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EGYPTE. Géographie médicale. Si notre sujet ne se trouvait limite par les travaux de ceux de nos collaborateurs que l'ordre alphabétique a ajipelés à prendre la parole avant nous, nous aurions dû comprendre sous le nom d'Egypte la vallée entière du iMl. L'Egypte, en elfet, n'est-ce pas le Nil? Sans l'immense fleuve qui apporte à la Méditerranée les eaux versées par les pluies périodiques sur les plateaux de l'Afrique équatoriale et qui dépose chaque année sur ses rives les féconds débris qu'elles en ont arrachés, l'Egypte n'eût été qu'un aride ravin entre deux chahies de montagnes arides, quelque chose comme la route de Keneh à Kosséir, un désert entre deux déserts! L'homme, s'il y eût paru, n'eût traîné sans doute, au fond de cette gorge, qu'une existence précaire et misérable. La civilisation merveilleuse dont les ruines nous frappent d'admiration ne se fût jamais développée. C'est le Ml qui a fait le sol de l'Egypte, c'est lui qui le maintient encore, qui le renouvelle et le modifie tous les jours, c'est lui qui y exerce sur la vie des hommes les plus puissantes influences et qui domine toutes les autres, puisqu'il les règle. Mais, outre que, dans son énorme parcours (plus de 31 degrés de latitude, 5500 kilcraèlres en ligne droite), le Nil change deux ou trois fois de zone climatologique, ce qui nous eût amené à partager notre travail en deux ou trois parties distinctes, nous ne voyons rien à ajouter aux articles Abïssijnie et Nubie des savants collaborateurs qui nous ont précédé. Nous n'étudierons donc ici que l'Egypte proprement dite, c'est-à-dire cette portion de la vallée du Nil qui s'étend de la première cataracte à la Méditerranée, ce qu'on pourrait appeler le bief inférieur du fleuve. C'est l'Egypte historique, moins ses conquêtes dans le Soudan [voy. Soudain) ; c'est la portion la plus connue et la plus intéressante de la vallée, celle dont l'homme a le plus complètement pris possession et dont il tire le meilleur parti.
Quant à I'Éthiopie, qui devait d'abord être étudiée en même temps que
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l'Égyple, nous devons la laisser de côté pour le moment. Il y aurait, en effet, plus d'une difficulté à confondre ces deux pays dans un seul article, du moment qu'il ne nous est pas possible de comprendre sous le même tilre tout le pays arrosé par le Nil. Qu'es^t-ce, en effet, que l'Ethiopie?
Les Anciens, qui ne connaissaient guère de l'Afrique que l'Egypte à peu près telle que nous \enons de la définir, appelaient Ethiopie tout le reste : c'était le « pavs des hommes noirs ». Ils réservaient le nom d'A^thiopia snpra JEgyptum pour ce que nous désignons aujourd'hui sous la dénomination de Nubie. Peu à peu, à mesure que l'on connut mieux le continent africain, le nom d'Ethiopie reçut un sens plus restreint. « De nos jours, dit M. Elisée Reclus, il n'est plus revendiqué que pour les contrées montagneuses formant le faîte d'écoulement entre la mer Rouge, le golfe d'Aden et le iMl moyen ». Or, I'Abvssi.me [voy. ce mot), qui, avec le Choa, le Kaffa, le pays des Gallas, celui des Afar, des Issa, le Harrar, etc., fait partie de cette région, a déjà ici même été l'objet d'une étude complète. Il n'y a donc pas lieu d'y revenir, sauf dans un article ultérieur, qui portera le titre d'ÉiuiopiE, à reprendre, au moyen des renseignements que recueillent en ce moment de nombreux explorateurs, l'étude des régions qui n'ont pas été comprises dans l'article précité [voy. Ethiopie).
L'Egypte doit tout au Nil, jusqu'aux divers noms qu'elle a portés dans l'histoire ; jEgyptus est le nom que les Anciens donnaient au Nil et qu'Hérodote appliquait à tout le pays. Rruce le fait dériver de l'éthiopien Y-Gypt, pays des canauv. Les anciens monuments égyptiens la désignent sous le nom de Ke)n ou Keniia, noire, d'après la teinte brune des alhivions que le fleuve y dépose. Les Coptes ont conservé cette appellation et désignent leur pays par le mot Chemia. Les Arabes l'appellent Masr, d'après les Juifs, dont les livres sacrés la dénommaient Misraim, pluriel de Misr.
Dans la nature comme dans l'histoire, l'Egypte commence à la cataracte d'Assouàn, à la porte du Nil. C'est là que le fleuve quitte la vallée d'érosion qu'il s'est creusée en Nubie et que, surmontant l'obstacle que lui oppose la chaîne granitique qui y traverse son cours, il vient tracer son lit dans le grès et le calcaire du Saïd. L'Egypte est donc bornée au sud par la Nubie ; elle l'est au nord par la Méditerranée; mais elle n'a pas d'autres limites naturelles, car, si elle est bornée à l'est par la mer Rouge, l'Arabie et la Syrie, à l'ouest par le grand désert de Libye, il n'y a rien de précis ni de défini dans de pareilles limites. L'Egypte habitée, la véritable Egypte, ne constitue, en somme, (ju'une portion minime de l'immense surface din si encadrée; la partie habitable de cette superficie se réduit à l'étroite vallée comprise entre les deux chaînes peu distantes et à peu près parallèles des monts arabiques à l'est, et des montagnes libyques à l'ouest, augmentée du delta formé par les alluvions du fleuve. Cette longue oasis représente assez exactement, sur la carte, la silhouette d'un ctrfvolant dont le corps est représenté par le delta et dont la vallée nilotique, avec ses méandres, dessine la queue sinueuse. Elle comprend 8 millions de feddans (35 607 kilomètres carrés). A peine large de 5 ou 4 kilomètres au nord d'Assouàn, dominée à droite par les versants des monts arabiques, coupés de gorges et de ravins, à gauche par les rebords du plateau libyque, dont l'élévation varie de 50 à 550 mètres, la vallée du Nil s'ouvre après le défilé de Silsileh (1200 mètres), atteint déjà une largeur d'environ 15 kilomètres au niveau de Thèbes, et se porte plus loin à 20, 25 ou 50 kilomètres; mais, toute piane au niveau du fleuve, entre deux rangées de hauteurs abruptes, la vallée répond
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bien à la description qu'en donnait au Khalife Omar son premier vainqueur musulman Anirou ; c'est bien « une campagne splendide entre deux montagnes, dont l'une a la forme d'un mont de sable et dont l'autre ressemble au liane <l'un cheval maigre ».
 la hauteur du Caire, les montagnes s'écartent en s'abaissant et tout le pays se nivelle; la chaîne occidentale se termine eu pente douce en courant vers la mer, la chaîne orientale forme une sorte de muraille, au pied de laquelle s'étend l'immense plaine triangulaire oii Is Nil se partage en mille canaux, et dont la base, formée par la côte même de la Méditerranée, mesure plus de 200 kilomètres, tandis que chacun des côtés n'en a pas moins de 150.
Les collines qui bordent la vallée nilotique du côté de la Libye constituent le rebord d'un immense plateau qui fait partie du désert saharien. Aussi loin que la vue peut s'étendre, on n'aperçoit qu'une plaine infinie, en apparence à peine ondulée et couverte de sable. En réalité, le plateau s'incline progressivement vers l'ouest, au point de se trouver, à 180 lieues de là, à un niveau inférieur à celui <le la Méditerranée, et sa surface, beaucoup plus accidentée qu'il ne le semble, est découpée en massifs irréguliers, témoins disséminés de la puissante action «rosive des mers qui l'ont couverte aux temps géologiques. Une série de dépressions qui dessinent sur la carte une courbe à peu près parallèle à la vallée du Nil cachent les oasis qu'un peu d'eau souterraine, provenant peut-être des infiltrations des bassins supérieurs du fleuve, rend habitables et fécondes. Ce sont : l'oasis de Koiirkour, à 20 lieues d'Assouân, celles de Chargeh (la Grande- Oasis), de Daklicl, de Farafrah, de Bacharieh (la petite Oasis), tac autre série de dépressions se détache à Bacharieh et se dirige, parallèlement à la côte méditerranéenne, jusqu'aux pieds du plateau de la Cyrénaïque. C'est là que s'ouvre l'oasis de Siouah, célèbre dans l'histoire par l'oracle d'Ammon qu'Alexandre y vint consulter, et qui ?e trouve à 56 mètres en moyenne au-dessous du niveau de ia Méditerranée.
Les montagnes arabiques, qui prolongent et dominent toute la rive droite du Nil, ont un tout autre caractère. Découpées en massifs qui plongent souvent presque verticalement dans le lit même du fleuve, elles ont un aspect plus impo>anl, bien qu'elles ne soient guère plus élevées. Leurs sommets et leurs plateaux monient graduellement en s'éloignant de la vallée et s'étagent progres- ■siveraenl jusqu'aux cimes qui sont très-rapprochées des côtes de la mer Rouge. Elles ciinstituent aux yeux des Égyptiens la montagne par excellence, el Djebel. Les gorges transversales qui en découpent les massifs donnent passage aux quelques routes qui font communiquer la vallée du Nil avec les ports de la côte éT] Ihréenne. La plus célèbre est celle qui réunit Keneli à Kosséir, où passent encore les caravanes de pèlerins qui vont s'embarquer pour La Mecque; elle correspond au point où le fleuve se rapproche le plus de la mer.
C'est un des massifs de cette chaîne qui, en traversant la vallée, constitue la -cataracte d'Assouân et qui, dans la mer Rouge, en formant le RasBenas, protège des brises du nord l'ancien port de Bérénice. En remontant du sud au nord, les massifs se succèdent et leurs sommets, toujours voisins de la mer, sont le Djebel Zebarah 'l'ancien Smaragdus), où Cailliaud redécouvrit les mines d'émeraude des anciens Égyptiens, le Djebel Fatireh et le Djebel Dokhan, qui forment ■ensemble le mont Claudien d'où les Romains ont tiré leurs porphyres. Plus au nord, presque en f ice du Sinaï et vis-à-vis de Tor, le Djebel Gharib, qui dépasse 18U0 mètres et n'atteint pas 2000, mais qui n'en est pas moins le plus élevé de
toute la chaîne. Après lui, il n'y a plus guère que le Djebel Chellala, se'pare' par le Ouaddi el-Tili « la vallée de l'Égarement », du Djebel Ataqàh, qu'on aperçoit du mouillage de Suez et qui, à peine élevé de 500 mètres, n'en joue pas moins la grande montagne, tant il se rapproche de la côte.
Tous ces massifs, tous ces sommets, sont constitués par des roches cristallines, granits, gneiss, porphyres et diorites, qui se sont mutuellement traversés ou qui, soulevés à diverses époques, ont, dans tous les cas, relevés sur leurs flancs, les grès et les calcaires qui d'un côté forment le fond et les parois de la vallée du Nil, et qui de l'autre côté couvrent les dernières pentes du versant oriental baigné par la mer Rouge. Le massif qui forme la première cataracte et qui s'étend de la mer Rouge à la chaîne libyque, présente, à la porte d'Assouan, une roche formée de granit rose à gros morceaux d'amphibole, qui a reçu le nom de s?/eVi/^e d'après la dénomination antique d'Assouan (Syène). A mesure qu'on suit la chaîne en allant vers le nord, le massif ciistallin se rétrécit et sa dernière pointe est le massif granitique de l'Ataqàh. A quelques kilomètres en aval de la cataracte, apparaissent les assises de grès micacé, sablonneux, facile à tailler, qui ont fourni tant de pierres aux anciens Égj-ptiens. A Esneh, le grès cède la place aux calcaires tertiaires qui constituent, de part et d'autre de la vallée, les murailles d'aspect monumental qui la bordent et dans le liane desquelles on n'a pas moins creusé. Ce calcaire est presque entièrement formé de nummuliles, d'ostrœa, de cérithes emprisonnés dans une gangue calcaire. Toute la surface du désert de Libye offre de pareilles roches au frottement du sable du désert formé de grains de quartz venus on ne sait d'où, mais au contact desquels, d'après le géologue allemand Zittel, la partie superficielle de la gangue calcaire et les fossiles qui y sont enchâssés se transforment lentement en silice. C'est ainsi que s'explique l'aspect poli et conmie vernissé qu'offre la roche calcaire partout oîi elle perce les sables amoncelés autour d'elle.
Ces couches calcaires se prolongent, avec les collines libyennes de plus en plus basses qui bordent le côté occidental du delta, jusqu'au bord de la Méditerranée, où elles forment la bande étroite de terrain qui couvre le lac Jlariout et porte la ville d'Alexandrie, mais elles ne vont pas plus loin et servent seulement de point d'appui aux dunes peu élevées qui constituent la côte nord de l'Egypte.
On se ti'omperait singulièrement, si l'on prenait à la lettre le nom de cataracte donné à la chute du Xd à Assouàn. Il est possible qu'autrefois le barrage granitique qui, sur une longueur de près de 4 kilomètres, s'étend de Philœ à Éléphantine et y donne lieu à une succession de rapides, assez semblables à ceux du Danube aux Portes de Fer, fut plus élevé et maintint le niveau du fleuve à la hauteur des anciens rivages que les observations géologiques et archéologiques ont permis de constater aux alentours ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'aujourd'hui le fleuve ne tombe pas, mais qu'il descend, aucune des chutes dont l'ensemble constitue la cataracte n'ayant désormais plus d'un pied. Il est vrai que la vitesse du courant dans certaines passes élève de beaucoup le niveau des eaux au milieu du rapide en même temps qu'elle les déprime tout près des bords. La cataracte ne mérite pas même le nom de chute au moment des hautes eaux ; alors toutes les têtes de roches sont couvertes et les bateaux descendent sans s'en préoccuper. Arrivé dans son dernier bief, au sortir de la porte de Syène, le iNil prend alors ce cours tranquille continu, calme et majestueux, qu'il doit au faible degré de la pente de son lit et qui frappe tou
ceux qui le visitent ; il méandre au milieu de la plaine qu'il a cre'ée et qu'il fe'conde, mais il se porte de plus en plus sur sa rive droite qu'il ronge incessamment. Bien qu'il ne reçoive aucun afiluent, qu'il fournisse, au contraire, à de nombreux canaux d'arrosage, qu'il forme au niveau de Syout un fleuve secondaire, le Bahr Yousef, il s'élargit cependant peu à peu, aux dépens sans doute de la profondeur de son lit. Au Caire, il est aussi large qu'à Khartoum. A 21 kilomètres plus bas, il vient se buter contre la fourche du delta, que les Arabes appellent Batn el-Baqara, « le Ventre de la Vache », et s'y divise en deux branches principales : la branche de Damiette ou Phatnétique à droite; la branche de Rosette ou Bolbitine à gauche. Les autres branches connues des Anciens ont disparu ou se sont transformées en d'infimes canaux, ou bien encore, abandonnées par les eaux, sauf aux époques d'inondation, ne sont phis que des séries de fosses ou de dépressions que les travaux des savants sont parvenus à suivre et à identifier. Mais les deux branches qui restent sont réunies par des milliers de bras remaniés à chaque inondation, qui serpentent; de l'une à l'autre branche et sillonnent en tous sens le delta. Les eaux du Nil, d'ailleurs, ne vont pas toutes à la mer par les bouches de Rosette et de Damiette, elles s'étalent en outre dans de vastes dépressions peu profondes, qui constituent les lacs de la basse Egypte et qui communiquent avec la mer par d'étroits passages de peu de profondeur appelés boghâz, occupant souvent la place des anciennes bouches du fleuve. Ces lacs sans profondeur, séparés seulement de la mer par l'étroit cordon des dunes littorales, salés pendant les maigres par suite de leurs communications avec la Méditerranée, sont, de l'est à l'ouest, le lac Menzaleh, le lac Bourlos, le lac d'Edkou, le lac Mariout. Ce dernier, asséché par les Anciens et livré aux cultures, fut inondé de nouveau par les Anglais, en 1797, pour isoler Alexandrie; la brèche faite à la digue est aujourd'hui réparée et le lac baisse désormais par évaporation.
Xous avons vu déjà que de Syène à la mer le Nil ne reçoit aucun afiluent, mais que cependant il fournit à de nombreux canaux d'irrigation. Il fait plus, il donne naissance à un véritable fleuve, le Bahr Yousef, destiné surtout à féconder le Fayoura. C'est aux environs de Syout que se trouve la prise d'eau; le Bahr Yousef s'écarte peu à peu du fleuve paternel qu'il longe du sud au nord, à une distance moyenne de 12 kilomètres de la rive gauche. Au niveau du Fayoum, le Bahr-\ousef y fait pénétrer, par un étroit défilé, sa branche maîtresse, puisse continue par de faibles bras qui descendent la vallée égyptienne et retombent, Jes uns dans le Nil vers le Caire, les autres dans les bras que le fleuve forme dans le Delta.
