AMPLITUDE DES VARIATIONS DIURNES
(Ch. Martins).
Marseille 0,80
Toulouse 1,16
Alais 1,12
Clcrmont-Ferrand ... 0,94
Viviers 1,13
Strasbourg 0,80
Paris 0,75
Metz 0,83
La Chapelle 0,36
Chambéry 1,00 (Billet).
A Paris, les variations diurnes placent moyennement le baromètre à O'^'^.S au-dessous de la moyenne, de neuf heures du matin à trois heures du soir (Bouvard et Le Verrier), et, de trois heures du soir à neuf heures du matin, à 0''"°,4 (Bouvard) ou 0'"'",5 (Leverrier) au-dessus.
A Lille, pour les deux, années 1860-1861, la plus grande oscillation mensuelle
456 FRANCE (climatologie).
fut de 34""",1, en novembre 1 860 ; la plus faible, enaoùl 1861, ll'"°',7. En 1865, les plus grandes oscillations moyennes atteignent 36 millimètres en janvier, 35 millimètres en mars.
On a pu remarquer que, pour Paris, les écarts diurnes en plus sont moins grands que les écarts en moins ; par contre, ils sont plus durables : les grandes baisses accompagnent toujours le passage d'une tempête, phénomène transitoire.
Quant à la valeur absolue de la pression atmosphérique, elle dépend, bien entendu, de l'altitude des localités.
Altitudes en France. Lignes isorome'triques. 11 ne sera, sans doute, pas déplacé de présenter ici le tableau des villes isorométriques de France, que Fonssagrives n'a pas cru pouvoir introduire dans l'article Climat, d'un caractère plus général que celui-ci. A l'aide d'un manuel de géographie et de V Annuaire du bureau des longitudes, j'ai groupé de 50 en 50 mètres les villes de France, sous le rapport de l'altitude, et, en suivant l'ordre des régions au lieu de l'ordre alphabétique des départements, j'ai obtenu la répartition suivante, qui ne me semble pas dépourvue de signification. Il est bon d'ajouter que j'ai pris, non l'altitude des points de mire, qui sont généralement des pointes de clocher, mais celle du sol, que j'ai crue plus fixe, plus égale et surtout plus intéressante pour les êtres qui ont l'habitude de fouler la terre.
Tableau de 50 en 50 mètres, en suivant Tordre des régions, des altitudes des principales villes de France.
De 0 mètre à 50 mètres. — Lille, Douai, Dunkerque, Hazebrouck,Yalencienues, Béthune, Saint-Omer, Amiens, Abbeville, Soissons, Compiègne, Corbeil, Pontoise, Saint-Denis, Rouen, Dieppe, Le Havre, Louviers, Les Andelys, Pont-Âudemer, Caen, Bayeux, Lisieux, Pont-l'Évêque, Saint-Lô, Yalogne, Cherbourg, Lannion, Guingamp, Quimper, Brest (?), Quimperlé, Montfort, Saint-Malo, Redon, Yannes, Lorient, Nantes, Ancenis, Paimbœuf, Saint-Nazaire, La Flèche, Angers, Segré. — Nice, Marseille (terrasse du Crucifix), Arles, Toulon, Montpellier, Narbonne, Perpignan, Mont-de-Marsan, Dax, Bayonne, Bergerac, Bordeaux, Blaye, Lespane, Libourne, La Réole, Agen, Marmande, Niort, Fontenai, Les Sables d'Olonne, La Rochelle, Rochefort, Marennes, Saintes, Saint-Jean-d'Augely, Cognac, Ajaccio, Bastia.
De 50 mètres à 100 mètres. — Cambrai, Arras, Saint-Pol, Boulogne, Montreuil, Doullens, Montdidier, Péronne, Réthel, Chalons-sur-Marne, Épernay, Reims, Arcis-sur-Âube, Nogent-sur-Seine, Sens, Château-Thierry, Beauvais, Senlis, Mantes, Paris, Sceaux, Melun, Fontainebleau, Meaux, Coulommiers, Evreux, Coutances, Saint-Brieuc, Dinan, Morlaix, Rennes, Pontivy, Ploërmel, Châteaubriant, Romorantin, Vendôme, Laval, Château-Gonthier, Le Mans, Baugé, Beaupréau, Saumur, Tours, Chinon, Loches. — Montélimart, Avignon, Nhnes, Béziers, Condom, Périgueux, Bazas, Villeneuve-d'Agen, Nérac, Montauban, Moissac, Castel- Sarrazin, Chatellerault, La Roche-sur- Yon, Angoulême.
De 100 à 150 mètres. — Youziers, Sainte-Menehould, Yitry-le-François, Troyes, Auxerre, Joigny, Saint-Quentin, Clermont (Oise), Yersailles, Étampes, Provins, Neufchâtel, Bernay, Falaise, Alençon, Avranches, Châteaulin, Fougères, Yitré, Dreux, Nogent-ie-Rotrou, Orléans, Pithiviers, Montargis, Blois, Leblanc, Issoudun, Mayenne, Mamers, Saint-Calais. — Yalence, Carpenlras, Orange, Uzès, Carcassonne, Saint-Sever, Gaillac, Lavaur, Orthez, Sarlat, Ribérac, Cahors, Brives, Poitiers, Loudun, Montmorillon, Melle, Ruffec.
De 150 à 200 mètres. — Avesues, Mézières, Sedan, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine,
FRANCE (climatologie). 457
Vassy, Tonnerre, Laon, Vervins, Rambouillet, Yvetot, Vire, Argentan, Loudéac, Oamecy, Cosne, Màcon, Chalon-sur-Saône, Louhans, Yillefranche (Rhône), Chartres, Châteaudun, Gien, Bourges, Saint-Amand, Chàteauroux, Vienne, Marseille (Notre-Dame de la Garde), Tournon, Lodève, Limoux, Castelnaudary, Céret, Alby, Castres, Auch, Lecfoure, Mirande, Lombez, Toulouse, Yillefranche (Haute- Garonne), Muret, Bressuire, Parthenay, Confolens.
De 200 à ^2b0 mètres. — Domfront,Mortain,Bar-le-Duc,Commercy, Nancy, Lunéville, Toul, Vesoul, Gray, Dôle, Dijon, Beaune, Chàtillon-sur-Seine, Nevers, Bourg, Belley, Grenoble (Saint-Joseph), Apt, Aix, Draguignan, Brignolles, Largentière, Le Vigan, Pau, Mauléon, Nontron, Figeac, Moulins, Montluçon, Bellac, Rochechouart, Tulle.
De 250 à 500 mètres. — Avallon, Mortagne, Montmédy, Mirecourt, Lure, Besançon, Lons-le- Saulnier, Trévoux, Lyon, Roanne, La Cbàtre, Saint-Marcellin, Nyons, Oloron, Pamiers, Gourdon, Yillefranche (Aveyion), La Palisse, Limoges, Sartène.
De 500 à 550 mètres. — Chaumont, Verdun, Epinal, Neufchâteau, Saint-Dié, Montbéliard, Poligny, Gharolles, Sancerre, Cbambéry, La Tour-du-Pin, Grasse, Privas, Saint-Pons, Prades, Tarbes, Espalion, Saint-Affrique, Gannat.
De 550 à 400 mètres. — Rocroy, Autun, Montbrison, Belfort, Puget-Thénicrs, Brionde, Saint-Girons, Milhau, Boussac, Saint-Yrieix, Riom.
De 400 à 450 mètres. — Remiremont, Saint-Claude, Semur, Albertville, Saint- Gaudens, Guéret, Bourganeuf, Clermont-Ferrand, Issoire, Thiers.
De 450 à 500 mètres. — Langres, Nantua, Annecy, Bonneville, Saint-Julien, Thonon, Moutiers, Grenoble (Bastille), Argelez, Foix, Aubusson, Corte.
