L. Hs
EHAIVGARD (F. -P.). Médecin français, reçu docteur à Paris en 1815, exerça son art à Paris selon les uns, ou plus probablement h L'Aigle selon les autres. Il se trouva en Egypte en 1856 et observa la peste, particulièrement à Damiette. Il y traita une centaine de malades qui guérirent tous, affirme-t-il. On a de lui plusieurs ouvrages estimés :
I. Recherches et observations sur l'emploi de la saignée dans le traitement des fièvres et des phlegmasies. Paris, 1815. — II. Du charlatanisme en général et de quelques remèdes secrets en particulier. L'Aigle, 1823, in-8°. — III. Traité pratique du croup et examen de quelques opinions sur cette maladie. L'Aigle et Paris, 1827, in-S". — IV. Mém. additionnel au a Traité pratique du croup ». Paris, 1828, in-8°. — V. Mémoire sur l'angine épidémique ou diphthérique. Paris, 1829, in-8°. — VI. Mémoire sur la peste observée en Egijpte en 1836 et 1837. Paris, 1837, in-8\ — VII. Cours de nosologie clinique. Paris, 1843, in-8°. Trad. en arabe. — VIII. Articles dans le Journal hebdom. des progrès des sciences médicales. L. Hn.
ÉMASCIJLA.TIOX. Voy. Edndchisme, Skopzy et Castration.
E9IBALLOXURE (Emballotiura Tem.). Le genre Emballonure, type de la famille des Emballonuridés, renferme des Chauves-Souris {voy. ce mot et le mot Chéiroptères), qui sont essentiellement caractérisées par la disposition de leur queue. Cet appendice, en effet, au lieu de rester, comme cela a lieu d'ordinaire, plus ou moins dissimulé, perce la face supérieure de la membrane interfémorale qui est soutenue de chaque côté par un éperon bien développé. Chez les Emballonures les oreilles affectent en outre une forme particulière, leurs oreillons s'épanouissant légèrement au sommet et leurs pavillons, largement séparés sur la ligne médiane, se prolongeant inférieurement et du côté externe en un lobe allongé.
Quelques-uns de ces caractères se retrouvent chez les Molosses {voy. ce mot), chez les Sarcoptères, chez les Taphiens et dans d'autres genres que l'on rangeait naguère encore parmi les Vespertilionidés, mais que l'on attribue maintenant à la famille des Emballonuridés. Parfois cependant, chez les Chauves-Souris que nous venons de citer, les oreilles se rejoignent par leur bord interne en formant un lobe qui se rabat sur le front et la queue demeure engagée dans les membranes interfémorales ou en dépasse le bord postérieur.
Les Emballonuridés comptent des représentants dans les contrées chaudes ou tempérées des deux hémisphères : ainsi les Emballonures typiques se trouvent aux Moluques, aux Philippines et dans quelques archipels de la Polynésie; les Taphiens habitent les îles Mascareignes, l'Afrique, l'Inde et les îles de la Sonde; les Furies, les Molosses et les Noctilions, vivent au Mexique, aux Antilles, à la Guyane, au Brésil et au Pérou, et les Nyctinomes sont largement distribués dans l'Ancien et dans le Nouveau Monde. L'Europe possède même une espèce de ce dernier genre, le Nyctinome de Cestoni {Nyctinomus Cestonii Savi.), qui se montre en Suisse, en Italie, en Grèce, dans l'Afrique orientale et dans
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l'empire chinois. Ce Nyctinome est une Chauve-Souris de petite taille, mesurant environ 14 centimètres de long, portant une livrée brune, barrée de rouge orangé et tiqueté de gris. Comme tous les autres Emballonuridés, il se nourrit exclusivement d'insectes. E. Oostalet.
Bibliographie. — P. Gervais. Hisf. des Mammifères, 1854, t. I, pp. 2(19 et suiv. — Dobsûx. Catal. of the Chiroptera ofthe Brit. Mus., 1878, p. 553. E. 0.
EMBARRAS GASTRlQlîE. Nous ne dirons qu'un mot de cette affection, qui donnait lieu autrefois à de longues descriptions. Le vague de la dénomination répond à celui des symptômes. Ce mot embarras a dans la langue commune plusieurs significations ; au propre cependant il désigne ou un obstacle matériel ou une difficulté. 11 en est de même dans la langue médicale. Ceux qui ont donné, par exemple, à l'embarras gastrique le nom de gastricité, n'ont exprimé qu'un état de souffrance de l'estomac, une difficulté à l'accomplissement de ses fonctions. Ceux qui l'ont appelé colluvies gastrica ou plénitude de Veslomac y ont vu un amas de matières saburrales {voy. Saburres) ; l'embarras gastrique est alors l'analogue de l'embarras de la poitrine, de la plénitude des bronches, c'est-à-dire d'un amas de mucosités dans les voies respiratoires; seulement on spécifie qu'il s'agit d'un embarras gastrique simplement muqueux ou d'un embarras bilieux, ou encore d'un embarras bilioso-muqueux, suivant la comparaison des saburres actuellement accumulées.
Quelque mal défini que soit ce syndrome, il faut reconnaître qu'il n'est pas sans quelque droit à figurer dans un cadre nosologique. Il ne peut être assimilé à la dyspepsie, même aiguë, dans laquelle la difficulté de digérer peut se concilier avec la conservation de l'appétit et avec l'absence de tout malaise général avec le bon accomplissement des fonctions générales. Il ne se résout pas non plus dans un simple état bilieux ni dans une simple gastrorrhée ; il faut, pour que l'embarras gastrique soit constitué, que ces états pathologiques détruisent l'appétit, inspirent du dégoût pour les aliments, et déterminent un certain nombre de désordres locaux ou généraux susceptibles de constituer un ensemble morbide : enduits de la langue, anorexie, nausées, lassitude des membres, lenteur ou fréquence exagérée du pouls, etc.
Cela expliqué, nous renvoyons la description de l'embarras gastrique à l'article Estomac. D.
EMBAL'MEMEIVTS. HISTORIQUE. La croyance des Égyptiens à la persistance de l'individualité peut seule expliquer les coutumes funéraires de l'Egypte, la prospérité de l'art des embaumements qui survécut même aux dominations étrangères. L'inhumation ou la crémation étaient des pratiques hygiéniques auxquelles le caractère religieux fut attaché après coup, lorsque des théologies s'annexèrent pour sanctifier les usages qui les avaient précédées. Il est impossible de trouver à un procédé dispendieux comme l'embaumement d'autre raison d'être que le besoin de reculer les limites de la vie physique, d'ajouter à la pérennité de l'âme la persistance de l'enveloppe corporelle.