Le Fayoum qu'arrose le Bahr Yousef n'est pas autre chose qu'une oasis, une dépression presque circulaire creusée dans le flanc du plateau libyque, mais qui a eu la bonne fortune de communiquer par une étroite coupure avec la vallée du Nil. Le Bahr- Yousef s'y partage en une infinité de branches qui rayonnent toutes d'un même centre et dont la disposition dessine sur la carte une figure que l'on ne peut se défendre de comparer à celles qui représentent dans les ouvrages d'embryologie la première circulation allantoïdienne. Deux rigoles circulaires, qui courent au pied des talus en pente rapide des murailles calcaires de l'oasis, recueillent les eaux qui ont fécondé la plaine et les versent dans un lac situé au fond de la dépression : c'est le Birket-el-Kéroun que l'on a cru longtemps être le lac Mœris. Mais Linant de Bellefond a retrouvé les anciennes digues et a pu démontrer que le réservoir artificiel, créé par les anciens Égyptiens
pour suppléer aux crues du Nil, occupait non le Ibnd, mais l'entrée de l'oasis. Depuis l'époque géologique extrêmement reculée où les eaux du Nil se sont précipitées, à la porte d'Assouàn, dans le bassin géologique ci-dessus décrit,, elles ont peu à peu déposé sur le fond de cette cuvette des couches horizontales d'alluvions qui ont non-seulement rempli la vallée, mais fait présent à l'Egypte,, suivant l'expression toujours citée et toujours juste du vieil Hérodote, del'immense plaine du Delta. Des sondages de 14 et 15 mètres de profondeur n'ont rencontré que des couches alternées de terre végétale et de sable quartzeux semblables aux dépôts du iVil. Chaque année l'inondation laisse une couche de limon que couvre ensuite une légère couche de sable apportée par le vent du désert. C'est ainsi que s'exhausse d'année en année le niveau de la vallée du fleuve et de la plaine du Delta, que les lacs qui bordent la côte marine se comblent peu à peu, de telle façon, par exemple, qu'on ne peut plus retrouver aujourd'hui les 5 mètres de profondeur que le général Andréossy constatait au commencement du siècle, dans certaines parties du lac Menzaleh, ainsi encore que les rivages des bouches de Rosette et de Damiette s'avancent progressivement dans la mer. Cet exhaussement du sol est-il compensé par un abaissement graduel de toute la contrée? C'est ce qu'il est permis de supposer d'après certains indices. Il est du moins à peu près certain que la côte méditerranéenne de l'Egypte n'a pas beaucoup avancé depuis de» siècles; une des forces qui la maintient, c'est la puissance du courant marin qui suit la côte de l'ouest à l'est, abat les pointes, remanie les bancs, les barres, et distribue les apports que le fleuve verse à la nier sur tout le rivage jusqu'à la côte de Syrie. N'est-ce pas à cette double compensation de l'exhaussement allu- \'ional par le mouvement d'abaissement et par l'action marine que le Delta doit d'avoir à peu près conservé sa forme séculaire et que l'Egypte doit de n'avoir pas réalisé la prophétie d'Hérodote? « Un jour, disait-il, le terrain parviendra à une si grande hauteur que les plus fortes crues ne pourront pas l'atteindre, l'Egypte deviendra alors un pays stérile, absolument inhabitable ».
L'alluvion qui, de Syène au Caire, remplit la longue vallée et constitue le Delta, est formée, comme il a été dit plus haut, de couches minces de sable quartzeux, mêlé de parcelles de mica, de fer magnétique et de cailloux roulés d'origines diverses, qui, en vertu de leur poids, se déposent les premiers, et d'assises de matières terreuses plus légères que l'eau tenait en suspension et qui ne tombent que beaucoup plus lentement, après chaque crue, sur la surface du sol inondé; c'est ce qu'on appelle le limon du Nil. Le soi de l'Egypte lui doit sa couleur brune ou noirâtre; son aspect est celui d'une fine argile ferrugineuse, douce et un peu savonneuse au toucherl La chaleur du soleil le dessèche, le consolide et le fendille, sa cassure présente un grain très-fin. Les analyses qu'on en a faites diffèrent naturellement suivant la provenance des prises. Voici la composition que lui assigne Regnault dans la Description de l'Egypte :
Alumine 48
Carbonate de cliau.\ 18
Carlionnte de magnésie .... 4 ,
Carbone 9
Oxyde (?) 6
Silice i
Eau 11
Une autre analyse lui reconnaît la constitution suivante :
Silice 42.50
Alumine 24,23
Peroxyde de fer 13,63
Caibonaie de chaux 5,83
Carbonate de magnésie 1,20
3Iagiiésie 1,03
Acide ulmique et matière organisée 2,90
Eau 10,70
C'est donc un mélange de silicate d'alumine et de carbonates terreux, où prédomine de beaucoup le premier sel, mais c'est surtout une argile imprégnée de matières organiques recueillies sur une immense ))ortion de la surfiice de l'Afrique, et provenant principalement des plantes que le fleuve nourrit, qui encombrent le lit de ses nombreux affluents équatoriaux, que ses eaux entraînent et décomposent dans son immense parcours et qui constituent peut-être le plus puissant engrais végétal qu'il y ait en ce monde. Quand on réflécliit à la composition de ce limon, qui forme eu entier le sol liabité de l'Egypte, on prévoit déjà l'inlluence qu il doit exercer, sous un pareil climat, sur les bommes qui y vivent, et l'on s'explique par avance le caractère de la pathologie égyptienne que nous aurons tout à l'heure à étudier avec détails.
On le comprend mieux encore quand on réfléchit à la condition dans laquelle doit se trouver un pareil sol à la suite des inondations annuelles. Les eaux du iNil éprouvent, en eilet, tous les ans, des mouvements périodiques de hausse et de baisse aussi réguliers que les phénomènes astronomiques auxquels on les a si longtemps rattachés. Si nous étions encore aujourd'hui dans l'ignorance où se trouvaient les Anciens de tout ce qui se passe dans la zone équatoriale, nous ne nous expliquerions pas mieux l'impeccable régularité de ces mouvements. Aujourd'hui tout s'éckiircit par la connaissance que nous possédoBs du cours supérieur du fleuve et des conditions météorologiques du haut bassi« nilotique. Nous n'en admirons pas moins, plus éclairés, mais non moins émus, le merveilleux spectacle d'un fleuve qui, dans un pays où il ne pleut pour ainsi dire jamais, monte du solstice d'été à l'équinoxe d'automne, sort de son lit, inonde la vallée tout entière, puis se retire et rentre, avec une immuable précision chronologique, entre les bords qu'il avait dépassés. Dans l'Egypte telle que nous l'avons définie, c'est toujours au mois de juin que débute la crue^ Du 6 au 10 juin, on voit arriver au Caire les « eaux verdàtres » qui l'annoncent invariablement. Le fleuve monte d'abord lentement, insensiblement ; vers la mi-juillet apparaissent les « eaux rouges », et la crue s'accentue rapidement; le niveau du fleuve ne cesse plus de s'élever jusqu'aux environs du 7 octobre. Les eaux couvrent alors, et depuis longtemps déjà, la plus grande partie de la vallée. A partir de ce moment le Nil décroit, très-rapidement en octobre et novembre, moins vite en décembre, avec une lenteur de plus en plus prononcée en février, mars, avril et mai, époque des plus basses eaux. La crue atteint généralement une hauteur de 16 à 17 mètres à Assouân et de 6 à 7 mètres au Caire. Mais, si régulier dans sa période et même dans son intensité, que soit le phénomène, il n'en présente pas moins d'année en année des variations faciles à constater et d'où dépend le sort de la récolte. On peut même prévoir, d'après le degré qu'atteint l'inondation, la valeur delà moisson: aussi, de tout temps, la hauteur du Nil a-t-elle réglé d'avance la quotité de
l'impôt. Pour rester dans la bonne mesure, la crue doit monter aux environs de 7 mètres, hauteur mesurée au nilomètre de l'île de Rhodali, en face du Caire.
Le jour ovi les eaux viennent raser les berges et oiî l'on se dispose à rompre les digues pour leur livrer passage est un jour de fête, mais cette solennité ne se célèbre point à jour fixe, ni à la même date chaque année dans tout le pays. Elle tombe en juin dans la Haute-Egypte, du 16 au 25 août dans le Delta; car lente est l'arrivée des eaux dans cette vallés nivelée par les inondations, où, de Syène au Caire, on compte à peine, par kilomètre, 1 1 millimètres de pente, et bien moins encore dans le Delta (6 ou 7 millimètres par kilomètre) ; où le courant, qui fait 2500 mètres à l'heure dans les basses eaux, ne dépasse guère la vitesse de 5600 mètres par heure au plus fort de la crue. D'ailleurs, les saignées successives retardent elles-mêmes le flot d'inondation. Il faut dire aussi que les berges sont beaucoup plus hautes au-dessus des basses eaux dans la Haute que dans la Basse-Egypte. Dans la première zane, elles vont jusqu'à H mètres, tandis que dans l'Egypte moyenne elles ne dépassent pas 6 ou 7 mètres et qu'elles se réduisent à 2 mètres à peine dans les bras qui parcourent le Delta. Les digues rompues, les eaux se précipitent de part et d'autre et gagneraient tout aussitôt, si d'autres digues ne les retenaient de place en place, la partie la plus basse de la vallée, celle qui touche au pied même des deux chaînes de hauteurs qui enserrent le bassin. La vallée du Nil ne présente pas, en effet, une surface plane; examinée sur une coupe transversale, elle affecte, au contraire, une forme convexe, en dos d'âne, et lejit même du fleuve est creusé au sommet. L'inondation transforme le pays entier en un vaste marécage coupe de chaussées et de digues entre lesquelles l'eau stagne pendant près de trois mois. Mais les terres ne reçoivent pas seulement les eaux versées à leur surface, elles s'imprègnent encore de celles qui s'infiltrent à travers les couches successives d'alluvions qui constituent le sol jusqu'à une profondeur moyenne de 10 à 12 mètres. Huit ou dix jours après la crue, l'eau monte déjà dans les puits creusés à 100 mètres des berges; les infiltrations se révèlent de plus en plus tardivement à mesure qu'on s'éloigne du fleuve : à 1000 mètres les eaux ne commencent à monter qu'à une époque où le Nil est déjà en déclin.
D'où viennent ces eaux croissantes? Il ne pleut, pour ainsi dire, jamais, en Egypte, encore moins, s'il est possible, en Nubie, et le fleuve monte à l'époque de l'année où l'atmosphère est la plus sèche et la plus embrasée. Les Anciens, pour expliquer cette merveille, avaient imaginé des fables que l'exploration de l'Afrique a remplacées par des observations qui rendent un compte exact de l'origine de ce phénomène.
Si l'on discute encore aujourd'hui sur l'existence et la position géographique du mince filet d'eau qui doit être considéré comme la véritable « tête du Nil », nous n'en pouvons pas moins prétendre, en toute vérité, que nous connaissons désormais dans son ensemble le bassin du grand fleuve, ou plutôt des deux puissantes rivières qui, réunies, constituent le vieux Nil égyptien, le Nil blanc ou Bahr-el-Ahiad, le Nil bleu ou Bahr-el-Azraq. Mais, par la longueur de son parcours avant le confluent, par la masse continue de ses eaux, par l'immensité du territoire qu'il draine, le véritable Nil, c'est le Nil blanc. L'autre n'est qu'un puissant affluent, plus violent, mais plus variable. Le Nil blanc, le fleuve équatorial, rassemble les eaux d'une immense surface qui n'occupe guère moins de 18 degrés en latitude (du 5*= degré sud au 15*^ degré nord) et 15 degrés
en longilude (du 20^ au 55'' longitude est [Paris]). Au sortir des grands lacs équatoriaux, d'oîi ses eaux se précipitent en chutes et en rapides, le Nil blanc coule de Véquafeur au 9" degré de latitude nord dans une plaine à très-faible pente dans la dernière 'partie de laquelle son cours devient incertain; il se subdivise même en deux branches parallèles, le Bakr-el-Djebel et le Bahr-el- Zaraf, dont le dernier notamment est un fleuve errant, encombré d'une végétation puissante dont les débris forment les îles flottantes qui errent sur les marécages immenses et sans profondeur oij s'endorment les eaux. Vers le 9« degré, à Sobat, le Nil blanc reçoit par un affluent de gauche le Bahr-el- Gazâl, qui descend du Darlbur et dont le cours est perpendiculaire au sien, les eaux d'un vaste lacis de rivières qui, elles, courent comme le grand fleuve du sud au nord. Sur cette immense étendue de pays tombent d'avril en juillet, puis de septembre à novembre, les pluies des deux saisons d'hivernage produites par le passage de la zone des calmes et de son anneau de nuages, allant de l'équateur au 15'' degré nord, pendant que le soleil parcourt l'écliptique de l'équinoxe de printemps au tropique du Cancer. A la limite de cette zone, vers Khartoum (16 degrés nord), les deux saisons se confondent en une seule, qui s'appelle le « Kharif )), qui commence en mai, plus fréquemment en juin ou en juillet, et se termine en septembre. 11 pleut donc incessamment, pour ainsi dire, d'avril à novembre, sur le haut Nil entre Kbartoum et l'équateur. C'est de la zone qui vient d'être décrite qu'arrivent les eaux vertes, qui vers les premiers jours de juin débouchent à la porte d'Assouân et qui dessinent les premiers mouvements de hausse au-dessus des basses eaux. Elles doivent évidemment leur color.ition particulière aux débris végétaux qu'elles emportent de la région des embarras où languit le Nil blanc avant son confluent avec le Bahr-el-Gazal.
Le Nil bleu ou Babr-el-Azraq est un fleuve abyssinien ; il rassemble à peu près toutes les eaux qui tombent sur les hauts plateaux de l'Ethiopie centrale : celles qu'il ne recueille pas forment l'AtbAra, cours d'eau temporaire, aux allures de torrent, qui jette au Nil, un peu plus bas que Berber, les eaux des torrents de la port'on septentrionale du plateau abyssin. Or l'hivermige dure d'avril à la fin de septembre dans la région centrale de l'Abyssinie, et le versant nord-ouest des montagnes reçoit deux saisons pluvieuses : l'une qui va d'avril au commencement de mai, l'autre qui occupe les mois de juillet, aoiàt et septembre. Ce sont ces eaux qui, se précipitant en cascades et en torrents sur les flancs des plateaux qu'elles désagrègent, courent former le Nil bleu et l'Atbâra. Ce sont elles qui arrivent à la porte d'Assouân dans la deuxième quinzaine de juin; ce senties eaux jaunes qui accentuent la crue du Nil, soulèvent rapidement le fleuve et le jettent hors de son lit.
C'est à Khartoum, vers le 16" degré de latitude nord, que se trouve la jonction des deux Nils et que l'on peut voir le contraste des eaux troubles, limoneuses, chargées de débris organiques, du Nil blanc, avec les eaux plus claires du Nil bleu; mais, tandis que la masse des eaux du fleuve équatorial, plus constante, s'élève relativement peu dans les crues, s'abaisse moins dans les maigres, les eaux du fleuve abyssinien éprouvent des mouvements beaucoup plus prononcés et présentent un cours plus violent et plus contrasté. C'est aussi ce dernier qui fait l'inondation, sans lui le Nil coulerait lentement à travers l'Egypte sans grand mouvement de hausse ni de baisse; c'est lui qui, précipitant en quelques semaines une énorme masse d'eau dans le fleuve, le force à sortir de ses berges. C'est lui qui l'enouvelle incessamment le sol de l'Egypte en y portant le
dO EGYPTE.
limon arraché aux pentes des plateaux éthiopiens et constitué principalement des sables et des argiles résultant de l'altération au contact des agents atmosphériques des roches volcaniques qui couvrent tout le pays abyssin; mais c'est le Nil blanc qui amène les débris organiques, qui transforment le limon en cet humus fécond auquel l'Egypte doit sa richesse.