De 500 à 550 mètres. — Beaumc- les- Dames , Saint-Etienne, Bagnères-de-Bigorre, Ainbert.
De 550 à 600 mètres. — Château-Chinon, Saint-Jean-de-Maurienne, Forcalquier, Sisteron.
De 600 à 650 mètres. — Digne, Marvejols, Rodez, Ussel, Aurillac.
De 650 à 700 mètres. — Gex, Le Puy, Mauriac.
De 750 à 700 mètres. — Gap, Mende.
De 750 à 800 mètres
De 800 à 850 mètres. — Pontarlier.
De 850 à 900 mètres. — Yssengeaux, Saint-Flour.
De 900 à 950 mètres. — Embrun, Castellane, Murât.
Barcelonnetle à 1153 mètres. Briançon à 1521 mètres. Montlouis, à 1660 mètres. Ajoutons quelques lieux habiles de moindre importance : le Fort de ITnfernet, à 2400 mètres; le bourg de Genèvre, à 2074 mètres (J. Verne et T. Lavallée) ; le village de Saint-Véran à 2,009 mètres.
Ce tableau nous paraît établir d'une façon assez exacte le sens général des rapports qui existeraient entre les diverses portions du territoire français, si on le répartissait sur la base de l'isoroniétric; j'entends, au moins, du territoire habité. Sur 555 villes relevées dans cette liste, 155 sont à une altitude inférieure à 100 mètres; 95 sont entre 100 et 200 mètres; 51 entre 200 et 500 mètres; 78 villes seulement appartiennent à ce qu'on peut appeler les altitudes de montagnes. Encore faut-il observer que, même en région montagneuse, les centres importants ne cherchent pas les hauteurs, qui sont antipathiques à leur développement ; aussi voyons-nous déjà descendre entre 500 et 400 mètres un certain nombre de villes qui appartiennent à des départements montagneux
458 FRANCE (climatologie).
(Vosges, Jura, Savoie, Ardèche, Hautes-Pyrénées). Or, bien que Fonssagrives fasse descendre la <{ montagne » jusqu'à 500 mètres pour les villes, le mot n'est acceptable que pour celles-ci ; d'ordinaire, on entend que la montagne commence plus haut et, pour le D'' Lombard (de Genève), les régions même basses des montagnes de la Suisse ne sont pas au-dessous de 400 mètres.
De nos 78 villes « de montagne », il conviendrait de faire trois catégories : 1° Basses régions, de 300 à 600 mètres ; 2" moyennes régions, de 600 à 900 mètres; 5» hautes régions, au-dessus de 900 mètres. Cette dernière ne renferme que 5 villes, dont deux, Barcelonnette et Briançon, méritent le titre de villes alpestres. Aucune de nos cités, comme on voit, n'appartient aux climats alpins (régions de plus de 2000 mètres d'altitude). De rares petits centres, dans notre pays, se rattachent à cette zone surélevée, dont la physiologie et la pathologie possèdent des aspects vraiment caractéristiques ; tels que le village de Saint-Véran, dans le département des Hautes-Alpes, non loin de Briançon. Encore est-il tout à fait au bas de l'échelle (2009 mètres) et nous croyons-nous autorisé à le négliger, en tant qu'il pourrait nous conduire à parler ici de climats alpins en France.
J'emprunte au D"' Lombard la mention de quelques hautes altitudes de lieux habités, en France :
Le village de Maurin (Basses-Alpes) 1902 mètres.
Le village de Bonneval, dans la Maurienne (E. Reclus). 1793 —
La Granfle-Cliarlreuse (Isère) ■1406 —
Les liains de Barèijes (Hautes-Pyrénées) 1250 —
Le Prieuré de Chamounix (Savoie) 1052 —
Les Bains du Mont-Dore 1010 —
Les Bains de Cauterets 992 —
L'isorométrie des villes de France est, naturellement, conforme à l'orographie générale du pays et en fait partie. Elle dessine, quoique un peu vaguement, les grandes arêtes, les plateaux intérieurs, les points culminants, les dépressions accentuées, les larges plaines. Il en résulte, et il suffit de jeter un coup d'œil sur le tableau précédent pour s'en convaincre, que le tracé des lignes isorométriques de la France est à peu près impossible, à moins d'admettre, dans ces lignes, des accidents bizarres et des entrecroisements. Ainsi, l'isoromètre de 150 à 200 mètres, parlant d'Avesnes (département du Nord), ou même de Mézières (Ardennes), descendrait du Nord au Sud en faisant d'énormes zigzags, de Champagne en Normandie, de Normandie en Bourgogne, de Bourgogne à la région du Centre, du Centre en Dauphiné, pour s'élancer de là sur Marseille, longer la région du Midi et remonter vers l'ouest en passant à Confolens, Bressuire et Parthenay. De même, l'isoromètre de 200 à 250 mètres traverse obliquement la France, de Nancy à Pau ; mais, de quelque façon que l'on s'y prenne, il est impossible de joindre ces deux points par une ligne qui ne soit pas étonnamment irrégulière, du moment qu'elle doit passer aussi par Domfront, Bourg et Grenoble, Draguignan, Tulle et Bellac.
Cependant, si l'on se contente d'un aperçu d'ensemble et que l'on considère sommairement les caractères de l'isorométrie française, on arrive à remarquer que le pays se partage assez bien, sous ce rapport, en quelques zones, utiles à fixer parce qu'elles correspondent aux différences des climats généraux que l'on s'accorde à reconnaître à notre ciel. En négligeant les écarts, les lignes isorométriques formeraient des moitiés d'ellipse, allongées, concentriques (à quelque chose près), à convexité tournée du côté de l'Océan Atlantique. Les lignes les
FRANCE (climatologie). 459
plus excentriques et les plus étendues correspondent aux plus basses altitudes ; les lignes intérieures, les plus courtes, faisant une pointe vers les Pyrénées, passent par les villes de montagnes et alpestres. De la sorte, les isoromètres de 0 à 50 mètres traversent les pays littoraux et expriment des altitudes qui entrent comme élément important dans les caractèi'es des climats Breton, Girondin, Provençal; de même que les isoromètres de 100 mètres, 200, etc., indiquent une des circonstances qui constituent les climats continentaux ou intérieurs, Séquanien, Vosgien, Auvergnat, Rhodanien, Alpestre.
La disposition des lignes isorométriques, qui vient d'être signalée, ne manquerait pas de régularité si le sol de la France se relevait d'une façon continue vers l'Est, du côté du Jura et des Alpes. Mais, outre l'énorme accident de terrain du massif central et des Gévennes, qui brusque la saillie sur un grand espace, le relèvement d'ensemble est interrompu, entre 2 et 5 degrés de longitude orientale, dans la moitié méridionale du territoire, du Nord au Sud, par la vallée du Rhône, dépression profonde et assez étroite, sauf dans sa partie méridionale, et qui fait paraître plus abruptes les pentes françaises des Alpes. De ce fait, les lignes isorométriques sont un moment interverties dans leur succession ascendante. {Voy. les cartes en relief de la France : le Petit Atlas de la France, par E. Levasseur ; etc.)
En circonscrivant l'étude (dans cette matière, il faut toujours localiser le plus possible) , l'orométrie des villes d'un même département caractérise d'ordinaire assez exactement l'altitude générale de cette fraction du territoire. On voit, par exemple, dans notre tableau, les villes de la Seine et de Seine-et- Marne, nommées à côté les unes des autres ; les villes de la vallée de la Loire (Indre-et-Loire, Maine-et-Loire) se succéder sur les isoromètres de 50 à 100 et de O-" à 50.
