‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 80 sur 163 · décè= filles · texte numérisé non relu

décè= filles

Total. . 2 650.620 décès de G à 1 an pour les deux sexes.

Or, pendant cette même période 1817-1831, la Statistique de France donne ; 1.277.922 décès de petits garçons de 0 à 1 an, et 1.0o6.o59 décès de petites filles, ce qui révèle un déficit de 185.558 garçons et 150.801 filles, ensemble 336.159 décès de 0 àl an. Avec ces données, il est facile de rectifier les coefficients trop faibles que j'ai signalés dans la période 1817-1831.

On trouve alors que le coefficient moyen de mortalité de la première année, au lieu d'être: pour les garçons, de 170 décès pour 1000 naissances, est de. 195,5 ; pour les filles, au lieu de 147 : 168,6 ; et pour les deux sexes, au lieu de 159,2, il s'élève à 182,5, c'est-à-dire précisément à ce qu'il était avant cette période et à ce qu'il se retrouve être après elle, ce qui confirme la probabilité des nombres relevés par Demonferrand et la perte qu'on lui attribue d'un certain nombre de feuilles mortuaires. Nous avons cru devoir établir solidement ce fait, afin de garer des conclusions erronées qu'on pourrait être tenté de tirer de l'extraordinaire atténuation des décès dans la période 1820-1831, constatée dans les tableaux numériques.

Pour ces raisons, et en outre par suite de l'imparfaite séparation des mortnés (séparation qui ajustement été obtenue sur les instances de Demonferrand), nous ne tenons ces documents comme bons qu'à partir de 18i0, et nous ne résumerons ici leur signification qu'à partir de cette époque.

Accroissement progressif et régulier de la mortalité enfantine depuis I8i0.

Considérons d'abord les deux sexes pris ensemble, et, pour dégager les mouvements continus des perturbations annuelles, divisons la période normale 1840-1869 en 5 groupes décennaux : 1840-1849, 1850-18o9, 1860-1869- La mortalité moyenne annuelle de cette première enfance pour les deux sexes se trouve en chacun de ces groupes successifs être de : 160 — 172 — 174,7 décès par 1000 naissances vivantes, c'est-à-dire dans le rapport progressif de 100 : 107,4 : 109,2. On remarquera de plus que l'aggravation qu'a subie la mortalité n'est pas réo-ulière, mais plus forte de la première période au second intervalle pendant lequel on a fermé les Touj^s et durant lequel la mortalité s'est accrue de 7,4 (100 : 107,4), tandis que de la seconde à la troisième seulement de 1,7 (100: 101,7).

En outre, en étudiant la succession des coefficients pour les 2 sexes, on se convaincra que ces moyennes décennales sont dues, non aux hasards des variations annuelles, mais à un mouvement de hausse continue qui se poursuit dessous les oscillations accidentelles'.

En effet, dans la première période (1840-1849) la mortalité descend une année'jusqu'à 144,1 qu'on ne l'etrouve plus depuis, et son taux le plus élevé est de 172,2 et de 170,7. Dans la suivante, le rapport 145,6 ne se trouve qu'une seule année ; encore est-ce le premier terme contigu à la période précédente ; mais on trouve deux fois plus de 174, et deux fois plus de 180, et le

> Devant les contestations qui ont élé essayées depuis quelque temps, il me paraît uiile de donner, année par année, le mouvement de cette mortalité de 0 à 1 an : donc, [ar

FRANCE (démographie). 513

dernier terme est 214 ; enfin dans la dernière période, 1860-1869, on ne trouve pkis de rapport entre 140-149, et une seule lois 150 au début de la période; et 170-180, qui était si rare dans la première décade, est ici le taux moyen, enfin 190 s'y rencontre trois fois, etc. On voit donc que la hausse de la mortalité enfantine se poursuit avec constance pendant ces trente années, les seules qui nous présentent des données certaines.

Quant à la période 18701871, elle a été trop tourmentée pour que l'on puisse en rien conclure; nous pensons pourtant que l'inlluence si favorable des sociétés protectrices de la première enfance commence à s'y faire sentir, mais aussi le dégrèvement naturel devant résulter de la perle de l'Alsace, à forte mortalité enfantine.

Accroissement de la mortalité de chaque sexe étudié isolément. En suivant la même méthode pour chaque sexe, on trouve que dans les trois périodes successives la mortaUté des garçons s'est élevée : de 171,7 à 185, à 188,2; celle des filles de : 150,8 à 158, à 160,5; ou, en centièmes, la première de 100 à 107,8, à 109,7; et la seconde: 100 à 104,75, à 106,5.

Ainsi, l'aggravation a été notablement plus forte pour les garçons que pour les filles; et pour chaque sexe, plus forte de la première à la seconde période (suppression des Tours) que de la seconde à la troisième ; enfin l'examen de la succession des coefficicnls annuels, que nous avons fait pour chaque sexe, montre que, pour les g;u'çons comme pour les filles, l'élévation de la mortalité est un phénomène qui se manifeste et se poursuit sous les variations annuelles. Nous avons constaté que ce mouvement de hausse de la mortalité enfantine se coninue en s'affaiblissant jusqu'en 1870 ; nrais nous ne saurions dire s'il est arrêté.

Mouvement de la mortalité enfantine par âge, par sexe et par état civil. Comme depuis* 1853 la Statistique de France donne, pour la première année de la vie, l'analyse des décès simultauément par semaine et par mois, par sexe, par habitaut et par état civil, nous aurions voulu savoir si chacun de ces éléments de la population enfantine avait vu croître également sa mortalité. Malheureusement la période de 16 ans (1853-1868) S hi seule que l'on puisse

1,000 naissances vivantes, on a compté annuellement en décès deO à 1 an à partir de 1840 :

162 — 157,2 - 166,4 — 156,8 — 154,1 — 144,1 — 170,7 — 158,5 — 159,3 — 172,2, d'où la moyenne de ces dix coefficients est de i 60, 1 3-

Dans les décades suivantes 1850-59, on a de même pour la mortalité annuelle :

145,6 — 162,5 — 162,2 — 140,7 — 180,1—174,4 — 169 — 184,9 — 176,9 — 214,3, et pour moyenne de ces dix cofficients, 17 1,96.

De même pour (860-69 :

150,2 — 191,7 — 162,7—179.0- 173,5— 191— 161,8 — 171—190,8—174,4, et pour moyenne des dix coefficients t 74,67.

Enfin, pour les sept dernières années (870-76, je trouve : 189,6 — 212 — 158 — 178,3 — 58,5 169 — 168.