Météorologie. Climatologie. La position de l'Egypte dans la zone subtropicale donne à son climat, bien qu'à un degré moins prononcé, les traits généraux qui caractérisent la météorologie de la zone intertropicale : la constance et la régularité des phénomènes. On peut dire que deux saisons s'y partagent l'année : l'une tempérée, qui va d'octobre à mars, et qu'en raison de sa coïncidence chronologique avec notre hiver qu'elle encadre, on peut appeler l'hiver; l'autre, chaude, qui suit la première et qui va jusqu'à la fin de septembre : c'est donc l'été. Ces dénominations sont d'autant plus acceptables que ce qu'on devrait appeler l'automue et le printemps, par respect pour les coïncidences dans le temps, se trouve réduit à deux courtes périodes transitoires, qui ne méritent pas, en raison de leur brièveté, d'être considérées comme des saisons distinctes. En été, le ciel est clair, l'air chaud, et son état hygrométrique voisin du point de saturation ; eu hiver, le ciel est souvent couvert, l'air frais, c'est la saison des pluies dans le Delta. Au reste, on ne saurait s'attendre, ainsi que le remarque judicieusenient^Schnepp, à ce qu'un pays qui s'étend sur 7 de;:rés de latitude ait un climat partout identique à lui-même, A ce point de vue, comme sous le rapport politique, l'Egypte, du 24° au ^i" degré de latitude nord, se partage en trois régions : la Basse-Egypte ou Bahirieh, qui comprend tout le Delta; la Moyenne-Egypte, ou Oueslani, et la Haute-Egypte, ou Sdid, qui englobent toute la vallée, du Caire à la porte de Syène, située, non pas sous le tropique, comme le disaient les Anciens, mais tout près d'un degré plus haut. Le climat de la Basse-Egypte diffère surtout de celui des deux autres, en ce qu'il affecte les allures du climat marin, à extrêmes atténués; l'immense plaine du Delta, livrée sans protection au souffle des vents méditerranéens, participe du climat de la mer oià elle s'avance en formant la pointe émoussée qu'on appelle le cap Bourlos.
Température. A Alexandrie, où se sont faites toutes les observations sur lesquelles on peut compter, la température moyenne annuelle est de 21", 54 d'après Schnepp (trois ans d'observation). M. de Lesseps avait trouvé 20°, 5 jjour huit mois d'observation et Russegger 20" pour quelques mois à peine. Le mois le plus chaud est le mois d'août dont la température moyenne est de 27°, 84 (Schnepp); le plus froid est le mois de janvier; température moyenne H»,H. Ce sont les mois d'avril et de novembre dont la température moyenne se rapproche le plus de la moyenne thermométrique annuelle. A Port-Saïd, d'après les observations faites en 1860, la moyenne de la température annuelle serait de 22", 46, un peu plus forte que celle d'Alexandrie. Là, ce seraient les mois d'avril et de mai qui se rapprocheraient le plus de la moyenne tliermométrique annuelle. Mais les moyennes ne parlent guère au médecin qui cherche à se rendre compte d'un climat, la marche de la colonne thermométrique est bien autrement instructive. Dans les trois années d'observations de Schnepp, à Alexandrie, la température la plus basse fut constatée le 9 janvier 1859; elle était de 7°, 7; le maximum eut lieu la même année, le 7 mai, on eiàt 58°, 6. D'après Russegger, c'est aussi en janvier que s'observe le minimum moyen ; pour M. de Lesseps, c'est en décembre et février (moyenne 17°, 5), tandis que sa moyenne de janvier
alleinl 18°, 7. Ce qui cciractérise d'une manière un peu inattendue le climat d'Alexandrie au point de vue de la température, ce sont les écarts assez considérables qui s'observent non-seulement entre les variations annuelles, mais entre les mensuelles, et qui peuvent aller jusqu'à 20 ou 21 degrés pendant les mois d'hiver. Les variations diurnes elles-mêmes sont considérables, puisque la différence entre les extrêmes est rarement inférieure à 5 degrés et qu'en terme moyen elle est de 6 à 7 degrés (Scimepp). La cause de ces écarts doit se trouver dans la rencontre, sur le Delta, des vents d'ouest et de nord de l'hiver méditerranéen avec les vents de sud ijui suivent la vallée égyptienne. Encore faut-il compter avecle vent du désert, le Khamsin, dont il sera parlé plus loin, qui élève brusquement le niveau de la colonne thermométrique. C'est sous cette influence que Schnepp observa à Alexandrie son maximum de 58", 6 le 7 mai 1859. Les rares observations faites dans le Delta coïncident avec celles qui ont été recueillies à Alexandrie et montrent peu de différence entre la température de la plaine et celles de ses rivages. D'une manière générale, la chaleur s'y élève rarement au-dessus-
de 29".
Les observations recueillies au Caire, ville placée, comme on sait, au point oîi' s'ouvre la vallée et où le Delta fait suite à l'étroit couloir du Nil, permettent sans doute de se rendre compte du climat de la moyenne partie de l'Egypte, située cependant un peu plus au sud. Niebulir, de novembre 1761 au mois d'aotjt 1762, avait trouvé une moyenne égale à 21°, 56. De 1799 à 1801, les savants français^ de l'expédition d'Egypte ont établi la moyenne annuelle à 22°, 07, et Destouches, de 1855 à 1859, a constaté 22°,40. C'est à ces deux derniers chiffres, qui résultent de plusieurs années d'observations suivies, qu'il convient évidemment d'accorder le plus d'impoitance. Le mois le plus chaud de l'année, c'est le mois d'août; Niebuhr lui attribue une moyenne de 30°, 77 ; Nouet, 32»,79 ; Destouches, 29»,54; mais le mois de juillet ne lui cède guère, car Destouches lui donne la même moyenne thermométrique. Coutelle a trouvé la moyenne 50", 25 pour ce dernier mois. Le mois le plus froid est le mois de janvier; voici les températures moyennes observées :Xiebuhr,15%59; Coutelle, 15°,50;Nouët, 15°,02 ; Destouches, 15°, 56; février est à peu près au même niveau, ses moyennes sont : Niebuhr, 14», 55 ; Coutelle, 15°, 95; Nouët, 15°, 95; Destouches, 15°, 54. On s'accorde à dire que ce sont les mois d'avril et d'octobre qui possèdent la température moyenne la plus rapprochée de la moyenne annuelle. Mais, au point de vue thermométrique, le climat du Caire paraît surtout caractérisé par l'écart d'es variations, ainsi qu'oa en pourra juger par les chiffres suivants : la température maxima constatée par les savants de l'expédition d'Egypte a été 40°, 87, observée le 28 mai 1799, et la température minima, 4°, 40, observée le 15 février de la même année. Jomard y a vu le thermomètre descendre à 2° au-dessus de zéro et il y a constaté du. givre et de la glace. Les moyennes mensuelles elles-mêmes constatent l'intensité des variations thermiques, mais on le voit mieux encore en comparant les températures extrêmes de chaque mois. C'est en hiver que l'on constate les plus grandes différences, elles atteignent d'un mois à l'autre 15, 18, 20 et 22 degrés; en autonmc, le climat thermométrique est plus constant. Les variations diurnes sont plus intéressantes, parce que ce sont elles qui ont le plus d'action directe sur l'organisme humain. Pendant l'hiver, on constate couramment des différencesde 4, 5, 7 et même 9 degrés, entre les températures du matin et de l'aprèsmidi. On a quelquefois 2° et 5° seulement le matin, pendant les mois de janvier et de février, tandis qu'au milieu du jour la température s'élève à 19%
20 et même 24<^, On s'explique aisément ainsi la sensation de froid qu'éprouvent au Caire les Européens. Toutes ces constatations établissent qu'au Caire et dans la région environnante le climat est plus rigoureux qu'à Alexandrie. 11 y fait plus chaud, il y fait beaucoup plus froid; les variations thermiques sont à la fois plus fortes et plus rapides. En un mot, le Caire a un climat continental qui contraste avec le climat marin d'Alexandrie.
Nous n'avons pas de bien longues séries d'observations thermométriques recueillies dans la Haute-Egypte. Uhle a trouvé, pour la moyenne de la saison d'hiver, 18",6; Nardi, 18 degrés, entre Siout et Assouân; Sclmepp, entre le Caire et Thèbes, a, d'après ses observations, une moyenne de 12°, 96, et de Thèbes à Philœ 16", 47. Ce qui caractérise au point de vue thermique le climat de la vallée supérieure égyptienne, ce sont les variations considérables entre les températures observées aux différentes heures du jour; ces écarts peuvent atteindre jusqu'à 19%65 (Uhle) en un seul jour. Schnepp a constaté des diffél'ences de 10, 12 et même 14 degrés entre les températures relevées au lever du soleil et celles de onze heures du matin. Il a vu à Thèbes le thermomètre marquer seulement 2» au-dessus de zéro au lever du jour, et s'élever jusqu'à 50" à midi. Welles de même a vu des températures de 20,75 en janvier et de 1°,65 en février, observées le matin, contraster avec des températures de 25" le même jour. Dans les nuits sereines de ce pays, le rayonnement explique cet abaissement considérable de la température, et l'on comprend que l'on puisse trouver de la glace et du givre sur le sol ainsi refroidi, malgré les hautes températures qu'il subit pendant le jour, même dans la saison d'hiver. Nous avons peu de données numériques sur les températures de l'été sur le Haut-Nil; du moins n'ai-je pas trouvé de séries d'observations qui permissent d'étudier la marche du thermomètre pendant l'été ; je constate seulement qu'on a observé jusqu'à 34" à Siout, 56 et 58» à Syène. GouteHe, à Philœ, a noté 45'',1; Burckhardt à Esneh, 47", 4 pendant un khamsin. Enfin, la plus haute température que je trouve indiquée, c'est 48", observée par Prisse d'Avenues à Louqsor.
Baromètre. Les influences directes qu'exercent sur l'homme les variations delà pression atmosphérique, dans les limites où elles s'observent généralement, sont si peu importantes ou, du moins, si peu connues encore, que l'on pourrait à la rigueur les passer sous silence dans un article de géographie médicale en l'état actuel de nos connaissances. D'ailleurs, les données que nous possédons sur la marche du baromètre en Egypte ne sont pas très-nombreuses. Ruppel et Russegger, observant seulement pendant une partie des mois d'hiver, ont calculé, pour Alexandrie, une hauteur barométrique moyenne de 762™'", 8. Schnepp, pour trois années complètes d'observation, n'a trouvé qu'une moyenne de 759™'", 4. Le chiffre fourni par les premiers observateurs paraît donc un peu trop élevé, d'autant plus que la moyenne annuelle la plus haute calculée par Schnepp ne dépasse pas 760""", 57. D'après ce dernier, les plus hautes pressions se montrent en hiver (774'""',25, le 17 janvier 1859). En moyenne, la colonne barométrique descend de janvier ou février en août et monte de septembre à janvier. Toutefois, en 1860, le maximum barométrique avait lieu en mars et le minimum s'est produit en février (750 millimètres), sans doute par une ■variation accidentelle. Si l'on suit la marche diurne de la pression, on constate que le maximum se produit le matin et le minimum de une heure à trois heures de l'après-midi.
Au Caire, la marche annuelle des pressions est bien indiquée par le tableau ci-dessous :
Slaxiraa.
Janvier 162,4
Février >'
Mars '39,45
Avril '60,10
Mai ''■'^8,23
Juin "51,42
Juillet. . .
Août . . .
Septembre.
Octobre.. . Novcranre.
Décembre .
JWiiiima.
dont les données s'accordent d'une manière générale avec celles que je trouve par ailleurs. Ainsi Çoutelle et Destouches placent le maximum en janvier et l'évaluent l'un à 1Q2"'"\S1, l'autre à 761 ■"'",47. Ils indiquent le minimum en juillet, et le fixent l'un à 7o2'""',27, l'autre à 754™"', 12. Tous les observateurs constatent que les variations diurnes sont peu considérables. Elles le sont moins encore à mesure qu'on monte vers la Haute-Egypte (2 millimètres d'après Uhle), et cette diminution d'amplitude des variations est un trait caractéristique qui rapproche de plus en plus le climat de la haute vallée nilotique du climat intertropical, oii la fixité de la colonne barométrique est si remarquable.
Régime des vents. Le régime des vents diffère sensiblement suivant qu'on l'étudié dans la Basse-Egypte ou dans la vallée du Nil. Sur le Delta, où rien ne l'arrête, on peut dire que le vent souffle de toutes les directions; dans la gorge nilotique, comme dans toutes les vallées, les vents tendent à suivre la direction que leur imposent les parois, et à se transformer en vents d'amont et en vents d'aval. Sur l'immense plaine qui s'étend du Caire à Alexandrie, ainsi que dans la partie orientale de la l\léditerranée, ce sont les vents du nord et de l'ouest qui prédominent. Ils régnent pendant l'été, appelés par la chaleur des déserts, et rahaîchissent l'atmosphère. Ils régnent souvent même en hiver. Les vents du sud se montrent en décembre, mais leur saison est surtout le printemps où l'on observe les directions du sud, du sud-est et du sud-ouest. Les vents de l'est sont les plus rares; ils se montrent surtout aux é^)oques transitoires du printemps et de l'automne.
Dans la haute vallée, ainsi qu'il a déjà été dit plus haut, tous les vents tendent à prendre la direction générale qu'affecte le fleuve. Au Caire déjà on constate six fois plus souvent les vents de nord que les vents de sud. Les premiers prédominent surtout l'été sur le Délia, ils sont toujours agréables; les vents de sud au contraire, qui passent sur les déserts, sont secs et brûlants en été, humides et froids eu hiver. En général, dans toute l'Egypte, les vents montent et descendent avec le soleil et tombent à son coucher. Mais aucun vent ne se montre aussi soumis à cette règle que le terrible khamsin, vent qui dure cinquante jours, ou régnant plus fréquemment dans les cinquante jours quj avoisinent l'équinoxe; le khamsin, dont le nom signifie cinquante, est un vent brûlant, accidentel, qui souffle du sud ou plutôt du sud-sud-ouest, et qui règne surtout en mai, s'accompagnant d'une élévation considérable de la température, d'un abaissement brusque de la colonne barométrique, qui descend de 4, 5 et même 7 millimètres en quelques minutes, et surtout d'une diminution énorme de l'état hygrométrique de l'air qu'on a vu tomber de 0,51 à 0,17. Tout le monde a lu les descriptions de ce phénomène météorologique si curieux, si saisissant et si terrible. « Le khamsin s'annonce presque toujours brusquement, comme un ouragan, par un désordre général de l'atmosphère. Le ciel, de pur et serein qu'il était, se rembrunit tout à coup; c'est à peine si l'on
aperçoit le disque au soleil; des nuages d'un jaune terne s'amassent dans une partie du ciel, roulent, s'étendent, s'aplanissent et se fixent, un bruit sourd Jes accompa^rne; toute la nature prend une teinte uniforme, qui a quelque chose de sinistre. Si on lève les yeux pour chercher le soleil, on voit flotter, dans une colonne oblique d'atomes lumineux, la poussière impalpable que le khamsin enlève au désert. Les arbres de haute futaie, placés à une distance qui permettrait de distinguer les feuilhiges et les fruits, ne paraissent plus que comme une silhouette plus sombre dans l'atmosphère grisâtre Le thermomètre monte de 10 à 15 degrés dans l'espace de quelques heures; la chaleur devient étoufAuito et plonge le corps dans un état complet de prostration; la respiration est courte et laborieuse, la peau se dessèche et se crispe; la transpiration s'arrête et l'on se sent dévoré par une chaleur ardente qu'aucune boisson ne semble pouvoir apaiser. Ce qu'on éprouve est d'autant plus pénible que le khamsin succède très-souvent à une belle soirée de printemps. Un silence effrayant règne partout; les travaux et le mouvement de la vie cessent, les animaux se cachent, et on n'entend que le bruit de l'ouragan. Les habitants des villes et des villages se réfugient à la hâte dans leurs maisons, où ils se jettent sur les divans ou sur les nattes, après avoir fermé portes et fenêtres, poiu" se "arantir de la poussière fine et pénétrante que soulève le tourbillon. Le Bédouin, si indifférent aux vicissitudes de l'atmosphère, attend prudemment dans sa tente, enveloppé de son burnous de laine, la iin du khamsin. Malheur à celui qu'un tel vent surprend au milieu du désert! Le sable, en recouvrant les traces des caravanes, l'empêche de reconnaître la route qu'il doit suivre ; il lui faut camper à la hâte là où il se trouve. Les végétaux souffrent encore plus que les êtres du rècne animal. Les premières rafales du khamsin hâtent la maturité des fruits, lorsqu'elles ont lieu à l'époque ordinaire, mais, si ces ouragans commencent trop tôt, ils causent un dessèchement anticipé qui diminue quelquefois d'un tiers la valeur de la récolte. En 1858, plus de 40 000 pèlerins musulmans étaient campés dans le désert, près du but de leur voyage, lorsque le khamsin se déchaîna tout à coup; les tentes furent déchirées et jetées au loin; beaucoup de voyageurs furent frappés d'apoplexie, et d'autres, déjà fatigués d'une longue route, présentèrent bientôt les symptômes cholériques les plus alarmants; ceux qui survécurent précipitèrent leur marche en désordre vers la Kuasba, et fnippés de terreur s'empressèrent d'ofirir un sacrifice pour désarmer la colère d'Allah. »
La poussière impal|)able envoyée par le désert (d'après Pictet, on en trouverait jusqu'à 1 gramme dans chaque mètre cube d'air) est peut-être ce qui est le plus pénible à supporter ; elle provoque des éternuments, fatigue le gosier et dessèche la bouche. L'odorat est frappé d'une odeur de terre semblable à celle qui se développe au début d'un orage après une longue sécheresse.
