‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.36Chapitre 39 sur 49 · V* EXPERIENCE · texte numérisé non relu

V* EXPERIENCE

pour eux deux sortes d'expérience, la sensation et le sens intime ou conscience, comme il y a deux sortes de phénomènes : les phénomènes connus par les sens et ceux qui sont connus par la conscience : on entend donc par expérience la réunion de la sensation et de la conscience. L'expérience s'oppose à la raison, qui est la connaissance dus réalités ou des principes non observables, supérieurs aux phénomènes, — à la mémoire, qui est la connaissance indirecte des phénomènes à travers le temps, — à l'imaginai ion, à la généralisation et au jugement, qui sont différents modes d'clahoralioii de la connaissance immédiate, différents procédés par lesquels l'esprit groupe les phénomènes une fois connus par l'expérience.

Dans le langage scientifique, la signification du mot expérience est beaucoup pins déterminée, car l'expérience est, pour les savants, Vohservation ■provoquée : or l'observation est déjà plus que la simple connaissance par la conscience ou par les sens; elle est celte connaissance devenue attentive, c'està-dire volontaire, et dirigée par la volonté vers un but préalablement conçu. L'observateur veut connaître une chose quelconque qui est momentanément 1 objet exclusif de sa curiosité; pour y arriver, il écarte volontairement de sa conscience et de sa sensation tous les antres objets qui lui sont présents ou qui pourraient se présenter soit à sa pensée, soit à ses sens; il concentre son attention sur la chose qu'il veut étudier, et il arrive ainsi à la percevoir plus conq)lctement et plus linement, dans toutes ses parties et dans ses détails les plus subtils; il pourra ainsi la mieux décrire et la mieux comparera ses analogues.

Telle est l'observation, que l'on peut définir la constatation attentive des ■phénomèneif. Mais de deux choses l'une : ou bien les phénomènes observables se présentent d'eux-mêmes et comme à l'improvisle : alors ils surprennent l'observateur, qui se trouve mal préparé à les analyser; il ne voit pas ou voit mal le commencement du phénomène; parfois il est encore troublé quand le phénomène continue; il ne ]ieut en prolonger la diu-ée, et, quand le phénomène a disparu, il ne peut revenir sur son observation pour en corriger les imperfections ou en combler les lacunes, puis, par cela même que le phénomène l'a surpris, il en ignore les causes, il ne peut le rattacher à ses antécédents, à ses conditions. Tous ces défauts de la simple observation disparaissent quand le phénomène à observer a été prévu par l'observateur et provoqué par lui, quand, pour observer le phénomène, il en a réalisé les conditions : alors il assiste attentif à l'éclosion du phénomène, il le suit dans son évolution, il peut le prolongpi- ou le faire renaître pour contrôler ses premières constatations; il peut en noter à loisir tous les détails et remarquer tous les phénomènes concomitants, antécédents ou conséquents, qui lui sont associés; il peut enfin le faire varier en modifiant les conditions qui l'ont lait naître ou qui l'accompagnent. Dans le premier cas, l'observateur est surpris par un fibénomène inattendu, ou, s'il prévoyait le phénomène, il se borne à écouter la nature ; il ne sait que ce qu'elle a bien voulu lui dire; — dans le second, il interroge la nature et la contraint à parler; s'il sait varier ses questions et la contraindre toujours à répoudre, il lui arrache un à un tous ses secrets. Une bonne observation est l'observation d'un phénomène provoqué, et c'est cela qu'on appelle une expérience. L'expérience n'est donc autre chose qu'un perfectionnement de l'observation ; c'est une observation dans laquelle la volonté préside au choix de l'objet à étudier, fait naître cet objet, et enfin concentre sur lui toutes les forces de la

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conscience et de l'iatelligence. Si l'on préfère dcfinn' l'expéiience par le caractère qui lui est propie et qui la distingue de l'observation, on dira qu'elle est la production m-tificielle des phénomènes en vue de leur observation précise, complète et méthodique. L'expérience, ainsi entendue, ne diffère pas de l'expérimentation; ces deux termes sont synonymes. Il est d'ailleurs évident ((ue l'expérimenlalion est toujours suggérée par une observation qui a paru donner du phénomène et de ses causes une connaissance insuflisante. Ajoutons enfin que robs.ervation se fait en tous lieux; les observatoires et les cliniques permettent seulement d'observer dans de meilleures conditions, plus exactement et plus complètement, les phénomènes qu'on ne peut pas ou (ju'on ne veut pas provoquer; l'expérimentation ne se fait guère bien que dans un laboratoire pourvu de tous les inslrumenls et matériaux nécessaires à la production indéfiniment variée du genre de phénomènes que l'on veut étudier.

La science se ibnde sur l'observation des phénomènes; elle les compare et les groupe de différentes manières : c'est la classification; suitout elle établit les relations régulières qu'ils ont entre eux, les rapports constants de coexistence et de succession qui les régissent : ces rapports sont les lois des phénomènes ; la détermination et la coordination des lois est le but de la science. Mieux les phénomènes seront connus et dans leurs éléments et dans leurs relations mutuelles, plus la détermination des lois sera facile et sûre. L'observation pure et simple sulht dans certains cjs à fonder l'induction, c'est-à-dire la connaissance des lois, mais il est évident que l'expérimentation fournit à l'induction une base plus large et plus solide.

Les sciences les plus avancées, c'est-à-dire les plus riches en lois, les plus exactes et les plus alïinnatives dans leurs énoncés, sont les sciences expérimentales, c'est-à-dire celles qui emploient l'expérimentation comme procédé unique ou principal : telles sont la physique et la chimie, et l'on voudrait pouvoir appliquer à toutes les sciences les procédés si simples et si rigoureux auxquels elles doivent leur sûreté et lùur progrès régulier. Mais certains objets d'étude résistent à l'expérimentation, et, en conséquence, certaines sciences sont réduites à l'observation, sauf à la perfectionner au moyen d'instruments spéciaux qui, en augmentant l'intensité ou l'étendue apparente des phénomènes, permettent à la perception d'être plus riche et plus précise : telles sont l'astronomie et la météorologie; ces sciences sont condamnées à rester éternellement des sciences de simple observation par cette raison décisive qu'il est impossible de provoquer les phénomènes astronomiques et météorologiques.

On a cru longtemps que les sciences médicales devaient, comme les précédentes, rester, ce qu'elles étaient au début, des sciences d'observation, — et cela non-seulement parce que la morale médicale défend de provoquer des faits morbides chez nos semblables, défaire de l'homme inlentionnellement un sujet d'expérience, — mais aussi et surtout parce que la complexité et .l'enchevêtrement des phénomènes vitaux, soit normaux, soit pathologiques, ne permettent pas de suivre avec sûreté dans un organisme les effets d'une expérience : trop nombreux sont à chaque instant les phénomènes organiques; ils réagissent trop instantanément et trop secrètement les uns sur les autres pour qu'on puisse dire : « Celui-ci a engendré celui-là. » Mieux vaut laisser agir la nature et l'observer patiemment du dehors.

Cette opinion était encore dominante il y a peu d'années; la pathologie et la thérapeutique ont été depuis leur origine des sciences d'observation, et c'est par

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un emploi plus savant do l'observation clinique ou de l'anatomie pathologique (qui est, elle aussi, un genre d'observation) que l'École française a fait faire à ces sciences, dans la première moitié du dix-neuvième siècle, des progrès décisifs. Mais un jour devait venir où la méthode expérimentale serait appliquée aux sciences biologiques, et il suffisait que la tentative réussît en quelque mesure pour que ce succès encourageât des espérances illimitées. Claude Bernard a fondé la phynologie expérimentale et posé les bases de la médecine expérimentale; il a montré qu'elles étaient solidaires et que Tonne pouvait développer la première sans toucher à la seconde ou sans lui préparer les voies. Entre ses mains et celles de ses disciples, la vivisection des animaux n'a pas été seulement le procédé fondamental pour la recherche des fonctions vitales normales : elle a quelquefois servi à donner aux animaux mis en expérience des maladies artificielles analogues à celles de l'homme : ainsi le diabète expérimental découvert par Claude Bernard et l'épilepsie artificielle des cobayes due à Brown-Sequard; la pathologie expérimentale était fontlée ; on doit y rattacher les expériences très-méthodiques de Dareste sur la production artificielle des monstruosités ; car la tératologie expérimentale est évidemment une branche de la pathologie expérimentale.

