à peu près stériles au point de vue pratique, c'est-à-dire du diagnostic et de la thérapeutique. Les études histologiques de mon ancien interne, le docteur Debove, aujourd'hui médecin des hôpitaux, tendraient à faire croire que le psoriasis lingual n'est point une affection dartreuse proprement dite, que sa constitution histologi([ue diffère complètement de celle du psoriasis herpétique, et qu'il n'est psoriasis que de nom. M. Debove a toujours trouvé dans les faits de psoriasis lingual qu'il a pu étudier sous le rapport micrographique une sclérose du derme sous-jacente à la couche squameuse de la superficie. Je suis porté à croire que M. Debove a conclu trop vite de quelques faits particuliers à la règle générale. Quant au travail de M. Mauriac sur le même sujet, il suffit de le lire pour voir qu'il n'a jeté aucune lumière nouvelle ni sur le diagnostic différentiel ni sur la thérapeutique du psoriasis lingual.

Le psoriasis lingual est souvent le début de l'épithélioma. Ce fait admis par tout le monde aujourd'hui, je l'avais signalé depuis longtemps dans mes recherches sur cette intéressante affection. Mais comment reconnaître au début le psoriasis qui doit être suivi d'épithélioma et celui qui peut guérir sans dégénérescence? Ce qui est certain, c'est qu'une langue couverte entièrement dès le début de squames argentées comparables à celles du psoriasis herpétique le mieux caractérisé peut, au bout de dix-huit mois, deux ans, devenir le siège d'un psoriasis mamelonné en voie de transformation épithéliomatique.

Le pityriasis existe-t-il sur la langue? Ne s'y confond-il pas toujours avec l'eczéma? Isambert, de si regrettable mémoire, a étudié cette question avec tout l'intérêt qu'elle mérite. 11 admet un pityriasis lingual caractérisé surtout par l'élongation des papilles qui sont enveloppées d'une squamule épiderniique à leur extrémité libre. Je dois dire que je suis très-disposé à adopter cette manière de voir.

Souvent l'exfoliation épidermique est remplacée sur les muqueuses par une excrétion spéciale, ainsi qu'on le remarque dans la rougeole. Il se pourrait que dans le psoriasis et les eczémas qui alternent avec des bronchites opiniâtres la matière de l'exfoliation fût un mélange de pus et de mucus altéré contenant une énorme quantité de cellules épithéliales.

2" Dermatoses statiox.xaires ou difformités cutanées. Les états morbides stationnaires sont les difformités et les infirmités ; les premières ne sauraient être confondues avec les secondes. La difformité consiste dans une altération de la forme, des caractères physiques : c'est une atteinte à la beauté, à la régularité des traits. L'infirmité est un mal habituel, un obstacle à l'accomplissement d'une fonction plus ou moins importante, par privation d'un organe ou par impuissance de la fonction. Sur la peau, il n'y a guère que des difformités.

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Cependant il en est quelques-unes qui peuvent, à bon droit, passer tout à la fois pour difformités et pour infirmités, par exemple, la chalazodermie et l'éléphantiasis arabe.

Il n'y a pas de distinction radicale, absolue, entre la difformité et l'affection patliologique, parce que la première peut se transformer dans la seconde, et que, tous les jours, nous voyons des affections pathologiques qui deviennent difformités dès qu'elles cessent^de marcher, qu'elles s'arrêtent dans leur évolution, ou qu'elles ne subissent que des transformations lentes et à peine sensibles. 11 importe de ne pas prendre pour des difformités les affections pathologiques qui subissent un temps d'arrêt, comme le psoriasis. En effet, le psoriasis peut cesser de faire des progrès, rester quelque temps stationnaire, et pour cela ne doit pas être confondu avec l'ichthyose. L'ichthyose n'entraîne jamais après elle la cachexie dartreuse comme le fait le psoriasis.

Les auteurs n'ont pas précisé, comme nous, la ligne de démarcation qui sépare les difformités des affections pathologiques : c'est pour cela qu'ils ont pu compter parmi les affections pathologiques des lésions que nous regardons comme de simples difformités cutanées; telles sont : les verrues rapportées à une diathèse épithéliale; l'ichthyose comptée au nombre des dartres par le professeur Gailleton.