Le khamsin, qui n'est point d'ailleurs un phénomène particulier à l'Egypte, se fait sentir dans tout le pays et jusque sur les bords de la mer Rouge. C'est une des causes de souffrance les plus vives dans notre nouvelle colonie d'Obock, où il souffle du nord-ouest ou du nord-nord-ouest. Bien que ce soit surtout pendant le mois de mai que le khamsin atleignc en Egypte sa plus grande intensité, ses apparitions ne sont pas strictement limitées à cette courte période d'un mois. Non-seulement le khamsin ne commence pas toujours en avril, comme on l'a dit, il se montre communément en mars et même en février. Il finit toujours en juin; quand il se prolonge pendant ce mois, son intensité est
beaucoup moindre. Le khamsin a pour caractère de cesser avec le jour, jamais il ne souille pendant la nuit. On conçoit qu'un phénomène me'téorologique qui amène dans la constitution du mélange gazeux atmosphérique de tels changements : abaissement de l'état hygrométrique, soulèvement de masses pulvérulentes qui se frottent en tous sens, soit accompagné de manilestations électriques intenses mais il ne s'ensuit pas qu'il faille voir dans ces faits intéressants une «ause du khamsin. 11 est bien plus probable (ju 'elles en sont la conséquence et que ce vent est produit de la même façon que toutes les trombes et les tourbillons que l'on a l'occasion d'observer. Le khamsin n'est pas le seul vent accidentel qui abaisse la colonne barométrique ; en février, mars et avril, on observe, d'après Schnepp, alternativement avec le khamsin, un vent d"ouest-nord-ouest, qui est extrêmement violent et qui s'annonce également par une chute du mercure.
État du ciel. Si nous nous en rapportions à l'idée générale qui résulte pour nous de tout ce que nous avons appris sur l'Egypte, nous croirions sans doute avec les anciens habitants de la vallée que c'est la « région pure » d'où les nuages sont bannis. Il n'en est point ainsi et l'on peut dire que le ciel y est couvert pendant un quart de l'année. D'avril à juillet les vents du nord chassent de gros nuages qui menacent, mais qui se dissipent peu à peu en gagnant la Ilaute- Égvpte. Jamais cepend;mt le ciel ne reste voilé pendant tout le jour. Vers l'automne encore le ciel est nuageux le matin, mais il se découvre bientôt. C'est surtout à Alexandrie et sur toute la côte que l'on constate cet état du ciel. Au Caire, déjà, la sérénité est à peu près constante. Sur HOl jours d'observations, on trouve 245 jours de nuages et 95 seulement de temps couvert. Plus loin, la sérénité du ciel qui couvre la vallée n'est plus jamais guère troublée.
État hygrométrique. De tous les éléments de l'étude météorologique du climat (gyptien aucun n'est plus variable, suivant la région du pays que l'on considère, que la proportion d'humidité contenue dans l'atmosiihère. Dans les portions les plus basses de l'Egypte, celles qui sont voisines de la mer, l'humidité varie avec les vents : très-grande par les vents de nord et de nord-est, elle diminue par ceux de nord-nord -ouest, et devient à peu près insensible par ceux de sud-sud-ouest. A Alexandrie et tout le long du littoral, dès le mois d'avril, au coucher du soleil tout est trempé d'eau, rues, terrasses, etc. Cette humidité est ressentie jusqu'au Caire, mais sur toute la plaine elle devient plus sensible pendant les mois d'août et de septembre. Elle ne disparaît même tout à fail qu'au passage du khamsin. La cause de cette augmentation d'humidité est évidenimeut la crue du Nil. Toutes choses égales d'ailleurs, cette humidité devient plus faible à mesure qu'on s'éloigne de la mer; elle disparaît à peu près complètement en hiver. Les mesures exactes que l'on a faites de l'état hygrométrique correspondeni avec l'appréciation générale qui précède. A Alexandrie, Russcgger trouve pour moyenne 7fi, les extrêmes étant 82,8 et 52,6. Schnepp, par des observations plus nombreuses et plus continues, arrive à une moyenne de 64,8, les extrêmes éfant 90 et 16. Au Caire, Destouches avait trouvé pour moyenne 56, Russegger 60,9 ; les mois humides de l'hiver lui ■avaient donné 72 et pendant la sécheresse du mois de mai il avait calculé 58. Dans la Haute-Egypte, où la sécheresse est parfois extrême, la plus faible humidité constatée a été de 11 à Louqsor; mais jamais on n'a trouvé moins de 24 dans le lit du fleuve. Au reste, rien n'est plus variable que cet élément méléorulogique dans les hautes régions de la vallée, et les observations sui-
vantes de Uhle peuvent en donner une idée. Cet observateur a trouvé pendant les mois d'hiver, au soleil levant : maximum 95,5, minimum 22; à 9 heures du matin : maximum 85,8, minimum 51,2; à 2 heures de l'après-midi: maximum 75, minimum 8,8 : à 10 heures du soir : maximum 89,2, minimum 20,05 ; Schnepp eniin a trouvé pour moyenne 56,02, le maximum étant 64. Ces différences énormes sont les conséquences de l'intensité des variations thermométriques qu'cntiaîne le rayonnement, qui n'a nulle part autant de puissance qu'en É'^pte. C'est à la même cause qu'il convient d'attribuer ces rosées abondantes qui se déposent peu avant et après le coucher du soleil, et ce refroidissement du sol qui couvre de brouillards les rives du fleuve ou la vallée inondée et qui fait descendre si bas la température des sables qu'un matin M. Maspero a trouvé un glaçon entre Esneh et Edfou.
Pluies. « 11 ne pleut jamais en Egypte » est encore une de ces assertions qui, pour n'être pas d'une exactitude rigoureuse, sont cependant vraies d'une manière générale, lorsque l'on considère l'ensemble des choses. Ainsi, s'il faut avouer qu'en hiver, ou pour mieux dire au printemps, les pluies sont abondantes à Alexandrie, il faut également convenir qu'elles sont rares au Caire, trèsexceptionnelles à Minieh, tandis qu'à Thèbes et dans toute la Ilaute-Égypte la pluie devient tout à fait inconnue. Cependant à Siout Pruner Bey a observé de la pluie en hiver, Uhle a vu trois fois quelques gouttes d'eau, Schnepp également, et il a su que le lendemain la pluie tomba pendant une heure dans les environs. Enfin, à Assoutân, les gens du pays se rappellent avoir vu autrefois de la pluie. Mais ce sont là des exceptions qui font précisément ressortir, par la surprise qu'elles causent, l'excessive rareté du phénomène,
11 pleut toutefois assez fréquemment dans la Basse-Egypte. Ordinairement, les pluies commencent en octobre, se continuent en novembre, en décembre, et finissent en mars. On compte de 25 à 50 averses par an, mais la pluie est presque continue et l'on se trouve comme plongé dans un bain d'humidité. En général, les pluies sont d'autant plus fortes et plus fréquentes que le débordement du Nil a été plus grand et qu'on se rapproche davantage des bords de la mer. Pendant l'occupation française, le nombre moyen des jours de pluies a été évalué à 15 ou 16 par an, il était de 12 à 15 sous Méhémet-Ali. C'est, bien entendu, à Alexandrie, baignée des nuages de la Méditerranée, qu'il pleut le plus en Egypte : Schnepp pour trois années trouve un chiffre moyen de 55 jours de pluie par an ; l'année où il y en a eu le plus en a compté 65 et celle où il y en a eu le moins 47. 11 calcule à 255™", 5 par an la quantité moyenne de pluie tombée, celle de ces trois années qui en a fourni le plus a donné 31 S'""", 5, celle qui en a eu le moins, 204™™, 6; c'est environ la moitié de ce qui tombe d'eau en France dans lesdouze mois. Oi', comme à Alexandrie il pleut surtout en décembre et en janvier, beaucoup moins en février et presque pas en mars, et que, pendant les autres mois, sauf juin et juillet, il tombe à peine quelques gouttes d'eau, on voit qu'il doit tomber, pendant ces deux mois, d'assez fortes averses sur le littoral égyptien. Il pleut de moins en moins à mesure qu'on remonte le fleuve. Au Caire, Joraard a compté plusieurs jours de pluie en janvier 1799, 10 jours en janvier 1 800 ; il a vu une averse durer trois quarts d'heure. Pruner Bey a compté 5 journées de pluie en avril 1852. En somme, on peut évaluer à 54 millimètres d'eau la moyenne des pluies qui tombent au Caire (moyenne de cinq années) ; c'est à peu près la dixième partie de ce que reçoit Alexandrie. Bans la haute vallée, ainsi qu'il a été dit plus haut, il ne tombe que rarement
quelques gouttes d'eau. Mais les brouillards qui régnent le matin sur le fleuve et les rosées des nuits suffisent à entretenir la vége'tation. Ces rosées sont surtout fréquentes au moment où la crue commence, les Coptes prétendent qu'elles la précèdent immédiatement et que c'est une goutte « nocta » tombée du ciel qui fait déborder le fleuve et rend ses eaux fécondes.
Les oracles sont rares eu Egypte. Ils se montrent principalement à l'époque des pluies en décembre et janvier. Au Caire, on en compte 14 en Sans. La grêle est rare, mais s'observe quelquefois, ô fois en il ans (Euzière). Quant à la neige, elle y est inconnue, bien qu'en 1855 on en ait vu à Alexandrie, à Rosette et jusqu'à Atfeh.
Flore. La végétation de l'Egypte n'est ni très-riche, ni très-variée. L'uniformité presque complète du climat dans tout le pays, l'identité de composition du sol, son niveau presque invariable, ne se prêtent en aucune façon à la diversité des plantes ni des cultures. 11 faut toutefois faire une distinction entre la flore des déserts et celle de la vallée, il faut même constater combien sont différentes les flores de chacun des deux déserts qui enserrent l'Egypte : celle des montagnes arabiques se rattache à la flore palestinienne, celle du désert libyque est plus originale, mais les plantes des oasis appartiennent à la flore méditerranéenne et à celle de l'Europe méridionale. Au premier abord, la monotone aridité du désert semble devoir désespérer le naturaliste, une exploration attentive ne tarde pas cependant à lui offrir quelque intérêt. Les plantes, en général, s'y rassemblent en des localités basses, semblables à des vallées dirigées plus ou moins exactement de l'est à l'ouest et abritées, par conséquent, au nord et au sud, ou encore dans des espèces d'excavations irrégulières disséminées çà et là. Les plantes qu'on y rencontre sont d'un vert blanchâtre, d'une couleur si peu tranchée qu'elles se confondent avec le sol. Elles sont toutes peu élevées, la plupart même sont tout à fait basses, tortueuses, rameuses, leurs feuilles sont couvertes de duvet : ainsi les stachys [labiées), les astragales [légumineuses), ou bien elles sont munies de piquants acérés, comme certains convolvulus, comme le chardon [Chrysocoma). On y trouve encore des Borraginées à fleurs rudes, des Gi'aminées à chaume presque ligneux, ou des plantes grasses, telles que les Mesemhnjanthemiim, les Zygophyllum. Cette flore si pauvre tend cependant à gagner l'Egypte, portée par les empiétements du désert, dont les sables gagneraient incessament sur les cultures et dont la poussière impalpable et salée mettrait bientôt à mort tous les autres végétaux, si la main de l'homme ne luttait sans cesse pour refouler l'envahisseur. Dans ces sables vivent en outre les nombreux Cactus, dont quelques-uns prennent dans le Delta l'aspect et la taille de véritables arbres et fournissent à l'Arabe les figues de Barbarie (Schnepp).
La flore de la vallée égyptienne sans être riche, est évidemment, beaucoup moins pauvre ; elLe se rattache très-manifestement à la flore africaine. Ce serait un travail intéressant et curieux que de rechercher sous quelles influences la flore égyptienne a subi les modifications que l'on constate aujourd'hui ; ce serait toutefois une tâche difficile. Quoi qu'il en soit, les changements sont incontestables. Ainsi, la plus célèbre des plantes égyptiennes, le papyrus [Cyperus papyrus), a presque complètement disparu, puisque on n'en a retrouvé qu'à grand'peine quelques échantillons dans les marais qui avoisinent Damiette ; mais cette cypéracée se retrouve en abondance dans les marécages du haut Nil, dans cette partie du cours du Nil blanc que l'on a désignée sous le nom de Région des embarras. Les lotus roses [iSymphœa nelnmbo) ne se voient plus nulle part en
DICT. ENC. XXXIII. 2
Egypte, on a douté de l'existence même de la plante, jusqu'à ce qu'on l'eut retrouvée dans l'Inde. Le lotus blanc lui-même {Nijïnphœa alba) ne se rencontre plus que dans le Delta. Les sycomores y étaient autrefois beaucoup plus communs qu'ils ne le sont aujourd'hui, le Fayoum s'appelait même le pays des sycomores; ils étaient aussi beaucoup plus forts, et il faut remonter jusqu'au Soudan pour retrouver des arbres aussi [luissonts que ceux qui ont fourni les troncs évidés dans lesquels on couchait les morts de la XI* dynastie. Le palmier doum {Cnicifera thebaica Delille), dont les fruits abondent dans les nécropoles égyptiennes, ne se rencontre plus dans les jardins qu'au-dessus d'Esneh. Qu'est devenu le célèbre Persea {Balanites œgyptiaca Del.), dont l'identification même n'est pas bien certaine, et qui, avec l'acacia, l'olivier et le chêne, formait un bois dans la Thébaïde? Aujourd'hui, le chêne ne se trouve pour ainsi dire nulle part, et l'olivier est limité au Delta.
Il n'y a plus de forêts en Egypte. Des sycomores isolés ou plantés au centre des villages, des acacias clairsemés un peu partout, des palmiers groupés en bouquets ou rangés en avenues aux abords des centres de population ou sur les rives des canaux, des tamaris ombrageant les saliyehs, interrompent presque seuls la nudité du paysage, et, comme il n'y a pas non plus de gazon, leur verdure tranche sur la blancheur du sol partout où ne régnent pas les cultures. L'époque des pluies (d'octobre, ou plutôt de novembre à la fin de février) fait bien naître chaque année, surtout dans la Basse-Egypte, une foule de [dantes qui cachent le sol, mais la poussière hiie et salée que le vent apporte, ainsi que la chaleur intense des rayons solaires, les ont bientôt fait périr. Cbose digne d'attention, c'est vers l'époque de cette saison pluvieuse que les arbres commencent à se dépouiller de leurs feuilles, et c'est à ce moment que se produit l'arrêt de la vie de la végétation. Il est vrai qu'alors c'est l'hiver, mais cette saison, par les sensations qu'elle donne, ne mérite guère ce nom et ressemble plutôt au printemps de nos climats, ce n'en est pas moins la plus froide de l'année. Pendant les autres saisons, les végétaux trouvent dans les rosées abondantes ou dans le sol inondé l'humidité dont ils ont besoin pour vivre, et leur mouvement nutritif suit ainsi la marche de la température et non celle de l'humidité apparente. Ce fait a toujours frappé les voyageurs et l'on cite partout le mot d'Haselquist écrivant à Linné : « Que penseriez-vous, si je vous disais qu'il y a des arbres dont l'existence remonte à six cents ans et sur lesquels il n'a pas tombé six onces d'eau ? »
Les arbres qui viennent d'être cités, pour être ceux qui caractérisent plus spécialement le paysage égyptien, sont loin d'être cependant les seuls qu'on y rencontre. Nous allons les rappeler de nouveau en précisant davantage leur détermination, leurs caractères et, à l'occasion, leurs usages ; nous citerons ensuite les autres plantes les plus généralement connues de la flore égyptienne.
Le sycomore [Ficus sycomorus, Sycomorus djemnez, Ficus œgyptiaca de Prosper Alpin), Figuier d'Adam on de Pharaon des autres;, fournit le seul bois dur que l'on trouve en Egypte; ses figues, autrefois si appréciées et qui poussent sur le tronc même et sur les plus grosses branches, sont aqueuses et fraîches et rendent encore des services dans un pays privé d'eau.
Le tamaris (Tamarix nilotica) a des excroissances ou galles qui servent pour la teinture en noir et le tannage.