Nous avons dit précédemment (pag. 428) l'influence générale de l'altitude sur les températures moyennes locales. Briançon, dont la moyeime annuelle est d'environ 8" (obs. des hôpit. milit., 1866-68), ne reçoit pas plus de chaleur, à moins de 45" de latitude, que s'il était transporté à la latitude de Rotterdam (52° lat. N.). Encore est-il bien plus mal partagé sous le rapport de la répartition de la chaleur sur les quatre saisons. On retrouvera l'inlluence de l'altitude sur plusieurs autres conditions climatologiques ou physiologiques. Notons seulement dès maintenant ce fait, bizarre au moins pour l'opinion vulgaire, que les régions les plus déprimées du territoire, et par conséquent les moins salubres d'après les notions reçues, sont précisément les plus peuplées et celles qui possèdent les villes immenses. Si l'on teinte de couleurs de plus en plus foncées, selon le nombre des habitants par kilomètre carré, tous les départements de France, sur une carte de Levasseur, il saute aux yeux que les départements les plus peuplés sont les départements du littoral et ceux des grandes vallées de fleuves. Une ligne qui, de La Roche-sur- Yon, en passant par Tours et Orléans, rejoindrait Châlons-sur-Marne et Mézières, laisserait au N.-O. une large bande de pays sans élévation notable et qui comprend précisément des départements tous à forte teinte ; on y trouve en particulier le département du Nord, si semblable de tous points à la Belgique, sa voisine, le pays le plus peuplé du monde et qui en serait le plus plat, si la Hollande n'existait pas. Le département du Puy-de-Dôme (70 hab. par kilom. car.) et surtout celui de la Loire (115 hab. par kil. car.) font exception à cette sorte de loi.
Eu revanche, les départements des Basses-Alpes et des Hautes-Alpes, les plus
460 FRANCE (climatologie).
élevés de France, avec 20 à 21 habitants par kilomètre carré, l'accentuent d'une façon malheureuse et ne donnent que trop raison aux auteurs qui ont voulu rectifier les idées généralement admises sur les propriétés stimulantes des climats de montagnes et la vigueur des populations des hauts lieux. Les hommes et les animaux, en réalité, se raréfient sur les montagnes. Les habibitants, dit Michelet, y regardant peu l'avenir, tiennent moins à créer des familles durables. « Je rencontrai fort peu d'enfants. Il semble que c'est déjà plutôt le passé que ce pays regarde. Nulle part, je crois, les morts ne tiennent autant de place. » Ce que M. Bertillon a traduit en chiffres parlant exactement dans le même sens. {Voy. Michelet : La Montagne, et Jourdanet : Influence de lapression de l'air, l'âvis, 1875. Tome II, p. 171.)
4" Vents. Il convient, sans doute, de rappeler ici que deux principes dominent la météorologie en ce qui concerne les vents, sur n'importe quel pays : d'un côté, les grands courants aériens, déterminés par l'inégalité de la température, de l'équateur au pôle, obéissent aux lois de la pesanteur combinées avec le mouvement de la terre; d'un autre, les circonstances locales modifient la direction des grands courants, soit par elles-mêmes, soit en y associant des courants locaux. De telle sorte que, dans les deux cas, le vent dominant d'une contrée est le plus habituellement une résultante.
Les courants qui régnent dans notre territoire sont dominés par le courant équatorial de l'ouest à l'est, modifiés par l'appel du foyer méridional, dépendances de la fournaise saharienne, et accidentellement impressionnés par la configuration locale du sol, cause elle-même de courants partiels.
« Tous nos vents d'ouest, dit Marié Davy, ont parcouru la surface des eaux de Gulf-stream avant de nous arriver; ils s'y sont attiédis en hiver; mais en même temps, ils s'y sont chargés de vapeurs, qui, sur le continent, se résolvent en nuages et en pluie. Pendant l'été le sol s'échauffe au delà même du point où se trouvent les eaux du Gulf-stream sur nos côtes; et pendant cette saison, les vents d'ouest ou de sud-ouest sont encore humides, mais ils sont moins pluvieux et moins chauds.
« Les montagnes de l'Ecosse, la chaîne des Alpes au midi, au nord la chaîne des monts Scandinaves opposent aussi un obstacle à la progression du courant équatorial qu'elles tendent à faire dévier, soit au nord, soit au sud ; l'obstacle peut être aisément franchi par des masses d'air un peu profondes et animées d'une vitesse un peu grande; par contre, la fluidité de l'atmosphère, la faiblesse de sa densité, sa dilatabilité considérable, les variations souvent très-brusques de la vapeur d'eau qu'elle contient, impriment une grande mobilité à la trajectoire du courant aérien à la surface de l'Europe. Après être arrivée à sa hauteur maximum en latitude, la trajectoire s'infléchit graduellement vers le sud-est, puis vers le sud-ouest , en rejoignant la région des alizés. Le courant se transforme de courant équatorial en courant polaire dont les propriétés sont inverses et qui nous donne les temps clairs et les grands froids de l'hiver.
« Les deux branches, équatoriale et polaire, du courant aérien sont généralement étalées à la surface de l'Europe, en sorte que les vents inférieurs, indiqués par les girouettes, souffleront du S.-O., par exemple, tandis qu'ils souffleront du N.-E. sur la France. Plus rarement, la trajectoire se redresse; la branche équatoriale, placée dans les régions élevées de l'atmosphère, nous est indiquée seulement par la marche des nuages ou nous échappe entièrement, et
FRANCE (climatologie). 461
la branche polaire seule appuie sur le sol. » Cette situation est, dans nos latitudes, accidentelle et transitoire.
L'abondance de ce courant varie dans des limites très-étendues, suivant les saisons et aussi suivant les années. Souvent il se divise en plusieurs branches situées à des latitudes différentes. La vitesse de son mouvement est d'environ 8 à 10 lieues à l'heure dans les hautes régions de l'atmosphère; elle diminue naturellement à la surface du sol par l'effet des résistances qui s'y produisent ; c'est là aussi que la direction se modifie par les saillies du sol ou les brises locales. Sur les rives droite et gauche du courant aérien, on remarque d'ordinaire des remous ayant des directions plus ou moins opposées à celles du courant principal. Des remous semblables se reproduisent sous le lit du courant lorsque, au début de son apparition dans un lieu, il y est encore confiné dans les hautes régions de l'atmosphère. C'est particulièrement sur le bord méridional du courant équatorial que les courants du N.-E. sont le plus prononcés, parce que ces courants de dérive sont favorisés par le foyer d'appel situé dans les régions équatoriales et sahariennes.
Très-fréquemment, on pourrait même dire toujours, il se produit dans la masse d'air transportée par le courant équatorial des mouvements partiels présentant tous un caractère commun. L'air tourbillonne sur lui-même avec une rapidité variable, mais dans une direction constante, inverse du mouvement des aiguilles d'une montre. Ces mouvements tournants, entraînés à la surface de l'Europe par le courant au sein duquel ils se produisent, donnent naissance, suivant leur intensité et suivant la saison, aux tempêtes, aux bourrasques, aux orages. Les deux mouvements de rotation et de translation, en se superposant, s'ajoutent sur la portion du disque tournant où elles sont de même sens ; elles se retranchent sur la partie opposée où elles sont de sens contraire. Le mouvement tournant change également la direction des vents ; il transforme, par exemple, un courant d'O. en vents variant successivement du S.-E. au S., puis au S.-O., à l'O. et au N.-O., sauf à recommencer la même rotation lors du passage d'un second mouvement tournant.
Les brusques variations du baromètre, de la température, de la sécheresse ou de la pluie, relèvent des mouvements tournants ; les grands changements du temps sont, au contraire, sous la dépendance du déplacement du courant équatorial.
Le temps est doux et humide sur tout le parcours du courant équatorial à la surface de l'Europe ; il est sec et beau sur le trajet du courant polaire. Il est également beau ou vaporeux en été et brumeux en hiver, dans l'espace compris entre les deux branches du grand circuit aérien. L'établissement du courant équatorial sur la France n'est pas, par lui-même, une cause immédiate de pluie : il faut, de plus, l'intervention de mouvements tournants. L'établissement du courant polaire est quelquefois accompagné de pluie ou de neige s'il est hâté par le passage d'une bourrasque. (Marié Davy : Des pronostics et signes du temps in Annuaire météorologique de l'Observât, pour 1872.)
