ÉPERVIÈRE
diversité des Poissons, i55û. — Linxk. Sysl. nat.,L l, p. 511, 1766. — Bloch. Ichlhyologie, 1. 1, p. no, pi. '28, nSo, 1797. — Lacépède. Uist. nat. des poissons, t. Y, p. 229, 1798, 1805. — CuviER et Vale.vcie>nes. Ilist. nat. des poissons, t. XXI, p. 368, 1848. — BLAxcHAnii. Les poissons des eaux douces de la France, p. 441, 18G6. — GCnther (â..). Cal. l<'ish. Brilisk Muséum, t. YI, p. 166, 1866. — Moreau (E.). Histoire naturelle des jwissons de la France, t.lll, p. 541, 1881. E. S.
ÉPEROX »E CHEVALIER, ÉPERON DE LA. VIERGE. Noms vulgaires (les Delphinium ajacis L. et D. consolida L. {ooy. Pieu dalouette).
Ed. Lef.
ÉPERO\'ELLE. Un des noms vulgaires du Galium cruclata Scop. ivoy» Croisette). Ed. Lef.
ÉPERO:xillÈRE. Nom vulgaire sous lequel on désigne indistinctement diverses plantes dont les fleurs sont prolonge'es en éperon. Tels sont notamment les Pieds d'alouette, l'Ancolie, les Linaires, etc. Ed. Lef.
ÉPERVIER. Le genre Épervier {Acclpiler L.) a pour type l'Épervior ordinaire {Accipiter nisus Pall. ; Falco nlsiis L.), oiseau de proie qui est largement répandu en Europe et dans le nord de l'Amérique, et qui se trouve aussi pendant l'hiver dans l'Inde, en Cliine, en Egypte et en Algérie. Dans cette espèce, comme chez la plupart des Rapaces, la femelle est toujours de taille notablement plus forte que le mâle, dont la grosseur est à peu près celle d'un Pigeon; mais les individus des deux sexes portent à peu près la même livrée, grise ou brune sur les parties supérieures, et blanche rayée longitiidinalement et transversalemeat de brun et de roux sur les parties inférieures du corps. Us ont le bec crochu, festonné sur les bords de la mandibule supérieure et coloré en brun jaunâtre, les yeux d'un beau jaune, les pattes longues, terminées par des doigts souples et déliés, et teintés en jaune plus ou moins vif suivant l'âge.
Des caractères semblables et une livrée presque identique se rencontrent chez Y Accipiter Cooperi Bp. de l'Amérique du Nord, chez l'A. tinus Lalh. de la Colombie et du Drésil, chez VA. madagascariensis Vers, de Madagascar, tandis que Y A. hicolor de la Guyane et du Mexique, VA. cliilensis Ph. et L. du Chili, VA. îîartlauhii Vers, du Gabon, offrent des teintes plus vives, au moins à l'âge adulte. Mais, quel que soit leur costume, ces oiseaux ont les mêmes mœurs et le même régime. Ils habitent les grandes forêts pendant l'été et se répandent dans les campagnes en hiver; ils établissent sur les grands arbres leurs nids construits avec des branches grossièrement entrelacées, et ils font une chasse active aux Insectes, aux Rongeurs et surtout aux Oiseaux qu'ils capturent au vol. Aussi, dans l'ancienne fauconnerie, se servait-on fréquemment de TÉpervier commun pour prendre des Alouettes et des Cailles.
Dans les classifications modernes les Éperviers [Accipiter) et les Autours {A?,tur) conslituent dans l'ordre des Rapaces (voij. le mot Oiseaux de proie) une famille que l'on désigne sous le nom d'Asturidés E. Oustalet.
Bibliographie. — Deglaxd et Gerbe. Omith. europ., 2« édit., 1867, t. II, p. 98. — Sharpe (R.-B.). Cat. B. Brit. Mus. Accipilres, 1874, p. 150. E. 0.
ÉPERVIÈRE. Nom vulgaire des Hieracium [voy. ce mot).
DICT. ENC. XXXIV. 49
770 ÉPHEDRÂ,.
ÉPERVIÈRE (Eau MiivÉRALE d'). Athermale, bicarbonatée ferrugineuse faible, carbonique moyenne. Dans le département de Maine-et-Loire, arrondissement d'Angers, émerge une source connue indifféremment dans le pays sous le nom de source de l'Epervière ou Saint-Sylvain. Son eau est recouverte d'une couche épaisse de rouille, sous laquelle elle est claire et limpide, travei^ée par un nombre assez considérable de bulles gazeuses. Elle laisse déposer sur les bords et au fond de son bassin un précipité ocracé. Elle rougit promptement les préparations de tournesol. Elle est inodore et son goût est franchement ferrugineux. Sa température est de 15», 8 centigr-ade. MM. Ménière et Godefroy en ont fait l'analyse chimique et ont trouvé dans 1000 grammes les principes qui suivent :
Bicarbonate de magnésie 0,0o8
— cliaux 0,050
— manganèse 0,017
— fer 0,013
Cliloriire de calcium 0,067
Sulfate de chaux 0,058
— magnésie 0,0û8
Acide siliciaue 0,012
Matière organique azotée 0,02»
Total des matièiies fixes 0,557
( acide carbonique ) • j ..
Gaz. .{ „ , [ indet.
I azote )
Cette analyse est incomplète, puisque d'abord elle ne renferme aucune trace de soude et que toutes les eaux minérales en contiennent.
L'eau d'Épervière est exclusivement employée en boisson par les gens de la contrée. Ils viennent s'y traiter des accidents d'anémie et de chlorose auxquels convient un traitement ferrugineux par une eau minérale d'autant plus aisément assimilable qu'elle renferme une certaine quantité de gaz acide carbonique libre. A. Roturead.
ÉPETIT. Nom, à Gayenne, d'une plante d'espèce indéterminée, à laquelle on attribue des propriétés aphrodisiaques. Ed. Lef.
ÉPIIEDRA [Ephedra L.). Genre de Conifères, du groupe des Gnétacées, dont les espèces, au nombre d'une vingtaine, habitent les régions chaudes de l'hémisphère boréal.
L'espèce type, E. distachya L., se rencontre assez communément dans les sables et les coteaux maritimes des bords de l'Océan et de la Méditerranée. C'est un arbuste de 5 à 6 décimètres, à tige très-rameuse, couverte d'une écorce fauve et lisse, à rameaux opposés, plus ou moins allongés, articulés, et pourvus, au niveau de chaque articulation, d'une gaîne cylindrique, divisée sur ses bords en lobes aigus. Fleurs dioïques, disposées en chatons ovoïdes : fleurs mâles, solitaires à l'aisselle des bractées, à périanthe simple, membraneux, au fond duquel sont logées plusieurs étamines soudées par leurs filets en une colonne rameuse ; fleurs femelles géminées, enveloppées par un involucre à deux rangs de folioles opposées en croix. Ovaire sessile, uniloculaire et uniovulé. Fruit "lobuleux, rouge, nuculiforme, entouré des écailles internes de l'involucre devenues charnues-succulentes ; graine à embryon droit placé dans un albumen charnu.
L'E. distachya L. cstrL"î;a marina Monspeliensiiim de Lobel [Icon., 796).
EPHELIDES. 771
Ses branches et ses fleurs étaient employées autrefois comme astringentes ; elles figuraient dans les officines sous le nom de chatons de raisins de mer {Amenta uvœ marinœ). Les fruits mucilagineux, à saveur acidulée, sont comestibles. Ed. Lef.
Bibliographie. — Likné. Gen., n° 1156. — Bentham et Hooker. Gen.-pL, t. III, p. 418, n° 2. — Grenier et Godron. FI. fr., t. III, p. 160. — Rosentiial, Synops.pl. diaph., p. 174.
Ed. Lef.