Il était accompagné de cérémonies religieuses, de transactions commerciales ; la maison de l'embaumeur fut à la fois un caravansérail et une enceinte réservée aux pompes funèbres. Le directeur ou kolchyte connaissait seul les secrets de la conservation, seul il avait le droit de les appliquer; s'il vendait chèrement son habileté aux riches, il était tenu de faire gratis l'embaumement des pauvres
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de fournir les bandelettes avec lesquelles ils entouraient leurs momies. Ce fonctionnaire avait de nombreux auxiliaires : les prêtres, les larycheutes ou porteurs de cadavres, les paraschites qui faisaient les incisions réglementaires, enfin des artisans et des manœuvres, menuisiers fabricants de bières, tisseurs pour la toile de lin qu'on faisait aussi venir de Sais, hommes de peine portant lies outres ou des amphores remplies de l'eau sacrée du Nil. Tous ne jouissaient pas de la même considération : on s'éloignait instinctivement des tarycheutes, mais le véritable bouc émissaire de la maison d'embaumement, c'était le paraschite; son contact souillait le cadavre; à peine avait-il fait les incisions avec son couteau en pierre d'Ethiopie, qu'il se sauvait à toutes jambes; sans cette précaution, les assistants, qui ne manquaient jamais de le récompenser avec force bourrades et coups de pierre, l'eussent assommé pour faire un acte méritoire.
La maison avait ses prêtres familiers connaissant une partie des secrets du maître; c'étaient eux qui prenaient sur des tablettes couvertes de cire préparée les noms du mort, de sa femme, de ses enfants, ses titres et qualités ; on les transcrivait sur un rouleau de papyrus pl?cé avec la momie dans la bière, sur le socle de la statue, sur une plaque de métal fixée à côté.
D'autres présidaient aux chants funèbres et portaient le masque d'Anubis à la tête de chacal, ou dirigeaient des chœurs d'enfants cachés sous les traits d'Horus. A la tête de chaque momie se trouvait une pleureuse en Isis, aux pieds une autre en Typhon. Il sortait jour et nuit de la maison d'embaumement des mélodies étranges; psalmodies lentes ou cris aigus, tout cela contribuait à augmenter la vénération craintive qu'on lui portait.
Elle était divisée en trois parties : une accessible au public, une seconde dans laquelle les profanes ne mettaient jamais les pieds, c'était la véritable officine ; enfin une troisième, sorte de dépôt pour les momies, dans laquelle les parents ne faisaient qu'un séjour de quelques instants.
Dans la première partie les clients choisissaient la classe; il y en avait trois : la première coulait dix talents d'argent, la seconde cinquante mines, la troisième était gratuite; les préparations coûteuses, l'éviscération, ne se faisaient que pour la première. Le kolchyte ne vendait rien à l'aveugle; il y avait des modèles ; le premier représentait une divinité que, par scrupule religieux, Hérodote, tout Grec qu'il était, n'a pas osé nommer.
On trouvait des rouleaux de corde à bandelettes, des amulettes de toute forme, triangles, colonnettes, couteaux, scarabées; des statuettes en terre cuite; les unes montraient les cas de litige, les bornes réelles de la sépulture; les autres représentaient Seth-TA-phon le purificateur ou bien un Schebti portant sur le dos un crochet, une charrue et un sac; c'étaient des génies tutélaires qu'on donnait au mort, des ti-availleurs chargés de lui venir en aide à son arrivée dans la terre des Saints; il y avait des cercueils de différents prix, depuis la boîte à peine équarrie jusqu'à celles qui représentaient une momie, et étaient revêtues de laque et de métaux précieux; les historiens n'ont pas dit si la même hiérarchie s'étendait aux prières, s'il y avait plusieurs classes de plain-chant.
La seconde partie de l'édifice comprenait : une salle de pierre pourvue de tables sur lesquelles on déposait le cadavre. C'est là qu'on faisait l'extraction des viscères ; en avant se trouvait un bassin rempli d'une solution saline concentrée et servant aux bains, puis une sorte de tunnel en pierre dans lequel circulait de l'air chauffé artificiellement. Autour, les ateliers des mouleurs.
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des menuisiers, des tisseurs ; la dernière construction était destinée à la mise sous bandelettes.
Autant qu'on peut en juger par les documents qui nous restent, l'embaumement le plus parfait comprenait une série d'actes également importants : lo l'ablation des organes; 2" l'immersion pendant une période assez longue dans une solution antiseptique; 3" l'onction avec des substances résineuses aromatiques, et l'introduction dans les cavités vides de tampons traités de la même manière; ¥ enfin l'application de bandelettes.
Les organes thoraciques et abdominaux étaient extraits par une ouverture faite un peu au-dessus de la crête iliaque et en arrière. Czermak a pu étudier les caractères de l'une d'elles sur une momie du musée de Prague mise à sa disposition ; elle était ovale, avait 72 millimètres de long, 45 de large ; les bords n'étaient pas aveuglés par des points de suture, mais elle avait servi à introduire un gros tampon de toile dans l'abdomen.
Le cerveau était enlevé le plus souvent par les narines. Outre leur couteau, les paraschites étaient munis d'un crochet de bronze à cet usage. Dans la momie de femme dont nous venons de parler, le nez portait des traces manifestes de l'excérébration. Sa portion cartilagineuse était affaissée, aplatie, et recouvrait comme une soupape l'entrée du nez. Une autre momie, celle d'un enfant de quatorze à quinze ans, examinée par le même auteur, présentait des lésions plus caractéristiques encore : la lame criblée de l'ethmoïde, les cornets, la portion horizontale du frontal, étaient détruits, le vomer seul restait à peu près intact. « Comme on le sait depuis longtemps, les embaumeurs enlevaient le plus souvent le cerveau et le remplaçaient par une masse résineuse. Ils s'y prenaient pour cela de différentes manières : tantôt ils le retiraient par les narines, d'autres fois ils faisaient une incision à la nuque et enlevaient la masse par le trou occipital ; dans beaucoup de momies, elle n'a pas été touchée ».
Les organes génitaux internes de la femme étaient extraits le plus souvent par la voie vaginale. Pour étudier les cavités thoracique et abdominale, Czermak fit une incision permettant de les voir sans difficulté; voici ce qu'il observa : le thorax ne contenait plus ni le cœur, ni les poumons, il ne restait qu'un petit fragment du diaphragme correspondant à son insertion sur la paroi thoracique antérieure ; du côté droit on voit en haut, derrière le sternum, un repli cutané qui paraît un reste de la duplicature du médiastin antérieur. Du côté gauche de la colonne vertébrale, on peut suivre l'aorte à travers la cage thoracique et la reconnaître dans tous ses détails ; elle avait été sectionnée immédiatement au-dessus du cœur, en arrière et en dedans de la crosse de l'aorte ; on reconnaît parfaitement la trachée, dont les demi-anneaux faisaient l'effet de crochets desséchés, d'un noir brun sur la section. Dans la paroi postérieure de la moitié gauche du thorax, et jusqu'à la 4' côte, on voit une épaisse couche de résine noire à momie qui avait été introduite à l'état liquide dans cette cavité par l'embaumeur après l'enlèvement des viscères abdominaux. La résine n'avait pas pénétré dans la moitié droite du thorax.