Les difformités, aussi bien que les affections pathologiques, sont de cause externe ou de cause interne. Les difformités de cause externe sont traumatiques, comme le tatouage et l'éphélide ignéale, ou pathogénétiques, comme les colorations bronzée et bleue produites par l'usage interne du nitrate d'argent et de l'indigo.

La division des affections pathologiques en deux ordres, exanthèmes et impétiginés, n'est point applicable aux difformités, parce qu'elles ne sont point sur la peau des manifestations de maladies aiguës ou de maladies chroniques. La division des genres ne leur est point applicable, car elles ne sont pas des affections génériques ; là où il n'y a pas d'espèces, il ne saurait y avoir de genres. La seule division qui puisse leur convenir est celle des dermatoses élémentaires. Comme pour ces dernières, nous admettons des difformités maculeuses, boutonneuses, exfoliatrices, ulcéreuses et cicatricielles.

Les difformités sont congénitales ou acquises. Dans le premier cas elles ont été rapportées à des troubles de l'imagination de la mère, à des envies pendant le cours de la grossesse, mais, en admettant la réalité de cette hypothèse, cela n'expliquerait en rien le mécanisme de leur production.

Les difformités acquises succèdent à des affections pathologiques et doivent dès lors être attribuées aux maladies dont ces affections ne sont que la traduction sur la peau. Dans certains cas, les difformités acquises n'ont point été précédées d'affections pathologiques, et la cause première de leur production nous échappe.

Certains états constitutionnels prédisposent aux difformités : citons, comme exemples, l'arthritis, la syphilis pour l'achromie, qui n'est qu'un accident dans ces maladies, tandis qu'elle est un symptôme du début dans l'éléphantiasis. La difformité peut n'occuper qu'un point, qu'une seule région du corps, ou être répandue sur de larges surfaces ou même sur la totalité de l'enveloppe cutanée. Elle est représentée, tantôt par un seul élément éruptif, et d'autres fois par un nombre d'éléments si considérable qu'il est impossible de les compter. La couleur et la forme sont très-variables, selon que la difformité est constituée

DERMATOSES. 745

par des taches, par des boutons ou par des exfoliations. Ce sont des taclies d'un rouge plus ou moins vineux, des taches blanches, jaunâtres, ardoisées, brunes, des saillies plus ou moins proéminentes, des écailles : telles sont les trois formes sous lesquelles se présentent habituellement les difformités cutanées.

Le prurit fait défaut, et c'est là souvent un bon caraclère pour les distinguer des affections pathologiques avec lesquelles on pourrait les confondre.

La difformité cutanée n'entraîne le plus souvent aucun dérangement dans l'exercice des fonctions générales. 11 faut faire une exception pour l'éléphantiasis arabe, qui trouble la locomotion quand il siège, comme cela a lieu le plus souvent, sur les membres inférieurs, les fonctions génératrices, quand il siège sur les organes sexuels, la vision, s'il a son siège sur les paupières.

Les fonctions de la peau sont souvent plus ou moins compromises par les difformités cutanées occupant de larges surfaces : la sensibilité générale et spéciale est amortie dans l'ichthyose ; la transpiration insensible et la sécrétion de la sueur sont notablement diminuées; il en est de même de la sécrétion sébacée. Si la difformité siège sur les parties découvertes, la face, les oreilles, le cou, les mains, elle nuit à la régularité des traits ; elle inspire parfois du dégoût et empêche les personnes qui en sont atteintes de paraître dans la société. Par le volume qu'elles peuvent acquérir, les difformités sont non-seulement fort disgracieuses, mais encore gênent les mouvements et nuisent au libre exercice de certaines fonctions.

La marche des difformités est toujours lente et leurs progrès insensibles ; toutefois, sous l'influence des modifications physiologiques et hygiéniques, elle peuvent subir des transformations dans leurs caractères extérieurs et dans leur structure intime, lesquelles, pour être à peine apparentes, n'en sont pas moins réelles.

Leur durée est indéterminée : dans beaucoup de cas, elles persistent jusqu'à la mort de celui qui les porte ; d'autres fois, elles disparaissent sans qu'on puisse expliquer la cause de cette disparition, pas plus qu'on ne peut donner la raison de leur apparition. Ainsi, le vitiligo syphilitique disparaît plus ou moins longtemps après la guèrison de la syphilis; quelquefois il persiste, sans que l'on puisse attribuer cette persistance et cette prolongation à la persistance de la diathèse syphilitique. Le vitiligo arthritique est plus tenace encore, et pour ce qui est du vitiligo spontané, idiopathique, bien qu'il soit le plus tenace de tous, nous n'en avons pas moins observé que, dans quelques cas, rares, il est vrai, il pouvait aussi disparaître par le seul fait du travail de la nature, et parfois après avoir résisté à tous les moyens employés pour le combattre.