ÉPIIÉLIDES. Comme tant d'autres dénominations dermatologi(|ues, le mot éphélides a eu, aux diverses époques de la médecine, des acceptions trèsdifférentes, et a été appliqué à des affections et à des difformités cutanées de nature et d'apparences variées qui n'avaient le plus souvent qu'un caractère commun, la coloration jaunâtre ou brunâtre du tégument. Il a désigné ainsi non-seulement les diverses pigmentations cutanées, mais encore des affections, comme le pityriasis versicolore et le purpura, qui ne sont pas des pigmentations, voire des modifications de la coloration cutanée consécutives à des brûlures, telles que les taches brunes développées sur les cuisses des femmes qui font usage de chaufferettes.
Semblant par son étymologie {à.v:o toO ■fl)>ioO) désigner une affection due à l'action du soleil, il a été appliqué aussi aux affections qui ressemblent à celles produites par l'action du soleil et, ainsi détourné de son acception primitive, il est facile de s'imaginer à quelle quantité et à quelle variété de lésions il a pu être donné par les anciens aute\irs, peu scrupuleux lorsqu'il s'agissait de trouver des ressemblances entre des affections cutanées.
Hippocrate, partant de ce principe, avait déjà désigné sous le même nom la coloration brune du visage produite par l'action du soleil et la pigmentation de la face chez les femmes enceintes.
Sauvages est l'auteur qui décrivit sous le nom d'éphélides le plus grand nombre de lésions différentes ; il arrive à en reconnaître 6 espèces, l'éphéhde produite par le soleil, l'éphélide des femmes grosses, l'éphélide lentigo, l'éphélide produite par l'action du feu, l'éphélide jaune, qui est la coloration de la peau chez les enfants, et l'éphélide scorbutique.
Alibert, qui donne aux éphélides le nom de panne, en décrit quatre espèces : la panne lenticulaire, la panne hépatique, la panne mélanée et la panne caratée, comprenant dans sa description, avec le lentigo, le pityriasis versicolore des auteurs modernes et des pigmentations généralisées.
Bateman range encore parmi les éphélides, avec les taches jaunes que portent les sujets blonds et les taches brunes produites par l'action de la chaleur, des taches jaunes qui ne sont autres que celles du pityriasis versicolore.
J. Copland et Todd décrivent sous le nom d'ephelis lentigo deux variétés : ïephelis materna, qui n'est autre que le lentigo des auteurs actuels, et ïephelis œstiva, que son nom désigne suffisamment; Vephelis diffusa de ces auteurs comprend une variété syraptomatique qui est encore le pityriasis versicolore et une variété idiopathique renfermant les éphélides produites par l'action du feu
et par celle du soleil.
La confusion, rendue manifeste par les exemples que nous venons de citer, était d'autant plus grande que chacune de ces espèces avait reçu des noms différents, que plusieurs auteurs appliquaient le même nom à plusieurs espèces différentes, ou des dénominations différentes à une seule et même espèce. Il
772 ÉPIIÉLIDES.
serait sans intérêt de poursuivre cet Iiistorique et de citer toutes les opinions diverses émises par les auteurs au sujet des éphélides, et ce n'est pas ici le lien de détailler les transformations qui se sont opérées dans le grand chapitre des pigmentations cutanées et qui ont abouti à reconnaître les diverses affections que nous connaissons aujourd'hui sous les noms de vililigo, de naevus pigmentaire, de syphiiide pigmentaire, etc.
Depuis Rayer les éphéiidcs sont l'objet d'une description spéciale, limitée à la seule affection qui mérite ce nom et dont la cause bien déterminée, l'action des rayons solaires, réponde à la signification étymologique de ce mot; le lentigo est devenu, dans le livre de Uayer, l'objet d'un cliapitre séparé et non plus seulement une variété de l'éphélide. Cazenave et Gibert rangent cependant encore le lentigo et les éphélides dans une même description.
Bazin accentue encore la division proposée par Rayer. Il décrit les éphélides parmi les affections provoquées directes et renvoie au chapitre des difformités cutanées l'élude du lentigo. a Le lentigo, dit-il, se distingue de l'éphélide solaire par des caractères qui, selon moi, eu motivent parfaitement la séparation. Il en diffère : 1° par son époque d'apparition: il se montre à la naissance ou peu après; l'éphélide se développe à tous les âges; 2° par sa cause : l'un est spontané, l'autre est manifestement produite par l'action des rayons du soleil; 5° par sa marche : la tache de rousseur spontanée change peu ; elle persiste ordinairement toute la vie, ou s'efface sans raison appréciable, pour ne plus reparaître; l'éphélide solaire subit l'influence évidente d'une cause extérieure; elle offre, dans sa marche, une sorte d'intermittence en rapport avec les saisons; A" la forme de la tache n'est pas non plus la même : elle est petite, arrondie, bien circonscrite dans le lentigo, large et diffuse dans l'éphélide; enfin, la constitution du sujet nous donue encore un élément de diaguostic : l'éphélide se développe à peu près indistinctement chez tous les individus, dès que la cause agit avec une suffisante énergie, et vous ne trouvez guère le lentigo que sur les constitutions molles, lymphatiques ou scrofuleuses » {Leçons sur les affections culanées artificielles, etc., p. 422).
Depuis Bazin, la séparation des éphélides et du lentigo a été maintenue par la plupait des auteurs; Hardy, Kaposi, décriveut séparément ces deux lésions; cependant les auteurs anglais et américains confondent généralement leur description sous le nom de lentigo.
Les différences nombreuses qui, dans les caractères extérieurs, la marche, l'étiologie, séparent l'éphélide solaire du lentigo. nous obligeraient à ne décrire à cette place que l'éphélide solaire, si la description du lentigo n'avait été renvoyée à cet article. Nous envisagerons donc ici successivement l'éphélide solaire, qui seule mérite le nom d'éphélide, et l'éphélide lentigineuse, qui serait plus exactement désignée sous le nom de lentigo.
I. Éphélides solaires. Sous le nom d'épliélides ou éphélides solaires, on désigne des taches brunes, d'étendue variable, de forme plus ou moins régulières, ne s'accompagnant ni de démangeaisons ni de desquamation, développées sur les parties de la peau exposées au contact de l'air et produites par une accumulation de pigment.
Description. Les éphélides sont des taches de couleur brune, de nuance et d'intensité variables : tantôt d'un brun légèrement grisâtre, ou même se rapprochant de la coloration noire, tantôt d'un gris plus ou moins foncé tirant sur le jaune et ayant quelque ressemblance avec la coloration du pain d'épice;
ÉPHÉLIDES. 773
leur couleur n'est souvent pas uniforme, mais présente des teintes variées et forme des marbrures de diverses colorations lorsque les taches ont une certaine étendue.
Ces taches ont des dimensions variables ; quelquefois réduites à de simples points, elles s'étendent ordinairement davantage pour atteindre la largeur d'une pièce de 50 centimes; la réunion d'un certain nombre de ces taches peut arriver à couvrir des surfaces larges comme la paume de la main.
La forme de ces taches n'est astreinte à aucune règle absolue. Quelquefois à peu près arrondies, elles sont d'autres fois irrégulières; leur contour est rarement bien marqué, le plus souvent le passage de la coloration anormale à la peau normale se fait par gradations plus ou moins accentuées. Les taches se réunissant souvent pour former des plaques plus ou moins étendues, celles-ci ont des contours sinueux et irrégulièrement frangés.
La surface des taches est absolument plane, de niveau avec la peau du voisinage; elle est parfaitement lisse et ne présente guère de desquamation épidermique que quand on a appliqué dans un but thérapeutique quelque topique irritant.
Les symptômes fonctionnels sont absolument nuls : les éphélides sont indolentes, ne donnent aucune sensation ni de chaleur, ni de démangeaison : si quelques auteurs signalent un prurit plus ou moins accusé, aggravé par les émotions, par les écarts de régime, cela tient évidemment à ce qu'ils ont pris pour des éphélides des affections qui ne présentent avec elles d'autre analogie que celle de la coloration, telle que le pityriasis versicolore.