Les limites entre la cavité abdominale et la cavité thoracique sont marquées par deux tampons de linge placés l'un au-dessus de l'autre et réunis par des fils ; tous les deux sont solidement bourrés contre le dernier fragment de la paroi thoracique de la colonne vertébrale. Le reste de la cavité abdominale est rempli de blocs tubériformes plus ou moins recouverts de résine et pétris
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en quelque sorte en une masse solide; sous la masse de liage qui sépare la partie droite du thorax de la cavité abdominale on trouve uii fragment isolé cunéiforme, facile à enlever et qu'à un examen un peu minutieux on reconnaît facilement comme une circonvolution intestinale, et une plaque mince noirâtre facile à dérouler et à dédoubler. « Après que je l'eus déroulée, dit Czermak, débarrassée de la masse résineuse qui la recouvrait, je reconnus à ma grande surprise qu'elle était constituée par Tépiderme de la plante du pied droit; la ligne de section présente une véritable netteté; en outre, une inspection suffisante de la plante des pieds montre que l'épiderme a été enlevé » .
La seconde partie de l'opération présentait probablement de nombreuses variantes suivant les localités ; il est impossible de supposer que les kolchytes eussent un rituel général, analogue au livre sacré des médecins, et qu'ils fussent obligés de le suivre sous peine d'encourir des peines disciplinaires graves. Le nettoyage des cavités était fait avec du vin de palmiste; d'autres fois on négligeait probablement cette précaution. Beaucoup d'auteurs, Ebers entre autres, supposent que le liquide de la piscine à immersion était une solution d'un composé sodique inconnu. Ure, ayant analysé quelques concrétions salines trouvées à la surface d'une momie débarrassée de ses bandelettes par Pettigrew, leconnut que c'était du chlorure de sodium. Les lavages et onctions avaient lieu avec de l'huile de cèdre et des préparations résineuses plus ou moins complexes.
Hérodote donne le nom de byssus au tissu des bandelettes : c'était une étoffe de coton. Ici encore, les variantes étaient nombreuses, celles des momies trouvées dans les catacombes de Philoe étaient en toile cirée.
Nous avons dit qu'il y avait des embaumements de trois classes; que les manœuvres anatoraiques n'étaient faites que pour la première. Les momies à 400 mines étaient, d'après Richardson, soumises à un traitement moins dispendieux. On croyait que l'huile de cèdre présentait des propriétés dissolvantes et caustiques capables de détruire les viscères; on en introduisait dans l'abdomen par le rectum ; dans la cavité crânienne par les narines. Le corps était remis complètement nu à la famille qui se chargeait de l'entourer elle-même fie bandelettes. La troisième classe était plus simple encore, c'était l'embaumement des pauvres, des esclaves, des étrangers ; on enduisait le cadavre de sarmœa. Après avoir bouché soigneusement les orifices, on le mettait avec les autres dans le bain conservateur. Cette immersion constituait la pratique indispensable, elle devait durer soixante-dix jours pour tous; les injections désinfectantes, les onctions, l'incision, l'application des poudres aromatiques, surtout des plus estimées, la poudre de casse et de myrrhe, ne pouvaient en diminuer la durée, les viscères extraits des corps étaient placés dans des vases d'albâtre et jetés avec un cérémonial déterminé dans le JSil.
Les procédés d'embaumement des Égyptiens firent l'admiration de toute l'antiquité. Diodore en parle avec plus d'admiration peut-être qu'Hérodote.
« Les embaumeurs, dit-il, le remettaient ensuite aux parents dans un état tel que chaque partie restait complète, la forme et la beauté du visage étaient exactement comme avant la mort, de teHe sorte qu'on pouvait toujours reconnaître le défunt; les cheveux, les paupières, les sourcils gardaient leur couleur; beaucoup d'Égyptiens conservaient les corps de leurs ancêtres dans des édifices splendides; ils voyaient si parfaitement le visage et l'aspect de leurs ancêtres morts plusieurs générations avant leur naissance, qu'ils pouvaient se faire l'illusion de vivre toujours parmi eux. »
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Cette coutume fut conservée religieusement après la chute des dynasties nationales : une partie des Grecs d'Egypte l'adoptèrent; on connaît des momies nombreuses de la période des Ptolémées. Les recherches modernes, même les recherches anatomiques, ne sont pas faites pour rien ôter des appréciations louangeuses des Anciens.
(( Si nous nous demandons, dit Czermak à la fin de son travail, comment, étant donné la méthode d'embaumement des anciens Egyptiens, nos deux momies ont pu être si parfaitement conservées, que les tissus soient reconnaissablés au microscope, nous devrons admettre comme facteurs essentiels : 1" l'action antiseptique des substances employées dans l'embaumemenl ; 2" l'heureuse influence exercée par le climat essentiellement favorable à l'élimination des éléments liquides; 5*^ l'imperméabilité des bandelettes et des couches résineuses entourant les momies et empêchant l'action de l'humidité.
a Malgré la quantité étonnante des tissus bien conservés, il y a différentes parties du corps dont la structure ne peut pas être vérifiée avec assez d'exactitude pour qu'on puisse dire quelles sont ces parties. J'ai bien vu nu fragment d'intestin développé dans un des tampons de la cavité abdominale, mais je ne serais pas en état de dire quelle portion d'intestin c'est ; mais les recherches les plus soigneuses, les meilleures méthodes de préparation, n'atteignent pas toujours leur but. Cela ne doit enlever rien de notr^; admiration à ces débris de l'antiquité conservés deux mille ans et plus. Il faut moins s'étonner, dit Jomard, de trouver plusieurs parties altérées et détruites dans les momies que d'en voir tant de conservées ».
Nous avons dit que la coutume de l'embaumement fut une des plus tenaces des anciens Égyptiens. Le mode de sépulture fut de tous les usages anciens celui que les chrétiens combattirent avec le plus d'énergie. Ayant adopté euxmêmes l'inhumation, ils firent une guerre à outrance aux bûchers et aux officines d'embaumement. Les pratiques chères aux païens devinrent superstitieuses et condamnables; elles perdirent du terrain en même temps que les anciens cultes et disparurent avec eux. Du temps de Porphyre, au quatrième siècle de notre ère, on pratiquait encore l'embaumement ; trois cents ans plus tard, au moment delà peste de Justinien, cette coutume n'existait plus; quelques loïmographes ont même rattaché l'apparition de la peste bubonique à son abandon.
On possède trop peu de renseignements sur les procédés des Guanches des Canaries, sur ceux des peuples de l'Amérique du Sud, pour qu'il soit possible d'en faire mention i{;i autrement que pour mémoire.
