‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.40Chapitre 67 sur 75 · FEMME · texte numérisé non relu

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FRANGE {\sTHROPOLOGiE). 5«5

volumineux avec protubérance occipitale externe nulle ou minime ; sutures crâniennes sinueuses, denticulées, présentant parfois plusieurs os wormiens au niveau du lambda; capacité crânienne considérable pouvant atteindre 1590 ce. — Face volumineuse, dépression fionto-nasale fortement accusée, os propres du nez longs, étroits et saillants; espace inter-orbitaire peu large, orbites d'une largeur parfois énorme, formant un rectangle de dedans en dehors, et un peu de haut en bas et d'avant en arrière, l'indice orbitaire ou rapport de la hauteur 0,027'"'" ou 0,028'"'" à la largeur 0,0i5"""ou 0,044""" étant d'environ 61 p. 100; diamètre bizygomatique considérable de 0,145'" diamètre bimalaire de 0,112; quoique la face soit orthognatlie dans sa partie supérieure, parfois prognathisme alveolo sous-nasal ; voûte palatine peu profonde, plus large postérieurement qu'au niveau de la première molaire, présentant une saillie médiane notable; maxillaire inférieur, large et volumineux, présentant une branche montante parfois extrêmement large; saillie mentonnière parfois considérable, apophyses géni bien développées ; quelquefois dents canines très-aplaties latéralement, exceptionnellement à racine bifide, l'alvéole se dédoublant comme dans la mâchoire de Smeermaass, — Stature très-élevée en rapport avec les grandes proportions des os des membres inférieurs; fémurs longs, épais et larges, assez courbes dans le sens antéro-postérieur, avec une ligne âpre d'une largeur et d'une épaisseur insolites en rapport avec un grand développement musculaire, ligne âpre saillante qui a fait donner à ces fémurs la dénomination de fémurs à colonne ou mieux à pilastre ; tibia présentant un aplatissement bilatéral extraordinaire, la diaphyse très-épaisse d'avant en arrière, étant très-mince de dedans en dehors, conformation connue sous la dénomination de platycnémie Ulcc^zïoc ■/.■jfi^n, plate jambe) péroné offrant une grande profon-

'tXl

\g. 6. — Face externe d'un libia aplati de la race de Cro-Magnon. (Broca : Assoc.

pourl'aianc. des sciences.

Bordeaux, 187:2, p. Ii33.)

Kig. 7. — (Joupc transversale du tibia au niveau du tracé nourricier 1° Coupe d'un libia ordinaire. — 2° Coupe d'un tibia aplati latora- Irraent ou plalytnémique de la race de Cro-Magnon. (liroca: Bull, de la Soc, d'anthr., 2- sér.. t. 111, p, 567, 1868.)

deur des gouttières longitudinales et une grande saillie de la crête d'insertion du

ligament inter-osseux.

MM. de Qnatrefages et Hamy ont décrit cette race comme la deuxième race humaine fossile, et lui ont laissé le nom de race de Cro Magnon (Cran. ethn. (h. ni, p. i4-9b) du nom de la caverne d'où ont été extraits les ossements du vieillard "énéralemeiit considéré comme offrant le mieux les caractères de la

584 FRANCE (anthropologie).

race. Au lieu de préseuter comme la race de Néanderthal un crâne dolicliocéphal à ovale allongé, la race de Cro-Magnon, ainsi que l'ont fait remarquer ces anlhropologistes offre un crâne au contour plus ou moins pentagonal. Cette race a donc pu être appelée race Dollchopentagonale. Par sa dolicliocephalie, par la belle conformation de son front, de son vertex. large et fortement courbé, cette race paraîtrait également pouvoir être désignée et distinguée de la race précédemment décrite par la dénomination de race dolicliocyrtocéphale {Soh/^ii y.\jpT/i y.£ya>rj, longue, courbe, tête).

Sans prétendre nullement délimiter l'aire géographique occupée anciennement par cette race, avec M.Hamy (Cong. int. d'anthr. Bruxelles 1872, p. 554), on peut faire remarquer qu'elle semble s'être répandue sur une grande partie de la France, de la Belgique actuelle, voir même du nord-ouest de l'Allemagne, de la Westphalie, ou, selon M. Virchow, on aurait trouvé un crâne de cette race dans le lelim de Roxel (Arch. fur Anthr., t. VI : Rev. d'anthr., t. Il, p. 732). Depuis la région située au nord-est du Rhin, cette race, dans les temps paléontologiques, paraît avoir habité le bassin de la Meuse où furent trouvés les crânes d'Engis, d'Engihoul; la région septentrionale de notre pays où plusieurs crânes furent recueillis par MM. Bouchard-Ghantereau et Alphonse Lefebvre à 8 mètres et plus de profondeur lors des fouilles du bassin à flot de Boulogne-sur-Mer (de Quatrefages et Hamy, Cran. Ethn., p. 90); le bassin de la Seine ou furent trouvés ceux de Grenelle, dont selon M. Broca {Bull, de la Soc. d'anthr., 2'^ sér., t. III, p, 374), contrairement à MM. de Quatrefages et Hamy, devrait être rapproché celui de Glichy ; le bassin de la Saône, où ces anthropologistes ont reconnu chez quelques-uns seulement des ossements humains retirés par M. Ducrost des couches profondes de la station de Solutré dans le département de Saôiie-et- Loire, la conformation céphalique, la vaste cepacité crânienne, la disposition des fémurs à colonne, des tibias platycnémiques et des péronés cannelés propres à cette race {Bull. Soc. d'anthr., 2'' série, t. VIII, p. 819-856 et 842-850); dans le Périgord, sur les bords de la Vezère d'où proviennent les ossements du Laugerie et de Cro-Magnon ; sur les bords de l'Aveyron d'où viennent ceux de Lafaye; et sur la côte méditéranéenne où a été l'ecueilli, par M. Piivière, le squelette des grottes de Baoussé-Roussé près de Menton.

Parmi les ossements de cette race, de temps moins reculés, peuvent être indiqués le crâne, de l'époque néolithique, de Nieder Ingolheim, sur les bords du Rhin, étudié par MM. de Schaaffhausen et Pruner-Bey {Bull. Soc. d'anthr.. t. VI, p. 51, 1868), les ossements du dolmen des vignettes à Léry dans le département de l'Eure, de Sainte-Suzanne dans le département de la Sarthe, et dr quelques autres monuments mégalithiques des environs de Paris, recueillis par MM. Pichon, Perrot et autres explorateurs (Hamy, Cong. int. d'anthr. de Stockholm, p. 256, 312, 1874. — Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. IX, p. l06. — Perrot et Broca, Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. III, p. 004 et 642).

A cette race on rapporterait également le crâne extrait par M. Kerviller do la vase de la Basse Loire à 7 mètres au-dessous des terrains actuels {Bidl. Soc. d'anthr., 2« sér., t. X. p. 611, 1875. — Assoc. pour l'avancement des science.^, Nantes, p. 887, 1875); les ossements retirés par M. Chouquet, des gisements néolithiques de Moret, dans le département de Seine et Marne (Chouquet. Broca, Bull. Soc. d'anthr., 2' sér., t. XI, p. 276, 286, 1876); quelques-uns seulement des ossements, également néolithiques, recueillis par M. J. de Bayes, dans les grottes de Courjonnet et Coizard dans le département de la Marne, et

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étudiés pav M. Broca (J, de Bayes, Grottes de la vallée du petit Morin : Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. IX, p. 225-2-45, 1874. — Broca, Crniies des grottes de Bayes :Bm//. Soc. iVanthr.,i.\, p. 28-51, 1876. — Kuhff, Rev. d'anthr., t. IV, p. 455, etc., 1875).

De ce type ethnique on rapprocherait aussi le crâne recueilli par MM. P. Gervais et Chantre, dans la caverne sépulcrale néolithique de Bethenas, près de Lyon (Chantre, Et. paléo-ethnol. dans le nord du Dauphiné et les environs de Lyon. Lyon, 1867, m-¥, avec 14 pi. — Hamy, Bull. Soc. d\mlhr., 'i" sér., t. 111., p. 265, etc.); les ossements du dolmen de Saillant, le Palet de Samson, près de Saint-Nectaire, fouillé par M. Pommerol (Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. XI, p. 14, 1876), voire même ceux de la caverne de l'homme mort dans le département de la Lozère. L'un des crânes de l'âge de fer déterrés avec des tibias platycnémiques, à Chassemy, dans le département de l'Aisne, appartiendrait également m cette race de Cro-Magnon (Calland, Broca, Piètle, Pruner-Bcy, de Quatrefages et Hamy, Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. IV, p. 444 et 457, t. IX, p. 264).

Enfm cette race paraîtrait s'être perpétuée jusqu'à nos jours, tout en n'ayant plus que de rares représentants. M. de Quatrefages a retrouvé ce type exact, chez une femme du département des Landes. [Cong. int. anihr. arch. préhist. Bruxelles, 1872, p. 585. — Cran. Ethn., p. 94). M. Prunières, résidant dans le département de la Lozère, a pu reconnaître les caractères anthropologiques des ossements de la caverne de l'homme mort située près de Saint-Pierre les Tripiés, non-seulement sur ceux recueillis sous les dolmens des Causses, mais aussi chez certains habitants actuels de ces plateaux, se faisant remarquer par leur dolichocéphalic, leurs péronés cannelés, leurs cheveux de couleur foncée et leurs yeux noirs (Associât, pour Vavanc. des sciences. Lyon, p. 699, en 1875 et Lille, p. 507 en 1874, et Bull. Soc. d'anthr. ,2'' série, t. I, pi. 428, etc., 1871). Et, tout récemment, M. Verneau observait à Paris, deux crânes du type de Cro-Magnon, l'un d'une époque postérieure au quinzième siècle, l'autie provenant de l'amphithéâtre des hôpitaux {But. Soc. d'anthr., 2« sér., t. XI, p. 408 etc., 1876).

Cette race de Cro-Magnon, comme celle de Néanderthal, par sa persistance jusqu'à nos jours, vient donc encore confirmer l'opinion qu'exprime par M. Hamy : « Aucune des races humaines fossiles n'a disparu, on peut les reconnaître encore toutes au milieu des populations postérieures avec lesquelles elles se sont mélangées n (Congr. int. d'anthr. et d'arch. préh.., Stockholm),

Cette race dolichocéphale que l'on a vu habiter depuis les pays situés à l'est du Bas-Bhin jusqu'aux Pyrénées et au littoral méditerranéen, semblerait avoir eu une aire géographique beaucoup plus étendue encore. En effet, à ce type de Cro-Magnon, on croit, avec M. Broca, pouvoir rattacher les crânes de la caverne de l'homme mort, quoique ces ossements, tout en présentant, comme ceux de Cro-Magnon, un indice céphalique moyen de 75.22 p. 100, une capacité crânienne moyenne considérable de 1544 cent, cub., un front bien développé, des fémurs à ligne âpre saillante (Kuhff, Bev. d'anthr., t. IV, p. 442), paraissent avoir appartenu à des hommes d'une nature moins massive, d'une stature moins élevée (Broca, Bev. d'anthr., t. II, p. 1-55, 1875 et Cong. int. d'anthr. et d'arch. vrehist. Bruxelles, 1872, p. 182-198). Or, avec cet anthropologiste et M. Hamy, on reconnaît que ces derniers ossements offrent de nombreuses analogies, au point de vue de l'indice céphalique, de la capacité crânienne, de la

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verticalité de la face ou orthognatisme, (opôôg, -/vàôo;, droite mâchoire), d'une part avec les Guanches, anciens habitants des Canaries, antérieurement étudiés par MM. Sabin Berthelot, Flourens; homonymes des Guansherk habitant encore sur la côte d'Afrique, \e Djebel Ouanseres au sud du cap Tenez; d'autre part, avec certains Kabyles ou Berbères de notre Algérie, qu'en général les mensurations de M. le colonel Duhousset, deM.Gillebert d'Hercourt montrent être dolichacépbales ; avec certains Corses mesurés par 31. Broca ; enfin, avec certains Basques dolichocéphales espagnols, de Zaraus dans le Guipuscoa, de Yillaro dans la Biscaye, étudiés par MM. Broca et Velasco, et par M. Yirchow (Sabin Berthelot, les Guanches : Mém. de la Soc. ethnolog., t. I, p. 1 29-231, 1841 et t. Il, p. 77-149, 1845. — Flourens, Rapp. sur mém. de Dubreuil : Compt. rend, de VAcad. des sciences, \. lY, p. 575 etc., 17 avril J837. — Colonel Duhousset, Kabyles du Djurjura: Bull. Soc. d'anthr., 2* sér., 1. 111, p. 205, etc. — Gillebert d'Hercourt, Et. anthr. sur 76 indig. de l'Algérie : Mém. de la Soc. d'anthr., t. III, p. 1-22. — Broca, Bull. Soc. d'anthr., t. lY, p. 38-62, 2« sér.; t. IV, p. 425 et t. YII, p. 565, etc. Rev. d'anthr., t. I, p. 423. — Virchow, Cong. int. d'anthr. et d'arch. préhist. de Paris, en 1867, p. 405). Ce type, suivant MM. Broca et Cari Yogt, aurait été représenté dans nos Pyrénées, à l'époque de la pierre polie par certains crânes recueillis par M. Garrigou, dans les cavernes de Lombrives, près d'Ussat, dans le département de l'Ariége (C. Yogt, Leçon sur l'homme, p. 501-4. — Garrigou, Broca, Crânes de la caverne de Lombrives : Bull. Soc. d'anthr., t. Y., p. 924-941). Selon M. Francisco Tubino, il paraîtrait avoir constitué la plus grande partie de la populatiou de la Bélique et de la partie occidentale de la péninsule hispanique à l'époque de la pierre moyenne, mésolithique (Franc. M. Tubino, Los aborigènes Ibéricos o los Beréberes en la Péuinsula : Revista d'anthropologia, 1876, et br., p. 98, 117, etc.; — Rech. d'anthr. sociale : Rev. d anthr., t. Yf, p. 102, etc., 1877). En outre, on remarque que la conformation platycnéraique du tibia, observée chez les hommes de Cro-Magnon, se montre également, suivant MM. Letourneux et Roujou, sur certains fossiles humains des cavernes d'Algérie, et se retrouve aussi sur les ossements extraits par M. Busk, de Forbes-Quarry, près de Gibraltar, ossements, que d'ailleurs lu saillie sourcilière et l'aplatissement frontal pourraient faire rapporter à un croisement avec la race dolichoplatycéphale précédemment décrite (A. Roujou, Rech. sur les races hum. de France : Thèse p. doct. es sciences natur., p. 114, Paris, 1875. — Broca, Ossements de Gibraltar ; Bull. Soc. d'anthr., t. \, ]). 641, 1864, et 2« sér.; t. IV, p. 146-158, 1869). Peut-être même la conformatiou des « jambes quelque peu courbées en arc « remarquée par M. Tubino, chez les Basco-iNavarrais tiendrait-elle à la platycnémie et à l'incurvation antéro-postérieure des fémurs. On comprend donc parfaitement que MM. de Quatrefages, Hamy et Hovelacque aient été amenés à réunir en une seule et même race, celle de Cro-Magnon. tous ces dolichocéphales au crâne volumineux, convexe, bien conformé ; trogbdites des bords de la Yézère, Basques de Zaraiis, hommes des monuments mégalithiques de Roknia, fouillés par M. le général Faidherbe, Kabyles des Béni Menasser, du Djurjura, Canariens du Barranco Ilundo exploré par Bouglinval, des grottes de l'Aqua de Dios de las Huesas etGuayadeque explorées par M. Sabin Berthelot (de Quatrefiiges et Hamy. La race de Cro-Magnon dans l'espace et dans le temps : Bull. Soc. d'anthr., ^2' sér. t. IX, p. 260-266. — Cran. Etliii., p. 96. — Hovelacque, Associât, pourl'avanc. des sciences. Clermont-Ferrand,

FRANCE (ANTHROPOtOGIE). 58T

1876, p. 555. ext. de Rev. cVanthr., t. V, p. 738. — Faidherbc, Rech. anthr. sur les tombeaux mégalithiques de Roknia. Boue, 1868, in-8 : Bull, de V Académie d'Hippone, n" 4, p. 1-80, 1868. — Congrès intern. d'anthr. et d'archéol. de Bruxelles, 1872, p. 406, etc. — Bougliuval, Ossements des Guanches de Ténérilfe : Compt. rend, de l'Acad. des sciences, t. XXXII, p. 865, 2 juin 1851 et t. XXXIII, p. 11 et 212, 7 juillet et 18 août 1851).

On est également porté à se demander si ces diverses populations éteintes ou encore existantes, ne doivent pas être considérées comme les représentants plus ou moins mêlés d'une race dont l'histoire légendaire a gardé le souvenir. S'appuyant des belles études paléontologiques d'Ed. Lartet, sur les migrations anciennes des mammifères de l'époque actuelle {Comp. rend, de FAcad. des sciences, t. XLYI, p. 409, 1858), MM. de Quatrefages et Hamy pensent que « de quelque façon que l'on explique la présence en Europe aux temps postpliocènes de l'Eléphant d'Afrique, d'un Rhinocéros voisin de celui du Cap, de l'Hippopotame, du Lion, des Hyènes, des Antilopes, etc. il n'y a rien que de très-naturel à trouver à côté de ces espèces méridionales une race humaine ayant alors son foyer principal au sud de notre Méditerranée, mais ayant multiplié ses stations, dans presque toute l'Europe occidentale alors^^habitable ». Cette race, composée de « populations méridionales, dont les plus caractérisées, ainsi que le remarquent MM. de Quatrefages et Hamy, sont depuis longtemps réunies par les ethnologistes sous le nom d'atlantes », aurait été ainsi dénommée par Bory de Saint-Yincent, par M. N. J. Périer (de Quatrefages et Hamy, Cran. Ethn., p. 96. — Bull. Soc. d'anthr., 2" sér., t. VII, p. 493, 1872. — Bory de Saint-Vincent, L'homme, t. I, p. 174, 1827. — Périer, Races Berbères : Me'm. delà Soc. d'anthr., 2"^ sér., t. I., p. 22, 1873).