Les éphélides occupent exclusivement les parties de la peau exposées au contact de l'air : aussi siégent-elles le plus souvent sur le visage, le dos des mains, la poitrine, mais elles peuvent se rencontrer sur d'autres régions du corps exposées à l'air, soit habituellement, soit accidentellement. Sur le visage, on les voit former des plaques irrégulièrement arrondies et le plus souvent symétriques occupant le front et les joues. Sur le dos des mains, elles forment souvent des taches de forme à peu près arrondie, nombreuses et étendues, surtout chez les personnes âgées. Au cou et sur la partie supérieure de la poitrine, sur les membres, elles s'observent chez les sujets obligés par leur profession à un long travail à l'air et ont pour limites les parties que les vêtements soustraient au contact de l'air extérieur et à l'action des rayons du soleil.
Les éphélides présentent des alternatives d'accroissement et de diminution : pendant l'hiver, elles palissent ou même disparaissent complètement, puis se montrent de nouveau au printemps ou pendant l'été; les sujets qui en ont été atteints une fois sont exposés presque fatalement à leur retour à une époque ultérieure. Chez certains sujets, ceux qui travaillent constamment à la campagne, elles deviennent permanentes et ne présentent plus qu'une légère ciminution de leur coloration pendant l'hiver.
Leur développement est assez rapide : après quelques jours de séjour à la campagne, pour peu que la chaleur soit forte ou le vent un peu violent, certaines personnes en ont le visage couvert.
Les éphélides sont très-rares dans l'enfance ; elles s'observent surtout dans râ"^e adulte et dans la vieillesse ; les hommes y semblent plus exposés que les femmes en raison de leur séjour plus prolongé en plein air, et les auteurs qui soutiennent leur plus grande fréquence chez les femmes sont ceux qui con-
774 ÉPIIÉLIDES.
fondent dans une même description l'éphélide solaire et le masque de la grossesse.
Étiologie. L'action de l'air extérieur sur la production des éphélides est rendue suffisamment manifeste par la topographie même de la lésion, limitée exclusivement aux parties de la surface cutanée exposées à l'air; celle du soleil est prouvée aussi par sa fréquence pendant les saisons chaudes, où le rayonnement solaire est le plus souvent marqué. C'est là ce qui a conduit Bazin à décrire les éphélides en tète du cliapitre consacré aux affections provoquées directes, dues à l'action de la lumière, mais le vent, qui agit peut-être sur la peau à la façon du traumatisme, est également la cause fréquente du développement des éphélides : elles apparaissent souvent pendant un séjour au bord de la mer, sous l'action de l'air vif des côtes.
Les sujets ne sont pas tous également exposés aux éphélides. Les auteurs sont d'accord pour reconnaître qu'elles sont particulièrement fréquentes chez les sujets de constitution molle et lymphatique, dont la peau est sèche et délicate, mais leur développement chez les sujets robustes qui travaillent aux champs montre que l'action répétée et prolongée des agents extérieurs peut arriver à les produire chez presque tous les sujets; on ne saurait admettre que chez les individus sanguins et vigoureux les éphélides ne se produisent jamais et que chez eux l'action du soleil se traduise toujours par une coloration brune uniforme. Entre le hàle et l'éphélide, il n'existe que des différences légères qui n'autorisent pas une distinction bien tranchée et une dichotomie aussi nette dans les conditions étiologiques.
Anatomie pathologique et pathogénie. Nous possédons peu de données sur l'anatomie pathologique des éphélides. L'intégrité des couches superficielles de l'épiderme est évidente, mais la répartition du pigment dans les couches profondes de l'épiderme et la nature de ce pigment ont été jusqu'à présent fort peu étudiées. Les recherches de Demiéville [Virchow's Archiv, t. LXXXl) ont cependant montré qu'il y avait dans les éphélides une infiltration du chorion par des cellules semblables aux leucocytes, et des dépôts pigmentaires dans la zone réticulée de Malpighi. Le pigment affecte dans sa répartition deux dispositions principales : il forme des nids ou des cordons, mais quelquefois l'infiltration est telle qu'on ne reconnaît plus aucune régularité. Les cordons de pigment doivent manifestement leur origine à une diapédèse de globules rouges dans la tunique adventice avec oblitération consécutive du vaisseau, et les nids pigmentaires ne sont probablement que des cordons interrompus. De ces recherches, qui demanderaient encore à être contrôlées, il semblerait résulter que la pigmentation des éphélides est due à l'exsudation de globules rouges et à une transformation de leur pigment.
S'il en est ainsi, la pathogénie des éphélides est facile à établir; sous l'influence de l'air extérieur, de l'action de la lumière et de la chaleur solaires, un afflux sanguin se fait dans les capillaires cutanés, qui se laissent traverser par les globules sanguins, et le pigment globulaire produit la coloration du tégument. Toute l'affection consiste donc dans des modifications circulatoires et dans des altérations consécutives du sang exsudé. La rapidité avec laquelle se développent parfois les éphélides, leur fréquence chez les individus lymphatiques dont les vaisseaux se laissent plus facilement traverser, trouveraient ainsi une explication aisée. 11 y a lieu cependant de se demander si les agents extérieurs n'influencent pas le travail de pigmentation, de modification des cellules
ÉPHÉLIDES. 775
épidermiques elles-mêmes, et si les épbélides ne sont pas dues pour une part au moins à l'exagération de la production du pigment normal.
La coloration de la peau de certains animaux est, on le sait, modifiée par Taction des rayons colorés : on peut donc se demander s'il n'en est pas de même pour la peau humaine.
Quant à l'action solaire, son mécanisme mériterait aussi d'être recherché, et on devrait se demander quelle est l'espèce de rayons qui entre enjeu. Ce que l'on sait du mode de production des éruptions solaires tendrait à faire croire que les rayons chimiques sont les plus actifs; mais il y a lieu d'apporter quelque réserve à l'expression de cette opinion, car les éphélides sont loin de toujours succéder à des érythèmes solaires et sont souvent la première manifestation dé l'action du soleil sur la peau : aussi est-il possible que la différence des effets soit due à la différence des agents qui les produisent.
Pronostic. Le pronostic des éphélides ne présente absolument aucune gravité; elles ont si peu d'importance qu'elles ne méritent pas le nom de maladie et que certains auteurs les rangent au nombre des difformités cutanées. Néanmoins elles sont très-désagréables pour les malades, en raison de leur siège sur les parties découvertes, principalement sur le visage et sur le cou, en raison de leur longue persistance ou tout au moins de leurs réapparitions fréquentes et faciles : aussi les sujets qui en sout atteints, et surtout les femmes, réclament-ils énergiqucment et avec insistance uu moyen pour se débarrasser de ces taches qui les déparent.
Diagnostic. Les épiiélides sont d'un diagnostic facile; leur coloration grise ou brune, l'absence de toute saillie et de toute desquamation, leur indolence absolue et leur limitation aux parties découvertes, sont les éléments de ce diagnostic.
Nous verrons plus loin quels sont les caractères différentiels du lentigo et des éphélides.
La coloration brune du visage connue sous le nom de masque de la grossesse, bien qu'elle s'observe en réalité chez des femmes en dehors de l'état de gestation, présente une grande ressemblance extérieure avec les éphélides; son siège à la face, sa teinte, exposent à la confusion. Cependant elle est souvent asymétrique et a souvent une répartition un peu différente de celle des éphélides, occupe surtout le front, s'étend sur le nez, sur la partie postérieure des joues, qui sont respectées habituellement par les éphélides, s'accompagne assez souvent de démangeaisons. Enfin les conditions dans lesquelles elle se développe sont suffisantes pour reconnaître sa nature. Fréquente dans la grossesse, au quatrième ou cinquième mois de laquelle elle se développe, elle ne lui est cependant pas exclusivement particulière; on l'observe aussi €hez des femmes qui ne sont pas enceintes, qui n'ont jamais conçu, et même chez des vierges, mais alors elle coïncide avec l'aniénoirhée, que celle-ci soit due à la lactation ou bien à des affections utéro-ovariennes ou à un trouble fonctionnel, et est la conséquence des troubles ou de la suppression du flux menstruel.