Les choses en étaient là et les progrès de la médecine expérimentale eussent été sans doute très-lents, si elle s'était bornée à chercher dans l'organisme modifié par un traumatisme savant le principe des maladies. Mais, dans ces dernières années, les travaux de Pasteur et le développement des théories microbiennes lui ont ouvert des voies nouvelles; toutes les maladies épidémiques, contagieuses ou infectieuses, sont désormais considérées comme des maladies parasitaires dues à l'introduction et à la puUulalion dans l'organisme d'êtres vivants infiniment petits. Grâce à Pasteur, on sait aujourd'hui isoler et cultiver ces semences de maladies; on sait les inoculer et créer ainsi expérimentalement les affections dont auparavant l'origine était obscure et dont l'étude se faisait uniquement par l'observation ; on a réussi à faire varier la maladie au gré de l'expérimentateur ; on a appris à la produire sous des formes plus ou moins atténuées et, comme on a constaté que toute atteinte, légère ou grave, crée ime immunité pour l'avenir à l'égard de la maladie déjà subie, on a pu instituer des inocïdalions préventives qui constituent une thérapeutique prévoyante ou une prophylaxie des maladies en question. Il y a donc désormais une pathologie expérimentale et une thérapeutique également expérimentale de toute une classe de maladies. Cette nouvelle application de la méthode expérimentale est encore à ses débuts, mais elle a déjà été signalée par des succès éclatants et indiscutables.

En dépit du terrain conquis chaque jour par la méthode expérimentale, l'observation proprement dite, l'observation clinique, restera toujours le procédé l)rincipal de la médecine. Il est inutile d'insister ici sur cette vérité, qui a été établie avec une grande abondance de preuves dans l'article Thérapeotique. On trouvera également à l'article Mkthode des considérations sur la part qu'il convient de faire en médecine à l'observation et à l'expérience. Voyez aussi les articles Observation, Science, Déterminisme, Induction. Victor Egger.

EXPERTISE. Voy. Médecine légale.

EXPIRATION'. Yolj. Respiration.

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EVPLORA.TELIRS. Voy. CoRl'S ÉinANfiEUS.

EXSUDAT!^. VOIJ. IiNFLAMNATIOiN.

EXTEIVSEURS DES IIOIGTS (MuscLEs), L'exleusion des doigts est un mouvement par lequel la face dorsale des doigts s'incline vers la face dorsale de la main. Les formations musculaires qui les déterminent sont situées sur le plan dorsal du membre Ihoracique et s'insèrent par leur extrémité dorsale sur l'un des leviers qui constituent les doigts. Ils présentent, du reste, dans la série animale, les variations les plus étendues en ce qui concerne leur nombre et leur insertion d'origine. 11 existe, à cet égard, dans le seul ordre des Primates, des différences considérables. L'homme, que nous devons considérer principalement dans notre description, possède à l'état normal cinq muscles extenseurs des doigts, savoir: 1" un extenseur commun des doigts; 2" un extenseur propre pour le petit doigt ; 5" un court extenseur pour le pouce ; 4" un long extenseur pour le pouce ; 5" un extenseur propre pour l'index. Mais, à l'état anormal, on voit survenir toute une série de faisceaux musculaires surajoutés, dont la morphologie, bizarre au premier abord, trouve dans l'anatomie comparée une explication au^si intéressante que rationnelle.

Nous décrirons tout d'abord les extenseurs normaux et donnerons ensuite une énuméralion rapide des extenseurs surnuméraires.

I. ExTEiNSEUR COMMUA DES DOIGTS [Musclc). Le plus interne de la couche superficielle des muscles postérieurs de l'avant-bras, l'extenseur commun des doigts [extensor digitorum conimimis, éplcondijlo-sus-phalangien) est un muscle charnu supérieurement, tendineux inférieurement, s'étendant de; l'épicondyle aux quatre derniers doigts.

Insertions. 11 s'insère en haut : 1" sur la face postérieure de l'épicondyle par un tendon qui lui est commun avec les autres muscles épicondyliens; 2" sur la face profonde de l'aponévrose anlibrachiale ; 2" sur les cloisons fibreuses qui le séparent de l'extenseur propre du petit doigt en dedans et du deuxième radial externe en dehors.

De là le corps musculaire se porte en bas dans la direction du poignet et se divise bientôt en trois faisceaux distincts : un ftiisceau externe destiné à l'index; un faisceau moyen destiné au médius; un faisceau interne, enfin, se rendant à la fois à l'annulaire et au petit doigt. Les quatre tendons qui font suite à ces faisceaux charnus passent au-dessous du ligament annulaire postérieur du carpe et divergent ensuite pour atteindre leurs doigts respectifs.

Parvenu au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne, chacun d'eux reçoit sur ses bords des expansions plus ou moins considérables des muscles lombricaux et interosseux {voy. ces muscles) et se partage en trois languettes terminales : la languette médiane, glissant sur la face dorsale de la première phalange, vient se fixer sur l'extrémité postérieure ou proximale de la deuxième ; les deux languettes latérales, d'abord nettement distinctes, se fusionnent ensemble sur la face dorsale de la deuxième phalange, pour venir se terminer sur l'extrémité postérieure ou proximale de la troisième.

Rapports. La face superficielle de l'extenseur commun des doigts répond à la peau dont elle est séparée par l'aponévrose anlibrachiale, le ligament annulaire postérieur du carpe, l'aponévrose dorsale de la main. Sa face profonde

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recouvre successivement le court supinateur, les vaisseaux interosseux jioslérieurs, les muscles proi'onds de la face [lostérieure de l'avant-hras, l'articulation du poignet, les métacarpiens et les muscles interosseux, la face dorsale des trois phalaii;2es. Son bord externe est en rapport avec le deuxième radial externe. Son bord interne répond à l'extenseur pi opre du petit doigt.

Au poignet, l'extenseur commun glisse sur l'extrémité inférieure du radius, au moyen d'une large synoviale qui lui est commune avec l'extenseur propre de l'index.

A la face dorsale de la main les quatre tendons du muscle sont reliés les uns aux autres par de petites languettes libreuses, transversales ou obliques, qui ont pour eflVt, on le conçoit, de solidariser tous les doigts dans leurs mouvpments d'extension. Il n'est rien de plus variable que ces languettes anastomotiques. Voici, d'après les recherches de Theile, quelle en est la disposition la plus commune : « Le premier tendon de l'extenseur marche oblicjuement sur le second métacarpien pour gagner le doigt indicateur, en dehors de l'extenseur propre de ce doigt, avec lequel il se réunit à la première articulation digitale. Le second descend en ligne droite sur le troisième métacarpien, reçoit ordinairement une languette du troisième, avant d'atteindre la première articulation digitale, et se réunit là avec une autre languette que lui envoie parj'ois l'extenseur propre de l'index. Le troisième tendon, quand il ne s'était déjà pas partagé au-dessus du poignet, se divise au carpe ou sur le métacarpe en deux autres tendons destinés au quatrième et au cinquième doigt. Celui du quatrième fournit généralement, au-dessus de l'articulation digitale, un faisceau qui ^a gagner transversalement ou ol)li(|uement celui du doigt médius et un autre analogue qui se rend à celui du petit doigt. Le tendon de ce dernier donne également une languette transversale ou oblique à celui du quatrième doigt et se réunit ensuite avec le tendon propre de l'extenseur du petit doigt. Les anastomoses entre les tendons du cinquème et du quatrième doigt ne manquent jamais; il est rare qu'on n'en trouve pas entre les tendons du quatrième et du troisième. Mais, en outre, on rencontre encore, sur le métacarpe, de minces languettes aponévrotiques transversales qui servent à réunir ensemble deux tendons voisins. »

Ces languettes d'union, jetées entre les tendons des extenseurs, peuvent s'accroître soit en surlace, soit en nombre; je les ai vues, dans un cas, réunir ensemble dans presque toute leur portion carpienne les tendons des trois doigts externes et constituer ainsi pour ces trois doigts un tendon unique, rappelant de tous points la disposition membraneuse que présentent les tendons des extenseurs chez un grand nombre de Mammifères et que j'ai pu constater moi-même chez quelques Cercopithèques et jusque chez le Troglodytes niger. Macalister et Wood rapportent des faits semblables.