L'Egypte est la patrie de V Acacia vera ou arabica [Acacia nilotica), le Sount, l'arbre sacré qui fournit l'encens. D'autres espèces y sont encore com-
niunes : l'acacia de la Haute-Egypte et de la Nubie [Acacia lehheck), qui se voit au Caire dans les jardins; V Acacia seyâl (Delille), l'épine altérée de Pline et de Théophraste, est l'arbrisseau que l'on trouve le plus fréquemment dans le désert ; sou tronc nu, peu élevé, est armé de fortes et longues épines d'un blanc d'argent, ses branches sont couvertes d'un épiderme écailleux, rougeàtre. Le sable s'accumule à son pied, s'élève parfois en monticule jusqu'à mi-hauteur du tronc, ou même recouvre l'arbre entier qui sert alors de noyau à l'un de ces cônes de sable si souvent rencontrés.
Les cyprès {Ciipressus sempervirens) sont assez répandus. Plus liants, plus dé-'agés que le nôtre, ils se présentent sous plusieurs formes variées et poussent avec une grande rapidité; on en forme souvent des avenues.
Dans la Basse-Egypte on rencontre surtout le platane d'Orient [Platanus orienlalis); le frêne commun et le frêne à fleurs [Fravinus comymmis, Fr. omis) ; le robinier [Robinia pseudo-acacia); le févier d'Amérique [Gleditschia iriacaniJios); les divers peupliers [Popidiis alba, P. tremula); le pin sylvestre {Pinus sylvestris) ; le thuya {Th. orienfaîis).
Le dattier [Phœnix dactyîifera) se trouve un peu partout en Egypte, mais il se plaît surtout dans la Haute et dans la Moyeime-Égypte, dont il constitue l'une des richesses et où il présente de nombreuses variétés. Tout le monde connaît cet arbre d'une si haute élégance et ses fruits agréables qui font le fond de la nourriture d'un grand nombre d'êtres humains. Les dattes de la Haute-Égvpte et des oasis sont les plus appréciées. En dehors de l'usage comestible, on s'en sert pour fabriquer une sorte d'eau-de-vie, du vinaigre, du sirop. Les novaux broyés sont donnés en nourriture aux chameaux. Les feuilles du dattier se tissent en nattes et en corbeilles ; leurs gaines sont réunies de manière à former des cordages. Les pistils des fleurs donnent des filaments au moyen desquels on fabrique des brosses à bains; enfin, on mange le bourgeon terminal que les Arabes appellent le cœur du dattier, et quand l'arbre a ainsi tout donné, sou bois, bien que trop peu compact, sert encore à la construction des habitations.
Un autre palmier, le doum, que Delille a nommé Crucifera thebaica, autrefois très-répandu dans toute l'Egjpte, ne se trouve plus que dans la partie supérieure delà vallée. C'est un palmier à tronc lisse, qui se divise immédiatement en deux branches, dichotomisées elles-mêmes successivement. Le fruit est de la grosseur d'une orange avec un gros noyau central, la saveur en est sucrée, mais assez fade.
Le bananier {Musa paradisiaca), au contraire, ne se rencontre guère que dans la Basse-Egypte, surtout aux environs de Rosette, où on le cultive à Labri du vent, pour ses fruits très-recherchés.
L'olivier {Olea europcea) paraît avoir existé de tout temps en Egypte, mais il y avait à peu près disparu ; on l'y a ramené à l'époque de la renaissance égyptienne, mais on n'en tire pas d'huile, on le cultive pour ses fruits, qui sont assez grands et qu'on mange en saumure.
Les deux amandiers {Amygdalus communis) donnent l'amande douce et l'amande amèi-e.
Le mûrier blanc et le mûrier noir {Monts alba, M. nigra), ce dernier surtout, sont nombreux et donnent de bons fruits. Autour de certains arbres de cette espèce s'enroule une vanille.
Les arbres fruitiers de nos pays végètent en Egypte ; le pêcher, l'abricotier, le prunier, le poirier, le pommier, le cognassier, y donnent des fruits qui n'ont pas
toutefois la saveur des uôtres. Au contraire, les figuiers, dont il existe plusieurs variétés, donnent des fruits excellents.
On trouve encore en Egypte les jujubiers, dont Hérodote appréciait les fruits, qu'il appelait lotos, le Zizyphus vulgaris ou Rhamnus zhyphus. On y rencontre aussi le fi. spina-Christi.
L'oranger {Citrus aurantium), le citronnier (C. médicaux C. limonium), sont très-communs et donnent des fruits appréciés.
Le grenadier {Punica granaium) s'y présente en deux variétés, dont l'une donne des fruits doux, l'autre des fruits légèrement acides. Rappelons enfin les Cactus si répandus, si prospères, dont quelques-uns s'élèvent comme des arbres {Cactus opuntia), qui donnent les figues de Barbarie.
Les vignes d'Egypte,
Viles mareolides albœ.
ViRG.,
avaient autrefois une grande réputation et le vin qu'on en tirait était fort apprécié des Anciens. Les Romains en transplantèrent en Italie. Mais la conquête musulmane fit disparaître cette culture, sauf dans le Fayoum, où l'on en gardait quelques plants pour en manger les raisins. Des essais nouveaux ont été tentés depuis Méhémet-Ali, mais ils ne paraissent pas avoir suffisamment réussi.
La limite de culture du blé [Triticum sativum) remonte la vallée du Nil jusqu'en Abyssinie, à la bauteur de 1200 mètres. La culture de cette céréale en Egypte remonte à la plus haute antiquité, et c'est encore aujourd'bui l'une des principales sources de richesse du pays. La Haute-Egypte donne des blés durs et demi-durs, assez lourds et riches en gluten; les blés de la Basse-Egypte sont plus tendres, moins riches en gluten et plus légers. Cela tient-il en aussi grande partie qu'on l'a voulu dire au peu de soin qu'on donne à la culture? Cela n'est pas impossible. Toutefois la nature du sol, la rapidité avec laquelle pousse la céréale, y sont bien pour quelque chose. On a essayé beaucoup de procédés d'amélioration et notamment l'inlroduction de semences étrangères. Les blés de Médéah, ceux d'Europe et particulièrement ceux des provinces danubiennes, paraissent réussir ; au contraire, ceux du Caucase ont rapidement dégénéré.
Après le blé, le sorgho ou dourah {Sorgham vulgare) est la céréale la plus cultivée; la farine forme l'élément principal de la nourriture du peuple de rÉgypte. La graine de certaine variété donne une matière colorante rouge, qu'on emploie dans la teinture des nattes et autres produits de l'industrie locale. On coupe aussi souvent le dourah en fourrage pour les bestiaux.
Les orges sont très-belles, il en est de même du seigle. Le maïs {Zea maijs L.) réussit bien, si l'on sème celui de l'Asie Mineure, celui d'Amérique dégénère. Le riz [Oriza saliva) est cultivé dans la Basse-Egypte : toutes les belles rizières sont dans le Delta, les meilleures aux environs de Damiette. Le millet [Holcus spicatiis) y est également cultivé et sert à l'alimentation. L'avoine d'Europe y dégénère absolument : la plante reste belle, mais la fleur demeure stérile.
On mange également en Egypte : la trigonelle fenugrec [Trigonella fœnum grœcum), à la fois la tige et les feuilles, les graines se grillent et servent à la préparation d'une sorte de café; la fève [Vaha mtiva); les meilleures viennent de la Hautc-Égypte; la gesse [Lathyrus salivus) ; les pois {Pisum arvense), souvent aussi coupés en fourrage pour les animaux, les buffles et les chameaux tin particulier; les haricots dolics [Dolichos nilotica), le Dolichos memnonia,
commun à Thèbes; les lentilles d'Egypte {Ervum îens), si renommées dans l'antiquité sous le nom de lentilles de Péluse, mais dont, aujourd'hui, les meilleures viennent de la Ilaute-Égypte ; la bam.ie ou ketmie {Hibiscus esculentus), le pourpier (Porfzf/accfl oleracea), la poirce [Beta viilgaris et B. ruhra), la corette potagère {Corchorus alitorius). L'oignon d'Egypte [Allium cepa) est plus petit et plus doux que celui d'Europe; sans inspiier les regrets qu'éprouvèrent jadis les Hébreux, il est encore fort recherché. Les poireaux [Allium porrnm), la laitue {Lactuca sativa), la carotte, le navet, le radis, le chou, le chou-fleur, l'artichaut, la tomate, sont des légumes appréciés dans tout le pays. Les melons et les concombres abondent, ainsi que les pastèques rouges, jaunes et blanches, qui furent si agréables aux soldats de l'expédition française; il en est de même des citrouilles, des gourdes {C. lagenara), la courge longue de Barbarie, la courge trompette, la calebasse, le potiron, le giraumon et la loufie [Momordica luffa), l'aubergine [Solamim melongena). On y cultive commt! condiments la coriandre, le carvi, le cumin, l'anis vert, le piment rouge. Les graines oléagineuses y sont abondantes; le colza y est de première qualité; on y trouve les arachides, le pavot, le sésame, le carthame d'Egypte {Cyperus esculentus) , safran bâtard, dont les tubercules donnent une huile limpide, blanclie, qui se saponifie très-bien et qui est bonne à manger. Le ricin vient très-bien dans tous le pays, il est arborescent dans la Thcbaïde.
Les lauriers-roses et les jasmins sont très-répandus. Dans le Fayoum, on cultive les roses pour la préparation de l'essence qui se consomme en si grande quantité dans tout l'Orient; on cultive de même le Lawsonia spinosa inermis, qui donne le Henneli dont les femmes égyptiennes teignent leurs ongles.
Le chanvre européen ne réussit pas en Egypte, mais de tout temps on y a vu le haschisch, le chanvre indien {Cannabis indica).
Bien qu'eu ait toujours eu en Egypte le cotonnier {Gossypum vitifolium herbaceiim annuum Del.), on y a introduit le cotonnier des Indes et celui d'Amérique, qui y ont réussi l'un et l'autre. On a essayé de même l'introduction du tabac, mais les produits en ont été médiocres. 11 en est de même du houblon. On est parvenu à acclimater la canne à sucre dans le Saïd, le fraisier, le goyavier, le papayer, le pistachier. L'ananas n'a pas réussi, ni le caféier; même dans le haut pays, le précieux arbrisseau ne dépasse pas la hauteur de 2 pieds ; bientôt il se dessèche et meurt.
L'énumération qui précède est loin de comprendre toutes les plantes de la flore d'Egypte, elle suffira sans doute pour en montrer le caractère, qui est principalement celui d'une flore cultivée, maintenue par les soins de l'homme et sans cesse disputée au désert.
Faune. La faune égyptienne n'est pas plus riche que la flore. Elle a subi également bien des modifications à travers les âges; des espèces ont disparu, d'autres ont été introduites, mais ces changements paraissent pouvoir s'expliquer plus aisément par l'action de l'homme et les progrès des cultures, bien que cela ne rende pas un compte exact de toutes les disparitions.
Le chameau, sans lequel aujourd'hui on ne comprend pas l'Egypte, n'est pas indigène, il n'est représenté sur aucun monument de l'antiquité; il a été amené de l'Asie Moyenne ou de l'Arabie. On en distingue deux espèces : le chameau proprement dit [Camelus bactrianus) et le dromadaire (C. dromadariv^), qui se distingue du premier non par une double bosse, mais par sa taille moins élevée, son agilité, qui l'a fait choisir pour servir de monture, tandis que
l'autre espèce est réservée pour les lourds fardeaux. C'est un animal précieux par sa sobriété, sa longue endurance; il donne tout à son maître : son lait est fort estimé des Bédouins, son poil sert à fabriquer des tapis, des tentes, des étoffes.
Le cheval, non plus, ne paraît pas originaire d'Egypte, mais il y a été introduit très-anciennement. La conquête musulmane y a amené certainement diverses races et, à plusieurs reprises, des chevaux étrangers ont été introduits pour améliorer par des croisements les races acclimatées.
L'âne, au contraire, paraît avoir vécu de tout temps dans la vallée du Nil, il est souvent représenté sur les monuments. 11 est grand, bien fait, alerte et infatigable. Le mulet est également très-beau et très-fort, mais on lui préfère la mule, plus facile à conduire et douée de plus de résistance à la fatigue.
Le bœuf est aussi un animal indigène; on a décrit un bœuf sauvage qui ressemble au zébu et l'on connaît une figure du bœuf Apis où l'animal sacré est représenté sous les traits du zébu, si commun dans l'Afrique méridionale. Le buffle, au contraire, assez commun aujourd'hui, a été introduit par les Arabes.
La race ovine est représentée par un grand nombre d'espèces ou de variétés la plupart étrangères : le mouton de Barbarie, le mouton du Sennaar, celui de l'Yémen, à la queue adipeuse; le laoufflon à manchettes, enfin la chèvre manibrine originaire de Syrie, très-répandue dans la Basse-Egypte. Une autre espèce de chèvre, plus petite, à très-longs poils soyeux, habite la Ilaute-Égypte. Le chien et le chat se sont perpétués dans le pays depuis la pUis haute antiquité. Comme dans tous les pays musulmans, le chien vit à peu près toujours en liberté en Egypte, soit dans les villes, soit sur les confins du désert. C'est le chien-renard figuré sur les monuments antiques, oîi l'on voit également des lévriers pareils 'à ceux qu'on rencontre encore aujourd'hui. Quant au chat, dont une espèce a joué jadis le rôle d'animal sacré et dont on retrouve des momies, il est encore représenté par deux espèces.
Si les animaux domestiques ont été multipliés par les soins de l'homme, les animaux sauvages ont presque tous disparu devant lui. Les singes, les lions, les léopards, n'existent plus dans la vallée; l'hyène, le renard et le chacal ne se voient plus qu'aux limites des déserts. Le sanglier se voit rarement dans les roseaux des marécages. L'hippopotame et le crocodile se sont réfugiés en Nubie.
On trouve encore en Egypte un petit hérisson, la martre-furet, une espèce de lièvre à longues oreilles, aux pattes de derrière allongées, de nombreux lapins Vichneumon {Viverra ichneumon), célèbre dans l'antiquité locale, une musaraigne, le rat, un des fléaux de l'Egypte, et particulièrement le rat d'Alexandrie à poils raides et à queue annelée, le rat épineux {Echimys niloticus). La gerboise est assez commune autour d'Alexandrie.
L'oiseau célèbre qui caractérise l'Egypte, l'ibis (/. religiosa), a complètement abandonné la vallée; pour le retrouver, il faut remonter jusqu'au Sennaar, mais il reste encore certaines espèces comme Vlbi:^ ardea qu'on voit souvent dans la Basse-Egypte, ainsi que Vlhis tantalus. Plusieurs espèces d'aigles, l'aigle commun, l'aigle impérial, l'aigle criard, l'aigle de la Thébaïde, se trouvent en Egypte, avec le milan royal, le milan noir, le vautour (Vultiir perenopterus). Le pluvier d'Orient {Charadrim kervan) habite la Basse-Egypte ; le Charadrius hœmantopus se trouve au voisinage des lacs; le trochilus (Charadrius œgyptiaciis), qui servait de vigie ou de pilote au crocodile, est resté sur le bas Nil.
Les maiiins-pèchcurs {Alcedo nidis et A. œgijptiaca) peuplent les bords du jN'il. Le canard {Anas nilotica) ne se trouve plus guère à l'état sauvage que dans la (Iaute-É"Ypte et sur les bords de la mer Rouge. Au mois de mars a lieu le passaf^e des cailles {Tetrao coturnix). Les oiseaux de basse-cour sont l'oie indigène de couleur cendrée, la poule, dont on fait, de temps immémorial, éclore artificiellement les œuls, les pigeons, dont les Arabes élèvent un trèsgrand nombre.
Sur les canaux voisins du Caire, on voit la jolie hirondelle de mer d'Egypte (Sterna nilotica) et, vers le milieu de septembre, apparaissent les pélicans qui, pour la plupart, s'arrêtent autour de Damiette et sur les îles du Delta.
Les ruines des anciens temples, les excavations et les galeries souterraines, donnent asile à un grand nombre d'espèces de chauve-souris, parmi lesquelles une paraît spéciale à l'Egypte, le nyctinome d'Egypte.
Nous avons déjà dit que le crocodile ne se voit plus en aval de Syène, ni le CrocûdiUis niloticus qu'on tenait pour immonde, ni le petit Crocodilus siichiis qui annonçait la crue du Nil. Les autres reptiles sont la tortue molle du Nil {Trionyx), le caméléon, le gecko, divers lézards et notamment le Lacerta nilotica L. , le scinque, le stelHon verruqueux. Parmi les serpents, citons le céraste, qu'on dit être l'aspic de Cléopàtre, l'éryx, la vipère des Pyramides {Echis carinata) et diverses couleuvres.
