L. Hn
Durand (Pierre-Bernard). Botaniste français, né à Montpinçon (Calvados), le 19 février 1814, mort à Caen, le 15 juillet 1853. Né de parents pauvres et au fond d'une campagne, il parvint à vaincre tous les obstacles, et à trente ans il était pharmacien en chef des hospices de Caen, et professeur titulaire à l'école secondaire de Médecine et de Pharmacie. Le but constant de ses efforts était l'application de la science aux progrès de l'agriculture et de l'industrie (J. Travers). De ses travaux nombreux, nous mentionnerons, d'après Travers:
DURANDE. G77
I. Exposition du règne végétal d'après les classifications de MM- de Jussieu, de Laniark, de Linné et de Candolle, 2 feuilles iii-plaiio. Caen, 1840. — II. Mémoire sur l'accroissement du diamètre des plantes dicotylées. Paris, 1852, in-i», avec planches. — Ili. liecherche et fuite de la lumière par les racines. Caen, 1846, in-8''. L. 1L\.
Durand (J.-A.). Né à Bordeaux vers 1787, se livra d'abord au commerce, puis éludia les sciences. Son système de physique générale du globe se trouve exposé dans l'ouvrage suivant :
Code des créations universelles et de la vie des êtres. Bordeaux et Paris, 18 il, in-S'.^
L, Hn.
Durand (François-Auguste). Médecin de mérite, né à Lunel, en 1808, fit ses éludes de médecine à Montpellier. 11 était sous-aide major à l'iiôpital militaire de Colmar, lorsqu'il vint à cette Faculté pour y prendre le grade de docteur, en 1854. Il parcourut assez rapidement les divers grades de sa carrière militaire, fut successivement médecin-major dans les hôpitaux militaires de Paris et de Lyon, puis prit part en qualité de médecin-major de première classe à la campagne d'Orient. Peu après, il fut nommé médecin principal, puis vers 1860 devint médecin en chef de l'hôpital thermal militaire de Vichy. C'est là qu'il mourut en 1877. Il était officier de la Légion d'honneur.
Durand était vitaliste ; cependant ses ouvrages portent tous le cachet d'une originalité généralement de bon aloi, mais frisent trop souvent la spéculation abstraite. Nous citerons de lui :
I. Quelques considérations sur l'animalité. Tli. de Montpellier, 1834, in-4°, n» 177. — II. Nouvelle théorie de l'action nerveuse et des principaux phénomènes de la vie. Paris, 1843, in-S». — 111. Recherches sur la qualité électrique du sang. Lyon, 1845, iii-8°. — IV. Trois nouveaux rnémoir^s sur l'action nerveuse. Paiis, 1845, 10-8°. — V. De la nature et du traitement du choléra. Paris, 18 i9, iii-8°. — VI. Mémoire statistique et théorique sur les alternatives quotidiennes d'augmentation et de diminution de volume des rates engorgées pendant les fièvres intermittentes. Paris, 1849, in-8''. — Vil. Z)m traitement préventif des récidives de fièvres intermittentes en Algérie et en France. Paris, 1851, in-8*. — VlII. NoU' telle théorie physique, etc. Paris, 1854, in-S". — [X. Notice sur le mode d'action des eaux de Vichy dans le traitement des affections consécutives aux fièvres intermittentes. Paris, 1862, in-8". — X. Traité dogmatique et pratique des fièvres intertnittentes. Paris, 1862, in-S". — XI. Théorie électrique du froid, de la chaleur et de la lumière. Lyon, 1863, in-8o. — XII. Des incidents du traitement thermo-minéral de Vichy. Paris, 1864, in-S". —
XIII. Des indications et des contre-indications des eaux de Vichy. Vichy, 1872, in-S». —
XIV. Une synthèse physique, ses inductions et ses déductions. Vichy, 1874, in-12. L. Un.
DURAl\DE (Jean-François). Le nom de ce médecin est resté dans la matière médicale, ayant imaginé d'employer contre les calculs hépatiques la liqueur de Durande, c'est-à-dire un mélange d'élher sulfurique et d'essence de térébenthine. Natif de Dijon, il mourut le 23 janvier 1794. Devenu membre de l'Académie, et, en 1774, professeur de botanique dans sa patrie, il n'épargna ni ses soins, ni ses peines, pour inspirer le goût de l'étude des plantes à ses concitoyens. Outre plusieurs opuscules insérés dans les recueils périodiques, et parmi lesquels nous pouvons surtout citer ses Mémoires sur la coralline articulée, sur les plantes astringentes indigènes, et sur un nouveau moyen de multiplier les arbres étrangers, qui tout partie du recueil de l'Académie de Dijon (années 1782 et 1785), ainsi que son discours sur les avantages de la botanique et sur les moyens d'extraire l'huile des graines du chardon, appelé onopordon, qui se trouvent dans le Journal de physique (années 1774 et 1788), il a encore donné au pubhc les ouvrages suivants:
DURE-MÈRE (a.xatomie et physiologie).
I. Observations sur l'efficacité du mélange d'élher sulfurigue et d'huile volatile de térébenthine, dans les coliques hépatiques produites par des pierres biliaires. Paris, 1770. in-8°. — II. Élcmenls de chimie rédigés dans un nouvel o?-dre. Paris, 1778, in-S". — III. l\otions élémentaires de botanique. Dijon, 1781, in-4''. — IV. Flore de Bourgogne. Dijon, 1782, 2 vol. in-8°. A. G.
DVRANIS. Grande tribu afghane. Il sera parlé de l'Afghanistan au mot Iran. D.
DL'RANTE (Castore). Fils d'un jurisconsulte qui s'est rendu assez célèbre par ses écrits, vint au monde à Goaldo dans l'Ombrie. Il cultiva également la poésie latine et la médecine. Suivant toutes les apparences, il enseigna cette dernière à Rome dans le Collège de la Sapience, mais, quoi(ju'on ait prétendu qu'il fut porté à la place de médecin du pape Sixte V, l'abbé Marini a démontré qu'aucun document authentique n'atteste qu'il ait réellement occupé ce poste éminent. Plumier lui a consacré, sans qu'on sache trop pourquoi, un genre de plantes (Castorea) de la famille des Gattiliers, dont Linné à changé depuis le nom en celui de Dnranta. Il mourut à Viterbe vers l'an 1590, laissant les ouvrages suivants, qui ne sont que des compilations informes [Biogr. médicale) :
l. De bonitate et vilio alinientorum centuria. Pesaro, 1505, in-4"'; Rome, 1585, in-fol.; Pesaro, 1594, in-4'', Trad. en italien sous le titre de // tesoro délia sariità. Venise, 1586, in-S»; ibid., 1629, in-8° ; Rome, 1632, in-8''. — II. Herbario nuovo, con figure, che rappresentano le vive piante che nascono in lutta Eiiropa, e nell' Indie Orientale e Occidentale, con le lorc facoltà, in versi latini. Venise, 1584, in-fol.; Rome, 1585, in-fol.; Venise, 1602, in-fol. ; ibid., 1612, in-fol.; Trévise, 1617, in-fol.; Venise, ',1636, in-4''; ibid., 1667, in-fol. Trad. en allera. Francfort, 1609, in-4''; ibid., 1623, in-8''; en espagnol. Madrid, 1667, in-4''. Fig. et PI. — III. De usu radicis et foliorum mechoacanae. Anvers, 1587, in-S". — IV. Toutes les figures publiées par Durante ont élé Iréunies sous le titre suivant : Theatrum plantarum, aninialiuin, piscium et petrarum. Venise, 1856, in-fol. — V. In ia'sacum epigramma. Utrecht, 164i, 1)1-12. L. Hn.
DURAS ]\HlLLO. Nom donné au Pérou à une sorte de Pohjgonum, du groupe àesPersicaria, qu'on regarde comme diurétique et apéritive. On la donne en décoction dans ce pays contre la gravelle et la dysurie. Pl.
Bibliographie. — Feuillée. Plant, medic, III, 55. — Mérat et de Lens. Dict. Mat. médic, II, 695. J'L.
DL'RASTAIVTE (Giovanni-Matteo). Médecin italien, florissait dans la seconde moitié du dix-septième siècle. Adelung mentionne de lui les deux ouvrages suivants :
I. Prvblemata tria : Dceniones an sint, et an morborwn sint causae, an virium imbccillitati juncta cacocliymia per epicrasin curanda slt, et an Rhabarbarum ob lienteriam, dysenteriam et astrictionem sit coinburendum. Venetiis, 1567, iii-S". — II. Tractatus II de aceto scillino et de aloes substantia. Gissae, 1C14, in-12. L. Hn.
DUR-BEC. Voy. Gros-bec.
DURE-MËRE. § I. Anatoniie et physiologie. Comme OU peut le voir dans le tome YI, 2« série, du Dictionnaire encyclopédique, les méninges sont au nombre de trois : la dure-mère, l'arachnoïde et la pie-mère; la première ou la plus superficielle est la seule dont nous ayons à nous occuper.
Ou trouve dans Longet [Anatomie et ■physiologie du système nerveux) de
DURE-MÈRE (anatomie et physiologie). 679
•minutieux détails sur riiistorique de cette membrane, nous leur empruntons les données suivantes : Hippocrate avait désigné les membranes d'enveloppe du système nerveux central sous le nom collectif de uvjiyl; il distinguait la duremère, sous le nom de piôviY^'^az^'£p*3» delà pie-mère, fxryviy; lin-zn. Galien se sert aussi du nom de u-rivr.;^. auquel il ajoute le terme de •^cvpoSso-spa pour désigner l'enveloppe fibreuse et extérieure. Les Arabes se sont servis pour designer les méninges d'un mot sur la valeur duquel on n'est pas fixé et que les traducteurs latins ont rendu par mater : d'où le nom de mère appliqué à ces membranes, dénomination dont il est assez difficile de se rendre compte, malgré l'explication de Haller, d'après laquelle les Arabes attachaient à ce mot le sens d'enveloppe, ou de ce qu'ils pensaient que toutes les parties du corps procédaient des
méninges.
Enveloppant à la fois l'encéphale et la moelle, la dure-mère, dans son ensemble, représente une gaine sphéroïdale dans le crâne, cylindroïde dans le canal rachidien et s'étendant de l'apophyse crista-galli, en haut, à la base du coccyx, en bas.
Tous les anatomistes l'ont étudiée à part, dans le crâne et dans le canal rachidien.
Portion crânienne de la dure-mère- I. AnaTOMIE. Tapissant tout l'intérieur
de la boîte osseuse, elle se moule sur les saillies et dépressions de celle-ci en leur adhérant d'une manière très-inégale suivant les régions d'abord, et aussi suivant l'âge du sujet. En général ses adhérences sont plus marquées à la base qu'à la voiite, sur les parties saillantes que sur les points déprimés ; malgré le grand nombre de sutures qui existent sur les parties latérales, vers les régions sphéno- temporales, on la sépare assez facilement des os : aussi, comme le fait observer M. Sappey, les épanchements sanguins, à la suite des contusions, s'effectuent-ils assez facilement dans celte région en se propageant par décollement, mais ne s'étendant pas à la base du crâne oii les adhérences sont plus intimes.
Chez le fœtus, l'union est peu marquée, mais à mesure que le sujet avance en âge elle prend des proportions plus considérables, de telle sorte que chez le vieillard, on enlève difficilement la voûte du crâne sans déchirures.
On considère à la [dure-mère deux surfaces, l'une externe, l'autre interne; <i'est par la première que s'établissent avec la boîte crânienne les adhérences indiquées ci-dessus et qui permettent d'envisager la membrane comme jouant le rôle du périoste par rapport aux os de cette cavité : aussi la surface externe est-elle tomenteuse, inégale, rugueuse. En effet, outre les parties fibreuses qui entrent dans la composition des brides d'union, on y trouve un grand nombre de branches artérielles et veineuses. La partie vasculaire est d'autant plus considérable que le sujet est plus jeune, mais ces éléments sont beaucoup moins répandus que ceux qui du périoste se rendent aux os. En plongeant sous l'eau la membrane détachée, on voit très-bien les débris vasculaires et fibreux de sa surface externe.
Autres prolongements. Parmi les expansions que cette membrane fournit par sa face externe, il faut noter les gaines qu'elle donne à certains nerfs et quelques vaisseaux qui traversent les os du crâne; ces gaines se continuent sur la limite des ouvertures osseuses avec le périoste; tous les anatomistes admettent que la dure-mère se prolonge ainsi : 1° sur les filets du nerf olfactif pour leur former une enveloppe qu'on peut suivre jusqu'à la pituitaire; 2° sur le
080 DURE-MÈRE (anatomie et physiologie).
nerf maxilJaiie supérieur et le maxillaire inférieur; 5° dans le conduit auditif interne autour du facial et de l'acoustique; 4-" sur les nerfs de la huitième paire de Willis, à travers le trou déchiré postérieur; 5° autour du grand hypoglosse jusqu'à sa sortie du trou condylien antérieur; 6" sur la veine jugulaire interne, etc.
Mais l'accord cesse au sujet du nerf optique et du périoste de l'orbite, et, pour ne citer que quelques auteurs modernes, rappelons que M. Cruveilhier {Anatomie descriptive, 1871) s'exprime ainsi : Le nerf optique à son passage dans le trou optique est entouré de deux gaines, fournies l'une par la pie-mère, qui se continue avec la sclérotique, l'autre par la dure-mère, qui au sortir du trou optique va constituer le périoste orbitaire.
Suivant Longet [Anatomie et physiologie du système nerveux, 1842, t. I, p. 152), par le trou optique et la lente sphénoïdale, la dure-mère envoie dans l'orbite deux prolongements distincts; le premier enveloppe le nerf optique auquel il fournit une gaine particulière jusqu'au globe de l'œil, le second va former le périoste des os de l'orbite ; c'est dans l'angle rentrant qui résulte de la réunion de ces deux feuillets que s'insèrent les muscles intra-orbitaires, à l'exception du petit oblique, et c'est cette disposition de la dure-mère, qui porte le nom d'aponévrose de Zinn. Ajoutons, dit Longet, que la gaîne du nerf optique va se continuer avec la sclérotique, et que cette dernière membrane peut jusqu'à un certain point être considérée comme une dépendance de la dure-mère.
D'après les auteurs du Manuel de Vanatomiste, MM. Morel et Mathias-Duval, le nerf optique, après avoir franchi le trou du même nom, est enveloppé d'une gaine fibreuse résistante qui lui est fournie par la dure-mère et qui se continue en avant avec la sclérotique de l'œil [Manuel de Vanat.; névroglie, p. 764).
Le professeur Sappey émet un avis contraire : suivant lui, la gaîne fibreuse du nerf optique et le périoste orbilaire diffèrent totalement par leur texture de la membrane que nous décrivons, celle-ci étant exclusivement fibreuse, tandis que la gaîne optique est en partie formée de fibies élastiques et qu'elle renferme beaucoup de vaisseaux et de nerfs ; la môme différence sépare le périoste de la dure-mère, c'est la continuité de celle-ci avec la gaîne du nerf et le périoste qui a égaré les anatomistes; c'est ainsi que les os se continuent avec les tendons et les tendons avec les muscles, quoique de natures différentes (Sappey, Traité d' anatomie descriptive , t. 111, p. 12).
Face iMERiXE de la dcre-mère crânienne. En opposition avec la surface externe, celle-ci est lisse, polie, nacrée et tapissée par le feuillet pariétal de l'arachnoïde qui lui adhère intimement ; elle fournit plusieurs prolongements ou cloisons qui isolent l'une de l'autre les principales portions de l'encéphale.
Il en existe quatre (Sappey, Cruveilhier, Morel et Mathias Duval); Longet n'eu décrit que trois.
Nous les envisagerons dans l'ordre suivant : l'* faux^du cerveau; 2° tente du cervelet; 3** faux du cervelet et repli pituitaire.
1" Faux du cerveau. Synonymie : faix magma, processus falciforme. Placé verticalement entre les deux hémisphères cérébraux, ce repli s'étend dans toute la longueur de la cavité crânienne. Sa forme est celle d'un croissant, ou de l'instrument dont il porte le nom ; il présente à considérer deux faces, deux bords et deux extrémités; des deux faces, l'une regarde à droite, l'autre à gauche; elles sont en contact avec la face interne des hémisphères cérébraux, planes, rigides;
DURE-MÈKE (anatomie et physiologie). 681
elles isolent ces deux parties l'une de l'autre, sauf les cas exceptionnels où des éraillures et des perles de substance permettent le contact direct entre quelques points des hémisphères. M. Cruveilhier {Analomie descriptive, t. IV, p. 554) a vu une fois les deux hémisphères contigus l'un à l'autre, à travers une de ces éraillures. Cette anomalie se trouve aussi notée dans Haller (Longet).
Dos de la faux. Le bord supérieur, convexe, s'étend de l'apophyse cristagalli à la protubérance occipitale interne ; il répond d'avant en arrière à la crête frontale et aux gouttières frontale, pariétale et occipitale ; ce bord est épais et contient le sinus longitudinal supérieur. Bord inférieur, mince et tranchant, pins court que le précédent; il répond à la face supérieure du corps calleux qu'il touche seulement en arrière et loge le sinus longitudinal inférieur.
Sommet. La fimx du cerveau s'insère en avant à l'apophyse crista-galli et par un prolongement fibreux dans le trou borgne.