Je dois rappeler ici (sans pouvoir discuter ce point de méthode) l'enjambement des années qui fait que, par exemple, tous les décès de 0 à 1 an enregistrés en 1872 ne sont pas exclusivement tributaires des nés en 1872, mais aussi, environ pour 1/4, de ceux de l'année précédente, etc.; c'est pourquoi il convient de comparer ces décès de 0 à 1 an (dont l'âge moyen est environ de 1/4 d'année), non aux naissances enregistrées la même ann^je, mais plutôt (à défaut de meilleurs documents) à un nombre formé de 1/4 des nés dans l'année précédente et 3/4 nés dans le cours de l'année où les décès ont été enregistrés : c'est en opérant ainsi que le rapport des décès aux naissances qui, en 1872, est de 152 (en partie à cause de la faible natalité de 1871), remonte à 158; que celui de 1875, de 170, baisse à 169, etc.

^ En 1869, on n'a pas publié les documents concernant cette analyse; et, dans les années suivantes, on n'a pas conservé les mêmes divisions, ce qui s'oppose à la comparaison avec les

DICT. ENC. i° s. V. 53

514 FRANCE (démographie).

étudier, est trop courte pour permettre de saisir les mouvements constants de hausse ou de baisse de chaque élément qui se cachent sous les variations accidentelles de chaque année. Quoi qu'il en soit, divisant cette période de 16 années en deux périodes de 8 ans, nous avons fait la somme des coefficients de mortalité pour chaque élément d'âge, de sexe, d'état civil et d'habitat pour chacune de ces périodes de 8 ans, afin de pouvoir les comparer : nous avons ainsi dressé plusieurs tableaux pour nous permettre d'étudier cette succession; nous résumons succinctement ce travail.

Considérons d'abord la mortalité de la première année d'âge dans son ensemble : pour les garçons légitimes des villes, de 0 ^ 1 an, la mortalité moyenne a été de 182 pour la première époque de 8 ans (1853-1860) et de 188,5 pour la seconde ; ce qui montre que cette mortalité s'est accrue dans le lapport de 100 : 105,5. Pour les campagnes, ce même accroissement n'a été que de 175,5 à 177,4, soit comme 100 : 101,2 ; mais pour les illégitimes le mouvement est plus remarquable ; dans les villes, l'accroissement de leur mortalité a été de 277 à 502, soit comme 100 : 109. Au contraire, dans les campagnes, cette même mortalité, arrivée, il est vrai, à un taux très-élevé, au lieu de s'aggraver, s'est atténuée de 480 à 455, soit dans le rapport de 100 : 94,4 ; le même mouvement se remarque pour les petites filles : dans les villes, la mortalité des légitimes s'est accrue de 100: 104,4; celle des illégitimes de 100: 108,5; mais dans les campagnes l'accroissement des filles légitimes n'a été que de 100 à 102, et pour les filles illéo^itimes il v a eu également une diminution de la mortalité, comme 100 : 95,6. Cette identité des mouvements pour chaque sexe pris isolément en montre bien la sénéralité.

En continuant cette investigation, on trouve que la mortalité de la. première semaine de la vie a diminué de près de 10 0/0 à la campagne et de 7 0/0 à la ville; que dans la seconde semaine elle est restée à peu près la fnême en ville, mais a baissé de 7 0/0 dans les campagnes; que dans la dernière quinzaine du mois elle s'est un peu aggravée, surtout pour les filles légitimes, mais qu'elle a diminué à la campagne pour les illégitimes.

De un mois à trois mois d'âge, la mortalité s'est très-notablement aggravée (en général comme 100 : 108,2), mais surtoutla mortalité des illégitimes (dans le rapport de 100 : 126 pour les garçons et de 100 : 115 pour les filles).

De trois à si.v mois, le même mouvement se poursuit ; l'aggravation dans les villes est considérable et s"élève de 100 à 112. Il pèse surtout sur les illégitimes, dont la mortalité s'est élevée de 100 à 152 pour les garçons, et de 100 à 125 pour les petites filles, tandis que l'accroissement n'est que de 100 : 110 pour les légitimes. — Dans les campagnes, l'aggravation va de 100 : 106,7 pour chaque sexe pour les légitimes, avec une diminution pour les garçons illégitizues (100 : 95,5), et une très-légère augmentation (presque le statu quo) pour les filles ; pour l'ensemble, un accroissement de 100: 106.

Enfin, de six à douze mois d'âge, il y a encore dans les villes un accroissement de mortalité de 100 : 105 environ, mas il pèse surtout sur les naissances illégitimes, dont la mortalité croît de 100 : 127 pour les garçons et de 100 à 125,5 pour les filles; dans les campagnes, le mouvement général est encore

années précédentes. Profitons de l'occasion pour dire que ces cliangements incessants des cadres; et, depuis 1869, ces amoindrissements des analyses, sont des plus regrettables.

FRANGE (démographie). 515

l'aggravation, quoique un peu moins marquée, de 100 à 104,6, mais elle pèse exclusivement sur les légitimes; les filles illégitimes montrent une diminution de 100 à 93 environ.

Ainsi, en résumé, pour ce qui touche les variations étudiées simultanément par sexe, âge, habitat et état civil, nous trouvons une diminution de la mortalité enfantine dans les quinze premiers jours ; statu quo ou légère aggravation dans la seconde quinzaine, puis aggravation continue très-marquée de trois à six mois, et de six à douze mois, surtout dans les villes; moins prononcée, au contraire, dans les campagnes, et avec cette circonstance imprévue qu'il y a diminution constante, et très-marquée, de la mortalité pour les illégitimes des campagnes, alors que ceux des villes supportent le plus lourd de l'aggravation.

différence entre la mortalité des petits enfants de chaque sexe, col. {d) [e). ^ous avons vu que les deux sexes prennent une part fort inégale à la mortalité enfantine : par une particularité bien singulière et bien imprévue, c'est à ce premier âge, oii la sexualité semble être plutôt en puissance, que la différence de mortalité des deux sexes est à son maximum. Ainsi en France (l8o7-186o) la mortalité (dîme mortuaire) des garçons de 0 à 1 an est de 302,3, et celle des petites filles de «ï», ce qui donne, au préjudice des garçons, un accroissement de mortalité comme 100 : «15. Dans la période décennale 18i0-18i9, ce rapport n'était que de 112. Ainsi, non-seulement la mortalité enfantine s'est accrue, mais ce croît a porté davantage sur le sexe masculin.