Les conséquences des mouvements atmosphériques diffèrent un peu, selon qu'on envisage la saison froide ou la saison chaude.
Dans la saison froide, selon l'éminent météorologiste que nous venons de citer, le centre d'une bourrasque est toujours sur la gauche du vent : « Dans le centre, l'ouest et le nord de la France, les mauvais temps avec tour des vents vers rO. ou le N.-O, montrent que le centre des bourrasques traverse l'Angle-
462 FRANCE (cmmatologie).
terre. Les pluies s'étendent d'autant plus avant vers le sud-est de la France que le nord-ouest a été plus mouillé par des pluies antérieures : nous sommes en plein dans le courant équatorial qui se prolonge plus ou moins avant sur l'est de l'Europe... Si les vents tournent au N. fort, ce qui indique une bourrasque descendant du nord sur l'Allemagne , c'est un signe que le circuit aérien a déjà perdu de son ampleur dans l'Europe : la continuité et la durée du mauvais temps sont devenues moins probables. Le ciel peut être très-variable sur le nord de la France; le midi est plus menacé... Si le centre de la bourrasque aborde la France par le golfe de Gascogne et longe les Pyrénées, elle donne sur le nord des vents d'entre N. et E., forts avec ciel nuageux ou très-beau; les pluies sont pour le Midi. » Les lois généi'ales ne se vérifient pas sur les vents d'entre N. et E. (continentaux, polaires) pour la plus grande partie de ^la France, ni sur les vents (locaux) d'entre N. et 0. pour la vallée du [Rhône et les côtes françaises de la Méditerranée. II y a donc un certain antagonisme entre les versants de la Méditerranée et ceux de l'Océan et de la Manche. « Les pluies peuvent y être simultanées ou y alterner à de courts intervalles ; mais souvent aussi l'une des régions passe par une période de beau temps, tandis que l'autre traverse une période de pluies. »
Dans la saison chaude, l'été est froid et pluvieux si le courant équatorial est bien établi sur l'Europe ; sec et brûlant si nous sommes dans le courant de retour ou polaire ; humide et chaud si nous sommes dans l'anse comprise entre les deux : dans ce cas, les orages sont fréquents. L'antagonisme entre le nord et le midi de la France existe pour les orages comme pour les pluies. Les bourrasques sont sans action sur la Méditerranée quand leur centre passe dans le nord de la France ; s'il y pénètre par les côtes de Gascogne, la bande orageuse peut se partager en deux, dont l'une remonte au nord ou nord-est et dont l'autre descend sur la Méditerranée. Les bourrasques orageuses qui traversent l'Espagne atteignent la Méditerranée, l'Italie, un peu les côtes françaises ; elles sont sans action sur le nord de la France, à moins qu'elles n'activent les vents de nord-est, comme le font aussi les bourrasques qui atteignent le bassin occidental de la Méditerranée en venant d'Allemagne ou d'Autriche.
Selon Kaemtz, dont Ch. Martins et El. Reclus adoptent les résultats, satisfaisants d'ailleurs, sauf les variations pour des points particuliers, la direction moyenne des vents en France est S. 88" N.; en d'autres termes, « la résultante de tous les courants aériens partirait d'un point de l'horizon situé exactement à 2 degrés au sud de l'ouest. » La force moyenne du vent sur notre pays serait 0,135; le rapport de l'O. à l'E. de 1,52 ; celui du S. au N. de 1,03. Pour la fréquence relative, Kaemtz donne les proportions suivantes ;
12f. 140 84 76 117 192 155 110 (pour 1000).
Les observations modernes, sans modifier au fond ces résultats, introduisent de jour en jour des distinctions utiles. Fournet attribuait au vent de S.-O. toute la région côtière occidentale, de Bordeaux à Dunkerque. Les observations simultanées faites dans les phares du littoral ont néanmoins établi que cette loi n'est vraie que pour les côtes de la Manche, tandis que presque toutes les côtes Atlantiques appartiennent au régime des vents de N.-O. La forme, le relief, l'orientation des côtes interrompent à chaque instant la constance des moyennes ; à tel point que les vents ne se meuvent pas dans une direction parallèle sur les
deux rives des estuaires de la Seine et de la Gironde. Les vents d'ouest étant aux vents contraires comme 5 : 2 sur les côtes Atlantiques, la proportion devient pour Cherbourg 7 : 3 (Liais) .
Dans leur déplacement général de l'ouest à l'est , c'est-à-dire de la mer vers le continent, les grandes masses aériennes sont dérangées de leur route par les montagnes et les vallées et par les vents nés sur place de circonstances theimiques locales. La chaîne des Pyrénées, par exemple, est défavorable aux vents de S. et de S.-O. ; le massif central interrompt et brise vigoureusement les vents d'ouest. Des frontières d'Espagne à la plaine du Rhône, le vent souffle plus fréquemment du nord-ouest (bassin de l'Hérault et bassin du Rhône jusqu'à Viviers). La vallée de la Saône et du Rhône, de Dijon à Viviers, selon la limite des météorologistes , est dans des conditions remarquables sous ce rapport. L'air est obligé de plonger dans l'espèce d'entonnoir formé par les Vosges, le Jura, à l'est, et par les hauteurs de la Côte-d'Or, du Beaujolais, les Cévennes à l'o.uest. Le vent y est toujours nord ou sud (Tschudi : Le monde des Alpes) et plus souvent nord que sud. Plus à l'est, jusqu'aux îles d'Hyères, le vent dominateur tourne de nouveau dans la direction du nord-ouest ; puis, avec le changement d'orientation des côtes vers le golfe de Gênes, c'est au nord-est que vire la résultante moyenne des vents (El. Reclus). Dans le bassin du Rhin, les vents de S.-O. et de N.-E. prédominent ; celui-ci étant la résultante des influences continentales, thermiques et topographiques.
La direction et la vitesse des vents inférieurs sont inscrites, à l'Observatoire de Montsouris par l'enregistreur Hervé-Mangon. Elles sont reproduites par un système ingénieux 'de notation, qui a peut-être l'inconvénient d'être plus long que l'écriture et de ne pas être aussi rapidement lu par les non-initiés. Les observations ont duré trop peu pour être déjà utilisées. Il apparaît, toutefois, que l'air est, en général, beaucoup plus calme durant la seconde moitié de la nuit que pendant le jour » et que « le maximum de vitesse a lieu entre midi et trois heures du soir et le minimum avant l'aube. » Le mois le plus agité (1875) a été le mois de mars. Pour cette même année météorologique 1874-1875, nous relevons la direction de l'ouest (ou de l'ouest entre nord et sud) 141 fois ; le vent d'est (ou d'est entre nord et sud) 101 fois; le reste du temps se partage entre le vent plein nord ou plein sud et les indications : variable. Les mois de plus grande fréquence du vent d'ouest sont juin (20 fois), janvier (16 fois), octobre (14 fois) ; ceux où le vent d'est a prédominé sont : avril (16 fois), mars (13 fois), février (12 fois).