Ce nom est celui d'un peuple important, les Atlantes ou Atarantes, 'At).«vtswi, "Azloivrzç, 'Arâpavreç, citlantce, mentionnés par de nombreux auteurs de l'antiquité entre autres Hérodote, Pomponius Mêla et Diodore de Sicile.

('Attô ê'î r«i5!ZU-âvTwv Si aÙMv Biv.a. Âwîpiwv oSoxt àlloç àlôç ts y.olu-jô; y.ai xiSup,

...îGzi 'Arâpœm;, Hérodote, I. IV, § CLXXXIV, p. 254, éd. de MuU. coll. Didot. Deinde late vacat regio, perpétua tractu inhahitabilis. Tum primos ab oriente Garamantes, post Augilas, et Trogloditas, et ultimos ad occasum Atlantes audimus (Pomponius Mêla, 1., cap. iv, p. 22 et 23, du texte et ti'ad. de Louis Baudet, voir aussi 1. I, cap. viii, p. 52-33).

'Azlocviriioi Toù; Ttapà. tov wy.savov tottou; /.«TOtxoJVTâ; (Diodore, de Sicile, 1. III,

§ 56, p. 168, voir aussi § 55, p. 167).

Ces Atlantes occupaient la région nord-ouest de l'Afrique, dominée par la chaîne de l'Atlas,- à^ dix journées des Garamantes, dont le nom est rappelé par Garama, Ghadamès, Gherma au sud, de la régence de Tripoli, à l'occident de là Tritonide, mer Saharienne que Diodore dit avoir entièrement disparu par la rupture du terrain qui la séparait de la mer, sur les bords de l'Océan, auprès des îles Hespérides (saTrÉpa, occident), au couchant d'un vaste désert entièrement inhabitable, désert considérablement accru, ainsi que le reconnaissent nos naturalistes, nos voyageurs, Bory de Saint-Vincent, M. Ch. Martins, M. V. Largeau, par le dessèchement progressif d'une plaine fertile, anciennement arrosée par de grands fleuves, comme l'Oued Igharghar dont le lit avait alors 6 kilomètres de large (Bory de Saint-Vincent, /. c, t. H, p. 172. — Gh. Martins, Rev. des Deux- Mondes, 15 février 1874, p. 792, br., p. 16. — V. Largeau, Voy. à Ghadamès : Bull, de la Soc. de géogr., p. 507, 509., novembre 1875. — etc.).

588 FRANCE (anthropologie).

Selon Platon, dont le récit semble vraisemblable à Posidonins et à Strabon (1. II, ch. III, § 6, p. 94, coll. Didot), ces Atlantes auraient antérieurement habité à l'ouest des colonnes d'Hercule, actuellement le détroit de Gibraltar, une île immense, plus grande que la Libye et l'Asie, appelée l'Atlantide; île, qui, ainsi que les nombreuses îles voisines, à la suite de tremblements de terre, (jziju.ôrj aurait été submergée par les flots de l'Océan, tout en ayant laissé après cette immersion des hauts-fonds vaseux s'opposant à la navigation dans ces parages.

Ao-taç y.EiEojv, s? rtç £Tri§aTÔv Im t«; HWolç vâitou;, (Platon, Timée, t. Il, p. 202, voir aussi Critias ou l'Atlantide, t. If, p. 251, texte et traduct. lat., Schneider. coll. Didot).

L'ancienne existence de cette île immense, dont s'occupait l'infortuné maire de Paris, Bailly, le membre de l'Académie des sciences, semble de plus en plus admissible (Bailly, Lettre sur l'Atlantide de Platon. Londres et Paris, 1779). Elle est mentionnée par de nombreux auteurs anciens, entre autres par Œlieii (De natura animalium, 1. XV, ch. II, p. 252, col!, de Didot). Théopompe, sans lui donner ce nom, après avoir dit qu'anciennement l'Europe, l'Asie et et la Libye constituaient des îles entourées par l'Océan, en parle comme d'un continent infmi situé au-delà de ce monde.

xmipo-j SinjsïTo (Théopompe, fragmenta Philippica, 1. Mil, frag. 76, p. 289 ; Histor. Grœcor.. fragmenta, coll. Didot).

De cette Atlantide, de ce vaste archipel, selon Aristote et Diodore de Sicile, il restait encore à l'époque carthaginoise une île assez étendue pour avoir des fleuves navigables Trora^aoù; nl'^zov;, et suivant Hannon, un grand lac mai'iu intérieur (Aristote, De mirabilibus auscultationibus, cap. lxxxiv, t. IV, p. 88, coll. Didot. — Diodore de Sicile, 1. V, § 19, p. 265, coll. Didot. — Hannon, Géograp. veteres scriptores graeci-minores, t. I, p. 4, texte et trad. de Conrad Gesner., 1698).

De cette Atlantide, dont la légende rappellait l'immersion, le souvenir étail conservé par les habitants de l'Archipel que Marcellus dit être composé de scpl îles dont la plus grande aurait eu mille stades ziliwv (rzxSlcrj ■zh iiiyiQoi soit environ 185 kilomètres d'étendue (Marcellus : Œthiopica. Hist. Grœc. fragmenta, t. IV, p. 413, coll. Didot, voir aussi Platon, t. III, p. 356, schol. sur Tim.

L'existence de cette Atlantide paraît vraisemblable aux naturalistes, à M. Charles Martins, à M. Hamy, et à certains archéologues s'occupant des temps préhistoriques comme M. Berthold Seeman (Sur des rochers sculptés : AnthropoL Review, t. IV, ext. dans Bul. Soc. d'anthr., 2« sér., t. H, p. 261).

« L'Espagne, la France et l'Italie étaient alors réunies à l'Afrique, par le détroit de Gibraltar, dit M. Charles Martins. La science moderne réhabilite l'Atlantide de Platon; Madère, les Canaries, les Açores représenteraient les sommets des montagnes seuls encore émergés après l'affaissement de ce continent » . {Rev. des Deux-Mondes, p. 639 et 651, l*^'' fév. 1870). Pareillement, selon M. Hamy « entre l'Espagne, l'Irlande et les États-Unis se trouvait ce continent atlantique qui fit un pont aux migrations plus ou moins lentes des plantes, des animaux, et de l'homme lui-même, à l'époque tertiaire, vers les teiTes américaines » (Précis de paléontologie humaine, p. 75. Paris, 1870). Il ne serait resté de ce continent immergé que quelques îles atlantiques, entre autres les

FRANCE (anthropologie). 589

lies Fortunées, Maz'zp&jv. comme les appelle Plutarque (Vie de Sertorius, § 8, p. 68i2, texte et trad. lat., Dœhiier, coll. Didot).

De cette Atlantide que l'histoire mentionne, que les sciences admettent, de cette Atlantide dont les Açores, Madère, les îles du cap Vert, les îles Atlantiques, Fortunées ou Canaries, ancienne demeure des Guanches, ne seraient que les débris non submergés, de ce continent occidental, où l'or très-abondant était moins estimé que le fer en Europe, 10 000000 d'hommes, parvenant à franchir l'Océan, se seraient portés vers les pays hyperboréens suivant Théopompe, c'està-dire vers le nord-ouest de l'Europe (Atx TT/sOo-avTas 72 rôv 'ûzsavov fzuptâo-t. yù.itxii; Tôjv à-vBpùT^oyj, £oj; TTvepêopÉwv â'fiy.z(TBa.i. Théopompe, fragmenta, /. c.)

D'après Platon, neuf mille ans svâ/.tç %t)it<z irr,, avant Solon, c'est-à-dire environ neuf mille six cents ans avant notre ère, à la suite de guerres avec les peuples habitant à l'Orient des colonnes d'Hercule, ainsi que le disaient les prêtres égyptiens à ce législateur grec, à la suite d'une bataille navale, mentionnée par Marc. Ter. Varro, dans laquelle le roi Atlante vainquit Phorcys, roi de Corse et de Sardaigne, ces Atlantes auraient étendu leur domination, ou, plus vraisemblablement, auraient envahi d'une part la Libye jusqu'à l'Egypte, d'autre part l'Europe jusqu'à la Tyvrhénie, actuellement la Toscane.

« Phorcys, ut dicit Varro, rex fuit Corcicœ et Sardiniœ, qui cum ab Atlante

rege, navali certamine, cum magna exercitus parte fuisset victus et obrutus »

Marcus Terentius Varro, Opéra oninia fragmenta, p. 206, d'après Serv. et Isidore, lib. XIV, éd. de Berewout Dordrecht, 1619).

... EvToç Tïj; Si AiêOïî? u.iv ^tipy^o-ii y-^XP'- T^pôç Aiyinrxov, tTiç Sk 'EypwTricî f-^XfJ«- TuppvjM; (Platon, Tiniée : /. c. p. 202. — Voir aussi : Critias, texte, p. 256).

Peut être les Druides avaient-ils conservé le souvenir de cette immigration des Atlantes dans la partie méj'idionale de notre pays, lorsqu'au nombre des éléments ethniques de notre population, ils mentionnaient, selon Timagèue et Ammicn Marcellin, des immigrants venus d'îles éloignées, ah insuUs extimis. (Ammien Marcellin, lib. XV, cap. ix).

L'identité presque complète de l'indice céphalique moyen de 75,55 chez vingt Guanches et de 75,55 chez vingt-huit Corses d'Avapezza, signalée par M. Broca, tend encore à établir certains liens ethniques entre les descendants des anciens Atlantes et certains habitants des îles méditerranéennes occidentales. {Rev. d'antlirop., t. I, p. 425 tableau. Paris 1872. — Crâne Corse : Bull. Soc. d'anthr., 20 mai 1869, t. IV, p. 425).

Tout récemment. M. Verneau, de retour des îles Canaries, est venu confirmer, devant la Société d'anthropologie, le rapprochement ethnique des Guanches et des Troglodites des Eyzies.

MM. de Quatrefages et Hamy, qui constatent que : « c'est parmi les Guanches des Canaries que s'est conservé le mieux le type de Cro-Magnon », semblent donc parfaitement fondés à admettre « la présence actuelle à l'état erratique en Europe, du type de Cro-magnon, et son existence, plus fréquente, plus franchement accusée dans le nord-ouest de l'Afrique et surtout dans les îles (de l'Océan) où il s'est trouvé plus à l'abri des métissages » (Cran. Ethn., p. 96).

D'ailleurs les relations existant entre certains peuples des îles Canaries et du nord-ouest de l'Afrique, entre quelques autres peuples de cette dernière région, et de la partie sud-ouest de l'Europe, semblent conlîrmées par diverses homonymies déjà remarquées par M. d'Avezac, par M. Sabin Berthelot (d'Avezac, lierbers, p. 607 : Encijclop. de P. Leroux et Raynaud. Paris, 1840. — Piev.

590 FRANCE (A.MUllOPnLOGIL).

critique de l'El. sur l'origiiie des Basques de Bladé, p. 17 : Ext. Je Hev. crUi'ine d'Hist. et de littér., n"' 12 el 15, 19 et 26 mars 1870. — Sabiu Berthelot, Mém. sur les Guanches : Mém. de la Soc. ethnoL, t. II, p. 109, etc., 1845. — Etlinol. canarienne : Bull. Soc. d'anthr.. 2' sér., t. IX, p. 114, 1874).

De grands rapports linguistiques et anthropologiques paraissent avoir existé entre les Guanches ou Canariens insulaires des Fortunées en particulier de Canaria et les habitants du nord-ouest de l'Afrique, où Pline d'après Suetoiiius Paulinus signale des Canarii continentaux habitant auprès de l'Atlas, région où, selon M. Sabin Berthelot, habiteraient également encore dans les montagnes au sud du cap Tenez des Guanscheris (Pline, 1. NI, cap. xxxvii et t. V, cap. i. t. I, p. 275 et 210, texte et trad. de Littré). Pareillement, en voyant Ptolémée indiquer dans la Mauritanie des Kwiôioî, Kinithies, auprès de la petite Syrte, actuellement golfe de Cabés au nord-est de la Tunisie, des 'EoTrs^travoi, des Ba/oyàrai, des Oua/.ou«Tai, des To/wrai, des 2a).«(T(7io[, l'analogie plus ou moins grande existant entre les noms de ces peuplades africaines et ceux des KuvyjiTioî ou KûvflTai, Cunetes, Cynetes mentionnés par Hérodote et Justin à l'extrême occident de l'Europe près de Tartesse en Bétique, ceux des Basques, des Vaccéens, des Tolosates des environs de Toulouse, des Salasses lalccaao'i, du Val d'Aost dans les Alpes, pourrait porter à admettre une vaste migration du Nord de l'Afrique dans ces régions du sud-ouest de l'Europe (Ptolémée, Géogr. 1. IV, cap. I, II et III, p. 251, 256, 260, texte et trad. lat. de Wilberg. — Hérodote, ]. H, cap. XXXIII, p. 83 et 1. IV, § 49, p. 198, texte et trad. lat. de G. 3Iuller, coU. Didot.) — Justin, 1. LXIV, p. 552, coll. Nisard).

Quelques documents égyptiens, selon M. Chabas, sembleraient autoriser à regarder les Schardana, Sardanes, habitants de la mer Sardonienne, iao§ô-jio-j néloLyoi, ainsi que l'appelle Apollonius de Bhode (Argonautique, I. IV, v. 653, p. 90, coll. Didot) comme étant de race libyque (Chabas, Et. sur l'antiquité histor. d'après les sources égyptiennes : ext. de la Rev. d'anthrop., t. IH, p. 502).

Vraisemblement ces Schardana, anciens insulaires de la Sardaigne, avaient de grands rapports ethniques avec les Sardones qui habitaient nos Pyrénées orientales.

Enfin actuellement beaucoup d'Africains, en particulier ceux de l'Oasis du Suf, selon M. Ch. Martin, différeraient peu des certains habitants de la Provence et du Languedoc {Rev. d'anthr., t. IV, p. 513).

Ainsi que j'en ai fait ailleurs la remarque, cette invasion des Atlantes insulaires en Europe semblerait se rapporter assez bien à la répartition géographique des Ibères de l'Espagne que Bory de Saint-Vincent et d'Arbois de Jubaiiiville rattachent à la race Atlantique, et font venir de l'Afrique occidentale avant la formation du détroit de Gadès, actuellement détroit de Gibraltar, ainsi qu'à la répartition géographique des Ligures de notre littoral méditerranéen et du nord-ouest de l'Italie, que Roget, baron de Belloguet regarde comme étant aussi d'origine africaine (Lagneau, Dict. encycl. des se. méd., art. Basques, p. 409; et art. Celtes, ^p. 748. — Bidl. Soc. d'anthr., 2^ sér.,t. H, p. 146, etc. — Bory de Saint-Vincent, L'homme, 2^ éd. 2 vol. in-S", t. I, p. 174 et suiv. Paris, 1827. — Roget de Belloguet, Ethnogénie gauloise, p. 110, n» 9. Paris 1861. — D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, ch. n et m, p. 11, 17, etc., 1877).

Cette remarque militerait donc en faveur de l'Ethnogénie atlantique des

FRANCE (ANïHKiiPdhiiG ie). 591

Ibères et des Ligures. Toulefois il laut aussi observer que ces Atlantes, dont la migration se serait étendue à la fois dans le nord de TAlrique, région actuellement occupée par les Berbèies;, et dans le sud-ouest de l'Europe habité par certains Ba?ques dolichocéphales, et autres peuplades anciennes également dolichocéphales, paraîtraient eux-mêmes avoir été dolichocéphales, puisque les Guanches des Canaries, leurs descendants vraisemblablement les moins mêlés, seraient dolichocéphales comme ces Berbères, comme ces Basques, comme ces anciens habitants des bords de la Vézère, des montagnes de la Lozère, des grottes de Baoussé Boussé, etc., tandis que les Ligures, ainsi qu'on le verra «lans la suite, paraissent avoir eu la tête plus ou moins courte, avoir été Brachjcéphales.

En terminant l'exposé ethnologique de celte race atlantique, il est bon encore de faire remarquer que selon W. de Huraboldt, MM. Pruner Bey, Yinson, Whitney, d'Arbois de Jubainville, et quelques autres linguistes, l'Euskuara parlée encore par les Basques, langue holophrastique ou polysynlhélique, agglulinative, entièrement différente de nos autres langues d'Europe, aurait quelques analogies avec certaines langues de peuples d'Amérique situés à l'Occident de l'ancienne Atlantide abimée sous les flots de l'Océan (Pruner Bey, Langue Euskuara : Bull. Soc. (Vanthr., 2« sér., t. 11, p. 59-71, 1867.— Yinson, Elhnogr. des Basques, ext. dans la Beu. d'anthrop., t. III, p. 704, 1874. — Whitney, La vie du langage, p. 213, 1875. — D'Arbois de Jubainville, /. c, p. 16).