Cependant, les départements chez lesquels la différence de mortalité des earcons et des filles se trouvait au minimum étaient (a) en 1840-1849 : T Vendée, 99,6 (c'est-à-dire, la mortalité des petites fdles étant 100, celle des petits garçons, tout à fait exceptionnellement un peu moindre, n'est que de 99,6) ; T Indre, 102,3 (la mortalité des petites filles étant 100, celle des garçons est de 102,3) ; 3"= Corrèze, 104,6; 4" Creuse, 105,7 ; V Pyrénées-Orientales, 106,2; r Lot-et-Garonne, 106,8; 7^ AHier, 107,2; 8^ Lozère, 107,9; T Tarn-et- Garonne, 108,2 ; W Nièvre, 108,3; ir Landes, 108,8, etc.; et(B)en 185T-1866 : 1° la Corse, 97 (c'est-à-dire le seul où la mortalité des garçons soit vraiment un peu moindre que celle des filles) ; r Indre, 1 08,3 ; 3' Alpes-Maritimes (n'existant pas en la première période), 108,5; 4" Puy-de-Dôme, 109; 5^ Lot, 109,2; r Seine-Inférieure, 109,5 ; T Charente, 1 10 ; 8'^ Corrèze, 1 10,8; 9^ Seine-et-Oise, 1 1 1,9; 10'- Nièvre, Il2,i ; ir- Landes, Il 2,3, etc. Ainsi, il y a quatre départements : l'Indre, la Corrèze, la Nièvre et les Landes (on pourrait peut-être ajouter le Lot et la Corse), qui sont remarquables à l'une et l'autre période par la faible différence existant entre la mortalité des garçons et celle des filles ; ce sont d'ailleurs des départements à faible mortalité enfantine (sauf la Nièvre, en 1857-1866) et surtout à faible mortalité des petits garçons. A un fait si constant (je parle de ce faible écart entre la mortalité de chaque sexe) il faut des causes constantes, mais je ne saurais les formuler ; elles ne pourraient l'être, sans doute, que par une enquête spéciale sur les conditions de cette mortalité selon les classes sociales, les causes de décès, etc.

Cependant, en o[ position avec les départements dont l'écart entre la mortaéhlé de chaque sexe est au minimum, il y en a où elle est au maximum : (a) en 1840-1849 : 77"= Jura, 120,2 (c'est-à-dire, la mortahté ou dîme des filles étant 100, celle des garçons est 120,2) ; 78^ Ariége, 121,8 ; 79"- Charente, 122 ; W Gard, 122,3; %Y- Bas-Rhin, 122,3; 82'' Ardèche, 123; 83^ Rhône, 123,4; 84^ Loire,

,sl6 FRANCE (démographie).

1 23,5 ; 85"= Haute-Lo'ire, 1 25,3 ; et (b) en 1857 1866 : 82' Hérault, 1 23,7 ; 83' Ariége, 123,8; 84' Vienne, 123,8; Vo"- Jura, 124,1 ; 86" Doubs, 124,5; 87' Haute-Loire, 126,3, et 88' Basses-Alpes, 127. Les départements en italique sont ceux qui, à l'une et Vautre période, présentent l'écart maximum entre la mortalité de chaque sexe. La Haute-Loire doit surtout être signalée sous ce rapport ! Quelles sont les causes qui y font succomber toujours en plus grand nombie les garçons que les filles ? Nous n'en savons absolument rien ! Nous remarquerons seulement que, dans les départements où la mortalité pèse surtout sur les garçons, elle est pourtant très-lourde pour l'un et l'autre sexe.

Mortalité de 1 à 5 ans, Tabl. IX, travée [56]. Nous allons faire la même étude pour les enfants de 1 à 5 ans ; mais il s'agit maintenant de la mortalité proprement dite di g/Pi g. La mortalité moyenne à cet âge est de 34,65 décès par 1000 enfants de 1 à 5 ans pour 1857-1866; la probabilité mathématique de mort (d^.j/Si) est de 31,85, soit près de 32 décès annuels sur 1000 survivants de 1 an jusqu'à 5 ans (année moyenne). La période précédente, 1840-1849, elle, avait été de 35,8, par conséquent (et contrairement à ce qui est arrivé à l'âge précédent) la mortalité de ce groupe d'âge s'est un peu atténuée de 1840-1849 à

Les départements où la mortalité de cet âge a été la moindre en 1857-1866 (comme précédemment, nous mettons entre parenthèses la mortalité de la période précédente) sont: r- Haute-Marne, 19,85 (21,15 en 1840-1849) ; 2' Indreet-Loire, 20,4 (22,8); 3' Orne, 20,4 (17,5); 4' Aube, 21,2 (26,2); 5' Sarlhe, 21,3 (20,3) ; 6' Meuse (22,3 (28,7) ; r Maine-et-Loire, 22,5 (22,4) ; 8' Calvados, 22,7 (21,7); 9' Manche, 23,1 (25,5); 10' Doubs, 23,8 (28,6), etc. On remarquera que ces départements se groupent en deux régions géographiques . Les uns A à l'ouest : la basse Normandie, le Maine et la Touraine; enfin toute une bande de départements qui, partant de la Manche ou du Calvados, se continue au sud par l'Orne, la Mayenne et la Sarthe, Maine-et-Loire avec Indreet-Loire ; on peut même y ajouter les voisins l'Eure et la Loire-Inférieure ; les autres B à l'est, région presque symélrique à la précédente, prononcée surtout en 1857-1866, et comprenant : la Champagne, la Franche-Comté et partie de la Bourgogne, ou plus précisément la Haute-Marne, l'Aube, la Meuse, le Doubs, la Haute Saône, les Ardennes, la Meurthc, les Vosges, et même la Côte-d'Or, tous également remarquables par la faible mortalité des enfants de l à 5 ans.

Cependant, le groupement géographique des déparlements à l'orte mortalité de 1 à 5 ans est encore bien plus remarquable, puisque les onze départements les plus décimés par la mort se rangent avec une régularité extrême le long des rivages méditerranéens, comme il suit: 79'' Alpes-Maritimes, 50; 80' Ariége, 50,31.48 en 1840-1849) ; 81' Var, 50,4 (60,5); 82' Aude, 56 (56,1); 83' Basses- Alpes, 56 (61,5) j 84' Vaucluse, 56,5 (56,9); 85' Hautes-Alpes, 62; 86' Bouchesdu-Rhône, 66 (62,9) ; 87' Hérault, 68,3 (58,8) ; W Gard, 70,4 (6l,6) ; 89' Pyrénées-Orientales, 77,2 ! (57,6) ; en outre, les départements les plus frappés après ceux-là sont ceux qui sont adjacents à cette zone: 77' le Tarn, 47; 74» Aveyon, 42,7 : 76' l'Ardèclie, 44,8, et 70' la Drôme, 40,6 ; et, aux deux périodes étudiées, cette même distribution des départements à forte mortalité se rencontre presf/ue identique'. C'est là un arrangement des plus singuliers, des plus inattendus et absolument inaperçu avant ces investigations de la démographie.