Au milieu des nombreux insectes de la vallée du Nil, un scai^abée {VAteuchus .Egypiiorum Latr.) doit fixer l'attention parce que diverses variétés considérées comme des animaux sacrés ont été représentées sur les monuments et jouaient un rôle dans la mythologie égyptienne, comme symbole de la fécondité et de l'immortalité. 11 paraît que comme VIbis religiosa, comme le lotus rose, il a disparu du pays, et qu'il se retrouve dans les régions du Haut-Nil.
La sauterelle {Gryllus migratorius, Acridium migratorium) est l'un des fléaux de la culture égyptienne. Enfin, on ne peut ne pas citer le scorpion, qui s'introduit jusque dans les habitations.
Pathologie. U en est de la pathologie égyptienne comme de la météorologie , par ses caractères les plus généraux, elle se rapproche manifestement de la pathologie intertropicale. Pour l'Européen, l'élévation constante de la température, en surexcitant les fonctions de la peau et en déprimant celles de l'appareil digestif, entniîne promptement l'anémie. Pour l'indigène, que sa i^ace mettrait dans une très-large mesure à l'abri des influences de cette cause pathogénique, la misère et l'alimentation insuffisante en qualité et souvent en quantité compensent et au delà cette immunité native. L'action palustre d'un sol argileux, par conséquent imperméable, sur lequel l'inondation abandonne chaque année des masses considérables de débris organiques, agit dans le même sens sur les uns et sur les autres, sur l'habitant des campagnes plus que sur l'Européen qui ne s'éloigne guère des villes. D'autres causes spéciales s'ajoutant encore à celles-là, on a pu dire, sans erreur, que l'anémie est le mal de plus du quart de la populiition.
La prédominance et la grande extension de la malaria, ainsi du reste que l'influence exercée par elle sur les autres manifestations pathologiques, est un de ces caractères qui unissent la pathologie égyptienne à celle de la zone torride. Toutefois, là comme ailleurs, l'influence paludéenne ne se fait guère sentir sur les grandes ngglomérations humaines. Son foyer de prédilection est la campagne du Delta, d'une part, et leFayoum, de l'autre; en un mot, les régions les plus
basses où les inondations sont de longue dure'e. 11 est toutefois inte'ressant de relever ce fait, un peu paradoxal en apparence, que les oasis sont iiifecte'es de fièvres paludéennes. La fréquence des dysenteries et des hépatites aiguèn est encore un autre trait d'union entre les deux groupes géographiques pathologiques que nous ne pouvons ne pas comparer. Les mêmes causes, hautes températures et paludisme, amènent les mêmes effets. Moins grave sur les bords de la Méditerranée que dans la Haute-Egypte, la dysenterie devient plus fréquente et plus sérieuse à mesure qu'on remonte le fleuve. Elle n'est point rare cependant à Alexandrie, puisqu'à l'hôpital européen Schnepp a relevé 1 cas de dysenterie sur 15,13 malades; elle n'est pas non plus bénigne, puisque le même observateur relève 1 décès sur un peu moins de 6 cas observés. Au Caire, sur 365 autopsies, Griesinger a compté 180 dysenteries, dont 96 idiopalhiques et 90 secondaires, c'est-à-dire probablement liées à une inflammation du foie. Pour tous ceux qui sont familiers avec la cori'espondance fréquente de la tlysenterie et de l'hépatite aiguë, il n'y a aucune surprise à constater l'extension de l'hépatite suppurée dans la vallée du Nil. Quelle que soit la puissance des liqueui s alcooliques sur les altérations du foie, elle n'explique pas tout et, bien que l'abcès hépatique s'observe principalement sur les étrangers, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'on en ait découvert la cause en déclarant que les spiritueux sont le poison spécifique du foie. 11 faut avoir une bien courte pratique de la pathologie torride pour se contenter à si peu de frais. Les indigènes sont d'ailleurs loin d'être épargnés par la dysenterie, que leur misère, sans doute, et leur mauvaise alimentation, aggravent. En 1860, dans l'hôpital indigène d'Alexandrie, on releva la proportion énorme de \ décès sur 1,11 cas de dysenterie (Schnepp). Dans ces conditions, il faut admettre que les malades ne se décidaient à entrer à l'hôpital que pour y mourir, et ce chiffre ne saurait donner une proportion exacte de la mortalité indigène pour cette cause.
Les diarrhées c/ironiçwes succédant ou non à la dysenterie sont très-fréquentes dans toute l'Egypte.
En dehors dé l'hépalite suppurée, les hypertrophies du foie sont trèsrépandues, principalement chez les Européens, au point que dans les hôpitaux européens d'Alexandrie on a compté 1 malade du foie sur 16,70 admissions. Les décès pour cette cause sont de même fréquents ; dans les mêmes groupes, on comptait un décès sur 5,86 affections du foie. Dans quelles proportions se trouvent comprises dans ces chfffres les affections chroniques qui s'observent en tout pays et celles qui doivent être attribuées à l'action climatique, c'est ce que nous n'avons pas le moyen de distinguer. Au reste, il est bon d'avouer que dans l'état actuel de nos connaissances à ce sujet la part exacte n'est pas précisément facile à faire.
La pathologie égyptienne se rapproche par un autre caractère encore de celle des pays chauds ; c'est par la fréquence et la prédominance des pyrexies accompagnées de phénomènes bilieux. L'Egypte est la patrie de la p,èvre typhoïde bilieuse. Je ne veux point dire par là que ce soit dans ce pays que la maladie ait paru pour la première fois, je désire rappeler seulement que c'est sur les observations faites au Caire que Griesinger s'est appuyé pour déterminer cette nouvelle forme morbide. Son œuvre a fait fortune ; ce n'est point ici le lieu de la discuter, bien que les patliologistes qui ont observé dans la zone intertropicale ne soient pas d'accord à son sujet et que quelques-uns des plus autorisés émettent à son égard, à quelques pages de distance, des opinions un peu con-
flictives. Je dirai seulement que si, avec Griesinger lui-même, il convient de considérer la fièvre typhoïde bilieuse comme la forme grave de la fièvre à rechites, il n'y a pas plus lieu, au point de vue scientifique, d'en faire une maladie particulière que de distinguer la fièvre typhoïde grave de la fièvre typhoïde bénigne. Ce qui est certain, c'est que la fièvre à rechutes s'observe souvent en Égvpte, que Griesinger n'est pas le seul à avoir constaté le syndrome qu'il a désigné sous l'appellation particulière de fièvre typhoïde bilieuse et que des cas semblables ou analogues ont été relevés depuis dans tous les pays chauds. Est-ce bien le même mal que la fièvre méditerranéenne des Anglais? Qnelle place exacte occupe-t-elle, s'il faut la distinguer de la fièvre à spirilles, dans ce groupe si remarquable des pirexies bilieuses qui va de la rémittente bilieuse simple à la fièvre jaune, dont le typhus ictérodc grave rappelle tant de traits, y compris la rémittence et la transmissibilité? Ce sont autant de questions qu'on ne peut que signaler aux futurs observateurs, mieux armés, grâce aux progrès des moyens de recherche, que ceux qui les ont précédés.
Si nous étions encore au temps on la fièvre typhoïde passait pour l'are ou même pour inconnue dans les régions intertropicales, la présence en Egypte de cette pyrexie, constatée par tous les observateurs, nous amènerait à rapprocher sous ce rapport l'Egypte de toute la région méditerranéenne où elle est fort répandue; mais, d'une part, siPruner l'a trouvée très- fréquente, les observateurs plus récents l'ont trouvée beaucoup plus rare, et, d'un autre côté, il est aujourd'hui parfaitement démontré que la fièvre typhoïde se présente assez souvent dans la zone torride. On a peut-être même une tendance à en exagérer la fréquence. En Egypte, d'après Scbnepp, on observait, vers 1860, dans les hôpitaux d'Alexandrie, 1 cas de fièvre typhoïde sur 58,03 admissions; au Caire, 1 sur 55,85; à Beni- Souef, 1 sur 7,58, et à Kéneh, 1 sur 8,72.
Indépendamment de ces formes pyrexiques tranchées, on observe partout en Egypte pendant tous les mois de l'année, mais surtout pendant la saison chaude, des fièvres plus ou moins nettement caractérisées, mais surtout bilieuses, familières aux pays chauds. Au Caire, on en observerait dans les hôpitaux i cas sur 5,20 malades, et à Alexandrie I cas sur 5,80. De toutes les formes typhiques, le typhus exanthématique est peut-être celle qui s'y rencontre le moins souvent, mais elle y existe, puisqu'on a vu des navires de guerre égyptiens en apporter en Angleterre et en France, et que du reste Pruner et Griesinger en ont observé des cas. Faut-il admettre l'existence d'une forme particulière spéciale aux indigènes et différenciée seulement de la forme typhique par l'absence d'exanthème? Et n'est-il pas sage de douter avec Hirsch de la réalité d'une distinction basée sur une constatation si difficile à faire sur la peau sombre des hommes de race colorée?
Le Delta a été bien longtemps considéré comme l'un des foyers principaux de la peste. Il n'en est plus de même aujourd'hui que la maladie y a disparu depuis 1845. Cependant, d'après Hartmann, on observerait encore de temps à autre, dans le Delta, des cas isolés de fièvre bubonique pestilentielle. Quoi qu'il en soit, la peste a sévi en Egypte pendant toute l'ère chrétienne. Rufus, cité par Oribase, établit même qu'elle y a régné peut-être avant le début de notre ère. De 551 à 580 la fameuse peste de Justinien s'y introduisit par Peluse. La inort noire, au quatorzième siècle, venue de la Chine et de l'Inde, lui fit perdre plus du tiers de ses habitants. Les autres épidémies qui ont été relevées sont celles de 1564, à Alexandrie, de 1572 à 1573 au Caire^, Damiette, Rosette, celle
de 1580 à 1581, 1655 à 1654, 1655 à 1656, 1687, 1699, 1701, 1705, 1712, 1790 à 1795, 1798 à 1800, 1800 à 1805, 1804, 1810 à 18M, 1812 à 1815, 1825, 1825, 1854 à 1855, 1857, 1842. Aujourd'hui la peste semble reléguée en Asie, et les discussions passionnées sur son mode d'apparition, sur son indigénat égyptien, ne sont plus qu'un souvenir dans la littérature médicale. Tout cela a cédé la place à d'autres débats soulevés par une maladie dont l'Egypte n'est pas le foyer, mais dont elle est accusée d'être l'un des points de rayonneinent sur notre monde européen : j'ai nommé le choléra.
D'après Hirsch, dont l'érudition si vaste et si exacte mérite ici toute confiance, dans la première grande épidémie cholérique qui, de 1817 à 1823, rayonna de l'Inde sur toute l'Asie, l'Egypte ne fut pas atteinte, bien que le fléau, venu de Diarbekir, ait abordé la côte de Syrie. Dans la deuxième pandémie, qui commence en 1820 et dont notre épidémie de 1852 fut l'un des incidents, l'Egypte, menacée dès le printemps de 1851 du côté de la Syrie et de la Palestine par Péluseet du côté de l'Arabie par Suez, fut envahie en juillet. Le choléra apparut d'abord au Caire et se propagea le long du Nil, d'un côté vers Thèbes et la haute vallée, de l'autre vers Alexandrie, d'où il envahit tout le Delta et, par l'entremise des pèlerins qui l'avaient apporté, gagna la Tunisie et plus tard l'Algérie (1854) par Mers-el-Kébir. La troisième pandémie, qui débute en 1846, gagna l'Egypte, en 1848, par la voie de Constantinople, et s'étendit de là à toute la côte nord de l'Afrique. La maladie reparut en 1855 et y régna cruellement pendant le cours de cette année ainsi que de la suivante ; elle se répandit, cette fois encore, dans la Tripolitaine, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc, et de l'autre côté se porta jusqu'en Abyssinie. Lors de la quatrième pandémie (1865 à 1875) le choléra entra en Egypte par Suez. Le 19 mai 1865, un navire chargé de pèlerins venus de Djeddah et de La Mecque débarqua ses passagers dans ce port ; douze jours plus tard, l'Egypte était prise; la Basse-Egypte tout d'abord, Alexandrie le 2 juin, le Caire le 17. De là l'épidémie s'étendit vers la Moyenne-Egypte; vers la fin du mois elle avait envahi la province de Minieh ; elle gagna ensuite la Haute-Egypte et la Nubie. En 1872, l'Egypte fut de nouveau menacée par l'entrée à Suakim de troupes turques infectées arrivant d'ilodéidah ; la maladie se propagea dans la province de Berber et dans le Dongola, mais elle ne parvint pas à descendre le lleuve. Ce fait mérite d'être rapporté, car il peut servir à montrer, par contraste, combien il est exact de penser que le choléra marche avec les courants humains. De 1865 à 1885, l'Egypte n'a pas revu le choléra, malgré les épidémies qui ont été constatées à plusieurs reprises parmi les pèlerins à La Mecque; c'est un fait important qu'il importe de retenir. En 1885, tout avait changé, le choléra éclatait brusquement à Damiette et transformait la ville en un vaste hôpital. On a tant discuté sur cette épidémie et sur ses origines qu'il nous semble impossible d'y faire allusion dans cet article sans en résumer impartialement l'histoire d'après les documents et les témoignages qui nous paraissent les plus dignes de foi et les plus compétents.
11 importe essentiellement tout d'abord de constater que de 1865 à 1883 l'Egypte est demeurée complètement indemne de toute manifestation du choléra, malgré les apparitions menaçantes que la maladie fit à la Mecque, à Aden et même, comme il vient d'être rappelé, à Suakim, Berber et Dongolah. Il n'est que juste de reconnaître, en outre, que cette longue période correspond à celle pendant laquelle on a scrupuleusement appliqué les mesures arrêtées par la
conférence de Constantinople. On sait quels événements ont modifié la situation polilique de l'Egypte en 1882 et l'influence que ce changement a eue sur le système sanitaire du pays. Aux mesures quarantenaires rigoureuses appliquées â tout navire suspect ou contaminé, la prépondérance de l'Angleterre a fait succéder un relâchement complet et une tolérance principalement marquée pour les provenances indiennes. Le 19 ou le 20 juin 1885, peut-être même quelques jours plus tôt, à l'occasion d'une foire-pèlerinage qui aux 30 000 habitants avait ajouté 2500 ou 5000 étrangers, le choléra éclata à Damiette et y fit en moins d'un mois 2000 ou 2500 victimes. De Damiette, la progagation du choléra aux autres villes ou localités du Delta fut prompte et manifeste. La ville d'Alexandrie fut frappée comme la plupart des autres, l'épidémie y atteignit son maximum vers le 20 août, mais n'y disparut définitivement qu'à la fin de l'année (le dernier cas est du 26 décembre 1885). Le Caire fut atteint le lojuillet. par Boulàq. La garnison anglaise, sous cette menace, fut évacuée sur Suez, où elle alla occuper un campement spécial. Il paraît que cette évacuation avait été trop tardive, puisque, dès le 51, à Suez, un cas de choléra se produisit dans la troupe. Deux jours plus tard seulement, les troupes maintenues au Caire pour les besoins du service offraient leur premier cas, sur un militaire du détachement du Royal-IIighlander laissé à la garde du casernement quitté l'avantveille. La même nuit, deux autres cas se montrèrent à l'hôpital militaire établi à Abassyeh. Les cas se succédant le lendemain, les troupes de toutes armes furent disséminées, les unes à Ismaïlia, les autres sur les hauteurs du Mokhattan qui ■dominent le Caire, d'autres enfin à El-AVarden, sur le canal de Rosette. Mais le choléra suivit les troupes et en peu de jours l'épidémie devint générale ; alors celles qui se trouvaient à Ismaïliah quittèrent leur" camp du palais du khédive pour aller s'installer près du canal d'eau douce, puis plus tard sur un plateau voisin du canal de Suez, où la maladie les quitta. Les corps envoyés à El-Warden, atteints également, allèrent camper à deux milles plus loin et n'eurent plus de malades. La troupe campée à Mokhattan, déplacée dès qu'apparut le premier cas, n'en eut qu'un autre cas léger. Les malades qui avaient été envoyés à Hélouan, présentèrent 25 cas du 26 juillet au 5 août ; on les évacua sur Mokhattan. Les corps envoyés à Suez dès le début furent les plus malheureux et ne se trouvèrent débarrassés qu'après deux et quaire décampements successifs. Enfin toute la garnison put être concentrée au Caire du 4 au 11 septembre. Il a paru utile de résumer ici cette odyssée imposée aux troupes anglaises, pour montrer les procédés sur lesquels comptent les autorités militaires britanniques pour se débarrasser du choléra. Pendant que ces mouvements s'accomplissaient, la maladie avait envahi assez sérieusement la Moyenne et la Haute-Egypte; elle s'y éteignit assez vite, puisque vers la fin de septembre le pays entier, à l'exception d'Alexandrie, se trouva délivré du fléau. Nous avons dit déjà que le grand port égyptien ne fut véritablement débarrassé qu'à la fin de l'année 1885. Depuis cette époque, le choléra n'a plus été signalé en Egypte.