Nos pays montagneux, indépendamment des déviations ou des étranglements qu'ils imposent aux courants atmosphériques, engendrent des vents locaux, soufflant alternativement de la montagne ou de la vallée, selon les alternances de réchauffement de l'air sur les sommets ou dans les concavités, par la succession de la nuit au jour. C'est un phénomène de même nature que l'alternance des brises de terre et de mer; ce sont des marées aériennes montantes ■ou descendantes. Les lois de leur production dans les Alpes françaises ont été particulièrement étudiées par Fournet, dont Ch. Martins reproduit les conclusions. Ces brises sont connues de temps immémorial dans certaines localités sous les noms de ihalwind, pontias, vesine, solore, vauderou, rebats, vent du Mont-Blanc, aloupde vent. L'heure et la saison de la prédominance du courant ascendant ou descendant varie beaucoup selon la disposition des aspérités du sol,
la largeur et la régularité des vallées. D'une façon générale il est ascendant
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pendant le jour et descendant la nuit ; inutile d'expliquer pourquoi. A la faveur d'une vallée suffisamment ouverte, ce flux et reflux peut s'étendre assez loin dans la contrée qui avoisine le point où l'appel se produit. Selon Fournet, l'air tend à monter de la mer vers Lyon, le Jura, les Vosges, le plateau central, pendant le jour, et à redescendre vers la Méditerranée pendant la nuit ; il n'est pas rare que ce mouvement soit sensible jusqu'au fond de la vallée.
Trois fleuves aériens, selon l'expression d'El. Reclus, roulent incessamment dans les vallées de la Savoie (à moins de tempêtes). Ce sont ceux du Faucigny, de la Tarentaise et de la Maurienne. Le premier parcourt la vallée de l'Arve, de Genève au Mont-Blanc; le deuxième se meut dans les vallées de l'Isère et de son affluent le Doron ; le troisième remonte et descend alternativement toute la vallée de l'Arc vers le Mont-Cenis et le col de l'iseran. Le vent ascendant commence vers 10 h. du matin ; le courant descendant à 9 h. du soir.
Le mécanisme de ces vents se laisse prendre sur le fait, pour ainsi dire, chez quelques vents de montagne qui tournent avec le soleil et soufflent de l'est, le matin, de l'ouest le soir. Dans le département de la Drôme, on les appelle solores ou solaures (de solis aura : El. Reclus), vents solaires. Le fœhn {favonius), de Suisse, vient du Sahara, selon Ch. Martins; d'après Dove, ce serait le contre-alizé de l'ouest, venu de l'Atlantique et descendu des hauteurs.
Les vents étésiens sont des courants d'origine locale, qui se font sentir sur une grande étendue. Ils sont dus au puissant appel du Sahara, fournaise en été, glacial en hiver par suite d'un énergique rayonnement terrestre. On sait que le trajet de France en Afrique, pour les navires à voiles, est plus court en été que le retour. Ce sont là deux courants alternants que l'on peut logiquement qualifier d'alizé d'été et de contre-alizé, comme le fait Pauly [Climats et endémies, p. 291). Cet « alizé d'été, c'est-à-dire le mistral » est la cause pour laquelle la Provence a son minimum de pluie en été : il n'arrive dans ce bassin ouvert vers le midi, entre les Gévennes et les Alpes, qu'après avoir déposé une partie de son eau sur les crêtes les plus élevées de ce eouloir et ce qui lui reste de vapeur trouve suffisamment place dans un air de plus en plus dilaté à mesure qu'il progresse vers le midi. « Chaque fois qu'il souffle, il est accompagné et toujours suivi d'un ciel pur et d'un beau soleil. » (Pauly). Ce n'est pas moins le mistral, si désavantageusement connu à d'autres égards, le Me'lamboreas des Grecs, et qui avec « le Parlement et la Durance complétait les trois grands fléaux de la Provence. » Le Parlement et la Durance de ce temps-là ont bien changé, à leur avantage ; le mistral est resté invariable et inflexible, « ce vent hideux, froid, sifflant, qui crie et rage pendant des semaines, et fait prendre en horreur le séjour des plus ravissantes vallées », pour emprunter le style original et coloré d'Onésime Reclus. Le mistral, d'ailleurs, souffle non pas du N. mais du N.-O., à cause de la disposition de la chaîne des Pyrénées et des Alpes maritimes. (Voy. plus loin : Climat méditerranéen, p. 490).
On voit assez, par ce qui précède, quel est le rôle du vent dans le régime des pluies de notre pays. Nous ne saurions reprendre ici les théories météorologiques qui expliquent cette influence, vraiment prépondérante. Rappelons seulement qu'il s'agit toujours de savoir si le vent a soulevé des vapeurs sur sa route et s'il se dirige sur des régions assez chaudes pour maintenir ces vapeurs en suspension ou assez froides pour les obliger à se précipiter. Les vents qui soufflent d'entre 0. et N. sur les côtes de France précipitent leur eau sur les Cévennes et sont secs pour la côte de la Méditerranée. Le vent du N.-O. et même celui du
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N, arrivent de la mer en France ; ils nous donnent cependant rarement de la pluie, parce qu'ils vont du froid au chaud. Au contraire, les vents d'entre S. et 0. montent vers le nord, c'est-à-dire passent par des zones de plus en plus iroides, et nous abandonnent beaucoup d'eau, surtout par leur bord méridional, <[ui a été le plus échauffé. En général, les lieux où il pleut le plus souvent sont ceux dans le voisinage desquels les bourrasques passent avec le plus de fréquence (Marié Da\7).
On sait l'influence générale des vents sur la température (Yoy. article Climat). Faisons seulement remarquer que les vents caractérisent un climat par leur succession normale autant que par la prédominance de tel ou tel courant. Cette succession est due au mouvement de roue des courants et détermine les changements brusques de température, si importants au point de vue physiologique. Dans nos contrées, lorsque les vents du N.-O. par exemple, au printemps, ont régné pendant quelques jours, la végétation prend son essor, les jeunes pousses garnies de sucs sont devenues très-impressionnables au froid. Survienne une bourrasque un peu forte au travers de la France, les vents tourneront au nord sur le bord postérieur du courant, le ciel se découvrira et les dernières heures d'une seule nuit suffiront à causer d'immenses dégâts (Marié Davy), De même les organismes animaux, qui avaient mis leur vitalité à l'unisson du mouvement printannier et s'épanouissaient déjà, en quelque sorte, sont ■surpris par l'abaissement brusque de la température ; d'où les répercussions intestinales, l'irritation de la muqueuse aérienne, etc.
En revanche, le simoun du Sahara se reproduit parfaitement en Europe, dit M. Faye, affaibli il est vrai, mais très-capable de produire de véritables désastres. M. Piche, secrétaire de la Commission météorologique des Basses-Pyrénées, a fort bien décrit le coup de Sirocco du l'''' septembre 1877, observé par lui à Biarritz. L'état de la mer avant cette date indiquait la présence d'un orage au large ; la succession des vents à Biarritz ne pouvait s'expliquer que par le passage rapide d'un mouvement giratoire ; l'humidité relative est tombée à Biarritz à 58 centièmes ; le thermomètre s'est élevé à 38°, 5 à 4 heures du soir et la nuit à 52°, nombres incroyables ])our la saison. Le baromètre subit une brusque dépression de 8 à 9 millimètres.
5° Etat électrique de l'atmosphère. Nous séparerons cette étude en deux ordres de considérations, comme on le fait habituellement et comme cela paraît légitime : d'une part, l'état électrique proprement dit et les orages; de l'autre, l'état ozoniquc.
Électricité atmosphérique. Orages. L'observation des orages, qui date de loin en France se fait méthodiquement depuis 1865, sous l'impulsion de Leverrier et avec l'aide des Commissions deparfemenfa/es, instituées expressément pour ce but, comme nous l'avons vu et qui, peut-être, ne répondent cependant pas à ce que l'on attendait d'elles. L'Observatoire, de 1865 à 1869, a fait dresser une carte des orages dont le sort, à partir du jour où la direction de ces travaux n'a plus appartenu à Montsouris, nous reste inconnu. En revanche, depuis 1875, ou étudie avec soin dans ce dernier établissement l'état électrique de l'atmosphère, sur lequel il semble que l'on ait eu jusqu'ici des données assez vames. Et, comme les physiciens, malgré la résistance de quelques météorologistes, ont <lémontré que les orages, descendent, tournent et marchent, de courai>eux savants se sont appliqués à poursuivre les secrets des hautes régions de l'atmosphère, comme le général de Nansouty sur le sommet du pic du Midi, M. Alluard DICT. ENC. 4* s. IV. ÔO
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au sommet du Puy-de-Dôme, et comme les aéronautes scientifiques, à qui Crocé-Spinelli et Sivei ont ouvert une page sanglante et glorieuse.