FRANCE (démographie). . 517

Et cependant les différences de la mortalité entre le département le moins frappé : la Haute^Marne (avec une mortalité de 19,8), et les plus décimés : Gard et Pyrénées-Orientales (avec mortalité de 70 et 77), sont exti'èmes et plus élevées qu'on ne les retrouve à aucun autre âge dans le rapport de 20 : 70 ou 77; ou comme tOO ; 350 ou 385! c'est-à-dire trois ou quatre fois plus grande !

Comment se fait-il que nos savants confrères de l'Ecole de médecine de Marseille ne se soient pas aperçus que la mortalité de leurs petits enfants de 1 à 5 ans était formidable, et double et triple de ce qu'elle est ailleurs, et ne nous aient pas renseigné sur les affections qui amènent ces hécatombes frappant k l'âge le plus aimable? Rien ne démontre mieux l'insuffisance de l'observation des faits isolés et ne fait mieux ressortir la puissance de la méthode statistique.

En outre, comme distribution géographique, il faut remarquer qu'aux deux périodes : 1° les départements situés aux deux extrémités anguiaii^es de la carte de France : le Finistère et le Nord, et même son voisin le Pas-de-Calais, puis le petit groupe composé de la Dordogne, de la Haute-Yienne, de la Corrèze, et même du Lot, sont toujours aussi des départements à mortalité aggravée, tandis que le Cantal et la Creuse, d'un côté, la Gironde, de l'autre, qui enserrent entre eux les départements précédents, présentent constamment une mortalité fort allégée ! Pour(|uoi des différences si notables dans des départements contigus, et apparemment non nécessaires, je veux dire non liés au milieu, au climat, pourquoi perd-on 44 à 45 enfants par an et par 1000 dans la Dordogne, alors que dans son voisin la Gironde on n'en perd que 25? Pourquoi 43 dans l'Aveyron et 26 dans son voisin le Cantal? Pourquoi? Comment saurait-on les pourquoi, alors qu'on ne se doutait même pas des faits ! Mais depuis dix ans que nous les avons dénoncés, comment se fait-il qu'on ne s'en soit pas enquis? Pas d'enquête, pas le moindre effort ! Cependant, d'une période à l'autre, si la mortalité générale de 1 à 5 ans a peu varié et baissé à peine de 3 pour 100, de 35,8 à 34,65, soit de 100 à 97, il y a des départements où elle s'est abaissée dans des proportions importantes, tels : r Lot-et-Garonne, 71,4 (c'est-à-dire que, la mortalité de ce département en la première période 18iO-18i9 prise pour 100, celle de la période suivante, 1857-1866, n'est que de 7 1 ,4) ; T Haute-Saône, 77,3; 3*^ Meuse, 77,7 ; T Isère, 78,15; 5" Bas-Pdiin, 79, i ;6" Haut-Rhin, 80,4; T Meurthe, 80,7 ; 8*= Aube, 80,9 ;r Nord, 81,9; 10"' Jura, 82, etc. Ainsi, d'une part et en tout, 50 départements on la mortalité de cet âge s'est plus ou moins abaissée.

D'autre part, il y en a trente-trois où elle s'est accrue. Ceux où ce mouvement a été le plus marqué sont : 73' la Corse, 1 1 3 (c'est-à-dire qu'on y a compté 113 décès au lieu de 100) ; li" Mayenne et 75' Haute- Vienne, 1 13,5 ; 76' Gard, 1 14,1 ; 77' Deux-Sèvres, 1 14,5; 78' Aveyron et 79' Hérault, 1 16 ; 80' et 81' Hautes- Alpes et Hautes-Pyrénées, 117; 82' Orne, 118; 83' Creuse, 120; W Vienne, 125, et Pyrénées-Orientales, 134. Ainsi, pendant le cours entier de cette seconde période décennale, la mortalité s'est accrue, dans la Creuse, de 1/5; de 1/4 dans la Vienne et de I/o dans les Pyrénées-Orientales! et des faits si graves pour ces localités étaient inaperçus ! et leurs causes restent non soupçonnées !

Mortalité comparée des deux sexes aux âges de {à^. J'ai aussi étudié pour

cet âge, et en chacune des deux périodes, la mortalité relative de chaque sexe.

Considérée en général pour la France entière, la différence est faible, car,

518 FRANCE (démographie).

la mortalité des filles étant 100, celle des garçons est de ioi,8 (et 101 pendant la première période). Cependant, il y a environ trente départements où la mortalité des garçons a été moindre, tels : r Hérault, 91,2 (les filles étant 100) ; 2"= Aude, 93,2; 3'Doubs, 93,5 ;4Mlaute-Marne, 94,8 ; S'oindre, 95,1, etc. Il en est où la mortalité des garçons a dépassé plus qu'ailleurs celle des filles ; tels : 80" le Var et 8r Haute-Loire, 109; 8r le Gers, 83" Alpes-Maritimes, 84° la Gironde, MO; 85"^ Vienne, 114,6; 86" Tarn-et-Garonne, 116; 87" Aube, 120; 88" Allier, 1 25. Ainsi, dans l'Allier, la mortalité des petits garçons a été de 1/5 plus forte que celle des filles, etc. Nous remarquerons que la plupart des dépaitements offrant des différences exceptionnelles pour la mortalité comparée des petits garçons et des petites filles sont rarement les mêmes dans les deux périodes étudiées comparativement, d'où il suit que les causes qui, pendant les périodes décennales, ont amené ces résultats, paraissent variables et contingentes. Cependant, il se rencontre aussi des départements qui, dans les deux périodes, ont reproduit les mêmes faits. Ainsi, à l'une et l'autre période, l'Indre, l'Hérault, l'Aude et le Doubs, présentent une remarquable supériorité relative de la mortalité des filles ; et inversement, à l'une et l'autre époque, le Var, la Haute-Loire et l'Aube, offrent un excédant excessif de la mortalité des petits garçons (1/5 en plus dans l'Allier, autant que pendant la première année de vie!). Quelles peuvent être les causes d'un pareil excédant ? Ce ne serait pas là sans doute une con^ naissance sans applications pratiques pour les familles de ces départements.