Base. Egale en dimensions au diamètre antéro-posiérieur de la tente du cervelet, elle prend une solide attache sur celle-ci et la tient tendue; ou plutôt les deux replis se tendent réciproquement et la section de l'un est suivie du relâchement de l'autre (Longet). C'est dans la base de la faux du cerveau que nous trouverons le sinus droit.
2" Tente du cervelet. Elle forme une cloison transversale, mais non horizontale, entre les hémisphères cérébraux et le cervelet ; on peut la considérer comme étant formée de deux moitiés, l'une droite, l'autre gauche, qui se réunissent sur lu ligne médiane à la manière d'un toit peu saillant; il n'en est pas moins vrai que dans son ensemble elle présente une voûte à convexité supérieure et à concavité inférieure. On lui considère deux faces et deux bords ou circonférences.
La face supérieure reçoit l'attache de la base de la faux cérébrale et supporte de chaque côté la face inférieure des hémisphères cérébraux; l'inférieure, concave repose sur le cervelet.
Le bord extérieur ou convexe est de beaucoup le plus étendu de chaque côté ; on suit ses attaches : i*^ à la protubérance occipitale interne; 2" à la gouttière latérale de l'occiput; 3° au bord supérieur du rocher, enfin à l'apophyse clinoïde postérieure, depuis la protubérance occipitale jusqu'à la base du rocher; il renferme la partie postérieure du sinus latéral et plus en avant le sinus pétreux supérieur ; le faisceau par lequel il se rend à l'apophyse clinoïde postérieure passe comme un pont au-dessus de l'échancrure de la partie antérieure du bord supérieur du rocher et forme une ouverture allongée par laquelle s'engage le nerf de la 5" paire ou trijumeau; d'un autre côté, ce faisceau fibreux est traversé par le nerf de la 6^ paire, moteur oculaire externe ; quant aux nerfs de la oe paire (moto-oculaire commun) et à celui de la A" paire (pathétique), ils passent au-dessus de lui.
Bord interne ou concave, circonférence intérieure. De forme parabolique, elle forme les limites postérieures et latérales d'un trou dont la gouttière basilaire forme la limite antérieure et qui est rempli par la protubérance (Longet), trou ovale de Pacchioni.
L'extrémité de cette circonférence se porte au-dessus du faisceau de terminaison de la circonférence externe en la croisant en x, pour aller se fixer à l'apophyse clinoïde antérieure après avoir constitué la paroi externe du sinus caverneux.
5° Faux du cervelet. Analogue à la faux du cerveau, comme celle-ci, elle est
682 DURE-MERE (anatomie et physiologie).
verticale et placée de champ, mais ses dimensions sont infiniment moindres et assez sujettes à varier. Située au-dessous de la tente du cervelet et de la protubérance occipitale interne, entre les deux moitiés latérales du cervelet, on lui considère deux faces, deux bords, une base et un sommet; les faces, lisses et tendues, sont en rapport avec les hémisphères du cervelet. Le bord postérieur épais s'attache sur la crête occipitale interne et contient les sinus occipitaux postérieurs. Le bord antérieur plus mince, concave, répond à la scissure médiane du cervelet, regardant la partie postérieure des éminences vermiculaires.
La base est fixée dans l'angle rentrant des deux moitiés du toit que représente la tente du cervelet, immédiatement en avant de la protubérance occipitale, le sommet est dirigé en bas et en avant ; il se bifurque à la partie postérieure du trou occipital, embrasse chaque moitié de ce trou et vient se perdre vers le trou déchiré postérieur où il porte les sinus occipitaux.
4° Repli pituilaire. Sa description se lie intimement à celle du sinus circulaire ou coronaire, c'est un dédoublement de la dure-mère derrière la selle turcique. Là sur le bord supérieur de la lame quadrilatère, qui limite cette fosse en arrière, la membrane fibreuse se décompose en deux feuillets : l'un, superficiel, passe au-dessus du corps pituitaire pour gagner la gouttière des nerfs optiques, il est perforé pour laisser passer la tige pituitaire; l'autre, profond, s'engage sous le corps pituitaire, se porte en avant comme le premier et le rejoint dans la gouttière optique. Sur les côtés celte lame profonde se réfléchit en dehors de la carotide interne et constitue la paroi interne du sinus caverneux ; il résulte de là que le corps pituitaire a une enveloppe fibreuse à peu près complète qui le fixe dans la fosse sus-sphénoïdale. Nous verrons comment il est entouré d'un courant sanguin [voy. Smus coronaire).
Texture. Beaucoup d'auteurs ont admis deux feuillets dans la composition de la dure-mère ; difficiles à constater dans la plus grande partie de son étendue, ils deviendraient évidents au niveau des c/o^so«s (Longet). Il y a deux manières de comprendre la façon dont les deux feuillets se comportent pour constituer les sinus et les cloisons : celle de Longet, Massa, et celle de Cruveilhier.
Pour Longet, le feuillet interne abandonne le feuillet externe, se dirige soit verticalement, soit horizontalement, soit obliquement, vers l'intérieur du crâne, puis se réfléchit pour regagner le feuillet externe, et alors la portion directe et la portion réfléchie du feuillet interne sont adossées l'une à l'autre (c'est ce que l'on observe dans les cloisons), ou bien elles sont séparées par un intervalle dans lequel circule le sang veineux (c'est ce que l'on voit dans les sinus). Longet passe ensuite en revue l'opinion des auteurs anciens, qui ont admis deux feuillets dans la dure-mère, Massa, Colombus, Galien, Fallope, Slevogt, Bourgelot, etc.
Cruveilhier donne une autre interprétation : au lieu d'admettre que le feuillet interne se sépare d'un côté, pour se porter vers le bord tranchant de la cloison et se réfléchir sur lui-même pour regagner le feuillet externe, il suppose que des deux côtés, de la base du repli ou du sinus, le feuillet interne s'écarte de l'externe ; que les deux feuillets marchent alors l'un vers l'autre pour se réunir sur le bord libre de la cloison ; le même auteur ajoute que cette séparation de deux feuillets de la dure-mère, évidente au niveau des sinus, ne peut être obtenue qu'incomplètement par la dissection, dans les autres régions de cette membrane. Pour les auteurs du Manuel de Vanatomiste, MM. Morel et Malhias Duval, la dure-mère est composée de tissu fibreux ou conjonctif, elle se laisse sur quelques points de son étendue séparer en deux lames.
DURE-MÈRE (anatomie et physiologie). 685
Sappey a porte sur ce point son attention, et des rccherclies minutieuses l'ont conduit à repousser l'existence distincte des deux lames; il a reconnu que la dure-mère crânienne est constituée par des faisceaux et des filaments fibreux d'un aspect blanchâtre qui paraissent s'entre-croiser dans tous les sens sur quelques points; partout où existent un ou plusieurs plans, on voit un certain nombre de fibres qui passent du plan le plus superficiel au plan profond. Ajoutons que pour comprendre la formation des sinus et des cloisons il n'est nullement nécessaire de supposer deux feuillets distincts, on peut très-bien admettre le dédoublement d'une membrane d'abord unique.
Au point de vue historique, rappelons, avec Longet, que Pacchioni a soutenu que la dure-mère n'était autre chose qu'un muscle particulier; c'est dans les écrits des Arabes que Pacchioni paraît avoir trouvé la première trace de sa théorie : Arahum, ni fallor, aliquot senlentias legisse memini, cerebri méninges constrictionis et dilatationis motii perpetno agi (Longet, l'^'" vol., p. 165). Willis eut l'idée de chercher dans la structure de la dure-mère la raison de cette propriété. En 1690, Slevogt compare les fibres musculaires de la dure-mère à celles de la vessie. Pacchioni considère la dure-mère comme le cœur du système nerveux. Sans suivre l'auteur dans les détails minutieux qu'il donne sur ce sujet, il ressort de ces citations qu'on avait vu des mouvements de soulèvement et d'affaissement de la dure-mère, qui se liaient sans doute à ce qu'on a étudié depuis sous le nom de mouvement des centres nerveux, phénomènes réels dus aux pulsations artérielles, systole du cœur, et à l'afflux du sang dans la cavité crânienne pendant l'expiration. Haller n'a jamais rencontré de fibres musculaires dans aucun point des méninges, et aujourd'hui on regarde la dure-mère comme composée de fibres diversement entrelacées de manière à constituer une sorte de tissu feutré (Longet, op. cit., t. 1, p. 167).
Artères. La plupart des divisions artérielles de la dure-mère se voient tout près de sa surface externe, et ne lui abandonnent que de simples capillaires, leurs principales ramifications se perdant dans le diploé.
« La dure-mère crânienne est beaucoup moins vasculaire que les ligaments
€t les tendons; elle l'est moins aussi que les aponévroses des membres ;
lorsqu'on l'examine au microscope, on aperçoit de grands îlots entièrement dépourvus de vascularité » (Sappey, op. cit., t. I, p. 19).
Les artères de la dure-mère se distinguent en antérieures, moyennes et postérieures.
Les premières émanent des deux ethmoïdales de l'ophthalmique, se distribuent aux enveloppes de la lame criblée et des bosses orbitaires.
Les secondes sont au nombre de deux principales : la méningée moyenne et la petite méningée. La première, d'un volume relativement considérable, naît de la maxillaire interne, pénètre dans le crâne par le trou sphéno-épineux ou petit rond, pour se diviser en deux branches au niveau de l'angle antérieur et inférieur du pariétal : ces deux branches se logent dans de profonds sillons ramifiés de la face interne du crâne; glissant pour ainsi dire à la surface externe de la dure-mère, elles recouvrent de leurs ramifications les régions frontale, pariétale et occipitale supérieure.
La petite méningée, qui manque quelquefois, provient tantôt de la précédente et tantôt du tronc de la maxillaire interne, elle traverse le trou ovale ou maxillaire inférieur. Outre ces deux artères, la carotide interne, dans le sinus caverneux, donne aussi quelques rarauscules aux régions voisines.
684 DURE-MÈRE (anatomie et physiologie).
Les branches méningées de la partie postérieure viennent de deux sources : 1° de la pharyngienne inférieure, branche interne de la carotide externe, pur le trou déchiré postérieur ; 2" de la vertébrale à son passage à travers le trou occipital ; les unes et les autres se répandent dans la tente, la faux du cervelet et les parties voisines.
Ajoutons que quelques ramifications terminales de la carotide interne se distribuent à la partie antérieure de la faux du cerveau et que des rameaux provenant des artères cérébelleuses supérieures se distribuent à la tente du cervelet.
Veines. Les éléments ai'tériels étant rares dans la dure-mère, on doit s'attendre à y trouver un petit nombre de veines; en revanche, celte membrane se laisse traverser par des canaux sanguins qui reçoivent le sang noir de l'encéphale et qu'on nomme sinus. Les veines proprement dites sont de deux ordres : les unes, les plus considérables, suivent le trajet des artères : c'est ainsi que l'artère méningée moyenne est accompagnée de deux veines qui d'un côté vont se jeter dans le plexus veineux ptérygoïdien et de l'autre communiquent avec le sinus longitudinal supérieur, établissant ainsi une voie d'anastomose entre le système vasculaire intra et extra-crànien. Les autres veines méningiennes, réduites à des rameaux presque capillaires, vont s'ouvrir dans les sinus seulement.
Sinus de la dure-mèrr. Caractères communs. Origine. Ils proviennent de plusieurs sources : 1° de la substance cérébrale et cérébelleuse qui leur apporte le contenu de ses veines ; 2" de la dure-mère; 3° du diploé ; 4° de l'appareil de la vision.
Situés dans l'épaisseur de la dure-mère, ils sont exempts de flexuosités, leurs parois sont rigides et ne peuvent s'affaisser comme celles des veines; leur volume varie depuis les dimensions du petit doigt à celles d'un stylet de trousse. De forme généralement triangulaire, leur cavité offre des brides fibreuses qui les cloisonnent irrégulièrement, mais on n'y voit pas de valvules ; un grand nombre d'oi ifices permettant au sang veineux d'y aflluer en criblent les parois ; tapissés par la membrane commune à tout le système sanguin, ils sont formés de deux tuniques, celle qui rient d'être indiquée et de plus une membrane fibreuse qui fait corps avec la dure-mère.
Des sinus en particulier. Les anatomistes ont adopté plusieurs classifications : on les a divisés -en pairs et en impairs (Cruveilhier, Mathias Duval et Morel), en sinus iorculariens et atorculariens (Blaudinl, suivant qu'ils communiquent ou non avec ce qu'on a désigné sous le nom de pressoir d'ilérophile. Longet adopte la division de Blandin et commence par la description du confluent des sinus; cette manière de procéder nous paraît peu rationnelle et tend à faire croire que le sang marche vers la protubérance occipitale interne dans les sinus latéraux, qui, au contraire, portent ce liquide vers le trou déchiré postérieur : aussi adoptons-nous la classilicalion du professeur Sappey {Anat. descriptive). Parmi les sinus, les uns reçoivent le sang de l'encéphale, les autres sont en communication avec la veine ophthalmique ; les premiers sont plus particulièrement situés à la partie supérieure et postérieure de la boîte crânienne, les seconds en avant et en bas, sur la base du crâne ; mais hàtonsnous d'ajouter que les deux systèmes ne sont pas isolés l'un de l'autre, puisque tous les deux aboutissent au sinus latéral qui en est le tronc commun et se déverse lui-même dans la veine jugulaire interne, laquelle présente, au niveau
DUllE-MKRE (anatomie et physiologie). 685
du trou déchiré postérieur, une dilatation nommée golfe et qui mériterait le nom de confluent des sinus beaucoup mieux que le pressoir d'IIérophile.
Par le fait, le sinus latéral appartient à la fois aux deux systèmes adoptés par Sappey, sinus encéphaliques et sinus de la base du crâne : aussi le décrironsnous en premier lieu. Il s'étend transversalement de la protubérance occipitale interne au trou déchiré postérieur; suivant exactement la gouttière latérale, il se porte d'abord en dehors, puis en bas et en dedans ; dans la première partie de son trajet, il occupe la partie postérieure de la circonférence extérieure de la tente du cervelet et répond à l'intervalle qui sépare les lobes cérébraux du cervelet ; son volume est considérable, mais souvent inégal d'un côté à l'autre. Son extrémité interne qui répond, comme nous l'avons dit, à la protubérance interne de l'occiput, est en communication avec cinq sinus : 1° le sinus latéral du côté opposé; 2° le sinus longitudinal supérieur; 3" le sinus droit, et ¥ les deux sinus occipitaux postérieurs. C'est à la rencontre de ces canaux que les Anciens ont place le pressoir d'Hérophile ou confluent des sinus, comme si les colonnes de sang qu'ils renferment marchaient à la rencontre l'une de l'autre, ce qui est le contraire de la vérité, puisque dans les deux sinus latéraux le sang marche de dedans en dehors. Nous emprnntons du reste à M. Longet {pp. cit.^ Anatomie et physiologie du système nerveux, t. I, p. 158 et 159) quelques <iétails liistoriqiics sur ce prétendu pressoir : « C'est une cavité ayant la forme d'un triangle à base postérieure située au point de réunion de la faux du cerveau, de la tente et de la faux du cervelet, dans une dépression de l'occipital
qui correspond à la protubérance occipitale Suivant Galien, Hérophile le
décrivait comme une cuve ou réservoir : or, le mot >/;v6;, qu'il employa pour exprimer cette idée et qui avait alors une acception très-générale, celle de cuve, <le réservoir, ne servit plus, par la suite, qu'à désigner spécialement une cuve de pressoir. Aussi les traducteurs latins de Galien le rendirent par torcular, puis vinrent les interprètes qui essayèrent de justifier celte expression et achevèrent de fausser la pensée primitive de l'anatomiste grec : ainsi A. Paré pense que ce confluent a été nommé pressoir : parce que d'icelui est exprimé le sang qui nourrit le cerveau ».
Outre les sinus qui s'ouvrent dans le latéral au niveau de la protubérance occipitale, il en est trois autres qui viennent s'y jeter vers son extrémité jugulaire; ce sont : le pétreux supérieur, le pétreux inférieur el l'occipital. Il reçoit Aq, plus les veines cérébrales et cérébelleuses, latérales et inférieures, la veine mastoïdienne qui traverse le trou de ce nom et la veine condylienne postérieure dont l'existence n'est pas constante et qui établit une communication entre la veine vertébrale et la partie terminale du sinus.
Sinus longitudinal supérieur. Sinus tertius des Anciens. Falciformis de Haller. Il est impair et occupe tout le bord convexe de la faux du cerveau, commençant en avant, suivant les uns, au niveau du trou borgne, et d'après Sappey à l'extrémité supérieure de la crête frontale oii il offre un cul-de-sac ; en arrière, il se termine au point de jonction des deux sinus latéraux. Sa coupe présente la forme d'un triangle à base supérieure, son diamètre augmentant d'avant en arrière; sa cavité est remarquable par des cloisons fibreuses qui s'entre-croi>ent irrégulièrement, par ses nombreuses ouvertures veineuses et par la présence des corpuscules de Pacchioni.