Il est à remarquer que de tous les doigts de la main le plus libre au point de vue des mouvements d'extension, le plus individuel, qu'on me permette cette expression, est le deuxième, celui dont nous nous servons de préférence pour montier les objets, le doigt indicateur. Le tendon que lui envoie l'extenseur commun est, en effet, presque toujours indépendant des autres tendons. La disposition anatomique est donc merveilleusement adaptée à la fonction.

Action. L'extenseur commun étend succe^isivement la troisième phalange sur la deuxième, la deuxième sur la première, celle-ci sur le métacarpe, la main sur l'avant-bras et l'avant-bras sur le bras.

Anomalies. Le tendon destiné au petit doigt peut faire défaut. Dans un cas

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que j'ai observé en 1881, ce tendon était représenté par une simple bandelette fort mince, longue de 3 centimètres seulement, qui se séparait du tendon de l'annulaire sur la région dorsale de la main et venait se fusionner, au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne, avec le tendon de l'exlensenr propre de l'index. Macalister a noté de même l'absence du tendon que l'extenseur commun envoie à l'index. 11 n'est pas rare de voir les tendons des extenseurs se dédoubler : ce dédoublement peut s'étendre plus ou moins haut du côté du corps musculaire; il peut donner naissance à des faisceaux égaux ou inégaux, lesquels peuvent se porter soit sur le doigt correspondant, soit sur un doigt voisin; de plus, il peut porter soit sur un seul tendon, soit sur plusieurs ou même sur tous. De là des variations presque infinies qu'il serait tout aussi fastidieux qu'inutile de décrire. Il a été observé jusqu'à onze tendons sur une même main (Rùdinger, Perrin).

L'extenseur commun peut fournir un cinquième tendon pour le pouce, mais les cas de celte nature sont excessivement rares. Je n'en ai observe que deux pour ma part (Testut, ylnom. musciil. expliquées par l'anatomie comparée, 1884, p. 538); Wood en 1868, Macalister en 1871, avaient signalé déjà ce faisceau surnuméraire, dont le professeur Gruber a publié cinq nouveaux exemples (in Relchert u. Du Bois-Reijmond's Archiv, 1875, p. 204, et in Virchow's Archiv, vol. LXXII, p. 500). Nous trouvons encore, en 1867, dans les mémoires de Bankart, Pye-Smilh et Philips, sur les anomalies musculaires observées dans les salles de dissection de Giii/'s Uospital, la mention d'un prolongement de l'extenseur commun se rendant à l'un des extenseurs du pouce.

L'interstice séparatif qui isole le faisceau de l'index du faisceau destiné au médius remonte plus ou moins haut du côté de l'épicondyle. Sur deux sujets, je l'ai vu s'étendre jus(ju'à cette tubérosité osseuse; le faisceau musculaire qui se portait à l'index se trouvait ainsi, dans ces deux cas, tout aussi indépendant que l'extenseur propre du petit doigt, et méritait réellement le nom de muscle extenseur propre superficiel de l'index. C'est là bien évidemment, une disposition mieux adaptée encore que la disposition ordinaire à la fonction qui est dévolue au doigt indicateur. A ce titre, l'isolement complet du faisceau extenseur de l'index, entraînant comme conséquence l'indépendance de ce doigt, constitue une perfection à la fois anatomique et physiologique et rentre naturellement dans cette classe d'anomalies que l'on peut appeler progressives, par opposition aux anomalies dites réversives, qui marquent un retour à une organisation perdue.

II. Extenseur propre du petit doigt (Muscle). Situé en dedans du précédent, l'extenseur propre du petit doigt [extensor digiti minimi, épicondylo-susphalangettien du petit doigt) est un muscle long et grêle étendu de l'épicondyle au cinquième doigt.

Insertions. II s'insère supérieurement sur la face postérieure de l'épicondyle par le tendon commun des muscles épicoudyliens, sur l'aponévrose antibrachiale et sur les cloisons fibreuses qui le séparent des muscles voisins. Inférieurement il se jette sur un tendon aplati qui est déjà très-visible à la partie moyenne de l'avant-bras et que les fibres charnues accompagnent cependant jusqu'au voisinage de l'articulation du poignet. Ce tendon terminal glisse sur la tête du cubitus dans une gaîne qui lui est propre {yoy. Poignet). Il longe MCI. EMC. XXXYI. 29

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ensuite le cinquième métacarpien et vient se terminer sur l'extrémité proximale (les deux dernières phalanges du petit doigt, après s'être préalablement fusionné avec le tendon que l'extenseur commun envoie à ce doigt.

Rapporta. Par ses deux faces, superficielle et profonde, l'extenseur propre du petit doigt présente les mêmes l'apports que le muscle précédent. Il répond par son bord externe à l'extenseur commun des doigts, et par son bord interne au cubital postérieur.

Action. Comme son nom l'indique, ce muscle est extenseur du petit doigt. Accessoirement il étend la main sur l'avant-bras.

Anomalies. Davies-Colley, Taylor et Dalton [Giiy's Hospital Reports, 1872), ont vu le muscle extenseur propre du petit doigt prendre une insertion supplémentaire sur la face dorsale du cubitus ; cette insertion cubitale s'observerait normalement chez le lapin, d'après Murrie, chez l'éléphant, d'iiprès Miall et Greenwood [Journ. of Anat. and Phys., 1878, p. 272). On a signalé de nombreux cas d'absence de l'extenseur propre du petit doigt; ces cas proviennent généralement de la fusion de ce muscle, soit avec l'extenseur commun, soit avec le cubital postérieur; l'extenseur du petit doigt n'est pas réellement absent, mais, perdant son individualité, il est descendu au rang secondaire de simple faisceau de division de l'un ou l'autre de ces deux derniers muscles. Il semble résulter cependant d'une observation de Brugnone (cité par Meckel) que le faisceau extenseur du petit doigt peut disparaître entièrement, sans être remplacé par aucun faisceau surnuméraire. Meckel lui-même dit avoir rencontré deux fois l'absence de l'extenseur du petit doigt, mais il se contente de cette mention sommaire.

Par contre, on a signalé le dédoublement du tendon de l'extenseur, remontant plus ou moins haut du côté du corps musculaire; il est même des cas où l'interstice séparatif intéresse jusqu'au corps musculaire lui même (Wood, Macalister, Curnow et moi-même). Smith, Ilowse et Davies-Colley {Guy s Hospital Reports, 1870), ont vu le tendon terminal de l'extenseur propre du petit doigt se diviser en trois faisceaux distincts l'un de l'autre, distincts aussi du quatrième tendon de l'extenseur commun. Quant au mode de terminaison du tendon surnuméraire, il peut se terminer soit sur le petit doigt lui-même (disposition plus fréquente), soit sur l'annulaire (disposition plus rare). Dans ce dernier cas, le muscle s'insère réellement sur les deux doigts internes : c'est là une disposition véritablement simienne se reproduisant chez l'homme à l'état d'anomalie. Et elle est loin d'être rare; AYood l'a rencontrée 13 fois sur 106 sujets, Macalister 1 fois sur 14.