Il est bien remarquable que dans la Haute-Loire, de 0 à 1 an, comme de l à 5, soit dans la période décennale 1840-1849, soit dans celle de 1857-1866, toujours la mortalité des garçons dépasse avec une intensité anormale celle des petites filles, et que, dans les quatre conditions, c'est précisément le contraire pour l'Indre : la mortalité des filles est exceptionnellement favorisée par rapport à celle des garçons ! ! Pourquoi ??

Je signalerai encore ce fait : c'est que l'écart de la mortalité des petits garçons et de celle des petites filles s'est singulièrement accrue pour certains départements où, en 1840-1849, cet écart était déjà au maximum. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple : l'Aube est un des départements où cet écart est le plus marqué : mais pour la première période il n'était encore que comme 100 : 1 12, tandis que dans la seconde il est comme 100 : 120 !

Mortalité de 5 à 10 ans. En France, elle a été, pendant la période étudiée, de 8,65 décès annuels par 1000 habitants ^ de ce groupe d'âge; les départements où elle s'est rencontrée au minimum sont : i" Haute-Marne, 5,5 ; 1" Aube, 5,7 ; 3" Ardenues, 5,9; 4" Bas-Rhin, 8 ; 5" Meuse, 6,2 ; 6" Doubs, 6,3 ; 7" Haute-

* Si pour obtenir ce rapport c's-io/Ps-io on détermine Pg-jo par la moyenne de trois census ((856-1861-1866), on a Pg-jo = 3.500.000 (c'est ainsi que nous avons procédé pour les âges suivants) ; mais si, comme nous l'avons fait pour la première enfance (0-1 ans et 1-5 ans), à cause des nombreuses omissions babiluelles d'enfauts dans les dénombrements, on calcule la population enfantine d'après les naissances et les décès, et si on pousse ce calcul jusqu'à lapopul. de 5 à 10 ans, on obtient alors pour la France entière une popul. de 5 à 10 ans égale à 3.480.000. C'est en comparant cette population aux décès de 5 à 10 de la période r857-66, soit 29.356 c/g.jo, que l'on obtient le rapport de mortalité : 1° avec la population moyenne dénoncée par les census, = 8,88; S' avec la popul. trouvée par le calcul sur les éléments de l'état civil (naissances et décès de 0-1 ans, 1-5 ans, 5-10 ans), = 8,43. Pour des raisons trop longues à déduire ici [voij. art. Population), nous pensons que ce sont là des valeurs limites ; dés lors nous croyons nous rapprocher le plus possible de la valeur vraie en prenant la moyenne de ces deux rapports, soit 8,65. C'est ainsi qu'a été déterminée la mortalité de 5 à 10 ans en chaque département.

FRANGE (démographie). 519

Saône et 8° Indre-et-Loire, 6,3; 9' Haute-Savoie, W Meurthe et Marne, 6,5, etc. La mortalité est au maximum dans : 80" Bouches-du-Rhône et He'rault, II; 82' Ille-et-Vilaine, 83° Seine et W Nièvre, 11,2; 85" Finistère, 11,7; 86" Hautes-Alpes, 11,9; 87" Corrèze, 12,9; 88" Haute-Yienne, 13,1; 89" Pyrénées-Orientales, 14,1.

Le (groupement géographique est remarquable : les départements à faible mortalité sont groupés 1» au nord-est de la France (la Lorraine, l'Alsace, la Champagne, la Bourgogne, l'Ile-de-France (moins la Seine), la Picardie et même la Normandie, sauf la Seine-Inférieure; il se rencontre un second centre de mortalité au-dessous de la moyenne, au sud-ouest, dans le bassin de la Gironde et de l'Adour (sauf Ie§ Landes), comprenant surtout les départements (par ordre croissant) de Haute-Garonne, de Tarn-et-Garonne, Basses-Pyrénées, Lot-et-Garonne, Lot, Hautes-Pyrénées et même Gironde, Tarn, Gers.

Les départements à mortalité maximum sont moins manifestement groupés.

Cependant, si, pour cet âge, on en excepte d'abord l'Indre-et-Loire, puis la Haute-Loire, la Di'ôme, le Morbihan, on peut dire que la lai'ge zone oblique pariant delà Bretagne et courant au sud-est pour se terminer av^ Alpes à l'est et à la Méditerranée et aux Py7-énées-0rientales au sud, et comprenant aussi la Corse, réunit à peu près tous les départements à forte mortalité avec quelques noyaux de mortalité plus intense, tels : le Finistère, la Corrèze et la Haute-Yienne, les Pyrénées-Orientales.

Cette zone oblique, de forte mortalité, qui commence à se prononcer à cet âge, est d'autant plus remarquable que nous allons la retrouver à tous les âges suivants avec ses mêmes noyaux ci-dessus mentionnés. H est facile de voir qu'elle sépare les deux groupes à faible mortalité ci-dessus signalés.

Mortalité comparée des sexes de 5 à 10 ans. En France, la mortalité générale de cet âge étant 8,65, celle des garçons est de 8,45 et celle des filles de 8,86, ou, en faisant la mortalité des filles ^ lOO, celle des garçons devient 95,4. Mais il est des départements où la différence en faveur des garçons est au maximum, tels : 1*= Moselle, 76,4 (76,4 décès de petits garçons de 5 à 10 ans, alors qu'un même nombre de petites filles en compte 100) ; 2*^ Ardèche, 83,4 ; 3" Drôme, 84,2, etc. Au contraire, les départements où la différence est au plus haut point au préjudice des garçons sont : 80^ Gôtes-du-Nord et 81" Hérault, 104,6 ; 82" Deux-Sèvres, 106,2 ; 83" Gers et 84" Manche, 108,2 ou 3 ; 85" Aube, 108,5; 86" Corse, 109,2; 87" Yar, III; 88" Yonne, 112,3; 89"= Yienne, 125! Pourquoi un excès si insolite de mortalité des petits garçons dans la Vienne ?

Mortalité de 10 à 15 ans. C'est à cet âge que la mortalité est la moindre. En France, je la trouve de 5,5 par au et par 1000 habitants de 10 à 15 ans calculés sur la moyenne des trois dénombrements.

Les départements où elle est au minimum sont : r Bas-Rhin, 2" Ariége, 3' Tarn et 4" Haute-Saône, 4, 1 ; 5" Haute-Marne et 6" Haut-Rhin, 7" Hautes- Pyrénées, 8' Aisne, g-' Meuse et 10" Yonne, 4,2 à 3.