Ce rapprochement linquistique semblerait être corroboré par certaines données ostéologiques, M. Pruner-Bey regardant les crânes Basques comme ayant de grands rapports avec certains crânes d'Amérique, en particulier du Mexique, et M. Wyman retrouvant sur les squelettes des Mounds de la Floride et d'autres légions de l'Amérique septentrionale la platycnémie, les tibias en lame de sabre observés dans la race atlantique ou de Cro Magnon (Pruner-Bey, Wyman, Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. II, p. 28, 156, 1867, et t. V, p. 14, etc., 1869).

D'autre part, selon MM. Chaho, d'Abbadie, de Charancey, Michel, Alf. Maury, contrairement à l'opinion de MM. Pruner-Bey, Bladé, du général Faidherbe, la langue Euskuara aurait également quelques autres analogies avec les langues Kabyles de la Berberie, voire même avec la langue Cophte de l'Egypte, jusqu'où, selon Platon, se seraient avancés les Atlantes (Chaho, Ilist. primit. des Euskariens, p. xxii, etc., 1847; et Dict. basque-français-espagnol et latin, inirod. p. 34 et c. in-fol. Bayonne, 1856. — D'Abbadie, Bull. Soc. d'anthrop, 2" sér., t. VU, p. 565 et t. YIll, p. 665. — De Charancey, La langue basque, p. 145. Mortagiie, 1866. — Michel, Pruner-Bey, Sur la parenté des Egyptiens, des Berbères et des Basques : Bull. Soc. d'anthrop., t, IV, p. 365, 567, 16 juillet 1865. — A. F. Bladé, Et. sur l'origine des Basques, ch. m, p, 566 et 487, 1869. — Faidherbe, Bull. Soc. d'anthr., 2-^ sér., t. Ylll, p. 606, 1875. — Alf. Maury, La terre et l'homme, p. 455-456, 2^ éd., 1861).

Suivant M. le colonel Seroka, M. Victor Harambure, ancien procureur impérial à Constantine, et M. A. Granier de Cassagnac, certains africains d'une grande tribu demeurant au pied de l'Aures, près de Lambessa, non loin de Batna, celle des Chaouïa, parleraient mal l'arabe, et pourraient se faire comprendre et être compris par les Basques venant exploiter les forêts de cette région (A. Granier de Cassagfiac. Hist. des origines de la langue française, p. 207. Paris, 1872).

Après avoir insisté sur les relations historiques et anthropologiques paraissant exister entre les anciens Canariens, les Berbères, et certaines peuplades du sud-

1)92 FRANCE (anthropologie).

ouest de l'Europe, sans prétendre établir entre eux des relations linguistiques contestées, il est toutefois bon de remarquer que les linguistes semblent établir entre les peuplades de race atlantique et les peufiles d'autres races une distinction complète. M, Renan s'exprime ainsi : « La lamille linguistique Beibère (.'st donc jusqu'à nouvel ordre purement africaine ou plutôt atlantique et sahalienne. A côté des deux groupes linguistiques et bistoriques déjà si bien dessinés, groupe indo-européen, groupe sémitique, est venu de la sorte se placer un troisième gioupe dont les caractères ne sont pas moins tranchés » (Explorât, scient, de l'Algérie : Rev des Deux-Mondes, \^^ septembre 1873, p. 139).

RAGE IBÉRE ET RAGS LIGURE. Ihéres, iberi, "le/ipsi;; Sdures, Silures, :ît).upcç ; Aquitains, Aquitam, 'AzouiTavoi; Sicanes Sicani, lu-a-joi; Vascons, Basques Brachycéphales, Yascoxes, Ouaa/.wv£;, Euskaldunacs; — Ligures, Ligures, Ar/vsç Aiyvpîi;.

La plupart des Ethnographes et Anthropologistes, particulièrement Amédée Thierry, MM. Pruner-Bey, de Quatrefages, regardent les Ibèies, les Ligures et les Basques brachycéphales, comme étant de même race (Amédée Thierry, Uist. des Gaulois, introd., t. 1, p. 15-25 etc., id. 1862. — Pruner-Bey, Bull. Soc.d'anthr., t. 11, p. 650, 1861, t. IV, p. 33-36, 1865, t. VI, p. 458, etc.

— De Quatrefages, Souvenirs d'un naturaliste : Rev. des Deux-Mondes, 1850, p. 1060 etc., ou t. I, p. 255, 1854).

Contrairement plusieurs savants, entre autres Fréret, M. le baron de Belloguet, M. le professeur Broca, M. d'Arbois de Jubainville, M. Alfred Maury, et M. Maximin Deloche, croient devoir différencier les Ligures des Ibères sous le rapport ethnologique (Roget de Belloguet, Etlinog. gauloise, p. 503, 310, etc. Paris, 1861.

— Broca, Rev. d'anthrop., t. II, p. 597 etc.; Assoc. pour l'avanc. des Sciences, session de Lille, 1874, p. 549; et Bull. Soc. d'anthrop., 2^ sér., t. IX, p. 713, 1874. —Fréret, Œuvres complètes, t.. IV, p. 201, etc., 1799. — D'Arbois de Jubainville, Les Liguses : Rev. d'archéol., oct. 1875, p. 517. — Alf. Maury, Les Ligures : Compt. rend, de VAcad. des inscripl., ¥ sér., t. V, p. 210, etc., 1877. — Maximin Deloche, Acad. des inscript., 15 février 1878.)

Sans prétendre en rien préjuger d'une manière définitive de la communauté ou de la diversité ethnique de ces différents peuples, Ibères, Aquitains, Basques, Ligures, il ne peut qu'être avantageux de les étudier simultanément alin de mettre en évidence leurs difiérences et leurs aualogies.

Mais la plupart des auteurs s'accordant à regarder un ou plusieurs de ces peuples comme étant Brachycéphales, comme ayant la tête courte, arrondie, poa.yj.la y.ôfalh, courte tête), tout d'abord il importe de revenir sur la question si discutée de l'ancienneté relative des Brachycéphales, puis après avoir iudiqué les principales pièces ostéologiques paraissant se rapporter à ces Brachycéphales anciens de notre Europe occidentale quelles que soient leurs races, il sera utile que l'étude des documents historiques relatifs à ces différents anciens peuples Ibères, Ligures, Aquitains, fasse connaître leur répartition géographique et quelques-uns de leurs caractères ethniques, et permette de déterminer, quelles sont, parmi nos populations actuellement existantes, celles qui peuvent être considérées comme descendant plus ou moins directement de ces peuples.

Dans la question de l'ancienneté des Brachycéphales, question qu'on a vu ne pouvoir être rés')lue que par la paléontologie humaine, la linguistique a eu une

FRANCE (anthropologie). 095

part, qui ponr être indirecte n'en a pas moins été incontestable. En effet;, les linguistes ayant reconnu des différences primordiales entre certaines langues, comme le lapon, le basque d'une part, et les langues indo-européennes ou aryennes, d'origine asiatique, constituant la plupart de nos langues occidentales, d'autre pari, avaient été amenés à considérer les premières comme étant parlées par les descendants des plus anciens habitants de notre occident, de ces peuples primitifs que M. Prichard et d'autres ethnologistes désignaient sons les dénominations d'Aborigènes ou d'Allophyles («>>ov '^vko-i», autre race), pour les distinguer des indo-européens qui dans leurs immigrations successives d'Asie en Europe les auraient refoulés soit vers les régions glacées du nord, soit vers l'extrémité sud-ouest de notre Europe, soit sur les sonamets peu accessibles de quelques chaînes de montagnes (Prichard, P»esearches into tlie Physical History of Mankind, t. [II, p. 8, § 4. London, in-8, 1841. — Hist. naturelle de l'homme, trad. de Roulin, t. l, p. 340 etsuiv. Paris 1845). En outre Wilhelm de Humboldt, en venant par ses recherches toponymiques montrer les rapports linguistiques existant entre les anciens Ibères et les Basques actuels, avait aussi désigné tout spécinlement ces dernieis comme les représentants les plus purs des Ibères dont ils auraient conservé la langue (Wilhelm von Humboldt, Prùfung der Untersuchungen Ubcr die Urbewohner Hispaniens vcrmiltelst der vaskichen Sprache. Berlin, 1821 ; et Recli. sur les habitants de rEs})agne, trad. de A. Marrast. Paris, 1806). Aussi lorsque Anders Ûlof Retzins, le père, qui avait eu de fréquentes occasions de comparer les Lapons brachycéphales avec les Suédois dolichocéphales, pût se procurer deux crânes de Basques, et reconnaître qu'ils étaient également brachycéphales, qu'ils avaient un indice moyen de 89,57 pour 100, la plupait des Anthropologistes furent disposés à admettre la brachycéphalie des races aborigènes ou allophyles dont les Lapons et les Basques étaient regardés comme les descendants (And. Retzius, Oui formen af Nordbœrnes Cranier. Stockholm, in-S", 1845. — Sur les formes du crâne des habitants du Nord, trad. Annales des Sciences naturelles, S*" sér. t. YI, p. 183 et suiv., 1840. — Blick pa etnologiens narvaran de Standpuukt. Christiana 1857, in-^o — Bemerkungen uber die Schàdelform der Iberier : Archiv. fur Anat. Physiol. von Mûller, p. 499 et suiv., 18i7. — État actuel de l'ethnologie au point de vue du crâne, osseux, Biblioth. univ. : Rev. suisse et étrang., lxv" année, nouv. sér,, l. Yll, xi" 20, 20 fév. 1800, p. 155, et trad. de Qaparède. — Voir aussi : de Quatrefages et Ilamy, Cran. Ethn., p. 99, note G).

M. de Baër en constatant la brachycéphalie de quelques montagnards des Alpes rhé tiques, considéi ées comme le refuge des aborigènes chassés des plaines par les immigrants indo-européens vint également corroborer cette opinion de l'antériorité des Brachycéphales allophyles sur les Dolichocéphales dits aryens ou indo-européens, antériorité que, d'ailleurs ne semblaient pas contredire quelques faits de paléontologie humaine recueillis en Suède, en Danemarck et en quelques antres pays (K. E. de Baër, Ueber den Schàdelbau der Rhâtischen Romanen : Mém. de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg ; et Sur la forme du crâne des Romans rhétiques, rapport de Dareste : Bull. Soc. d'anthr., 1. 1, p. 80, 1" déc. 1859).

En France, l'un des derniers et des plus convaincus défenseurs de l'antériorité des Brachycéphales fut M. Pruner-Bey (Congr. int. d\ircli. et d'anth. Paris 1807, p. 545, etc. — Bull. Soc. d'anthr., t. II, p. 050, t. V, p. 405, et ailleurs.)

DICT. ENC. 4"= s.. IV. oS

594 FRANGE (anthropologie).

Cependant contrairement à l'opinion de ces anthropologistes, de Retzius, de MM. de Baër, Prune-Bey, la présence de brachycéphales dans notre Europe occidentale, jusqu'à présent, semble ne pas remonter aussi loin dans les temps paléontologiques ou préhistoriques , que celle des dolichocéphales précédemment décrits. M. Broca, le premier, l'a démontré pour la France. Depuis, M. Thurnam en Angleterre, Van Diiben en Suède l'ont également reconnu pour leurs pays respectifs (Broca, Congr. intern. d'cmthr. et (Varchéol. préhist.de Paris, 1867, p. 567 et 402. — Bull. Soc. d'anthr., t. IV, p. 304, 1863, etc. —John Thurnam, Sur les deux principales formes des anciens crânes bretons et gaulois : Bull. Soc. d'anthr., t. V, p. 395-405 ; voir aussi p. 325 et t. VI, p. 124, 1865. — Van Dûben, Sur les crânes de l'âge de pierre en Suède : Bull. Soc. d'anthr., t. VI, p. 168, 1865).

La démonstration stratigraphique de cette antériorité des dolichocéphales sur les brachycéphales aurait été fournie d'une manière assez complète par les sondages pratiqués par M. Martin dans les carrières Elie et Coulon à Grenelle ; les graviers de fond renfermant des fragments osseux caractéristiques de la race de Néanderthal; les moyens niveaux renfermant des ossements humains comparables à ceux de la race de Cro-Magnon ; enfin les couches supérieures renfermant des brachycéphales quaternaires contemporains du renne (llamy. Des crânes des dépôts quaternaires de Grenelle : Congr. int. d'anthr. et d'archéol. de Stockholm, 1874, p. 772 ; et Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. IX, p. 822, 1874). Cependant M. Pruner-Bey croit pouvoir rapporter à un brachycéphale le célèbre fragment de mâchoire de Moulin-Quignon trouvé par M. Boucher de Grèvecœur de Perthes en même temps que des haches taillées en amande, par éclats, à 4"', 70 de profondeur dans du sable noir argilo-ferrugineux, formant la couche inférieure du terrain quaternaire ou diluvien d'Abbeville dans le département de la Somme. Mais si la plupart des géologues et des anthropologistes, excepté toutefois M. Ch. Lyell, sont d'accord relativement à l'authenticité et à l'extrême ancienneté du gisement de cette mâchoire remarquable, par la forme arrondie de son condyle, par la faible élévation de son apophyse coronoïde Irès-écartée du condyle, par l'ouverture considérable de l'angle formé par la branche ascendante et le corps de la mâchoire, par le renversement en dedans de la mâchoire présentant à sa face interne une sorte de gouttière, peut-être les anthropologistes sont-ils moins bien d'accord relativement à la brachycéphalie de l'homme de Moulin-Quignon, que MM. de Quatrefages et Hamy rapprochent du mésaticéphale de la grotte de l'âge du renne de Furfooz (^«.eo-âTt/j /sya^À, moyenne tête, tête de longueur moyenne). (Boucher de Perthes, de Quatrefages, Broca, Pruner-Bey, Giraldes, etc. : Bull. Soc. d'anthr., t. IV, p. 207, 248, 301, 311 ; t. V, p. 730, etc. — De Quatrefages et Hamy : Cran. ethn. p. 111).

En tous cas dès cette époque du renne existaient des brachycéphales dans le nord-est de notre pays et dans la région correspondant à la Belgique actuelle. Dans ce dernier pays, non loin de Furfooz, près de Dinant, M. Ed. Dupont a extrait du trou de Rosette un crâne brachycéphale, également de l'âge du renne, présentant un indice céphalique de plus de 86 pour 100, et depuis cette époque paléontologique cette race brachycéphale paraîtrait s'y être perpétuée, au moins jusqu'à l'époque de la pierre polie, puisque les deux crânes recueillis par M. Arnould dans la grotte de Sclaigneaux près de Namur, présentent, suivant M. Virchow, l'indice céphalique moyen de 84,8 p. 100. (Dupont : Sur l'homme de l'âge du renne. — Pruner-Bey, Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. II, p. 674,

FRANCE (\nthrupolugie). 595

1867 ; et Congr. lut. iVanthr. et d'archéol. préhii^t. île Paris de 1867, p. 548. — De Quatrefages et Haniy, Cran. Etlinic, p. 110. — Aniould, p. 570- 580; et Vircliow p. 568. Congr. int. il'<mtJtr. et (iarcheol. préhht. de Bruxelles, 1872).

Sans s'arrêter à diverses mâchoires, ou autres os fragmentés qu'il est fort difficile de rapporter positivement à des brachycéphales, pareillement dans le bassin de la Seine on a vu que plusieurs crânes, dont deux bracliycéphales à indice cépbalique moyen de 85,05 mesurés par MM. de Quatrefages et llamy, ont été recueillis par M. Emile Martin dans les alluvions de cette carrière Elio à Grenelle, en même temps que des ossements d'animaux émigrés (De Quatrefages, Cran. Ethn., p. 125, etc.).

Selon le calcul de M. Morlot, dont M. Pruner-Bey partage l'opinion, un crâne brachycépbale trouvé près de Villeneuve dans le canton de Vaud en Suisse, à la base du cône de la Tinière à 8^,50 de profondeur, daterait de sept mille ans. Mais cette évaluation, ainsi que le remarque M. Cari Yogt, est contestée par M. Rutinieyer, ce crâne ayant été recueilli avec des ossements d'animaux domestiques existant encore actuellement (Pruuer-Bey et C. Vogt, Brachyccpbale de l'âge de pierre de la Tinière : Bull. Soc. d'anthrop., t. IV, p. 502, 547, .579-585, — C. Vogt, Leç. sur l'homme, p. 475- i57).

L'exposé de ces principaux débris osseux de brachycéphales suffit pour qu'on puisse reconnaître que quelques-uns de ces brachycéphales existaient déjà à l'époque paléontologique des animaux émigrés, qui, comme le renne, ont abandonné nos pays pour se porter dans des régions plus septentrionales. Néanmoins ces brachycéphales avaient été précédés dans notre Europe occidentale par les laces dolichocéphales précédemment décritco, par celle de Néanderthal, par celle de Cro-Magnon dont quelques débris ont été extraits en même temps que des os (le mammouth. Donc, ainsi qu'il a été dit précédemment, jusqu'à [)résent l'antéiiorité des dolichocéphales sur les brachycéphales, défendue d'abord par M. Broca, acceptée par MxM. de (Juatrefages et Hamy semble vraisemblable. Toutefois, il est bon de remarquer qu'un crâne brachycépbale étudié par ces derniers auteurs, celui de la Truchère, à indice cépbalique de 84,52 pour 100, crâne fort remarquable par son volume considérable, sa circonférence horizontale atteignant 540 millimètres, sa capacité cubant 1 925 centimètres, son coronal presque vertical, à suture bi-frontale accompagaée d'une crête, sa face relativement petite et étroite, aurait également été trouvé par M. Legrand de Mercey dans les marnes grises à Elephas primigenius, à 4 mètres au-dessous de la berge de la Seille (De Quatrefages et Hamy, Cran. Ethn., p. 127 et suiv.).