III. Extenseur du pouce [Muscle court). Le court extenseur du pouce [extenxor brevis pollicis seu minor, cuhito-sus-phalangien du pouce) appartient à la couche profonde des muscles postérieurs de l'avant-bras. Il est situé en dedans du long abducteur du pouce, auquel il reste accolé dans la plus grande partie de son étendue.

Comme lui il prend naissance, en haut, sur la face postérieure du ligament interosseux et des deux os de l'avant-bras, du cubitus principalement. En bas, il se jette sur un tendon fort grêle, lequel s'engage tout d'abord dans la même gouttière que le long abducteur, glisse ensuite sur la face dorsale du premier métacarpien et finalement vient se fixer sur l'extrémité postérieure ou proximale de la première phalange du pouce.

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Ses rapports sont les suivants : recouvert tout d'abord par l'extenseur commun des doigts et l'extenseur propre du petit doigt, il se dégage, en bas, de la face profonde de ces muscles, et répond alors à l'aponévrose et à la peau. Il recouvre successivement le cubitus, le ligament interosseux, le radius, le trapèze et le premier métacarpien. Il forme avec le long abducteur, qui est placé en dehors de lui, le côté externe de la tabatière anatomique {voij. Poignet) et se trouve croisé, par conséquent, sur sa face profonde, par l'artère radiale et par les tendons des deux radiaux externes.

Considéré au point de vue de son action, le court extenseur du pouce agit primitivement sur la première phalange du pouce, qu'il étend sur le métacarpien correspondant ; secondairement il porte le métacarpien en dehors, devenant ainsi un auxiliaire du muscle long abducteur du pouce.

Anomalies. Semblable en cela aux tendons phalangiens des autres extenseurs, le tendon terminal du court extenseur du pouce peut se dédoubler. La division peut s'étendre jusqu'au corps musculaire lui-même, l'intéresser même dans toute son étendue, donnant aussi naissance à des extenseurs accessoires. Du reste, le tendon surnuméraire peut se fixer sur le même élément osseux que le tendon normal ou bien se terminer sur un os voisin. C'est ainsi qu'on l'a vu s'arrêter au métacarpien, témoignant ainsi d'une certaine parenté avec l'extenseur du premier métacarpien ou long abducteur du pouce. On a signalé encore son insertion à la phalange onguéale.

Le court extenseur du pouce peut, par contre, se iusionner à un degré variable avec le long abducteur; l'absorption totale par le long abducteur du court extenseur ou extenseur phalangien du pouce, anormale chez l'homme, est un fait anatomique constant chez la plupart des singes.

IV. Extenseur du pouce {Muscle long). Situé en dedans du précédent, comme lui long et grêle, le long extenseur du pouce [exlensor poUicis longus seu major, cubUo-sus-phalanyeUien du pouce) s'étend de la partie moyenne de l'avant-bras à la deuxième phalange du premier doigt.

11 s'attache, en haut, sur la face postérieure du cubitus et du ligament interosseux. E:i bas, il passe sous le ligament annulaire, dans une gouttière oblique qui lui est propre, croise sur le carpe les tendons des muscles radiaux, gagne ensuite le côté interne du premier métacarpien et finalement vient s'insérer sur l'extrémité postérieure ou proximale de la deuxième phalange du pouce.

Le Ion" extenseur du pouce présente, à peu de chose près, les mêmes rapports que le muscle précédent. Recouvert par l'extenseur commun des doigts, l'extenseur propre du petit doigt et le cubital postérieur, il recouvre successivement le cubitus, le ligament interosseux, les os du carpe, le premier interosseux dorsal, le premier métacarpien et les deux phalanges du pouce.

D'abord accolé au bord externe du court extenseur du pouce, le long extenseur s'en sépare bientôt, pour le rejoindre de nouveau au niveau du premier métacarpien. Il en résulte la formation d'un espace ovalaire, connu sous le nom de tabatière anatomique : son grand axe est oblique en bas et en dehors ; son bord externe est formé par les tendons accolés du court extenseur et du long abducteur du pouce; son bord interne est constitué par le tendon du long extenseur, son angle supérieur est formé par la rencontre du court extenseur et du \on" extenseur du pouce, son angle inférieur par la rencontre des tendons de ,ces mêmes muscles. Sur le vivant, lorsque les muscles qui circonscrivent cet

4b2 EXTENSEURS DES DOIGTS.

espace se coiitracLent, la peau s'y dépiimc en une fossette allongée et plus ou moins profonde, dans laquelle les priseurs du bon vieux temps déposaient leur tabac avant de l'aspirer directement dans les fosses nasales : de là le nom do tabatière analomique que l'on donne encore aujourd'hui, en chirurgie et en médecine opératoire, à celte région. Dans le fond de la tabatière, et directement appliquée sur le squelette, se trouvent, en allant de haut en bas : 1" le tendon du deuxième radial externe ; 2" le tendon du premier radial externe ; 3° l'artère radiale qui, après avoir contourné d'avant en arrière {voy. Radiale) l'apophyse styloïde du radius, se dirige vers l'extrémité supérieure du premier espace intermélacarpicn.

Le long extenseur du pouce agit tout d'abord sur la deuxième phalange du pouce et retend sur la première. Secondairement, il étend la première sur le métacarpien correspondant et celui-ci sur le carpe.

Anomalies. Les anomalies du long extenseur du pouce rappellent beaucoup celles du court extenseur. C'est ainsi que son tendon peut être double. Il peut être renforcé par un tendon surnuniéraire provenant de l'extenseur comnmn des doigts. Dans un cas observé par Bankart, Pye-Smith et Philips [Guy's Hospiial Reports, 1879, vol. XIV, p. 456), le tendon du long extenseur du pouce envoyait une expansion à l'index. BischolT fait remarquer avec raison qu'une pareille disposition n'est pas rare chez les singes.

Y. ExTEiNSEUR PROPRE DE l'index (Muscle). Lc plus interne des muscles profonds de la région antibrachiale postérieure, l'extenseur propre de l'index [exlensor indicis, indicalor, indicalorius, cuhilo sus-phalangellien de l'index) est encore un muscle grêle, charnu supérieurement, tendineux inférieurement, étendu de la partie moyenne de l'avant-bras aux phalanges du doigt indicateur.

11 se détache en haut de la face postérieure du cubitus et du ligament interosseux. En bas, il s'engage sous le ligament annulaire postérieur du carpe, dans la même coulisse que les tendons de l'extenseur commun [voy. Poignet). Il croise ensuite obliquement le carpe et le deuxième espace intermétacarpien et \ient se confondre, au niveau de l'articulation métacarpo-pbalangienne, avec le tendon externe de l'exlenseur commun, dont il partage la distribution.

Ses rapports sont les mêmes que ceux des deux muscles précédents : recouvert à l'avanl-bras par les muscles superficiels, à la main par l'aponévrose et la peau, il recouvre successivement le cubitus, le ligament interosseux, l'articulation du poignet, le carpe et le métacarpe. Son action est la même que pour l'extenseur commun, avec lequel il se confond; il est extenseur du deuxième doigt.