Ceux où elle est au maximum sont : 80" Gôtes-du-Nord, 81" Nièvre et 82" Deux- Sèvres, 6,6; 83" Isère, 6,7 ; 84" Bouches-du-Rhône, 6,8; 85" Haute-Yienne, 6,9; 86" Corrèze, 7 ; 87" Hérault, 7,2 ; 88" Corse, 7,2 ; 89" Finistère, 7,4-

La distribution géographique des départements à faible et à forte mortalité ne diffère pas notablement de celle précédemment signalée : toujours les deux

groupes de de'partements à faible mortalité : 1° bassins de la Seine et du Rhin au nord-est (la Seine et la Seine-Inférieure exceptées par suite des grandes villes et de l'industrie) ; 2° les bassins de la Gironde et de l'Adour au sud-ouest, groupes séparés par la large zone prenant origine à l'extrême ouest de la Bretagne et se poursuivant au sud-est pour se buter aux sommets alpins et aux rives méditerranéennes, traversant même la mer pour englober la Corse et venir expirer aux premiers contreforts des Pyrénées-Orientales. Nous retrouvons ici, comme à l'âge précédent, cette large zone de départements à forte mortalité traversant diagonalement la France de l'ouest à l'est; du nord au sud elle présente, comme ci-dessus, des points déconcentration très-nettement déterminés, et à peu près les mêmes que ceux déjà signalés : Finistère, Côtes-du-Nord, Deux-Sèvres, toujours Haute-Vienne et Corrèze, Nièvre, Isère, Hérault, etc. La constance de cette répartition géographique fait la preuve à la fois de la réalité des phénomènes dénoncés et de la constance des causes qui les déterminent.

Mortalité comparée des sexes f/elO à 15 ans. La mortalité des garçons de 10 à 15 ans est de 5,02, mais celle des filles, toujours plus élevée à cet âge, égale 6,Oi ; et si l'on fait la mortalité des filles égale à lOO, celle des garçons devient 83,6. Mais il est des départements oii la différence en faveur des garçons est beaucoup plus marquée: r Aude, 63,7 (contre 100 pour les filles); 2" Ardèche et 3" Mayenne, 66,6; 4° Hautes-Pyrénées, 66,8; 5^ Basses-Alpes, 67,3; 6" Pyrénées-Orientales, 67,4; 7' Vaucluse, 68,5; 8" Drôme, 69,5; f Moselle, 69,8; 10" Ardennes, 71,4, etc. On remarquera que l'Ardèche, les Basses-Alpes, la Drôme, la Moselle, les Ardennes, offrent, comme à l'âge précédent, la mortalité relative des garçons la plus faible par rapport à celle des filles. Au contraire, dans les départements suivants, la mortalité relative des garçons s'élève et devient presque égale à celle des filles : 80" Indre-et-Loire, 92,6 ; 81" Seine-et- Oise, 93; 82" Aveyron, 93,1 ; 83" Hérault, 96,2; 8i" lUe-et-Vilainc, 96,7; 85' Morbihan, 96,7; 86" Eure, 97,6; 87" Côtes-du-Nord, 99,4 ; 88" Dordogne, 99,5 ; 89" Isère, 100,2 ! Ainsi l'Isère est le seul département de France où, de 10 à 15 ans, la mortalité des garçons égale et peut-être dépasse un peu celle des filles. On remarquera qu'à l'âge précédent l'Hérault, l'Indre-et-Loire, les Côtesdu-Nord, étaient déjà remarquables par la haute mortalité relative des garçons.

Mortalité de 15 à 20 ans. Elle est pour la France entière de î',34.

Elle se rencontre au minimum dans : 1" Aube, 5,01 ; 2" Tai'n, 5,4; 3" Lot, 5,6 ; 4" Orne, 5,6 ; 5" Haute-Saône, 5,6 ; 6" Ariége, 5,7 ; 7" Marne, 5,7 ; 8" Haute- Marne, 5,78 ; 9' Haute-Savoie, 5,8 ; 10" Yonne, 5,9, etc.

Les départements où cette mortalité est au maximum sont : 80" Loire, 9 ; 81" Hérault, 9,1 ; 82" Haute-Vienne, 9,1; 83" Corrèze, 9,3; 84' Corse, 9,7; 85" Bouches-du-Rhône, 9,7; 86" Rhône, 9,9; 87" Seine, 9,97; 88" Alpes-Maritimes, 10,3; 89" Yar, 10,5.

Si on étudie la distribution géographique des départements à faible mortalité, et ceux à forte mortalité, on retrouve plus nette encore la distribution signalée ci-dessus, à savoir, que les départements à faible mortalité jont agglomérés en deux groupes : le premier le nord, et surtout le nord-est ; le second le sud, et surtout le sud-ouest ou le bassin de la Garonne et de l'Adour, et aussi de l'Aude.

L'Aube paraît le noyau central de la première agglomération de nord-est. Autour de lui se groupent la Marne, la Haute-Marne, l'Yonne, avec la Haute-

FRANCE (DÉjioGRAPniE). 521

Saône, et après les Vosges, le Bas-Rhin (non le Jlaut-Rliin), la Meuse, les Ardennes, el même l'Aisne, la Somme, etc., enfin, presque tous les autres départements du nord de la Loire (mais à un degré moindre) sont plus favorisés que la moyenne; il n'y a d exception décidée que pour Seine, Seine-et-Oise, Seine-Inférieure et Haut-Rhin, exception due à la nombreuse population industrielle. Mais ces deux agglomérations sont séparées, et par la Bretagne avec la Manche et par tous les départements du centre du bassin de la Loire et du Rhône avec des noyaux de forte mortalité : toujours Haute-Vienne et Corrèze-, Rhône et Loire, et, sauf l'Aude, tous les départements méditerranéens avec la Corse. Le département de la Gironde et de la Dordogne, qui continuent la Haute- Vienne et la Corrèze, partagent presque leur haute mortalité.

Mortalité comparée des sexes de 15 à 20 ans. Si la mortalité des femmes (î,*» décès par an et par 1000 femmes de 15 à 20 ans) est prise pour lOO, celle des garçons du même âge (6,94 décès pour 1000 hommes de 15 à 20 ans) devient 89,6.

11 y a des départements où elle est bien moindre : f Ardèche, 53,8 ; 2" Drôme, 64,8 ; 3" Nièvre, 7 1 ; 4° Lozère, 7 1 , 1 ; 5' Ain, 71,5; 6' Vaucluse, 71,6; T Mayenne, 72,2; g-^ Haute-Loire, 74,2; r Gard, 74,4; ir Alpes (Basses-), 77,15, etc.