La dengue est une autre maladie épidémique qui s'est assez fréquemment abattue sur ce pays. Il faut sans doute regarder comme la dengue le mal de genoux signalé vers 1779 au Caire et à Alexandrie. En 1824, Ehrenberg l'observa à Suez; Pruner l'a vue au Caire on août 1845; Vauvray la signale à Port-Saïd à la fin de l'été de 1868 et vers le même temps de l'année 1871. Elle y a reparu de nouveau en 1877-1878 et en 1880 (Mahé).
Les fièvres éruplives paraissent faire en Egypte moins de ravages qu'autrefois;
la variole, qui y a sévi avec beaucoup d'intensité, est ulilemcat combattue désormais par la vaccine, qui y est pratiquée d'office dans toutes les provinces et les districts (Schnepp), et dont les indigènes d'ailleurs paraissent avoir compris la puissance. La rougeole règne souvent épidéniiquement en Egypte, où elle sévit sur toutes les races. En revanche, la scarlatine y est fort rare. Les oreillons y ont une extension considérable.
La diphlhérie y paraît rare. Pruner dit ne l'avoir observée que sur des enfants d'origine caucasique. 11 pense que les gens de couleur n'ont aucune tendance à la contracter.
La coqueluche n'y semble ni très-fi'équente ni très-grave.
La grippe n été assez souvent observée; on l'a signalée en mars 1833, en janvier 1856, au printemps de 1842, en décembre 1847 et en mars 1851.
Contrairement à ce que l'on a pu croire à priori, les maladies de poitrine sont assez fréquentes en Egypte, puisqu'on a pu dire qu'au Caire 1 décès sur 7 est causé par ces alfections. Ce qui est vrai, c'est que h pneumonie et \a.pleurésîey sont assez rares; ce sont les nègres qui en sont le plus souvent atteints, et le plus souvent la première de ces affections prend chez eux une forme grave et adynamique qui les tue rapidement. L'affection des voies respiratoires la plus fréquente en Egypte est la bronchite, elle atteint les indigènes comme les étrangers, mais elle frappe surtout les noirs et cause souvent une mortalité excessive dans les régiments nègres venus du Soudan, ainsi qu'on l'a vu à Kéneli en 1860. La jo/i^/u'si'e n'y est pas non plus bien rare, puisqu'elle causerait parfois dans les hôpitaux militaires un tiers des décès; elle sévit principalement sur les immigrés du sud, les noirs, les Nubiens, puis sur les indigènes; les Juifs y seraient moins prédisposés. Les Syriens, les Turcs et les Européens y sont atteints dans la plus faible proportion. D'après Pruner, la phthisie serait plus fréquente sur les côtes méditerranéennes.
Les maladies du cœur sont, à ce qu'il paraît, très-rares en Egypte; on les trouve plus souvent dans les hautes régions de la vallée que sur la côte. Peutêtre faut-il attribuer la cause de cette fréquence relative au rhumatisme, qui, selon Pruner, est la maladie la plus fréquente dans le désert et le long du haut >il, où le froid humide et glacial des nuits saisit l'organisme au sortir des chaleurs brûlantes du jour. La goutte y est fort rare.
Les lithiases biliaires ou urinaires s'observent souvent chez le fellah, rarement chez le nègre. Les diverses néphrites ne sent pas plus rares qu'en Europe, et l'on y observe de plus V hématurie chyleuse; elle y est même fort répandue.
Nous avons dit déjà combien Y anémie est fréquente. Elle frappe surtout les enfants, qui présentent souvent ce ventre énorme qu'il faut attribuer, soit aux troubles dyspeptiques dus à une mauvaise alimentation, soit à l'influence paludéenne. Mais une cause fréquente d'anémie chez les races colorées égyptiennes est le mal-cœur, dû sans doute à V anhjlostome duodénal, dont une forme au moins a été découverte en Egypte.
L'alcoolisme est rare en Egypte. En revanche, comme si l'homme ne pouvait se passer d'un moyen de se procurer quelque ivresse, le haschischisme est trèsfréquent. Nous ne savons rien de certain sur Y aliénation mentale, les uns la disent fréquente, d'autres rare, mais il semble difficile d'en savoir quelque chose Se bien précis, étant donné les idées des mahométans à ce sujet.
Les autres maladies du système nerveux sont fréquentes, si l'on peut en juger
d'après le nombre extraordinaire des décès attribués aux convulsions (202 pour 1000 décès). Cependant le tétanos, qui sévit sur les blessés français de l'expédition du commeacement du siècle, serait rare chez les indigènes, principalement dans la Haute-Egypte, mais le tétanos infantile y est assez fréquent.
Vhiistérie est loin d'être rare; Vépilepsie s'observe également, bien que moins souvent qu'en Syrie.
Y a-t-ilune opbthalmie spéciale qui mérite le nom d'ophllialmie d'Egypte? 11 est certain que peu de pays comptent autant de borgnes et d'aveugles ; il est également vrai que les alfections des yeux s'y produisent en grand nombre, puisqu'on en compterait 1 sur 11 admissions dans les hôpitaux d'Alexandrie (Sclmepp), et qu'Amici, cité par E. Reclus, aflirma qu'il y en aurait 17 sur 100 habitants; il convient d'admettre aussi que la vivacité de la lumière, la poussière fine et salée que le vent chasse dans l'atmosphère, les diverses diathèses, la syphilis et la scrofulose en particulier, si fréquentes dans la population, peuvent donner naissance à un grand nombre d'affections oculaires. Quoi qu'il en soit, il n'est pas moins certain qu'on a observé de tout temps en Egypte l'ophtlialraie purulente contagieuse, mais qu'on l'a rencontrée en beaucoup d'autres pays qui ne l'avaient pas reçue de celui-là. 11 est hors de doute é'^alement que l'armée française en a cruellement souffert et qu'elle l'a importée dans notre pays en revenant d'Egypte.
La syphilis est très-communément répandue en Egypte, principalement dans les grands centres. D'après Clot-Bey et Griesinger, elle y serait généralement bénigne.
La scrofulose s'y montre à chaque instant ; elle sévit sur les enfants des fellahs comme sur ceux des Turcs, elle est particulièrement sérieuse sur les esclaves géorgiens et circassiens.
Les maladies de la peau sont fréquentes en Egypte comme dans toute la zone subtropicale à laquelle ce pays appartient; toutefois, on n'en voit guèie dans les hôpitaux égyptiens, car les indigènes ne s'en préoccupent pas beaucoup et portent généralement leur mal sans réclamer de soins. On confond sous le nom de boutons diilSil deux affections bien différentes : l'une est une éruption rubéolique, accompagnée de démangeaisons intenses et souvent suivie de furoncles et même d'anthrax, qui sévit pendant les chaleurs de l'été, principalement dans la haute vallée, surtout sur les Européens, moins chez les Arabes et pas du tout sur les Nubiens et les nègres. Cela n'est probablement pas autre chose que le Lichen tropicus, les bourbouilles, comme disent les marins, qui tourmentent les blancs dans tous les pays chauds. L'autre affection est beaucoup plus sérieuse, c'est une ulcération analogue, sinon identique, au bouton d'Alep, au clou de Biskra, à la datte de Bagdad. Pruner a signalé sur les nègres et sur les Arabes une sorte de prurigo qu'ils nomment Atesch-el-Medinah ; il constate que le 20?ia est fréquent chez les nègres. Le chloasma, le psoriasis, le pityriasis, sont très-répandus sur tous les indigènes de races colorées.
La lèpre des Grecs, quoique moins commune aujourd'hui, est loin d'avoir disparu ; elle se montre assez souvent dans la partie méridionale de l'Egypte, sur les nègres et les Arabes, beaucoup plus rarement sur les Européens.
Véléphantiasis des Arabes est assez commun, il affecte principalement aussi les hommes de race colorée, mais, à l'inverse de la lèpre, il paraît plus fréquent dans le Delta que dans le reste du pays. Enfm, pour terminer, il faut constater que l'on trouve en Egypte l'une des formes du phagédénisme des pays chauds et
que beaucoup de plaies y prennent le caractère ulce'reux et l'aspect de la plaie (le l'Yémen. Parmi les parasites, en outre de l'anchylostome et de la billiarzia, auxquels il a été' fait allusion plus haut, il faut citer encore le dragonneaii ou ver de Médine, qui se retrouve encore assez fréquemment chez les Egyptiens.
Dans ce pays à haute température et à action solaire puissante, on ne saurait s'étonner d'observer les insolations graves et les diverses formes du coup de chaleur. Le i^agle des Arabes ou hallucination du désert, se rattache à la même cause : c'est un trouble amené par l'action de la chaleur, h laquelle s'ajoutent la fatigue générale et le surmenage des sens, principalement de celui de la vue.
Population. On n'avait eu jusqu'à présent sur le chiffre de la population égyptienne que des évaluations peu précises. Les Anciens nous apprennent que le nombre des habitants de l'Egypte au temps des Pharaons et des Ptolémées était d'environ 7 à 8 millions. Au temps de l'expédition française, on ne l'évaluait plus qu'à 2 millions, mais ce chiffre était évidemment trop faible, puisqu'après les guerres de Méhémet-Ali un recensement fiscal, très-approximatif, il est vrai, car il est fondé sur cette hypothèse que chaque maison compte 8 habitants, comptait environ 5 millions d'àmes. Au iS mai 4866, dernier jour de l'année musulmane, l'administration égyptienne estimait ia population à 4 848 549 habitants ainsi répartis : 32/40''^ d'Égyptiens musulmans, 2/40'^* d'Égyptiens coptes, 2/50^^ de Turcs musulmans, 5/40" d'Arabes, Barbarins et autres Africains, tous musulmans, 1/40® d'Européens ou protégés des puissances européennes pour la plupart chrétiens.
Un des premiers soins des nouveaux maîtres de l'Egypte, les conseillers anglais du khédive, a été de faire opérer un recensement aussi exact que possible de la population. Au 5 mai 1882, on a compté de Ouaddi-Halfah à la Méditerranée, 6 806581 habitants ainsi classés :
Égyptiens fises (on comprend sous cette désignation tous les indigènes qui résident d'une façon permanente dans les
villes et villages) 93,03 p. 100
Égyptiens bédouins (on désigne ainsi les habitants nomades ou agglomérés en tribus, vivant sous la tente ou dans des villages et hameaux séparés qui leur appartiennent et qu'ils occupent exclusivement 3,61 p. 100
Étrangers 1,34 p. 100
Ces derniers s'y trouvent au nombre de 90886 ainsi répartis :
Hellèues.. 57,301
Italiens 18,663
Français 15,716'
Austro-Hongrois 8,022
Anglais et sujets britanniques 6,118
Allemands 9i8
Belges 637
Espagnols 589
Eusses 533
Suisses 412
Serbes, Roumains, Monténégrins 353
Hollandais 221
Américains 183
Portugais : 36
Suédois et Norvégiens 13
Danois \i
Persans et autres Asiatiques 1,158
Nous avions formé le projet d'étudier, en même temps que les mouvements de la population égyptienne proprement dite, ceux de la population d'origine européenne, et de rechercher les conditions de développement des diverses
nationalités en présence. Nons avions espéré trouver dans la comparaison du recensement soij^neux de 188^2, avec les chiffres les moins contestables recueillis antérieurement, les éléments d'une étude démographique qui eût pu nous conduire à des déductions intéressantes au point de la question si intéressante et si controversée de l'acclimatement des Européens dans la zone subtropicale. Les rensei'^nements nécessaires nous ont fait défaut. Nous n'avons pu nous procurer que les premiers volumes du recensement de 1882; ils ne fournissent de renseignements que sur la statique démographique. Le mouvement de la population nous échappe donc absolument et il ne paraît pas sage de déduire quoi que ce soit de la comparaison des chiffres recueillis en 1882 avec la méthode usitée dans les recensements européens, et de ceux plus ou moins approximatifs donnés auparavant par les gouvernements égyptiens. Le travail que nous nous proposions de faire ne sera possible qu'après le recensement qui îuivra à quelques années de distance celui de 1882.
11 n'eût pas été moins intéressant de rechercher à la faveur de documents précis ce que deviennent les descendants de diverses races qui ont à divers degrés contribué à former la population de l'Egypte. On eût peut-être pu alors prendre parti entre ceux qui pensent que ce pays se prête à l'acclimatement de toutes les races et ceux qui pensent, au contraire, que celte terre dévore lespeiiples. Mais la division adoptée par l'administration anglo-égyptienne qui partage la population en deux subdivisions, le groupe fixe et le groupe nomade, ne se prête pas non plus aisément à ce travail. Au milieu du mélange qui constitue la population de l'Egypte, l'ethnographie distingue plusieurs races juxtaposées plutôt que mêlées; vestiges, non pas de tous, mais de (|uelque5-uns des anciens peuples qui ont été les maîtres du pays. Que sont-ils aujourd'hui et quel est leur avenir? Pourquoi ceux dont on n'aperçoit plus de traces ont-ils disparu ou quelle est leur part dans la production des types que l'on peut observer aujourd'hui? Un fait frappe d'abord tous les observateurs, c'est de rencontrer à chaque instant, mais principalement dans le Saïd et surtout dans la Thébaïde, des types dont les portraits couvrent les monuments. Les Coptes d'une part, les Fellahs de l'autre, ressemblent aux Égyptiens des temps pharaoniques, dont ils descendent manifestement. Les Coptes surtout paraissent être les fils les plus parement conservés des anciens Rot ou Rétou, dont ils offrent tous les traits : c'est le même nez droit régulier, arrondi à l'extrémité, les mêmes narines dilatées; ce sont les mêmes yeux, noirs et veloutés, bien fendus, légèrement relevés en dehors; ce sont encore les mêmes sourcils, peu épais, fins, très-peu arqués, noirs; c'est le même front, droit et large, quoique un peu bas; c'est la même bouclie, petite, à lèvres un peu fortes, mais bien dessinées. Le crâne, sousdolichocéphale, présente, ainsi que le visage, une forme ovale très-harmonieuse, les pommettes sont très-légèrement saillantes. La taille est plutôt petite que grande. Les Coptes d'ailleurs parlaient la langue qui a permis de reconstituer le langage de l'antique Egypte et de déchiffrer les hiéroglyphes. Ils ne la parlent plus, mais c'est encore la langue sacrée dont ils se servent pour la prière. Les Coptes qui, selon le dire du patriarche d'Alexandrie, n'étaient pas au nombre de plus de 10 ou loOOO en 1671, comptaient pour loOOOO habitants dans le recensement de Méhémet-Ali ; ils sont aujourd'hui au nombre de 400 000 et s'accroissent, à ce qu'il paraît, rapidement. Les Fellahs ou Fellahins, « laboureurs », sont d'un type moins pur que leurs frères Coptes, ils sont plus mélangés d'Arabes, mais ceux de la Moyenne et de la Haute-Egypte se sont mieux con-
52 EGYPTE (bibliographie),
serves. Us s'intitulent d'ailleurs, dans cette langue arabe qui pre'vaut aujourd'hui, les fils de l'Egypte, Aoulad-el-Masr. En explorant les ruines du Délia et en relevant les sphynx de Tanis, Mariette a découvert un autre type historique dans les tribus qui bordent les rives du lac Menzaleh et qui vivent de la pèche. Il a retrouvé dans ces populations les traits des sphynx qu'il venait d'exhumer et qui se rapprochent du type sémite asiatique par la rudesse des traits, le nez arqué, vigoureux, gros par le hout, les lèvres épaisses, les joues larges et les pommettes saillantes, les yeux plutôt petits que grands, le menton droit, bien qu'avançant légèrement, la chevelure abondante et la barbe touffue. Mariette a pensé que c'étaient là les descendants des Hyksos, les Pasteurs qui d'Asie vinrent conquéi'ir l'Egypte et y dominèrent pendant quelques siècles. Bayard Taylor pense que ces types sont nombreux aussi dans le Fayoum.