La coloration brune du visage des tuberculeux décrite par 0. Jeannin (thèse de Paris, 1869) a à peu près la même distribution que le lentigo, mais les conditions étiologiques dans lesquelles elle se produit suffisent pour la faire reconnaître.
Certaines pigmentations observées chez des syphilitiques peuvent être con-
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fondues avec les e'pliélides. II est raie qu'on prenne pour des épliélides les pigmentations consécutives à des éruptions spécifiques, car elles l'orment des taches plus étendues, plus disséminées, plus nombreuses que les épliélides, et occupent des régions du corps non exposées à l'action de l'air extérieur. La confusion serait peut-être plus aisée avec la syphilide pigmentaire, qui a été décrite par quelques auteurs sous le nom d'cphclide sypliililique; mais la syphilide pigmentaire ne s'observe guère que chez des femmes jeunes, occupe le cou, la partie antérieure des aisselles, respecte absolument le visage, offre une coloration brun grisâtre disposée en forme de réseau circonscrivant des espaces de peau arrondis, de coloration normale et découpée comme une dentelle; elle coïncide avec d'autres manifestations de syphilis secondaire, spécialement avec des adénopathies, de la céphalée et des plaques muqueuses, de sorte que l'erreur est facile à éviter.
Le vitiligo ne peut giière être confondu avec les éphélides; la pigmentation disposée sous forme de taches ou de ligues est entourée de plaques plus ou moins larges au niveau desquelles la peau est le siège d'une décoloration; elle n'a pas de prédilection pour le visage, est souvent unilatérale et distribuée sur le territoire d'un nerf.
Le pityriasis versicolore qui, sous le nom d'éphélides hépatiques, a été confondu longtemps avec l'affection que nous décrivons ici, en diffère considérablement; exceptionnel à la face, il occupe surtout la région antérieure du thorax, où il n'est point limité aux parties exposées à l'action de l'air; il forme des taches plus élenduts et plus nombreuses que les éphélides, sa coloration est beaucoup plus variable que celle des éphélides; ces taches présentent à leur surface un plissement de l'épiderme, indice de la desquamation légère que l'on y constate parfois; mais le signe capital est la desquamation provoquée par l'ongle : il suffit, dans le pityriasis versicolore, de donner un coup d'ongle un peu sec sur une des plaques pour enlever un lambeau d'épiderme corné, sur lequel on constaterait, si un supplément d'information était nécessaire, la présence du microsporon d'Eichstedt.
Quant aux naevi pigmentaires, il ne peut guère être question de les confondre avec les éphélides; dans les régions exposées à l'action du soleil, on ne constate que des naevi recouverts de poils, et ce caractère suffirait à lui seul à faire le diagnostic, si ces nœvi ne faisaient en outre une saillie plus ou moins marquée au-dessus du niveau de la peau, et ne présentaient des bords beaucoup plus nettement marqués, une dissémination beaucoup plus grande, une irrégularité de distribution bien plus marquée et des dimensions bien différentes de celles des éphélides.
Traitement. Les sujets atteints d'éphélides doivent tout d'abord éviter les causes susceptibles d'aggraver cette lésion ou de la faire reparaître. Ils doivent s'exposer le moins possible à l'action des rayons solaires et à l'action du vent. Lorsqu'ils sont forcés de s'y exposer, ils doivent protéger la figure par des ombrelles, par des chapeaux à larges bords et surtout par des voiles d'un tissu suffisamment serré pour tamiser véritablement les rayons du soleil; ces voiles doivent être maintenus suffisamment éloignés de la surface cutanée pour ne pas constituer autour de la face un espace fermé dans lequel la chaleur devient insupportable et augmente l'afllux sanguin dans les capillaires du visage. Les mains doivent aussi être protégées par des gants épais. Ces précautions sont nécessaires tant que les éphélides existent ; elles doivent aussi être prises
ÉPHÉLIDES. 777
lorsque la saison chaude revient, afin d'empêcher autant que possible les éphélides de se montrer à nouveau.
Les moyens thérapeutiques employés contre cette affection ont pour la plupart une eflicacité ou douteuse ou nulle. Des lotions astringentes, alcalines, acides ou émollientes, ont été proposées à diverses reprises. Les douches sulfureuses, celles d'eaux de Luchon et de Baréges en particulier, donnent parfois de bons résultats. Hardy vante spécialement les lotions au sublimé ou mieux avec une solution de 1 gramme de sublimé, 2 grammes de sulfate de zinc et de sulfate de plomb, une quantité d'alcool suffisante pour dissoudre le sublimé et 250 grammes d'eau distillée. Nous ne reproduirons pas la longue liste des substances proposées contre les éphélides; presque toutes ont pour effet de produire la rougeur de la peau, avec desquamation légère; la pigmentation disparaît quelquefois, mais non toujours, au bout d'un temps souvent assez long; la plupart du temps elle persiste sans aucune modification. Alors même qu'elle a disparu plus ou moins complètement, la guérison n'est qu'apparente, et les taches éphélitiques ne tardent pas à reparaître et présentent la même coloration qu'auparavant.
Ephélide LENTiGiNECSE OU LEMiGO. Sous le nom de lentigo ou de taches de rousseur, on désigne des taches de coloration grise ou brune, de forme arrondie, de dimensions égales ou inférieures à celles d'une lentille, ne présentant aucune saillie, ne causant pas de démangeaisons, persistant pendant plusieurs années ou pendant toute la vie et produites par une accumulation de pigment.
Description. Les taches de lentigo présentent une forme généralement arrondie et régulière; quelquefois cependant elles sont légèrement irrégulières, anguleuses sur quelques points de leur contour; leurs bords sont nettement arrêtés et la tache pigmentaire se continue sans transition avec la peau adjacente. Leurs dimensions sont peu considérables, presque toujours comparables à celles d'une grosse tête d'épingle; quelques-unes peuvent acquérir une largeur plus grande, atteindre le diamètre d'une lentille, et de là est venue la dénomination sous laquelle elles sont connues.
Elles ont une coloration variable du jaune pâle au gris légèrement brunâtre, quelquefois même elles arrivent à la coloration noire; le plus souvent, on peut comparer leur couleur à celle du café; assez souvent elles ont une teinte jaune fauve et quelquefois prennent une apparence ignée. La couleur est uniforme sur toute l'étendue de chaque tache, elle est aussi le plus souvent uniforme pour toutes les taches développées chez le même sujet sur une même région de 1» peau, mais présente des variations dues principalement à l'action de la lumière, qui rend les taches plus apparentes à certaines époques.
Ces taches ne font aucune saillie au-dessus de la surface de la peau ; le doigt passé sur une région couverte de nombreuses taches de lentigo n'y perçoit aucune inégalité. Elles ne présentent aucune trace de desquamation.
Les taches sont le plus ordinairement disséminées dans une région et parfaitement distinctes les unes des autres; quand elles sont nombreuses, elles forment sur le fond blanc de la peau une gravité parfois très-marquée; quelquefois leur nombre est tellement considérable et les espaces qui les séparent tellement restreints qu'elles arrivent sur certains points à se confondre pour former des taches plus ou moins étendues, à contours irréguliers, parsemées de petits espaces déchiquetés de peau saine.