Dans ce sinus viennent se rendre les veines de la face interne des hémisphères, celles de la face supérieure et externe des mêmes parties, et qui offrent cette
686 DURE-MÈRE (anatomie et physiologie).
particularité remarquable que les troncs auxquels elles aboutissent, au nombre de 6 ou 8, cheminent d'arrière en avant dans l'épaisseur de la faux du cerveau et, après un trajet de 2 centimètres, s'ouvrent dans la cavité du sinus en parcourant un trajet contraire à celui du cours du sang dans ce conduit. Cependant les plus antérieures suivent la direction du cours du sang ; quelques veinules de la dure-mère se versent en outre dans ce sinus; il donne aussi accès aux veines méningées moyennes, à la grande veine anastomotique, décrite par M. Trolard [Recherches sur le système veineux de Vencéphale et du crâne^ thèse, 1868, p. 10), aux veines de Santorini et à celles du diploé.
Sinus longitudinal inférieur. MM. Cruveilhier et Longet, le considérant comme une veine, n'admettent que 14 sinus. M. Sappey lui consacre une courte mention : situé dans la moitié postérieure du bord tranchant de la faux du cerveau, il diffère des autres par la ténuité de son calibre et sa forme arrondie ; par son extrémité postérieure, il s'ouvre dans le sinus droit ; quant aux veines qui s'y déversent, elles occupent la faux du cerveau.
Sinus droit. Situé dans l'épaisseur de la base de la faux du cerveau, base dont il égale la longueur, il est rectiligne et triangulaire ; après avoir reçu, outre le longitudinal inférieur, les veines cérébrales médianes inférieures, les veines cérébelleuses supérieures, les veines ventriculaires ou de Galien, les veines choroïdiennes et les veines du corps strié, il se déverse en arrière, dans les sinus latéraux à leur point d'origine.
Sinus occipitaux postérieurs. Au nombre de deux, l'un droit et l'autre gauche; ils occupent la base de la faux du cervelet dans toute sa longueur, puis contournent le trou occipital pour communiquer avec les sinus latéraux près du trou déchiré postérieur; aucune veine de l'encéphale ne vient s'y rendre: ce sont donc des sinus anastomotiques, communiquant par leurs deux extrémités avec les sinus latéraux.
Les autres sinus qui nous restent à décrire ap[)artiennent à la catégorie de ceux qui ont des relations avec la veine ophthalmique et que Sappey appelle sinus de la base du crâne ; ils sont au nombre de cinq, trois pairs et deux impairs ; les premiers marchent d'avant en arrière et sont de beaucoup les plus importants; les deux autres servent à établir des voies anastomotiques d'un côté à l'autre.
Le premier de tous, et par sa situation eu avant, et par son importance, est le sinus caverneux; son étude exige plus que toute autre une connaissance exacte des particularités de la base du crâne, et surtout de la selle turcique ou fosse pituilaire, de la gouttière carotidienne, des apophyses cliiioïdes, de la fente sphénoïdale, etc. Us répondent aux gouttières carotidienncs ou caverneuses; entre celui de droite et le gaucbe se trouve la fosse pituitaire; ils commencent en avant au sommet de l'orbite, près de la fente sphénoïdale, et se terminent en arrière vers le sommet du rocher, devant l'orifice supérieur du canal que la carotide interne parcourt dans le rocher. On peut lui considérer trois parois : une externe, l'autre interne et la troisième inférieure. La partie supérieure de sa cavité résulte de la rencontre des parois externe et interne.
Paroi externe, c'est la plus épaisse ; elle se continue avec l'extrémité de la circonférence intérieure de la tente du cervelet au moment où cette extrémité va se fixer sur l'apophyse clinoïde antérieure ; dans l'épaisseur de cette paroi existent trois nerfs : 1° l'ophthalmique de Willis; 1" le moteur oculaire commun et le pathétique.
La paroi interne, très-mince, est une dépendance du prolongement pituitaire;;
DURE-MERE (anatomie et physiologie). 687
incomplète, elle offre une voie de communication entre le sinus caverneux et le sinus coronaire ou circulaire.
La paroi inférieure du sinus re'pond à la gouttière carotidicnne. La membrane interne du sinus la tapisse. La cavité renferme la carotide interne et le nerf de la sixième paire ou moteur oculaire externe. On a cru jadis que la carotide et ce nerf baignaient dans le sang du sinus. « Cependant, on n'admet plus aujourd'hui que la carotide interne soit en contact direct avec le sang veineux ; elle est protégée par la membrane interne qui tapisse les parois du sinus; mais, au point de vue pathologique, la présence de ce mince feuillet est de peu d'importance; l'artère à son passage dans le sinus n'est, en réalité, soutenue et protégée par rien, et une lésion intéressant toute l'épaisseur de ses parois doit forcément entraîner le mélange du sang artériel et du sang veineux (de la communication de la carotide interne et du sinus caverneux >) [Anévrysme artérlo-veineux, par M. le docteur Delens, 1870]).
Le sinus caverneux communique en avant avec la veine ophthalmique qui elle-même s'ouvre dans la veine frontale externe, frontale interne, nasale, en un mot, se continue avec la veine faciale : mais quelle est dans la veine ophthalmique la direction du cours du sang? ce liquide marche-t-il d'arrière en avant vers la faciale ou se porte-t-il en arrière à travers le sinus caverneux ? voilà ce qui n'est pas nettement déterminé. En 1864, il nous a été donné de communiquer à la Société de chirurgie (séance du 50 mars) un fait pathologique propre à résoudre cette question : il s'agissait d'une tumeur pulsatile de l'orbite, qui, à l'autopsie, fut reconnue être due à la dilatation de la veine ophthalmique sans lésion de la carotide, mais avec obstruction des sinus pétreux [Bulletin de la Société de chirurgie et Gazette des hôpitaux, 1864, p. 171, J. Aubry).
A la partie postérieure du sinus caverneux s'ouvre une sorte de lac, d'ampoule qui communique avec les deux sinus pétreux et l'occipital antérieur ou iransverse; sa cavité est remarquable par les nombreux filaments étendus d'une paroi à l'autre en formant une sorte de tissu érectile qui a motivé le nom de caverneux à ce sinus.
Sinus -pétreux supérieur. On se rappelle que la circonférence extérieure de la tente du cervelet s'attache, après avoir abandonné l'occipital, sur le bord supérieur du rocher, c'est là qu'est situé le sinus en question, il suit une gouttière osseuse bien distincte et vient se déverser dans le sinus latéral vers la base du rocher. La grande veine anastomotique et les veines cérébelleuses antérieures et supérieures s'y rendent.
Sinus pétreux inférieur. Il occupe la suture occipito-pétreuse; plus large que le précédent, il communique en avant avec le sinus caverneux, le pétreux supérieur et l'occipital antérieur, il se dirige en arrière et en bas vers le trou déchiré postérieur, mais, au lieu de s'ouvrir, comme on le croit généralement, dans le sinus latéral, il descend plus bas que ce sinus et s'abouche dans la jugulaire elle-même (Sappey, Traité d' anatomie descript., t. II, p. 722). Il reçoit : l" une veine qui traverse le trou déchiré antérieur ; 2° une veine provenant de la dure-mère qui tapisse les fosses cérébelleuses.
Sinus coronaire. Sijnonijmie : circulaire de Ridley, ovale de Santorini et Littré, circularis superior de Winslow. Il est contenu dans l'épaisseur du repli pituitaire que nous avons vu se dédoubler en deux lames pour envelopper le corps pituitaire ; la partie antérieure du sinus coronaire longe la gouttière optique,
G88 BURE-MÈRE (anatomie et physiologie).
sa partie postérieure se trouve au devant de la lame quadrilataire de la selle turcique; sur ces côle's ces deux parties s'ouvrent par une embouchure commune dans les sinus caverneux; quelques veinules du corps pituitaire s'y déversent.
Sinus occipital antérieur. Composé de plusieurs conduits irréguliers communiquant les uns avec les autres; s'étendant d'un côté à l'autre du confluent des sinus caverneux et pétreux confluent pétro-sphénoidal de Cruveilhier, sur la partie antérieure de la gouttière basilaire.
Vaisseaux lymphatiques. Les recherches attentives de M. Sappey ont établi que la dure-mère ne présente pas de vaisseaux lymphatiques.
Nerfs. Admis par Valsalva qui les faisait venir de la septième paire, par Winslow, Lieutaud, Pacchioni, Vieussens, ils furent vainement cherchés par Meckel, Morgagni, Haller, etc. (Longet, t. I, p. 169).
Plus récemment {Anat. descript., t. XII) M. Cruveilhier a constaté l'existence de filets nerveux sur une dure-mère plongée dans l'eau après avoir macéré dans l'eau acidulée. En ayant recours aux mêmes moyens d'observation, M. Longet les a vus naître : 1° de la grosse racine du trijumeau; 2° du ganglion de Casser ; 3° de la branche ophlhalmique.
Sappey les distingue en antérieurs, moyens et postérieurs ; les premiers naissent du filet ethmoidal du rameau nasal du nerf ophlhalmique de Willis ; signalés en 1846 par M. Froment, ils sont au nombre de deux, l'un se perd dans le prolongement de la dure-mère qui répond au trou borgne, l'autre, traversant la paroi postérieure du sinus frontal, se ramifie dans la muqueuse de celte cavité; les moyens sont plus volumineux, ils suivent l'artère méningée moyenne qu'ils enlacent de leurs anastomoses. MM. Cruveilhier et Froment les font naître du ganglion de Casser, et d'autres anatomisles admettent qu'un certain nombre de ces filets nerveux viennent du grand sympathique. M. Sappey a constaté que les nerfs moyens de la dure-mère sont un prolongement du plexus qui entoure l'artère méningée moyenne avant son entrée dans le crâne, lequel est lui-même une dépendance du plexus beaucoup plus important qui embrasse l'artère maxillaire interne et dont les filets 'appartiennent au grand sympathique ; les divisions de ces nerfs accompagnent les branches artérielles et ont pu être suivies par M. Sappey jusqu'à la partie moyenne des pariétaux. D'après le même auteur, les nerfs postérieurs de la dure-mère émanent de la branche ophthalmique de Willis dans l'épaisseur de la paroi externe du sinus caverneux, après avoir croisé le nerf pathétique, ce qui avait fait supposer qu'ils provenaient de ce dernier nerf ; ils se portent d'avant en arrière, gagnent la tente du cervelet, se divisent en rameaux internes pour le 'sinus droit et la partie voisine de la faux du cerveau et rameaux externes qui s'étendent jusqu'aux sinus latéraux en se perdant dans leurs parois. Indépendamment de ces nerfs postérieurs destinés à la tente du cervelet, il en existe aussi sur cette partie de la dure-mère qui revêt les fosses cérébelleuses inférieures et qui naîtraient selon Luschka et Budinger d'un filament fort grêle dépendant de l'hypoglosse : origine assez étrange, si l'on considère que l'hypoglosse est envisagé comme un nerf de mouvement.
Granulations méningiennes ou glandes de Pacchioni, Ce sont des corpuscules arrondis, assez semblables à des grains de plomb, d'un volume qui varie entre celui des lentilles et un grain de millet, isolés ou réunis en groupe et qu'on rencontre souvent au voismage du sinus longitudinal supérieur. Leur histoire ayant été faite à l'article PACCHIo^'I (Dict. encycl., 2^ scr., t. XIX),
DURE-MERE (anatomie et physiologie). 689
nous nous bornerons à rappeler l'opinion du professeur Sappey relativement à leur connexion avec les lacunes veineuses de la dure-mère. Les granulations méningées sont souvent mêlées à des saillies veineuses dues à des veinules dilatées et anastomosées; elles constituent alors des formations complexes qui ont fait croire que ces saillies étaient une dépendance des granulations ou plutôt ces granulations elles-mêmes parvenues à leur dernière période. M. Sappey s'efforce de démontrer l'erreur de cette interprétation en signalant les différences de nature, de siège, de composition, entre les unes et les autres, en faisant remarquer que ces deux genres de petites tumeurs ne coïncident pas toujours, et qu'on observe souvent, dans l'épaisseur des couches les plus externes de la dure-mère, des granulations autour desquelles il n'existe aucun vaisseau et plus souvent encore des saillies veineuses ne contenant aucune granidation. il impoite de rappeler avec M. Dechambre (article Pacchiom) que M. Labbé, aide d'analomie de la Faculté (Thèse de Paris, 1882), a soutenu l'opinion contraire et qu'il croit que les granulations ont leur siège dans l'intérieur des lacs sanguins. Dans un travail plus récent (Gand, 1883), cité par le même auteur. Van Deven a combattu également en faveur de la même opinion.
II. Physiologie. La dure-mère sert-elle de périoste aux os du crâne? Longet l'affirme avec presque tous les auteurs. Suivant Sappey, l'anatomie et la chirurgie s'accordent manifestement pour protester contre une semblable opinion {Traité d'anat. descript., t. 111, p. 22); tandis que l'enveloppe extérieure de l'encéphale est exclusivement constituée par des fibres de tissu lamineux, le périoste est formé en égale proportion de fibres de tissu lamineux et de fibres élastiques ; la dure-mère est peu vasculaire; c'est le contraire pour le périoste; la première renferme une petite quantité de nerfs, tandis que le second en est richement pourvu. Le périoste présente sur sa face adhérente une couche de noyaux et de cellules qui jouent le rôle principal dans la l'eproduction de l'os, la dure-mère est privée de ces éléments, aussi les pertes de substance des parois du crâne ne sont point comblées par du tissu osseux ; les simples solutions de continuité peuvent se consolider, il est vrai, mais alors c'est le diploé qui fait tous les frais de cette consolidation; c'est pourquoi on ne voit jamais se produire sur la face interne du crâne la saillie qui accompagne ailleurs la formation du cal provisoire, cette saillie étant due à la part que prend le périoste à la soudure des deux fragments osseux.
La dure-mère protège l'encéphale, de plusieurs manières : 1° en doublant son enveloppe osseuse ; 2° par ses cloisons : ainsi, la faux du cerveau séparant l'un de l'autre les deux hémisphères cérébraux, s'oppose à la compression réciproque qu'ils pourraient exercer 1 un sur l'autre dans le décubitus latéral; par la tension qu'elle communi{jue à la tente du cervelet, elle fournit à celle-ci la rigidité nécessaire pour maintenir en place cette portion de l'encéphale.
De son côté la tente du cervelet tend la faux du cerveau et contribue à prévenir les ballottements du cervelet ainsi que ceux de la partie postérieure du cerveau. Quant à la faux du cervelet, comme les deux autres replis de la duremère, elle concourt à engaîner l'encéphale.
Rôle des sinus. Les sinus constituant des canaux à parois rigides jouent un rôle important dans la circulation cérébrale : grâce à cette disposition, l'aspiration produite sur le sang de la jugulaire interne pendant l'inspiration thoracique peut se transmettre jusque dans l'intérieur de la boîte crânienne. Au contraire, au moment de l'expiration, le reflux ou la stagnation du sang veinicT. ENC. XXX. 44
(i9U DIRE-MERE (anatomie et physiologie).
neux ne peut produire leur dilatation ni la compression de la substance cérébrale, comme cela aurait eu lieu, si à leur place eussent existé des troncs veineux ordinaires.
La dure-mère est- elle contractile? Aujourd'bui, cette question n'a d'intérêt qu'au point de vue historique; on la trouve savamment exposée dans le Traité d'anatomie et de -physiologie du sijstème nerveux de Longet auquel nous emprunterons quelques passages. Les Arabes paraissent avoir cru à la contractililé de cette membrane ; Malpighi pensait qu'elle se contractait pendant les convulsions; Mayow regardait ces mouvements comme destinés à chasser le lluide nerveux du cerveau dans les nerfs. D'après Willis, la dure-mère se contracte et se rétracte pendant l'éternument; lorsqu'elle est lésée elle devient le siège de mouvements spasmodiques, de là les convulsions.
Pacchioni prétendit légitimer ces hypothèses par la dissection ; d'après lui, la dure-mère est l'analogue du cœur. Comme cet organe, elle a un double mouvement de systole et de diastole : pendant la systole le fluide nerveux est chassé dans les nerfs ; pendant la diastole le sang artériel arrive dans le cerveau, etc. Ilâtons-nous de rentrer dans le domaine des faits : lorsqu'on a mis la duremère à nu et que ïoa applique sur elle des irritants, mécaniques ou autres, on n'observe aucune trace de contractions (Longet).
Si la dure-mère ne se contracte pas, si elle n'a pas de mouvements actifs, il n'en est plus de même des mouvements passifs que lui communiquent dans cerlaines circonstances, soit les déplacements alternatifs du liquide céphalo-rachidien,, soit l'afflux du sang dans la cavité crânienne pendant la systole ventriculaire et surtout au moment de l'expiration ; ces mouvements sont manifestes au niveau des fontanelles chez le nouveau-né et chez l'adulte quand la boîte crânienne a subi une perte de substance, même peu étendue; mais ces phénomènes se rattachant plus particulièrement à l'histoire du liquide céphalo-rachidien, nous ne croyons pas devoir nous en occuper ici avec plus de détails : disons cependant que ces mouvements, en se transmettant à l'extérieur et se communiquant soit à du sang, soit à du pus, soit même à de l'eau, peuvent servir à faire reconnaître l'existence d'une fracture au fond d'une plaie alors que les autres signes viennent à manquer.