Après ces considérations générales sur la symptomatologie des difformités cutanées, il faudrait donner la description des difformités en particulier ; mais ici encore je ne dois qu'effleurer le sujet, renvoyant aux articles N^vus, Derma- TOLYsiE, IcHTHYosE, etc, oià l'ou ti'ouvera une histoire complète et détaillée de chacune de ces affections de la peau.

Difformités de cause externe. Parmi les difformités de cause externe, il n'en estaucunequi mérite de nous arrêter : le tatouage, l'éphélide ignéale connue sous le nom de vergetures et qui s'observe surtout sur les femmes de la campagne faisant usage de chaufferettes, ne nous offrent qu'un très-médiocre intérêt. 11 en est de même des colorations assez rares produites par l'indigo et le nitrate d'argent, mais plus fréquentes alors (jue ce dernier agent était employé contre l'épilepsie : médication aujourd'hui tout à fait abandonnée depuis que, le

746 DERMATOSES.

premier, j'ai fait connaître le traitement par le bromure de potassium à hautes closes.

Difformités (le cause interne. Pour leur étude, ainsi que nous l'avons déjà dit dans le cours de cet article, il faut suivre les divisions des dermatoses élémentaires.

Nous aurons donc des difformités maculeuses, des difformités boutonneuses et hypertrophiques et des difformités squameuses.

Nous ne dirons rien des difformités ulcéreuses, qui sont fort rares, rien non plus des difformités cicatricielles, dont l'histoire se confond avec celle des cicatrices considérées comme signes et fait partie de la séméiotique cutanée. .

A. Difformités maculeuses. Elles sont pigmentaires ou sanguines, a. Les difformités pigmentaires sont au nombre de trois : Vachromie, Vhyperchromie et la dyschromie.

L'achromie est générale ou partielle. L'achromie générale porte plus particulièrement le nom de leucopathie, qui est congénitale ou accidentelle.

La leucopathie congénitale n'est autre que l'albinisme. La leucopathie générale et accidentelle s'observe sur les noirs qui, dans ce cas, sont appelés nègres-pies.

Reste donc la leucopathie partielle ou l'achromie. L'achromie vraie est une affection rare; le plus souvent, elle est accompagnée d'hjperchromie, et c'est à tort que, dans ce cas, les auteurs lui donnent le nom d'achromie. Nous avons observé l'achromie vraie sur un ingénieur de l'isthme de Suez : cette achromie avait son siège sur un sourcil et la peau avoisinante du côté sur lequel il recevait les rayons solaires pendant son séjour dans le désert. Il n'est pas rare de voir des individus porteurs d'une touffe ou deux de cheveux blancs sur une belle chevelure noire.

A la difformité hyperchromique j'ai rattaché : 1° la nigritie; 2° le mélasma; 0" le Icntigo; 4" les ntevi pigmentaires.

La nigritie est générale ou partielle, congénitale ou accidentelle. On l'observe, pendant la grossesse, comme simple difformité, et comme symptôme dans certaines syphilides, certains prurigos, dans la maladie d'Addison.

L'hyperchromie syphilitique est très-commune, mais, pour moi, elle n'existe jamais seule; toujours elle est liée à une autre syphilide, notamment aux plaques de la peau et à la syphilide papulo-tuberculeuse. L'hyperchronde syphilitique du cou n'est pas une hyperchroraie vraie; c'est une véritable dyschromie ou vitiligo : il y a des taches décolorées et des taches hypercolorées.

Est-il nécessaire de dire que j'établis une distinction entre le lentigo (tache de rousseur) spontané et le plus souvent congénital, et l'éphélide solaire, tache de rousseur purement accidentelle ? Le lentigo peut exister partout et ne disparaît jamais, tandis que l'éphélide solaire n'existe que sur les parties découvertes, exposées aux rayons solaires, et disparait pendant l'hiver.