Anomalies. Voici, sommairement résumées, les principales variations dont le muscle extenseur propre de l'index peut être le siège : 11 peut être absent (observations de Cheselden, de Moser, de Luschka, de Macalister) ; je l'ai vu moi-même, dans un cas, transformé en tendon dans toute son étendue. On l'a vu prendre son origine, bien au-dessous de sa surface d'insertion ordinaire, sur les os du carpe ou même sur le ligament annulaire postérieur ; ainsi descendu, il mérite réellement le nom de court extenseur de l'index. On a vu se développer, entre le tendon inférieur de ce muscle et les tendons des extenseurs du pouce, des anastomoses soit tendineuses, soit aponévrotiques, qui, sur les sujets qui en sont porteurs, atteignent plus ou [moins profondément l'indépendance remarquable soit de l'index, soit du pouce. Dans un très-intéressant mémoire, inséré

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dans les Arch. néerlandaises des sciences exactes et naturelles (Harlem, 1879, p. 520), le ptofesseur Koster a signalé plusieurs faits de ce genre qu'il a observés sur lui-même d'abord, sur le cadavre ensuite. Dans un cas de Roseiimiiller (De var. musc, p. 6) l'extenseur propre de l'index aiTectait une forme digastrique. L'extenseur propre de l'index, enfin, peut se dédoubler soit partiellement (tendon seulement), soit en totalité (avec création d'un muscle surnuméraire). Dans ce cas, les deux tentions peuvent se porter: a, l'un et l'autre sur l'index; h, l'un sur l'iiulex, l'autre sur le médius; c, l'un sur l'index, l'autre sur le pouce. Toutes ces dispositions se retrouvent normalement chez les Mammifères.

\'I. Extenseurs nrs dokîts surnuméraires {Muscles). Je comprends sous ce titre les cinq formations musculaires suivantes, dont le nom seul indique nettement la disposition :

1° Court extenseur des doigts (manieux de Pozzi). Il existe dans la série zoologique deux muscles pour jtroduire l'extension des doigts : un extenseur superficiel généralement plus long et appelé, par cette i-aison. long extenseur; un extenseur profond plus connu sous le nom de court extenseur. Une pareille disposition est évidente au membre inférieur où le court extenseur est représenté par le muscle pédieux. Sur le membre supérieur, l'homologue du pédieux ou court extenseur s'observe nonualemenl chez un grand nombre de Vertébrés. Chez l'homme il est profondément modifié et fait mémo défaut dans quelquesunes de ses parties constituantes, mais l'anatomie anormale le fait revivre chez nous de temps à autre avec des caractères qui ne laissent aucun doute sur sa signification.

L'existence chez l'homme de ces formations musculaires n'avait pas échappé aux anciens anatomistes : nous on trouvons, en effet, une mention très nette dans les ouvrages d'Âlbinus, de Petschc, de Sandilbrt, de Sœmmerring, d'Otto. Plus récemment, le court extenseur des doigts a été étudié à nouveau par A. Richard dans un mémoire un peu trop oublié peut-être {Annales des sciences naturelles, 5*= série, t. XVIU, p. 11, 1852); par Wood {Proc. of Roy. Soc. of London, passim), par Macalister [Transnct. of Rog Irish Academy, 1827); par Cnrnow {Journ. of Med. and PhgsioL, 1875), etc., etc. Il serait trop long de rapporter ici, même sommairement, les différentes observations de court extenseur des doigts qui ont été publiées. De ces observations il résulte que ce muscle se présente à nous avec les degrés de développement les plus divers. Il peut s'insérer suivant les cas : sur l'un ou l'autre des deux os de l'avant-bras, sur le ligament postérieur de l'articulation du poignet, sur les os du carpe, sur les os du métacarpe. D'autre part, il peut se terminer, simultanément ou isolément, sur les trois doigts du milieu; plus rarement il existe un court extenseur pour le cinquième doigt.

Au point de vue de sa constitution anatomique, le court extenseur peut être charnu à son extrémité supérieure et tendineux à son extrémité inférieure; charnu à sa partie moyenne et tendineux à l'une et l'autre de ses deux extrémités; il peut même affecter une disposition digastrique. Je l'ai vu, dans un cas, remplacé par un simple tendon, qui de l'extrémité inférieure du radius se rendait au tendon que l'extenseur commun envoie à l'index.

2° Extenseur propre du médius. Voici la description que Macalister {loc. cit.) donne de ce muscle, résumant sous une forme concise les faits connus jusqu'en 1871 : « C'est souvent une portion distincte de l'extenseur propre de l'index,

454 EXTENSEURS DES DOIGTS.

prenant naissance, au-dessous de ce muscle, sur la face dorsale du cubitus ; toutes ses variations morphologiques se résument dans sa plus ou moins grande différenciation d'avec ce dernier muscle. Wood l'a rencontré 1 1 fois sur 102 sujets (4 fois sur 68 hommes, 7 fois sur 55 femmes). Le même anatomiste a vu ce muscle, au moment où il se séparait de l'extenseur propre de l'index, envoyer un tendon additionnel à ce dernier doigt. Dans un cas, ce muscle se réunissait avec le tendon de l'extenseur de l'index, avant sa terminaison. On l'a vu encore se détacher de la cloison intermusculaire qui sépare l'extenseur commun du court supinateur, au-dessous des autres muscles de la région profonde, ou bien envoyer une expansion à la fois au tendon de l'index et à l'aponévrose qui recouvre le troisième métacarpien. Des cas de ce genre sont décrits par Pctsche. L'extenseur propre de l'index partait du radius dans un cas de Meckel, du carpe dans un cas du Brugnono. Plus communément, cependant, ce muscle n'est qu'un tendon additionnel de l'extenseur propre de l'index et ne présente aucune trace de corps charnu lui appartenant en propre. »

Depuis l'époque où a paru le mémoire deMacalister, nous avons à enregistrer les faits nouveaux de Davies-Colley, Taylor et Dalton (1872), de J.-B. Perrin (1873), de Bardoleben (1877), de Curnow (I87G), de M. Flesch (1879), de Walsham (1881). J'ai retrouvé moi-même sur trois ou quatre sujets un court extenseur pour le médius. Mais ces différentes observations n'ajoutent rien à la description de Macalisler. Je dois mentionner, toutefois, un fait très-intéressant du professeur Calori {Mein. de l'Inslitulo di Bologna, 2° série, t. VIll, p. 54) où le muscle qui nous occupe était double : le premier se détachait du cubitus, un peu au-dessous de l'extenseur propre de l'index; le second prenait naissance plus bas sur le ligament annulaire et sur les os du carpe ; du côté droit, il se portait exclusivement sur l'index, tandis que du côté gauche il se terminait à la fois sur le médius et sur l'annulaire.

3° Extenseur propre de V annulaire (Muscle). J'ai déjà signalé plus haut la bifurcation possible du tendon terminal de l'extenseur propre du petit doigt avec insertion du tendon surajouté sur l'aimulaire. L'existence d'un faisceau musculaire entièrement distinct pour le quatrième doigt n'est qu'un degré plus avancé de cette disposition arnormale. C'est ce qu'a observé Curnow [Journ. of Anat. and Phys., 1 873) sur le bras gauche d'un homme qu'il a disséqué en 1 876, dans les salles de disssection de King's Collège : un muscle surnuméraire se détachait de la face postérieure du cubitus, sur le côté interne du long extenseur du pouce et de l'extenseur propre de l'index ; se dirigeant en bas vers la coulisse de l'extenseur commun, il la traversait et venait se terminer, au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne, sur le côté cubital du tendon que ce dernier muscle envoie à l'annulaire.

4" Extenseur humerai du pouce {Muscle). Je désigne sous ce nom le faisceau surnuméraire que l'extenseur commun des doigts envoie quelquefois au pouce et qui, en réalité, s'étend de l'épicondyle aux phalanges du doigt externe. J'ai déjà décrit cette anomalie, à propos de l'extenseur commun {voy. ce mot). 5° Extenseur commun du pouce et de l'index [Muscle). Comme son nom l'indique, c'est un muscle surnuméraire destiné à la fois au pouce et à l'index. Décrit pour la première fois et désigné sous ce nom par AYood en 1867 [Proc. of Roy. Soc. ofLondon], il a été retrouvé plus lard par Clason {Upsala Lakareforen Forh., Bd. 11, p. 417), par Macalister(/oc. cit.), par Reid et Taylor [St. Thonias's Hospital Reports, 1819), et a inspiré àW.Gruber en lS8[[Virchoivs Arch.,

EXTENSEURS DES OKTEILS. 455

vol. LXXXVI, p. 471) un important mémoire où l'anatomiste russe affirme avoir connu ce muscle dès le mois de janvier 1858. J'en ai rapporté moi-même une observation [Anom. muscuL, 1884, p. 570), où le muscle surnuméraire coexistait avec un extenseur propre de l'index normal, avec les deux extenseui^s propres du pouce également normaux.