Dure-mère rachidienne. L ÂNATOMiE. Entourant la moclle épiuière comme un fourreau, elle a la forme d'un cylindre étendu du trou occipital oîi il se continue avec la dure-mère crânienne jusqu'à la base du coccyx à la partie inférieure du canal sacré; elle est indépendante du périoste.
Dimensions. Elles varient suivant le point où on l'examine et sont généralement en rapport avec la mobilité de la région : à la partie inférieure de la région cervicale, elle présente un premier élargissement ; elle se rétrécit à la portion dorsale du canal rachidien pour se renfler à la région lombaire ; mais partout elle laisse un intervalle entre elle, la moelle et la queue de cheval,, comme il y en a un entre elle et le canal rachidien, de telle sorte qu'elle se trouve à distance égale de la moelle et de l'enveloppe osseuse, différant ainsi de la dure-mère crânienne qui adhère aux os.
Face externe. En avant, elle est unie au grand ligament vertébral postérieur, à l'aide de filaments cellulo-fibreux courts et nombreux à la région cervicale, rares à la région dorsale, plus longs et fournis aux lombes ; en arrière, elle est séparée du canal rachidien par une graisse molle, presque liquide, et les veines
DURE-MÈRE (anatomie et physiologce). 691
intra-rachidiennes postérieures ; sur les côtés, la dure-mère fournit à chaque racine des nerfs une gaine fibreuse qui vient se fixer sur le périoste des trous de conjugaison et contribue puissamment à donner de la fixité à la dure-mère.
Face interne. Lisse, polie, grâce au feuillet pariétal de l'arachnoïde qui la tapisse, elle est séparée de la moelle par les deux feuillets de l'arachnoïde et l'espace sous-arachnoïdien que remplit le liquide céphalo-rachidien; en avant et en arrière de nombreux prolongements cellulo-fibreux la rattachent à l'enveloppe immédiate de la moelle ou pie-mère ; sur les parties latérales se fixent par leur sommet les festons du bord externe du ligament dentelé; entre ceux-ci et au niveau de chaque paire de nerfs existent de chaque côté deux ouvertures pour les racines antérieures et la postérieure.
Extrémités. La supérieure en se continuant avec la dure-mère crânienne contracte des adhérences intimes au pourtour du trou occipital ; un peu plus bas elle se laisse traverser par l'artère vertébrale et s'unit en arrière au feuillet profond du ligament occipito-atloïdien postérieur; son extrémité inférieure se dilate au niveau des racines nerveuses qui par leur ensemble forment la queue de cheval et dont elle est séparée par le liquide céphalo-rachidien ; dans le canal sacré elle se rétrécit, mais reste indépendante des parois osseuses et se termine en cul-de-sac, au niveau de la base du coccyx.
Structure. Au lieu de ne contenir que des fibres de tissu lamineux, elle renferme aussi des fibres élastiques. Les artères proviennent, les supérieures des branches spinales des vertébrales, au dos, des branches postérieures des intercostales, plus bas des lombaires et des sacrées latérales. Ces artérioles sont réduites à un état presque capillaire, de sorte que la dure-mère rachidienne est encore moins vasculaire que celle du crâne. Les veines se jettent dans les veines intra-rachidiennes.
Au point de vue des vaisseaux lymphatiques, M. Sappey déclare que le résultat de ses recherches est qu'ils manquent dans l'enveloppe fibreuse de la moelle ; quant aux nerfs, il serait tenté d'ajouter {Anat., t. lll, p. 24, édit. 1872) qu'elle en est dépourvue; mais, comme Uûdiger dit avoir vu des nerfs dont les uns étaient accolés aux vaisseaux, tandis que les autres en restaient indépendants, M. Sappey ajoute que de nouvelles observations seraient nécessaires pour fixer la science sur ce point.
IL Physiologie. D'un côté la moelle est fixée à l'intérieur de la dure-mère par le lio^ament dentelé et les prolongements cellulo-fibreux; de l'autre la face externe de la dure-mère est immobilisée par son union médiate avec le canal osseux du rachis. Il en résulte que la moelle est protégée par son immobilisation au centre de son canal ostéo-fibreux, baignée qu'elle est dans le liquide céphalo-rachidien comme le fœtus dans l'amnios; l'étui formé par la dure-mère présente toutes les conditions d'un canal d'échappement dont le jeu sera expliqué à l'article consacré au liquide céphalo-rachidien (Uichet, Math. Duval, Phys., p. 128. On consultera avec fruit sur ces questions la thèse de M. Salathé, Recherches sur les mouvements du cerveau et sur le mécanisme de la circulation des centres nerveux. Paris, 1877). Si dans la cavité crânienne la pression au'rmente au delà des limites compatibles avec le peu de compressibilité des parties contenues (dans la systole ventriculaire et surtout l'expiration), le liquide céphalo-rachidien fuit devant celte pression et s'échappe dans le canal rachidien, dont les parois sont moins inextensibles et dans lequel il r^3mplace le sang veineux qu'il expulse. La pression vient-elle à cesser dans le crâne et la ten-
61)2 DURE-MtKK (PATHOLOGIE).
dance au vide commence-t-elle à s'y manifester, le liquide vient y reprendre sa place, favorisé dans ce mouvement de reflux par l'élasticité en retour de toutes les parties qu'il a déplacées. • J. Aubry.
§ II. Pathologie. Etalée sur la face interne du canal racliidienet de la boîte crânienne, la dure-mère sert de soutien aux centres nerveux qu'elle préserve contre l'intensité des chocs pouvant les atteindre; mais si, à l'état physiologique, cette toile membraneuse est, pour l'appareil de l'innervation, un or<Tane de protection, par contre à l'état pathologique elle peut être une cause de désordres plus ou moins sérieux. Il y a en effet un certain degré de solidarité entre les lésions de la dure-mère et celles de l'encéphale et de la moelle épinière, et par cela même les phénomènes fonctionnels résultant de ces lésions sont nécessairement très-variables. Ces lésions sont d'ailleurs relativement fréquentes, étant donné la faible vascularité de la membrane la plus externe des enveloppes cérébro-spinales. Néanmoins, malgré un intérêt réel, elles ont été à peine étudiées et sont fort peu connues. Pour ce motif, nous tenons à en donner une description détaillée, et tout d'abord nous les grouperons sous plusieurs chefs qui sont les suivants :
Anomalies de formation; anomalies de nutrition; anomalies de circulation ; anomalies accidentelles.
I. Anomalies de formation et de développement. Des anomalies de formation et de développement ont été plusieurs fois observées dans la dure-mère. Morgagni parle d'un fœtus chez lequel la substance de la tente du cerveau renfermait un kyste qui contenait de la matière grasse et des poils. Paget rapporte un cas assez semblable, celui d'un homme dont la mort fut subite, et à l'autopsie duquel il trouva une masse de graisse mêlée avec des poils courts et raides sous le cervelet, dans l'épaisseur de la pie-mère; d'un autre côté, C. Hawkins a déposé au musée de l'hôpital Saint-Georges un kyste pileux et épithélial situé dans la partie profonde de la dure-mère, près du pressoir d'Hérophile. Cette dernière pièce provenait d'un enfant âgé de deux ans et demi, mort de convulsions. Otto enfin trouva un kyste de même nature dans la dure-mère d'un fœtus dont la cavité crânienne était perforée. La présence de ces kystes également constatée dans les méninges des animaux nous paraît trouver son explication dans l'invagination pendant la vie embryonnaire des éléments destinés à former le cuir chevelu.
Eiblioghaphie. — MoncAGM. Recherches anatomiques sur le siège et les causes des maladies, trad. franc, de Désormaux. Paris, 1824. — Leblanc, lixjsle dermoïde trouve dans le crâne d'un cheval. In Journ. de méd. vétérinaire, an. II, p. 23. l'aii?, 1821. — J. Paget- Lectures on Surgical Palhology, t. H, p. 84. London, 1853. — Du même. Catalogue of the Palh. Muséum St. Georg's Hospital. London. 18HG, p. 35. — Otto. Monslr. sexe, dcscripl. Aiiat., p. '289, pi. VI. — C.esak Hawkins. Tiansact. of the Patliol. Soc. of London, t. VI, p. l'i. — J.-W. Ogle. Ibid., p. 12. E. L.
Des malformations diverses par défaut ou par excès ont été observées dans la dure-mère. Cette membrane manque effectivement, en partie ou en totalité, dans l'agénésie du cerveau et de la moelle épinière, et souvent elle est double lorsqu'il y a duplicité de ces organes : sou état est par conséquent jusqu'à un certain point subordonné à celui des viscères qu'elle enveloppe. D'un autre côté, la dure-mère offre une étendue exagérée dans les cas d'hydrocéphalie et d'hyper-
DURE-MÈRE (patuologie). 695
trophie cérébrale, tandis qu'elle est plus petite que normalement clans la microcéphalie. Ajoutons qu'elle présente des dilatations et des diverticules plus ou moins étendus dans un certain nombre de malformations du crâne ou du rachis (encéphalocèle, spina bifida, etc.); dans beaucoup de cas enfm, certaines portions de la dure-mère, telles que la faux du cerveau et la tente cérébrale, peuvent être percées de trous ou complètement absentes, et les faits d'absence de la grande faux cérébrale ne sont pas extrêmement rares [voy. mou Traité d'anatomie pathologique, t. II, p. 371).
BiBMOGEAPHiE. — Haller. Op. mitiora, t. III, p. 363, obs. LXI. — Fleischmann. Bildungshemmungen der Menschen und Tliiere. Nuremberg, 1833, p. 141, 15S, 177. — Siiaw. Defeclive Development of tke Faix Cerebri. In Transact. of the Palliol. Soc. of London, t. I, p. 1878. — TiiuuNAM et Peacock. Ibid., t. V, p. 21. E. L.
IL Anomalies de nutrition. 1. Hypertrophie et atrophie. Membrane fibreuse ayant un rôle purement passif, la dure-mère est rarement le siège d'hypertrophie ou d'atrophie fonctionnelle. Cependant celte membrane est fréquemment épaissie, sinon hypertrophiée, chez les personnes avancées en âge, dans les cas d'épilepsie, de manie chronique, et surtout dans l'iiypertrophie avec ou sans ostéite des os crâniens. L'atrophie de la dure-mère est le plus souvent partielle et limitée à la portion de cette membrane qui tapisse la voûte crânienne de chaque côté de la faux cérébrale ; elle a pour condition pathogénique ordinaire la pression exercée par les corpuscules de Pacchioni (J. Wilks et W. Moxon, Lectures on pathological Anatomy, 2« édit. London, 1875, p. 195).
2. Phlemasies de la dure-mère. Pachyméningites. Les phlegmasies des membranes fibreuses et peu vasculaires telles que les toiles aponévrotiques, la dure-mère, etc., ont été longtemps mises en doute, mais aujourd'hui il est manifestement reconnu que ces membranes sont aptes à s'enflammer. En conséquence nous n'hésitons pas à reconnaître l'existence pour la dure-mère de deux ordres de processus inflammatoires les uns suppuratifs, les autres adhésifs : pachyméningites suppuratives, pachyméningites proliféralives.
A. Pachyméningites suppuratives. Ces phlegmasies, la plupart du temps consécutives à la suppuration des os crâniens ou rachidiens, ont pour siège de prédilection la dure-mère de la base du crâne, plus rarement celle de la voûte crânienne ou du rachis. Elles sont en général peu étendues, limitées aux régions pétrée et temporale, quelquefois aux régions ethmoïdicnne, atloïdienne, etc.
D'abord injectée, puis tuméfiée et plus lard pigmentée, la dure-mère s'infiltre de globules purulents, et devient le siège d'abcès de petit volume, isolés ou agglomérés, qui, en fin de compte, déterminent son ramollissement ou même sa destruction plus ou moins complète et sa perforation. Assez souvent ce processus phlegmasique ne s'arrête pas à la dure-mère, il gagne les méninges molles, et s'étend jusqu'aux centres nerveux qu'il fait suppurer. Point de départ de l'altération, le tissu osseux est alors carié ou nécrosé, et séparé par une couche purulente de la dure-mère qui, moins consistante que normalement, est épaissie ou amincie et infiltrée de pus. Ce liquide quelquefois se fait jour dans la CaVité de l'arachnoïde : c'est ce qui arriva dans un cas soumis à mon observation où un foyer de suppuration provenant des premières vertèbres cervicales vint à s'ouvrir dans le canal rachidien et fut promptement suivi de mort ; mais le plus ordinairement les deux feuillets de l'arachnoïde irritée adhèrent entre eux, du moins à la limite du foyer, et s'opposent, comme cela a lieu pour le péritoine,
694 DURE-MÈRE (patiiologik].
au déversement du pus dans la cavité séreuse. Dans ces conditions, Tinflammation continuant à s'étendre en profondeur, la pie-mère y prend part et souvent aussi la substance nerveuse. On voit alors la carie du rocher, la nécrose syphilitique du temporal ou des os de la voûte crânienne, engendrer peu à peu et quelquefois assez rapidement la suppuration, ou même la gangrène d'une portion du cerveau, quand surtout le foyer initial d'altération communique avec l'air ambiant.
Les signes révélateurs d'une semblable affection varient suivant l'étendue du désordre anatomique. Lorsque cette affection est limitée aux os de la voûte crânienne et à la dure-mère, les désordres fonctionnels sont purement locaux et consistent dans une tuméfaction plus ou moins intense du cuir chevelu, avec douleurs parfois très-vives. Plus tard, la lésion venant à s'étendre aux méninges molles et à l'encéphale, il s'ajoute forcément à ces premiers désordres des phénomènes d'un autre ordre, tels que délire, convulsions, somnolence ou coma, suivant le point affecté, et selon qu'il existe une simple excitation ou une compression de la substance nerveuse, mais, en somme, tous ces symptômes sont plutôt l'effet de la lésion osseuse ou nerveuse que celui de l'altération de la dure-mère; cette membrane, à part la douleur, ne fournit aucun signe particulier qui puisse l'aire reconnaître l'existence de la suppuration qui l'atteint.
Limitée et circonscrite, la pachyméningite suppurée n'évolue pas très-rapidement, mais, lorsque le processus phlegmasique vient à se propager aux méninges molles, la marche est précipitée et la mort en général ne tarde pas à survenir. Cette inflammation par conséquent doit toujours faire craindre la suppuration des centres nerveux ; elle peut se compliquer de pyohémie, lorsque, le rocher se trouvant carié, l'un des sinus correspondants vient à s'enflammer et à suppurer. Le pus transporté par le sang détermine alors une affection générale et des abcès métastatiques multiples.
Par sa structure fibreuse et peu vasculaire, la dure-mère n'a qu'une faible tendance à la suppuration. La pachyméningite suppurée en effet est presque toujours une affection consécutive à des lésions de voisinage, et les causes premières de celte phlegmasie sont celles de ces lésions. Cependant la duremère ne suppure pas fatalement toutes les fois que les os qu'elle tapisse viennent à se carier ou à se nécroser, car il est des cas où elle reste à peu près saine, lors même qu'elle se trouve soulevée ou décollée par un magma puriforme. Les qualités du contenu du foyer phlegmasique, la communication de ce foyer avec l'air extérieur, sont des conditions favorables, sinon nécessaires, à la genèse de la pachyméningite suppurée.
Le traitement de cette affection est préventif ou curatif ; le traitement préventif varie suivant les conditions pathogéniques, il consiste à traiter l'affection osseuse, nécrose ou carie, susceptible d'amener la suppuration de la dure-mère : l'iodure de potassium se trouve naturellement indiqué s'il existe des lésions spécifiques des os du crâne, comme aussi la trépanation de l'apophyse mastoïde, si cette apophyse est en suppuration. Le traitement curatif consiste surtout dans l'emploi des moyens anliphlogistiques : application de ventouses scarifiées, saignées, vésicatoires, etc.
Bibliographie. — P. Brouardel. Lésions du rocher, carie, nécrose, etc. Paris, 1867, p. 58.
DURE-MÈRE (pathologie). 695
B. Pachyméningites 'prolifératives. Si la dure-mère est peu expose'e aux inflammations suppuratives, par contre, elle a une certaine tendance aux phlegmasies prolifératives ou adhésives; celles-ci se manifestent sous des formes multiples, que nous classerons comme il suit, : pachymé.ningite scléreuse, pachy méningite gommeuse ou syphilitique, pachyméningite caséeuse ou scro fidélise.
a. Pachyméningite scléreuse. Comparable aux cirrhoses ou scléroses des organes pareuchymateux, cette altération peut occuper les différents points de la dure-mère rachidienne ou crânienne, mais jusqu'ici elle a été particulièrement observée dans les régions cervicale et lombaire du rachis. Dans le crâne cette lésion se rencontre de préférence à la région temporale. Chez uu de mes malades âgé de quarante ans, alcoolique, qui avait eu à plusieurs reprises la tête contusionnée, et qui était en outre atteint d'accès épileptiformes, il existait à la face externe de la dure-mère, dans la partie correspondante à l'artère méningée moyenne, une néo-membrane d'une étendue de 5 à 6 centimètres. Cette néo-membrane, de couleur ocreuse, rouillée, était parcourue par ■des vaisseaux et plus épaisse à son centre qu'à sa circonférence. Une membrane assez semblable, moins colorée et mince comme une toile d'araignée, occupait dans la même région lu fiice interne de la dure-mère, et celte toile fibreuse paraissait comme déchirée sur un point, en ce sens qu'une membrane linéaire grisâtre réunissait les deux bords d'une fente allongée. 11 y avait ainsi quelque raison de croire que la dure-mère avait subi une déchirure suivie d'une phlegmasie adhésive et membraneuse, ainsi que cela se voit chez les buveurs [voy. mon Mémoire sur les Hémorrhagies méningées [Archives de médecine, 1862, t. II, et 1865, t. II). Dans un autre cas où le traumatisme pas plus que l'alcoolisme ne pouvait être invoqué, chez une femme âgée morte de pneumonie, la plus grande partie de la surface externe de la dure-mère crânienne était inégale, rugueuse comme un papier de verre, irrégulièrement épaissie par la présence d'une substance fibioïde formant au centre une large plaque opaline, et à la circonférence des taches grisâtres, saillantes et lenticulaires. La surface interne correspondante était lisse et non altérée. Par conséquent, il y a lieu d'admettre l'existence d'une pachyméningite crânienne interne et d'une pachyméningite crânienne externe; cette dernière, dont il est particulièrement question ici, a vraisemblablement ses causes propres. En ce qui concerne la première nous renvoyons le lecteur à l'article MékiiNGite {Hémorrhagie méningée).