Avant de parler plus particulièrement de quelques crânes brachycéphales anciens trouvés dans le sud-est de la France et le nord-ouest de l'Italie, régions qu'on verra dans la suite avoir été historiquement occupées par les Ligures, il est bon de faire remarquer que, parmi les débris osseux brachycéphales précédemment mentionnés comme ayant été trouvés dans des régions plus septentrionales de la France, de la Belgique, régions que d'ailleurs certains ethnographes, sans apporter grandes preuves à l'appui de leur opinion, pensent également avoir été très-anciennement occupées par des Ibères ou des Ligures, il serait possible que la plupart d'entre eux provinssent non d'Ibères et de Ligures, mais bien de Celtes également brachycéphales, qu'on verra plus tard avoir occupé ces régions plus septentrionales.

Après ce court exposé de la question si controversée de l'ancienneté relative

596 FRANCE (anthropologie).

dans notre Europe occidentale des dolichocéphales et des Lrachycéphales, desquels plusieurs anthropologisles font descendre non-seulement les Ligures, mais aussi les Ibères et les Basques, il importe de préciser quels peuples les anciens désignaient sous les noms de Ligures, d'Ibères, d'Aquitains, de Vascons.

Fig. 8. — Aires géographiques des races Ibère et Ligure.

Sur cette carte les pays occupés par les peuples de race ibère sont ombrés par des hachures horizontales; tels sont en Asie le pays des Ibères à la partie moyenne du versant sud du Caucase ; en Europe le pays des Silures dans la partie occidentale de la Grande-Bretagne .; celui des Aquitains au sud-ouest des Gaules; la plus grande partie de l'Ibérie actuellement l'Espagne ; la pluuart des îles occidentales de la Méditerranée, la Sicanieau pays des Sicanes, actuellement la Sicile.

Les pays occupés par les Ligures sont ombrés par des petites croix ; tels sont en Asie le pays des Ligures à la partie sud-ouest du Caucase; en Europe, outre celui des Loëgrwys habitant au nord-est de la Tamise, les bords de la Loire, la partie méridionale de l'Espagne, la région sud-est des Gaules et nord-ouest de l'Italie, diverses contrées habitées par des Ligures, dont une peuplade avait été transportée dans l'Italie centrale, près de Bénévent.

Les pays occupés par les Bébrykes sont ombrés par des hachures en zig-zag ; tels sont en Asie l'ancienne Bébrycie s'étendaiil de ki mer Egée au Pont-Euxin, sur les côtes occidentale et septentrionale d'Anatolie; en Europe la région voisine des Cévennes et des Pyrénées orientales habitée par les Bébrykes, dont une peuplade existait également en Espagne au sud de l'Ebre.

Ibères et Ligures d'Asie. Hésiode parle des Ligures ainsi que des Scythes mangeurs de lait de jument {ALyoç-zs Idï ixûQa.i Inn-nt^rAyovç, Hésiode apud Strabon, 1. VH, cap. m, § 7, p. 249, coll. Didot, ou fragmentum CXXXII, p. 61, coU. Didot).

Hérodote, dans l'énumération des soldats de diverses nations composant l'armée des rois de Perse, à côté des Mantiéniens, des Mariandyniens, des Syriens et dcr; Paphiagoniens, mentionne des Ligures (Aîyusç §ï xaî Ua-jzirmi, /«î

MaptavJuvoi te xaî "Zxipot tàv aÙTrjv é'p^ovTsç Tlafla.y6r7i lo-TpaTSÙovTo... Hérodote :

Histor., 1. VII, § LXXH, p. 340, texte et trad. de C. Muller, coll. Didot).

La Golcliide, région qui correspond approximativement à l'Iméréthie et à la Mingrélie actuelles paraît avoir été le pays habité par ces Ligures asiatiques.

FRANCE (anthropologie). 597

Lycopliron y désignait la ville de Kutaia, actuellement Koutais comme une ville ligustique ou ligure (Et; Kûtaïav tàv At-yuc-TUïjv... Lycophron, Cassandre, texte et trad. de F. D. Dehègue. vers 1512, p. 57, in-4°. 1855).

Ces Ligures colchidiens étaient limitrophes, du côté de l'est, avec les Ibères, 'lêfl&sç, Iheri, que Strabon, Pline, Pomponius Mêla, Flavius. Joseph, Âppien, Ptolémée, Dion Cassius, l'anonyme de Ravenne et maints autres auteurs nous montrent habitant une contre'e appelée Ibérie, Iberia. située au sud du Caucase qui la séparait des Sarmates, à l'est des Colchidiens, à l'ouest des Albanes, et au nord des Arméniens. Ces Ibères d'Asie, dont le pays était baigné par le Cyrus, KÛ/30Ç, Kôpoc, actuellement le Kour, et par ses affluents l'Alazo, l'Ibérus, etc., occupaient au sud de Portes caucasiennes, Portœ Caucasice, actuellement défilé de Dariel ou du Terek, la région qui correspond approximativement à la Géorgie actuelle. Les Moschiens, voisins de l'Ibérus, les Aménochalybes, les habitants des pays de Thasie et de Triare paraissent avoir fait partie des tribus ibdi'iennes. Msx,pt K«uxâ<7ou xoà 'iSflowv /.où 'A^ê/zvwv. Strabon, 1. II, cap. v, § 51, p. 107, texte et trad. lat. de Muller et Dubner, coll. Didot.

(( Mox Iberum, discreta ab iis (Albanis) amne Alazone, in Cyrum à Caucasiis montibus defluente. Prévalent oppida... Iberise, Ilarmastis juxta flumen Moris : regio Thasie et Triare usque ad Paryadros montes... Amenocnalybes habitant et Moschorum tractus ad Iberum amnem in Cyrum defluentem. » Pline : Ilist. nat., 1. VI, cap. XI, voir aussi cap. XII, et 1. VII, cap. XXVII.

'H 'lê-fipia TZBpiopi^srai uizh y.ïv (/.py.rov tw Èx.-cSêtpivw rf}ç lapij.xTixç pépst ânb Se §\i(TSMç KolyJ'Ji Tzapà rrjsi slpY,yévfi')) Ypay.p.rjv «ttô Sk peo-ïjt/.êptaç ^ipsi ryj; Msyâ^ïiç 'Apu.svtaj Tw «710 To-j ■jrpôç T/j Ko),;/trît ootou l'-i'X.p^ Tcipa-oç. Ptolémée, 1. V, Cap. X,

p. 551, texte et trad. de Wilberg. — Voir aussi Pomponius Mêla, De situ orbis, 1. I, cap. n,p. 605, 1. III, cap. v, p. 651, coll. Nisard, éd. Dubochet. — Flavius Josephe, Antiq. jud., 1. XVIll, cap. iv, § 4, p. 702 du t. I, texte et trad. de Dindorf, coll. Didot. — Appien, De Bello Mithrid, CXVI, p. 266, coll. Didot, CI, cm, CXVI, etc. — Dion Cassius, texte et trad. franc, de Gros, t. III, p. 128,

1. XXXVII, § I ,etc. — Anonymi Ravennatis de Geographia libri quinque, 1. II,

g 12, p. 58-59. — Plac. Porcheron, Parisiis, 1688).

Selon Appien, ces Ibères asiatiques, au premier siècle avant J.-C. étaient encore assez puissants, puisque avec leurs alliés et voisins les Albanes, ils pouvaient mettre sous les armes soixante-dix mille combattants Appien, De Bello Mithridato, cm, p. 260).

Il est bon également de remarquer que non loin de ces Ligures et de ces Ibères asiatiques se trouvaient des Bébrykes, BcSpOxs;. Mentionnées par Etienne de Bysance, Denys de Byzance, Lycophron et Tzetzès, très-anciennement ils avaient occupé, au nord de l'Asie Mineure, une région mal délimitée, mais assez vaste appelée Bébrykie, B:êpux(«, correspondant à la Troade, mais paraissant s'être étendue vers l'est jusqu'au Pont (BG6pO-.twv é'ôvvj Svo, t6 p-b irpôç tw iIovtw, Iv tyj 'A(7^a, -rbSïTTxpa. -rA- "i^YipTiv, iv ta Eypwrr/j, Etienne de Byzance : De Urbibus et populis, texte et trad. lat. de Thomas de Pinedo, p. 156).

Tflv Tsotâv norï BeSpvzgç i'y/.riTxv, Ô9sv xat Bsêpyztav avréiv •^ocXoTJmv, Tzetzès,

Scholie de Lycophron, Gottfried Muller, t. II, p. 665, n" 516. — Voir aussi Denys de Byzance, fragment 51 de VAnaphis Bospori thracii, p. 61, 62, du t. II, des Geoqrapln Gneci minores, coll. Didot. — Lycophron, Cassandre, vers 1505-1505, p. 57 et vers 1474, p. 64, texte et trad. de Dehègue).

On peut encore rappeler qu'on a vu précédemment qu'à côté des Ligures,

598 FRANCE (a.ntiiropologie).

Ar/yj;, Hérodote mentionne les Matiéniens jMaTtv;voî, avec les Mariandyniens, les Syriens et les Paphlagoniens (Hérodote, 1. Yll, § LXXII, p. 540).

Après avoir constaté la situation géographique de ces Ibères, de ces Ligures, voir même de ces Bébrykes et de ces Mantiéniens en Asie, avant de parler de leurs homonymes de l'Europe occidentale, on peut laire observer que la proximité de ces quatre peuples, d'une part en orient, d'autre part en occident peut porter à admettre entre eux certaines relations politiques sinon ethniques, et semble témoigner de leurs migrations simultanées ou successives. Toutefois on est obligé de reconnaître que les auteurs anciens émettent les opinions les plus contradictoires sur la direction de ces migrations. Appicn, à propos de la guerre des Romains contre Mithridate, remarque que les Ibères d'Asie sont considérés, soil comme les aïeux Tzpoyévo-o;, soit comme les colons «7Tot/-oyç, des Ibères d'Europe; mais qu'on les regarde aussi comme étant seulement homonymes, car leurs coutumes et leurs langues ne sont en rien semblables {"l&npa; Si -zoyç ev 'Ao-ia) çiïv Trpoyôvouç, ot § ocnoiy.oiJi viyoOvTfzi t&jv E'jpwTratwv iS^pcoV, oi oï ^o'jrj-j ôawvûfzoy;. é'9oç "yàp oùJev }y ôpiov, r, 'pMrrrrrj.. Appieu, De Bell. Mitluul., cap. cr,

En effet, d'une part Eustathe regarde les Ligures Colchidiens comme les fils de Ligures venus de l'Europe occidentale et rappelle que, selon Lycophron, Koutaia en Colchique est une ville Ligure {KrAy^Ly.oi twî: Atyuî; £îvai avrciiMi t&jv EùpwTrafwv, Eustathe : Commentaires sur Denys le Périégète, p. 251 sur le vers. 76, coll. Didot). Pareillement suivant ApoUodore et Strabon, snivant Denys le Périégète, les Ibères d'occident, voisins des Pyrénées TlupÂvr^erj, sont venus se fixer en orient au-delà du Pont et de la Colchide, au nord de l'Araxe actuellement l'Aras, sur les bords du Cyrus, maintenant le Kour, vers les

monts Moschiques (Otov 'lê-flpwv psv twv 'EGTVtûioyj Biç Tov; vTzïp tgO riôvTou y.où r/jç Ko\yjoo^ TÔTTOi»; utzijr/.iuui-jM-j, o-jç o 'AoaHïjç, w; çpv5t7i'v 'Av:ol'X6SMpoç, aTrô t'^ç 'Ap-z-Evia;

6pic,u, Kvpoç §£. uà/)vOv zai rà opr, rà. Morjyi/.à. .. Strabon, Ge'og. 1. I, cap. ni, g 21, p. 51, texte et trad. lat. de Muller et Dubner, coll. Didot. — Voir aussi Denys le Périégète, vers 697-698, p. 1.46, coll. Didot).

Selon Tacite, les Ibères, ainsi que les Albanes du Caucase, sont les descendants des Thessaliens compagnons de Jason (« Nam Iberi Albanique... Ferunt que se Thessalis ortos, quâ tempestate Jason...» Tacite, inno/es, 1. YI, cap. XXXIV, t. II, p. 204, texte et trad. de Dureau de Lamalle). Enfin Strabon parait croii'e à la provenance occidentale des Bébrykes; il semble considérer comme •des Thraces venus de la Mœsie au nord de l'Hémus les Bébrykes ayant anciennement occupé la Mysie située dans la partie occidentale de l'Asie Mineure [Oî

BîêpiJX-î; Sï oi ToiJTwv TrpoîTrotzvjo-avTS; Tvjv MuiTÎav ©pa/.zç. Strabon, 1. XII, Cap. III,

D'autre part, Terentius Ynrron, cité par Pline, en nous montrant l'Ilispanie. l'Espagne actuelle, successivement colonisée par des Ibères, des Perses, des Phéniciens, des Celtes et des Carthaginois, semble témoigner de migrations considérables de divers peuples orientaux de l'Asie vers nos régions occidentales de l'Europe ; migrations d'orient en occident, qui d'ailleurs paraissent s'être continuées à différentes époques, ainsi qu'on le verra dans la suite pour les Kimraériens de la Scythie méridionale, actuellement la Russie, pour les Enètes de la Paphlagonie, actuellement le Livah de Kastoumanie, pour les Rhodiens fondateurs de Bhodojiousia à l'embouchure du Rhône, pour les Phocéens fondateurs de Mamlia, Marseille, etc. (« In universnm Hispaniam, M. Yarro perveifisiise

FRANCE (.vNTHRopoi.«Giii). 599

Iberos etPersas, etPhœnicas, Celtasque et Pœnos tradit. « Pline, Uist. nat., 1. III, cap. III, du t. I, p. IbA du texte et trad. de Littré, 1848.

Malgi"é les différences linguistiques signalées anciennement par Appien, actuellement par M. d'Arbois de Jubainville entre les Ibères d'Orient et ceux d'Occident, tout en reconnaissant l'insuffisance des documents historiques contradictoires précédemment rapportés, ces documents semblent établir certaines relations entre ces Ibères, ces Ligures, ces Bébrykes, et ces Mantiéniens asiatiques et les Ibères, les Ligures, les Bébrykes et les Mantiéniens européens (D'Arbois de Jubainville : l. c. p. 17, Appendice VI, p. î297, etc.)

La Tour d'Auvergne Corret, MM. Graslin, de Baudriinont, Eichoff, V. Derregagaix et quelques autres savants, s'appuyant principalement sur l'étude de certaines dénominations géographiques réparties depuis l'Asie jusqu'en Espagne, sur certaines analogies linguistiques existant entre quelques langues de l'Asie et les dialectes basques des Pyrénées, ont paru regarder comme plus vraisemblable la migration des Ibères du Caucase en Ilispanie. M. Baudrimont croit pouvoir s'appuy^cr de Varron pour admettre que les Ibères sont venus en Espagne par le nord de l'Italie. Eichoff paraît considérer les Ibères comme étant venus de l'ouest de l'Asie. (La Tour d'Auvergne Corret : Origines gauloises, p. 117. Paris, 1796. — L. F. Graslin : De l'Ibérie. Paris, 1838. — A. Baudrimont : Hist. des Basques ou Euscaldunais primitifs, Rec. de VAcad. des se. de Bordeaux, t. XV, p. 251-509, etc., 1853; et Compt. rend, de l'Acad. des sciences, l" sem, 1854, p. 45. — Eichoff : Parallèle des langues de rEuroj)e et de l'Inde, p. 15-14, introd., 1856, Paris. — Derregagaix : Notice sur les Basques, Bull, de la Soc. de géographie, 6^ série, t. XI, 1876, p. 455-6).

Quoique Ephore parle, d'après les Tartessiens, anciens habitants de Cadix, d'Ethiopiens s'étant portés à l'occident de la Libye et s'étant fixés sur le littoral (voir Strabon : 1. I, cap. ii, § 26, p. 27), on a quelque peine à admettre avec M. Augustin Chaho que les Euskai'iens ou Ibères aient occupé très-anciennement l'Egypte. Ce linguiste croit pouvoir fixer le passage de ces derniers en Hispanie à vingt siècles avant l'arrivée des Celtes, et les regarde comme ayant entretenu des relations avec les Américains (Dict. basq., franc., espag., latin, p. 54-56, introd. Bayonne, 1856, — Hist. primit. des Euskariens-Basques, p. XXII. Bayonne, 1847).

Cette opinion ne se se rapproche que partiellement de celle de Bory de Saint-Vincent qui fait peupler la péninsule ibérique par la race atlantique, habitant le nord-ouest de l'Afrique (L'homme, t. I, p. 174).

D'ailleurs, M. d'Arbois de Jubainville regarde également les Ibères, envahisseurs du sud-ouest de l'Europe, comme étant sortis soit de l'Atlantide, dont les Açores, les Canaries seraient les débris, soit de la région nord-ouest de l'Afrique, à l'occident de l'Atlas. Toutefois pour cet érudit linguiste, ainsi que pour M. Alf. Maury, les Ligures reconnaîtraient une origine orientale indo-européenne, contrairement à M. Boget de Belloguet et à quelques autres ethnographes disposés à rattacher les Ligures aux peuples du nord-ouest de l'Afrique (d'Arbois de Jubainville, /. c, p. 15, 1?, etc. — Alf. Maury, Les Ligures : Compte rendu de VAcad. desinscripl., ¥ série, t. V, p. 214, etc., avril-juin 1877. — Boget de Belloguet, Ethnog. gauloise, p. 510, etc., 1861).