On peut observer des taches de lentigo sur toutes les régions de la peau,
778 ÉPHÉLIDES.
mais elles sont surtout nombreuses et marquées sur les parties de'oouvertes, au 'visage, où elles occupent surtout le front, le nez, la partie supérieure des joues, à la face dorsale des mains, au cou; la partie supérieure du thorax, les avantbras, les jambes, en sont encore assez souvent le siège. Presque toujours elles sont disposées avec une remarquable symétrie.
Le lentigo ne donne lieu à aucune espèce de sensation morbide; il ne cause pas de démangeaisons, pas de chaleur, et les personnes qni en sont atteintes ne s'aperçoivent de sa présence qu'à la coloration de leur peau.
Marche. Durée. Le lentigo est bien rarement congénital, en ce sens qu'il ne se manifeste pas dès la naissance, mais il apparaît généralement dans la seconde enfance: vers l'âge de huit ou dix ans, on voit se développer des taches qui, arrivées rapidement à une certaine largeur, restent ensuite stationnaires. Chez certains sujets chez lesquels elles sont particulièrement nombreuses et étendues à de grandes surfaces du tégument, spécialement chez les sujets dont le système pileux a une coloration rousse, elles persistent à peu près toute l'existence et ne s'effacent que dans un âge très-avancé. Chez d'autres, après iivoir duré quelques années sans offrir de modifications bien considérables, elles disparaissent vers l'âge de dix-huit à vingt ans, mais parfois reparaissent accidentellement à une époque ultérieure pour s'effacer après une durée variable.
Elles présentent, pendant leur cours, des variations assez marquées. La chaleur et la lumière ont sur elles une influence incontestable; c'est pendant b'été après l'exposition prolongée au soleil, après un séjour plus ou moins long à la campagne et surtout au bord de la mer. qu'elles offrent la coloration la plus intense; pendant l'hiver, elles pâlissent ordinairement pour devenir de nouveau plus colorées au retour du printemps ou en été.
Étiologie. Nous venons de voir que le lentigo apparaît surtout dans la seconde enfance, qu'il disparaît dans un âge avancé. Il nous reste encore à signaler quelques particularités relatives à son étiologie.
Egalement fréquent dans les deux sexes, il s'observe chez le plus grand nombre des jeunes sujets; on pourrait presque en faire un des attributs de la peau normale chez les enfants de dix à quatorze ans; cependant il est certaines conditions sous l'influence desquelles il devient plus marqué et plus persistant. Les petites filles chez lesquelles les fonctions menstruelles s'établissent de bonne heure présentent souvent des taches ae lentigo très-développées ; celles dont la menstruation est tardive sont plus longtemps affectées de lentigo et bien souvent la longue persistance de ces taches au delà des limites habituelles est liée à des troubles de la menstruation.
Les sujets lymphatiques semblent plus exposés au lentigo que ceux qui sont forts, vigoureux et sanguins; mais cette opinion, partagée par un grand nombre d'auteurs, est peut-être due à ce que le lentigo se montre surtout chez les enfants dans un âge oîi le lymphatisme est très-commun et constitue une manière d'être habituelle à cette période de la vie.
Si le lentigo s'observe chez les bruns comme chez les blonds, il est cependant surtout fréquent de l'observer chez les sujets qui ont les cheveux roux et la barbe de la même couleur; l'association du lentigo avec un système pileux de couleur rousse est très-habituelle, et ces sujets ont ordinairement des taches de rousseur d'un jaune intense, remarquablement nombreuses, disséminées non-seulement sur la face et le cou, mais encore sur la face dorsale des mains, sur le thorax et sur les membres, A ces modifications dans la couleur des poils
ECHÉLIDES. 779
et de la peau se joint souvent une modification dans la sueur, qui a une odeur fade et dësagre'able ; Lorry a comparé à l'odeur du bouc celle qui est exhale'e par certains sujets atteints de lentigo.
Les mulâtres sont souvent aussi atteints de lentigo; les dermatologistes américains notent spécialement ce fait qui n'a rien d'extraordinaire, étant donné la fré([uence des anomalies dans la distribution du pigment chez les individus de cette race.
^ Les maladies aiguës paraissent être quelquefois sinon la cause, tout au moins l'occasion du développement du lentigo; Gordon (cité par Alibert) à la suite de diverses fièvres, Litten {Charité- Annalen, t. IV, 1879] à la suite du typhus, Krocker {Char ilé- Annalen, t. V, 18S0) après une fièvre typhoïde légère, Hardy {Traité pratique et descriptif de& maladies de la peau. Paris, 1886) après une maladie fébrile indéterminée, ont vu se développer sur diverses parties du corps des taches pigmentaires grises ou presque noires, de la largeur d'une tête d'épingle à celle d'une lentille; peut-être devrait-on cependant se demander s'il s'agit dans ces cas de véritable lentigo ou d'une autre variété de pigmentation partielle non encore déterminée.
Anatomie pathologique et nature. Les lésions anatomiqnes du lentigo ont été à peine étudiées jusqu'ici, et on en est réduit aux données fournies par l'inspection à l'œil nu des taches pigmentaires; une accumulation de pigment dans les couches profondes de l'épiderme paraît être la seule lésion.
Aussi est-ce seulement d'après les conditions étiologiques que l'on peut rechercher la nature véritable du lentigo.
Dans certains cas, il se développe sinon à la naissance, du moins dans les premières années de la vie, persiste pendant presque toute l'existence sans, présenter de modifications notables et tout au plus devient-il plus apparent dans les saisons chaudes par suite de l'activité plus grande, de la circulation sanguine des téguments. H s'agit alors incontestablement d'une difformité de la peau, difformité qui est si souvent alliée à une coloration spéciale des cheveux qu'elle semble presque être l'état normal chez les sujets roux et qui est alors ordinairement étendue à une grande partie de la surface cutanée.
A côté de ces cas dont l'interprétation ne saurait présenter de doutes, il en est d'autres dont la pathogénie est plus embarrassante, dont les conditions de développement sont plus variées et plus souvent réunies et qui semblent avoir été la cause des nombreuses opinions soutenues par les auteurs sur la nature des éphélides et sur la signification de ce mot. Ce sont les cas ovl les taches lentigineuses développées chez des jeunes sujets n'occupent que les parties exposées à la lumière, subissent plus manifestement l'influence des agents atmosphériques et disparaissent d'une façon presque absolue au bout de quelques années. L'action de la chaleur et de la hmiière solaires, du vent, est manifestement démontrée par l'observation clinique. L'âge oui les taches lenti- .gineuses commencent à se développer est celui où les organes génitaux se préparent à prendre leur développement, et ces taches s'effacent alors que la puberté est établie, elles acquièrent leur plus grande intensité lorsque les fonctions génitales ne s'établissent pas d'une façon régulière ou au contraire sont trop précoces. On ne peut donc nier qu'il y ait une certaine relation entre les taches du lentigo et le développement d'organes dont les troubles et les lésions sont souvent dans l'âge adulte l'origine de pigmentations cutanées. Il y a donc, dans l'action de l'air extérieur et dans le développement des organes génitaux, deux
780 EPHELIDES.
causes qui peuvent être invoquées pour expliquer la production du lenligo. Il serait néanmoins trop exclusif de prétendre le mcltre uniquement sous la dépendance de ces deux causes; celles-ci n'agissent que pour exagérer une déviation pour ainsi dire naturelle et normale dans la production du pigment, qui ne se répartit jamais d'une façon absolument égale sur toute la surface cutanée, mais qui s'accumule plus spécialement en certains points; lorsque la production du pigment s'exagère, il se réunit autour de ces petits amas primitifs qui deviennent ainsi apparents. Le lentigo n'est donc, dans ces cas encore, qu'une difformité de la peau, mais une difformité exagérée par des causes extérieures et par des causes physiologiques dont l'action se continue pendant un temps généralement assez long.