Peu de symptômes répondent à la pachyméningite externe du crâne, si on excepte la douleur, un léger degré d'obtusion des facultés intellectuelles et quelquefois des attaques épileptiformes : aussi cette lésion passe-t-elle le plus souvent inaperçue et dans quelques cas même c'est par hasard qu'elle est rencontrée à l'autopsie.
Mieux connue, la pachyméningite scléreuse rachidienne, désignée encore sous le nom de pachyméningite hyper trophique (Joffroy), a pour siège de prédilection les régions cervicale et lombaire qui sont celles où le canal rachidien a son plus ^^rand diamètre. Entourée de ses enveloppes, la moelle épinière remplit alors complètement ce canal et forme une sorte de tumeur allongée en fuseau, aplatie d'avant en arrière, et dont la surface de section est ovalaire avec un faraud diamètre transversal. Par sa face externe, la dure-mère adhère au ligament fibreux appliqué sur les corps vertébraux; par sa face interne, elle est généralement soudée aux méninges molles ; de coloration grisâtre ou
696 DURE-MÈRE (pathologie).
blanchâtre, elle offre un épaississement variable qui peut alleindre sur certains points de 6 à 7 millimètres. Cet épaississement est constitué par un tissu ferme résistant, élastique, d'apparence fibreuse, disposé en couches concentriques, sinon divisé en deux parties plus ou moins distinctes qui se confondent avec l'arachnoïde et la pie-mère correspondantes. Sur des coupes fines, perpendiculaires de ces membranes fusionnées, il est facile de reconnaître que la duremère est le siège à peu près exclusif de la tuméfaction que forment des faisceaux concentriquement disposés. Ces faisceaux, comme cela se voit à l'état sain, laissent entre eux, de distance en distance, des espaces lacunaires fusiformes ou étoiles et plus ou moins larges, quelquefois comblés par un détritus cellulaire. Les vaisseaux qui parcourent les points altérés sont augmentés de nombre et présentent des parois plus épaisses que dans l'état normal.
En somme, l'affection en question est caractérisée par la formation à la surface ou dans l'épaisseur de la dure-mère d'un tissu conjonctif qui tend vers une organisation définitive. L'arachnoïde et la pie-mère sont généralement épaissies, et dans un cas qui m'est personnel elles présentaient en outre de nombreuses plaques opalines sur divers points indépendants de ceux qui se trouvaient en rapport avec l'altération de la dure-mère.
La pachyméningite scléreuse a une marche progressive et peu de tendance à la rétrocession ; bien qu'elle se termine rarement par calcification, elle n'est pas moins, à l'instar de toutes les inllammations scléreuces des tissus fibreux, une affection rebelle et très-difficile à combattre.
Les troubles fonctionnels qui se rattachent à cette affection varient suivant le siège de la localisation et l'étendue plus ou moins grande des lésions concomitantes des racines nerveuses et du centre cérébro-spinal. Les racines nerveuses, généralement affectées au niveau des points oiî elles traversent la dure-mère épaissie et sclérosée, sont l'occasion de désordres variés. Dans un cas observé à la Salpêtrière et rapporté par Pierret, le tissu des racines antérieures et postérieures émanant du renllement cervical était par places remplacé par une svibtance fibreuse jeune, constituée par des noyaux allongés et des corps fusiformes dont les prolongements protoplasmiques fins et déliés donnaient aux préparations par dilacération un aspect fibrillaire ; quant aux tubes nerveux^ ils étaient les uns intacts, les autres plus ou moins profondément modifiés.
La moelle épinière est eu pareil cas le plus souvent altérée, tantôt seulement à sa périphérie, tantôt jusque dans sa profondeur; elle est le siège d'une lésion scléreuse assez semblable à celle de la dure-mère, et qui consiste dans la substitution à la substance nerveuse d'un tissu conjonctif dense, fibroïde, rétracté, en continuité avec le tissu des méninges, et parcouru par des vaisseaux nombreux, sinueux, à parois très-épaisses (Joffroy). Ce tissu, en se rétractant produit l'aplatissement de la moelle épinière; enfin, si les cornes antérieures du centre spinal viennent à s'altérer, et si les racines antérieures sont détruites, les muscles animés par ces parties finissent par s'atrophier : c'est ce qui a été constaté dans quelques cas.
Les troubles engendrés par ces lésions affectent la sensibilité et la motilité. Les uns consistent en des sensations douloureuses des extrémités des membres supérieurs ou inférieurs que les malades comparent à des tiraillements, à des picotements, des fourmillements, ou même à de la brûlure. Les autres se traduisent par de la raideur des membres, de la contracture des muscles d'où résulte l'immobilité plus ou moins complète des bras ou des jambes. Ajoutons
DURE-MÈRE (pathologie). 697
qu'à ces phénomènes succède quelquefois une paralysie avec ou sans atrophie.
Le pronostic de la pachyméningite scléreuse est sérieux, en raison de la ténacité de la lésion qui la caractérise. Les causes de celte affection ne diffèrent pas de celles qui exercent généralement leur action sur les tissus fibreux (froid, humidité, etc.). Nous l'avons observée à la suite d'un traumatisme.
Le traitement est variable et consiste principalement dans l'emploi de l'iodure de potassium à l'intérieur et des exutoires au niveau de la région malade. L'hydrothérapie pourra donner de bons effets au début du mal. Les bains salés et sulfureux sont indiqués en tout temps.
Bibliographie. — W. Gull. Case of Paraplegia. In Guy' s Hosp. Bep., p. 200, 1858. — Kœiiler. Monographie der Meningitis spinalis, p. 104, obs. XVII, 1861. — A. Joffroy. De la pachyméningite cervicale kypertrophique d'origine spontanée. Th. de Paris, 1873, et Arch. gén. de méd., t. II, p. 544, 1876, — Rendu. Pachyméningite spinale antérieure, etc. In Bull, de la Soc. anat., p. 598, 1874. — L. Burtis. De la pachyméningite spinale hypertrophique. Th. de Taris, 1878. E. L.
b. Pachyméningite gommeuse. Celte affection se montre sous deux formes, l'une, diffuse, est caractérisée par un épaississement peu étendu, mal limité, soit de la dure-mère crânniene, soit de la dure-mère rachidienne ; l'autre, circonscrite, est représentée par des nodules jaunâtres plus ou moins fermes et semblables aux nodules gommeux des viscères (fig. 1).
La forme diffuse, peu distincte de la pachyméningite scléreuse, présente, du moins au niveau de la dure-mère ci'ànienne, quelques différences anatomiques suivant que le feuillet interne ouïe feuillet externe de cette membrane est plus spécialement affecté.
Lorsqu'il s'agit de son feuillet interne, la dure-mère crânienne a généralement une épaisseur double ou triple; elle est grisâtre, ferme, résistante, adhère aux méninges sousjacentes et à la substance nerveuse, comme le montre un dessin consigné dans mon Atlas cf anatomie pathologique (pi. XLI, fig. \). Si c'est le feuillet externe qui prend la plus grande part au processus, il s'interpose entre la dure-mère et l'os qu'elle maintient réunis une substance jaune lardacée formant une couche étalée, ferme et consistante, qui n'est autre qu'un simple dépôt gommeux.
L'os lui-même est souvent altéré et épaissi; sa surface interne est spongieuse, dépolie, semée d'ostéophytes, et, dans quelques cas,
affectée de nécroses partielles. Épaississement diffus et de peu d'étendue, mal délimité, avec ou sans dépôt jaunâtre, telle est cette lésion dont les caractères histoiogiques différent peu de ceux que présentent les nodules gommeux.
Tout d'abord il existe entre les faisceaux fibreux, dans les espaces fusiformes de la dure-mère, une infiltration de petites cellules sphériques ou ovoïdes,
Fig.l. — Nodosité gommeuse développée dans l'épaisseur delà dure-mère qui adhère aux circonvolutions. — a, dure-mère. — b, gomme (cette figure, comme les suivantes, est tirée démon Traité d'anatomie pathologique)
698 DURE-MÈRE (pathologie).
dites cellules embryonnnaires de tissu conjonctif, lesquelles se transforment, d'une façon plus ou moins complète, en tissu fibroïde. Celte transformation, facile tant que les éléments cellulaires sont peu abondants, ne peut plus se produire lorsqu'ils sont exubérants, et alors se manisfeste la seconde forme de la pachyméningite gommeuse ou forme nodulaire.
Cette forme est caractérisée par un épaississement de la toile fibreuse, au centre duquel se délimitent un ou plusieurs nodules jaunâtres, secs, peu vasculaires, plus ou moins saillants, du volume d'un pois, d'un noyau de cerise, d'une framboise ou même d'uu petit marron (fig. 2). Constitués par une sub-
Fig. 2. — gg', gomrnes syphilitiques faisant adiiérer la dure-mère aux circonvolutions frontales. — c, réunion des deux artères cérébrales antéi-/eures en un tronc commun qui se irouve oblitéré par suite d'artéritc. — e, petit dépôt gommeux des méninges au niveau de la scissure de Sylvius.
stance jaunâtre, ferme ou molle et toujours un peu friable, ces nodules ont pour siège ordinaire les régions frontale ou temporale, et la base du crâne. Dans un cas qui m'est personnel, la dure-mère qui tapisse la fosse basilaire était épaissie jusqu'aux apopbyses clinoïdes postérieures, et cet épaississement, au centre duquel existait la nodosité gommeuse, avait produit le rétrécissement des orifices qui livrent passage aux nerfs pathétiques [voy. mon Atlas ci anaiomie pathologique, pi. XLI, fig. 1'). Cette nodosité située dans l'épaisseur même de la dure-mère avait 15 millimètres de longueur sur 6 à 8 millimètres de largeur, elle était sèche, élastique, friable et d'un blanc jaunâtre. Sur une coupe microscopique pratiquée à son niveau, je constatai que la dure-mère était, à sa partie externe, constituée par des faisceaux fibreux, et que peu à peu, vers sa partie moyenne, ces faisceaux interceptaient des espaces allongés en forme de losange, remplis par des noyaux libres, granuleux, trèsréfringents, munis d'un nucléole excentrique et brillant, et par des cellules arrondies ou ovoïdes, granuleuses, formées du même noyau et d'une faible quantité de protoplasma. Vers la partie interne, les faisceaux fibreux tendaient à disparaître, les cellules et les noyaux, tassés les uns contre les autres, étaient en voie de dégénérescence granulo-graisseuse. Cette transformation des masses gommeuses aboutit généralement à une résorption partielle, sinon totale. La résorption dans l'espèce est fort lente, en raison de la faible vascularisation de la dure-mère; mais l'altération n'est pas moins influencée par les agents spécifiques, à la condition d'être soumise à un traitement énergique.
Les phénomènes cliniques observés dans la pachyméningite gommeuse pré-
DURE-MÈRE (pathologie). 699
sentent des différences en rapport avec la fonction spéciale de la région du cerveau ou de la moelle épinière qui prend part à l'altération. La douleur constatée dans la plupart des cas est violente, intolérable même, lorsque le périoste interne du crâne est affecté (fig. 5 et 4). Des vertiges accompagnent fréquemment
Fig. 5. — Face inférieure de la région antérieure des hémisphères cérébraux auxquels adhère la dure-mère épaissie par un énorme dépôt gommeux.
ce symptôme, ils se font sentir à tout instant du jour. A ces phénomènes s'ajoutent des désordres d'obtusion intellectuelle lorsque les lobes antérieurs prennent part au processus pathologique, et des accès convulsifs ayant une physionomie assez
Fig. i. — La même lésion incisée pour montrer l'épaississement de la dure-mère.
spéciale (épilepsie Jaeksonienne), si la zone motrice de l'encéphale vient à s'altérer.
Dans le premier cas, le malade est somnolent, ne pense plus à s'alimenter, agit sans avoir conscience de ses actes ; dans le second, il est atteint de convulsions ordinairement partielles, hémiplégiques, qui débutent par le membre supérieur, quelquefois par la face et plus rarement par le membre inférieur. Ces convulsions présentent en général une série d'accès remarquables par une succession rapide avec état comateux dans leurs intervalles, et lorsqu'elles ont lieu du côté droit, elles sont quelquefois suivies d'aphasie ou même d'une hémiparalysie passagère. Ajoutons que certains attributs particuliers, tels que l'aura, le cri épileptique, l'écume à la bouche, font souvent défaut. En cela donc, comme aussi par l'âge où elles se produisent, ces attaques convulsives se distinguent nettement de l'épilepsie vraie ou de l'épilepsie essentielle, et par conséquent on ne peut, à l'exemple de certains auteurs, leur donner le nom A' épilepsie
700 DURE-MÈRE (pathologie).
syphilitique. Elles n'ont d'ailleurs absolument rien de spécifique, et si elles se rencontrent le plus souvent dans la" syphilis, c'est en raison de la tendance qu'a cette maladie à localiser ses effets sur les méninges cérébrales. Toute autre lésion de ces membranes, quelle que soit sa nature, peut produire les mêmes manifestations symptomatiques, en sorte qu'il est nécessaire pour le diagnostic de la pachyméningite syphilitique de tenir compte non-seulement des caractères des accidents convulsifs, mais encore de leur évolution. Ces accidents du reste ne surviennent que dans un certain nombre de cas d'infiltration gommeuse de la dure-mère, lorsque la lésion vient à gagner les méninges molles et la couche corticale du cerveau au niveau de sa zone motrice.
Si la localisation se produit à la base du crâne, des phénomènes d'un autre ordre sont observés. Les nerfs de la base de l'encéphale ordinairement comprimés ont leur fonction anéantie; il survient des paralysies partielles des muscles des yeux ou de la face, de la surdité, etc., puis à ces accidents s'ajoutent fréquemment des phénomènes de compression cérébrale résultant de la dilatation des ventricules latéraux par le liquide céphalo-rachidien en excès.
Les altérations de la dure-mère cérébelleuse déterminent des phénomènes divers, tels que : ivresse, vomissement, photophobie et [strabisme ; celles de la dure-mère rachidienne sont suivies de sensations douloureuses et de contracture des membres.
La pachjméningite syphilitique a un début insidieux, une évolution lente et une tendance manifeste, comme toutes les manifestations de la syphilis tertiaire, à la résorption et à la guérison. Cependant elle est plus souvent qu'on ne pense une cause de mort, si un traitement énergique n'est employé à temps.
Ce traitement, qui est celui des lésions avancées de la syphilis, doit consister dans l'usage du sirop de Gibert à haute dose, ou encore dans l'emploi simultané des préparations iodurées et mercurielles. En pareil cas, nous administrons de 3 à 5 grammes d'iodure de potassium chaque jour et nous recommandons de faire deux frictions mercurielles de chacune un quart d'heure avec 2 grammes d'onguent napolitain. Nous pouvons affirmer que ce traitement nous a donné à plusieurs reprises des résultats merveilleux, comme en témoignent quelques unes des observations rapportées dans des leçons recueillies par notre interne le docteur A. Gauthier {Paralysies toxiques et syphilis cérébrale. Paris, 1883).