Une telle disposition est relativement fort rare. Les cas sont plus nombreux où le muscle surnuméraire remplace soit le long extenseur du pouce, soit l'extenseur propre de l'index. Il me paraît tout aussi rationnel, plus rationnel peutêtre, d'interpréter alors l'anomalie d'une façon différente et de dire : dans le premier cas, le long extenseur du pouce a deux tendons terminaux, l'un pour le pouce, l'autre pour l'index, et, dans le second : l'extenseur propre de l'index possède de même deux tendons [)balangiens, le premier pour l'index (tendon normal), l'autre pour le pouce (tendon surajouté).

La constitution et les dimensions comparées des deux branches de bifurcation du tendon terminal du muscle en question sont fort variables: elles peuvent être sensiblement égales, ou bien l'une est filiforme, tandis que l'autre est trèsrésistante. L'une d'elles conservant tous ses caractères de tendon, l'autre affecte une disposition en membrane et descend au rang modeste d'une simple expansion aponcvrotique; celte expansion aponévrotique peut, du reste, se rendre soit à l'index, soit au radius.

Mêmes variations pour ce ipii a trait aux insertions : le tendon terminal peut se fusionner avec le tendon de l'extenseur normal, s'arrêter au métacarpien ou se perdre sur les premières ou les autres pbalanges. Toutes ces dispositions ont été rencontrées et notées par les observateurs.

Le muscle extenseur commun du pouce et de l'index peut enfin, comme dans le cas de Clason [loc. cit.), coexister avec d'autres muscles surnuméraires, notamment avec quelques vestiges du court extenseur des doigts.

Comme toutes les formations surnuméraires que nous avons rencontrées dans le cours de cet article, ïextensor commiinis pollicis el indicls n'est que la reproduction chez l'homme d'un muscle qui entre, avec la valeur d'un organe codstant et typique, dans la constitution d'un grand nombre de Mammifères, notamment chez le cebiis patiiellus, l'hapale, Vursiis, le chat, etc., etc. 11 n'est pas jusqu'aux divers modes de constitution des tendons terminaux qui ne se retrouvent dans la série des Mammifèi'es : c'est ainsi que, d'après €ruber [loc. cit.), les deux branches de bifurcation du tendon primitif conservent les caractères de tendons chez ïhapale, le mêles, la mustela alpina, le castor; la branche de bifurcation externe est membraneuse chez le myoxus, le sciiirus, le lagomys, le circolabes prehensilis, etc. ; l'expansion membraneuse se porte au contraire vers l'index chez le dipiis acontion, le lepus timidus et cuniculus. h. Testut.

EXTENSEURS DES ORTEILS (MiiscLEs). L'extension des orteils est sous la dépendance principale de deux extenseurs communs dont l'un, le long extenseur, se détache de la jambe, l'autre, le court extenseur, s'insère sur le pied. 11 existe, en outre, un muscle propre, destiné au gros orteil (Hallux).

I. LosG EXTENSEUR COMMUN DES ORTEILS [Musclc). Le long cxteuseur commun des orteils [extensor digitorum conununis longus, péronéo-sus-phalangettien commun) est situé à la partie antérieure de la jambe, en dehors du jambier

450 EXTENSEURS DES ORTEILS.

antérieur. C'est un muscle volumineux, aplati de dehors en dedans, s'étendant de rextrémilé supérieure de la jambe aux quatre derniers orteils.

Insertions. Il s'insère, en liant : 1" sur la tubérosité externe du tibia; 2° sur les deux tiers supérieurs de la face interne du péroné ; 3" sur la partie externe du ligament interosseux; 4» à la face profonde de l'aponévrose jambière dans une étendue v;iriable; 5" sur les cloisons fibreuses qui le séparent des muscles voisins, le jambier antérieur en dedans et le long, péronier latéral en arrière.

De là les divers faisceaux constitutifs du muscle se portent en bas et se jettent sur un fort tendon (jui apparaît d'abord sur le bord antérieur du muscle et remonte jusqu'à la partie moyerme de la jambe, quelquefois plus haut. Ce tendon se divise d'ordinaire en deux branches : l'une interne, l'autre externe. L'interne, destinée aux deuxième et troisième orteils, se divise à son tour en deux branches plus petites; l'externe se divise de même en deux branches destinées aux deux derniers orteils. De ces divisions successives résullent quatre tendons distincts. Ces tendons, continuant la direction descendante du corps musculaire, glissent sous le ligament annulaire antérieur du tarse, arrivent à la face dorsale du pied et divergent alors vers les quatre derniers orteils.

Parvenu au niveau de l'articulation métatarso-plialangienne, chacun d'eux se divise en trois languettes : une médiane et deux latérales. La languette médiane, glissant sur la face dorsale de la première phalange, vient se hxer sur l'extrémité postérieure de la deuxième ; quant aux languettes latérales, elles se fusionnent ensemble sur la face dorsale de cette dernière, pour venir se terminer sur la face postérieure de la phalangette.

Rapports. A la jambe, l'extenseur commun des orteils est en rapport: en avant avec l'aponévrose et la peau, en arrière avec le péroné et le ligament interosseux, en dedans avec le jambier antérieur d'abord et plus bas avec l'extenseur propre du gros oiteil, en dehors avec le groupe des péroniers et plus spécialement avec le péronier antérieur, qui fait corps avec lui dans la plus grande partie de son étendue (voy. Péromers). Notons encore que son extrémité supérieure est traversée par le nerf tibial antérieur et que, sur sa face interne, chemine de haut en bas le paquet vasculo-nerveux de la jambe.

Au cou-de-pied, l'extenseur commun des orteils glisse au devant de l'articulation tibio-tarsienne, à l'aide d'une synoviale qui lui est commune avec le tendon du péronier antérieur et qui, remontant en haut jusqu'à 5 ou 4 centimètres andessus du ligament annulaire antérieur, descend en bas jusqu'au scaphoïde. Au pied, enfin, les tendons digitaux, recouverts par la peau et l'aponévrose, recouvrent à leur tour le muscle pédieux et les phalanges sur lesquelles ils s'insèrent.

Action. Ce muscle exerce tout d'abord son action sur les quatre derniers orteils qu'il incline (extension) sur le dos du pied. Agissant secondairement sur le pied : 1" il le fléchit sur la jambe, 2° le porte un peu en dehors, 5" lui imprime un léger mouvement de rotation en dehors. Auxiliaire du jambier antérieur au point de vue de la flexion, il lui est antagoniste au point de vue des mouvements latéraux.

Anomalies. Les variations anatomiques de l'extenseur commun des orteils, fort nombreuses, peuvent être ramenées aux cinq groupes suivants :

1" Augmentation de nombre des tendons digitaux. Comme au membre supérieur, cette augmentation provient le plus souvent du dédoublement d'un ou de plusieurs des tendons normaux. Les tendons surnuméraires peuvent, du

EXTRNSEURS DES ORTEILS. 457

reste, se terminer soit sur les phalanges, soit sur le métatarse ou bien encore sur le ]iédic'ux ou sur raponcvrose interosseuse. Anormalement, l'extenseur commun des orteils envoie un tendon surnuméraire au i^ros orteil, englobant ainsi cet orteil dans sa zone d'action. Wood et Gruber ont rapporté chacun un fait de ce genre. Nous devons rapprocher de ces faits les dispositions observées par Wood et par Mac-Whinnie, oii une branche de bifurcation similaire du premier tendon du long extenseur se fusionnait avec le pi'cmier faisceau ou faisceau hallucien du pédieux.