Diagnostic. Le diagnostic du lentigo est des plus faciles : les taches arrondies, de petites dimensions, non saillantes, qui le constituent, ne peuvent être confondues avec aucune autre affection.
Il diffère des éphélides par la forme plus régulière, les contours plus nets, les dimensions moindres de ses taches, leur limitation moins exacte aux parties exposées au contact de l'air, leur durée plus longue. Ces différences ajoutées aux différences éliologiques que nous avons signalées sont plus que suffisantes pour justifier la description séparée de ces deux affections, et il est difficile de comprendre pourquoi tant d'auteurs les ont confondues ensemble.
Les pigmentations qui succèdent aux lésions syphilitiques présentent des différences également très-considérables avec le lentigo; leurs contours sont moins nets, leur coloration moins uniforme, leurs dimensions sont plus considérables, leur groupement est bien différent de celui des taches du lentigo; enfin elles ont été précédées d'une éruption de caractères tout différents.
La pigmentation consécutive au lichen plan présente à peu près les mêmes caractères que celle qui persiste après les lésions syphilitiques et, de plus, les malades ont conservé le souvenir du prurit intense que causait la lésion primitive.
Des taches de purpura remontant à quelques jours et offrant une coloration analogue à celle de la rouille pourraient ressembler aux taches du lentigo ; maiselles ont des dimensions plus considérables, des limites plus diffuses, occupent symétriquement les membres, la coloration des taches est différente, ce qui indique qu'elles se sont développées à des époques successives ; enfin ces taches sont apparues depuis peu et elles ont été le plus souvent accompagnées à leur début de douleurs rhumatoïdes.
Il est une autre affection beaucoup plus rare, qui pourrait être confondue avec le lentigo : c'est la maladie décrite en 1882 par Kaposi sous le nom de xeroderma pigmentosum et qui a été depuis lors étudiée par E. Vidal, sous 1& nom de dermatose de Kaposi, et parPick sous le nom de mélanose lenticulaire progressive. Une éruption abondante de taches lentigineuses a quelque analogie avec les phases initiales de cette dernière maladie, qui en diffère cependant par la largeur plus considérable des taches pigmentaires, par leur teinte bistrée foncée; plus tard, l'apparition de petites ulcérations suivies de cicatrices couvertes de télangiectasies, puis des ulcérations et des végétations épithéliomateuses,ne permet plus l'erreur ; les antécédents héréditaires de carcinome qui semblent à peu près constants dans la dermatose décrite par Kaposi, l'existence simultanée de la même affection chez plusieurs frères et sœurs, pourraient être d'ua utile secours pour le diagnostic au début dans les cas douteux. La difficulté
EPIIÉLIDES. - 781
peut être plus grande lorsque des cicatrices de brûlures, existent sur le visage d'un enfant couvert de taches de lentigo ; l'aspect peut alors être le même que dans le xcroderma et le diagnostic repose sur l'absence de télangiectasies et d'ulcérations non cicatrisées, mais surtout sur les antécédents.
Certaines formes de nœvi pigmentaires développées sur les régions habituellement couvertes par les vêtements peuvent ressembler aux taches de lentigo : leur surface plane, de niveau avec les parties voisines de la peau, leur coloration café au lait et l'absence de poils à leur surface, sont les caractères communs de cette variété de ncevi et des taches du lentigo ; mais ces noevi sont plus disséminés, moins nombreux que les taches de lentigo ; leur étendue plus considérable, leur forme varice et irrégulière, empêchent la confusion.
Pronostic. Le lentigo ne présente aucune gravité : il constitue une difformité cutanée et rien de plus. D'une durée très-longue et parfois indéfinie, il reste stationnaire ou du moins ne présente que des modifications dans sa coloration sans aucune altération dans la structure de la peau et ne donne lieu à aucune complication. Mais, en raison de son siège sur les parties découvertes et spécialement sur la face, il devient disgracieux et désagréable pour les sujets qui le portent; il inquiète plus encore leurs parents, qui réclament les moyens d'en débarrasser leurs enfants. Il convient donc de se rappeler que, sauf chez certains sujets qui, en raison de la constitution de leurs tissus ectodermiques, sont presque fatalement exposés à conserver toute leur vie les taches de lentigo, sujets que la coloration rousse de leur système pileux permet facilement de reconnaître, la plupart des enfants (|ui présentent des taches de rousseur cesseront d'en être marqués lorsqu'ils auront atteint l'adolescence.
Traitement. Le lentigo ne doit, dans la plupart des cas, être soumis à aucun traitement ; destiné à disparaître spontanément en quelques années, il ne nécessite que quelques précautions semblables à celles qui sont employées contre les éphélidcs, afin d'atténuer les effets de la chaleur et de la lumière solaires : l'emploi de voiles, de chapeaux à larges bords, de gants très-montants.
D'autres fois, lorsqu'il est très-développé ou très-persistant, quand il constitue une difformité considérable et désagréable, ou peut être obligé de recourir à une médication active.
On a conseillé les applications de teinture d'iode, d'huile de cadeet de divers autres irritants qui généralement amènent la chute de l'épiderme, produisent des excoriations et n'atténuent que très-passagèrement la coloration des taches; il en est de même des pommades corrosives, des lotions avec des acides minéraux et d'une foule d'autres agents employés par des industriels. Le sublimé corrosif, vanté par beaucoup de dermatologistes, semble être la substance la moins inutile de toutes celles qui ont été proposées et donne quelquefois une lé'^ère diminution de coloration : on peut l'employer sous forme de liqueur de Van Swielen ou en solution dans une eau légèrement aromatisée. On a vanté aussi dans ces dernières années l'acide phénique en solutions concentrées, qu'on laisse dessécher sur la partie tachetée de la peau ; les taches de lentigo deviennent d'abord plus apparentes, puis l'épiderme se détache et laisse à nu la peau colorée en rose, celte coloration ferait place en quelques jours à la couleur normale.
Tout récemment, II. Leloir (de Lille) a reconimandé {Journal des connaissances médicales, 1" juillet 188G), dans les différentes mélanodermies d'origine épidermique, l'emploi de l'acide chrysophanique, dissous dans le chloro-
782 ÉPIIORINUS.
forme et que l'on applique sur la peaa en recouvrant d'une couclie de traumaticine : cette préparation est appliquée sur la peau préalablement nettoyée avec du savon mou de potasse ou de l'alcool et les applications en sont répétées dès que les premières couches se détachent : Leloir aurait obtenu ainsi de trèsbons résultats. Cette méthode a le grave inconvénient de faire sur la peau des taches noires de traumalicine, nécessairement assez étendues, d'obliger les sujets qui y sont soumis à ne pas se montrer en public pendant un assez long temps : elle demande donc une expérimentation plus étendue pour pouvoir entrer dans la pratique.
Les divers modes de traitement jusqu'ici connus ont pour résultat, ut encore pour résultat inconstant, de faire disparaître pour un temps les taches de lentigo, mais celles-ci reparaissent bientôt lorsque les couches épidermiques se sont reproduites. Aussi les malades doivent toujours être prévenus de la récidive possible, probable même, pour ne pas dire certaine, de la difformité dont ils demandent la guérison. Georges Thibierge.
ÉPHÉMÈRE. Éa^HÉMÈRE DE TIRGIIVIE. ÉPHÉMÉRIi^E. Noms vulgaires dii Tradescanlia virginica L. {voy. Tradescaktia). Ed. Lef.
ÉPHÉMÈRE (Fièvre). Voij. Fièvre.
ÉPHÉMÉRO^'. Nom du Colchique dans certains auteurs grecs anciens.
Ed. Lef.
EPHEMERUM. La plante désignée sous ce nom dans Dioscoride (lib. IV, cap. Lxxxv) est, suivant certains auteurs, la digitale; suivant d'autres, le Lysimachia ephemerum L. {voy. Lysimachie).