Bibliographie. — Ploccqdet. Litteratui^a medica. Tubingen, 1809, t. III, p. 95, art. Excbes- CENTiA. — MoxoD. Bull. (le la Soc. anat., Paris', 1828, t. III, p. 92. — Hermaxx Weber. Syphili tic Disease of Dura Mater. In Transact. of the Pathol. Soc. of Lonclon, t. XVIIJ, 121, 148. — MuBCHisoN et H. Leach. Syphilitic Disease of Liver, Dura Mater and Arachnoid. Ibid., t. XVIII, p. 148. — RussEi-L. Médical Times and Gaz., 25 cet. 1873, p. 464, et Revue des sc.méd., t. III, p. 662. — Westphall. Nervenkrankh. In Charité Annal., p. 420, 1876, et Revue des se. méd., t. IX, p. 232. — E. Lancereaux. Traité historique et pratique de la syphilis. Paris, 1873, p. 338, et pi. II, fig. 7, avec bibliographie de la plupart des cas connus. — E. Lakcereaux et P. Lackerbauer. Atlas d'anatomie pathologique, obs. GGXLIY, p. 396 et pi. 41, lig. I, r, II", III'", Paris, 1871. E. L.
c. fachy méningite caséeuse. Contrairement à l'altération gommeuse de la dure-mère, la pachyméningite caséeuse se localise, pour ainsi dire, toujours à la dure-mère rachidienne, et n'est habituellement qu'un elfet de l'affection vertébrale connue sous le nom de mal de Pott. Elle se montre sous la forme d'un épaississement plus ou moins considérable, en rapport d'étendue avec la lésion des corps vertébraux, et consiste en plaques jaunâtres
DURE-MÈRE (pathologie). 701
ou grisâtres, d'apparence caséeuse, comme si une couche de pus concret avai*été déposée à la face externe de la méninge. Irrégulières, molles et peu consistantes au niveau de leur surface libre, ces plaques sont dures, fermes, résistantes et lardacées dans leur partie profonde, où elles se confondent avec le tissu de la dure-mère. Dans quelques cas, la pacliyméningite caséeuse, mieux délimitée, est caractérisée par la présence d'un produit de nouvelle formation, sorte de masse circonscrite, ferme, allongée, grisâtre ou blanchâtre, suivant la période plus ou moins avancée de son évolution, et parfois peu distincte, du moins à l'œil nu, d'une tumeur de petit volume (fig. 5).
Fig. 5. — Masse de tissu innammatoire développé sui- la face externe de la dure-mère d'un malade atteint d'ostéite vertébrale.
•«(to
Fig. 6. — Coupe microscopique provenant de la masse inflammatoire de la figure 5. Cette masse est formée de cellules embryonnaires et de fibrilles conjonctives : a, vaisseau dont la lunique interae est fortement épaissie 160/1.
La pacliyméningite caséeuse se voit surtout à la face externe de la dure-mère et se rencontre de préférence à la partie antéro-latéralc de cette membrane, à cause des rapports qui l'unissent aux corps vertébraux. D'abord limitée à ces points, elle s'étend ensuite, gagne en étendue, puis en profondeur; toutefois, contrairement à la pacliyméningite syphilitique, cette lésion entraîne rarement à sa suite des adhérences avec les méninges molles et la moelle épinière. La dure-mère dans ces conditions présente à l'examen histologique trois couches distinctes (Michaud) : une couche interne saine en rapport avec l'arachnoïde et la pie-mère spinale; une couche moyenne constituée par le tissu fibreux de la dure-mère et par des éléments nouveaux, noyaux embryoplastiques et cellules arrondies ou fusilormes développés dans les interstices de ce tissu; entin, une couche périphérique externe formée surtout par des noyaux et des cellules embryoplastiques entremêlés de corps fusiformes et en état de régression caséeuse. Cette dernière couche renferme des capillaires plus ou moins nombreux (fig. 6), en communication avec les vaisseaux de la couche moyenne
702 DURE-MKUE (pathologie).
et qui, sans l'atleiiulre tout à fait, se dirigent vers la périphérie de la masse de nouvelle formation.
Loin de se limiter à la couche externe, la régression peut affecter les foyers de tissu nouveau de la couche moyenne, d'où la formation de masses nécrosées, circonscrites, considérées à tort par Michaud comme de petits abcès. Ces foyers ont quelquefois une disposition lobulée et ramifiée qui rappelle celle des vaisseaux lymphatiques : aussi Cornil, ayant trouvé leurs parois tapissées de grosses cellules endothéliales en voie de dégénérescence colloïde, pense qu'ils siègent dans des cavités lymphatiques. Le produit phlegmasique nettement délimité, et sous forme de tumeur, dans un cas qui m'est personnel, se trouvait formé de couclies concentriques constituées par des cellules embryonnaires, des fibrilles conjonctives et des vaisseaux pour la plupart altérés [voy. fig. 5 et 6) .
En somme, l'affection que nous désignons sous le nom de pacliyméningite caséeuse est caractérisée par une végétation semblable à celle des bourgeons charnus des plaies, avec celte différence que les éléments, à une certaine période de leur développement, cesseraient de se nourrir, deviendraient granuleux et se mortifieraient; cette lésion est, d'ailleurs, comparable au travail pathologique qui s'accomplit dans les corps vertébraux et constitue le mal de Pott. Ainsi le produit pathologique de la pacliyméningite caséeuse a peu de tendance à s'organiser définitivement ; rarement il arrive à former des éléments fibrillaires ou à s'ossifier malgré le voisinage des os. Cependant, sur une pièce provenant d'une femme atteinte de paraplégie depuis plusieurs années, Michaud trouva, dans la couche d'altération la plus profonde de la dure-mère spinale, un tissu osseux jeune, en voie de développement. Cette ossification pathologique, signalée par plusieurs observateurs et notamment par Andral et OUivier (d'Angers), a la plus grande analogie avec celle qui se produit quelquefois dans les corps vertébraux atteints du mal de Poit; elle est une circonstance toujours favorable et doit être envisagée comme un mode heureux de terminaison.
De même que les altérations scléreuse et syphilitique de la dure-mère spinale, la pachyméningite caséeuse détermine la compression des racines nerveuses correspondantes. Vues à l'œil nu, ces racines sont grisâtres, injectées ou même atrophiées, tandis qu'au microscope elles présentent les caractères d'une névrite avec dégénérescence granulo-graisseuse qui souvent s'étend jusqu'aux troncs nerveux. Les ganglions spinaux eux-mêmes peuvent offrir des altérations de structure, car Wagner a constaté une fois qu'ils étaient atteints de dégénérescence graisseuse et que les cellules ganglionnaires avaient disparu sur plusieurs points. Ces lésions consécutives des racines et des ganglions nerveux rendent compte non-seulement des douleurs, mais encore des troubles Irophiques, des éruptions diverses et particulièrement du zona, signalés dans le cours du mal vertébral.
La moelle épinière est de son côté fréquemment comprimée et enflammée. Louis a parlé du ramollissement de cet organe au niveau du mal de Pott, et 3Iichaud a constaté qu'il présentait tous les caractères d'une phlegmasie scléreuse circonscrite au point comprimé. Cette phlegmasie, qui, généralement, envahit la moelle épinière dans toute son épaisseur, est l'occasion de lésions consécutives descendantes des faisceaux latéraux et de lésions ascendantes des faisceaux postérieurs.
Affection ordinairement concomitante d'une carie vertébrale, la pacliy-
DURE-MÈRE (pathologie). 705
méningite caséeuse se révèle par des désordres qu'il est parfois difficile de séparer de ceux qui appartiennent à la lésion des vertèbres. Dans un certain nombre de cas cependant, ces symptômes sont manifestement distincts, c'est lorsque les corps vertébraux n'offrent aucune déviation, comme dans un fait qui s'est déroulé sous mes yeux.
Un homme robuste, âgé de quarante-quatre ans, intoxiqué par l'alcool depuis un certain temps, éprouve à la fin de septembre 1873 des sensations d'engourdissement dans les deux jambes, puis de la difficulté dans la marche qui devient vacillante. Admis à l'hôpital, le 24 octobre, il présente des désordres vaso-moteurs des extrémités inférieures, qui sont alternativement froides ou chaudes, et en même temps anesthésiées ou hyperesthésiées par places. La sensation du milieu sur lequel il marche lui échappe fréquemment; il projette quelque peu les jambes sur les côtés et en avant ; mais il reste debout les yeux termes et ne peut être considéré comme un ataxique; dans le lit, il soulève beaucoup mieux la jambe droite que la jambe gauche, qui a perdu une partie de sa force musculaire (potion avec iodure de potassium). Le 1" novembre, la marche n'est plus possible sans un appui. Le 4, la jambe gauche est presque totalement paralysée, la jambe droite l'est un peu moins. Les pieds sont tournés en dedans, et le malade se plaint d'une ceinture douloureuse au niveau du tiers inférieur du thorax. Application de pointes de feu dans toute la région dorsale et de chaque côté de la colonne vertébrale, d'où résulte une amélioration momentanée avec retour du mouvement. Le 15, la paralysie a reparu, elle est presque complète, les jambes sont un peu raides, le malade qui se plaint de crampes parvient tout au plus à exécuter quelques mouvements d'adduction ou d'abduction des cuisses. La sensibilité est abolie ou retardée et, sur les points où elle existe encore, le pincement de la peau donne lieu à des sensations de brûlure et détermine des mouvements réflexes. Les urines sont rares, la miction est difficile, les pupilles sont contractées, apyrexie. Continuation de l'iodure de potassium et potion avec chloral dans le but de combattre les rêves dus à l'alcoolisme. Du 1*'' au 15 décembre, les mouvements réflexes sont de plus en plus accusés, car il suffit du choc des couvertures pour éveiller des sensations douloureuses et les provoquer. La mâchoire inférieure est parfois le siège de mouvements convulsifs, et du reste le malade accuse au cou des crampes et des douleurs avec irradiations du côté de la tête. Les jambes sont œdématiées depuis quelques jours ; il exite une constipation opiniâtre, et une impossibilité d'uriner qui oblige à sonder le malade. Le 15 décembre, après avoir été changé de linge, le malade éprouve un grand malaise, devient pâle, cyanose, et succombe au bout de quelques minutes.
En résumé, sensations subjectives diverses dans les membres inférieurs, douleur en ceinture au niveau du thorax, désordre de la sensibilité objective, faiblesse du mouvement volontaire dans les membres inférieurs avec léger degré de contracture, puis apparition de mouvements réflexes et abolition du mouvement des membres qui deviennent de plus en plus flasques, incontinence des urines et constipation opiniâtre, tels sont les phénomènes observés dans ce cas particulier. Ces phénomènes sont ceux d'une compression médullaire avec destruction progressive de la moelle. En effet, l'autopsie révèle l'existence d'une lésion des 3* et 4^ vertèbres dorsales qui sont dénudées et baignées par une faible quantité de pus grumeleux. La dure-mère correspondante épaissie présente sur sa face latérale externe droite une masse lardacée, sorte de tumeur
704 DURE-MÈRE (pathologie).
allongée, d'une e'tendue de 7 à 8 centimètres, cylindrique, ferme et résistante, composée de cellules embryonnaires, de fibrilles conjonctives, et de vaisseaux dont quelques-uns en voie d'altération. Comprimée par cette masse, la moelle épinière est déprimée, injectée, ramollie et enfiammée dans une étendue de quelques centimètres, où les éléments nerveux se trouvent en grande partie détruits. Indépendamment de ces lésions et d'une aortite légère, les branches de l'artère pulmonaire renferment des caillots emboliques multiples auxquels la mort doit être attribuée.
Les phénomènes propres à la pachyméningite caséeuse spinale ne diffèrent pas, en somme, des symptômes de compression de la moelle épinière et des racines spinales; ils n'ont de spécial que leur évolution et les désordres concomitants des vertèbres rachitiiennes. Le diagnostic de cette pachyméningite consiste donc à rechercher s'il existe une lésion circonscrite de la moelle épinière; si cette lésion coïncide avec une affection vertébrale, et enfin si l'évolution est tout d'abord progressive et ensuite régressive. L'exploration de la colonne vertébrale est de la plus grande importance dans l'espèce, en ce sens qu'elle permet souvent d'alfirmer là où il pouvait n'y avoir que du doute ; cependant, lorsqu'il y a déviation des vertèbres, il est parfois difficile de direexactement si la compression médullaire est le fait des vertèbres déplacées ou de la lésion méningée. Le pronostic est sérieux, quoique dans certaines circonstances on ait vu le mouvement reparaître malgré l'existence d'une paralysie de plusieurs mois.
Les causes de la pachyméningite caséeuse ne dilfèrent pas de celles qui engendrent la lésion osseuse connue sous le nom de carie vertébrale ou de mal de Pott; comme cette dernière, elle est l'effet habituel d'une mauvaise hygiène, et surtout d'une aération insuffisante et d'une alimentation disproportionnée avec l'âge. Quant aux conditions pathogéniques, elles sont, d'après Michaud, au nombre de deux : 1" l'existence d'un foyer de matière caséeuse au sein des vertèbres érodées; 2° l'ulcération du ligament vertébral postérieur. Le produit phlegmasiquede la lésion vertébrale, parvenu au contact de la dure-mère, irriterait directement alors la face externe de cette membrane et y déterminerait la formation de plaques végétantes. A mon avis, il y a plus qu'une simple propagation de l'inflammation par contiguïté, car dans le cas rapporté ci-dessus le ligament vertébral ne paraissait pas ulcéré, et l'on admettra que l'irritation de la dure-mère, par une simple esquilleou un angle osseux, est insuffisante à produire un désordre du genre de celui qui nous occupe, et qu'une prédisposition générale est ici nécessaire.
La pachyméningite caséeuse est une affection que les recherches modernes conduisent à rapprocher des lésions tuberculeuses. Quant aux désordres décrits sous le nom de tubercules de la dure-mère, ils ont plutôt leur siège dans le feuillet pariétal de l'arachnoïde que dans cette membrane. Il y a des raisons de croire d'ailleurs que les grosses masses tuberculeuses trouvées dans l'enveloppe fibreuse (H. Lebert, Traité cVanat. path., t. Il, pi. 104, fig. 7) des centres nerveux ne sont vraisemblablement que des gommes syphilitiques; car ce n'est pas le propre du tissu fibreux d'être envahi d'emblée et primitivement par la tuberculose.
Le traitement de la pachyméningite caséeuse est général et local ; le traitement général consiste dans l'emploi longtemps continué de l'huile de foie de morue, du phosphate de chaux et parfois même de l'iodure de potassium ; le traitement local a pour but de déterminer une révulsion au siège du mal. Les vésicatoires
DURE-MÈRE (pathologie). 705
et suvlout les cautères sont les moyens usités; généralement, on donne la préférence aux applications multipliées de pointes de feu sur le trajet de la colonne vertébrale, dans une plus ou moins grande étendue, au-dessus et audessous du mal.
BiBLioGRAruiE. — Louis, Mémoires ou recherches analomico-pathofogiqucs. De l\'lat de la moelle dans la carie vertébrale, p. 410, Paris 1826. — Gonzales Echevehhia. Sur la nature des affections dites tuberculeuses des vertèbres. Tti. de Paris, ISGO. — E, Wagnf.r. Arch. der fleilk., p. 321, 1870. — J.-A. Michaud. De la méningile et de la myélite dans le mal vertébral. Tli. de Paris, 1871. E. L.
3. ISéoplasies de la dure-mère. Autrefois désignées sous le nom de /bw^MS, les néoplasies de la dure-mère n'ont rien que de naturel, car elles sont le produit de la végétation des éléments qui, à l'état normal, entrent dans la composition de cette membrane, etpartantil importe de les grouper sous deux chefs, suivant (qu'elles ont leur point de départ dans les faisceaux fibreux ou dans les cellules endothéliales. Les végétations qui naissent du tissu fibreux sont des fibromes et des ostéomes; celles qui proviennent des endothéliums portent Je nom d'endothélionies, mais, comme ces dernières appartiennent surtout au feuillet pariétal de l'araclinoide, il sera simplement question ici des deux premières.
a. Fibromes. Ces végétations, plus ou moins molles et volumineuses, ont une structure légèrement variable dans laquelle prédominent lantôt les éléments cellulaires ou embryonnaires, tantôt les éléments fibrillaires ou adultes : ainsi elles sont manifestement soumises à la loi du développement physiologique, en ce sens qu'elles représentent l'une des phases d'évolution du tissu conjonctif, voire même sa transformation osseuse.
Les fibromes embryonnaires ayant pour point de départ ordinaire la couche externe de la dure-mère cérébrale, ou périoste interne des os crâniens, ont pour siège d'élection la base du cerveau, et particulièrement le voisinage de la selle turcique et du rocher. En se développantj ces lésions s'étendent tantôt vers l'extérieur, tantôt vers l'intérieur : dans le premier cas, elles usent les os du crâne et parviennent quelquefois à s'introduire jusque dans ceux de la face; dans le second cas, elles envahissent les méninges molles, compriment les nerfs encéphaliques, et les vaisseaux d'où peut résulter un ramollissement de la substance nerveuse, mais elles adhèrent rarement à celle substance. Ces productions, ^nisâtres, molles et souvent parsemées de taches noirâtres, sont arrondies ou étalées, assez volumineuses dans un grand nombre de cas pour déprimer la substance nerveuse, s'enfoncer dans son épaisseur et mettre ainsi les jours du patient en danger. Les tumeurs spinales sont plus rares, sans doute à cause de la séparation du périoste et de la dure-mère; mais elles ne sont pas moins o-raves, car, enveloppées par un cercle osseux, elles produisent rapidement de
la paraplégie.
Toutes ces productions sont formées de noyaux et de cellules rondes, de petites dimensions, contenues dans des espaces limités par un tissu fibrillaire peu résistant, ou bien elles sont constituées par des cellules fusiformes, de telle sorte qu'elles présentent les deux variétés du fibrome embryonnaire {voij. notre Traité d^anat. patholog., t. I, p. 365). Elles ont des vaisseaux nombreux et fréquemment dilatés qui, dans certains cas, sont le point de départ de foyers hémorrhagiques plus ou moins étendus.