Il en est treize où, au contraire, la mortalité des hommes de cet âge dépasse celle des femmes. Ceux où cet excès est le plus prononcé sont : gr Hérault, 104 (contre 100 femmes); 82' Côtes-du-Nord, 105; 83" Aube, 105,2; W Corrèze, 105,8; 85' Morbihan, 109,8; 86° Loir-et-Cher, III; 87" Eure, 113,2; 88*' Var, 117,2; 89' Corse, 130! Ainsi en Corse, à cet âge, la mortalité des hommes dépasse de plus de 1/4 celle des femmes, tandis que dans l'Ardèche elle n'est que la moitié! Quelles sont les causes de faits si singuliers, si imprévus !

La distribution géographique des départements où la mortalité des femmes l'emporte relativement et absolument sur celle des hommes du même groupe d'âge est bien singulière et fort constante, car elle se retrouve aux âges suivants. Ils sont tous groupés dans la basse vallée du Rhône autour et audessous de l'Ardèche et de la Drôme (des départements de Haute-Loire, Lozère, Gard, Vaucluse, Rasses et même Hautes-Alpes), tandis que les départements côtiers : Alpes-Maritimes, Hérault, et surtout Var et Corse, offrent le phénomène inverse d'une mortalité masculine plus forte. Même morlalité relative très-forte des hommes dans les Landes et la Gironde, l'Aveyron, la Haute-Garonne, les départements bretons ; elle se poursuit dans les départements successifs et contigus : Seine-et-Marne, Aube, Vonne, Haute-Marne et aussi Indre-et-Loire, avec son adjacent Loir-et-Cher, et encore Haute-Vienne, Corrèze et aussi Puy-de-Dôme.

11 est bien remarquable que les départements de la basse vallée du Rhône que nous avons signalés doivent à l'intensité de la mortalité féminine la forte mortalité générale qui les caractérise, car la mortalité des jeunes hommes de 15 à 20 ans de ces départements y est au-dessous de la moyenne générale.

Mortalité des hommes de 20 à 25 a)is. C'est ici qu'il y aurait lieu d'étudier un des faits mortuaires les plus douloureux, offert presque exclusivement par notre pays. Je veux parler de l'accroissement rapide de la morlalité de nos jeunes gens à partir de 15 ans, ainsi qu'on peut le voir à notre article Mortalité dans le tableau figuré (p. 728, fig. 1 et surtout fig. 2), accroissement tel que, la mortalité de ces jeunes gens de 15 à 20 ans étant de 6,9, elle s'élève tout à

522 FRANGE (démogiîaphie).

coup à 10,6 à l'âge sumnt pour rétrograder ensuite à 8,4; 8,6; puis à 9 de 35 à 40 ans; il faut dépasser la 40* année d'âge pour trouver une mortalité égalant et dépassant celle de 20 à 25 ans. C'est là, certes, un fait bien singulier et imprévu ; la loi générale, en effet, c'est que, depuis 10 à 15 ans, âge de la mortalité minimum, le danger de mort aille régulièrement croissant depuis 15 ans jusqu'à la fin delà vie; cette crue est d'abord lente jusqu'à 40 ans, puis va crescendo jusqu'au terme de l'existence.

Mais voilà qu'en France cette loi présente une singulière exception, de 20 à 25 ans, la chance de mort est plus grandeque de 25 à 30, de 30 à 35 et de 35 à 40 ! Si nos jeunes hommes suivaient la régulière progression physiologique, celle qu'on trouve en Suède et ailleurs, s'ils voyaient, par exemple, leur mortalité croître régulièrement de 15 à 40 ans, c'est-à-dire si les coefficients de mortalité à chaque âge, au lieu d'être : 5 (de 10 à 15 ans); 6,9 — lO,6 — 8,4 — 8,6—9, devenaient 5—5,8—6,6 — '?,4— 8,2 et 9, alors, dis-je, au lieu de 52.000 décès que nous comptons de 15 à 35 ans, nous n'en aurions que 42.000. Ainsi, à cet âge précieux où l'homme, tant par ses acquits que par le plus long avenir qui lui semble ouvert, est à l'apogée de sa valeur, nous payons en excédant à la mort prématurée un tribut annuel d'environ 10.000 jeunes existences, dont la mort hâtive n'est justifiée ni par la biologie, ni par l'observation de la plupart des autres pays. Eh bien, ce tribut mortuaire en excédant était encore plus considérable dans la période 1840-1849, ainsi qu'on peut s'en assurer par notre tableau figuré à l'article Mortalité (p. 728, fig. 2) : la succession des coefficients mortuaires était alors 5,4 — 7,14 — 13,4'.— 10,25—9,18-9,68, de 35 à 40 ans. Ainsi, ce funèbre tribut que la mort hâtive prélève comme indûment, et en contravention avec les lois, s'est notablement atténué; de 20.000 peut-être il n'est plus que de 10.000; mais enfin il est encore assez formidable pour qu'il nous importe au plus haut point d'essayer d'en pénétrer les causes et d'en poursuivre le dégrèvement. Mais pour cela il nous faudrait des documents qu'on trouveen d'autres pays, mais non chez nous : lamortalité par âge et par p rofession et aussi par cause de décès. En l'absence de ces données, nous ne pouvons que présumer, qu'indiquer quelques causes de décès plus particulières à ces jeunes hommes. D'abord, il y a la conscription et le temps passé sous les drapeaux, conditions qui, autrefois (vers 1846), doublaient au moins la mortalité de nos jeunes hommes, et qui, aujourd'hui, l'aggravent notablement moins, mais encore dans une proportion qui doit s'élever encore au rapport 100 : 150 (voxj. art. Mortalité, p. 775) ; il y a aussi les morts accidentelles, résultats de l'imprudence et de la fougue étourdie de cet âge, combinées avec l'apprentissage d'une profession dont on ignore encore les dangers ; il y a enfin certaines maladies : la phthisie, la fièvre typhoïde, mais ces trois dernières causes agissent sans doute avec autant d'énergie dans les autres pays, et même les morts accidentelles sont plus fréquentes ea Norvège (par submersion), en Angleterre (par les sévices de la grande industrie), pays qui ne présentent pourtant pas l'aggravation notable de mortalité de 20 à 25 ans, aggravation si marquée chez nous.

