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Les substances minérales non plus que les matières organiques ne seraient, probablement, pas en plus grande proportion dans les eaux souterraines que

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dans celles des sources jaillissantes, si l'on allait trouver la nappe, pour l'analyse, dans les points où elle est à son état naturel, normal, on pleine campagne, par exemple, et loin des lieux habite's. Quand on creusa, près de Lille, les tranchées qui devaient recevoir l'aqueduc d'amenée de la distribution d'eau, on tomba dans la nappe de la craie aquifère; cette eau parut alors si bonne que l'on n'hésita pas à l'introduire aussi dans l'aqueduc, avec l'eau des sources captées ; iî suffit pour cela de ne pas pratiquer de radier à ce canal dans les espaces où il traversait la craie aquifère (on eut lieu pins tard de s'en repentir). Cette eau l'enfermait 62'<^,84 de gaz par litre, dont 37,14 acide carbonique, 17,40 azole et 8,50 oxygène; le poids des matières fixes était de 359 milligrammes, dont 152 de carbonates de chaux et de magnésie, 75 de chlorures, 19 de matières organiques.

Mais, justement, dans la plupart des cas où l'on s'adresse à la nappe souterraine pour l'approvisionnement d'eau, c'est pour s'épargner la peine d'aller au loin chercher une source, et l'on creuse le plus près possible des habitations le puits ou le forage qui donne accès à la collection aqueuse du sol. De là le danger et souvent la certitude d'avoir une eau fortement influencée par les déchets de la vie des groupes, sous divers états de décomposition. Sauf les variations quantitatives du plus au moins selon l'importance et la densité des groupes, le sol des lieux habités reçoit toujours, à sa surface ou dans l'intimité de ses premières couches, des matières putrescibles ou déjà putrides qui, à la faveur de la véhiculation liquide (la pluie, les eaux ménagères, industrielles ou autres), ne tardent pas à gagner la nappe souterraine. Le sol n'est pas sans se défendre de lui-même, en vertu de ses propriétés assainissantes. Mais on conçoit tout d'abord que les proportions respectives des deux forces en présence doivent faire varier dans d'assez grandes limites la composition des eaux qui circulent sous les rues des villes ou villages.

On connaît l'origine et la nature des souillures du sol des lieux habités. C'est d'abord la part que les eaux de pluie ou d'arrosage enlèvent aux las d'ordures, aux excréments ou urines des hommes et des animaux, déposés sur la voie publique, et qui s'infiltre par les interstices des pavés ou à travers le macadam. Puis, les infiltrations des fosses d'aisances non étanches; la plupart sont dans ce cas ou le seront. Dans beaucoup de villes, on a même supprimé la fosse pour la remplacer par un jniits absorbant, qui porte le plus directement possible les matières fécales et les eaux ménagères dans la nappe souterraine. Lille en a encore de pareils, même dans ses rues les plus neuves et les plus belles. L'industrie verse à la surface du sol, quelquefois dans un but d'épuration, ses eaux chargées de matières organiques ou d'éléments minéraux qui introduisent tout à coup dans la nappe souterraine des corps très-inattendus ; l'ammoniaque, les dérivés du goudron de houille, des fabriques de gaz d'éclairage, les sels arsenicaux des fabriques de couleurs (d'aniline spécialement). Elle use, d'ailleurs, autant qu'elle le peut, des puisards ou puits absorbants, pour se débarrasser sans frais de ses eaux impures; ce qui a provoqué (1882) ane délibération du Conseil d'hygiène de la Seine et ime circulaire ministérielle (31 juillet 1882) aux Conseils des départements en vue d'organiser, contre les puisards industriels surtout, la protection des eaux souterraines. Le Conseil d'hygiène du Nord n'avait pas attendu cette circulaire pour demander par l'organe de l'inspecteur de la salubrité, V. Meurein, l'interdiction des puisards à eaux de distilleries dans la région qui avoisine les sources et l'aqueduc de DICT. ENO. XXXI. .30