2" Réunion plus ou moins complète des tendons de Vextenseur sur la face dorsale du pied. Comme à la main, 1rs tendons extenseurs des orteils peuvent être réunis les uns aux autres par des languettes fibreuses anastomotiques, trèsvariables en nombre, très-variables aussi dans leur situation et dans leur configuration. Dans quelques espèces animales, le tendon de l'extenseur s'épanouit à la face dorsale du pied en une lame membraneuse, de forme triangulaire, dont la base vient se lixer aux phalanges.

3" Anastomose de Vextenseur commun avec les autres extenseurs. Les cas sont loin d'être rares où les faisceaux de l'extenseur commun sont plus ou moins intimement unis avec ceux de l'extenseur propre au niveau de leur insertion péronière; on a signalé, en outre, une languetle tendineuse anastomotique que le premier tendon ou tendon interne de l'extenseur commun envoie au tendon de l'extenseur propre. L'union de l'extenseur commun avec le pédieux s'effectue, soit à l'aide de languettes tendineuses qui des tendons de l'extenseur commun vont à ceux du pédieux, soit à l'aide de languettes tendineuses émanant du pédieux et se rendant aux tendons de l'extenseur commun.

4" Insertions surnuméraires sur le métatarse. Ces faisceaux tendineux surnuméraires peuvent se terminer, d'après les observations aujourd'hui connues : a, sur le premier métatarsien (extrémité antérieure ou extrémité postérieure) ; h, sur le cinquième métatarsien (faisceau indépendant du péronier antérieur) ; c, sur le quatrième métatarsien; ce dernier tendon se détache le plus souvent, mais non toujours, du péronier antérieur; j'ai vu moi-même, en effet, le tendon du quatrième orteil se dédoubler et se porter par sa branche de bifurcation postérieure sur la partie moyenne du quatrième métatarsien.

5° Isolement plus ou moins complet de quelques-uns des extenseurs. Wood a vu les quatre tendons de l'extenseur commun faire suite chacun à un corps charnu. J'ai vu, dans un cas, le faisceau destiné au deuxième orteil être distinct dans toute son étendue des autres faisceaux de l'extenseur; il constituait un véritable extenseur propre du deuxième orteil. M, Chudzinski a signalé une disposition semblable chez un nègre. Meckel avait déjà mentionné l'existence, chez l'homme, d'un « muscle considérable destiné au second orteil » (|ui n'est que « la réj)étition de l'extenseur de l'indicateur ». Tout récemment W. Cruber (Reichert u. Du Bois Reymond's Arch., 1875, p. 23) a observé lui aussi et décrit, sous le nom de Musc, extensor digit. Ilpedis longus, un faisceau anormal qui prenait naissance sur le tiers moyen du péroné, passait au-dessous du ligament annulaire antérieur du tarse et venait se fusionner, à la hauteur du métatarse, avec le tendon que l'extenseur commun envoie au deuxième orteil. Je signalerai encore, au point de vue de l'indépendance de certains faisceaux, les deux faits suivants : Chudzinski a vu la masse de l'extenseur divisée en deux portions distinctes : l'une interne pour les deuxième et troisième orteils, l'autre externe pour les troisième et quatrième. Wood a vu le faisceau extenseur du

458 EXTENSEURS DES ORTEILS.

petit orteil se séparer complètement du reste du muscle, tout en se fusionnant avec le pe'ronier antérieur.

II. Extenseur propre du gros orteil (Muscle). L'extenseur propre du gros orteil {extensor Hallucis longus, peronéo-sus-phalangetfien du pouce) est profondément situé à la face antérieure de la jambe, entre le muscle précédent et le jambier antérieur.

Insertions. 11 s'altacbe, en haut: 1" sur la face interne du péroné dans son tiers moyen; 2" sur la portion attenante du ligament interosseux. Suivant Meckel et Tlieile, il recevrait en outre, dans le voisinage du tarse, un petit faisceau de la face interne du tibia. En bas, son tendon terminal glisse, comme celui de l'extenseur commun, sous le ligament annulaire, oblique un peu en dedans, longe le bord interne du pied et vient se fixer à la fois sur la phalange métatarsienne et sur 11 phalange onguéale du gros orteil. Cette insertion se fait, soit par un tendon, soit par une expansion fibreuse, sur la partie postérieure et supérieure de la phalange.

C'est à tort que les traités classiques font insérer le tendon de l'extenseur propre exclusivement sur la deuxième phalange du gros orteil ; ce tendon s'insère en même temps, ainsi que je l'ai dit plus haut, sur l'extrémité proximale de la première phalange. Celte dernière disposition est la règle; la première constitue l'exception. D'après le professeur Gruber {Ueber die VarietàLen des Musc. exlen?.or Hallucis lonyus, in Ileichert u. Du Bois Reijmond's Arch., 1876, p. 476), qui a examiné à cet égard deux cents extrémités, le muscle extenseur propre se fixerait simultanément aux deux phalanges 27 fois sur 50 cas et 20 fois à la phalange onguéale seulement. Calori [Mem. deW Accademia di Bologna, 2*= série, vol. Vil, p. 55) a renconire le tendon indivis dans la moitié environ des cas qu'il a examinés, mais, alors même que le tendon ne se dédoublait pas, il n'en contractait pas moins avec la base de la première phalange des connexions intimes. « II s'y attachait, en effet, au moyen d'une expansion fibieuse, tantôt à la partie interne seulement, tantôt des deux côtés. Cette expansion était ordinairement tiès-forte, dans quelque cas, cependant, elle était assez mince )>. « 11 arrive quelquefois, ajoute Calori, que le susdit tendon n'a aucune connexion avec la première phalange, mais cela est très-rare, de sorte que l'on doit considérer comme fort général ou comme règle présentant peu d'exception l'insertion du tendon de l'extenseur propre aux deux phalanges du gros orteil. »

Rapports. A la jambe, l'extenseur propre est en rapport : en dedans, avec le jambier antérieur; en dehors, avec l'extenseur commun; en avant, avec le jambier et l'extenseur commun dans sa partie supérieure, avec l'aponévrose et la peau dans sa partie inférieure. Au pied, il longe le bord interne du pédieux, recouvert par la peau et l'aponévrose superficielle, recouvrant successivement le tarse, le métatarse et le gros orteil.

L'extenseur propre du gros orteil présente, en outre, avec l'artère tibiale antéiieure, des rapports importants au point de vue de la ligature de ce dernier vaisseau. L'artère tibiale antérieure est placée, à la jambe, sur le côté interne de l'extenseur propre du gros orteil; au niveau de l'articulation tibio-tarsienne, elle le croise de dedans en dehors, de telle sorte qu'à la face dorsale du pied, la pédieuse, qui fait suite à la tibiale antérieure, occupe le côté externe de son tendon.

Le tendon de l'extenseur propre glisse dans une synoviale qui commence, en haut, un peu au-dessus du ligament annulaire antérieur du tarse et qui descend en bas jusqu'au premier métatarsien, ou même jusqu'à la première phalange du gros orteil.

Action. Ce muscle étend tout d'abord les phalanges du gros orteil sur le métatarse. Agissant ensuite sur le pied : 1» il le fléchit, 2° le porte en dedans, 5° lui imprime un léger mouvement de rotation en dehors. L'extenseur propre du gros orteil devient ainsi, dans la mécanique du pied sur la jambe, l'auxiliaire du muscle jambier antérieur.