Le fibrome adulte de la dure-mère, distinct du précédent par un développe-
DICT. ENC. XXX. 45
706 DUHE-MERE (pathologie).
ment plus parfait, donne lieu à des tumeurs fermes, résistantes, du volume d'une noisette ou d'une pomme d'api, le plus souvent arrondies et implantées à la base de l'encéphale, principalement dans h\ région de la fosse basilaire, par conséquent sur un point opposé au siège d'insertion des polypes naso-pharyngicns, ou encore sur les replis fibreux qui existent au niveau des différents étages de la base du crâne. En rapport, d'une part avec les os crâniens, d'autre part avec les méninges molles et la substance nerveuse, ces tumeurs s'accroissent en général du côté de cette substance qu'elles dépriment pour s'y loger comme dans une coque, après s'être coiffées de l'aracbnoïde et de la pie-mère. Cette disposition est importante à connaître pour qui veut se rendre compte des phénomènes d'excitation et des phénomènes de compression cérébrale observés dans les cas de ce genre.
Histologiquement, les fibromes adultes de la dure-mère ont la plus grande ressemblance avec les fibromes des autres régions {voy. mon Traité d'anat. pathoL, t. I, p. 373); ils sont formés de faisceaux entre-croisés de tissu conjonctif, offrant dans leurs intervalles des cellules rondes ou fusiformes semblables aux cellules endotliéliales; ils présentent en outre quelques rares noyaux et ne renferment qu'un petit nombre de vaisseaux; dans certains cas endn , ils contiennent une quantité relative de cellules adipeuses (tumeur fîbro-graisseuse). En raison de leur tendance à une organisation définitive, ces tumeurs sont ordinairement petites, moins volumineuses que les fibromes embryonnaires. Parvenues à un certain développement, elles cessent de s'accroître, et parfois sont arrêtées dans leur évolution par une infiltration de sels de chaux. Malgré une tendance pour ainsi dire nulle vers la régression, ces tumeurs sont de celles que l'on considère comme des tumeurs bénignes, en ce sens qu'elles sont habiuellement uniques et ne se généralisent pas.
La présence des fibromes dans la boîte céphalo-rachidienne n'en constitue pas moins une affection sérieuse, fatale la plupart du temps à cause des phénomènes d'excitation et de compression nerveuse qui en sont la conséquence. Ces phénomènes variant nécessairement avec le siège de la lésion peuvent présenter des allures bien diverses, suivant que celle-ci occupe la convexité ou la base du cerveau, la région antérieure ou la région postérieure, qu'elle comprime les hémisphères cérébraux ou les hémisphères cérébelleux, le bulbe ou la moelle épinière. Mais, quel que soit le siège de ces tumeurs, les symptômes qui en trahissent l'existence sont toujours ceux d'une lésion circonscrite ou en foyer, se développant peu à peu, progressant lentement, contrairement à d'autres lésions en foyer, telles que le ramollissement et l'Jiémorrhagie du cerveau, ce qui les rend facilement reconnaissables. Celles-ci, en effet, se traduisent tout d'abord par des phénomènes subits de paralysie, le plus souvent par une hémiplégie flasque, tandis que celles-là, à savoir les tumeurs fibromateuses , commencent par des phénomènes d'excitation , vertiges, convulsions, contracture, et la perte du mouvement est toujours accompagnée de contracture, à moins, ce qui est fort rare, qu'une obstruction vasculaire ne vienne se joindre à la tumeur par le fait de la compression. Une femme, qui avait joui d'une bonne santé , éprouva dès l'année 1860 des étourdissements qui lui duraient quelques minutes, la forçaient de s'appuyer sur un meuble et quelquefois la faisaient reculer de quelques pas. D'abord assez rares, ces étourdissements devinrent peu à peu fréquents, puis survint une céphalée excessive ayant pour siège plus spécial la partie
DURE-MEUE (pathologie). 707
postérieure de la tète. Le 3 octobre 4865, cette malade accoucha d'un enfant à terme et bien portant, après ime grossesse pendant laquelle les accidents qu'elle présentait subirent une sorle de coup de fouet. Le 11 novembre au matin, il existait une diminution notable de la mobilité dans le côté droit, qui devint peu à peu le siège d'une roideur de plus en plus considérable. En juillet 1864, l'état étant à peu près le même, la malade est soumise à un traitement antisyphilitique, puis à la farndisalion, le tout sans succès. Un peu plus tard, elle était admise par nous à rilolel-Dieu (service de la clinique), elle était alors âgée de vingt-huit ans, avait le côté droit contracture et semi-paralysé, les membres gauches un peu roides, l'intelligence obtuse, la parole embarrassée, la vue affaiblie, quelques-uns des muscles des yeux étaient en même temps paralysés, le voile du palais avait perdu le mouvement et la sensibilité ; on ne constatait pas de convulsions, mais il survenait de temps à autre des vomissements ; les matières fécales et les urines étaient rendues involontairement. En dernier lieu, la malade devint de plus en plus abrutie, somnolente, puis elle se trouva dans l'impossibilité absolue de parler et d'avaler, présenta une anes- Ihésie à peu près complète et succomba dans cet état à la suite de quelques jours de fièvre, en juin 1865, après cinq ans de maladie. On constata à l'autopsie l'existence d'une tumeur ferme, arrondie, lobulée, du volume d'un œuf de poule, qui s'étendait depuis le trou vertébral jusqu'aux apophyses clinoïde> postérieures. Cette végétation, qui occupait ainsi toute la fosse basilaire, était composée d'un tissu fibrillaire, de cellules fusiformes et de nombreux vaisseaux ; elle était infiltrée de sels de chaux dans la partie la plus voisine de l'os. Plusieurs des nerfs cérébraux se trouvaient comprimés, d'autres étaient distendus, tiraillés à cause de leur passage sur la tumeur {voy. mon Traité d'anat. palhol., t. Il, p. 588). Cet exemple peut donner une idée générale des signes propres à nous révéler l'existence des hbromes de l'encéphale ; ceux de la moelle épinière se traduisent par des phénomènes de douleur eu ceinture, de contracture et de paralysie des membres. Toute cette symptomatologie ne diffère pas sensiblement de celle qui appartient aux lésions syphilitiques, néanmoins les fibromes de la dure-mère peuvent être différenciés par leur évolution qui est progressive, tandis que celle des tumeurs syphilitiques est plutôt régressive, ces dernières finissant toujours, au bout d'un certain temps, par se transformer et être résorbées.
Le traitement médical des fibromes de la dure-mère est, comme celui de la plupart des productions de ce genre, à peu près nul, car jusqu'ici nous ne connaissons aucun agent qui puisse en modifier la structure et en arrêter l'évolution. Quant au traitement chirurgical, il est matériellement impossible, et partant ces tumeurs conduisent à un pronostic extrêmement grave.
BiBunGRAriiiE. Fibromes embrijonnaires. — Louis. Des tumeurs fongueuses de la dure
mère. In Méni. de l'Acad. roy. de cliir., t. V, p. t. — Sandifort. Exercit. anat., cap. ni" Mns. anat., p. 194- — Baillie. Engravings, fasc. 10, pi. 5. London, 1802. — K.nox, dans". Ued Observât, and Inquiries, vol. Ht, p. lOl). — Jos et Carl Wenzel. Ueber die schwammigen Auswiichse auf der harten Hirnhaut, 1811. — Esquirol. Tumeur considérable développée dans l intérieur du crâne. In Arch. gén. de méd., t. lll, p. 594. — Walther. Essai sur les fonqus de la dure-mère. In Journ. complém. d. se. méd., t. VU, p. 118. — Hooper. Morbid Anatomxj of the Humati Brain, pi. fi7. — Lobsteix. Analomie pathologique, t. I, p. 438. — G -B TiLAMis. De fongosa durce meningis excrescent. Dissert. Utrecht, 1810. — Aberchombie. nêsearches on Diseases of the Brain, 1829. — C.-II. EBER>fAiER. Ueber den Schwamm der Schâdelknochen, mit Abbildungen, 1829. — Du même. Sur le fongus des os du crâne et delà dure-mère. In Journ. complém. du Dicl. d. se. méd., t. XXXIV, p. 298, et t. XXXV,
708 r)URI':-MÈRE (patuologie).
18^9. — Cruveiuueu. Anntomie palhotorjique géncrale,l\\v. VIII, pi. 1-3; ijvr. XXVI, pi. 2; livr. XXX, pi. 5; livr. XX.\.V, pi. ô, lip:. 2, — Albers. Atlas der pathol. Atial., taf. 4. — IIausep,. Versuch einer palliol.ther. Darslellung des Schwammes der liarten Hirnhaut. Olmiitz, 18i5. — ^V.-H. Walshe. The ISoture and Trcatmcnt of Cancer, p. 504. London, 184G. — P. Malespine. Quelques remarques critiques sur le fongus de la dure mère. Th. de l'aris, 184G. — Lebert. Phijsiologie palliologique, t. II, p. 148, 151, pi. xiv, lig. 13. Paris, 1845. — Du même. Ti-aité d'analomie pathol.. t. I, p. 204, pi. xxvii, fig. 4, 5. — J.-H. BE^^-ETT. '"« Cancerous and Cancroid Groivlhs, pi. 72. Edinburgh, 1849. — L. Hiescrfeld. Tumeur observée dans la fosse sus-spkénoidale. \\\ Gaz. rnéd. de Paris, p. 59, 1851. — Charcot.
Ibid., p. 76. — RoKiTANSKY. Lehrb. dcr pathol. Anaf., t. II, p. 401. Wieii, 1856. >'. Fried-
RE1CH. Beitrâge zur Lehre von den Geschwïdslen innerhalb der Schâdelhôhlc. ^Vii^zburs■, 1853, p. 26. — L.'LFOUR. Edinburgh iled. Journ., 1. XLI, p. 519 — Dirand-Fardel. Bull, de la Soc. anat., t. VI, p. 195. — Ara.\. Note sur une forme particulière de cancer de la dure-mère et des os du crâne. Iii Arch. gén. de méd., t. II, p. 385, 1854. — Millier. Récurrent Tumour of ttie Orleit followcd bij Similar Growth on the othcr Suie o/ the Ilead, on the Duramater and inder the Costal Pliura. In Transact. of the Pathol. Soc. of London, t. VII. p. 557, 1856. — Friedreich. Beitrâge zur Lehre von den Geschwïdslen innerhalb der Schâdelhôhle. Wiirzburg, 1855. — Fischer. Annal, der Berlin. Charité, XIII, p. 259, 1865. — Chubch. Cancer ofthe Materand Calceria, with Similar Disease scatlered through most of the Organs ofthe Body. \n Transact. of the Palh. Soc. of London, t. XX, p. 325, 1869. — F. Steudener. Zur Kennlniss dcr Sawlgeschwidste. In Arch. f. pathol. Anat. und Physiol., t. I, p. 222, 1870. — Relnhard. Ein Fall von Sarcom der Dura-mater. Inaug. Dissert. Erlangen, 1871.
Fibromes adultes. — G. Andral. Précis d'anatomie pathologique, t. II, p. 8i8. Paris 1829. — CiiuvEiLiiiER. Tumeur fibreuse de la dure-mère, etc. In Bull, de la Soc. anal., I. XXX, p. 475, 1850. — I.yell. Monihly Journ.. sept. 1850. — Lioxel Deale. Fibrous Tumour ofthe Dura-Maler. In Transact. of the Pathol. Soc. of London, t. VI, p. 4, 1856. — Siblet. Fibro-Fatly Tumour of the Dura-Mater. Ibid., t. VII, p. 1. — Christopher IIeath. Fibrous Tumour of the Dura-Mater. Ibid., t. X, p. 10, 1859. — Macrensie. Fibrous Tumour ofthe Dura-Maler. In Transact. ofthe Path. Soc. of London, t. XIII, p. 16. — Dickixsox. Fibro- Fatly Tumour of Dura-Mater. Ibid., t. XV, p. 28, 1864.
Dure-mère spinale. — S. Wilks. Tumour of the Spinal-Cord. In Transact. ofthe Path. Soc. of London, t. VII, p. 57, 1856. — W. Gull. Gity's Hosp. Bep., 3° série, vol II, p. 148 pi. IV, fig. 2; pi. V, lig. 1. ' E. L. '
b. Chondrome et osteœne de la dure-mère. Le chondrome de la duremère est une lésion très-rare, néanmoins Firket (de Liège) a pu en rencontrer un cas qu'il a rapporté avec de longs détails. L'ostéome, par contre, est une production beaucoup plus commune et depuis longtemps connue. Cette néoplasie occupe de préférence la portion de la dure-mèie qui s'étend entre les deux liémisphères cérébraux ou faux cérébrale, et celle qui recouvre la convexité des hémisphères, plus rarement d'autres parties; elle est tantôt située dans l'épaisseur de la dure-mère entre les deux feuillets du repli falcifornie, tantôt, et le plus souvent, accolée à la face interne de cette membrane, tantôt enfin elle en est éloignée et ne s'y rattache que par des filaments fibreux et vasculaires plus ou moins allongés. D'uu volume plus considérable, d'une longueur qui varie de 3 à 6 centimètres et plus, l'ostéome en question a une largeur de i à •4 centimètres et une épaisseur de quelques millimètres à 1 centimètre. C'est une masse osseuse, presque toujours aplatie, de forme lenticulaire, qui peut être isolée et qui, lorsqu'elle est adhérente, présente une face libre, convexe et saillante, des bords tranchants, quelquefois terminés en pointe et confondus avec le tissu fibreux ambiant [voij. la fig. 49, p. 392 du t. II de mon Traité d" anat. path.). Extérieurement cette masse, presque toujuiu's compacte, est recouverte d'une membrane mince fibreuse et vascularisée, sorte de périoste aux dépens duquel elle se nourrit; intérieurement, elle présente de nombreux canaux vasculaires qui parcourent sa substance composée de lamelles stratifiées de tissu osseux, d'ostéo-
DURE-MÈKE (pathologie). 709
plastes et de canaux de Havers parcourus par des vaisseaux. Ainsi ces productions ont réellement la structure osseuse et sont absolument comparables aux os crâniens, s'étant comme eux développées aux dépens du tissu conjonctif.
Les ostéomes de la dure-mère se rencontrent le plus souvent entre trente et cinquante-cinq ans, chez les personnes qui pendant leur vie ont présenté des congestions répétées, actives ou passives, des centres nerveux : tels sont les paralytiques généraux, les épileptiqiies, les lypémaniaques, etc. Dagonet a trouvé des ossifications de celte membrane dans 1/5" environ des autopsies d'aliénés, le plus souvent dans la démence, la paralysie générale et surtout dans la folie épileptique. Jeannerat, auteur d'une bonne thèse sur le sujet, a rencontré 64 ossifications de la dure-mère sur G2r> autopsies d'aliénés.
Il semble ainsi que l'une des conditions les plus importantes de la genèse des ostéomes de lu dure-mère, soit l'iiyperémie des méninges; mais il reste à déterminer comment se forme le tissu osseux aux dépens de la dure-mère, et tout porte à penser que son développement ne diffère pas de celui des os crâniens et provient d'un tissu conjonctif jeune de nouvelle formation.
Les phénomènes liés à la présence des productions osseuses de la dure-mère passent souvent inaperçus ou bien se confondent avec ceux de la maladie dans laquelle ces lésions s'observent ; aussi sont-elles généralement des trouvailles anatomiques. Dans quelques cas cependant les ostéomes pachyméningitiqucs situés à la surface de l'encéphale peuvent donner lieu à des symptômes d'excitation cérébrale, tels que vertiges, nausées, vomissements et surtout crises épilepliformes. Leur diagnostic est extrêmement difficile et il est tout au plus possible de soupçonner leur existence.
BiBLiocnAPHiE. — BoTAL. Obscrv. de quatre os cle'pose's sur la face cérébrale. Observ. anat.. Il, et Opéra omnia. — Buchnkr. Dissert, de ossificntione divœ meningh. Halse, 1764. — Wepfer. De morbis capilis, obs. LX, p. 182. — En. Sandifout. Observ. anatomo-pathol. Lugd. Balav., un, Ijb. III, cliap. ii. — Morgagni. De scdibus et cousis niorborum epii-t. III, art. XX, 12 ; epist. XXV, art. vi-ix. — Halle». Opmcula palhologica. Lausanse, 1768, p. 160. — Baillie. Morbid Anatoiny Enr/raviiigs, fasc. X, pi. IV, (ig. 3. — Lieutaud. Hisloria anatumicn medica, vol. II, p. 153 et 275. — Meckel. Histoire de l'Acad. roy. des se. et belles-lcltrcs de Berlin, p. ('5, 1764. — Voigtel. llandbucii der pathologischen Analomie t. II, p. 20, 24, 1804. — r^ÉcAMiKR. Ossification de la dure-mère. In Mém. de la Soc. méd. d'émulation, t. V, p. 472. Paris, 1803. — J. Wenzel. Deobnchtutig iiber den Hirnanliang fallsûchtiger Personen, p. 86. Mainz, 1810. — J. CnuvEiLiiiEn. Essai sur l'anatomie patholog., t. Il, p. 15. — Dd même. Traité d'anat. pathologique générale, t. III, p. 835. — Velten. Casus aliquot memoratione digni ossificalionum in niembranis cerebri inventarum. Diss. inaug. Bonn, 1825. — Rayer. Arch. gén. de méd., t. I, p. 325, 1825. — Do même. Descriptive Catalogue of the Patfiol. Spécimens contained in the Muséum ofthe Royal Collège of England, t. IV, p. 130, Lomion, 1849. — J. Vogel. Icônes Idslologiœ patliologicœ, pi. Y, lig. i-'J. Lipsiai, 1843. — LuYS. Gaz. méd. de Paris, 701, 1853. — Vulpian. Rapport sur une observation de M. Guyot relative à une ossification de la faux du cerveau. In Bull, de la Soc. anat,, t. XXX, p. 65, 1X55 — Lécorché. Ibid., 4i6. — Obue. Deposit of Bone on the Dura Mater. In Transact. of llie Patliol. Soc. of London, vol. VU, p. 4, 1856. — S. Wilks. Ibid., p. 35. — Shaw. Ibid., t. Y, p. 18. — Molas. Compt. rend, de l'Acad. de méd., séance du 22 août 1859. — TiGRi DE Sienne. Observ. histologique sur un fragment osseu.r adhérent à la grande face de la dure-mère, la Compt. rend, de l' Acad . des se. , 2ii si'pf . iSod , el Gaz. méd., p. 645, 1859. — Jean NERAT. Ossification de la dure-mère. Th. de Strasbciurg, 1866, et Gaz. des hôp., 37, 1868, — E. Langereaux. Allas d'anatomie pathologique, p. 407, obs. CCL. Paris, 1871. E. L.
c. Épithéliome de la dure-mère. La dure-mère ne renfermant aucun élément épithélial, les végétations épilhéliomateuses y sont toujours à l'état secondaire et même habituellement elles résultent de la propagation à travers les os du crâne d'un cancroiïle du cuir chevelu ou des glandes de cette portion du tégument. Cette végétation se manifeste sous la forme d'un ulcère profond, blanchâtre, plus ou
710 DURE-MÊRE (pathologie).
moins sanieux et granuleux, qui, après avoir détruit le cuir chevelu et les os du crâne, a fini par atteindre la dure-mère. Le cancer métastatique ne se voit pour ainsi dire jamais dans cette membrane, à cause sans doute de sa faible vascularité.