la distribution municipale. 11 est absolument certain, dans tous les cas, que pour cette raison et quelques autres l'altération des nappes souterraines a suivi exactement les progrès du développement de l'industrie dans le Nord. Le professeur VioleUe a reconnu que les eaux telluriques du bassin de la Lys, dans un "vaste rayon autour d'Armentières, sont devenues de véritables eaux minérales alcalines, qu'il ne serait pas prudent de livrer à la consommation régulière des ouvriers, si les vues de quelques auteurs, au sujet de la suralcalinisation du sang, ont un fond de vérité. Enfin, les cimetières ont passé, pendant longtemps, pour être une cause de souillure des eaux du sol. Aujourd'hui, une réaction très-générale s'opère contre cette opinion, qui a bien pu être un peu plus nettement formulée que ses bases scientifiques ne le permettaient, mais que les prétentions contraires ne réduisent pas absolument à néant. Pettenkofer (Munich), Reich (Berlin), Fleck (Dresde), Ilofmann (Leipzig), Rôzsahegyi (Budapest), Du Mesnil, Miquel (Paris), et d'autres, se montrent fort rassurés à l'égard de l'influence dos cimetières sur les eaux souterraines. Il est certain qu'en général cette influence se traduit moins par la présence de matières organiques, à proprement parler, que par la richesse en sels azotés (nitrates, sels ammoniacaux), qui n'ont par eux-mêmes aucune action nuisible sur l'économie humaine. Mais n'est-ce pas là déjà une assez mauvaise note? J'ai toujours été frappé de la faiblesse de l'argument de Fleck : que les puits du cimetière de Dresde sont moins impurs que beaucoup de puits de la ville. Il est possible que ces derniers soient détestables, comme il arrive si souvent dans les grands centres. Les autres pourraient l'être un peu moins et rester, cependant, à peu près impraticables. Au fond, les faits relevés prouvent qu'il y a des cimetières bien situés et bien réglementés, dont le voisinage n'a pas d'inconvénients sérieux, mais ne démontrent pas l'innocuité générale et absolue des cimetières. Nous déconseillons l'usage de l'eau qui passe dans leur sous-sol autant et même plus que l'usage de l'eau des puits creusés dans les grandes villes, au milieu des fosses fixes et des puisards.

Le sol a une merveilleuse puissance d'assainissement, vis-à-vis des impuretés qui lui arrivent d'une façon systématique ou accidentelle; on le sait depuis les remarques de Boussingault et de Frankland. Dans ces dernières années, Sclilœsing et Mûntz et le professeur Fodor ont démontré le mécanisme de cet assainissement par le sol; il s'agit d'une décomposition lente (putréfaction) ou rapide (oxydation) des matières oi'ganiques, carbonées et azotées, avec l'aide de l'air du sol (surtout dans le second cas) et, selon toute apparence, sous l'influence d'organismes vivants, le ferment nitrique de Schlœsing et Mûntz, ou les microbactéries (oxydation) et les desmobactérics à spores brillantes (putréfaction) de J. Fôdor. L'épuration des eaux d'égout par l'irrigation agricole dans de nombreuses villes anglaises, à Paris, à Berlin, à Dantzig, etc., ne repose pas sur un autre principe et, réciproquement, prouve celui-ci par sa réussite. Les eaux qui sortent des drains des champs d'irrigation sont remarquablement pures ; celles du drain d'Asnières, d'après les expériences de Miquel, renferment moinsde microgermes que les eaux de la Vanne à leur arrivée à Paris ; sous ce rapport, elles ont la pureté des eaux de source à leur sortie de terre ; elles tirent seulement un pou de dureté des sels minéraux qu'elles doivent à leur origine (le sol ne retient ni ne décompose les chlorures) ou qu'elles prennent au sol parisien, riche en sulfate de chaux (Marié-Davy). 11 en est de même des eaux qui sortent des drains d'Osdorf, à Berlin; Robert Koch les reconnaît très-pures;

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A. Durand-Claye en a bu; nous aussi, et beaucoup d'autres personnes en notre présence.

Cependant, la puissance oxydante du sol a des limites. Au delà d'une certaine proportion de matières organiques à décomposer, non-seulement l'excédant reste inattaqué, mais le ferment lui-même succombe et redevient inerte. Ainsi, on a reconnu à Gennevilliers qu'il ne faut pas épandre sur le sol d'épuration plus de 50 000 mètres cubes d'eau d'égout par hectare et par an ; à Berlin, qu'il faut environ 1 hectare pour consommer les immondices de 250 habitants. Il ne faut donc pas compter indéfiniment sur la destruction, par le sol, des matières putrides qui le traversent en se dirigeant vers la nappe souterraine.

D'ailleurs, les particuliers n'envoient pas leurs immondices au sol avec les précautions et la méthode scientifique que les grandes administrations recherchent et adoptent. Il ne s'agit pas pour eux d'assainir, mais de se débarrasser des choses gênantes, fût-ce au préjudice des voisins. Qu'est-ce que ])eut faire le sol aux matières fécales et urines, aux torrents d'eaux de distillerie, qui le traversent précipitamment et sans relâche par les puits perdus ?

Aussi les nappes souterraines des grandes villes sont-elles presque toutes empoisonnées et le resteront longtemps encore, môme en supposant que les municipalités luttent contre la continuation des souillures. Wagner a remarqué que l'eau des puits de Munich et des alentours (sol léger de cailloux roulés) est plus impure à l'époque des pluies qu'en temps sec, tandis que celle, de la distribution municipale, empruntée aux sources d'une région encore inhabitée, reste invariable. On s'explique aisément la différence par ce fait que les pluies, à Munich, lavent un sol pénétré d'immondices.

Dans une étude sur les eaux de Lille, le docteur Carton relève, au sujet de la nappe sous-jacente à cette localité, des particularités que nous résumons dans le tableau ci-dessous.

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