L'Annuaire de Monisouris \)Our 1876 contient deux tableaux donnant le résultat de sept mois d'observations, de mars à septembre. En voici le sens, dans les termes mêmes de l'Annuaire : « Le premier renferme les moyennes diurnes pour chacun des jours des sept mois d'observations. Les résultats sont très-inégaux et les jours d'électricité négative sont assez nombreux; les observations isolées avant donné des signes négatifs sont beaucoup plus nombreuses encore, surtout les jours de pluie. Le second tableau donne les moyennes horaires et les moyennes mensuelles. On y trouve en moyenne deux minima, vers neuf heures du matin et vers trois heures du soir, et deux maxima, vers midi et vers neuf heures du soir. Les moyennes horaires pour cliaque mois pris en particulier offrent beaucoup moins de régularité. On remarquera en particulier les moyennes négatives de midi et trois heures du soir en juin et de trois heures du soir en juillet. Pour le total d'un mois, le maximum pour les sept mois est tombé en avril et le minimum en septembre; mais ces rapports peuvent changer d'une année à l'autre. » Toutefois, l'Annuaire pour 1877 ne reproduit pas ces résultats dans lesquels se sont glissées des causes d'erreurs ; les tableaux consignés dans cette dernière publication et relatifs à 1876 ne permettent pas encore de soupçonner une loi. Yoici la proportion pour 100 des signes électriques négatifs observés dans quelques mois de 1876 : avril, 11; mai, 24; juin, 13; juillet, 5; août, 12; septembre, 14. Il y a probablement plus d'électricité en haut qu'en bfis.
M. Pienou met en rapport avec la formation des orages le décroissement delà température dans la verticale : « il en est de la température de l'air, comme de l'eau des rivières qui tend à se mettre de niveau avec l'horizon sans jamais y parvenir. Ce décroissement est continuellement variable; ce qui n'est pas une fluctuation irrégulière, mais une balançoire nécessaire. En été, par exemple, au commencement dés chaleurs, le décroissement est lent, et c'est là une condition pour qu'elles puissent continuer; le décroissement va en s'accélérant ensuite et le temps se met à l'orage. Il fait alors le plus chaud possible en bas et le plus froid en haut (+ 54° et — 40°). »
Des observations répétées faites par Marié Davyou sous sa direction, sur divers points de notre territoire, il résulte que les orages ne sont pas des phénomènes localisés, comme on l'avait cru jusqu'alors. « Ils s'étendent toujours à une partie considérable de la France et quelquefois la traversent dans toute son étendue sur une ligne plus ou moins large, mais dépassant 200 ou 500 lieues en longueur. » Il est facile de reconnaître d'ailleurs qu'ils marchent avec une vitesse de train express. C'est donc qu'ils viennent de loin et que tous les orages qui parcourent nos pays du sud-ouest au nord-est font tout simplement suite à ceux qui, nés dans la zone tropicale, parcourent l'Océan dans la même direction, abordent nos côtes de l'Atlantique, et traversent ensuite la France (Faye : Sur les orages et sur la formation de la grêle; in Annuaire du Bureau des longitudes pour 1877).
Les orages ne se forment donc pas dans les montagnes, ni les vallées ; cependant, il ne semble pas impossible que les accidents du sol n'en modifient la marche et les effets. Ils ont souvent paru suivre les vallées et éviter les forêts, lesquelles, d'après Becquerel (Acadnnie des sciences i86b-i861), ont le pouvoir de dévier la grêle. Certaines roches passent pour agir de la môme façon; ainsi les masses de diorite du département de la Mayenne.
Fournet {Sessio7i générale des Sociétés savantes, 1861) formulait ainsi qu'il
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suit les relations des orages avec les points culminants des montagnes et leur distribution spéciale dans les environs de Lyon : « Les nuages orageux se développent surtout autour des cimes culminantes, quelle que soit leur nature, et le sud-ouest les étend ensuite au-dessus des plaines en forme de longues colonnes qui, suivant leur densité et diverses causes subsidiaires, émettent tantôt les éclairs et la foudre, tantôt la grêle avec les jets électriques. Dès iors, il suffit qu'une station soit placée sur le trajet d'une de ces colonnes pour qu'elle en subisse plus ou moins fréquemment la désastreuse influence. Toute autre localité établie à côté du ruban orageux se trouvera soustraite au fléau. » Pour le Lyonnais, en particulier, les montagnes occidentales étant munies de plusieurs cimes culminantes, dételles colonnes marchent parallèlement avec des intervalles sans nuée orageuse : Lyon, qui est étendu du nord au sud, reçoit la foudre à Perraclie et sur la Croix-Rousse, rarement dans la partie centrale de la cité. La structure orographique de la contrée a permis à cet observateur de dénommer un certain nombre de colonnes : colonnes Pilât, Riverie, Py-Fré, Saint-Ronnet, etc. » Il y a probablement, sous cette théorie, des idées qui ne paraîtront plus orthodoxes devant la physique et l'observation modernes. Cependant, nous avons cru devoir tenir compte de ces appréciations, au moins pour ce qui concerne les incidents de la marche des orages. A la rigueur, il ne semble pas impossible qu'il n'y ait, cà et là, des oiages en quelque sorte secondaires, nés de circonstances locales.
L'Atlas de Rerghaus trace la marche la plus ordinaire des orages. Dans notre pays, ils suivent surtout deux lignes; l'une par Brest, Cherbourg, Dunkerque, l'autre par La Rochelle, Orléans, Châlons-sur-Marne. Ces deux lignes circonscrivent une zone de 12 à 20 orages par an. Ils sont plus nombreux (environ 25 par an) dans la région comprise entre Lyon, Arles, les Cévennes, le Piémont. A Marseille, la movenne est H. La France prend place parmi les régions des orages d'été (Ch. Marlins).
Marié-Davy {Les mouvements de V atmosphère et des mers) a reproduit graphiquement sur la carte de France, un certain nombre d'orages relativement récents, à l'occasion desquels il a pu mettre en évidence les lois de ces phénomènes et l'application de ses théories sur la prévision du temps, d'après la marche de la dépression barométrique de l'ouest à l'est. On voit très-nettement, dans ces tracés, l'extension des orages, leur propagation en avant vers l'est ou le nordest, avec des inflexions dans un sens ou dans l'autre, leurs caractères particuliers entant qu'agents destructeurs. Au point de vue du savant directeur de Montsouris, les orages exigent pour se former une certaine préparation, ce qui permet de les prévoir. Ils sont signalés par la dépression barométrique se propa'Teant sur une ligne immense. Ils accompagnent constamment les mouvements tournants de l'atmosphère, mais pour provoquer l'orage, ces mouvements ont d'autant moins besoin d'être fortement caractérisés que la température est plus élevée et l'air plus chargé de vapeurs. « Tout orage est la résultante de deux mouvements, l'un de translation rapide sur une trajectoire immense (à ouverture tournée vers l'est), l'autre de giration plus rapide encore autour d'un axe vertical. » (Paye). Ce dernier mouvement est descendant : la force vive, l'électricité et le froid se trouvent dans les régions supérieures et ne se trouvent que là; une trombe descend et rencontre le sol par l'extrémité amincie de son entonnoir; elle manifeste par des dégâts, des brisements, la destruction de la force vive avec laquelle elle arrivait. C'est le froid des régions supérieures, la
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tension électrique et cette force de giration descendante qui expliquent la grêle.