Matthiole donnait le même nom au 3Iuguet. Enfin, Tournefort (Inst., 567, t. 195) l'a appliqué à un genre de Commélinacées, qui est devenu synonyme de Tradescanlia L. {voy. ce mot.) Ed. Lef.
ÉPUIUROSE. Augmentation de la sécrétion des glandes sudoripares de la peau des paupières [voy. Sueur, p. 182, et Paupière, p. 685). ' L. Hi\.
EPHORIKCS (AiNSELJi). Médecin allemand, né à Fribourg, en Silésie, étudia à Cracovie et y prit en 1522 et 1527 les grades en philosophie. Dès l'âge de vingt-deux ans, il y obtint la chaire de dialectique et de logique. Peu après, il entreprit l'éducation des fils du châtelain Severin Bonar, et fit avec eux un long voyage en Italie et en Allemagne pendant lequel il se lia avec Érasme. Il se fit recevoir docteur en médecine à Padoue et reçut des lettres de noblesse de Charles-Ouint. De retour de ses voyages, il se fixa à Cracovie et y devint médecin pensionné et conseiller. On a de lui :
I. C. Plinii Secundi naluralis historiae lib. VU. Cracoviae, 1526,111-4". — II. C. Plinii Secundi in libres historiae naturalis praefatio, etc. Cracoviae, 1527, in-4°. — III. C. Plinii Secundi naturalis historiae librum XXIX medico suo commentario distinctiun et illustratum edidit. Cracoviae, 1550, 10-4°. — IV. De utililale artis medicae (sans lieu ni date) (1538). — V. Médicinale Compendium ad ampUssimum ac prudcntissinnun Senatum Ptegiae urbis Cracoviensis. Cracoviae, 1542, in-8°. — \'I. On lui attribue encore un Remedium contra pesiem qui se trouverait à Bàle [voy, Hirsch's Lexicon hervorrag. Aerzte, II, 291). L. Un.
ÉPIBDELLE. 785
ÉPI. Ce nom, lié à un autre, sert à désigaer vulgairement diverses plantes. Ainsi, l'Ëpicreaii est le Potamogeton natans L., VÉpi de la Vierge et VÉpi de lait, V OrnilJiogalum pyramidale L., VÉpi du vent, ÏAgrostis spica-venlïL., VEpi fleuri, le Sfachys germanica L., VÉpi celtique, le Valeriana cellicai,., VÉpi de ISard ou Spicanard, le Valeriana jatamensis Uoxb., VÉpi sauvage, V Asar um europœiun L., elc. Ed. Lef.
ÉPi.^iRS: [Stachijs L.). Genre de plantes de la famille des Labiées, qui a donné son nom à un groupe spécial, celui des Stachydées.
Les Epiaires sont pour la plupart des herbes annuelles ou vivaces, répandues dans les régions tempérées de l'ancien continent. Elles ont tous les caractères des Bétoincs [voy. ce mot), auxquelles on les réunit d'ailleurs aujourd'hui. Elles en diffèrent, en ce que .les deux étamines inférieures se déjettent latéralement en dehors de la corolle après la floraison : de plus, les deux loges des anthères, au lieu d'être parallèles, sont opposées bout à bout et s'ouvrent par une fente longitudinale commune.
La Grande Épiaire ou Ortie puante est le Stachys sylvatica L., herbe vivace, commune en Europe dans les bois, les taillis, les buissons et les lieux ombragés humides. Toutes ses parties exhalent une odeur forte, désagréable. Ses racines grêles, longuement traçantes, donnent naissance à des tiges dressées, hautes de 5 à iO décimètres, hérissées de longs poils et garnies de feuilles molles, ovales-acuminées, dentées sur les bords et longuement pétiolées. Ses fleurs purpurines, disposées au nombre de trois à quatre à l'aisselle de chaque feuille florale, forment un épi terminal interrompu, assez allongé. Cette espèce était préconisée autrefois comme diurétique, emménagogue et antispasmodique; elle figurait dans les officines sous la dénomination d'Herba Galeopsidis sylvatici fœtidœ s. Urticœ inertis fœtidissimœ. On l'emploie encore aujourd'hui dans la médecine populaire.
Le Stachys palustris L-, appelé vulgairement Épiaire des marais, Ortie rouge. Ortie morte, est également une herbe vivace, commune dans les endroits humides, los lieux marécageux, sur les berges des rivières. On l'employait jadis comme fébrifuge. Sa tige simple, légèrement pubescente, porte des feuilles sessiles, oblongues-lancéolées, ordinairement très-longues, crénelées sur les bords. Ses fleurs sout purpurines ou rosées, tachetées de blanc. Sa souche rampante présente ça el là des renflements tuberculeux riches en fécule, que l'on mange dans les campagnes en temps de disette.
Le Stachys recta L. (S. sideritis YilL, S. bufonia Thuill.), bien connu sous le nom vulgaire de Crapaudine, est Vllerba sideritis des anciennes pharmacopées. On le rencontre assez communément sur les collines sèches, le bord des chemins, dans les champs pierreux, surtout des terrains calcaires. Ses tiges nombreuses sont plus ou moins couchées à la base, puis ascendantes. Ses fleurs, disposées en épis interrompus et feuilles, sont de couleur jaune pâle, veinées de brun. La plante entière était employée autrefois comme excitante, astringente et vulnéraire.
Il en était de même du Stachys germanica L., espèce des terrains calcaires, dont les feuilles ovales-lancéolées sont couvertes, ainsi que la tige, de longs poils blancs soyeux très «abondants, qui les rendent comme laineuses.
Ed. Lef.
ÉPIBDELLE. De Blainville a établi, sous ce nom, un genre de Vers, de
784 ÉPICARI'E.
l'ordre des Trématodes-Polyslomiens, qui vivent en parasites sur les poissons et que l'on range dans la famille des Tiùstomidés.
Ces animaux ont une certaine ressemblance de forme avec les sangsues, particulièrement avec les Mahicobdelles. Leur corps, ovale, déprimé, sans articulations distinctes, est pourvu, en avant, d'une petite ventouse en forme de tête triangulaire, et postérieurement d'un large disque hémisphe'rique, muni de crocliets en dessous et à son extrémité postérieure.
Les espèces principales du geiue, Epibdella hippoglossi Blainv. et E. sciœnce V. Bened., se rencontrent dans la mer du Nord, la première sur le Flétan {Hippoglossvs vulgaris Flem.), la seconde sur le Maigre [Sciœna aqinla r.isso). Ed. Lef.
ÉPlCATVTHl'S. De lui, sur, et ■/.a.-M-, angle de l'œil ; allemand et anglais, epicanlhis ; italien, epicante; espagnol, epicanto.
Repli semilunaire de la peau au devant du grand angle de l'œil, l'épicanthus est un vice de conformation assez rare, signalé par Scliœn en 1828, et considéré par lui comme le vestige d'une paupière supplémentaire. Cet état s'accompagne constamment d'un aplatissement prononcé de la racine du nez, d'un développement incomplet des sinus frontaux, d'un écartement anormal des orbites, enfin d'une surabondance de téguments à ce niveau. Sichcl a fait ressortir la ressemblance qu'offrent les individus atteints d'épicanthus avec les sujets de race mongole.
Le plus souvent bilatéral, ce vice de conformation ne présente pas d'habitude un égal développement des deux côtés. De Ammon l'a vu n'exister que sur un seul œil. Rarement il se montre du côté temporal; cependant Siebel, Chevillon, etc., ont relaté de ces faits exceptionnels. On a décrit sous le nom à'épicanthiis acquis des difformités consécutives à des brûlures, à la nécrose et à l'affaissement des os du nez ; il n'existe dans ces conditions qu'une ressemblance imparfaite avec la difformité congénitale, et nous ne saurions souscrire à cet abus de mots.