Procédés modernes d'embaumement. Les procédés égyptiens, atténués ou modifiés suivant les mœurs, ont été employés au moyen âge et au début des temps modernes, jusqu'à l'époque de Gooch, de Bell et de Pelletan. Tous ces procédés peuvent se réduire au suivant : introduction dans le corps de baumes, d'oléo-résines ou d'essences, doués de propriétés aromatiques et antiseptiques, souvent précédée ou plus généralement suivie par l'immersion dans une solution saline.
Nous allons voir ce que les embaumeurs actuels ont emprunté aux anatomistes et aux chimistes.
Tous les procédés modernes se ramènent aux suivants : 1» conservation des cadavres par soustraction d'eau des tissus, par dessiccation ; 2° conservation des cadavres (et des pièces anatomiques) par l'injection de solutions conservatrices dans les vaisseaux.
^Villianl Hunter le premier eut l'idée d'injecter des liquides conservateurs dans les vaisseaux sanguins. On a objecté que l'on a trouvé dans le cœur de momies égyptiennes jusqu'à 5 grammes de sel de nitre pur, qui y serait parvenu par la circulation (Madden) ; mais rien ne prouve que ce sel ait pénétré dans la cavité cardiaque autrement que par diffusion, lors de l'immersion prolongée du cadavre, pendant plusieurs semaines, dans une solution saline ; on a dit encore que Ruysch, si célèbre par ses préparations anatomiques qu'il obtenait par injection, aurait par le même procédé conservé des cadavres humains ; c'est possible, mais il ne parle dans aucun de ses ouvrages des procédés d'embaumement qu'il a employés. Quoi qu'il en soit, Hunter le premier s'est livré couramment à cette pratique.
Voici le procédé qui lui servait. Il commençait par injecter dans les artères fémorales une solution faite d'essence de térébenthine ordinaire, de térébenthine de Venise, d'huile de lavande, d'huile de camomille et de vermillon; il poussait avec force cette solution dans les vaisseaux jusqu'à ce qu'elle se fût répandue par tout le corps et que toute la surface cutanée eût pris la coloration rouge. Oa laissait le corps dans cet état pendant plusieurs heures, puis on l'ouvrait comme pour une autopsie. Les viscères thoraciques et abdominaux, extraits et comprimés pour en faire écouler les humeurs qu'ils renfermaient, étaient injectés ensuite avec la même solution et placés dans de l'eau-de-vie camphrée. On injectait alors de nouvelles quantités de la solution conservatrice par l'aorte, et on lavait les cavités thoracique et abdominale avec de l'eau-de-vie camphrée. Enfin, on remettait les viscères en place et on comblait les intervalles avec de la poudre de camphre, de nitre et de résine. On introduisait la même poudre dans la bouche, dans l'ombilic et dans les autres cavités accessibles, enfin on frictionnait tout le corps avec de l'essence de lavande et de romarin. Après quoi il était placé dans un cercueil sur un lit de stuc sec, qui avait pour effet d'enlever toute l'humidité du corps. Au bout de quatre ans on ouvrait le cercueil et, si la dessiccation n'était pas complète, on renouvelait le lit de stuc.
Par ce procédé, dans lequel la dessiccation jouait un rôle prépondérant, les corps embaumés arrivaient à ressembler à une momie guanche ou péruvienne plutôt qu'à une momie égyptienne.
Le procédé de Hunter resta en honneur en Angleterre pendant plusieurs cumées ; Joshua Brookes l'a mis en pratique couramment ; Matthew Baillie injectait la solution conservatrice dans l'estomac, le rectum et le poumon, après l'avoir injectée dans les vaisseaux ; le chirurgien Sheldou usait d'uu procédé analogue, mais se servait d'alcool camphré comme liquide préservateur.
La découverte des propriétés antiseptiques du sublimé corrosif par Chaussier lit sensation; Portai, Alibert et Dupuytren s'en servirent pour embaumer le corps de Louis XVHI. Voici le procédé employé par Boudet ; il ne diffère de celui des anciens Égyptiens que par la nature de l'agent conservateur employé. On ouvre par de larges incisions les grandes cavités du corps, on incise les viscères et on les arrose, de même que les parois des cavités, d'une solution alcoolique de sublimé. On applique ensuite une couche de vernis et l'on comble les cavités avec une poudre aromatique. On referme et on recoud avec soin le corps, on en vernisse toute la surface cutanée, puis on la saupoudre d'une substance aromatique, on la couvre de bandes appliquées méthodiquement et l'on recouvre le tout d'une nouvelle couche de vernis. Larrey et Ribes se servirent avec succès du même procédé.
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Le triomphe devait néanmoins rester aux procédés par injections intravasculaires, inaugurés par Hunter. Monge, Schotz, Berzelius, avaient reconnu les propriétés antiseptiques du vinaigre de bois. Berzelius conseilla les injections d'acide pyroligneux dans les vaisseaux; il fit en 1855 l'observation qu'un cadavre sur lequel on avait pratiqué ces injections était en parfait état de conservation depuis vingt ans. Berris rapporte que huit livres de vinaigre de bois furent injectés, à l'amphithéâtre de Vienne, dans les vaisseaux du cadavre d'un homme très-musculeux. Au bout de deux jours on enleva la peau, on vida les cavités et on prépara les muscles ; le cadavre sécha à l'ombre sans qu'il se manifestât le moindre indice de putréfciction ; on fit la même expérience sur des parties déjà en putréfaction : celle-ci fut arrêtée, et les préparations furent conservées intactes. Ces expériences passèrent plus ou moins inaperçues.
On accorda plus grand crédit aux procédés de Tranchina. Celui-ci eut du reste l'idée, alors nouvelle, de pratiquer des injections avec une substance fluide à chaud, se solidifiant dans les vaisseaux par le refroidissement. Il renonça du reste à ce projet pour l'embaumement, et proposa une solution alcoolique d'arsenic colorée par du cinabre. Cette solution était injectée dans les artères jusqu'à ce qu'elle se fût répandue à travers tout le corps. A la même époque (1855), Lauth recommanda la solution arsenicale pour l'injection des cadavres dont il s'agissait de retarder la putréfaction.
Gannal préconisait alors une solution destinée au même usage, mais dont il conserva la préparation secrète. Mais on ne tarda pas à découvrir qu'elle renfermait de l'arsenic. La pratique des embaumements avec les solutions arsenicales était devenue assez commune à cette époque. Le gouvernement de Louis- Philippe publia, en 1846, un décret interdisant la vente de l'arsenic et de toutes les préparations en renfermant, destinées à mouiller les grains, détruire les insectes et embaumer les corps. Plus tard, en 1848, un autre décret interdit l'application du sublimé corrosif et des autres substances toxiques aux mêmes usages. Ces interdictions, en ce qui concerne l'embaumement, ont leur raison d'être non dans les dangers que le maniement des substances toxiques pouvait avoir pour les opérateurs, mais dans l'impossibilité qui en résultait de pratiquer l'examen médico-légal en cas d'empoisonnement par ces substances. Le crime était favorisé et pouvait se cacher derrière les apparences de la piété pour les morts.