Sans prétendre nullement trancher définitivement ces questions d'origine ^asiatique et africaine, insuffisamment prouvées de ces peuples ligures, ibères, bébrykes, à propos de chacun de ces peuples, en rappelant leurs caractères

(JOO FRANCE (anthropologie).

anthropologiques, je chercherai à indiquer les relations et distinctions ethniques que ces caractères semblent révéler.

Ibères d'Europe, Iberi 'lêïjpeç. — Silures, Siiivnv.s. Selon les auteurs les plus anciens, selon Homère et Ephore, cités par Strabon, au-delà des pays connus de l'Occident, habitent les Celtes et les Ibères ou les Celtibères mêlés (..."Yo-Tspov Sk

/.«t Twv Tcp'oç s<jKipa.-j yvwçôsVTWV Ks^toI zat 'lùnpsç ïj ptr/.rwç Kslri^rifitç, Strabon, 1. I,

ch. II, § 27, voir aussi § 28, p. 27 et 28, texte et trad. lat. de MuUer et Dubner).

Ces Ibères ont laissé leur nom à T'iërjo, Iberus, Ebro, l'Ebre fleuve dont les Grecs, suivant Pline, appliquèrent le nom à toute VHlspania, l'Espagne ((( Iberus amnis... quem propter universam Hispaniam, GrcTeci appellavere Iberiam». Pline, Hist. nat., lib. III, cap. iv, A", texte et trad. de Littré). Peut-être aussi l'application du nom d'Ibérie "lê/jpta, ainsi que l'indiquent Polybe, Strabon, Diodore de Sicile et Marcien d'IIéraclée à toute la péninsule, depuis les monts Pyrénéens jusqu'aux colonnes d'Hercule, actuellement le détroit de Gibraltar, autoriserait-elle à penser que les Ibères habitaient, nonseulement les bords de l'Ebre, mais bien la plus grande partie de l'Hispanie (Polybe, Hist. 1. III, chap. xxxvii, 10, p. 145, coll. Didot. — Diodore de Sicile, 1. III, cap. iv, § 1, p. 129, coll. Didot. — Strabon, 1. III, cap. iv, g 1, p. 29. — Marcien d'IIéraclée, Périple de la mer extér., 1. II, § 6, p. 543. Geog. Graeci, coll. Didot),

Toutefois, si la plupart des auteurs anciens donnent la dénomination d'Ibères à tous les habitants de la péninsule, quelques-uns cependant semblent ne l'appliquer qu'à une partie de ces habitants. Hérodore d'Héraclée dit que la race des Ibères comprend les Kuiiètes, les Glètes, les Tartesses, les Elbusiniens, les Mastièniens, les Galpianiens, et s'étend jusqu'au Rhône (.... SiMpiuzai 6'jàp.a.(Tfj

t-j "^ivoç ('l6/;piz6v). IIp&jTov KOvyjTSç ovo|LtâÇovTai, ...p.c,tà §k Tocpr/jcrtoi, ...y.szà. Si

M«oTiir)vot, ...ETfâtTa Si iri^fl o Po^avôç. Hérodore d'Héraclée, i'rag. 20. Constantin. Porph. De adm. Imp. c. 25 : Histor. grcec. fracpnenta, t. II, p. 54, coU. Didot).

Cette race aurait donc peuplé tout le littoral depuis le sud-ouest de la péninsule jusqu'à l'embouchure du Rhône. Polybe lui-même, en parlant de nombreuses peuplades occupant le littoral de la mer extérieure, de l'Océan Atlantique, semble les distinguer des Ibères, qui paraîtraient avoir occupé la région orientale ou méditerranéenne de cette péninsule. Quant à Hérodote, à Scymnos de Chio et à Festus Avienus qui écrivaient d'après des auteurs fort anciens, ils distinguaient les Tartessiens, habitants du midi de l'Espagne, des Ibères occupant la région nord-est de ce pays (Hérodote, 1. I, cap. clxiii, p. 54, coll. Didot).

TapTïja-o-tot -/.azi^oDUL-j- sît "iS-zjpsç oï Tzpouiy^iiz (Scymnos de Chio, V. 198, p. 205. Geog. Graec.,coll. Didot...)

Tellus ibi dives Iberum, Tartessusque super sustollitur... (Festus Avienus, « Descriptio orbis Tenae », v. 479, p. 181. Geogr. grœc,,coll. Didot).

Cette dénomination d'Ibères, ainsi restreinte aux habitants du nord-est, indiquerait-elle la demeure de ce peuple ibère, dont le nom plus tard aurait été appliqué aux autres peuples de races différentes occupant la péninsule? Cela semble vraisemblable? En effet, lorsqu'on voit par ce qui a été dit précédemment, que certains peuples, certaines peuplades du sud-ouest de l'Europe étaient homonymes de peuples et de peuplades du sud-est de l'Asie et du nord-ouest

FRANCE (anthropologie). 601

de l'Afrique, il semble probable que les Ibères ne constituaient qu'une des strates etbniques ayant concouru à la formation de la nation hispanienne ou ibérienue. Toutefois, à cette strate ibérienne, peut-être devrait-on ratlacher une peuplade presque homonyme des Matiéniens MaTtr^voî qu'Hérodote mentionne auprès des Ligures d'Asie (Hérodote, 1. YII, § 72, p. 240) celle des Mastiéniens Mao-Ti-flvol qu'on vient de voir Hérodore d'IIéraclée comprendre au nombre des Ibères de la péninsule hispanique.

Sans entrer dans de grands détails sur cette population péninsulaire, composée de nombreuses peuplades, mentionnées j)ar Pline, Ptolémée et autres auteurs, empruntant à ce géographe les indications principales, il suffira de rappeler qu'en Ibérie ou Hispanie, divisée en trois parties : la Bétique, Betica BatTwîj, la Lusitanie, Liisitania, Xovjlzx-Aoi., et laTarraconaise, Tarraconesia, Tocprja/Mvr^nlcf., se trouvaient au sud, dans la première de ces provinces, les Bastules, Bacrtoù^ot, les Turdules, To-jpSo^'koi, les Turdetans, TovpS/irxwl; à l'ouest, dans la Lusitanie, les Lusitaniens AouTi-ravoî que Diodore de Sicile dit être les plus puissantes des Ibères, et les Vettons qui occupaient l'intendance actuelle de Salamanque, enfin dans la Tarraconnaise, de l'ouest au sud-est, les Arlabres, les Astures, les Cantabres, les Vardules, les Vascons, les Bérons, les Edetans, lesllergètes, les Carpétans, les Orétans, les Ilercaones, les Contestans et maintes autres peuplades (Pline, 1. IV, ch. xxxiv-xxxvi, p. 204, etc. — Ptolémée, Geog. 1. II, cap. III, IV, V, p. HO, etc., texte et trad. lat. deWilberg. — Diodore de Sicile, 1. V, cap. XXXIV, p. 215, coll. Didot).

Outre la péninsule ibérique, les Ibères occupaient la plupart des îles occidentales de la Méditerranée, une partie de la région méridionale de notre pays, voire même certaines parties des îles du nord-ouest de l'Europe.

Selon Éphore et Strabon, les Ibères auraient été les premiers Barbares ayant

habité la Sicile (...Kai"lèr,piç, ovcrnîp npcô~ovç 'friai t&jv BxpèâpMv "Eyopo; lîyîfjQai ziiz liy-ilixi oUicJzocç, Strabon, I. IV, cap. ii, § 4, p. 224),

Pausanias dit que les Ibères passèrent en Sardaigne sous la conduite de Norax, et y fondèrent Nora qui aurait été la première ville de cette île (... "l/S/jpsç Iç tàv

locpSij Stcrfj'xiiiovfTfJ \)Tzb Vîyîaovt toû arokoM Nwpaxt, zat My.LaBti JSIûpK nôliç vnô aÙTiiv. Pausanias, Phocide, 1. X, ch. xvii, t. V, p. 568, texte et trad. franc. Clavier 1821 ; voir aussi p. o70-37I).

Selon cet historien, dans cette île, le nom de Balares Boàxpoi, signifiant fugitifs en langue des Cyrniens ou des Corses, Kopo-wv, aurait été donné à des Ibères et à des Libyens qui, alliés des Carthaginois à la suite d'un différent se seraient retirés dans la partie élevée de l'île. Quelque soit le sens véritable de cette dénomination de Balares, appliquée à des Ibères, dénomination qu'on a dit aussi être dérivée du grec BâXlîw lancer, lancer avec la fronde, elle semble autoriser à penser que les îles Baléares, si célèbres par leurs habiles frondeurs, situées plus près de l'ibérieque la Sardaigne, doivent également le nom qu'elles portent encore actuellement à des immigrants ibériens.

Outre la péninsule hispanique, outre les îles oc^cidentales de la Méditerranée, les Ibères occupaient la partie de notre littoral méditerranéen, comprise entre les Pyrénées et le Rhône. Pour Hérodore d'Héraclée, l'ibérie s'étendait jusqu'au Rhône (llist. grsec. fragmenta, t. II, p, 54, frag. 20, coll. Didot).

Suivant Scyninos de Chio, Agde 'Ayâô/j et Rhodonouiia, baignée par le Rhône, auraient été fondées en Ibérie, c'est-à-dire en territoire ibère, par les Phocéens, fondateurs de Marseille.

i]{}i FRANCE (antuhopulogie).

... Eîç lêïjpîav

ot M«cr<7«),îav zTto-avTSç zrsyjn <I>oxa2tç

' k'ià-^ci^) 'PoiîovoyiTiâv re... (Scymnos de Ghio, Orbis descriptio, V. 2U6-208 : Geogr. grœc, p. 205, coll. Didot).

Pareillement selon Festus Avienus, le Rhône séparait les Ibères des âpres Ligures

... IIujus Rhodani alveo.

Ibera telliis et Ligures asperi

lutersecantur... (Festus Avienus. Orœ maritimœ vers 609-611, |). 138-140, texte et trad. de Despois et Saviot, et p. 568. de l'éd. de Pet Melian, liiblioth. de don Ramirez de Prado.

Au delà des Ibères, dit Scylax, habitent jusqu'au Rliône les Ligures et les

Ibères mêlés ('Atto twv "I6-âowv îyji-ixax Aîyusç, -/.«î "lê/jps; f/.iyà'îeç, pizot 7zoza.iio\>

'PoSavov. Scylax, Périple, §3, p. 17, coll. Didot, et p. 2, éd. de Vossius. Amsterdam, 1639).

, Cette répartition géographique des peuples ibériens en Espagne, sur le littoral (les Gaules, dans les îles Raléares, en Corse, en Sardaigne, motive la dénomination de race méditerranéenne occidentale que lui donne M. Ilovelacque [Rev. d'anthwp., t. VI, p. 290, 1877).

Enfin, au nord-ouest de l'Europe, Denys le Périégète, Festus Avienus, Priscianus, parlent des riches enfants des Ibères habitant les îles Hespérides d'où roii tire l'étain, zaua-tTcoo;, c'est-à-dire les îles Cassitérides, vraisemblablement les îles Sorlingues ou Scilly au sud-ouest de l'Angleterre, bien que M. Hans Hildebrand croie devoir les placer près de la côte d'Espagne (Sur la situation des Cassitérides : Congr. int. d'anthrop. et d'arch. préh. de Stockholm, 1874, p. 578.

Nn(70uç 'Err77£ot5aç roQi yMcrtrizipoio •j'evÉÔXïj,

'Aœvîiot vaiouTw ayav&jv 'kolï^bç 'lêflpcov. (Dcnys le Périégète, vers 563-564, texte et trad. lat.,p. 140, coll. Didot, et texte et trad. lai. de Rertrand. Basilicaî, 1556).

«... Genitrix hfec ora metalli

Albentis stanni venas vomit. Acer Iberus

Hœc fréta veloci percurrit ssepe faselo. « (Festus Avienus, Descriptio orbis terrœ, vers 14:2-1 M, à la suite de Denys le Périégète, p. 183, coll. Didot.

«... Sunt stanni pondère plante.

Hespérides, populus tennit quasfortis Iberi. » (Prisciani Peinegesis : vers 575-576, p. 195, coll. Didot).

Pareillement Tacite, en décrivant les Silures, Silures, anciens habitants de la région méridionale du pays de Galles et occidentale de l'Angleterre, au nord de la Saverne Sabrina, correspondant aux comtés actuels de Glamorgan, Monjnouth, Dreknok, Hereford et Radnor, selon Amédée Thierry (Ilist. des Gaulois, 1. VIll, 1. 11, p. 418, note 2, 1862), croit, à leur teint basané, à leurs cheveux bouclés, reconnaître en eux des immigrants Ibères venus d'IIispanie (« Siluriim colorati vultus, torti plerumque crines et posita contra Hispania Iberos veteres trajecisse, casque sedes occupasse, fidem iaciunt. » Tacite, Agricolse vita XI).

Les Ibères paraissent donc avoir eu dans ces îles du nord de l'Europe, nonseulement des comptoirs commerciaux, comme aux îles Cassitérides, d'où dans l'antiquité provenait la plus grande partie de l'étain, mais semblent également avoir possédé des territoires plus ou moins étendus, habités par de nombreuses

FRANCE (a.ntuuopologie). 60

et puissantes peuplades comme celles des Silures auxquels Jornandès donne, outre un leinl bronzé, des cheveux bouclés et noirs dès la naissance (k Sylorum colorati viiltus torti plerique crine et nigro nascuntur, ...sive Hispanis a quibusqne aitenduntur assimiles )). Jornandès : De Getarnm sive Gothormn origine et rébus ge.^tis, 1. I, cap. ii, p. 425, coll. Nisard, éd. Dubochet).

Aussi, certains ethnographes considérant ces Ibères insulaires comme les survivants d'une population ibérienne antérieurement plus nombreuse, sont-ils disposés, avec M. Ware, d'Edimbourg à regarder la race ibère comme ayant trèsanciennement peuplé les Iles Britanniques (Sur les titres de Gaèls et des Kymris à être considérés comme les premiers occupants des îles Britanniques : Nelles, Annales des voyages, t. YII, p. 121, 1846).

Jusqu'à ce jour, on a peu de données cramométriques sur les anciens Ibères quoique Edouard Sandil'ort ail décrit brièvement une tèle d'Espagnol, au front cunéiforme supérieurement (« Muséum anatomicum academiae Lugduno-Bata vorum », t. I, p. 4, 1795).

On peut cependant rappeler que précédemment, à propos de la race de Cro- Magnon, on a vu que de nombreux crânes bas(pics recueillis par MM. Velasco. Broca, Vii'chow en Guqniscoa et en Biscaye étaient dolichocéphales ; conformation céphalique qui, selon M. Tubino, se serait surtout montrée chez les anciens habitants des parties méridionale et occidentale de la péninsule, chez les troglodytes de la Bélique et du Portugal, comme chez les Basques (Los aborig. Iberios, /. c.,p. 117).

Cette conformation semble parfois avoir été reproduite sur quelques anciennes médailles trouvées en Espagne et dans nos Pyrénées-Orientales. Mais ces médailles dont l'exergue en caractères phéniciens modifiés ou simplifiés, représentent aussi des tètes à court diamètre antéro-postérieur, dont bon nombre, ainsi que le remarque Roget de Bellognet, s'appuyant des recherches numismatiques de Boudard, offrent, avec des cheveux et une barbe finement bouclés, un front bas, à arcades sourcilières assez proéminentes ou unies, le nez se joignant au front moins par une dépressioji que par une convexité (P. A. Boudard, Numismatique ibérienne. Paris, 1859. — Roget de Belloguet, Ethnog. gauloise, p. 158-141, p. 217-507, etc. Paris, 1861).

A défaut de données craniométriques précises sur les Ibères anciens, et les Espagnols actuels, on peut rappeler que parmi ces derniers, Roget de Belloguet remarquait de nombreux individus à tèle allongée, et q\ie, contrairement, J. Larrey observait en Castille de nombreux petits brachycéphales, an crâne trèsvolumineux, de forme sphérique, fortement voûté dans la région du vertes, à l.i bouclic petite, aux yeux noirs, vifs, étincelants, aux sourcils noirs, épais, bien arqués, aux cheveux noirs, beaux, abondants, au teint basané, aux muscles bien dessinés, de constitution sèche, robuste, vigoureuse, de petite stature : l"s64 à 1",67 pour les hommes, l'",34 à l'",37 pour les femmes, à l'attitude fière et noble, les femmes se faisant remarquer par leur taille bien dégagée, leurs petites mains, leurs jolis pieds, les contours du bassin élégamment dessinés, leur nubilité précoce (J. Larrey, Mémoires et campagnes, t. 111, p. 27)6, etc., 1812). Les cheveux noirs, touffus, le teint chaud, coloré de ces petites bracftyoéphales représentés souvent par les peintures de Murillo et d'autres artistes espagnols, rappellent bien les Silnres, les Ibères décrits par Tacite, par Jornandès, Toii'emème par Martial aux che^■eux raides, le poète deBilbilis, Calalayud (« Ilis-

604 FRANCE (anthropologie .

panis ego contumax capillis », 1. X, épigr. lxy, in Carmenionem,]). 497, éd. Oubocbet).

