‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 126 sur 163 · VACCINATIONS ET VARIOLE EN FRANCE · texte numérisé non relu

VACCINATIONS ET VARIOLE EN FRANCE

NAISSANCES. VACClNAUOÎiS. VABIOLE.

1870 Les élats manquent.

Parmi les défigurés, il y a beaucoup d'aveugles, et M. Vacher constate qu'en général, la plus forte proportion d'aveugles correspond aux dépai'tements où la vaccine est le plus négligée. Les infirmités consécutives à la variole expliquent aussi pourquoi les chiffres de non-vaccinés, indiqués par la statistique médicale de l'armée, sont plus faibles que le tableau précédent ne le ferait supposer; ces infirmes ne peuvent devenir des recrues. M. Vacher estime à 44 pour 100 les non-vaccinés du Morbihan.

Chauffard et Veruois relèvent 89 954 décès dans l'épidémie de 1870-1871. Ce n'est qu'une partie de la vérité.

D'après l'état de la vaccination dans les départements bretons, M. Léon Colin a raison de dire que, pendant les dix ou douze années qui précédèrent la formidable épidémie de 1870, la région occidentale de la France peut être considérée comme étant plus particulièrement le foyer de l'affection variolique et qu'eu annonçant que la variole nous arriverait probablement de l'Ouest, on faisait une prédiction qui avait grande chance de se réaliser.

On sait ce que fut cette réalisation et comment elle donna tort à la théorie de la marche fatale de la variole dans la direction du Sud au Nord. L'épidémie française de l'Ouest s'irradia, en deux ans, dans tous les sens; à l'Est, sm* Paris, l'Allemagne, la Russie, Vienne et Rome; au Nord, sur Hambourg, la Suède et le Danemark; à l'Ouest, vers l'Angleterre, les États-Unis d'Amérique;

DECES.

DEFIGDRÉS

FRANGE (pATUOLOGiE). 6r)5

au Sud, dans nos grandes villes du centre et du Midi, Orléans, Bordeaux, Lyon, etc.

La France a subi, de la part de la variole, ces retours d'acuité épidéœique à longues périodes, dont la maladie est coutumière. On signale spécialement les années 1614, 1666, 1720, 1775; et, plus rapprochées de nous, les périodes de 1822-1829, 1854-1858, 1845-1847, 1855-1858, dont nos rapports de la Commission des épidémies ne font, pourtant, pas assez ressortir la physionomie. On a peut-être exagéré l'importance de ces allures de la variole ; elles ont toujours pour bases la réceptivité des groupes, prépai-ée par les phases d'accalmie, et d'autre part, l'épuisement presque fatal de cette réceptivité par chaque bouffée épidémique, du moment qu'il s'agit d'une maladie dont le virus est subtil et doué d'une extrême énergie. Quelle est la maladie épidémique qui ne copie pas, plus ou moins exactement, cette marche à travers les âges, au moins relativement à une localité déterminée ? La lièvre typhoïde même offrirait ce mode d'évolution épidémique, si l'on y faisait attention ; remarquez que les groupes humains interviennent très-directement dans la constitution de ses foyers et peuvent en précipiter les réapparitions ; notez aussi que la réceptivité pour cette forme est à peu près limitée à l'âge moyen de la vie, ce qui limite aussi le champ de son extension, renferme dans un cercle étroit l'épuisement de la réceptivité que peut atteindre ■chaque épidémie et assure la rapide formation d'un nouveau groupe réceptif.

Si la variole prenait ainsi, par une propriété intrinsèque, la puissance d'extension au plus haut degré tous les dix, douze ou quinze ans, cette recrudescence d'épidémicité se ferait sentir à peu près dans toute l'étendue d'une contrée, d'un Etat, à ce qu'il semble, et particulièrement dans les points où les frottements humains sont le plus actifs. Or, justement, comme le fait remarquer M. Léon Colin, Paris a échappé à plusieurs recrudescences de la variole en province, notamment à celle qui se manifesta sur une partie de l'Europe, de 1854 à 1858. Ce fait ressort du tableau ci-dessous, dû à M. Vacher [Étude médicale et statistique sur la mortalité à Paris, Londres, Vienne et New-York. Paris, 1806).

MORTAilTÉ PAR VARIOLE, A PARIS, DE 181U A 1S65. PÉRIODES. DÉCÈS PAU VARIOLE.

De même, en 1870, alors que la variole sévissait déjà énergiquement à Paris, Lyon, Bordeaux, M. E. Besnier recevait de M. Leudet, de Rouen, des renseignements d'après lesquels cette ville ne s'associait nullement à la souffrance commune : « Quelques cas de variole disséminés, très-peu nombreux; quelques cas au commencement de mars, à l'hôpital des Vieillards. En ville, on n'entend pas parler de la variole, même dans la classe pauvre. » Nous ne savons si, passé le mois de mars, la ville de Rouen ne fut point entraînée dans le fâcheux mouvement pathologique d'alors; mais ce simple témoignage suffit pour être certain qu'elle était au moins en retard sur nos autres grandes cités. Plus près de nous, Paris, Bordeaux, Marseille, en 1874 et 1875, voyaient la variole faire effort pour reconquérir une place que des mesures de prophylaxie intelligente lui dis-

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putèrent avec succès. Pendant ce temps, Lille était sans inquiétude ; le tour de la grande nnétropole du Nord n'arriva qu'en 1876-1877; dans la première de ces années, il y eut 475 décès varioliques sur 5116 décès généraux, dont 559 au-dessous de 5 ans. Cette dernière circonstance prouve que beaucoup d'enfants n'étaient pas vaccinés et, comme nous l'avons déjà dit, que l'on se prépare à la variole quand on le veut bien. N'en acccusons, cependant, pas la ville de Lille elle-même; cette négligence de la vaccine règne surtout dans la population belge qui afllue aux usines du Nord.

C'est en novembre 1874 que la variole manifesta, à Marseille, son retour à l'acmé épidémique. Depuis 1870, il n'y avait jamais eu disparition complète, et Marseille reçoit du voisinage un élément bien propre à favoriser la transformation en foyers des cas sporadiques, à savoir la colonie piémontaise, n chez laquelle, selon M. Guichard de Choisity, la vaccination est aussi rare que les bonnes conditions d'hygiène. » D;ins les huit derniers jours de novembre, on constata vingt-cinq décès varioliques. Ce chiffre s'accrut bientôt, et l'épidémie ne cessa qu'en juin 1875. Nous empruntons à M. Guichard de Choisity le tableau suivant :

MORTALITÉ GÉNÉRALE ET MORTALITE VARIOLIQUE A MARSEILLE (l874-75).

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