Gannal se défendit toujours d'employer l'arsenic dans les solutions conservatrices. En 1854, il présenta à l'Académie des sciences et à l'Académie de médecine un procédé pour conserver indéfiniment les sujets destinés aux travaux anatomiques. La solution renfermait parties égales de chlorure de sodium et de sulfate acide d'alumine et de potasse ; les cadavres étaient traités par immersion. Les expériences réussirent bien, comme en fait foi un rapport de l'Académie des sciences en '1855.
Dans ce cas, la solution ne renfermait peut-être pas d'arsenic, mais elle ne pouvait servir à l'embaumement ordinaire. En 1846, Gannal présenta son procédé modifié à l'Académie de médecine; le liquide conservateur consistait en une solution saturée de parties égales de sulfate d'alumine et de chlorure d'aluminium ; à la même époque Sucquet présenta une solution de chlorure de zinc. Une commission fut nommée pour assister à des expériences comparatives avec les deux solutions. Deux cadavres furent inhumés simultanément, l'un
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après une' injection pratiquée avec la solution alumineuse de Gannal, l'autre après une injection de chlorure de zinc faite par Sucquet. L'exhumation eut lieu au bout de quatorze mois : le cadavre injecté par Gannal était en pleine putréfaction, celui embaumé par Sucquet était en parfait état de conservation ; ce dernier, exposé à l'air, sécha sans présenter de traces de décomposition et acquit une consistance très-ferme, une dureté comparable à celle du bois ou de la pierre.
Poiseuille, rapporteur de la commission, concluait qu^ les sels d'alumine employés par Gannal ne pouvaient préserver les cadavres de la putréfaction qu'à la condition d'être associés à une préparation arsenicale, tandis que le procédé Sucquet était exempt de reproches. Bien entendu, ces conclusions n'étaient pas absolues et ne visaient que la dui'ée limitée de l'expérience.
Mais le procédé de Gannal était condamné à fortiori et sans retour. Celui de Sucquet a été depuis beaucoup employé en Europe et en Amérique ; c'est encore l'un des meilleurs que l'on connaisse.
Il y a du reste un autre reproche à faire aux sels d'alumine, c'est qu'ils dissolvent les os, et, comme le fait remarquer Homolle, les solutions de sulfate d'alumine et d'oxyde de zinc, données par le Codex français de 1866, présentent les mêmes inconvénients.
Straus-Dùrckheim recommanda, en 1842, la solution saturée de sulfate de zinc pour la conservation indéfinie des cadavres ; d'autres, Filhol, Falconi, etc., préconisèrent les solutions simplement concentrées de ce même sel à 1 sur 2. Falconi, en 1855, fit une communication à l'Académie des sciences en faveur de ces solutions contre le chlorure de zinc, mais ses efforts n'aboutirent pas, avec juste raison.
Dupré a conseillé l'injection dans les vaisseaux des acides sulfureux et carbonique gazeux, produits rapidement par l'action de l'acide sulfurique sur le charbon de bois. C'était une idée de chimiste ingénieux ; malheureusement les résultats ne furent pas favorables.
Piicliardson, ayant vu à Paris, en 1867, des cadavres conservés avec toute la souplesse de leurs muscles, disséqués dans quelques régions, ne put connaître le procédé employé, mais supposa qu'il consistait en injections d'acide sulfurique dans les vaisseaux. Des expériences qu'il entreprit le confirmèrent dans cette supposition; ce procédé, impraticable pour l'embaumement, peut rendre des services pour conserver des pièces avec les muscles disséqués.
En 1854, ce même auteur avait fait des expériences avec l'ammoniaque liquide, mais il avait reconnu que celle-ci se diffuse à travers les tissus et s'échappe ou transforme les graisses en savons, de sorte que le tissu musculaire prend un aspect gélatineux, perd sa couleur naturelle et ses connexions avec les organes voisins.
Ces expériences avaient été faites dans le but d'obtenir des préparations anatomiques pour la démonstration des muscles.
Nous ne reviendrons pas ici sur tous les procédés employés, tant pour conserver temporairement les cadavres et les pièces anatomiques destinés aux amphithéâtres de dissection, ni même pour la conservation indéfinie des pièces anatomiques. Ces sujets ont été traités avec des détails suffisants aux articles Amphithéâtre, AxATOMiE et Dissection.
Nous mentionnerons simplement le remarquable procédé de Brunetti, communiqué au Congrès médical international de Paris, en 1867 ; ce procédé n'est
pas cité dans les deux premiers articles parce qu'il n'était pas connu à l'époque de leur apparition ; à l'article Dissection il n'y avait pas lieu de le citer. Nous le mentionnerons parce que non-seulement il donne des résultats excellents pour la conservation des pièces anatomiques, mais est encore très-avantageux pour l'embaumement. Son plus grand défaut, c'est qu'il est d'une exécution très-lente et compliquée. Ce procédé, que nous exposons brièvement d'après Jeannel {Dict. deméd. prat.), comporte cinq opérations successives :
1" Lavage des vaisseaux par une injection d'eau froide dans la carotide; rinjeciion doit être continuée jusqu'à ce que ce liquide, s'écoulant par le bout libre de l'artère, soit incolore ; cette opération préliminaire demande de deux à quinze heures. 2" Injection d'alcool pour chasser l'eau; elle se fait par la carotide comme les injections suivantes. Elle n'exige pas plus d'un quart d'heure. 3° Injection d'éther sulfurique du commerce pour dégraisser entièrement le cadavre ; le résultat est remarquable ; l'opération exige de deux à dix heures. 4° Injection d'une solution de tannin dans l'eau tiède. Le titre de la solution n'est pas indiqué; Jeannel suppose qu'elle contient de 15 à 20 pour 100 de tannin. L'imbibition complète demande deux à cinq heures. 5" Enfin, dessiccation par l'air sec et chaud, dans une étuve en fer-blanc, chauffée à l'eau bouillante et recevant un courant d'air sec chauffé à 50 degrés ; l'air chasse l'excès de la solution de tannin contenue dans les vaisseaux, puis entraîne la totalité de l'eau dont les tissus se trouvent imbibés. Le courant est réglé. La dessiccation complète exige une heure et demie à cinq heures.
Les préparations obtenues sont légères et inaltérables et donnent le sujet dans son volume et son aspect normal.
Voilà pour la conservation indéfinie des cadavres, pour l'embaumement proprement dit.
Une question qui vient se rattacher ici, c'est celle de la conservation temporaire des cadavres qui ne peuvent être immédiatement inhumés ; c'est une sorte d'embaumement provisoire. Nous n'en dirons que quelques mots.