Enfin, M. Tubino semble distinguer dans la population actuelle de l'Espagne, deux principales races : l'une, au crâne volumineux, mésaticépliale, à face orthognatbe, mais forte, énergique, vigoureuse, occupant le nord et l'ouest de ce pays; l'autre, au crâne moins volumineux, dolichocéphale, à face moins orthognathe, race fine, délicate, gracieuse, occupant le midi, le centre et l'est de la péninsule (Rech. d'anthropologie sociale: Rev.d'anthrop., t. IV, p. 104, 1877).

Ces données fort insuffisantes semblent indiquer que dans la péninsule, il existait et existe encore au moins deux, peut-être trois races principales : l'une, dolichocéphale, que nous avons précédemment décrite sous le nom de race atlante, race ayant occupé les îles Atlantiques, le nord-ouest de l'Ah-ique et le sud-ouest de l'Europe; l'autre, brachycéphale, caractérisée par une tête globuleuse, au front bas, au nez faisant plus on moins suite au front, aux cheveux noirs, ondes, rudes, au teint basané, etc., et enfin, une troisième mésaticéphale, au crâne volumineux. Quelle était la race ibérienne? Question difficile à résoudre dans l'état actuel des connaissances fort insuffisantes, relatives à l'anthropologie espagnole. On verra bientôt que la race ligure est très-brachycéphale, et que les Ligures peuplaient certaines régions de la péninsule. On pourrait donc être porté à regarder comme Ligures ces petites brachycéphales observés par Larrey, et représentés par Murillo, bien que cependant il semble difficile de rapporter à cette race les crânes basques brachycéphales qu'on a vu précédemment avoir été étudiés par And. Rctzius. Les très-nombreux mésaticéphales qui, suivant M. Tubino, occuperaient principalement le nord et l'ouest, seraient-ils plus ou moins comparables aux Celtes ? On verra que les Celtes avaient la tête moins courte que les Ligures; mais leur répartition géographique coincide-t-elle avec celle de ces mésaticéphales? La race ibérique aurait-elle été dolichocéphale ? Selon M. d'Arbois de Jubainville : ce sont les anciens Ibères qui, partis de l'Atlantide, neuf mille ans avant Platon, auraient imposé leur domination à l'Europe occidentale jusques et y compris l'Italie, à l'Afrique du Nord jusqu'aux frontières de l'Egypte. Les Ibères seraient donc des dolichocéphales de la race des Atlantes. Mais alors, contrairement à ce savant qui les distingue des troglodytes européens, pour lui de race finnoise (1. c, p. 8, 15, 17), ces Ibères-Atlantes, peuple civilisé, ayant des métaux, construisant des villes, ainsi que le rapporte la légende, auraient eu des représentants dans notre occident dès l'époque des cavernes de Cru-Magnon et de Baoussé-Roussé. Mais encore comment rapprocher ces grands dolichocéphales à nature massive de Cro-Magnon, des petits dolichocéphales andaloux à extrémités fines et délicates que M. Tubino dit exister dans le sud et l'est de l'Espagne? Les derniers ne constitueraient-ils pas plutôt la race ibérienne ?

Ligures (V Europe, Ligures, Aiyvtç, Aiyvanvoi. — Le peuplement des lies Britanniques, dans les temps très-anciens, attribué aux Ibères, paraît aussi avoir été attribué aux Ligures que, d'ailleurs, on a vu précédemment être considérés par plusieurs savants comme de même race que les Ibères. En effet, Festus Âvienus mentionne des Ligures au voisinage des Iles Œstrymnides (Orœ maritimse, vers 129-136), qui paraissent être, moins les îles du golfe Œstrimnique JEstrymnicus sinus, actuellement le Golfe de Gascogne, que les îles auxquelles les Phéniciens, les Carthaginois se rendaient en traversant ce golfe, c'est-à-dire

FRANCE (anthropologie). 605

les lies Sorlingues que l'on vient de voir possédées par les Ibères, selon Denys le Périégèto, voire même selon Priscianus et Festus Avienus lui-même, les paraphraseurs ou traducteurs de Denys. Ligures et Ibères, auraient-ils donc constilué une seule et même peuplade ou colonie?

D'ailleurs des Lloegrys LIoegrwys, Logriens selon les triades Galloises, seraient venus en Grande-Bretagne du pays de Gwasgwinn, vraisemblablement

la côte occidentale de notre pays: Trois peuples vinrent dans l'île de Bretagne

les LIoegrwys venaient de la terre de Gwasgwyn (Tair Ciwdawd addwyn Ynys Pry-

dain y LIoegrwys a ddaethant o Dir Gwasgwyn Llyma drioedd ynis Pry-

dain. § 5, p. 58 du t. II de The Myvyrian archaiology of Wales, 1801 ; voir aussi p. 2, t. II, p. 15 tr.,. LXVII, p. 17, tr.. LXXIX, p. 58, t. YII, etc.

Ces Lloegrys, Lloegyrs, Loegrs, dont il est souvent parlé dans ces triades, et qui paraissent s'être fixés principalement dans la partie orientale de cette île, au nord de la Tamise et sur les bords de l'Ouse (Houzé, Atlas univ. d'hist. et degéogr. Angleterre, carte II), seraient considérés par Moke, parRoget baron de Belloqnet comme des Ligures (G. Moke, La Belgique ancienne et ses origines Gauloises, Germaniques et Franques, 1. I, ch. ni, p. 62. Paris, 1855. — Roget de Belloguet, Ethn. gaul., p. 242, 260, etc. et 1861). Le nom de lougres encore porté par certains navires usités sur nos côtes rappellerait encore le nom de ces anciens navigateurs ligures. Parmi les nombreux aufeurs qui ont été amenés à admettre également la présence de Ligures ou d'Ibères très-anciennement en Belgique et dans la partie septentrionale des Gaules, on doit citer M. le général Renard, M. Vauderkindere, M. Ampère, M. Boudard, M. Prichard, et M. de Quatrefages qui, ainsi que Moke, pensent que le nom de la Loire, Liger, Aziyopo;, rappelle celui de ces anciens Ligures (Renard, Identité des Gaulois et des Germains, 5^ lettre. Vieux langage des Celtes. Bull, de l'Acad. roy. de Belgique, t. XXIII, 2<'part., p. 360, rapp. de M. Arendt. — Vauderkindere, Rech. surPetbiiol. de la Belgique, p. 47 et suiv. Bruxelles 1872. Cong. iut. d'anthr. et d'arcli. préhist. de Bruxelles de 1872, p. 571. — J. Ampère, llist. litt. de la France avant le treizième siècle, p. 5-8, t. 1, 1859. — Boudard, Numis. iber., p. 2, 1859. — Prichard, Hist. nat. de l'homme, trad. de Roulin, 1. 1, p. 548. Paris, 1843 — De Quatrefages, Souvenirs d'un naturaliste, t. II, p. 235, 1854).

En effet Artémidore citépar Stéphane de Bysance ainsi qu'Eustathe paraîtraient faire dériver le nom des Ligures, Myvpsç, de celui du fleuve At'yu^o; actuellement la Loire.

Aîyyps;... 'ApTspi^wpoî h STriToa/j twu hSzv.a., «.nb Aiyvpov noTxuoï). Stephaili Bysantii ethnicorum supersunt rec. A. Meinekii, Berolini, t. I, p. 416, 1849.

Aiyupe; ànô Xi-^vpo\i no-ccuox) ôvof/ailovrat. Eutathe, Commentaires sur Denys le Periègéte, coll. grecq.-latin. de Didot, p. 251, sur le vers 76.

Ainsi que je l'ai fait remarquer ailleurs, tout en admettant la présence de peuplades, ou de colonies ibériennes ou ligures, dans les îles et sur les côtes du nord-ouest de l'Europe, les documents historiques semblent encore insuffisants pour tlémoutrer l'existence d'une population Ligure nom])reuse dans l'ancienne Belgique et dans le nord des Gaules. Peut-être les documents ostéologiques et anthropologiques viendront-ils plus tard combler cette lacune ? (Co/z^. int. d'anthrop. et d'anthr. de Bruxelles m 1872, p. 551-2.). Toutefois les témoignages des auteurs anciens, précédemment cités, me semblent rendre vraisemblable la présence des Ligures sur les bords de la Loire à une époque très reculée. M. 3Iaximin Deloche me faisait remarquer que l'ancienne occupation par les Ligures d'une région

600 FRANCE (anthrupologie).

un peu plus méridionale paraîtrait avoir été rappelée par la dénomination de pays de Ligourc donnée au moyen âge à la partie sud ouest du Limousin dont Sanctiis Prcejcctus de Ligora, et Sanctus Johannes de Ligura, actuellement Saint-Priest et Saint-Jean de Ligoure rappellent encore le nom. (Maximin Deloche, Et. sur la géographie liist. de la Gaule et spécialement sur les divisions territoriales du Limousin au moyen âge, p. 157-8, in-4", 1861, Paris).

Si des Ligures du nord-ouest de l'Europe, on passe aux Ligures du sud-ouest, on voit que sur la côte occidentale de l'Ibérie vers l'embouchuj'e du Bœtis, actuellement le Guadalquivir, non loin de Tartesse, que Festus Avienus dit avoir été depuis appelée Gaddir, c'est-à-dire Gadès ou Cadix, (Or. mar., p. 108, texte et Irad. de Despois et Saviot),les Ligures, selon Hécate cité par Etienne de Bysance. possédaient une ville appelée Ligustine (Afj/yo-Tîv/j, Tt6\iz AiyO&jv, t-^; iîu-ucij;

'[êflûiaç l'/yOç, -/.oà T/i; TapT/jo-ffoO 7r),flO-tov. oi oizoOvte; Ar/ueç Y.a\oïiv~M. Stéphane de Pjysance, t. 1, p. 416, rec. Meinekii).

Thucydide parle des Ligures chassant des bords du Sicanus, liy.a.vbi;, les Sicanes,

Sizavôt, Sicani, d'origme Ibérienne (Sizavoi. .. iëT;pî; ovts;, xaî àîro toO 2ixavoîi

-o-raaoO roO iv 'iSïjpta iinb x\tyuijv àv«(7TàvTc;. Thucydide, Hist. 1. YI, § 2, p. 244, trad. lat. de Haasius, coll. Didot).

Or ce lîeuve, sur les bords duquel Festus Avienus dit exister une ville de même nom, Sicana, bien antérieurement mentionnée par Hécatée, ce fleuve, selon Servius, le commentateur de l'Enéide, aurait plus tard été appelé Sicoris (Fest. Âvien.,Orîemarit.,p. 150 et 152. — Hecatée, Fragm. 15,rapp. par Etienne de Bysance. Histor. Groec, fragmenta, t. I, p. 2, coll. Didot. — Virgilii opéra cum XI commentariis Servio..., Enéide VIII, v. 528, p. 405, 1"''' coll., in-fol. 1552, Yenetiiset p. 475 du t. I de l'éd. d'Alb. Lion. Gott., 1826). Aussi, contrairement à Aniédée Thierry et à beaucoup d'autres au(eurs, d'Avezac croit-il reconnaître dans ce Sicaims, le Sucron, Swcro, SoOzpwv, anciennement mentionné par Strabon (1. 111, cap. v, § 1 , p. 159. Pline (1. III, cap. iv, p. 157),Plutarque (SertoriusXlX,t. II, p. 689, coll. Didot), actuellement le Xucar, dans la province de Yalence, et non la Sègre affluent septentrional de l'Ebre (Âm, Thierry, Hist. des Gaulois, introd. t. 1, p. 20, éd. 1862. — D'Avezac, Examen critique de l'ét. sur l'origine des Basques de J. F. Bladé. p. 14, ext. de Bev. critique d' hist. et litt., mars, 1870.) Quel qu'ait été ce fleuve, on voit donc que les Ligures occupèrent soit simultanément, soit successivement la partie méridionale et la partie orientale de la péninsule hispanique; car je ne crois pas qu'on puisse accepter l'opinion très-contestable de M. d'Arbois de Jubainville relative à l'homonymie assez éloignée du Sicanus et de la Sequana, la Seine, des bords de laquelle ce savant fait chasser les Sicanes par les Ligures (D'Ai^bois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, p. 20, etc.).

Suivant Philiste , de Syracuse, cité par Diodoi'e de Sicile, suiv:int Denys d'Halicarnasse, et divers autres auteurs anciens, les Sicanes, d'origine Ibérienne, iLy.a.wi ysvo; 'lo/jptKÔv, ainsi chassés de la partie orientale de la péninsule par les Ligures, après avoir suivi le littoral méditerranéen de notre pays et de l'Italie, passèrent dans l'île aux trois caps la Tpivazpià, à laquelle, disent Thuydide et Diodore de Sicile, ils donnèrent le nom de Sicania, iiv.caLa, plus tard remplacé par celui de Sicile, Sicilia, iv/.ilia., imposé par de nouveaux immigrants les Sicules Siculi, ity.ÙQi, que d'ailleurs Philiste de Syracuse cité par Denys d'Halicarnasse et Silius Italiens regardent comme des Ligures conduits par un chef appelé Siculus Ligunim pubes, Siculo ductore (Silius Italiens, Les Puniques, 1. XIV, p. 152-5

FRÀJNCE (anthropologie). 007

ilu t. III, texte et trad. deCorpet et Dubois, coll. Panckoucke Diodore de Sicile, l. V, § 2, p. 254, § 2, p. 257, texte et tiad. lat. Dindorf et Muller, coll. Didot. — Denys d'Halicarnasse, 1. A, §XXII, p. 26-27 dut. 1 de l'éd. Ad. Kiessling. Lips.. l860;BibliothecaTebneriana, et fragmenta liistor., Graec, t. I,p. 185, coll. Didotj.

Par suite de cette dernière immigration, qui, d'après la relation de Denys d'Halicarnasse auraiteu lieu suivant Philiste quatre-vingts ans é'to; ûyiîovjxoo-Tov,. selon Hellanicus de Lesbos trois générations avant le sac de Troie rpi-cri ysvsôç rrpÔTspov Twv Tooixwv, c'est-à-dire d'après Bellcnger et Fréret entre 1264 et 1564 avant J.-C, sinon, d'après M. d'Arbois de Jubainville, au onzième siècle, vers 1034, les Sicanes, qui d'abord s'étaient répandus dans toute l'étendue de l'ile, se seraient trouvés l'efoulés vers la partie méridionale, les parties septentrionale, centrale et occidentale étant peu à peu tombées au pouvoir des Sicules. (Bellenger : trad. de Denys d'Hallicarnasse, 1. 1, ch. iv, § 11, p. 54, 1725. — Freret, (Ei compl., t. IV, p. 189, 1796.— D'Arbois de Jubainville, Rev. arch., t. Vil, p. 218, 225).

Les ruines de Siculiana, vers Girgenti, l'ancienne Agrigente, rappellent encore la présence des Sicules sur ce point du littoral méridional (VioUet-Le-Duc , Lettres sur la Sicile, p. 24, 1860. Paris, etc.).

Sans s'arrêter davantage à ces Sicanes, en les quels M. Bataillard, défenseur de la très-haute antiquité des immigrations des Tsiganes en Europe croit trouver les frères de ces immigrants, parenté fort douteuse {Rev. critique, t. Il, 1870-71, p. 25 br., et 5m//. Soc. d'aiithr., 2« sér., t. X, p. 556, 1875, etc.), sans s'arrêter davantage à ces Sicules qu'Hellanicus de Lesbos et Antiochus de Syracuse cités par Denys d'Halicarnasse regardent comme des Ausones de Li famille Opique, ou comme des ^notriens de race Pélasgique (1. A, XXll, p. 26, éd. Kiessling; 1. 1, ch. i. § 6, p. 22 et ch. iv § 2, p. 54, trad. de Bellenger) ; sans insister non plus sur les Ligures de la Sicile et de l'Italie méridionale, il faut cependant remarquer que ces peuples laissèrent quelques traces de leur passage dans la partie moyenne de l'Italie. Suivant Thucydide, de son temps, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, des Sicules habitaient encore en Italie (Hist.,1. VI,g2, p. 244). Virgile mentionne dans le Latium la présence des Sicanes (jEnéide, 1. YUl, v. 328, texte et trad. de Villenave). Denys d'Halicarnasse dit que chez les Tiburtins, Tiêouptrtvot, anciens habitants des environs de Tivoli, ('gaiement dans le Latium, dont les Sicules occupaient diverses localités, se trouvait un quartier appelé liy.ù.iy.6v (1. A., ch. xvi). Les Sicules, selon Ampère, bien longtemps avant la fondation de Rome auraient occupé le mont Palatin tandis ijue les Ligures habitaient les monts Esquilins et la Sulfura {Servius commentarii jEneidei., 1. XI, v. 517, t. H, p. 26, pub. Alb. Lion. Gottingœ, 1826. — Ampère. Hist. Romaine à Rome, 1. 1. p. 91-104, 113, etc., 2 vol., 1862, Paris).

Non loin de Bénévent, Beneventum et des Marses, Marsi, Pline parle de Ligures surnommés Cornéliens et Bébiens {Licjiires qui cognominantur Corneliani etqulBebiani : Hist. nat., 1. III, § 16 du t. I, p. 171 du texte et trad. deLittré). Ces Ligui'es Cornéliens Bébiens n'étaient hxés dans cette région que depuis une époque relativement récente. Sous le Consulat, d'Ap. Posthumius Albinus et de Q. Fulvius Flaccus, conséquemnient vers 180 avant Jésus-Christ ainsi que nous l'apprend Tite Live, des Ligures Apuans hiilntant sur les bords de la Macra au nord de l'Etrurie attaqués et vaincus par P. Cornélius et Th. Bœbius avaient été transportés avec leurs femmes et leurs enfants dans le Samnium sur un territoire confisqué aux Taurasiniens (P. Cornélius et M. Bœbius. ..in i/jwo»o,s

(308 FRAÏNCE (anthropologie).