M. Faye a annexé à son mémoire {loc. cit.) le rapport de la commission (l'abbé Tessier, Buache et Leroi) qui fut chargée par l'Académie des sciences de faire une enquête sur le fameux orage de 1788, et la carte même dressée à l'appui par le géographe Buache. Ce rapport ne parut dans les mémoires de l'Académie des sciences qu'en 1797. Ce qu'il faut noter tout d'abord, c'est que cette trèsvieille observation contient déjà la loi formulée naguère par les modernes, quant à la provenance et à la marche des orages dans notre pays. Nous emprunterons quelques traits à la description de Tessier.
Cet orage eut lieu le 13 juillet 1788. La veille, un orage avait déjà traversé le Maine, le Vexin, plusieurs départements de la Normandie, quelques cantons de la Picardie, le comté d'Eu, et avait passé entre Boulogne et Calais pour aller finir en Angleterre. Les dégâts furent considérables, mais ils devaient s'effacer devant ceux du formidable météore du lendemain. La carte de Buache ne représente l'orage du 15 qu'entre Tours et la Belgique; mais le rapport indique qu'il avait commencé à l'île d'Oléron et à La Rochelle, dans la Dordogne et la Saintonge, pour atteindre jusqu'à la Hollande et au delà du Texel. Il est figuré graphiquement par deux bandes presque parallèles comprenant les paroisses grêlées ; entre ces deux bandes et sur leurs bords, il y en a trois autres qui n'ont essuyé que de la pluie. Les deux bandes de grêle ont toujours été séparées, mais par des espaces inégaux dont le plus étroit est de 5 lieues et le plus large de 7 lieues Vr La largeur moyenne de la bande de l'ouest fut de 4 lieues et celle de la bande de l'est de 2 lieues Vv La longueur de la première est d'au moins 175 lieues et celle de la seconde, de plus de 200 lieues. Rien qu'entre la Touraine et la Flandre, 100 lieues environ, il est prouvé que plus de 650 lieues carrées furent ravagées par cette grêle, dans l'espace de six à sept heures, c'est-à-dire avec une vitesse de l'orage de plus de 16 lieues à l'heure. Les points mentionnés par Tessier sont : sur la bande de l'ouest, Loches, à 6'',50 du matin; Amboise, à 7 heures; Chartres, à 7'', 30; Rambouillet, à 8 heures; Pontoise, à S^'jSO; Clermont-en-Beauvaisis, à 9 heures ; Douai, à 1 1 heures ; Gourtray, à midi 30 ; Flessingues, à l'Oise ; dans la bande de l'est, Artenay, 7's50 du matin; Andouville en Beauce, (où Tessier lui-même observait) à 8 heures; le faubourg Saint-Antoine de Paris, à 8'', 30; Grespy en Valois, à 9'', 50; le Cateau-Cambrésis à 11 heures; Utrecht, à 2'', 50. Suivant les papiers publics, il y aurait eu des grêlons pesant jusqu'à 8 ou 10 livres. C'est là une estimation fantaisiste et d'une énorme exagération, qu'il n'est pas rare de rencontrer dans les récits du vulgaire. Les plus gros, suivant Tessier qui s'occupa soigneusement de ce détail, ne pesaient pas ^2 li^r^ (à 60 grammes, un grêlon égale déjà la grosseur d'un œuf de dinde). La durée du temps pendant lequel il tomba de la grêle, quoiqu'elle ait paru bien longue, n'a été que de sept à huit minutes au plus dans chaque pays. A Etampes, on en a vu jusqu'à 2 pieds '/a de hauteur dans les angles des murs situés au vent. Des églises, des maisons, des granges, des hangars, des moulins, furent renversés ou découverts parle vent qui était d'une violence extrême ; on compta 11.749 carreaux de vitres mis en pièces dans le château de Rambouillet et ses dépendances. Un nombre prodigieux d'arbres furent déracinés, rompus, tordus ou mutilés; il y en eut plus de 1,000 à remplacer dans le parc de Rambouillet. Les pertes en France sont évaluées par Tessier à près de 25 millions de livres.
La direction de l'orage, comme on voit, était du S.-O. au N.-E. Il parut parfois se porter plus particulièrement sur un vallon, s'éloigner d'une hauteur ou se
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subdiviser; des nuages accessoires semblèrent se joindre au principal; mais la marche générale n'en fut point dérangée. Le vent tourbillonnait, balançait les nuages, tordait les arbres, ce qui a fait croire qu'il soufflait de différents côtés. Mais les arbres et les grains étaient toujours couchés vers le IN.-E. On comprend ces apparences et ces résultats, aujourd'hui que l'on sait la translation par giration des trombes descendues d'en haut. Car il s'agissait certainement, suivant M. Faye, d'une trombe ou plutôt de deux trombes associées, une sur chaque bande de grêle.
L'orage du 28 juillet 1835, rapporté par Lecoc [in Faye : loc. cit.), prit naissance sur l'Océan vers les 10 heures du matin; la grêle commença par ravager l'ile d'Oléron. Le nuage traversa ensuite de l'ouest à l'est le département de la Charente-Inférieure, où l'arrondissement de Marenneseut surtout à souffrir de la grêle. Il franchit la Charente, peut-être sans répandre de grêle; mais dans la Haute-Vienne la grêle tomba sur plusieurs points de l'arrondissement de Rochechouart. A midi, il arriva dans la Creuse, arrondissement de Bourganeuf, et continuant à suivre la même direction, il atteignit l'arrondissement d'Aubusson, où il causa de grands ravages. A 1 h. 30 le nuage franchissait la limite occidentale du département du Puy-de-Dôme; à 2 heures, de véritables glaçons tombaient sur la lave qui s'étend derrière le Puy-de-Dôme et se brisaient sur les angles des roches volcaniques. Bientôt après, le nuage doubla le Puy-de-Dôme, dévasta la commune d'Areines, et de 2'', 15 à 2'', 30, il alla terminer son désastreux voyage sur Clermont et Montferrand. Ainsi, en quatre heures et demie, l'orage parcourut un espace d'environ 90 lieues (20 lieues à l'heure). La grosseur des gréions alla sans cesse en augmentant; c'est près d'Aubusson et de Clermont qu'ils acquirent leur plus grand développement (d'un œuf de poule à un œuf de dinde). Le nuage au sein duquel la grêle s'élaborait n'était pas trèsélevé ; le grand Puy-de-Dôme ne reçut aucun grêlon, tandis qu'il en tomba abondamment sur le petit, à 1,200 mètres au-dessus de la mer.
Elie de Beaumont a fait sur place une enquête relative à l'orage du 10 octobre 1839. Celui-ci paraît être venu de la Sologne et avoir marché en ligne droite dans la direction de Saint-Fargeau sur la Loire à Nemours, c'est-à-dire du S.-O. au N.-E., et il est remarquable que, dans la même soirée du 10 octobre, un violent orage avait aussi éclaté dans le département de la Charente, qui se trouve à peu près sur le prolongement de cette direction. De même, en sens opposé, Dutrochet remarquait que l'orage du 10 octobre s'était fait sentir depuis Laon jusqu'à la petite ville de Neuilly-Saint-Front (Aisne). En prolongeant au S.-O. la ligne qui rejoint Laon et Neuilly-Saint-Front, on rencontre justement Angoulême, chef-lieu de la Charente. Cette ligne prolongée coupe la Loire au-dessus de Saint-Fargeau et laisse un peu à droite la bande grêlée de Saint-Fargeau à Nemours, et un peu à droite le village de Milly (Seineet-Oise) où l'on a su depuis qu'il avait grêlé dans la même soirée du 10 octobre. Plus tard, d'ailleurs, de Royes écrivait à l'Académie des sciences que l'orage ne s'était point arrêté à Nemours, mais qu'il avait continué à marcher dans la même direction; que Fromonville, Grès, Episy, Montigny, Ecuelles et Morel avaient eu beaucoup à souftrir de la grêle. Cet orage aurait donc traversé le territoire sur une étendue de plus de 125 lieues : la bande de grêle n'eut que 3 à 4 kilomètres de largeur, mais à droite et à gauche, sur plus de 1 myriamètre, on éprouva une pluie très-abondante, mêlée de quelques grêlons très-forts. Ces désastres s'accomplissaient de 9 heures du soir à minuit. A Boiscommun et à Beaune, non loin de
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Cliateauneuf, le gibier fut tué dans la campagne, les tuiles des églises furent brisées ; on ramassa des grêlons pesant cinq quarts de livre (?). A Beaumont, en Gâtinais, beaucoup de vitres et de tuiles furent cassées. A Nemours, de même; plusieurs moutons sont morts des suites des contusions que la grêle leur avait faites.