Les substances employées sont simplement destinées à retarder la putréfaction. Tel est le cas de l'hyposulOte de soude, employé par Sucquet en injectant dans les vaisseaux; l'action antiseptique ne cesse que lorsque tout l'hyposulfite se trouve transformé en sulfate de soude. Mais ce procédé demande l'intervention du médecin.
Dans la pratique, on se contente d'antiseptiques pulvérulents dont on recouvre le cadavre placé dans le cercueil. Falconi proposa en 1855 un mélange de sciure de bois 50 parties, sulfate de zinc pulvérisé 20 parties, essence de lavande 1 partie; le Conseil de salubrité autorisa l'emploi de ce mélange. Cependant, le sulfate de zinc du commerce renfermant toujours un peu d'arsenic, on y a renoncé pour ne pas contrevenir à l'ordonnance de 1846, et on a recours, soit au mélange proposé par Vaflard en 1869, qui comprend 4 kilogrammes d'acide phénique impur et 16 kilogrammes de sciure de bois (le formulaire des hôpitaux militaires de 1869 a remplacé la sciure de bois par le charbon pulvérisé), soit simplement au mélange indiqué par Mayet et Adrian et qui se compose de résidus de goudron de bois 5 kilogrammes et de sciure de bois 25 kilogrammes. Ce mélange a l'avantage de coûter très-peu et de ne pas empêcher, comme la poudre de Vaflard, la décomposition des cadavres sous
le sol.
Comme le dit Jeannel, le coaltar, mêlé dans la proportion de 20 pour 100
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à la sciure de bois ou au plâtre pulvérisé, produirait le même effet que le goudron de bois.
Technique de l'embaumement. Dans des conditions données, la pratique de l'embaumement peut offrir des difficultés exceptionnelles: ainsi chez des sujets qui ont succombé à certaines maladies, chez ceux chez lesquels une autopsie préalable est nécessaire, etc. Même dans les conditions les plus favorables, c'est une opération délicate, qui a ses règles précises. Nul ne les a mieux précisées que R.-W. Richardson; c'est lui que nous prendrons pour guide dans leur exposé.
L'embaumement est une opération exceptionnelle de nos jours, surtout en Europe ; il se fait, soit pour la dépouille des grands hommes, soit pour des cadavres destinés à être transportés au loin, soit enfin pour des corps que les familles veulent conserver dans des caveaux par un sentiment de piété que nous ne discuterons pas. Mais, fréquent ou non, il doit être pratiqué par un homme de l'art ; cette exigence est formelle, s'il s'agit de conserver un corps dans un but d'identification ultérieure ou dans tout autre but judiciaire. Comme le dit bien Richardson, l'art de l'embaumement doit être cultivé avec soin par les médecins, sous peine de le voir tomber entre les mains d'empiriques qui ne connaissent pas un mol de chimie ni d'anatomie, et qui arriveraient simplement à le discréditer.
1" État du corps destiné à être embaumé. L'état de maladie antérieur peut rendre l'embaumement difficile; des règles particuHères s'appliquent à ces cas.
En principe, pour le parfait embaumement, le mieux serait de ne pas ouvrir le cadavre, mais, outre que dans certains cas l'ouverture préalable est nécessaire pour l'aulopsie, elle peut l'être encore pour d'autres motifs, lorsque dans l'une ou l'autre des cavités du corps existe une tumeur vasculaire volumineuse, un kyste, un organe hypertrophié, un épanchement; il faut enlever la tumeur ou évacuer le liquide.
Dans les cas d'anasarque, les difficultés sont considérables ; l'injection se fait péniblement, la canule est difficile à fixer dans les parties ramollies, celles-ci peuvent se rompre et le liquide d'injection s'épancher dans les tissus ou les cavités; dans ce cîas, on est obligé de recommencer l'injection sur d'autres artères; dans ces conditions, il est arrive à Richardson de pratiquer l'injection en quatre points différents pour arriver à un résultat complet. Dans les maladies organiques, avec destruction plus ou moins complète d'un organe, dans la phlhisie pulmonaire, par exemple, l'injection est difficile à pratiquer; le liquide s'échappe dans les tissus désorganisés par la maladie.
Le mieux, c'est de pratiquer l'embaumement vingt-quatre heures après la mort, à moins que par des raisons particulières la putréfaction se fasse trèsrapidement. Au bout de vingt-quatre heures, la rigidité cadavérique disparaît, ce qui est une circonstance favorable. Du reste, un commencement de putréfaction ne constitue pas un obstacle sérieux ; la putréfaction est arrêtée par Tinjection conservatrice et les tissus reprennent leur coloration naturelle; toute odeur désagi'éable disparaît.
2» Solutions à emploijer dans V embaumement. Ces solutions sont au nombre de trois : la première est une solution de chlorure de zinc et d'alcool. On commence par dissoudre le chlorure de zinc dans de l'eau à 10 degrés jusqu'à saturation; pour un corps de poids moyen (moins de 40 kilogrammes), on prend environ 2 litres et 1/2 de la solution de chlorure et on y ajoute
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un 1/2 litre d'alcool. Si l'injection peut être pratiquée rapidement, cette solution est excellente, mais, si l'on craint des obstacles, il faut ajouter le double d'eau, caria solution concentrée a l'inconvénient de produire la constriction des artères.
L'addition d'une matière colorante, comme le vermillon, est inutile; l'effet produit est insensible ; dans d'autres conditions, la coloration obtenue n'est pas celle qu'on voudrait : témoin le cas de cet embaumeur, cité par Richardson, qui ajouta une laque couleur de chair et qui, à son horreur, retrouva le lendemain le cadavre complètement coloré en bleu foncé.
La deuxième solution est le zinc colloid, obtenu en faisant dissoudre le chlorure de zinc dans du styptic colloid dans la proportion de 2 sur 45. Il faut en avoir environ 1 kilogramme.
Enfin, la troisième solution consiste en silicate de soude dissous dans l'eau à saturation. Une livre en est suffisante.
Il est bon encore d'avoir à sa disposition un flacon d'huile d'olives aromatisée. Il est complètement inutile de chauffer les solutions dont on se servira.
3" Instruments servant à V embaumement. Il faut une trousse d'autopsie, une aiguille à anévrysme, une canule destinée à être introduite dans l'une ou l'autre artère et un bistouri long à lame étroite. Pour pratiquer l'injection, on peut se servir de l'ancienne pompe stomacale ou même d'un grand flacon gradué, dont le bouchon est traversé par un court tube mis en connexion avec une poire en caoutchouc à double action ; le tube de sortie est lié à la canule par un long tube en caoutchouc. La canule une fois fixée dans l'artère, on place le flacon à un niveau plus élevé que le cadavre et, en maniant la poire en caoutchouc, on détermine l'écoulement du liquide du flacon dans les vaisseaux.