Ligures exercitum ijidaxeriint...; Tite Live, Hist. XL, § XXXVIII, p. 490-495 du t. XIII, texte et trad. de Bureau de Lamalle et Noël). Cette petite population paraît être restée distincte des populations circonvoisines au moins jusqu'au l'ègne de Trajan ainsi que d'après M. Desjardins en témoigne certaine table de bronze trouvée à Campo Lattaro près de Bénévent et étudiée par M. Borghèsi, M. Henzen (Ernest Desjardins, les Antonins, d'après les documents épigraphiques ; Trajan: Rev. des Deux- M ondes, l'idée. 1874, p. 637 et 651).

Mais la région où les Ligures paraissent avoir longtemps constitue une nation assez importante, était située au nord-ouest de l'Italie et au sudest de notre pays. Scylax, Polybe, Scymnos de Chio, Apollonius de Rhodes, Strabon, Denys d'IIalicarnasse, Pline, Plutarque, Florus, Dion Cassius et maints autres auteurs anciens s'accordent à regarder les Ligures , comme s'étcndant sur le littoral de la mer Tyrrhénienne, actuellement la Méditerranée, depuis ribérie et les Pyrénées orientales jusqu'en Tyrrhénie, actuellement la Toscane, dont Pise, niar,, était la ville la plus septentrionale. Leur territoire, ainsi que l'indiquent Strabon et Florus, était limité au sud-est sur le littoral par la Macra, Macra, Mà/pvj, mais dans l'intérieur des terres ils étaient limitrophes nonseulement des Arretins 'A/3|5ï3Ttvwv, anciens habitants du pays d'Arrezo, mais aussi des Ombres, OfAêpwùv, et des Boies, Boîwv, suivant Polybe et Denys d'Hallicarnasse. Aux Ligures appartenaient les îles SLcechades, actuellement les îles d'Hyères (Scymnos de Chio, Periégcse, v. 199-202 dans : Fragm. des poèmes géograph... Letronne. Paris, 1840. — Apollonius de Rhodes, Argonautique, I. IV, V. 554-555, p. 88, coll. Didot. — Strabon, I. IV, cap. vi, § 3, p. 169 et I. V, cap. Il, § 5, p. 185. — Denys d'Hallicarnasse, Antiquités Romaines, 1, A. § 10, p. 12, édit. Kessling.Biblioth. Script. Grœc. et Roman terbneriana. Lipsiae, 1860. — Pline, Hist. nat. 1. III, cap. vi, § 1 et 2. — Plutarque, Vie de Paul Emile, t. l, cap. VI, p. 507, coll. Didot. — Dion Cassius, Hist, rom, 1. I-XXX\T, g 3, p. 4-6, texte et trad. de Gros, 1845, t. I, p, 4).

Attô 5s 'lê/jp&jv ë^oi)TM Atyusï xat "lê/jps; fiiyâ^sç ."é/P' Trorapioû "Po§ocvov.

'Attô VoSocvo'j zx,ovroi.i Atyys; i^'^XP'- 'Avtîgu. Scylax de Caryande, Périple, § 3, 4, p. 17, coll. Didot.

Aiyua'caol -/aTor/oyat, z«l tàv tizï t6 Tvppvjvixôv nikccyoç Tvleupàv... pî/pi Tro/ïwç 7rt(7«ç... xarà Si ziri^ ptso-dystai/, I&jç tâç 'AppflTtvwv x<"P«?- Polybe, Hist. I. H, § 16,

p. 79; voir aussi 1. H, § 51, p. 90, coll. Didot).

Ligures imis alpiuni jugis adhérentes inter Varum et Macrani flumen (Florus, Hist. rom., 1. H, cap. HI, p. 646, coll. Xisard).

M. d'Arbois de Jubainville croit pouvoir fixer approximativement « aux environs de l'an deux mille avant notre ère i) l'arrivée des Ligures en Italie. Quoique le nom de Shakalash, forme ancienne des noms Sikelas ou Sicule, soit mentionné sur les monuments Egyptiens, dès le quatorzième siècle avant Jésus- Christ, d'après M. de Rougé, M. Chabas et M. Maspero, quoique nous ayons vu Thucydide nous montrer les Ligures d'Hispanie chassant devant eux les Sicanes par migrations successives jusqu'à l'île à laquelle plus tard, quatre vingts ans avant le siège de Troie, les Sicules donnèrent le nom de Sicile, l'arrivée des Ligures en Italie est difficile à préciser (de Rougé, Rev. archéoh, t. XVI, p. 39. — Chabas, Et. sur l'antiquité histor., 2*' édition, p. 292. — Maspero, Hist. ancienne, p. 251-252, cités par d'Arbois de Jubainville, I. c. : Rev. archéol, p. 217, 225 et 382 du t. VH, 1875). L'histoire jusqu'à ce jour ne permet pas d'établir à quelle époque reculée remonte la présence

FRANCE (anthropologie). 609

l'immigration des Ligures en Italie. Mais certains ossements paraissant se rapporter au type Ligure, semblent témoigner de l'existence de cette race dans la Suisse et dans la Haute Italie, dès les temps préhistoriques assez éloignés.

La région maritime occupée par les Ligures, \raisemblablement par suite de leur immixtion avec divers autres peuples était divisée en trois porties distinctes, dont chacune était habitée par plusieurs peuplades ou tribus. L'Ibéro-Ligune, ou région des Ibères et des Ligures mêlés ainsi que l'indique Scylax, s'étendait des Pyrénées-Orientales, de l'Ibérie au Rhône, Rhodamis, PoJavoCr. (Scylax de Caryande, Périple, ^ 5, p. 17, coll. Didot.) La Celto-Ligurie ou région des Celtes et des Ligures, selon Strabon, commençait à l'est de ce fleuve et d'Avignon.

Kalo\j(n '. Aiyvocç y.oà r/jv yji)pco, vjv sj^ouaiv ot Ma(7(Ta^twT«t Atyyart/.vjv oî 5 Oitte^ov

7rpo(7vs(^Qy(rtv,... Strabon, 1. IV, cap. vi, § 5, p. 169).

Enfui la Ligurie proprement dite s'étendait de la chaîne des Alpes et du Var à la Macra, jusqu'à la Tyrrhénie, aux pays des Arrétins, des Ombres et des Boiës,

Fig. 9. — Carte des principales peuplades des Gaules.

La carte ci-jointo indique la situation géographique des principales peuplades de notre pays à l'époque romaine, qu'elles aient été de race Ligure ou des diverses races dont il sera ultérieurement parlé.

DicT. E^c. 4° s., lY. 59

CIO FRAjNCE (antheopoi.ogie).

Dans la Ligurie proprement dite ou Ligurie italienne, dont la ville maritime la plus méridionale était Liina Lkjurum, Aovvr^, actuellement Lunégiano sur la Macra, dont les principaux ports étaient déjà Gemia, révoyaet Movct'xoç, actuelle- Gènes et Monaco, Strabon, Tite-Live, Pomponius Mêla, Pline, Ptolémée nous signalent de nombreuses peuplades. (Tite-Live, 1. XXXI, cap. x, p. 26-28 ; 1. XXXII, cap. XXIX, p. 246 ; 1. XXXIX, cap. xx, p. 254 ; 1. XLIl, cap. vu, p. 140, cap. VIII, p. 142 et p. 506, note 7. Texte et trad. de Bureau de Lamalle, Pomponius Mêla, de situ orbis, 1. Il, cap. iv. — Ptolémée, Géographie, 1. 111, cap. i, p. 172. texte et trad. lat. de Wilberg, 1858).

Ligurum celeherrimi... citra (Alpes), Veneni et Caturkjibus orti Vaçjienni, Statyelli, Vibelli, MageJli, Euburiates, Cosmonates, Veliates, et quorum oppidum... Albium Intemeluim... Albium Ingaunum.... portus Vadum Sabastium,... oppidum Genua,... portus Delphini... Segesta TiguUiorinm : flumen Macra, Liguriœ finis. (Pline, Hist. nat., l. III, cap. vi, g 1 et 2, p. 161).

A l'est se trouvaient les Apuaus, Ligures Apuani, dont la capitale Apua est actuellement Pontemoli ; Apuaus qu'on a vu précédemment, au nombre de 12,000 avec femmes et enfants, avoir été transportés dans le Samnium par les proconsuls CornélinsetBœbius.LesTigulliens, Tigulii avaient pour capitaleSegeste,Se^esto Tigullioruinomiyovïlia., Tigidia. Les Sabastes avaient pour ville iSaèasfm, Vadum Sebastium, laèv.TM-j Oùaiîa actuellement Savone, Albium Ingaunum ou Albingaunum 'A^êîyyaui/ov, actuellement Albenga, était la capitale des Ingaunes "lyyauvoL La cité des Intéméliens était i/tiwm Intemelium, 'A)>êwTt(y.î),tov, 'A)>6iov 'lvT£pi£).tov actuellement Viiitimille. Outre ces tribus du littoral, dans les Apennins et dans l'intérieur des terres habitaient d'autres peuplades Ligures : les Yeliales, Veliates, dont la capitale Velleia a laissé des ruines près de Lugagnano val d'Arda, dans la province de Plaisance (Pigorini, Oggetti prehist. dei Liguri Yelleiati. Parme 1874, exl. la Rev. d" anthroi) . , t. IV, p. 711, 1875); les Casmonates, Casmonates; les Euburiates, £î/fczirmies; les Magelles,il/a^e//j; les Vilielles, Fi/'e///; les Statyelles, Statyelli ou Statiellates ex Ligurum gente, dont les villes principales Carystum et Aquis paraissent avoir été Garusco et Acqui ; les Celelates, Celelates ; les Cerdiciates, Cerdiciates ; Ilvates, llvates.

Certaine inscription relative à Q. Marcius, recueillie par Gruter, autorise à regarder comme Ligures les Stœnes, Stœnei des cols des Alpes Maritimes sur les frontières des Gaules (Corp. inscript., t. 1, § 2, p. CCXCYUI). Ces montagnards que mentionne Tite-Live, que Paul Orose appelle Gaulois, tuèrent leurs femmes et leurs enfants, se précipitèrent dans les flammes, se donnèrent la mort plutôt que de vivre en la servitude romaine. (Tite-Live, I. LXII, épitome, p. 892, coL. Nisard, éd. Dubochet. — Paul Orose, Adversus Pagaiios, Hi&tor, 1. Y, cap. xiv, p. xcviii, Colonia, 1561).

Suivant Pline les Levés, Levi et les Mariques, Mariai fondateurs de Ticinumâo tuellement Pavie sur le Tessin, non loin du Pô, étaient de race Ligure. Ligurum ex qiiihus Levi et Mariai condidere Ticinnm, 7wn procul a Pado, 1. 111, cap. XXI, § 1, p- 175.

A la race Ligure, antiqua Ligurum stirpe, doit-on rapporter, ainsique l'indique Pline (/ce. cit.), les Taurins Taupvoî dont la ville après l'occupation romaine prit le nom à'Augusta Taurinorum, actuellement Turin? Strabon les range aussi parmi les Ligures. Mais néanmoins les Taurins, au nom celtique, sont regardés comme Celtes par beaucoup d'ethnographes, en particulier pai' M. Maxiniin Deloche, qui d'ailleurs considère les Ligures comme ne dilférant pas des Celtes

FRANCE (anthropologie). Cil

au point de vue ethnologique. (Max. Deloclie, Acad. des Insc, 15 fév. 1878).

Tavpfnoi Tî oîx.oùfft Atyu(TTr/.ôv sd-joç y.cd SXkoi AiyDî!;...usrà. §s toOtouj y.oà tôv ïlà.Sov 2a),a<T(70Î ■UTTÈp Ss. toûtwv £v T«lç y.opyfpatç KcVtowvs; y.al KaTÔoryiî; -/.al Oùâpaypot v.al

NavTouàTal... (Strabon, 1. IV, cap. vi, § 6, p. 170).

Dans les Alpes habitaient les Vagiens, Vagienni que Pline paraît regarder comme étant issus des Caturiges du versant occidental- Ces Vagiens se trouvaient au pied du mont Viso, Ve%ulus mons, à la source du Padiis, le Pô (1. III, cap. xx, § 3, p. 174). Padus e gremio VesuU montis, celsissimum in cacumen Alpiitm eîati, finibus Ligurum Vagiennorum (Pline, loc. cit., cap. xx, g 3, p. 174).

D'ailleurs Strabon, qui range parmi les Ligures les habitans des Alpes Cottienues, s'étendant du mont Viso au mont Cenis, c'est-à-dire les Caturiges et les Centrons du versant occidental, correspondant au pays d'Embrun et à la Tarentaise, paraît en rapprocher également les Salasses, Salassi IxkcctTijoi, qui anciennement habitaient le val d'Aost, les Veragres, Veracjri, obà.p aypoi, et les Nantuates, Nantiiates, Navrouàrat, anciens habitants du Bas Valais et du Chablais. Il faut toutefois rappeler que précédemment à propos de la race de Cro-Magnon etdes Atlantes on a remarqué l'homonymie de ces SaXao-o-ot des Alpes avec les 2a)iâ(7(7iot indiqués par Ptolémée dans le nord de l'Afrique, principalement peuplé par la race Atlantique (Géog., 1. IV, cap. ii, p. 255-257). Il sera également dans la suite de nouveau parlé de quelques-unes de ces tribus, comme les Caturiges, les Centrons dont Pethnogénie peut être en grande partie ligure, mais dont les noms ont été considérés comme Celtiques, et paraissent plus ou moins attribuables à l'immixtion d'émigrants septentrionaux.

La Celto-Ligurie qui s'étendait du Hhône aux Alpes, quoique remontant dans le bassin de ce fleuve au delà d'Avignon 'Ao'jîviV;, paraît s'être avancée bien plus au nord dans la chaîne des Alpes, où l'on vient devoir mentionner les Caturiges, Catnriges,KKr6pt'^sç, anciens habitants des vallées de Chorges et d'Embrun, les Centrons, KevTp&iveç, les Nantuates et les Veragres anciens habitants de la Tarentaise, du Chablais et du Bas-Valais. Ce nom de Celto-Ligurie, exprimant la coexistence dans la région sud -est de notre pays de Celtes et de Ligures KîlToltyja; , ne semble résulter que de l'immigration, dans cette région occupée par les Ligures, de peuplades Celtiques paraissant s'être avancées plus dans la vallée du Rhône largement ouverte que dans les gorges peu accessibles du versant occidental des Alpes. D'ailleurs certaines tribus celtiques se seraient avancées jusque sur le littoral, telle aurait été celle des Ségobriges sur le territoire desquels les Grecs Phocéens élevèrent Marseille, ainsi qu'il sera ultérieurement indiqué.

Les principales peuplades ligures de la Celto-Ligurie , d'après Polybe, Strabon, Pline et Ptolémée, sur le littoral à l'ouest du Var, étaient les Deciates, Deciates, Ae/.taTtot, Aî/t/îToî, dont la ville devint 'A-jrîTzoliç actuellement Antibes, puis les Ligaunes, L/^roHni et les Oxybes, Oxyhii, 'O^uêîoi. (Polybe, Hist., 1. XXXllI, § 7, p. 401, coll. Didot. — Strabon, 1. IV, cap. i, § 9, p. 153 ; cap. vi, § 2, p. 168. — Ptolémée, Géogr., 1. II, cap. ix, p. 145, texte et tr. lat. de Wilberg).

« Ligurum celeberrimi ullra Alpes Salluvii, Deciates, Oxubii... » (Pline, 1. III, cap. VI, § 1). — « Regio Oxubiorum, Ligaunorumque : super quos Suetri, Quariates, Adunciates, Regio Deciatium... Aqua; Sextiae Salluviorum... Apta Julia Vulgenlium, Alebeca Reiorum ApoUinarium... Augusta Tricastinorum. » (Pline, 1. III, cap. V, g, 6.)

Les Sallyes, Salluvii, 2;a>u£î,dont la capitale fut plus tard appelée Aquœ Sextiœ, actuellement Aix, paraissent avoir possédé un territoire assez étendu à l'est du

612 FRANCE (aktiiropologie).

Piliône, territoire circonscrivant sur le littoral les possessions peu étendues de la petite peuplade celtique des Segobiiges. De ces Salluves quekjues-uns, prenant piu't aux minorations des peuples celto gaéliques, franchirent les Alpes et vinrent se fixer près des Lseves, Lœvi, peuple Ligure habitant auprès du ïessin, suivant Tite-Live. « Salluvii prope antiquam gentem Lsevos Ligures incolentes circa Ticinum amnem » (1. Y, §55, p. 155).

Yerceil, plus tard possédée par les Libiques, selon Pline, aurait été fondée par les Salljes ou Salluves. « Yercellse Libicorum ex Sallyis ortœ » (I. 111, cap. XXI, p. 175).

Ces Libici, AeSî/.t&t de Pline et de Polybe, ainsi que l'a fait remarquer M. de la Saussaye, à propos de quelques médailles, paraissent eux-mêmes y être venus du voisinage des bouches occidentales du Rhône, appelées ora libica suivant Pline. (Polybe, 1. 11, cap. xvii, p. 80, coll. Didot. — P. de la Saussaye, Numismatique de la Gaule Narbonnaise, 111, p. 92, Libici. Blois-Paris, 1842. — Pline, 1. 111, cap. v, p. 159).