Si l'épicanthus conservait à l'tàge adulte le même développement qu'à la naissance, il constituerait une infirmité disgracieuse, sinon nuisible à la vision. Fort heureusement, à mesure que les os de la face s'accroissent, ses proportions relatives diminuent, et de Wecker ne l'a vu assez grand pour recouvrir complètement la caroncule que chez des enfants d'un à deux ans. On aura donc fort rarement à intervenir pour corriger ce vice de développement. Au lieu de s'adresser directement au repli normal, on se contentera d'exciser un lambeau ovalaire, à grand axe vertical, des téguments de la racine du nez, la peau ayant été préalablement soulevée avec une pince à ptosis, pour déterminer les dimensions et le siège exact de la partie à enlever. J. Chauvel.
Bibliographie. — De Wecker et Landolt. Traité complet d'ophlhalmologie, t. I, 1880.
J. Chauvel.
ÉPICAUPE. La portion extérieure du péricarpe des fruits, celle que l'on considère comme formée par l'épiderme extérieur ou inférieur de la feuille carpellaire. Ne prenant pas d'ordinaire un grand épaississement, cette couche ne constitue pas en général une portion active ou utile des fruits. Elle peut être nuisible lorsqu'elle se développe extérieurement en aiguillons piquants ou en poils brûlants qui peuvent s'introduire dans la peau. On confond souvent à tort avec
ÉPIGOMES. 785
l'épicarpe une portion des couches extérieures du mésocarpe, couches qui sont susceptibles de se modifier bien autrement, comme épaisseur et comme consistance, qu'im épiderme foliaire tel qu'est l'épicarpe proprement dit. H. Bn.
ÉPICÉA. Nom vulgaire du Pimis picea Du Roi {non Linné), que l'on appelle également Sa/>m de Norvège, Pesse, Faux-sapin, et qui est le Pimis abies de Liimé, le Pinus excelsa de Lamarck, V Abies picea de Miller, V Abies excelsa de de Candolle et le Picea indgaris de Link [voy. Sapijs et Pin), Ed. Lef.
ÉPicÉROS. La plante désignée sous ce nom dans Ilippocrate est le Trigonella foenum-grcccum L. [voy. Fe.nu-grec). Ed. Lef,
ÉPICUARIVIE. Poêle et philosophe grec, de la famille des Âsclépiades, né dans l'île de Cos vers 540 avant l'ère chrétienne, mort vers 450. D'après Diogène Laerce, Epicharme écrivit des traités Sur la nature des choses. Sur la morale et Sur la médecine, dont il ne reste rien ; des fragments de ses fables et de ses comédies nous sont restés, si toutefois il y a identité entre Epicharme, le créateur de la comédie dorienne, et Epicharme, le médecin. 11 rccommandiiit, païaît-il, le chou comme un remède universel contre une foule de maladies. S'il faut en croire Columelle (De re rust., Vil, 3), il aurait en outre écrit avec beaucoup de soin, « diligentissime », sur la médecine vétérinaire. L. Un.
ÉPlCilLORUTDRii\i<;. L'un des éthers du glycide {voy. ce mot).
ÉPICIERS (Hygiène). Gomment pourrait-on bien entendre aujourd'hui l'hjgiène professionnelle des épiciers, alors que dans V épicerie en gros on se trouve en présence de spécialités bien distinctes, telles que les sucres, la droguerie, les huiles, les spiritueux, etc., et que l'épicier au détail au contraire n'est plus l'homme d'aucune spécialité.
Toutefois on pourrait diviser les considérations d'hygiène que la profession d'épicier soulève en deux ordres. Les premières se rapportent au côté purement professionnel : vie sédentaire, milieu confiné, émanations et poussières, et parmi les inconvénients qui en résultent nous pouvons nommer ici ce qu'on appelle la gale dés épiciers, qui est un exanthème lichénoïde papulo-vésiculeux produit par la poussière irritante de certaines épiccs, et l'asthme ou bronchite des épiciers, causée par l'aclion de ces mêmes poussières sur les voies respiratoires|.
Les secondes concernent le danger que les épiciers peuvent faire courir à la santé publique, en vendant des matières dangereuses et des substances alimentaires de mauvaise qualité.
Ainsi sont susceptibles d'être réprimés par la loi les épiciers qui vendent des médicaments, des poisons, des denrées alimentaires falsifiées ou corrompues, ùes préparations fulminantes, des produits coloriés avec des couleurs prohibée^, des conserves préparées dans des vases de cuivre ou avec des sels de cuivre, etc. Les épiciers sont soumis à la visite des inspecteurs des pharmacies, drogueries et épiceries. , A., ,1^ayet.
ÉPICOMES (ÈTTt, sur, et xôf^ïj, chevelure). Nom donné par Is. Geoffroy Saint-llilaire à certains monstres doubles, caractérisés par la présence d'une
786 ÊPICRAÎsIENNE (aponévrose).
tête accessoire, d'ailleurs complète (quoique mal conformée), qui tient, par son sommet, au sommet de la tête normale. 0. L.
ÉPICOIVDYLE. Voij. Humérus.
ÉPICRÂ!\'IE]\ME (Aponévrose). V aponévrose épicrânienne ou calotte aponévrolique, galea capitis, est une vaste lame fibreuse recouvrant à la manière d'une calotte la convexité du crâne. Séparée du périoste ou péricrâne par un tissu cellulaire lâche qui lui assure un glissement facile, elle est au contraire intimement unie à la peau, qui l'accompagne toujours dans ses divers mouvements.
Dans le sens antcro-postcrieur, l'aponévrose épicrânienne réunit les muscles occipitaux aux muscles frontaux. En arrière, elle envoie entre les deux occipitaux un prolongement qui les sépare entièrement et vient prendre attache sur la protubérance occipitale externe, ainsi que sur le tiers interne de la ligne courbe occipitale supérieure, au-dessus des insertions du muscle trapèze. En avant, elle envoie de même un prolongement angulaire entre les deux frontaux; mais ce dernier prolongement est beaucoup moins important que le précédent et, si les deux frontaux sont manifestement séparés l'un de l'autre, au niveau de leur origine supérieure, ils se confondent bientôt en descendant et ne forment plus dans la région sourcilière qu'une masse musculaire absolument indivise, au point de vue anatomique tout au moins.
Latéralement, l'aponévrose épicrânienne descend sur l'aponévrose temporale, vers le pavillon de l'oreille et l'arcade zygomatique, et donne attache à deux muscles moteurs du pavillon, l'auriculaire supérieur et l'auriculaire antérieur. Mais, en s'éloignant de la ligne médiane, cette aponévrose diminue en épaisseur et en importance : c'est ainsi que, dans le voisinage de l'arcade zygomatique, elle est réduite aux dimensions d'une simple lame celluleuse. Elle glisse de haut en bas sur la face externe de cette arcade osseuse et vient s'épuiser dans le tissu cellulaire sous-cutané de la région massctérine.
Considérée au point de vue de sa structure, l'aponévrose épicrânienne est constituée par trois ordres de faisceaux diversement entre-croisés : des faisceaux antéro-postérieurs ou longitudinaux, des faisceaux transversaux et des faisceaux obliques.
Nous savons déjà {voy. Muscles occipital et frontal) que par ses deux bords antérieur et postérieur l'aponévrose épicrânienne donne attache aux faisceaux du muscle frontal et du muscle occipital, de telle sorte qu'on a pu considérer cet ensemble comme un vaste muscle digastrique, le muscle occipito-frontal , dont les deux muscles précités constitueraient les ventres et l'aponévrose épicrânienne le tendon intermédiaire. Quoi qu'il en soit de cette conception théorique, il n'en est pas moins vrai que les muscles occipital et frontal et peut-être aussi les auriculaires antérieurs et supérieurs constituent pour l'aponévrose épicrânienne de véritables muscles tenseurs. L. Testut.