Cependant, nous n'avons pu analyser par département la mortalité des hommes de 20 à 25 ans, mais celle de 20 à 30, ce qui dissimule en partie le croît de mortalité de 20 à 25 par nos jeunes gens, sans l'annuler tout à fait pourtant, puisque la mortalité des deux sexes de 20 à 30 ans est de 9,31 (9,56 pour les hommes et 9,05 pour les femmes) ; et à l'âge suivant, ce

FRANCE (démographie). 525

danger de mort, au lieu de croître avec 1 âge, ainsi que le ferait présumer la physiologie, et comme il arrive en effet pour les femmes, au contraire, s'atténue un peu et descend à 9,88 (8,î4 pour les hommes et 9,815 pour les femmes) ; mais on voit que cette atténuation anormale porte en entier sur le sexe masculin qui, de 9,56, descend à 8,^4. En étudiant cette mortalité de 20 à 30 ans, nous aurons donc à signaler les départements où elle paraît être le plusen excès.

Mortalité de 20 à SO ans. La mortalité générale en France, à cet âge, est de 9,81.

Les départements qui paient le tribut mortuaire le plus léger sont : r Aube, 6,6 ; 2' Eure-et-Loir, 6,8; 3" Yonne, 7,2; i" Haute-Garonne, 7,3; 5" Haute- Marne, 7,3 ; 6" Tarn-et-Garonne, 7,6; 7" Gers, 7,6; 8" Marne, 7,7; r Orne, 7,7, etc.

Les départements où elle se rencontre au maximum sont : 79'' la Corse, M ,4 ; 80" Côtes-du-Nord, 11,5; Sf Haute-Vienne, 11,6; 82" Seine, 12; 83" Alpes- Maritimes, 12,3; W Gorrèze, 12,4; 85" Hautes-Alpes, 12,6 ; 86' Rhône, 12,72 ; 87' Finistère, 1 3,55 ; 88" Bouches-du-Rhône, 1 3,6 1 , et 89" Var, 1 6,7 !

Distribution géographique de la mortalité de 20 à 30 ans. On retrouve lesmêmes faits généraux déjà constatés aux âges précédents, même faible mortalité : 1" pour le bassin de la Seine avec même exception pour le département de la Seine, et 2° pour celui de la Garonne et de la Gironde, et même exception ' pour le département de la Dordogne, des Hautes et Basses-Pyrénées ; comme précédemment aussi, ces deux agglomérations de départements à faible mortalité sont séparées par une longue zone obliquement étendue du nord-ouest au sud-est, ou de la Bretagne (incluse) aux Alpes et à la Méditerranée, mais à cet âge je trouve cette zone séparative moins uniforme ; elle est comme entamée, au nord par Indre-et-Loire et Loir-et-Cher, à faible mortalité, au sud par lu Charente-Inférieure, le Cantal et surtout le Puy-de-Dôme, la Creuse, à mortalitc'un peu au-dessous de la moyenne; et aussi par la Lozère, l'Aveyron, Gard et Yaucluse, à mortalité moyenne.

Mortalité comparée des sexes de 20 à 30 ans. La mortalité absolue des^ femmes de cet âge = 9,1 ; celle des hommes, 9,56, et, par suite, si la mortalité des premières est prise pour lOO, celle des hommes s'élèvera à 105,6.

Cependant, dans la période 1857-1866, il y a eu 16 départements où la mortalité des hommes est restée inférieure à celle des femmes, tels : r Basses-Alpes, 78 ; 2" Aude, 79,5 ; 3" Seine, 84; 4" Gers, 86 ; 5" Pas-de-Calais, 87,6; 6" Nord, 88 ; 7' Charente, 90,4; 8" Yaucluse, 91 ; 9" Seine-et-Oise, 92.

U en est d'autres où la mortalité des hommes dépasse au plus haut point celle des femmes : 8i" Finistère, puis 85" Haute-Saône, 140; 86" Manche, 143; IT Hautes- Pyrénées, 149; 88" Morbihan, 156, et 89*^ Var, 202!

Ainsi, dans le Var, la mortalité des hommes de 20 à 30 ans est le double de celle des femmes du même âge ! tandis que pour le département des Basses- Alpes contigu, au contraire, elle n'en est que les 4/5 ! Et ces profondes différences entre la mortalité des deux sexes se retrouvent aux âges précédents comme aux suivants! Et l'on ne s'en doutait pas! et nous ignorons les causes puissantes et constantes qui président à ces phénomènes ! c'est cependant de la vie

52i FRANCE (démographie),

humaine, de la vie française, qu'il s'agit ! La Bretagne et la Manche sont plus remarqualiles que jamais par la forte proportion de mortalité qui pèse sur le sexe masculin. Sans doute que les sinistres maritimes y ont une laroe part?

Excès anormal delà mortalité des jeunes hommes français de 20 à 30 ans comparée à leur mortalité à l'âge suivant. Cependant nous venons de voir qu'en France, sous des influences encore peu connues, la mortalité des jeunes hommes à l'âge précieux de 20-25, et par suite de 20-30 ans, était singulièrement aggravée; il en résulte que, contrairement aux présomptions de la physiolo^^àe, et en désaccord avec ce qui se rencontre chez la plupart des autres nations, les chances de mort de 20-30 ans dépassent notablement celles qui pèsent sur l'â^e suivant (30-40 ans) ! En effet, pour la France entière, la mortalité de ces deux âges successifs a été de 9,56 de 20-30 ans, et de 8,74 de 30-40 ans par an et par 1000 de chaque groupe a'àge, soit une différence de 0,82 décès en plus pour les plus jeunes hommes ! ce qui veut dire que, sur 10 000 hommes de 20-30 ans, il y aura annuellement 8,2 décès déplus que sur un même nombre d'hommes de 30-40 ans. Il importe beaucoup de savoir quels sont les départements qui présentent ce maximum anormal, et ceux qui ne l'ont pas, afin d'aider à la découverte des influences fatales qui prélèvent, sur nos jeunes adultes, ce doulou. reux supplément de tribut mortuaire qui, se prolongeant encore sur les âges suivants, produit l'excédant que nous avons montré et nous élève chaque • AJNiSÉE, et comme indûment, environ à 10 000 décès de 20-40 ans !

Eh bien, nous n'avons en France que huit à dix départements qui échappent à cette aggravation ; tous les autres y sont plus ou moins soumis. L'importance de ce phénomène anormal nous engage à rapporter les listes ci-après qui montrent la part que chaque département paie à cet excédant mortuaire.

{. Il n'y a que huit départements oià la mortalité des jeunes hommes de 20- 30 ans soit moindre qu'à l'âge suivant ; tableau de ces différences en moins :

Page 1