Dans l'intérieur des terres habitaient les Yulgientes, Vulglentes, dont la capitale était Apta, Apt, dans le département de Yaucluïe, les Suètres, Suetri, les Quariates, Quariates, les Adunciates, Adunciates, les Ueies, dont la capitale Alebece, Alebece Reiorum, serait Riez, dans les Basses-Alpes. Quant aux Yoconces, Vocontii, ils formaient une puissante peuplade qu'une inscription rapportée par Gruter range, ainsi que les Salluves, au nombre des Ligures (Corp. Inscripl. cum adnot. J. G. Grsevii, t. 1, pars II", p. ccxcviii) ; leur territoire s'étendait jusqu'à celui des Allobroges des Lords de VIsara, l'Isère. Toutefois cette origine ligure semble lort contestée par Frcret. (Fréret, Œuvres complètes, éd. de Septchênes, t. lY, p 206). En eflët, Pline en parlant de Novaria, Novare, entre Yerceil et Milan, alors possédée par les Yoconces, réfute Caton qui donne cette ville aux Ligures. « Novaria ex Yertacomacoris Yocontiorum hodieque pago, non (ut Cato existimat) Ligurum ». (Pline, Hist. nal., I. 111, cap. xxi, p. 175).

Quant à l'Ibéro-Liguiie, comprise entre l'ibérie et le Rhône, ainsi que l'indique Scylax, elle ne devrait son nom qu'au mélange des Ligures et des Ibères en cctie région maritime (Scylax, Periégèse, § 7, p. 17, coll. Didot; — Plutarque, Yie de Paul Emile, § 8, p. 508, coll. Didot). Toutefois il est bon de remarquer que d'après Scymnos de Chio et Festus Avienus, qui donnent le Rhône comme la limite entre l'ibérie et les âpres Ligures, on pourrait être porté à penser qu'à une certaine époque, le littoral, s'étendant de ce fleuve aux Pyrénées, aurait été exclusivement peuplé d Ibères (Scymnos, vers 2l)6-8, p. 20-4. — Feslus Avienus, Orse marit., vers 609-611, p. 158-140). Selon M. Boudard, le numismate cellibérien qui a étudié les anciennes monnaies de Beterrœ, actuellement Réziers, de Nedenacoen, depuis Narbo et actuellement Narbonne, dont les habitants sont encore appelés Nedeneses par les montagnards des Albères, anciennement dans cette région on parlait la langue des Ibères, et l'on avait les mêmes sortes de monnaies qu'en Hispanie. (Aperçusur la numismatique gauloise, p. 7-8, 1866, Paris : Rev. archeol. — Boudard, INumism. ibériemie, carie; et g 67, Kedhena-Narbo, p. 257 et ailleurs).

Les principales peuplades occupant cette région étaient les Elezykes, les Bebrykes et les Sordes. Habitant à l'ouest du Rhône, le peuple Elezike, gens Elezicum, nous est montré par Festus Avienus comme occupant, sur les bords (le VAttagus, l'Aude, le pays où plus tard s'éleva Narbo, Narbonne. Iléeatée dit que les Elezykes, 'E)-i(7uxo[, étaient de race ligure :

FRâ:<CE (anthropologie). 613

« ...Gens l'^lezicum prius, Loca huic tenebat ; atque Narbo civitas,

Erat ferocis maximum regni caput. » (Festus Avienus, Orse marit., vers 585-587).

'E)îcnjzoi â'Qvoî Aiyijwv iv. Evp. (Hécalée, Hist. Graecor., fragmenta, § 20, p. 2 du t. I, coll. Didot).

D'après Scymnos de Ghio, Silius Italiens et Tzelzes, les Bebrykes BsSoijzeç, paraîtiaient avoir habité la région montagneuse voisine unissant les Pyrénées aux Cévennes. (Scymnos de Ghio, Periégèse, vers 197-199, dans Fragments des poëmes géograph. de Letronne. Paris, 1840. — Silius Italiens, Les Paniques, 1. 111, vers 445-444, lexte et trad. de Gorpet et Dubois, Panckoucke, 1. 1, 1856).

TcJv TzdcXcr.t fxsv BîÇpûxwv, vuv dz Napê&ivvjcrtwv eoTi tô HyiDyivatov opo;. (Tzctzes,

Scholie de Lycophron, t. 11, p. 665, vers 516; édit. de Gottfried Mnller).

Suivant Dion Gocceianus et Dion Gassius, ces Bebrykes sembleraient avoir occupé une grande partie de la Narbonnaise : Aîwv Ss ô Rozzctavo; toùj Napêwvvjo-iov; BcgpOx.K; liyu. (Dion Gassius, 1. I-XXXVI, cap. clxxv, p. 286, texte et trad. de Gros). Aussi, en leur voyant donner à peu près le même territoire qu'aux Elezykes, ainsi que le remarque M. Alex. Bertrand, peut-on se demander si ces deux peuples n'auraient pas constitué une seule et même nation, ou ne se seraient pas successivement fixés dans la même région. {Bull. Soc. d'antkr., 2''série t. III, p. 120). Il est d'iiilleurs bon de rappeler, avec M. de Banse, que d'après Tzetzes et Stéphane de Byzance, ces Bebrykes voisins des Pyrénées, habitant auprès des Ibères et des Ligures d'Europe, étaient les homonymes des Bebrykes qui habitaient près du Pont en Asie-Mineure, non loin des Ibères et des Ligures asiatiques du versant sud du Gaucase, précédemment mentionnés, {Bull. Soc. (Vanthr., 2" série, 1. 1, p. 481. — Tzetzes, loc. cit., p. 665. — Stéphane de Byzance, De Urbibus et populis, texte et trad. lat. de Thomas de Pinedo, p. 156. — Denys de Byzance ou le Périégète, Fragmenta, § 1, p. 61. Auapl., Bospori Thracii, t. II des Geog. Graeci Minores, coll. Didot).

Ces Bebrykes, dont une autre peuplade, selon Festus Avienus, paraîtrait avoir habité en Hispanie, an sud de VIberus, l'Ebreet de Tarraco, Tarragone, non loin du Tyris, affluent du Xucar, auraient- ils été les compagnons des Ibères et des Ligures dans leurs migrations? (Fest. Avien., Orse marit., p. 132-148, notes 23 et 25). On verra dans la suite que divers colons phéniciens, rhodicns, phocéens vinrent d'Orient se fixer ainsi sur notre littoral méditerranéen.

Enfin dans les Pyrénées orientales, sur les rives du Telis et du Tecum ou Techis, actuellement le Tet et le Tech, habitaient, au bord de la mer, les Sar- <lons, Sardones, dont les villes principales étaient Ruscino, près de la Tour de Boussillon, Perpignan, et lUiberis, grande ville longtemps avant l'époque romaine, actuellement Elue. Dans les montagnes de l'intérieur se trouvaient les Gonsuaraniens, Consuarani, ainsi que l'indique Pline : « In ora regio Sardonum, intusque Gonsuaranorum. Flumina : Tecum, Vernodubrum. Oppida : Illiberis, magnae quondam urbis tenue vestigium; Ruscino. (Pline, 1. III, cap. v, § 1, p. 157, texte et trad. de Littré).

« Inde est ora Sordonum, et parva flumina Telis et Tichis... Ruscino, viens Illiberri, magnœ quondam urbis, et magnarum opum tenue vestigium. » (Pomponius Mêla, 1. II, cap. v, p. 635.)

Le pays habité par ces Sardones et ces Gonsuarani répondait approximativement- au département actuel des Pyrénées-Orientales, à une partie de celui de

614 FRANCE (anthropologie).

l'Ariége, voire même au territoire de h république d'Andorre, Pagus Andori^ensis.

Ces Sardes ou Sordes, Sardones, Sordones, Sardi ou Sordi de Sarde fourche, en basque, selon Boudard (Numism. ibérienne, p. 128), mentionnés aussi par Festus Avienus rappellent, le nom des Sardes de l'île de Sardaigne, locpSû ; qu'on a vu précédemment, d'après Pausanias, avoir été colonisée par des Ibères conduits par Norax (Festus Avienus, Orée mari t., p. 136. — Pausanias, Pliocide, 1. X, cap. xvii).

Après avoir indiqué la répartition géographique des Ligures, en Asie et en Europe, il importe de chercher à décrire leurs caractères anthropologiques. Dans les temps historiques les plus reculés, les Ligures paraissent avoir été considérés comme présentant une conformation ostéologique toute particulière : car Aristote croit devoir s'élever contre l'assertion erronée qu'ils avaient seulement sept paires de côtes : iiept yàp Aiyijov twv xx),oup.5vo>)v ïma.TtXz\jpùù-\) (Aristote., Hist. des animaux, 1. I, cap. xv, t. 111, p. H, coll. Didot).

Ces Ligures sont dépeints par Diodore de Sicile comme étant maigres, Irr^vol de pelites dimensions, mais robustes, sùrovot, par suite d'un constant exercice ; par Tite-Live, Plutarque, Festus Avienus, comme une race intraitable, courageuse, belliqueuse, endurcie aux fatigues de la guerre. (Diodore, L IV, § 20 et 1. V, § 59. Dindorf et Muller, coll. Didot.).

« Liguriumdurum in armis genus. » (Tite-Live, 1. XXVII, cap. xlviii).

'j.iyjuov -/.où ôvuLOEiSi; sOvo;. (Plutarqu3, Vie de Paul Emile, t. I, cap. vi, p. 507, coll. Didot., voir aussi Festus Avienus, Orse marit., vers 609).

Actuellement encore, selon M. Gillebert d'IIarcourt, les descendants des Ligures des Alpes-Maritimes présenteraient un tempérament sec, nerveux et musculeux (Le climat des stations hi\ernales des Alpes-Maritimes, p. 16, 1870).

Po-idonius, Strabon et Diodore de Sicile montrent la femme ligurienne prise des douleurs de l'enfantement, ne quittant que momentanément le champ qu'elle cultive pour aller accoucher à l'écart, se déhvrer elle-même, laver son enfant, et revenajït immédiatement se mettre au travail. Tacite a gardé le souvenir de cette mère ligurienne qui, au sac d'Intemeliwn, actuellement Vintimille auprès de Nice, après avoir fait cacher son fils, jusqu'à son dernier soupir répondit aux Romains qui la torturaient, qu'il était dans ses lianes. Telle était l'énergie de ces anciens Ligures (Strabon, 1. III, cap. iv, § 17, coll. Didot. — Diodore de Sicile, 1. IV, § 20. — Tacite, Hist., 1. Il, cap. xiii, p. 188 du t. IV, texte et trad. de Dureau de Lamalle).

Parmi les ossements que MM. A'icolucci, C. Vogt et Pruner-Bey pensent pouvoir rapporter à la race ligure, surtout parce qu'ils ont été recueillis dans la x'égion du nord-ouest de l'Italie et du sud-est de la France qu'on a vue avoir été principalement habitée par les Ligures, se trouvent; deux crânes de Marzabotto recueillis par M. le comte Gozzadini dans la vallée du Réno entre Bologne et Florence, deux crânes de l'île d'Elbe trouvés par M. Foresi avec des instruments de pierre et de bronze, un crâne découvert à Mezzana Corte à 7 m. 50 de profondeur dans les alluvions du Pô, deux crânes recueillis par M. Canestrini dans une marnière à Gorzano près de Modène, un crâne trouvé à Cadelbosco, trois autres provenant des terramares de Torre de la Maina, en particulier deux calottes crâniennes et plusieurs têtes trouvées par M. le duc de Luynes, en faisant déblayer le sol de la chapelle de Saint Michel sur la montagne de Valbonne, dans le département du Var, un crâne avec des fragments de squelette recueillis par

FRANCE (anthropologie). 6]o

M. Bourguignat dans une tombe recouverte d'une couche épaisse de pierres et de terre, sur la montagne de Camp-Long, près deGrasse et de Saint-Césaire, dans

Fig. 10. — Cràaa Ligure (Nicolucci. La Stirpe Ligura... 18Si).

le département des Alpes-Maritimes, etc., etc. (Nicolucci, Deux crânes anciens du type ligure : Bull. Soc. d'anthr., t. VI, p. 259-261, 1865. — La Stirpe Ligura in Italia ne tempori antichi e moderni, Napoli, 1864.— G. Vogt, Bull. Soc. d'anthr., 2*= série, t. I, p. 82-94, 1866. — Pruner-Bey, Anciens crânes du type ligure : Bull.

Soc. d'anthr., t. VI, p. 458-474,

1865, et 2'= série t. I, p. 442-467,

1866, etc.).

Selon M. Pruner-Bey et M. Hove-

lacque on devrait également rapprocher de ces' crânes ligures ceux recueillis par M. de Mortillet dans le couvenL des religieuses claristes d'Annecy, en Savoie (D. Mortillet, Pruner-Bey, Bull, delà Soc. d'anthr., t. VI, p. 189-199, 1865. — llovelacque, Bull, de la Soc. d'anthr., 2« série, t. IX, p. 708, 1874).

Si d'une part l'on remarque que, parmi les crânes anciens, la plupart plusou moins brachycéphales, recueillis dans les régions sud-est de notre pays et nord-ouest de l'Italie principalement occupées par les Ligures, quelques-uns peuvent provenir d'immigrants Galates, comme les Gaulois de Marzabotto, plus ou moins do]ichocé()hales, étudiés archéologiquement par M. de Mortillet, race dont il sera uUérieurement

Fig. 11. — Crâne Ligure.

(Nicolucci. La Stirpe Ligura... 1864)

616 FRANCE (anthropologie).

parlé ; et si d'auti'e part l'on tient compte que, suivant MM. Broca et Topinard, les variations de l'indice céphalicjue chez les individus appartenant à une même race pure sont ordinairement inférieures ou égales à dix centièmes, on est amené à ne considérer comme ci ânes ligures de pure race que les plus bracliycé|jliales, c'est-à-dire ceux présentant des indices céphaliques variant de 82 à 92 pour 100. (De Mortiliet, Les Gaulois de Marzabotto : Rev. archéol, 1" novembre 1870; voy. Rev. d'anthr., t. II, p. 219. — Broca, Rull. Soc. danthr., 2"= série, t. IX, p. 398.) Or parmi près de quatre-vingt crânes savoyards mesurés par M. Hovelacque offrant un indice brachycéphalique moyen de 85,41 voire même 85,62 pour 100, plusieurs atteignaient 86, 87 89 et 90,11 pour 100. Il est vrai que récemment, M. Thaon sur 10 conscrits d'Utelle près de Nice à 855 mètres d'altitude dans les Alpes maritimes, a constaté des indices céphalométrique variant de 74,75 à 87,21 pour 100 et des tailles variant de 1",555 à 1"',742 ; mais ces variations considéi'ables de taille et d'indice céphalométrii[ue doivent porter à penser que les habitants de cetle petite localité sont loin d'être de l'ace pure, et qu'aux brachycéphales ligures se sont mêlés des dolichocéphales appartenant à d'autres races (Hovelacque: Rev. d'anthr.,. t. VI, p. 227-252, 1817 et 2'= série, t. I, p. 1, 1879. —Thaon, BuU. Soc. d'anthr., 2« série, t. XII, p. 452, 1877).

Si l'on cherche à déduire une caractéristique ethnique de l'étude de l'ensemble des brachycéphales du nord de l'Italie, et du sud-est de la France, il semble permis d'assigner à cette race ligure les caractères suivants : le crâne nonseulement court, arrondi, le diamètre antéro-poslérieur n'étant guère que de 16 centimètres, le diamètre bilatéral maximum tombant assez en avant de 14, et l'indice céphalique horizontal d'environ 87 pour 100; mais aussi crâne haut, petit, peu volumineux, d'une assez faible capacité, quoique le diamètre vertical soit assez grand, de près de 13 centimètres; occiput large, à protubérance occipitale faible ou nulle; trou occipital situé assez en arrière; régions temporo-pariétales bombées, bien développées surtout en arrière; coronal peu large, plus ou moins droit et arrondi avec légère dépression horizontale entre les arcades sourcilières et les bosses frontales saillantes, au-dessus desquelles l'os fortement rejeté en arrière devient plat et souvent se joint aux pariétaux par une légère dépression régnant le long delà suture, qui, comme les autres sutures, est généralement simple; apophyses mastoïdes droites et peu développées ; aicades zygomatiques écartées, — Face large et peu haute ; orbites larges ; os malaires saillants en dehors et en bas; maxillaire supérieur peu élevé, parfois léger ; prognathisme alvéolaire, d'ailleurs alvéoles généralement courtes ; arcade dentaire parabolique, très-élargie en arrière ; voûte palatine profonde, dents relativement petites ; maxillaire inférieur peu haut, à branche montante courte, et apophyse coronoïde large et courte. — Os des membres grêles, courts, de petites dimensions, indiquant une stature moyenne ou peu élevée; fosse olécranienne de l'humérus souvent perforée ; fémur peu volumineux, courbé dans le sens antéro-postéri&m', à col court, assez incliné, etc., etc.

FRANCE (anthropologie).

MENSURATIONS D OSSEMENTS PARAISSANT CARACTERISTIQUES DE LA RACE LIGURE.

(Ces mensurations sont extraites des mémoires de MM. Nicolucci, Vogt et Pruner-Bey: Sur d'anciens crânes du type liiruie, ^ur des crânes antiqutîS trouvés en Italie. [Bull, de la Soc. d'Xnthrop. t. VI, p. 261 et 467, et 2' =ér. t. I, p. 88 et 456]).

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