Anomalies. Le tendon tei^minal de l'extenseur propre du gros orteil est souvent double, quelquefois triple {extensor hicaudatus et tricauilalus de Gruber). L'insertion du tendon ou des tendons surnuméraires se l'ait alors, soit sur les phalanges du gros orteil, soit sur le premier métatarsien, soit sur le deuxième, soit encore sur l'aponévrose interosseuse ou même le deuxième orteil. De plus, la division du tendon peut intéresser le corps musculaire en partie seulement ou en totalité. Dans ce dernier cas, il existe devrais formations musculaires indépendantes que l'on peut ramener à deux variétés : la première constituée par un muscle qui s'altaehe au métatarsien {extenseur propre du premier métatarsien, extensor assis melalarsi Ilallucis de Macalister) ; la seconde relative à un muscle qui s'insère à la première phalange du gros orteil {court extenseur du gros orteil, extensor primi internodii Ilallucis de Macalister).

Nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer en terminant cet article le soin que prend la nature de rétablir à l'aide de dispositions anormales les bomologies qui existent primitivement entre les deux membres thoraciques et pelviens. Ce rétablissement des bomologies est vraiment frappant, en ce qui concerne les muscles extenseurs du pouce et du gros orteil. L. Testut.

£XTE]\SIBILITÉ. Voy. ÉLASTICITÉ.

EXTRA-COL'RAI\T. Yoy. Lnductio.n.

EXTRACTIF. Voy. EXTRAITS.

EXTBAITS. GÉNÉnAi.iTÉs. A la lin du siècle dernier, on délînissait les enduits de ï extractif amtnè à un grand état de concentration.

Dans son Système des connaissances chimiques, Fourcroy considère Vextractif comme le septième des matériaux immédiats des végétaux {Système des connaissances chimiques, t. VU, p. 507, an. IX), et il lui attribue les caractères suivants :

« L'extractif pur est un corps solide, lamelleux, transparent quand sa dissolution a été évaporée en couches mincts, grenues, et en masses opaques quand sa dissolution a été traitée en grande quantité et par une forte évaporation; coloré en brun plus ou moins rouge ou foncé, d'une saveur amère, acre ou acerbe, toujours acide ».

Celte description démontre que l'extractif, comme l'a fait observer le premier Vauquelin, doit être un mélange de différents principes immédiats. Dès l'année 1812, Cbevreul a prouvé que l'extractif du pastel était un mélange de plusieurs substances distinctes. 11 a ensuite été démontré que l'extractif des anciens chi-

mistes était constitué par un mélange variable de plusieurs principes immédiats, accompagnés de substances plus ou moins altérées par l'action de l'air, de la lumière et de la chaleur, comme l'albumine végétale, les tannins, les matières colorantes, les acides et les alcaloïdes végétaux, les glycosides, etc. H en est de même de Vextractif oxygéné ou apothème de Berzelius, mélange de matières organiques plus ou moins altérées. En effet, pendant l'évaporation à feu nu des liquides cliargés de principes organiques solubles, il y a absorption d'oxygène et dégagement d'acide carbonique ; il y a en outre formation d'eau, et ces altéralions sont surtout prononcées lorsqu'on opère, comme on le faisait autrefois, à la température de l'ébullition.

Aujourd'hui les pharmacologistes définissent les extraits : des médicaments officinaux qui lésulleiit de l'évaporation en consislance molle, ferme ou sèche, d'un liquide chargé do principes médicamenteux.

Pour les préparer convenablement pour l'usage médical, il faut se conformer aux deux règles suivantes :

1" Obtenir des liqueurs très- concentrées ;

"2" Evaporer ces liqueurs rapidement, à une température aussi basse que possible.

Autrefois l'évaporation était faite à feu nu, à lu température de l'ébullition, procédé défectueux qui ne fournissait que des produits fortement colorés, plus ou moins éthérés. Aussi Virey, dans son Traité de pharmacologie, donne-t-il le conseil de faire l'évaporation dans le bain-marie d'un alambic. H s'est assuré que les extraits préparés à l'ébullition avec la belladone, la jusquiame, le Rhm radicans, l'aconit, la ciguë, sont à peu près inertes. Storck a proposé de faire l'évaporation à feu nu, dans une grande bassine placée sur un petit fourneau. Berzelius préfère avec raison le procédé qui a été préconisé par Virey, procédé qui est encore recommandé par quelques pharmacopées, comme celle de Lisbonne. Aujourd'hui, Tévaporalion se fait au bain-marie ou à l'étuve, parfois dans le vide.

Dans le premier cas, on se sert d'une bassine en cuivre qui entre à frottement dans une autre bassine en étain ou en cuivre étamé ; celle-ci contient de l'eau qu'on porte à l'ébullition; en outre, une petite ouverture donne p;issage à la vapeur; celle-là contient le liquide médicamenteux, qu'on agite constamment, afin de renouveler les surfaces et de hâter l'opération. Lorsqu'on opère sur des grandes quantités de liquide, comme à la Pharmacie centrale des hôpitaux, il est bon de multiplier les bassines et de munir chacune d'elles de palettes en bois qui se meuvent circulairement pour entretenir une agitation continuelle. A la véiilé, ce moyen très-simple ne préserve pas les matériaux dissous de toute altération, mais l'expériunce a démontré à Soubeiran qu'on ne fait éprouver aux substances organiques que de faibles modifications. Toutefois, s'il s'agit de substances très-altérables, on pouria recourir à l'évapoi'ation dans le vide, comme l'a proposé Granval (de Reims), dès l'année 1849.

L'évaporation à l'étuve se pratique en disposant le liquide en couches minces dans des assiettes peu profondes. La température de l'étuve, dont l'air se renouvelle constamment, ne doit pas dépasser 40 degrés ; en outre, lorsque l'opération est bien conduite, la préparation est terminée en vingt-quatre heures.

Ce mode opératoire, qui est excellent, s'applique avec avantage à la préparation des extraits de sucs et à ceux qui doivent être amenés en consistance pilulaire. Pour faciliter l'opération, on se sert avec avantage de plaques en fer-blanc,

relevées sur les bords. Lorsque l'extrait est sec, ou détache les écailles en tordant légèrenuent les plaques.

Dans la pratique ordinaire, les extraits sont amenés eu consistance molle, ferme ou sècJie. Lorsqu'ils sont préparés dans le vide, ils sont à l'état de siccité parfaite, ce qui constitue un avantage au point de vue du dosage.

On prépare des extraits mous avec la ciguë, la belladone, la jusquiame, la digitale, les baies de genièvre, la gentiane, la douce-amère, la scille, le seigle ergoté. On donne une consistance jubilaire aux extraits de quinquina jaune, d'opium, de noix vomique, de muguet, de laitue cullivée, de fève de Calabar, de fiel de bœuf, de semences de ciguë, de colchique, de jusquiame et de stramoine ; on prépai^e un extrait sec avec le quinquina gris.

On a cherché à généraliser la forme sèclw des extraits, mais, s'ils offrent l'avantage d'un dosage plus facile et plus exact, ils renferment souvent une quantité de matières insolubles plus considérable que les extraits mous, sans doute par suite des altérations qui se manifestent dans les derniers moments de l'évaporation. Le mieux est donc de s'en tenir aux prescriptions du Codex, lorsqu'on ne prescrit pas les extraits préparés dans le vide.

Quant aux extraits fluides, préconisés par les Américains et qu'on trouve parfois en France, il faut les proscrire tous de la pratique médicale.

Les propoilions d'extrait fournies par les végétaux sont très-variables. 11 est important de les connaître au point de vue de la posologie.

Tandis que les sucs retirés des plantes fraîches ne fournissent guère par kilogramme que 20 à 40 grammes de produit, les plantes sèches en donnent de 140 à 200 grammes. Quelques substances donnent un rendement supérieur, telles que les suivantes :

Baies de genièvre (sèclies) 285 sraminos.

Digitale (alcool à 60 degrés) 500 —

lianiane 550 —

Hliubaibe 400 —

Opium 41)0 —

Safran 500 —

Scamraonée (alcool à UO degrés) 7oO —

TABLEAU DES QUANTITES D EXTRAIT PRODUITES FAR 1 KILO DES SUBSTANCES SUIVANTES

(Moyennes.)

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