III. A:\0MALIES DE CIRCULATION DE LA DUHE-MÈRE. IlÉMORRHAGIES EXTRAMÉ-
iMNGÉES. Les he'morrhagies en question sont celles qui se produisent dans l'épaisseur ou à la surface externe de la dure-mère cérébro-spinale; les liémorrhagies de la surface interne de cette toile fibreuse (pachyméningite liémorrhagique, hémorrhagie intra-arachnoïdienne) ont été étudiées ailleurs [voy. art. Méniîsgite). Relativement fréquentes dans la cavité rachidienne, où le sang peut s'épancher librement entre le rachis et la dure-mère, les hémorrliagies extra- méningées sont beaucoup plus rares dans la cavité crânienne, où. l'union intime de cette membrane avec la paroi osseuse rend difficile l'effusion du liquide sanguin. D'ailleurs, suivant qu'elles occupent l'un ou l'autre siège, elles présentent des caractères un peu différents. Dans le canal rachidien, le sang épanché remplit l'espace qui sépare la dure-mère du canal osseux, principalement en arrière du côté des lames vertébrales où existe un espace considérable. L'épanchement est d'ordinaire circonscrit en un ou plusieurs foyers situés dans une des régions principales de la moelle épinière. La quantité de sang extravasé varie de I à GO grammes et plus, mais, comme il est difficile de la mesurer, il en résulte que dans la plupart des faits elle n'est pas indiquée. L'état du sang est en rapport avec la durée de l'épanchement; ce liquide se montre sous la forme de caillots, tantôt mous, tantôt fermes et plus ou moins décolorés. Les phénomènes résultant de cette lésion sont ceux de la compression médullaire; ils consistent en roideur, contracture, paralysie plus ou moins complète des membres, et avec ces symptômes coexistent généralement de vives douleurs provenant de la compression des nerfs rachidiens par le sang épanché.
L'hémorrhagie crânienne extra-méningée est plus rare; néanmoins elle se rencontre quelquefois sous la forme de foyers circonscrits, limités d'un côté par les os du crâne, de l'autre par la dure-mère décollée sur une plus ou moins grande surface; ces foyers excitent ou compriment le cerveau, et sont ainsi l'occasion de désordres variables, tels que contracture, convulsions, coma, et même hémiplégie.
Le rhumatisme mis de côté, il existe peu de données positives sur les influences étiologiques et les conditions palhogéniques de ces hi-morrhagies ; ce que nous en savons, c'est qu'elles s'observent à tous les âges de la vie, aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte et le vieillard, et que les vaisseaux qui rampent à la surface ou même dans la profondeur de la dure-mère sont leur siège habituel. Le pronostic de ces accidents est sérieux, beaucoup moins cependant que celui d'un néoplasme, par ce fait que la lésion, loin de s'accroître d'une façon progressive, tend à diminuer au bout d'un certain temps et à disparaître. Le traitement consiste surtout dans l'emploi des antipblogistiques et des révulsifs.
Bibliographie. — J. Abercrombie. Recherches palhologîques et -pratiques sur les maladie» de Vencéphale et de la moelle e'piiiière, trad. franc, par D. N. Gendrin, p. 556. Paris, 1832. — SiiAW. Ilolme's Sijstem of Surgerij , t. II, 'J58, 1861. — E. Gintrac. Cours théorique et clinique de pathologie interne, t. YI, p. 645. Paris, 1868, — G. Hayem. Des hémorrUagies intrarachidiennes. Tli. de concours. Paris, 1872, p. 55. E, L.
DURE-MÈRE (pathologie). 711
lY. AiVOMAMES ACCIDENTELLES. PARASITISME ET TRAUMATISME DE LA DURE-MÈRE.
a. Traumatisme de la dure-mère. Malgré sa résistance et la protection que lui apportent les os du crâne et du rachis, la dure-mère cérébro-spinale peut être perforée ou dilacérée par des instruments piquants ou tranchants, contusionnée ou déchirée à la suite d'une chute, de la fracture du crâne ou de la colonne vertébrale. Ces désordres ont pour conséquence des épanchements de sang sur l'une ou l'autre face de la dure-mère, l'inflammation suppurativc ou proliférative de cette membrane, suivant l'intensité du clioc, l'état de propreté ou de malpropreté de l'instrument, la présence ou l'absence de l'air extérieur dans le foyer de la plaie.
Les plaies de la dure-mère, relativement rares depuis qu'on se bat moins avec les armes blanches, sont ducs aujourd'hui surtout aux armes à feu ou à la déchirure produite par des os fracturés. Les épanchements sanguins, qui, en général, font cortège à ces plaies, se logent tantôt entre les os du crâne et la dure-mère, tantôt à la surface interne de cette membrane dans la cavité araclmoïdienne. Suivant qu'il occupe l'un ou l'autre de ces points, le sang épanché est plus ou moins rapidement résorbé; mais dans tous les cas il exerce sur l'encéphale des phénomènes de compression toujours graves, sinon mortels. Ce liquide irrite les parties voisines et détermine à son pourtour une inflammation adhésive dont les produits peuvent l'enkyster, puis il se modifie avec le temps et se trouve résorbé peu à peu. Pourtant, si le foyer sanguin est par trop abondant et communique avec l'air ambiant, ou bien s'il est situé au voisinage d'une plaie en voie de suppuration, il peut devenir le siège d'une phlegmasie suppurative avec toutes ses conséquences, et alors aux phénomènes de compression cérébrale s'ajoutent ceux d'une suppuration méningée ou même d'une phlébite des sinus, lésions sérieuses dont la terminaison est le plus souvent fatale.
Les contusions de la dure-mère sont l'effet plutôt indirect que direct d'un choc extérieur, et en général elles sont déterminées par des esquilles provenant de l'enfoncement des os du crâne. Comme les plaies, elles peuvent être suivies d'épanchements sanguins et d'inflammations adhésives ou suppuratives; toutefois, si on excepte les cas de grand traumatisme, elles ont moins de tendance à suppurer que les plaies : témoin ce cas rapporté dans mon Atlas d'anatomie pathologique (obs. CCXLII, p. 406), où une inflammation de la dure-mère consécutive à un coup sur la région Irontale est simplement adhésive. Un autre fait que j'ai eu l'occasion d'étudier récemment est des plus curieux à cet égard : il s'agissait d'un homme qui était tombé autrefois sur le crâne et qui, mort d'accidents cérébraux longtemps après cette chute, présenta à l'autopsie au niveau de la région temporale droite une cicatrice manifeste de la duremère ayant l'étendue de 2 à 3 centimètres. A la partie externe de cette membrane existait un hématome enkysté, de la largeur de la paume de la main, aplati, circonscrit par une néo-membrane vasculaire de coloration
rouillée.
Le rachis est moins exposé que le crâne aux influences des agents extérieurs et partant la dure-mère rachidienne esl moins sujette aux lésions Iraumatiques. Lorsqu'elles existent, ces lésions se présentent avec des caractères peu différents de ceux des lésions de la dure-mère crânienne, et consistent en épanchements sanguins libres ou enkystés, en inflammations suppuratives ou adhésives. Les troubles fonctionnels qui font cortège à ces désordres sont surtout des phéno-
712 DURET (Les deux).
mènes de compression, plus rarement des phénomènes d'excitation, variables suivant le siège du mal.
BrBLioGRAi'iiiE. — l'.-T. CiiEAGii. Lacevatioii of Dura-Matcr, in a Case of Fracture of the Craniiim, etc. In Medico-Chirurfjical Transacl., t. II, p. 509. — Sir B. Brodie. Observations on Wouiids of Dura-Mater. Ibid., t. XIV, p. .'^59. — M.-L. Baudens. Cliniques des plaies d'armes à feu, p. 104. Paris, t<S56. — G.-J. Guthry. On Injuries of the Head affectinq the Brain. I.ondon, 1^42. — Maubice I'errin. Rupture de lune des veines du diploé et rupture de ladure-nœre. lu Bull, de la Soc. anal., p. 578, 18o7. — Sîdney Jones. Descriptive Catalogue of the Prejyarations in the Muséum of St. Thoma's Hospital, t. II, p. 255. Londoii, lbb9. — S. WiLKs. Catalogue of the Palhol. Préparât, in Muséum of Guy's Hospital, 1593, 1G05, etc. Loiidon, 1805. — J. Ogle et T. Holmes, Lacération of Dura-Mater. In Catalogue ofthe Path. Muséum of St. George's Hospital, p. 555, 1806. — T. Holmes. Suppuration within the Craniiim after a Scalp Wound. In Transact. ofthe Pathol. Soc. of London, t. XIV, p. G, 1863. — Cloetta. Hirnhautblutung mit tôdllichem Ausgang. In Corresp.-Bl. f. Schweiz. jErzte, 15 juin 1873. — Lf.vitzki. Cas de méningite spinale [péripachyméningite] traumaligue. lu Gaz. me'd. de Paris, p. 495, ii° 40, 1877. E. L.
b. Parasitisme de la dure-mère. L'échinocoque et le cysticerque sont les seuls parasites qui aient été rencontrés dans l'épaisseur ou sur l'une des faces de la dure-mère. Les kystes liydaliques observés entre celle membrane et le crâne siègent en général à la base de la cavité crânienne, dans les fosses occi[)i(ale ou temporale sur le trajet du nerf de la 5^ paire, etc. ; ils ont de la tendance à faire hernie dans les trous qui livrent passage aux nerfs et pour effi^t de les comprimer. Ces kystes ont en outre la propriété d'user les os du crâne, et de celfe façon ils parvicnnnent quelquefois à se faire jour au dehors, d'où la possibilité de leur guérison, comme dans le cas rapporté par Moulinié d'une jeune fille de quinze ans qui, après de vives douleurs de tête et un long sommeil comateux, put retrouver la santé à la suite de l'évacuation d'une vingtaine de vésicules hydatiques à travers les os du crâne. Assez ordinairement celte évacuation est favorisée par la suppuration des hydatides. Celles-ci, à cause sans doute de la résistance et delà faible vascularité de la dure-mère, n'ont pas été vues dans l'épaisseur de cette membrane, si ce n'est par Wilson, qui aurait trouvé un kyste de ce genre dans la portion gauche de la tente du cervelet. Les kystes hydatiqucs rencontrés à la surface interne de la dure-mère et à plus forte raison dans la cavité de l'arachnoïde apparliennent aux lésions de cette dernière membrane (l'oy. art. MeiMiNGes et ArachiNoïde). E- Lakcereaux.
Bibliographie. — Dlpuytben. Leçons de clinique chirurgicale, t. I, p. 40, et t. III, p. 561. Taris, 1X52. — Choisy. Bull, de la Soc. Anat., 7* année, p. 114, et 8^ année, p. 6, 1855. — Lagout. Ibid., 1845, p. 500, et 1846, p. 13. — Mouhsié. Gaz. des hôp., 1836, 1. 1, p. 503.
DCRET (Les deux).
Diiret (Louis). Ce savant homme, une des gloires de l'ancienne Faculté de médecine de Paris, naquit à Baugé-la-Yille, faisant alors partie du Bugey en Bresse, et étant en 1527 sous la dépendance des ducs de Savoie. Son père, Jean Durel, gentilhomme et seigneur de Monlanet en Piémont, fit donner à son fils une éducation soignée, mais par suite de revers survenus dans sa famille le jeune Duret dut quitter de bonne heure le toit paternel. Il vint à Paris, possédant au plus haut degré la langue grecque, capable de corrigeras textes d'Hippocrate altérés par les copistes, et pouvant lire Avicenne dans sa langue naturelle. Aussi l'illustre famille de Harlay nhésita-t-elle pas à lui confier l'éducation de l'un de
DURET (Les deux). 7lô
ses membres, et cet élève n'était pas autre que Acliille de Ilarlay, qui devait acquérir la réputation du plus grand homme d'État de son temps, et parvenir à la charge de premier président du Parlement de Paris au temps de la Ligue- Pendant ce temps-là Louis Duret étudiait la médecine, et, selon l'habitude de Pépoque, il choisit un directeur d'études, Jacques Houllier, docteur régent à l'École de médecine. Élevé le 50 juin 1552 au grade de licencié, et le 12 septembre suivant à celui de docteur, il commença presque aussitôt, à l'exemple de Ilouillier, son maître, de Fernel, et de tous les autres médecins célèbres, à enseigner la médecine. La pratique la plus étendue et la plus assujettissante ne fut jamais pour lui un obstacle ou un prétexte qui put le dispenser d'enseigner. Nommé, en 1568, professeur en médecine au Collège royal, en remplacement de Jacques Goupil, les dix-huit années qu'il passa à y faire des leçons sont restées célèbres dans les fastes de ce centre précieux d'instruction. On comprend avec peine comment le savant et l'éloquent professeur a pu concilier les devoirs de cette charge avec les exigences d'une grande clientèle. Notons que Duret fut aussi attaché au service de santé de Charles IX et de Henri III ; qu'il eut pour clients le maréchal de Brissac, le prince de la Boche-sur-Ton, le maréchal de Tresmes, le chancelier de l'Hôpital et ses enfants, plusieurs présidents de la Chambre des Comptes, des conseillers au Parlement, des receveurs généraux des finances, etc. Melchior Adam assure que Henri III s'écriait souvent : 0 Duret, si j'avais un fils, ce serait à toi que je codifierais son éducation ! Le même roi lui donna une preuve éclatante de son affection pour lui en assistant au mariage de sa fille, en prenant sa part du festin de noces, et en donnant aux jeunes époux toute la vaisselle d'or et d'argent qui garnissait la table.
Louis Duret fut un grand praticien, éclairé par l'anatomie, guidé par le raisonnement, nourri et mûri par l'expérience. 11 professa toute sa vie cette doctrine que le rôle du médecin est presque uniquement d'imiter la nature, de l'observer, de l'aider dans ses mouvements, et de saisir avec justesse et à propos le moment favorable pour agir, et de chercher des leçons dans les efforts que fait la nature pour faire disparaître ces maladies. « Connaissez, écrit-il, la maladie avant de la traiter, son essence, ses causes, ses symptômes, ses péripéties, ses accès. Tout médecin qui ne sait pas se conduire avec prudence dans une maladie aiguë, qui ignore la marche des crises, qui ne sait ni les attendre, ni les prévoir, ni même les indiquer et les montrer du doigt, courra plus d'une fois en sa vie d'être blâmé , disons déshonoré. La plus grande partie des maladies chroniques viennent de maladies aiguës, négligées ou abandonnées à de mauvais médecins et à des charlatans. » Ajoutons que ce grand praticien était fort ennemi de la polypharmacie, et qu'il est le premier de son temps qui ait commencé à abandonner les Arabes. Il blâme les amulettes, la fiierre de jade, le jaspe, les coraux, la teinture d'or, la corne de licorne et autres fadaises. 11 a été un médetin hippocratique dans toute l'acception du mot. Louis Duret est mort à Paris, le 22 janvier 1586, et fut inhumé dans l'église de Saint-Nicolas-des-Champs. 11 avait épousé Jeanne Bochin (ou Bicher), qui lui donna quatre garçons et une fille. Cette dernière épousa (5 janvier 1600) Arnould de l'Isle, médecin delà Faculté de Paris, et professeur d'arabe au Collège royal. Ses fils parvinrent aux plus grands emplois : Louis Duret devint substitut du procureur général, et mourut le 4 octobre 1616; Claude Duret fut avocat au Parlement, mort le 50 juin 1605 ; Charles Duret occupa les charges de premier président en h