4° Embaumement simple, sans autopsie. On commence par dépouiller le cadavre de ses vêtements, et on ne le laisse recouvert que d'un drap ou d'une robe ample, puis on le couche sur une table et l'on place sur une petite table plus élevée le flacon renfermant le liquide conservateur. Si la rigidité cadavérique n'a pas entièrement cessé, on imprime de légers mouvements aux articulations jusqu'à ce qu'elles se trouvent dans le relâchement. Il est inutile de plonger le cadavre dans de l'eau chaude, comme cela se fait quelquefois pour les sujets destinés à la dissection, quoique les vaisseaux deviennent par là plus perméables à l'injection. En tout cas, il ne faudrait pas dépasser 60 degrés; une température supérieure aurait pour effet de rendre les muscles et les vaisseaux rigides.
Si les membres supérieurs sont bien développés, on choisit l'artère brachiale pour y faire l'injection ; autrement, on choisit l'artère fémorale, dans le triangle de Scarpa. On dénude l'artère comme pour une ligature, on y fait une petite incision et on introduit la canule dont on tourne l'extrémité vers le cœur; on lie l'artèi'e en-dessous en deux endroits. On fait ensuite passer un courant d'air dans les artères ; on fera bien de prendre de l'air qui aura été en contact dans un flacon avec de l'ammoniaque concentrée ; cette injection d'air alcalin a pour effet de rendre les vaisseaux plus souples.
Pour injecter le liquide conservateur, il faut exercer le moins de force possible ; le mieux serait que l'injection se fît par la simple pesanteur du liquide. On se rend compte de la bonne marche de l'opération eu explorant une artère superficielle et actionnant deux ou trois fois vigoureusement la poire en caout-
chouc ; on doit sentir sous le doigt un soulèvement de l'artère analogue à celui que produit le pouls; on perçoit aussi les chocs en auscultant le cœur au moyen d'un stéthoscope.
Lorsque environ le quart du liquide se trouve injecté, on fait des piqûres à l'extrémité des doigts ou des orteils, pour vérifier par l'écoulement du liquide que celui-ci se distribue partout régulièrement ; ces piqûres ont encore l'avantai^e de produire un dégagement utile et d'empêcher ainsi la rupture des vaisseaux, surtout fâcheuse au niveau des cavités.
Lorsque les quatre cinquièmes environ de la solution se sont répandus dans le corps, le tégument prend un aspect marbré de places blanches, au niveau desquels il est dur au toucher; ces marbrures ne tardent pas à disparaître. A ce moment l'injection est suffisante, mais on continue à injecter doucement encore environ un i/2 litre de la solution, puis on abandonne le cadavre à lui-même pendant six à douze heures, en laissant la canule en place pour que le reste du liquide pénètre dans le corps par sa seule pesanteur. Cet intervalle de temps est nécessaire pour la parfaite diffusion de la solution conservatrice.
Le corps a pris alors une coloration blanche comme du marbre, les muscles sont devenus rigides et les membres raides ; les traits du visage sont bien conservés et l'expression est souvent comme vivante.
Les choses ne se passent pas toujours si simplement -. parfois un vaisseau se rompt et le liquide s'écoule dans les cavités du corps ; d'autres fois, pour des raisons difficiles à comprendre, les muscles et le tégument se refusent à prendre la turf^escence nécessaires, et les membres restent flasques. Dans ce cas, on recharge le flacon du même liquide conservateur et on recommence l'injection. Heureusement ces difficultés ne se présentent pas souvent.
Une fois l'injection bien terminée, il s'agit d'oblitérer l'artère. Pour cela, avant d'en retirer la canule, on détache le tube de caoutchouc qui la fait communiquer avec le réservoir, et on y fixe un autre bout de tube en caoutchouc, puis on injecte dans l'artère avec une seringue 150 à 200 grammes de la solution aqueuse saturée de silicate de soude. Celui-ci se solidifie immédiatement au contact du chlorure de zinc que renferme l'artère et forme un bouchon gélatineux de plusieurs centimètres de long. On enlève ensuite la canule, on lie solidement le bout de l'artère, et l'on suture avec soin la peau au moyen d'un fil de soie.
Ordinairement l'abdomen du sujet est plus ou moins distendu par des gaz. On les fait échapper au moyen de trocart qu'on y enfonce, en exerçant des pressions sur l'abdomen. Quelquefois il est nécessaire, pour donner un passage suffisant aux gaz, de sectionner l'intestin ; pour cela, on introduit par l'ouverture pratiquée au moyen du trocart le bistouri cà longue lame étroite et on tourne dans divers sens jusqu'à ce que l'ouverture intestinale soit suffisante. Cette opération faite, on fait couler dans l'abdomen par la même ouverture environ 180 grammes de zinc colloid, qui se diffuse et va coaguler les sécrétions muqueuses et solidifier la paroi intestinale. On ferme l'ouverture par un point de suture au fil de soie. Pour les deux moitiés du thorax, on procède comme pour l'abdomen; on pratique des ouvertures avec le trocart et on y fait couler environ 120 grammes de zinc colloid. Pour pratiquer la même opération sur la cavité crânienne, on enfonce une longue aiguille creuse par le canal nasal et on y pousse le colloid au moyen d'une seringue jusqu'à ce qu'on éprouve de la
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résistance. A ce moment on relire l'aiguille. En injectant plus de liquide, on risquerait de faire saillir les globes oculaires.
Après quoi on fixe les paupières, les supérieures contre les inférieures, par une ou deux fines sutures au fil de soie; on bouclie les narines avec du coton fin imprégné de zinc colloid ; la cavité buccale est enduite de la même substance, puis les lèvres léunies par une ou deux fines sutures pratiquées sous la muqueuse, si elles ne restent pas naturellement fermées.
Ainsi embaumé, le corps peut être conservé dans une caisse fermée sans se décomposer.
5» Embaumement dans les cas où une autopsie doit être pratiquée. Si c'est l'embaumeur lui-même qui pratique l'autopsie, il devra prendre certaines précautions et opérer comme il suit : 11 fera une seule incision longitudinale sur la ligne médiane du corps et ne fera pas les deux incisions latérales qu'on pratique ordinairement au-dessous du diaphragme. Il réclinera la peau du thorax avec précaution, sans couper les fibres musculaires, et en général évitera toujours de blesser les gros vaisseaux ; il sectionnera bien également et régulièrement les cartilages costaux en ne dépassant pas en haut les attaches du sterno-cléido-masloïdien, autrement il risque d'inciser les gros vaisseaux; il divisera avec soin le sternum transversalement et enlèvera entièrement la portion de paroi thoracique ainsi disséquée.
Les organes thoraciques sont mis ainsi à nu ; on en fera autant pour les organes abdominaux, en divisant les tissus, y compris le péritoine, suivant la ligne blanche. Il ne faut pas toucher au diaphragme.