D'autres conquérants de la vallée du Nil y ont établi leur race et laissé de nombreux fils. Sans parler des nomades qui errent sur les confins des déserts, le tvpe arabe abonde en Egypte et se distingue de tous les autres principalement par la finesse et la sécheresse de ses traits, son nez courbé qui suit le front, ses yeux noirs droits, ses longs cils, sa taille plus élevée. Beaucoup d'autres types anthropologiques intéressants se présentent en ce pays qui a subi tant d'invasions et tant de dominations, mais où la plupart des vainqueurs ont laissé si peu de traces. Sauf les Arabes, en effet, ne peut-on pas dire que tout a disparu ? Asiatiques amenés par les Pasteurs ou par Darius et Gambyse ; Africains venus du Sud et fondateurs des dynasties éthiopiennes, tout a passé. Les Turcs, Circassiens, Mingréliens, n'ont jamais pu fonder de race, à peine sont-ils parvenus à y créer une famille. En face de cette impitoyable destruction, il est impossible de ne pas placer la pérennité, pour ainsi dire, de l'ancienne race, et la solidité du vainqueur arabe. Aujourd'hui l'Egypte passe aux mains de l'Européen. Qu'y devieiidra-t-il et que deviendront sous sa domination les éléments persistants de la population égyptienne? C'est un problème intéressant à bien des titres, dont on peut, suivant les idées théoriques de chacun, préjuger la solution, mais qu'on ne doit songer qu'à poser, puisque nous n'avons pas encore les éléments d'une élaboration positive. E. Rochefort.
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EURENBERG. 53
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EHLEX (Johann-Peter. Né le 29 juillet 1715, à Zellingen, sur la Moselle. 11 fit ses études médicales à \Yurzbourg, où il fut reçu docteur, en 1759, puis, s'étant fixé dans cette ville, il devint médecin des hôpitaux, professeur de médecine à l'Université, conseiller et médecin du prince évêque. Il est mort, le 22 août 1785. On cite de lui :
I. Dissertatio de febribus ; idea februm, unâ cum subjunclis ex universa meJicina corollariis. Wurtzbourg, 1759, in-4°. — II. Dissertatio de malignitatc morbo)-wn. Wurtzhourg, 1760, in-4°. — III. Dissertatio de fontibus medicatis in piincipatu Wirceburgensi propc KissingenetBocklet. Wurtzboiirg, 1775, in-4''. — IV. Vorschlag zu grundlichcr Unlersuchung der Gassnerischen Begebenheiten zu Elwangen. AVurt/bourg, 1774, in-8°. — V. Dissertatio de crisi. Wurtzbourg, 1780, in-4°. A. D.
EHRE\BERG (Christian-Gottfried). L'un des plus célèbres naturalistes micrographes du siècle, naquit le 19 avril 1795 à Delitsch, dans la Saxe prussienne. 11 lit ses humanités à Schulpforta, puis en 1815 entra à l'Université de Leipzig. Sa famille le destinait à la théologie, mais un goût décidé l'entnùua à l'étude des sciences naturelles et de la médecine. 11 eut pour maîtres Schwagercheii, Rosenmiiller, Kunze, Kaulfuss, Reichenbacii, Radius et ïhienemann. Il explora dans ses moments de loisir la Saxe, dont la flore n'avait pas de secrets pour lui. Il se rendit en 1817 à Berlin, pour remplir ses devoirs militaires, puis continua ses études dans cette ville sous la direction de Lichtenstein, Rudolphi, Klug et Link, dont il gagna bientôt l'amitié; il avait pour condisciples Schlechtendal, Eisenliard et Chamisso, le célèbre poète naturaliste qui découvrit les phénomènes de la génération alternante chez les Salpes. Ses recherches sur les cryptogames et sa remarquable thèse de médecine, Sylvœ mycologicœ Berolinenses (1818), attirèrent sur lui l'attention du monde savant. Alexandre de Himiboldt lui témoigna à partir de cette époque l'amitié la plus constante. Ses études terminées, Ehrenberg fut envoyé à Kônigsberg pour suppléer le botaniste Schweigger.
Sur ces entrefaites le général prussien de Minutoli fut chargé d'une mission en Egypte ; Ehrenberg et son ami Hemprich furent chargés, sur la propositionde Humboldt, de l'accompagner. Eu septembre 1820, l'expédition débarquait à
DICT. ENC. XXXllI, 3
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Alexandrie. Elle pénétra d'abord dans les déserts de la Libye et revint l'année suivante à Alexandrie où les fièvres et la peste l'éprouvèrent cruellement. Ehreiiberg visita alors successivement Fajum, Embukol, Sennaar, Dongola; en 1825 et 1824, il explora les régions du Liban et du Sinaï; Hemprich mourut à Massouah; c'était l'avant-dernier survivant des 10 membres de l'expédition. Ehrenberg, resté seul, inhuma son compagnon dans l'île de Toalul, où reposaient déjà les restes de Forskaal. A la fin de 1825, il revint seul en Allemagne, ramenant 80 000 échantillons, représentant 5000 espèces de plantes et •4000 espèces d'animaux. En 1827, l'Académie des sciences de Berlin récompensa Ehrenberg en le recevant dans son sein. 11 devint la même année professeur extraordinaire de médecine à l'Université de Berlin. En 1829, de Humboldt s'adjoignit Ehrenberg en même temps que le minéralogiste Gustave Bose, pour une exploration de TOural et de la Sibérie; ils poussèrent jusqu'à l'Altaï.
En 1858, Ehrenberg fit un voyage en France et en Angleterre, puis fut nommé en 1859 professeur ordinaire de médecine à Berlin, enfin en 1842 secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. 11 fut chargé, paraît-il, en 1847, de la chaire d'histoire de la médecine, qui lui convenait certainement moins qu'une chaire de zoologie. Cet illustre savant mourut à Berlin, le 27 juin 1876.
Les recherches microscopiques d'Ehrenberg sont bien connues, et personne n'ignore la grande influence qu'elles ont exercée sur le développement de la zoologie, de la botanique et même de la médecine. Cependant les premières publications qui suivirent sa thèse inaugurale sont relatives à son voyage en Egypte; un premier aperçu de ce voyage fut publié à Berlin, en 1828 (t. I*^'); puis vinrent les Symbolœ pJujsicœ, seu icônes et descriptiones Mammalium, dec. I et II (Berlin, 1828 à 1855) ; — Avium, dec, 1 (ibid., 1828) ; Insectorum, dec. I-IV (ibid., 1829 à 1854) ; — Anlmalium evertehratorum, dec. I (ibid., 1828) ; enfin deux ouvrages remarquables sur les coraux et les acalèpbes de la mer Roùge : Die Korallen des Rothen Meeres (Berlin, 1854). — Ueb^r die Natur und Bildung der Koralleninseln, etc. (ibid., 1854). — Die Akalephen des Rolhen Meeres und der Organismus der Medusen der Ostsee (ibid., 1856). Depuis lors Ehrenberg porta son attention surtout sur les animalcules microscopiques; c'est à cet ordre d'études, menées avec une méthode et un esprit scientifique remarquables, que se rapportent les ouvrages suivants : Organisation, Systematik und geographisches Vei^hàltniss der Infusionsthierchen (Berlin, 1850). — Zur Kenntniss der Organisation in der Richtung des kleinsten Raums (ibid., 1852 à 1854). — Zusàtze zur Erkenntniss yrosser Organisation im kleinen Raum (ibid., 1856), et le plus important de la série : Die Infusionslhierchen ah vollkommene Organismen, ein Blick in das tiefere Lehen der organischen Natur (Leipzig, 1858, 64 pi.). — On peut y ajouter : Nachricht iiber 274... 7ien beobachtete Infusorienarfen (Berlin, 1840). — Ueber Verbreitung und Einfluss des mikroskopischen Lebens in SUd- und Nord-Amerika (ibid., 1841). Il étendit ces investigations aux terrains et aux roches et trouva un grand nombre d'entre eux formés des carapaces siliceuses ou calcaires d'Infusoires, de spicules de Spongiaires; un grand nombre d'ouvrages se rapportent à ces recherches, entre autres : Die Bildung der eiiropàischen, libyschen und uralischen Kreidefelsen... aus mikroskopischen Organismen (Berlin u. Leipzig, 1859). — Die fossilen Infusorien und die lebendige Dammerde (Berlin, 1857). — JJebtr màchtige Gebirgsschichten aus mickroskopischen Bacillarien unterundhei der Stad Mejiko {BerVm, 1869)
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îjeber die ivacltsende Kenntniss des unsichibaren Lebens ah felsbildende
BacWarien in Californien (ibid., 1870). Son chef-d'œuvre, dans cet ordre
d'élndês, c'est ses Mikrogeologische Sludien (Leipzig, 1854, 40 pi.), avec une
suite publiée en 1856 et une autre en 1876. — De même que les organismes
microscopiques de l'eau et de la (erre, il e'tudia ceux de l'atmosphère ; on peut
même le considérer comme le promoteur des recherches sur les poussières
atmosphériques et, outre une étude Sur les organismes de la poussière des
înaisons des toils, etc., entreprise en 1848, à l'occasion du choléra, il publia
à ce sujet : Pa^salslaub iind Blutregen, etc. (Berlin, 1847). — Vebersicht der
seit 1847 fortgesetzten Untersuchungen iiber das von der Atmosphàre un-
sichtbar gelragene reiche organische Leben (ibid., 1871). — Nachtrag zur
Uebersicht der organischen Atmosphàrilien (ibid., 1872). C'est Ehrenberg qui
démoulra que le phénomène de la phosphorescence de la mer est dû à la
prés nce d'animalcules : Das Leiichten des Meeres (Berlin, 1854). Toutes ces
éludes sur les animaux inférieurs ont puissamment contribué à faire mieux
conuaî're et délimiter l'ancien embranchement des zoophytes. Enfin, Ehrenberg,
outre un grand nombre de mémoires insérés dans les Abhandlungen der
Akademie der Wissenschaften v. Berlin, a encore mis au jour : Ueber die
naiiiru'issen^chafilich und medicinisch loUig ungegrûndete Furcht vor kôrper-
licher Ealkrrifligung der Volker durch die fortschreitende Geistesentivickelung
(Bel lin, 1842), et un éloge d'Alex, de Humboldt (ibid., 1870). Voy. sur
Ehrenberg Sa vie et ses travaux, par Ed. Perrier {Revue scientifique, 2* série,
t. XVI, p'. 645, 1879). L. Un.
EDRETIA. (L.). Genre de Borraginacées, qui a donné son nom à la série des Ehiétiées. Les fleurs pentamères ont un réceptacle convexe, portant un calice gamoséjiale à 5 divisions profondes, imbriquées ou subvalvaires, et une corolle infun libiiliforme ou subtubuleuse, gamopétale, à 5 lobes imbriquéscodiléaires. 5 étamines, souvent exsertes, sont portées sur le tube de la corolle et oïl un filet atténué vers son sommet qui supporte une anthère biloculaire, introrse, versatile, à loges ordinairement libres dans leur portion inférieure, et -déhiscente par des fentes longitudinales. L'ovaire supère est souvent épaissi en disque j^l.in Jnl-'ux dans sa portion intérieure, et surmonté d'un style partagé ju-qii'à une hauteur variable en 2 branches à sommet stigmatifère tronqué ou capité II y a dans l'ovaire 2 placentas pariétaux qui portent chacun 2 ovules descendants, analropes, à micropyle extérieur et supérieur. Le gynécée est <|ueIquefois 3-mère; des fausses cloisons, plus ou moins développées, s'avancent finalement de la paroi ovarienne vers le centre, dans l'intervalle des deux ovules qui correspondraient à une même loge. Le fruit est drupacé et son endocarpe forme 2 noyaux 2-Iocellés ou 4 noyaux à une seule cavité. Chaque noyau contient une graine descendante dont l'albumen est peu épais et dont l'embryun a des cotylédons ovales, non plissés, et une radicule supère. On connaît une cinquantaine à'Ehretia; ce sont des arbres ou des arbustes, glabres ou scabres, à feuilles alternes, entières ou dentées, à fleurs disposées en cymes réunies en grappes composées, parfois corymbiformes ; il y a quelquefois des fleurs axillaires et solitaires. Ce genre appartient aux régions les plus chaudes des deux mondes.
VEhretia buxifolia Roxb. constitue dans l'Inde Orientale un médicament d'une grande importance (Ainslie, Mat. med. ind., II, 81). On emploie
56 EHRHART ;(Les).
sa racine en décoction contre diverses cachexies, notamment contre la syphilis. On regarde cette plante comme un antidote de la plupart des poisons végétaux. Aux Antilles, les fruits de VE. tuilfolia L. sont comestibles; on emploie ses graines à la préparation d'une émulsion alimentaire dans les cas de disette. L'£. serraiaRoxB., de la côte de Coromandel, a des fruits comestibles. On mange aussi aux Antilles ceux de VE. Beurrena L., qui est devenu le type du genre Beurrer ia. II- B.\.
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EHRHART (Les).
Ehrhart (Balthasar). Médecin allemand du dix-huitième siècle, physicien ordinaire du duc de Memmingen, exerçait son art dans la ville de Memmingen; il y mourut vers 1757. Il s'est principalement occupé de botanique et de fossiles; ses ouvrages portent l'empreinte d'un esprit sérieux et rédéchi. Nous mentionnerons :
I. De helemnitis Suecicis disscrtatio, etc. Lugduni Batav., 1724, in-4'': Viennae, 1727, in-4''. — II. Mantissa botanologiae juvenilis. Ulmae, 1752, in-8°. — \\l. Herbarium vivum recens collectum, in quo cenluriae V plantarum officinalium. . . repraesentantur. Ulmae, 1752, in-8; Conlinualio. Memrning., 1745, in-fol. — IV. Continuatio sijUabi plantarum quarum specimina sicca botanophilis offerunlur. îlemming., 1746, in-lol. — V. Zugabe zu Lonicer' s Kràuterbiich . Ulin, 1757, in-fol. — YI. Physikalische Xac/uicht. . . L'rspi-ung
derer ans der Erde kommenden vtrsteinerten Sachcn Memmingen, 1745, in-4"'. —
Vil. Unterricht Historié der nûtzlichsten Kràuter, Pflanzen und Baume. . . Halle, 1752,
10-4°, — VIII. Œkonomische Pflanzenhistorie. . . en 12 parties. Ulm u. Memmingen, 1755- 1762, in-S". C'est Kôldercr qui a édité les six dernières parties. — IX. Ehrhart a pubhé dans les Philos. Transactions le catalogue des plantes qu'il a récoltées dans le Tyrol et donné une édition nouvelle de VHorlus sanitatis. L. Ils.
Efarhart (JoDOcus^ Fils du précédent, naquit à Memmingen, le 2 juin 1740, fut nommé médecin pensionné ordinaire de cette ville et y mourut en 1805 (en 1808 d'après d'autres). Ehrhart fut anobli en 1800; c'était un habile accoucheur, comme en témoigne son ouvrage intitulé : Sanimhmg von Beobachtungen zur Geburtshûlfe, Frankfurt u. Leipzig, 1775, in-8. La Biographie médicale (Panckoucke) lui donne deux fils de même prénom et qui seraient nés à une année de distance. C'est une erreur qui tient probablement à ce que le fils de Jodocus, Gottlieb von Ehrhart, signa ses ouvrages Ehrhart le jeune jusqu'au moment de la mort de son père.
Ehrhart (GoTTLiEB vois). Ce médecin, fils du précédent, vit le jour à Memmingen, le oO juillet 1765. Son père commença son éducation médicale en 1779; il fréquenta alors successivement les écoles de Zurich, de Goltingen, de Cassel, de Vienne, et fut reçu docteur à Erlangue en 1785. U se fixa dans sa ville natale, y devint médecin pensionné, accoucheur juré, professeur de sagesfemmes, etc., dirigea les hôpitaux militaires en 1796 et y contracta lui-même le typhus, enfin mourut le 8 juillet 1826, après une vie bien remplie. Il a laissé un assez grand nombre d'ouvrages parmi lesquels :
I. Diss. inaug. de asphyxia neonatorum. Erlangae, 1785, in-4°. — II. Tractatus de asphyxia neonatorum, Memmingae, 1789, gr. in-8°. — III. Darstellung der Griinde fur und gegen Blatternimpfung. Memmingen, 1789, ^-8°. — lY. Veber die Kuhpockenimpfung
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und ihre Empfehlung. Memmingen, 1801, in-S». — V. Besiiltatc drr Kuhpocken- oder Scfiutzpockenimpfung in... Memmingen. Memmingen, 1804, in-8°. — VI. Sammlungen von Beobachtungen und Aufsâtze ilber Gegenslànde aiis der Arzneikunde, Wiindarsneikunst und Entbindungslehre. Nùrnberg, 1805, 2 Hefte in-8°, fig. — YII. Abhandlung ûber medicinische Gesellsckaften, etc. Memmingen, 1810, in-S". — VllI. Physisch-medicinische Topographie der kônigl. Baierischen Stadt Memmingen im lllerkreise. Memmingen. 1S13, gr. in-S", 12 tableaux. — IX. Entwurf eines physikalisch.-medic. Polizeigesetzbuchs und eines gerichllichen Medicinalcodex. Augsburg u. Leipzig, 1821, 4 vol. gv. in-8, 5 pi. — X Ehrhart a publié : Magazin fiir die teckniscfie Beilkunde, etc. Ulm, 1805, gr. in-S".