Nous sommes entré dans ces détails parce que les orages n'agissent pas seulement d'une manière directe sur la santé publique. C'est peu de chose que l'influence, sur le système nerveux des gens susceptibles, de l'état électrique de l'air qui précède ou accompagne les orages, que le malaise résultant de la chaleur et de la dépression barométrique qui les fait présager. Il n'y a pas là de quoi modifier sérieusement la modalité physiologique ou pathologique d'une région. Mais les désastres agricoles qu'ils accomplissent en un clin d'œil sont chose grave et à longue portée. Nous vivons des produits de la terie et de ceux de l'industrie ; les oscillations de la vitalité générale dépendent assurément des catastrophes qui viennent troubler ou annéantir le rendement du travail humain et de la fécondité du sol.
De plus, il y a les morts d'hommes par coups de foudre. Boudin a calculé que dans la période de 1855 à 1864, le chiffre des personnes tuées par fulguration s'élève à 2 311 pour les 86 anciens départements, ce qui équivaut à 77 décès annuels de cette cau.'e. Le feu du ciel, toutefois, ne frappe pas d'une manière égale tous les départements; les plus maltraités ont été : la Lozère, les Basses- Alpes et un dépaitement nouveau, non compris dans la statistique de Boudin, la Haute-Savoie (Sonrier). Les plus épargnés sont : la Manche, l'Orne, l'Eure, la Seine et le Calvados. La propoi tion des individus tués a été 55 fois plus élevée dans la Lozère que dans la Manche. En général, on remarque que c'est sur les montagnards que s'abat de préférence le Uuide meurtrier; cependant, il y a des exceptions, puisque le Jura, les Vosges, les Pyrénées, l'Auvergne, la Loire, ne sont nas parmi les régions le plus sévèrement frappées.
A côté des orages et de la foudre, se placent à bon droit les trombes, dont l'origine, on l'a vu, est de même nature essentielle. La France ne connaît, en somme, les grandes convulsions de la nature que sous une forme atténuée et à un faible degré de fréquence; néanmoins, elle est quelquefois aux prises avec des météores qui, pour n'être qu'une réduction, rappellent encore trop exactement les épouvantables cyclones, les typhons, les toi'nades des pays intertropicaux. Des trombes s'abattent de temps à autre sur une portion de notre pays. Ch. Martins, en 1 847, en comptait près de quarante depuis la fin du XVIP siècle. Marié Davy rappelle entre autres la trombe de Chatenay, en juin 1859, par laquelle des arbres furent arrachés, fendus en lattes, qui abattit un mur et le divisa en cinq fragments que l'on retrouva jetés alternativement d'un côté et de l'autre ''Peltier, Traité des trombes, 1840). Une trombe effroyable passa sur Malaunay et Monvil t, le 19 août 1845, présagée par une chaleur accablante et une chute du baromètre de 0",760 à 0'",705. Elleé'ait large de 50 à 40 mètres par endroits, ailleurs de 500 mètres. Elle se forma «ur la Seine, au pied des hautes falaises de Canteleu, s'élança dans la vallée de la Maromme, marcha en zig-zag vers Dieppe, broya des arbres, renversa trois filatures où furent ensevelis des centaines d'ouvriers, se bifurqua et se perdit dans l'espace en emportant des planches, des ardoises, qui retombèrent près de Dieppe, à 25 kilomètres plus loin.
Boudin extrait de la relation, publiée par M. Gaume dans un des grands jour-
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naux de Paris, septembre 1855, l'observation d'une trombe qui passa, le mardi 10 juillet 1855, vers deux lieures et demie du soir, dans le département du Doubs. Le météore parut être un nuage épais de 4 lieues d'étendue, qui s'abaissa jusqu'à 2 mètres du niveau du sol, courant du sud au nord. En un clin d'oeil, il ravagea sur les seules communes de Fuans et de Grande-Fontaine 80 hectares de forêt, hacha les récoltes, cassa des milHers de vitres par la grêle dans six communes, emporta les toits, renversa cinq maisons, sous l'une desquelles une femme fut tuée. Plus de 45,000 pieds d'arbres furent déracinés ou brisés; leurs débris, tournoyant dans les airs, s'abattirent par milliers sur toute la campagne, quelques-uns à plus de 4 kilomètres de distance. On entendait un bruit sourd semblable à celui d'un tonnerre étouffé. Au village de Mont-de-Laval, on vit un globe de feu entrer par une croisée qu'il perça d'un trou rond, de 15 centimètres de circonférence.
Nombre moyen annuel de jours de tonnerre.
Mulhouse 26 Rouen 15 Marseille 11,1
Aancy 20 Denainvillers 21 Arles 11,0
Metz 17,7 Bourges 15,5 Viviers 14,7
Paris 15,6 Poitiers 20 Strasl)ourg 17
Abbeville 23 Toulouse 16,2
. A Paris : minimum 6; maximum 25. Par mois :
Janvier. .
. . 0,1 jour.
Mai. . . .
. 2,7 jours.
Septembre . . .
. . 1,5 jours
Février . .
Juin . . .
Octobre . . . ,
Mars . . .
Juillet . .
Novembre . . ,
Avril . . .
Aoùl . . .
Décembre . . .
ha. grêle est probablement aussi d'origine électrique {Voy. Faye : loc. cit.). Elle n'est, du reste, que trop commune en France.
Sur i 000 fois, selon Ch. Martins, la grêle tombe 328 fois en hiver, 595 fois au printemps, 70 fois en été et 207 fois en automne. Les grêles de printemps et d'été sont les plus dangereuses, on le conçoit sans peine. On a vu des grêlons de la grosseur du poing au Perche, en 1705 (Parent); de 8 centimètres de diamètre à Toul, le 11 juillet 1755 (Montignot et Tressan); de 130 grammes et de 153 grammes, le 21 mai 1828 (d'Hombres-Firmas). Le 3 août 1812, d'après Quénot [Statistique delà Charente), la i^rêle causa d'immenses ravages à Angoulême et aux environs ; c'était à la veille des récoltes.
La grêle est commune à Clermont, Blanzat, Chateaugué, Sayat; rare dans la montagne entre le Puy-de-Dôme et le Mont-Dore.
Les récits d'orages analysés plus haut compléteront ces données.
État ozonique. Les observations ozonoscopiques sont peu généralisées en France et n'ont pas donné de résultats généraux. Nous ne disposons guère que de ceux de l'Observatoire de Montsouris.
L'ozonoscopie se pratique à Montsouris à l'aide du papier de Schœnbein qui décèle un agent dérivé de l'ozone, si non l'ozone lui-même. Marié Davy a constaté que toute bourrasque dont le centre passe dans le nord du lieu d'observation y impressionne fortement les papiers ozonoscopiques, et que toute bourrasque dont le centre passe dans le sud du lieu y est au contraire à peu près sans action sur ces papiers. « Il en résulte que les signes ozonoscopiques sont à leur maximum sur la moitié antérieure et méridionale du disque tournant d'une bourrasque et à leur minimum sur la moitié opposée. Or c'est précisément dans la première