On commencera par examiner les organes abdominaux qu'on enlèvera successivement en appliquant chaque fois au-dessous une ligature solide au moyen d'un fil ciré : après quoi on passe aux poumons. S'il est nécessaire de les inciser, on les enlève l'un après l'autre en pratiquant une ligature solide à leur racine et en laissant entre la section et la ligature assez de tissu pulmonaire pour que celle-ci tienne bien. On laisse toujours le cœur en place ; on pratique ensuite sur la paroi antérieure une incision allant du sommet à la base et comprenant le ventricule droit et l'oreillette droite, puis on ouvre rinfundibulum de l'artère pulmonaire pour voir les valvules semi-lunaires; enfin, on fait une dernière incision partant de la pointe du cœur et ouvrant le ventricule et l'oreillette gauche; on passe le doigt, derrière la valvule mitrale, dans l'aorte, pour reconnaître par le toucher s'il n'y a pas de lésion des vahules sigmoïdes.
Gela fait, on introduit dans l'aorte un tube long de 7 à 8 centimètres, légèrement recourbé; on le fait avancer dans la crosse jusqu'à ce qu'il soit bien perceptible dans le tissu supérieur de la portion ascendante de l'aorte. Ensuite, avec l'aiguille à anévrysme, on passe une solide ligature autour de l'aorte au niveau du premier tiers de la portion ascendante ; on peut même en appliquer une seconde, si c'est nécessaire.
Enfin, reste à examiner le contenu du crâne ; on l'ouvre d'après la méthode ordinaire, mais en procédant avec une grande régularité, au moyen d'une scie fine. On enlève le cerveau et le cervelet et on éponge le liquide de la base du crâne.
Les organes, une fois examinés, sont placés dans le liquide conservateur, où on les laisse plongés au moins six heures. On fixe alors sur le tube engagé dans l'aorte un tube en caoutchouo dont l'autre extrémité communique avec le
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réservoir ; on fait l'injection lentement et on lie les artères partout où l'on constate un écoulement du liquide conservateur : c'est ainsi qu'on est obligé de lier les artères intercostales : le mieux pour cela, c'est de placer une forte ligature autour de chaque côte : l'artère se trouvera prise dans cette ligature; les artères de l'abdomen doivent être liées une à une; de même pour les artères crâniennes ; quant au canal spinal, on prévient tout écoulement en y enfonçant un liouohon de bois très-tendre.
11 faudra évidemment plus de liquide pour terminer l'opération que dans un embaumement ordinaire, car, quoi qu'on fasse, on en perd toujours; il faut en outre pousser l'injection beaucoup plus doucement, autrement la perte serait encore plus grande; on fera même bien d'interrompre l'opération de temps en temps, pendant une heure, pour permettre aux tissus de bien s'imbiber. Lorsque le corps prendra l'aspect marbré décrit plus haut, l'injection aura fait tout son effet. On termine alors comme ci-dessus.
Il faudra enfin remettre en place les organes extraits, mais auparavant on les enduit avec le zinc colloid, de même que les parois des cavités ; on comble les espaces vides avec du crin végétal ou de l'étoupe saturés de cette même substance. Si l'on ne replace pas l'un des organes dans sa cavité, on comblera celle-ci avec du gj'pse additionné d'un quart de tannin et d'un peu de myrrhe. On remet les os en place au moyen de sutures faites avec des fils d'or ou d'argent. Pour fixer le sternum, il faut cinq sutures : pour le pariétal deux, pour le centre de l'occiput une, plus deux sutures intermédiaires.
Il ne faut pas placer de suture sur le frontal, car les sourcils se trouveraient déformés. Les téguments sont réunis par des sutures faites comme d'ordinaire.
Il est évident que l'embaumement dans ces conditions est plus long et plus méticuleux. Mais c'est bien pis, si l'autopsie a été faite par une autre personne d'après les méthodes ordinaires, surtout si l'aorte et les autres gros vaisseaux ont disparu. Il faudra, en pareil cas, injecter séparément la tête par l'intermédiaire de la carotide primitive, les bras par les artères axillaircs, les membres inférieurs par les artères iliaques primitives. On sature les viscères de la solution au chlorure de zinc; on laisse séjourner la même solution dans les cavités, afin qu'elles s'en imbibent par contact et que le liquide y pénètre par les vaisseaux divisés. L'opération se termine comme ci-dessus.
6^ Embaumements difficiles. Il s'agit ici de difficultés résultant de maladies organiques dont souffraient les sujets ; les facteurs les plus importants à cet égard sont : 1" la désorganisation des tissus; 2° l'exsudation de sérosités; 3" les tumeurs d'un grand volume ; 4° les lésions vasculaires.
Comme exemple de désorganisation des tissus, on peut citer les cavernes des phthisiques; dans ce cas le liquide injecté peut s'épancher dans les cavernes et finalement refluer parla trachée; il faut pratiquer l'injection très-doucement: on a ainsi des chances d'arriver au bout sans rupture vasculaire ; mais, si cet accident se produit, il faut ouvrir le thorax, lier les deux poumons à leur racine et faire l'injection par l'aorte, comme on l'a dit plus haut.
S'il y a des épauchements de sérosités dans les cavités, il est indiqué d'évacuer le liquide et de faire l'injection par l'aorte. Une des difficultés, c'est que, même injecté avec force, il peut y avoir obstacle par suite de la coagulation de la sérosité albumineuse au contact du chlorure de zinc. Si l'on fait des ponctions sur le corps, le liquide conservateur s'écoule en même temps que la sérosité ;
tout cela fait que rembaumement peut être très-long dans ces conditions. Ilichardson propose, en pareil cas, de faire des centaines de petites injections souscutanées dans le tissu cellulaire.
Dans les cas oii une tumeur gêne l'injection, il faut l'enlever avec les organes malades, puis pratiquer les injections.
Si les artères sont malades et qu'une rupture soit à craindre, il faut faire l'injection avec les plus grandes précautions, avec le moins de force possible. Le mieux, ce serait de choisir comme lieu d'injection le commencement de la crosse de l'aorte, ou un autre point de ce vaisseau, ou d'autres artères, si aux points choisis d'abord les tuniques vasculaires se déchiraient.
L'embaumement terminé, on enveloppe le corps de bandes trempées dans du colloïde phéniqué ou au zinc. On commence l'application par les pieds séparément ; à partir des hanches, on croise les deux bandes et l'on continue ainsi jusqu'au cou, où les bandes redeviennent indépendantes pour couvrir les bras jusqu'au poignets. On laisse la face et les mains libres.
Si le corps embaumé doit être transpoité par mer, il faut bien le caler dans son cercueil au moyen de couvertures et de coussins, pour le protéger contre les secousses du navire qui le défigureraient entièrement.