Les nrevi pigmentaires sont très-variables de couleur et d'étendue; lorsqu'ils sont couverts de poils ayant un développement insolite, on les appelle spili, expression consacrée par Alibcrt.

b. Difformités vasculaires. Elles sont, commes les taches, intra ou extravasculaires. Nous admettons deux sortes de ncevi : les uns qui disparaissent complètement par la pression du doigt, les autres qui ne disparaissent qu'en partie. Nous avons donné aux premiers le nom de nœvi aranei, et aux seconds celui de ncevi flammei.

Il y a des nœvi mixtes; c'est un de ces ncevi mixtes qui a été pris par

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M. Hillairet pour une affection pathologique. Enfin, dans quelques cas, le nœvus est en partie vasculaire, en partie pigmentaire. Deux ou trois fois j'ai été consulté pour des malades atteints d'une éruption roséoliqac généralisée qu'ils portaient depuis huit ou dix ans sans qu'il fût survenu la moindre modification dans cette éruption. L'un de ces malades avait consulté M. Ricord, qui avait su parfaitement distinguer cette roséole de la roséole syphilitique. C'est encore une affection à rapprocher du n;rvus acquis, qu'on peut appeler naevus roséolique.

B. Difformités hoiitonneuses. Les houtons liquides, vésicules, bulles et pustules, ne sauraient traduire sur la peau des difformités ; par suite de leur constitution, ces boutons subissent fatalement des modifications : l'enveloppe se rompt et le liquide s'échappe, puis se transforme en écailles ou en croûtes. Nous avons dit que la difformité ne subissait aucun changement : c'est donc dans les boulons solides et durs que se trouvent comprises les difformités boutonneuses. Toutefois, nous ferons une exception pour l'acné, qui peut dans certains cas donner lieu à une affection qu'à bon droit on peut classer parmi les difformités boutonneuses : je veux parler du varus miliaris d'Alibert. Voici ce qui se passe : la pustule acnéique se durcit par la concrétion de la matière contenue dans le folhcule, forme une petite saillie granuleuse, blanchâtre, sur la paupière ou sur d'autres points du visage, assez souvent sur les parties sexuelles, dans l'un et l'autre sexe ; elle est arrêtée dans son évolution, ce n'est plus qu'une simple difformité qu'Alibert et ses élèves ont appelée acné miliaris, et que nous avons décrite sous le nom de m,olIuscum granulum. Pour ne plus revenir sur l'acné à propos des difformités cutanées, signalons encore ces petits mamelons jaunâtres, brunâtres ou tout à fait noirs, que l'en observe assez fréquemment dans l'âge adulte et dans la vieillesse, sur le cou, le thorax, dans le dos, et qui sont formés par l'agglomération de glandes sébacées hypertrophiées.

Dans mes leçons sur les difformités cutanées, j'ai rattaché aux boutons solides un certain nombre de difformités cutanées et successivement décrit comme telles :

\° La verrue ; 2° le iifcvus boutonneux; 5" le molluscum.

La verrue et le nœvus boutonneux ont été ou seront décrits aux articles n.evijs et Verrue.

Quant au molluscum, qui a déjà fait l'objet d'un article intéressant dans ce Dictionnaire, tous les auteurs sont loin d'être d'accord sur ce qu'il faut entendre par ce mot. En effet, sous cette dénomination, on a confondu des affections pathologiques comme l'acné varioliforme (molluscum contagiosum de Bateman) et le mycosis ou lymphadénome cutané, et de simples difformités telles que le molluscum stéarique et le fibrome de la peau. On s'accorde généralement aujourd'hui à ne comprendre sous le nom de molluscum que des difformités boutonneuses.

Déjà, dans mes leçons de 1866, j'avais fait voir à mes élèves, sur un malade qui m'avait consulté, une éruption papuleuse disséminée sur la plus grande partie de l'enveloppe cutanée, et ressemblant, de manière à tromper l'œil le plus exercé, à l'affection pathologique décrite par Bateman sous le nom de lichen Jividus, et par moi sous le nom de lichen à papules déprimées. L'année suivante, un nouveau fait de la même affection papuleuse s'étant présenté à mon observation, j'en fis prendre le moule en carton pâte, qui doit se trouver aujourd'hui au musée de l'hôpital Saint-Louis. On ne pouvait pas donner à cette affection le nom de lichen, car le lichen est une affection générique, à évolutions

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